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Pour un système socialisé du crédit

lundi 5 janvier 2009, par Frédéric Lordon

C’est un texte un peu long. Mais, d’abord, on n’est pas obligé de lire, et ça c’est bien… Ensuite il n’était pas facile de faire court dès lors que l’analyse des formes que pourraient prendre des institutions bancaires radicalement restructurées à la lumière de la crise financière était inévitablement amenée à croiser un débat sur la création monétaire qui agite beaucoup, non sans raisons, quelques secteurs de ladite "blogosphère". Ces débats monétaires sont envisagés ici à concurrence de leur pertinence pour la question centrale qui est ici posée, à savoir : à quoi pourrait – devrait – ressembler un système bancaire dont le comportement de ces dernières années suggère qu’il est temps de le refaire à neuf.

« La nationalisation d’accord, mais partielle et temporaire ! » Ils se relaient en boucle à tous les micros comme pour conjurer le spectre hideux du capitalisme d’Etat, cette abomination qui les a tenus sur la brèche depuis deux décennies. « Ils » ? Toujours les mêmes bien sûr : répétiteurs libéraux, préposés à la rectification des erreurs socialistes et à la rééducation market friendly, experts permanents et patentés, autorités d’avant la crise comme d’après. Bien sûr une vue raisonnablement ambitieuse des choses se féliciterait de leur avoir arraché une fois dans leur vie le mot « nationalisation », eux qui n’ont cessé de proclamer la supériorité du marché et du privé. Mais le compte n’y est pas tout à fait et leur allégresse à faire payer par la puissance publique, qu’ils ont tant méprisée, les pots cassés normalement réservés aux actionnaires a de quoi donner quelques aigreurs.

De quelques envies de nationalisations punitives

Hors tout argument de principe, il y a déjà dans cette affaire plus qu’il n’en faut pour justifier de céder à la mauvaise humeur et à la tentation de la nationalisation méchante, c’est-à-dire permanente, peut-être même un peu confiscatoire sur les bords. À commencer par le comportement des banques récipiendaires de l’aide publique elles-mêmes. On aurait pu imaginer que ces messieurs, n’ayant jamais manqué une occasion de se proclamer la race des seigneurs ni de ridiculiser l’archaïsme misérable de l’action publique, adopteraient un profil moins flamboyant au moment de se rendre à l’équivalent pour eux de la soupe populaire. Rien du tout ! Ils portent haut comme d’habitude et leur cynisme n’a pas pris une ébréchure. Ceux qui imaginaient que les aides gouvernementales avaient vocation à permettre aux banques de redémarrer les émissions de crédit aussi vite que possible risquent donc d’en être pour leurs frais – c’est le cas de le dire. Quatre jours après avoir aimablement encaissé 25 milliards de dollars de recapitalisation au bon cœur du contribuable étasunien, Jamie Dimon, le président de JP Morgan Chase livre dans une conférence interne sa vision de leur meilleure utilisation [1]. Il n’y est nulle part question du moindre crédit supplémentaire à l’économie. Davantage, en revanche de financer les suites opérationnelles de l’intégration récente de Washington Mutual, et surtout d’accumuler les moyens de nouvelles acquisitions car, on ne le dit pas assez, les crises sont des périodes fastes si on sait les prendre du bon côté : les mal-portants sont légions et leurs cours de Bourse anéantis les désignent comme des proies excellent marché pour ceux qui restent à peu près à flots… et peuvent compter sur les concours financiers de l’Etat pour financer leurs emplettes. « Je pense qu’il va y avoir de grandes opportunités pour nous dans cet environnement » [2] déclare sans l’ombre d’un embarras de conscience l’un des dirigeants de JP Morgan, « et je crois que nous avons l’occasion d’utiliser ces 25 milliards de dollars de cette façon » – pour le coup, on peut leur faire confiance.

Au moment où la crise fait exploser à la face de l’opinion publique internationale ce mélange, auquel aucune autre corporation ne résisterait, de rémunération obscène, d’incompétence manifeste et d’irresponsabilité sans borne – puisque raflant les profits de la bulle, la finance laisse les dégâts du krach à toute la collectivité … avant de l’appeler à son secours ! –, il y a dans le cynisme bancaire une constance et une fraîcheur inentamée qui finiraient presque par forcer l’admiration. Dans le cas de la banque britannique Barclays, c’est l’absence complète de remords et une forme d’intransigeance idéologique acharnée qui étonnent le plus. Car Barclays, elle, ne veut pas de l’Etat. Ni de son secours ni, surtout, de sa présence. C’est que le gouvernement britannique, qui a un peu plus de suite dans les idées que les autres, a décidé que financer c’était nationaliser, fut-ce partiellement, et que nationaliser c’était avoir voix au chapitre. Or le gouvernement a laissé entendre qu’il entrait dans « la voix au chapitre » de reprendre la main sur les rémunérations des banquiers et d’y mettre bon ordre. Bien sûr on n’imagine pas d’agression caractérisée, juste le minimum cosmétique permettant de calmer momentanément la fureur du public. Mais même de ce minimum, Barclays ne veut à aucun prix. Son président Bob Diamond, que son nom prédestinait sans doute aux bonus exorbitants, n’a-t-il pas empoché 20 millions de livres au titre de l’année 2007 ? Il ferait beau voir que l’Etat, socialiste par nature, lui impose de renoncer si peu que ce soit à la juste rémunération de ses mérites. Aussi, plutôt que d’en venir à cette abomination dernière, et parce que tout de même ses pertes rondelettes la contraignent à la recapitalisation, Barclays a-t-elle imaginé, sur le mode du « tout mais pas ça », d’échapper à l’Etat en se jetant dans les bras d’investisseurs du Qatar et d’Abu Dhabi [3].

Ce n’est pas d’en appeler à tel investisseur plutôt qu’à tel autre qui soit remarquable ou discutable en soi, ce sont plutôt les conditions dans lesquelles on sollicite les uns pour ne pas vouloir de l’autre. Car la secourable entrée des investisseurs du Golfe a son prix qui défie la rationalité économique. Il faut dire qu’en matière de recapitalisation des banques occidentales, les fonds souverains ont déjà donné… et s’en souviennent encore : persuadés qu’avec la déconfiture de Bear Stearns et son sauvetage par les autorités étasuniennes, la crise avait atteint son point extrême et que les valeurs ne pouvaient que remonter, les fonds souverains avaient jugé venu le moment de leur entrée en scène sur le double mode de la générosité salvatrice et de la bonne affaire opportunément ramassée. Las, c’était en mars 2008, et l’on sait ce qui est advenu depuis… Pour les convaincre d’y revenir après la saint Barthélémy de l’automne, il fallait y mettre le prix. Au nom de l’intégrité du privé et de la préservation des bonus, Barclays y était prête. Mais quel prix ! Le gros de l’opération de recapitalisation (3 milliards de livres) consiste en un paquet d’actions préférentielles destiné aux deux fonds souverains. Là où les actions ordinaires sont rémunérées par un dividende, dont chacun sent bien qu’il sera probablement maigrelet dans les années qui viennent, les actions préférentielles, assimilées à une participation en capitaux propres, ont le délicieux avantage de jouir néanmoins d’une rémunération garantie, à l’image des obligations. Or la garantie dont Barclays gratifie ses nouveaux actionnaires n’est pas mince : 14% avant impôt jusqu’en 2019… Certes les actionnaires ordinaires ne sont pas non plus des amis du socialisme, mais certains d’entre eux commencent à l’avoir mauvaise au moment où ils réalisent que Barclays envisage de payer à leurs frais sa détestation de l’Etat et sa préférence pour les bonus. Il est vrai que faire ceinture alors que les deux nouveaux entrants sont accueillis avec du 14% garanti sur dix ans n’entre dans aucune définition, même très élastique, de l’équité – précisons : de l’équité interactionnariale. Et ceci d’autant moins qu’à 3 milliards de livres d’actions préférentielles plus 2,8 autres d’actions convertibles réservés aux mêmes, et un paquet supplémentaire de warrants, la recapitalisation a des effets dilutifs dont les actionnaires ordinaires sont les premières victimes.

La présence d’« actionnaires » et « victimes » dans la même phrase, le second s’appliquant au premier, laisse immanquablement une impression bizarre. Mais, on l’aura compris, il s’agissait moins d’invoquer les normes de la justice absolue que de montrer jusqu’où le capital privé se montre prêt à aller pour échapper à la nationalisation et préserver la souveraineté de l’argent. Et de suggérer par là combien ce genre de spectacle rend d’autant plus impérieuses les envies de nationalisation, d’ailleurs sous une forme qu’on voudrait particulièrement brutale. On objectera sans doute que ce sont là des arguments sanguins qui ne devraient pas avoir part à la décision. C’est un point de vue. Evidemment il faut avoir un œil de colin froid pour s’y tenir, et tout le monde n’a pas cette chance. De moins en moins de monde au demeurant. Un sondage réalisé auprès de 115 directeurs financiers de grandes entreprises étasuniennes révèle que 58% d’entre eux s’attendent à ce que l’argent public reçu par les banques serve surtout à financer de nouvelles acquisitions ou (pour 40% des répondants) à maintenir rémunérations et bonus [4]. On ne s’attardera pas sur les mérites scientifiques d’un sondage probablement pire que la moyenne d’un genre génériquement avarié, si ce n’est pour en retenir l’information brute qu’il se trouve tout de même un nombre considérable de directeurs financiers désabusés au point de soupçonner à leur tour les banques de recevoir l’argent du contribuable avec toutes les intentions du monde, sauf celle de prêter. Il devrait être assez clair que les directeurs financiers étasuniens ne sont pas par principe ennemis des grasses rémunérations. Mais, que celles des banquiers soient maintenues par les fonds des plans de sauvetage publics, même à eux la chose semble discutable…

En situation de récession : la nationalisation-coordination

Quand bien même elle n’aurait que ces arguments-là en sa faveur, la nationalisation punitive du secteur bancaire ne serait pas moins entièrement justifiée. Il se trouve qu’elle en a d’autres, sans doute plus recevables pour le lecteur moins intempérant, et, il est vrai, plus analytiques. On les trouverait, pour commencer, dans le droit fil du grand troc implicite – dont les Etats sont les dindons – qui voulait échanger aides publiques contre reprise du crédit. Le gouvernement français s’ahurit d’avoir été floué et découvre qu’ayant tout fait… il n’a aucun pouvoir dans les banques renflouées ! L’eût-il vraiment désiré, il lui aurait suffi de s’en donner les moyens, et notamment d’intervenir en fonds propres afin d’avoir aux conseils des banques une participation politique proportionnée à sa participation financière. Mais, pour l’heure, le gouvernement a choisi des instruments de dette, suffisamment sophistiqués pour, moyennant quelques torsions réglementaires, avoir l’air de recapitaliser… sans véritables apports de fonds propres.

Les 10,5 milliards d’euros apportés à six banques (BNP Paribas, Crédit agricole, Banques populaires, Crédit Mutuel, Société générale, Caisses d’épargne) fin octobre 2008, ont pris la forme de dettes hautement subordonnées, dont l’exigibilité est la plus faible possible, au point de les assimiler à de quasi-fonds propres. La dette subordonnée est ainsi admissible pour la constitution de la base de capitaux propres entrant dans la définition du ratio de solvabilité Tier-1 pourvu qu’elle ne dépasse pas une certaine proportion. Le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a offert son concours à la discrète modification réglementaire qui a permis de relever la part maximum de la dette subordonnée de 25 à 35% du total des capitaux propres « Tier-1 »… On comprend bien l’avantage du point de vue des finances publiques : par construction, la dette subordonnée doit être remboursée – en l’occurrence son échéance est de cinq ans, et elle porte un taux d’intérêt supérieur de 400 points de base aux taux des titres d’Etat de même maturité, ce qui, si aucun des renfloués ne fait faillite entre temps, rend ce concours de l’Etat réversible et en fait même une assez bonne affaire. On en comprend symétriquement les inconvénients pour les banques : il s’agit d’une « recapitalisation »… mais temporaire, puisque, au moment du remboursement, les ratios de capital des banques perdront instantanément ce qu’ils avaient gagné au moment de recevoir les fonds – en fait l’Etat gagne du temps et espère que d’ici 2013 les banques auront refait du gras. On en voit enfin les limites du point de vue de la puissance publique qui voudrait obtenir des banques qu’elles se remettent à prêter en contrepartie de ces aides, puisque la différence entre « vrais » fonds propres et « quasi fonds propres », c’est le droit de vote ! La dette subordonnée n’est assimilable à du capital propre que d’un point de vue strictement comptable et réglementaire ; elle reste séparée des actions en cela qu’elle ne confère aucun droit « politique » à son porteur en assemblée générale des actionnaires ou, mieux, au conseil d’administration. L’Etat apporte donc des milliards, mais sous une forme qui le prive d’emblée de toute influence stratégique. C’est pourquoi le désarroi du gouvernement, qui pensait les banques bonnes filles et prêtes à se sentir ses obligées, fait peine à voir. La morale de la réciprocité n’a jamais vraiment été leur truc et, si encaisser les aides sans être formellement contraintes de prêter s’avère de leur point de vue plus confortable qu’encaisser les aides et prêter, il ne devrait pas y avoir lieu de s’étonner qu’elles choisissent la première solution, sauf persistance attardée d’une âme d’enfant ou accès de débilité profonde.

Quand bien même, par une sorte de miracle moral incompréhensible, les banques ne suivraient pas leur ligne de plus grande pente du cynisme opportuniste, leur réticence à prêter ne serait pas aisément surmontée. Car le bon vouloir n’est pas seul en cause dans cette affaire et il est rationnel pour une banque confrontée à un contexte macroéconomique extraordinairement adverse de retenir ses émissions sauf à prendre le risque de voir ses prêts nouvellement accordés tourner très rapidement en mauvaises créances. Le propre d’une récession aussi violente que celle qui s’annonce est de transformer des agents économiques sains ex ante en futurs mal-portants. Dans ce processus, les banques contribuent activement, quoique à leur corps défendant, à faire advenir cela même qu’elles redoutent le plus, puisque leurs propres décisions de restriction du crédit, sur la foi d’une anticipation de dégradation prochaine, privent les agents des avances qui leur permettent ordinairement de relancer les productions, et mettent en panne l’ensemble des dynamiques offres-demandes – des demandes des uns qui soutiennent les offres des autres. On pourrait même, si l’on voulait, prêter aux banques une conscience lucide de cet effet pervers, elles n’en pourraient mais. C’est là un problème typique, peut-être le problème par excellence, des économies de marché, c’est-à-dire des économies où des unités productives indépendantes se déterminent sur une base privative et en dehors de toute coordination globale ex ante : nul ne choisira d’y aller seul contre une tendance d’ensemble défavorable… et par conséquent les réactions individuelles – et rationnelles – de repli face à la tendance ont pour seul effet de valider et d’amplifier la tendance.

Pour qu’une banque consente à prêter, il lui faudrait la certitude que toutes les autres prêteront avec elle et que sa propre contribution ne sera pas qu’un coup d’épée isolé dans l’eau d’une mer démontée. La caractéristique de la coordination bancaire dans ce genre de situation est donc qu’elle porte avec elle ses propres conditions de réussite : si toutes les banques prêtent simultanément, la conjoncture reçoit un puissant soutien d’ensemble et les agents solvables sont maintenus dans leur solvabilité puisqu’ils disposent des moyens de reconduire des productions viables. Mais précisément, l’économie de marché est par construction une forme économique dans laquelle la coordination fait constamment problème. Aussi toutes les banques s’apprêtent-elles à observer chacune par devers elle, les désastres globaux, y compris pour elles-mêmes individuellement, de la coordination manquante. Cette coordination, dont les agents privés livrés à eux-mêmes sont incapables, ne peut donc venir que du dehors : d’une main visible et suffisamment puissante pour prendre les commandes et imposer à tous de se régler sur une certaine ligne de conduite qui leur est mutuellement avantageuse. Or, on l’aura pressenti, il n’est pas d’autre main visible de cette sorte que celle de l’Etat.

Si, comme il est répété en boucle, mais pour une fois à très juste titre, la récession est le produit direct de la violente contraction du crédit et que, a contrario, seule une restauration des conditions antérieures du crédit permettrait d’éviter le pire qui s’annonce, alors le problème de coordination qui s’y oppose pour l’heure détermine de lui-même sa solution : synchroniser la reprise du crédit par toutes les banques, et non pas simplement par une poignée de banques aidées, sous le commandement autoritaire de l’Etat. Et comme, avec les banques, la simple prière n’est pas tout à fait suffisante, le modus operandi de la manœuvre s’en déduit : la prise des commandes par la nationalisation, accompagnée le cas échéant – probablement il écherra – de toutes les facilités de refinancement nécessaire dont les autorités étasuniennes sont en train de montrer à quelle échelle phénoménale il est possible de les déployer.

La sécurité des encaisses monétaires est un bien public vital (qu’on ne confie pas à des intérêts privés)

On fera remarquer que cet argument inscrit la nationalisation dans la particularité d’une situation conjoncturelle, par nature transitoire, et qu’il ne saurait lui donner les justifications d’une disposition permanente. Or ces justifications existent, elles sont fournies comme jamais par la crise financière elle-même. Contre la puissance des effets d’amnésie il faut en effet se souvenir de ces semaines de septembre-octobre 2008 au cours desquelles la possibilité de l’effondrement total des institutions bancaires et financières des principaux capitalismes est restée comme suspendue. Qu’un hebdomadaire aussi peu suspect de complaisances altermondialistes que The Economist titre à sa une « Le monde au bord du gouffre » devrait en dire assez long sur l’état de péril extrême où les dérèglements de la finance ont porté les sociétés. « Les sociétés » en effet et pas seulement « les économies » car la matérialisation d’un risque systémique géant signifie l’évaporation instantanée de tous les avoirs et encaisses monétaires… pour tout le monde. C’est l’événement maximal en économie et, précisément parce qu’il est maximal, il cesse ipso facto d’être exclusivement économique puisque il a pour effet de plonger toute la société dans un chaos violent au moment où la totalité des agents, entreprises mais surtout ménages, se retrouvent privés absolument des moyens de faire face aux exigences élémentaires de leur survie matérielle dans une économie monétaire à travail divisé. C’est une situation tellement exceptionnelle qu’aucun effort d’imagination n’est suffisant pour se la figurer adéquatement et pour se représenter l’état de destruction sociale qui en résulterait. À défaut, au moins a-t-elle la vertu de faire mieux voir ce que la routine des temps ordinaires rejette dans un parfait oubli, à savoir que la sûreté des encaisses n’est pas à proprement parler une donnée de nature économique : elle est un pré-requis à toute activité économique possible ; en termes savants (ou pédants) on pourrait dire qu’elle est le transcendantal de l’économie, c’est-à-dire sa condition de possibilité même.

Si donc on prend au sérieux que les dépôts, les épargnes et des possibilités minimales de crédit doivent être considérés comme des biens publics vitaux pour la société marchande, il s’en déduit qu’on n’en remet pas la garde à des intérêts privés, à plus forte raison quand ils sont aussi mal éclairés que des banques profondément engagées dans les activités de marchés financiers et sans cesse exposées à leurs tendances déséquilibrantes. Par une association d’idées bien fondée, on peut difficilement s’empêcher de songer à cet autre bien public vital pour la société qu’est la sûreté nucléaire et de ce qu’il pourrait en résulter qu’ils aient été « confiés » à des actionnaires privés, dirigés par l’unique critère de la rentabilité des capitaux propres. Et quand bien même l’évocation du risque qui découle de cette extraordinaire décision n’appelle qu’un simple conditionnel – « ce qui pourrait résulter » – c’est encore beaucoup trop quand il est question d’une question aussi grave.

Un deuxième argument de principe prolonge très naturellement le précédent – car, même à une lecture de mauvaise volonté, il devrait apparaître qu’on n’est plus là dans le registre des impulsions sanguines ou, un peu mieux, des considérations simplement conjoncturelles. C’est une idée assez robuste en effet qu’une structure vitale pour la société doit être conçue et configurée pour résister, non pas aux contraintes des temps ordinaires, mais à des événements exceptionnels. Pour filer la métaphore nucléaire, le dimensionnement de l’enceinte de confinement d’un réacteur ne retient pas pour hypothèse la chute d’un canard épuisé mais celle de l’écrasement d’un avion. Ce n’est pas que les avions aient une telle propension à aller au sol inopinément et spécialement à cet endroit où le réacteur est construit. Mais, pour si improbable que soit la réalisation de ce risque-là, c’est bien lui qui est retenu comme criterium pour cette seule raison que son occurrence entraînerait pour la société des dommages incalculables. Par conséquent, ce sont les événements extrêmes qui décident de la configuration de la structure vitale – par anticipation prudente ou par longue méditation des cuisantes expériences du passé. Or, ça tombe bien : un événement extrême, en matière de finance, nous venons d’en avoir un ! Et la solution s’est imposée d’elle-même : on a nationalisé ! Une succulente ironie historique et politique veut que ce soient des gouvernements idéologiquement libéraux qui y aient été contraints, envers et contre toutes les préventions de leurs archaïques doctrines – il va sans dire que tombe de plein droit dans cette catégorie le gouvernement britannique du faux-Labour (Fake Labour ou peut-être, pour la paronymie, Few Labour), appellation à la vérité beaucoup plus adéquate que celle aveuglément reprise du New Labour, comme si l’étiquette de la « nouveauté » comme oripeau destiné à faire passer une trahison manifeste pouvait tromper quiconque. Ainsi l’événement extrême a parlé et, par l’argument qui précède, il impose ses réquisits comme configuration, mais permanente, de la finance. Ce réquisit, c’est la nationalisation.

Des conditions de viabilité de la nationalisation

Dire cela n’est pas ignorer les exigeantes conditions de viabilité dont devrait être muni un projet de nationalisation bancaire. Car nul n’ignore en effet les dégâts que peuvent produire, au sein même du secteur public, supposément gouverné par une « autre logique », la cohabitation avec des entités privées, elles entièrement vouées à la profitabilité. Le cas du Crédit lyonnais a suffisamment montré les limites de la tutelle publique à l’époque néolibérale – il est vrai que depuis ce moment inaugural de 1984 où Laurent Fabius, premier ministre assigna aux entreprises publiques pour unique objectif de « faire du profit », la tutelle en question a perdu jusqu’au sens de sa vocation spécifique et n’a plus été capable de concevoir ni de commander quoi que ce soit qui diffère significativement des objectifs du privé, de fait reconnus comme seuls légitimes. C’est sans doute la raison pour laquelle le Lyonnais jouant à la croissance indéfinie de la part de marché et du profit – comme les « vrais » – mais adossé à la garantie publique a fini dans l’état qu’on sait. Et c’est la même raison, par parenthèses, qui permet d’affirmer dès aujourd’hui, et sans grand risque de se tromper, qu’une Poste au capital ouvert, enfin autorisée – ses dirigeants en rêvent depuis si longtemps – à « jouer à la mondialisation », qui plus est assise sur le tas d’or des livrets A, est vouée à n’avoir bientôt plus en tête que l’activité de marchés (moderne et qui rapporte) au lieu du courrier (ennuyeux et qui coûte), mais surtout à prendre date dès maintenant pour un de ces désastres où mène fatalement la létale combinaison de l’inexpérience, du ravissement des tard venus et de l’empressement de celle qui voudra au plus vite « avoir tout d’une grande ». À plus forte raison quand elle a perdu jusqu’à son identité pour avoir tout cédé aux logiques du marché, la tutelle publique n’est donc pas en soi suffisamment puissante pour contenir les dérives qui résultent de la concurrence avec le privé, et spécialement quand tout ce petit monde s’ébat joyeusement dans un univers dont les perspectives de profitabilité sont hors du commun, et partant irrésistiblement tentantes, comme c’est le cas de la finance de marché. C’est la raison pour laquelle la cohabitation des entités privées et publiques doit être limitée au maximum, argument qui plaide sinon pour une nationalisation intégrale du crédit, du moins pour un secteur public très majoritaire.

Nationalisation ou non-privatisation bancaire ?

Il est pourtant permis de se demander si l’argument central, celui qui reconnaît à la sécurité des dépôts le statut d’un bien public, ne devrait pas moins conduire à une conclusion de nationalisation qu’à une conclusion de « non-privatisation » – ce qui n’est pas exactement la même chose. Car il est vrai que la nationalisation bancaire à grande échelle se heurte à une réserve sérieuse. On pourrait même dire : à une réserve essentielle, puisqu’elle est liée au fait même que l’Etat détiendrait le contrôle direct de tous les moyens de crédit. C’est là le type même de proposition bien faite pour mettre de travers tous ceux qui considèrent que la captation du pouvoir d’émission monétaire par des agents privés est en soi un scandale et qu’un pouvoir si stratégique se devrait d’être entièrement rendu à la souveraineté populaire, c’est-à-dire domicilié en l’Etat. Il y a beaucoup de choses justes dans cet argument-là… à part son ultime conclusion – et ceci, alors même qu’elle semble devoir s’imposer sans coup férir dès lors qu’on en a admis les prémisses !

Où la question des institutions bancaires croise celle de la création monétaire

On ne peut qu’être étonné – et réjoui – de l’ampleur prise par ce débat qui a d’abord fait son chemin sur Internet à partir de la vidéo de Paul Grignon, Money as debt, mais qui reçoit un fameux coup de main de la crise financière – a-t-on jamais autant parlé qu’aujourd’hui de banques et de liquidités ?... Trop habitués à la parlotte entre initiés mais surtout persuadés de leur monopole « naturel » sur la chose économique, les économistes ne pouvaient imaginer un seul instant voir débarquer dans les cénacles bien propres de l’académie une horde de mal-élevés décidés à se saisir de la question monétaire. Mais les manants ne respectent rien et eux qui ont été si longtemps et si soigneusement tenus à l’écart des débats économiques ont décidé d’un coup que ces choses-là les concernaient aussi et qu’à défaut de se les voir expliquer ils s’en saisiraient eux-mêmes. Seul un réflexe d’ordre, hélas trop prévisible, peut avoir conduit certains économistes, nouvelle noblesse de robe, à s’être scandalisés et à avoir pris pour une insupportable intrusion dans le champ de leurs questions réservées ce qui devrait être tenu pour le plus admirable des réflexes démocratiques : le tiers-état s’intéresse. À la décharge des clercs, il faut bien reconnaître que ce débat « parallèle » sur la création monétaire a été lancé de la plus maladroite des manières et que le sens commun académique a quelques bonnes raisons de renâcler aux accents légèrement paranoïaques de la vidéo de Paul Grignon qui, sur fond de musique inquiétante, dévoile la formidable conspiration : la monnaie est créée ex nihilo par les banques… Evidemment le goût du sensationnel en prend un coup sitôt découvert que la conspiration de la création monétaire ex nihilo fait l’objet des enseignements de première année universitaire, et même des lycées, à l’occasion desquels la « révélation » a jusqu’ici provoqué peu d’évanouissements. Une bonne moitié de la vidéo-scoop de Grignon était donc déjà en vente libre et disponible dans n’importe quel manuel pour classes de Terminale SES…

Le principe symétrique du droit absolu de saisine des « amateurs », et de leur droit d’effraction dans les débats des « professionnels », devrait donc consister en un minimum de respect pour la division du travail et une obligation, non pas bien sûr d’avoir préalablement accumulé une connaissance « professionnelle », mais au moins de ne pas imaginer « tout inventer », de cultiver le doute méthodique que « la » question (n’importe laquelle) a dû être déjà travaillée, et de faire l’effort minimal « d’y aller voir avant » – manière d’éviter les boulettes du type « complot monétaire »… On pourrait cependant aussi imaginer que la position même du « savoir » devrait valoir à ceux qui l’occupent une sorte de devoir d’indulgence, pour mettre tout ça de côté. Et en venir plus rapidement aux vraies questions. Quitte à résumer grossièrement, il semble que l’objet du tumulte tourne autour des éléments suivants :

1. On croyait la création monétaire le fait de l’Etat – l’Etat n’était-il pas réputé « battre monnaie » ? – ; on découvre que c’est plutôt l’affaire des banques privées.

2. Non contente d’être privée, l’émission monétaire-bancaire s’effectue ex nihilo. Or ce qui ne coûte rien à « produire » (l’octroi de lignes de crédit) est facturé quelque chose : le taux d’intérêt. La chose n’est-elle pas profondément illégitime ? Nul ne questionne le privilège de quelques institutions privées, seules détentrices du droit de création monétaire, et encore moins les conditions réelles de leurs profits.

3. Un qui sait combien l’intérêt lui coûte, c’est l’Etat. Le service de la dette publique n’engloutit-il pas bon mal an l’équivalent des recettes de l’impôt sur le revenu ? Certes, ce ne sont pas des banques qui le lui facturent (l’Etat s’endette sur les marchés), mais – retour au point 1 – si l’Etat disposait du droit de création monétaire, il pourrait en profiter – lui, c’est-à-dire la collectivité des citoyens-contribuables – et, pour peu qu’il soit raisonnable, réserver « sa » création monétaire au financement de l’avenir, c’est-à-dire des biens d’équipement de la nation, le tout bien sûr à intérêt nul, donc avec les économies qu’on imagine.

4. Or il se trouve que les facilités monétaires que lui accordait la Banque de France ont été interdites par la loi de 1973, et que le verrouillage est devenu quasi définitif avec l’article 123 du Traité européen (Lisbonne) qui prohibe formellement toute avance de la BCE aux Etats membres.

Il faut bien reconnaître que l’idée de la création monétaire ex nihilo est suffisamment contre-intuitive et suffisamment contraire aux représentations spontanément formées par le sens commun en matière monétaire pour justifier l’effet de stupéfaction qu’entraîne presque systématiquement son énoncé. Car le sens commun se figure le banquier comme l’homme aux écus – il n’a pas totalement tort… – assis sur un tas d’or préalablement accumulé et par conséquent disponible pour être ensuite prêté. C’est là, au sens strict des termes, confondre la finance, où des détenteurs de capitaux déjà accumulés prêtent à des demandeurs de fonds, et la banque, dont l’action caractéristique est le crédit, qui procède par simple écriture et met des fonds à disposition hors de toute accumulation préalable, et sous la forme de la bien nommée monnaie scripturaire, simplement en créditant des comptes d’agent.

La voie étroite (mais praticable) entre instabilité privée et sur-émission publique

Dans La violence de la monnaie [5], Michel Aglietta et André Orléan ont montré l’importance pour tout système bancaire de réaliser un compromis institutionnalisé entre les deux modèles polaires antagonistes de la centralisation et du fractionnement.

Le modèle fractionné pur remet intégralement la création monétaire à des banques privées. Ce sont donc des monnaies scripturaires idiosyncratiques qui se trouvent émises dans cette configuration – en quelque sorte la banque A émet des « euros-A », la banque B des « euros-B », et ces différentes monnaies sont soumises en permanence à une épreuve de convertibilité de marché, à des taux évidemment fluctuants selon la qualité anticipée de leurs émetteurs respectifs : rien ne garantit a priori l’équivalence 1:1 des euros-A, B, etc. Un système bancaire fractionné pur est, par construction, d’une extraordinaire instabilité, entre autres parce que le taux de change des monnaies internes est laissé à des mécanismes de marché. Tel n’est évidemment pas le monde dans lequel nous vivons, quoique les banques y émettent de la monnaie sur la même base décentralisée, scripturaire et fiduciaire. Mais, et c’est une différence fondamentale, les banques jouissent en fait d’une sorte de délégation, ou de concession d’émission monétaire accordée par le pôle public (concrétisée par une autorisation bancaire), et, surtout, la variété des monnaies bancaires idiosyncratiques est ré-homogénéisée sous l’espèce du cours légal, c’est-à-dire de la convertibilité instituée (et non de marché) de toutes les monnaies bancaires en la monnaie « banque centrale » : 1 euro-A = 1 euro-B =… = 1 euro Banque centrale. L’institution du cours légal est adossée au circuit du refinancement bancaire par lequel les soldes interbancaires sont exclusivement réglés en monnaie centrale (la monnaie émise par la banque centrale) laquelle s’établit alors comme clé de voute du système et place toutes les émissions monétaires privées sous sa fédération homogénéisatrice. Cette emprise du pôle public sur les émetteurs privés de monnaies (monnaies certes privées à leur émission mais aussitôt « déprivatisées » par la contrainte institutionnelle du cours légal et par l’homogénéisation qui résulte de leur circulation dans le circuit interbancaire dominé par la banque centrale) est l’expression même du compromis institutionnalisé entre fractionnement et centralisation, là où un système centralisé pur ne connaitrait en définitive que le seul émetteur public de monnaie : une monobanque tout à la fois banque centrale et banque commerciale agissant au travers du réseau de ses succursales.

Certes le réseau des « agences » de la monobanque « décentralise » en quelque sorte l’émission de crédit en la branchant sur les conditions locales réelles du tissu économique dont les agences, sur place, ont la connaissance fine. Mais l’émission du crédit n’en est pas moins dans la main exclusive d’un pôle étatique unifié et, si cette propriété a pour avantage (théorique) la possibilité d’un contrôle démocratique souverain, elle a aussi pour rude inconvénient de remettre la totalité de la création monétaire à un agent – l’Etat – dont nul ne peut faire l’hypothèse qu’il l’utilisera pour le meilleur seulement.

Dire cela n’est pas affaire de stigmatisation par principe de l’Etat qui serait par essence moins vertueux ou efficace que « le privé » – il faudrait être particulièrement à la masse pour soutenir de pareilles âneries au moment où la finance privée offre le spectacle de destructions de valeur jamais vues dans toute l’histoire du capitalisme… Mais la méfiance est légitimement suscitée par la taille et la puissance, qui permettent d’anticiper l’abus, la déraison ou la démesure, et elle doit l’être tout particulièrement quand il est question d’un concentré de violence aussi explosif que la monnaie. Car la monnaie est en soi une puissance sociale, dont toutes les autres puissances de la société, grandes ou petites, privées ou publique, cherchent frénétiquement à s’emparer. La monnaie est le méta-bien, c’est-à-dire le bien particulier qui, dans la société marchande, donne accès à tous les autres biens. Elle est donc l’instrument générique du désir. Tous les désirs d’objet de la société marchande passent par elle – la littérature, le théâtre, le cinéma, les plus inspirés comme les plus médiocres, ont-ils jamais cessé de faire fonds sur ce pouvoir magnétique de l’argent-talisman ? C’est pourquoi il ne faut escompter aucune modération ni aucune régulation interne au désir d’argent, et qu’on voit mal par quel miracle l’Etat unique détenteur des moyens de la création monétaire résisterait à la tentation de devenir « émetteur pour compte propre ».

C’est la raison pour laquelle il est permis de redouter que le pôle étatique unifié du crédit cède plus souvent qu’à son tour à la tentation de substituer aux critères de la sélectivité économique qui régissent normalement les octrois de crédit, des critères de sélectivité politique avec les risques de surendettement et de mauvaises créances qui vont avec, et plus encore à la tentation d’apporter des solutions monétaires à des conflits qui n’ont pas réussi à être réglés politiquement. Il n’y a sans doute pas d’huile plus efficace à mettre dans les rouages politiques que de la monnaie – à court terme. N’importe quel trouble social ou presque doit pouvoir être éteint avec de la monnaie supplémentaire, formidable adjuvant qui dispense de tous les douloureux arbitrages auxquels sont systématiquement reconduites des finances publiques sous contrainte budgétaire. Or l’Etat est, par construction, le lieu où se totalisent la plupart des conflits sociaux et on imagine sans peine la propagation comme traînée de poudre qui résulterait d’un conflit social difficile auquel l’Etat aurait apporté une solution monétaire « pure » [6], à l’issue de quoi il deviendrait réputé que le robinet monétaire est politiquement disponible et potentiellement ouvert, et qui verrait aussitôt se précipiter tous les secteurs de la société pour obtenir par les mêmes voies des avantages équivalents. Il faut tenter de se figurer la puissance du désir de monnaie qui s’emparerait de toute la société et la ruée générale vers l’« Etat-monétaire » qui s’ensuivrait, pour se faire une idée de la violence politique et sociale qu’enferme la monnaie.

Là où le pôle fractionné pur est menacé par l’instabilité et la déflation, le pôle centralisé pur est donc, lui, exposé au risque permanent de la sur-émission, du surendettement et de l’inflation, c’est-à-dire au risque de l’Etat-puissance toujours tenté d’ajouter la puissance sociale de la monnaie à la sienne propre. Avertir du risque d’abus monétaire d’Etat n’est nier ni que les allocations monétaires du privé peuvent être fameusement aberrantes, ni qu’il soit possible d’imaginer en principe une politique de crédit public éclairée et justifiée par le financement de besoins sociaux. Ainsi, par exemple, la sélectivité politique, à laquelle il a été fait référence, n’est pas en soi un critère illégitime de l’orientation des crédits – il est très possible par exemple d’envisager de soutenir en crédits des entités chroniquement déficitaires du fait, par exemple, de sujétions de service public, là où bien sûr aucun prêteur privé ne s’engagerait. Mais c’est que la sélectivité politique devienne l’unique critère, et qu’elle prenne le pas systématiquement sur la sélectivité économique qui présente un risque : celui, microéconomique, de l’émission de crédits qui ne seront pas remboursés, et celui, macroéconomique, de la surémission inflationniste. Or les occupants de l’Etat poursuivent des objectifs avant tout politiques, et notamment ceux de leur pérennité au pouvoir, objectifs qui menacent de se subordonner tous les moyens disponibles, y compris les moyens monétaires. Aussi, quitte à insister un peu lourdement, il faut redire que la monnaie n’est pas un pur instrument en attente de ses usages rationnels et qu’il n’y a sans doute pas pire erreur que de prendre sur elle le point de vue étroitement techniciste de « l’ingénieur » : la monnaie est du concentré de désir, et c’est à l’aune de cette charge de violence et de démesure, telle qu’elle en fait un objet quasi-anthropologique, qu’il faut en envisager le maniement et les formes d’institutionnalisation. La grande leçon de La violence de la monnaie, c’était qu’en matière monétaire les modèles polaires purs sont dangereux et qu’il n’y a pas d’autre voie que celle du compromis institutionnalisé entre les principes antagonistes du fractionnement et de la centralisation, de l’Etat instance de la volonté souveraine et de l’Etat abuseur monétaire potentiel, etc.

Les structures d’un système socialisé du crédit

Reste que, des compromis institutionnalisés, il peut s’en concevoir de nombreux et de fort différents. Celui dans lequel de fait nous nous trouvons a largement fait la démonstration de ses tares à l’occasion de la crise financière : les concessionnaires privés de l’émission monétaire n’ont eu de cesse de sur-émettre du crédit en direction des opérateurs de la finance de marché, nourrissant la plus extravagante crise de mauvaises dettes qu’on ait jamais vue. Pour autant, la nationalisation à grande échelle d’urgence ne devrait être qu’une étape de transition et à terme muter vers une réorganisation complète des structures monétaires et bancaires, restaurant le compromis centralisation-fractionnement, mais évidemment sous des formes qui ne reconstituent pas le système antérieur, c’est-à-dire sous des formes qui refractionnent le système bancaire mais en redéfinissant radicalement le statut des concessionnaires.

« Refractionner », c’est, à l’encontre de l’unification publique du système du crédit, reconnaître le principe même de la délégation-concession de l’émission monétaire et, plus encore, maintenir l’autonomie opérationnelle des concessionnaires. Mais le point important, appelé à faire véritablement rupture, réside dans la redéfinition de leur statut, et consiste notamment à placer explicitement la concession sous un principe de service public, comme il convient si l’on prend au sérieux l’idée – directrice – que les dépôts et les épargnes sont des biens publics vitaux pour la société. Aussi cette redéfinition statutaire pourrait-elle s’effectuer selon l’esquisse de cahier des charges suivant :

1. Les concessionnaires de l’émission monétaire ne sauraient être des sociétés privées par actions.

2. Ni entités actionnariales privées, ni entités publiques sous le contrôle direct de l’Etat, les concessionnaires devraient être des organisations sinon non-profitables, du moins à profitabilité encadrée, c’est-à-dire limitée. L’occasion est donnée de répondre aux préoccupations de ceux qui partant de l’idée de création monétaire ex nihilo en déduisent l’illégitimité de principe de l’intérêt. Il faut reconnaître que la remarque ne peut pas laisser indifférent… Si la « production du service bancaire », à savoir l’émission du crédit, ne coûte rien, puisqu’elle ne nécessite aucune accumulation de fonds préalable, il est vrai que le fait qu’elle soit consentie à titre onéreux a du mal à passer. La réalité est cependant un peu différente du schéma théorique pur. En premier lieu, les institutions bancaires ont à couvrir des coûts de structure. Ensuite, et surtout, quoique procédant en principe à des émissions ex nihilo, les banques ne sont pas pour autant dégagées de toute nécessité de financement. Une part des crédits est adossée à des accumulations préalables. Mais surtout, le règlement des soldes interbancaires s’effectue en monnaie centrale et celle-ci n’est fournie… qu’aux guichets de la banque centrale, et moyennant intérêt – le taux directeur. On pourrait cependant tirer la synthèse de tous ces éléments et considérer que, oui, la modalité « ex nihilo » rend abusive la facturation aux clients des banques d’un intérêt sur la totalité des encours de crédit mais, non, il n’est guère imaginable que ces crédits soient alloués à taux nul puisque les banques ont des coûts à couvrir, et notamment des coûts variés de refinancement. En conséquence, le prix du crédit pourrait être formé sur la base du taux directeur de la banque centrale [7] mais au prorata de la part des encours effectivement refinancée – plus un petit quelque chose pour couvrir les coûts de structure et fournir une marge modérée permettant de financer des investissements de développement matériel et technique.

L’intérêt coût du crédit… et régulateur de l’émission monétaire

L’erreur, cependant, des « critiques de l’intérêt » consiste à ne le regarder que comme un simple prix, dont la légitimité reposerait en dernière analyse sur la réalité des coûts effectivement consentis par les offreurs de crédit. C’est oublier que, via les taux directeurs de la banque centrale, l’intérêt est aussi, et en fait surtout, non pas le seul terme de l’échange entre un offreur et un demandeur privés, mais l’instrument général du contrôle de l’offre et de la demande de monnaie. Il faudrait d’ailleurs dire les choses dans un registre moins « technique » et plus anthropologique : l’intérêt est l’instrument de la contention externe de l’insatiable désir d’argent. Quand bien même par un miracle institutionnel et technologique, les banques seraient en mesure de fournir du crédit à prix rigoureusement nul, il faudrait conserver la possibilité – artificielle – de le facturer aux clients à titre onéreux et pour la raison suivante : la simple contrainte de remboursement du principal peut ne pas suffire à réguler d’elle-même la demande de moyens de paiements « excédentaires » – « excédentaires » par rapport à quoi ? par rapport à ceux qui sont fournis par le revenu courant, car tel est bien l’effet, et même la finalité du crédit : détendre momentanément la contrainte budgétaire des agents et leur permettre de dépenser plus qu’ils ne gagnent. C’est bien parce qu’il permet ainsi de « franchir les limites » que le crédit est un objet de désir explosif. Ne pas se donner les moyens de le contrôler, c’est s’exposer en quelque sorte à « l’excès des moyens de paiement excédentaires » : excès macroéconomique de la demande ainsi solvabilisée par rapport aux capacités de production, ou excès microéconomiques, éventuellement généralisés, d’emprunteurs surchargés de dette et dont la solvabilité est vulnérable à un retournement conjoncturel. C’est pourquoi la politique monétaire doit impérativement conserver les instruments lui permettant le cas échéant de décourager des demandes de crédit qui ne le seraient pas suffisamment du seul fait de la contrainte de remboursement du principal ; et ceci ne peut être fait qu’en y ajoutant, fût-ce artificiellement, la surcharge réglable de l’intérêt. Ne voir l’intérêt qu’au prisme du « juste (ou de l’injuste) prix », c’est donc passer à côté de l’essentiel en matière monétaire, et notamment ignorer combien la monnaie n’est pas une marchandise comme les autres [8], dont le prix n’aurait qu’à refléter la réalité des structures de coûts. Et c’est méconnaître la nature profonde de la monnaie qui est d’être un concentré de désir – et partant de violence.

Le contrôle du crédit par les parties prenantes

Aussi faut-il déconnecter les problématiques de l’intérêt-prix et de l’intérêt-régulateur… mais sans oublier cependant que le profit bancaire demeure en soi un enjeu de première importance, comme l’attestent les désastres où viennent de conduire sa poursuite effrénée dans l’univers mirobolant des marchés, ni renoncer à tirer la conclusion qui s’en suit logiquement : les entités dépositaires de ce bien public que sont les avoirs monétaires des agents ne doivent pas être laissées libres de s’adonner sans réserves aux tentations du profit financier, et s’il apparaît que ces tentations sont en soient irrésistibles – comment pourraient-elles ne pas l’être dans l’univers capitaliste dont la finalité même est l’accroissement indéfini du profit ? – il convient d’emblée de leur couper les ailes. En cette matière la première mesure conservatoire consiste à leur refuser le statut d’entités privées actionnariales – dont la vocation, on pourrait même dire l’essence, est la recherche du profit – et à placer les futures entités bancaires sous une contrainte réglementaire de profitabilité encadrée, c’est-à-dire limitée – à tout prendre il n’y a guère meilleure régulation d’incitations qu’on sait éminemment dangereuses qu’un obstacle « en dur ».

3. Existe-t-il alors dans le répertoire des formes juridiques disponibles de quoi habiller adéquatement ce genre d’entité ? Si ça n’est pas le cas, rien n’interdit de faire preuve d’un peu de créativité pour inventer un statut intermédiaire entre les sociétés de capitaux et les établissements publics, et qui ne soit ni de simple association, ni d’ONG, mais un statut sui generis. Quel serait le but de ce statut ad hoc, et en particulier pourquoi refuser de piocher dans le sous-répertoire des établissements publics ? La réponse, on l’a compris, tourne autour de l’idée d’un contrôle public mais qui ne serait pas directement étatique, un contrôle public d’une autre nature, lato sensu pour ainsi dire. Tel est le troisième point de cette esquisse de cahier des charges qui envisage pour les banques un contrôle public local par les parties prenantes : salariés, entreprises, associations, collectivités locales, représentants locaux de l’Etat, etc. Par un argument tout à fait semblable à celui qui s’est appliqué à l’instant au pôle bancaire public unifié, il ne saurait être question que les intéressés au crédit aient directement la main sur le crédit c’est-à-dire, en l’occurrence, que les parties prenantes siègent directement dans les comités d’engagement. Leur place est dans des instances plus distantes et moins opérationnelles – comités de suivi et d’orientation – mais à toutes les échelles, du niveau local (départemental par exemple, ou tout autre circonscription qui fasse sens du point de vue de l’activité économique) jusqu’au niveau « groupe ».

Tout ceci n’est pas sans faire penser au modèle bancaire mutualiste, mais avec tout de même de sensibles différences et, surtout, avant son formidable dévoiement par les logiques de la finance de marché. Il n’en demeure pas moins que : 1) la multiplicité et l’autonomie opérationnelle des concessionnaires de l’émission monétaire ; 2) la soustraction aussi bien au secteur privé profitable qu’au contrôle étatique direct, au profit d’une nouvelle forme de service public (bancaire) ; et 3) le contrôle public local par les parties prenantes mais moyennant des médiations institutionnelles suffisamment allongées sont les caractéristiques centrales qui définissent, non plus un pôle public unifié du crédit, mais ce qui pourrait être appelé un système socialisé du crédit.

La question de la solvabilité : quels fonds propres pour un système socialisé du crédit ?

La soustraction au secteur privé conduit inévitablement à poser la question des fonds propres. Bien sûr ces banques pourraient émettre de la dette de long terme mais – par construction – pas des actions. L’Etat, par ses finances publiques, auraient-il les moyens d’être l’unique fournisseur de ressources permanentes pour la totalité du secteur bancaire socialisé ? – sachant que, à supposer que ce puisse être le cas, ce statut d’unique apporteur de fonds propres ne lui donnerait, là encore par construction juridique, aucune hégémonie décisionnelle : nous sommes ici dans un monde où les rapports de pouvoir économiques – les rapports de « gouvernance » si l’on veut – sont reconstruits sur des bases entièrement nouvelles et, plus précisément, sur des bases entièrement politiques, c’est-à-dire complètement désindexées des rapports économiques, et notamment des rapports de participation financière. Le capitalisme actionnarial a fini par imposer comme une évidence indépassable que la voix au chapitre était indissolublement liée à la propriété financière et à la participation au capital. On serait presque tenté d’admirer la performance qui a consisté à rendre impensable que la distribution du pouvoir au sein des entités économiques puisse s’effectuer autrement, et à effacer des esprits cette idée pourtant élémentaire que l’organisation des rapports des hommes entre eux est, par définition, une question proprement politique et qu’elle ne perd rien de cette qualité y compris dans l’univers économique. Si donc on sait reconnaître, comme il doit l’être, le caractère authentiquement politique des rapports de pouvoir, fussent-ils économiques, il apparaît que la médiation de la propriété financière en opère une distorsion que rien ne fonde véritablement, avec pour seul effet, on s’en doute, de substituer au principe « un homme une voix » le principe « une action une voix », c’est-à-dire de réinstituer le suffrage censitaire en proportionnant la capacité politique des agents à leur capacité patrimoniale. C’est d’ailleurs bien cette pleine repolitisation de rapports qui n’auraient jamais dû être dépolitisés par les logiques capitalistiques, que le système socialisé du crédit vise à produire au travers de ses formes institutionnelles propres – et qui interdit absolument que l’apporteur de fonds propres revendique la moindre contrepartie de pouvoir à ce seul motif.

Il reste que, même renonçant à faire du pouvoir le corrélat de ses apports, l’Etat verrait les finances publiques rudement sollicitées d’avoir à fournir en fonds propres la totalité du système bancaire socialisé, particulièrement si la transition est brutale. Est-ce à dire que la question de la solvabilité bancaire reste sans solution dans ces conditions ? Non car l’Etat a toujours la ressource d’un apport substitutif, d’une nature autre que des fonds propres « directs », à savoir l’apport de sa garantie. Au demeurant, rien n’interdit de considérer que la garantie que l’Etat apporterait aux banques à l’intention de tous leurs créanciers n’est pas autre chose qu’un apport latent de fonds propres mais non tirés. Plus précisément encore, la garantie de l’Etat fonctionne de fait comme une réserve potentielle de fonds propres non tirés mais à tirage certain en cas de besoin. Cet apport de fonds propres « contingents » – mais à tirage certain en cas de matérialisation de l’élément de contingence, c’est-à-dire d’« événement de solvabilité » – a exactement les mêmes effets qu’un apport ferme de fonds propres ex ante… mais avec de remarquables propriétés d’économie pour les finances publiques.

Est-il cependant raisonnable d’adosser ainsi la totalité du secteur bancaire à la garantie de l’Etat ? Oui à partir du moment où ces banques sociales opèrent sur les bases qui viennent d’être indiquées, à savoir des banques, d’abord tenues à distance d’un univers de marchés qu’il faudra avoir sérieusement cadenassé [9], mais surtout tenues à un cadre réglementaire de profitabilité limitée. Seule cette force du plafonnement réglementaire du profit peut s’opposer avec quelque chance de succès aux forces autrement irrésistibles de la concurrence-cupide, c’est-à-dire de l’élan en vue d’un profit indéfiniment plus élevé. Et, de fait, la question de la solvabilité, ou plutôt de l’insolvabilité des banques ne se pose jamais que dans les cas polaires opposés de la poursuite actionnariale-privée du profit jusqu’à l’aveuglement et au prix de risques hors de toute maîtrise… ou bien de la commande directe de l’Etat qui impose à des banques publiques de procéder à des surplus d’émission monétaire incompatibles avec les contraintes générales de l’économie ou bien avec la situation particulière de quelques bénéficiaires, au risque de l’inflation ou du surendettement local ou global. Mais la structure même du système socialisé du crédit le rend immune à ces deux dérives et a donc pour effet de maintenir la probabilité d’occurrence des « événements de solvabilité » à des niveaux aussi bas que possible.

Si cette configuration du système bancaire est, toutes choses égales par ailleurs, plus à l’abri qu’une autre de la folie des grandeurs, n’est-elle pas à l’inverse exposé au risque symétrique d’une attrition du crédit du fait de la disparition des incitations de la concurrence et du profit ? Là encore, il semble que le risque soit limité par les structures politiques mêmes du système socialisé du crédit dès lors qu’elles donnent toute leur part aux parties prenantes, directement intéressées au maintien à bon niveau des flux de financement bancaires… et dès lors que leur influence s’exerce dans des formes institutionnelles qui réalisent un bon équilibre des pouvoirs et ne leur accordent ni rien… ni tout !

Post-scriptum : Les animateurs du débat sur la création monétaire auront quelques raisons de n’être pas satisfaits de cette « réponse » qui a laissé de côté bon nombre de leurs interrogations et notamment, pour partie, celle des prérogatives de l’Etat en matière de création monétaire. Pour partie seulement puisque ce texte a longuement souligné les risques d’un pôle public unifié du crédit. Pour autant, il n’est pas revenu sur la question de la politique monétaire et des modalités du financement des déficits publics – mais c’est qu’on ne peut parler de tout en une fois et que ce texte est déjà assez long comme ça… Pour toutefois ne pas laisser traîner d’inutiles ambiguïtés il n’est peut-être pas inutile de faire immédiatement une ou deux mises au point. La plus urgente et la plus catégorique est sans doute celle qui concerne le statut d’indépendance de la banque centrale en général, et de la BCE en particulier. À ce propos il est possible – pour une fois… – de dire les choses assez simplement : la banque centrale est l’instance de la politique monétaire et, dans « politique monétaire », il y a « politique » qui veut dire politique ! Que les orientations générales de l’offre de monnaie soient soustraites aux institutions de la politique représentative est un état de fait que rien, strictement rien, ne parviendra jamais à justifier en principe. À ce compte-là pourquoi ne pas envisager de démembrer complètement l’Etat instance des politiques publiques et remettre chacune d’elles à une agence indépendante propre confiée à des experts non élus ? Qu’on ne s’y trompe pas : il en est à qui l’énormité de la proposition ne donne pas un battement de cil, au contraire y voient-ils un modèle de l’action publique tout à fait désirable. Même un lecteur un peu distrait aura compris que telle n’est pas la position, défendue dans ce texte… On ne devrait pas voir à dire ce genre de trivialité et pourtant il le faut : la pleine repolitisation de la politique monétaire est un enjeu de première importance que ne saurait minimiser aucune des « raisons », ou plutôt des causes, très bien identifiables, ayant conduit à l’indépendance de la banque centrale.

Reste la question de savoir dans quelles conditions les dépenses publiques pourraient bénéficier d’une facilité de financement monétaire. Les lignes qui précèdent ont assez mentionné les dangers d’une création monétaire qui serait laissée à la discrétion de l’Etat hors de tout contrôle. Pourtant, force est, inversement, de reconnaître qu’il est des situations où cette possibilité d’une création monétaire publique est macroéconomiquement très bien fondée. L’argument du financement des « dépenses d’avenir » ou des besoins sociaux fait évidemment partie du dossier mais sans être à soi seul décisif. La circonscription des « dépenses d’avenir » peut faire problème. Stricto sensu, rien par exemple, n’interdirait d’y verser les dépenses d’éducation nationale – le premier poste budgétaire en France. Or on comprend aisément qu’il est difficilement envisageable de se donner un financement monétaire du quart du budget de l’Etat… Mais ce sont surtout les conditions macroéconomiques générales qui commandent. Quelque fondée que soit une certaine dépense publique, son financement monétaire admet pour condition nécessaire que les capacités de production existent pour y faire face sauf à laisser se creuser le déficit extérieur ou voir déraper l’inflation. Il n’est pas question d’entrer ici dans une discussion de macroéconomie des politiques budgétaire et monétaire mais simplement de suggérer que restent à inventer les formes institutionnelles réalisant le « bon » compromis entre reconnaître des cas bien fondés de financement monétaire des déficits publics sans pour autant laisser l’Etat seul en position d’en juger discrétionnairement. Il en va donc de la politique monétaire comme de l’organisation du système socialisé du crédit : tout est affaire de montage institutionnel et de médiations convenablement agencées, c’est-à-dire réalisant un bon équilibre entre tendances antagonistes dont la présence est également nécessaire. Mais ceci ne dit pas grand-chose sur la forme précise que ces médiations pourraient prendre concrètement… C’est dire que le débat n’est pas près d’être épuisé.

Notes

[1] Joe Nocera, « So When Will Banks Give Loans ? », New York Times, 25 octobre 2008

[2] Art.cit.

[3] Respectivement la Qatar Investment Authority et le sheikh Mansour Bin Zayed Al Nahyan, membre de la famille royale d’Abu Dhabi

[4] « Many CFOs Cynical on Banker Bailout Plans », CNBC.com, 26 novembre 2008

[5] Michel Aglietta et André Orléan, La violence de la monnaie, PUF, 1982

[6] Certes, nombreux sont les conflits sociaux qui appellent très légitimement des solutions financières, c’est-à-dire requièrent de diriger vers certaines catégories de citoyens ou certains secteurs de la politique publique des moyens supplémentaires. Mais justement : ce sont des solutions financières, et non monétaires, c’est-à-dire à financement fiscal. Il est temps de mesurer ce que l’état de tension chronique des finances publiques et de paupérisation structurelle des services publics doit au refus de relever les prélèvements obligatoires au niveau qui devrait être le leur, et notamment en mettant sérieusement à contribution le capital et les catégories les plus fortunées

[7] Ou au taux moyen pondéré de refinancement de la banque considérée

[8] Quitte à faire « académique », il faut tout de même citer ici le livre de Karl Polanyi, La Grande Transformation (Gallimard, 1984), dont l’intuition centrale – la monnaie n’est pas un objet marchand ordinaire – est également au centre de La violence de la monnaie d’Aglietta et Orléan (op. cit.)

[9] Voir en ce sens le chapitre 5 de Jusqu’à quand ? Pour en finir avec les crises financières (éditions Raisons d’agir, 2008), ou, sur ce blog, « Quatre principes et neuf propositions pour en finir avec les crises financières »

105 commentaires sur « Pour un système socialisé du crédit »

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  • permalien RST :
    6 janvier 2009 @11h31   »
    Encore une fois, merci

    Cela devient lassant mais je vous remercie de votre article remarquable notamment par les précisions que vous apportez sur la création monétaire et votre jugement tout à fait équilibré sur la vidéo de P.Grignon qui a donné lieu à tellement de désinformation (notamment sur Rue89 et sur Arrêts sur Image).
    A mon modeste niveau, je participe au débat sur la création monétaire et je n’ai, contrairement à ce que vous écrivez, aucune raison de ne pas être satisfait de votre réponse qui confirme la grande majorité des connaissances que j’ai récemment acquises sur le sujet. Je compte utiliser votre texte pour en faire la plus grande diffusion possible à travers les divers blogs sur lesquels je suis amené à intervenir. Il serait d’ailleurs bon que quelqu’un comme P.Jorion lise votre texte afin qu’il comprenne enfin les phénomènes de création monétaire et arrête de remettre en cause de manière tout à fait incompréhensible le pouvoir de création de monnaie par les banques.

    Cordialement

    RST

    http://ecodemystificateur.blog.free... ?

  • permalien BA :
    6 janvier 2009 @11h33   « »

    Bons du Trésor US : « Vendez ! La bulle va exploser ! » s’écrie Barron’s lundi 5 janvier 2009.

    Get Out Now !

    By ANDREW BARY.

    The bubble in Treasuries looks ready to pop, sending prices on government debt sharply lower. But just about every other corner of the bond market beckons — and could provide competitive returns with stocks, even if the equity markets have a strong 2009.

    http://online.barrons.com/article/S...

  • permalien BA :
    6 janvier 2009 @12h41   « »

    Frédéric Lordon,

    Votre article est d’une qualité exceptionnelle. Néanmoins, je suis en désaccord avec vous. Je reste un farouche partisan d’un pôle public unifié du crédit.

    A mon avis, la banque, le crédit, la monnaie sont des services publics. La banque, le crédit, la monnaie doivent être nationalisés. La banque, le crédit, la monnaie doivent être placés sous le contrôle exclusif du gouvernement français.

    Vous écrivez dans votre post-scriptum cette phrase : « Les lignes qui précèdent ont assez mentionné les dangers d’une création monétaire qui serait laissée à la discrétion de l’Etat hors de tout contrôle. »

    A mon avis, votre erreur est là, dans cette phrase. Je souhaite un pôle public unifié du crédit, je souhaite que la banque, le crédit, la monnaie soient placés sous le contrôle exclusif du gouvernement français, parce que le peuple français vote tous les cinq ans lors des élections législatives.

    Si le gouvernement français gère mal le pôle public unifié du crédit, le gouvernement français sera viré aux élections législatives suivantes.

    En clair : il est faux d’écrire qu’« une création monétaire qui serait laissée à la discrétion de l’Etat serait hors de tout contrôle ».

    Le pôle public unifié du crédit serait sous le contrôle indirect du peuple français, qui changerait le gouvernement en cas de mauvaise utilisation par le gouvernement du pôle public unifié du crédit. Le gouvernement français exercerait un pouvoir gigantesque ? Il serait donc capable de faire des conneries gigantesques ? Oui. Et alors ? Qu’est-ce que ça peut faire ? L’essentiel n’est pas là.

    L’essentiel, c’est que le gouvernement français puisse être viré par le peuple français tous les cinq ans en cas de connerie gigantesque.

  • permalien parkway :
    6 janvier 2009 @14h47   « »

    réponse au commentaire de BA :

    pensez-vous vraiment que les français soient capables de bien vôter aux élections ???

    ils se font berner par tous les médias sans état d’âme !

    ils sont capables de tout avaler et vous voudriez leur faire confiance ???

  • permalien CD :
    6 janvier 2009 @14h56   « »

    Je me joins avec plaisir au concert de louanges qui accompagne chacun de vos trop rares articles. Leur lecture est fort enrichissante. J’en retire immanquablement une sensation réjouissante : la véritable analyse et l’esprit de système juste et argumenté a encore voix au chapitre dans certains médias (merci au Monde diplomatique).
    J’attends vos prochains articles avec impatience et j’espère sincèrement qu’il puisse exister quelque responsable politique pour considérer vos suggestions avec tout l’intérêt qu’elles méritent, pour les médiatiser davantage, et, pourquoi pas, les appliquer.

  • permalien CD :
    6 janvier 2009 @14h57   « »

    Pour répondre (amicalement) à BA : je ne partage pas votre argument principal pour la création d’un pôle public unifié du crédit. Vous dîtes que les élections législatives quinquennales permettraient au peuple de sanctionner une mauvaise gestion de la monnaie. Mais il est pourtant, malheureusement, facile de constater que les élections se jouent sur quantité de sujets, de préférence « médiatiques », parfois triviaux (en regard des enjeux « réels ») et souvent déterminés par ceux-là même qui se présentent aux suffrages. Les politiques fixent eux mêmes les termes du débat. Sur leur conception de ce qui préoccupent, à leurs yeux, les français. Je ne prête pas une si grande malhonnêteté aux journalistes de tout poil pour laisser systématiquement les sujets économiques et/ou sensibles sans réponse lors des débats radiophoniques ou télévisés. Une des choses les plus difficiles à faire dans notre société pourrait être d’obtenir une réponse d’un politique sur un sujet qu’il ne souhaite pas aborder. Imaginez l’ampleur du défi lorsqu’un consensus électoraliste large censure tacitement les sujets « gênants », ou les façons gênantes d’aborder certains sujets.
    Ce contrôle démocratique que vous désirez serait contrecarré par un succès, même de façade, du gouvernement sur un quelconque autre sujet. Cela permettrait de faire avaler à l’opinion d’éventuelles fautes de gestions monétaires.
    Comme lors de toute élection, la victoire fait office de blanc seing pour les vainqueurs quelles que soient les idées ayant permis la victoire et quelles que soient les politiques menées par la suite.
    Une sanction quinquennale rend possible toutes les combinaisons possibles d’erreurs-compensations propres à brouiller le jugement des électeurs les plus avisés.
    Pour ma part un contrôle démocratique ne pourrait se faire, dans l’absolu, que par référendum. Mais cela ne serait pas réaliste : le sujet est technique, le scrutin est lourd, la légitimité gouvernementale en deviendrait beaucoup trop volatile….sans compter le peu de poids que les politiques, prétendument démocrates, donnent au référendum (cf. : ratification du traité de Lisbonne)
    Finalement je persiste à penser que Monsieur Lordon fait, ici, une proposition qui semble vraiment tenir la route

  • permalien gibello :
    6 janvier 2009 @16h17   « »
    D’accord avec M. Lordon : un contrôle étatique à 100% serait catastrophique

    Le passé (ancien, avant la création de la BCE, comme récent - la FED est inféodée à l’administration centrale US) l’a prouvé : les politiques réagissent de façon épidermique aux soubressauts de l’opinion, et visent le court terme électoral (cf. les prises de bec entre N. Sarkozy et JC. Trichet, quand notre Président l’exhortait à baisser ses taux à contre-cycle... avant d’opter pour un silence prudent, quelques semaines plus tard !).
    L’esclavage de l’opinion vaut bien l’esclavage du profit... et l’équilibrage d’un système complexe ne saurait relever de solutions simplistes.
    Quoiqu’il en soit, merci à M. Lordon pour cet article très éclairant (note : ceux qui connaissent un peu le sujet pourront se contenter du chapitre 3 et de la conclusion, çà permet de parcourir plus vite ce post un peu long).

  • permalien Sophie :
    6 janvier 2009 @18h07   « »

    Merci Monsieur Lordon pour cet excellent article.

    J’avais lu, je ne sais plus où, une proposition qui m’avait semblée intéressante.
    L’idée était que :

    - d’une part l’Etat et les collectivités locales pouvaient bénéficier de "monnaie centrale" sans passer par les marchés financiers, pour tous leurs besoins d’investissements (avec accord préalable de la Cour des Comptes), donc bénéficier d’une monnaie sans intérêt.

    - d’autre part les besoins de crédit des particuliers et des entreprises étaient centralisées auprès des établissements financiers (y compris les banques) qui devenaient ainsi des intermédiaires rémunérés par honoraires d’expertise et d’intermédiation, l’ensemble de la monnaie prétée (avec intérêt pour ces catégories de bénéficiaires) restant donc centrale . De ce fait la Banque Centrale disposerait de deux "outils" directs : les taux d’intérêts et la masse monétaire.

    Qu’en pensez-vous ?

  • permalien RST (Président autoproclamé du fan club de F.Lordon) :
    6 janvier 2009 @19h11   « »
    Et maintenant, on fait quoi ?

    Au-delà de ce texte une question reste posée néanmoins, de l’ordre du politique : par quels moyens pouvons-nous imposer ces mesures qui, aujourd’hui, ne sont reprises par aucun des partis qui prétendent diriger le pays ?

    La discussion peut se poursuivre ici aussi :
    http://ecodemystificateur.blog.free...

  • permalien JiJi :
    6 janvier 2009 @21h43   « »
    Le "Bravo" d’un manant.

    Bravo Monsieur Lordon !

    C’est un manant qui vous dit bravo.

    Dix ans déjà - donc bien avant la vidéo de Paul Grignon - qu’il vitupère contre les comtes, vicomtes et barons qui nous taxent à tout va comme si c’était au nom du Roi. Et beaucoup les croient, même ceux passés par une terminale SES ou en première année de fac d’éco. Nous, les manants, nous en appelons au Roi, à l’Etat en quelque sorte.

    Et voilà qu’enfin un Prince de Sang, un Universitaire, dit comme nous pour l’essentiel, et bien mieux que nous ! Sévèrement ; beaucoup plus sévèrement ... Bien sûr, il n’oublie pas son rang : il condamne comtes et barons mais il sait les ménager. "Attention, dit-il, méfiez-vous aussi du Roi ! Il serait extrêmement dangereux de ne pas lui adjoindre des commissaires, des délégués, des concessionnaires, en somme des barons et vicomtes chargés du bien du Peuple".

    La remarque est bonne. Nous ne sommes justement pas certains de pouvoir faire confiance à bon escient à n’importe quel Roi. Nous préférerions avoir affaire à une République, c’est à dire un gouvernement élu par le Peuple, contrôlé au nom du Peuple et limogeable par le Peuple ( même si certains semblent trouver naïf d’en appeler à la démocratie ! ).

    Iriez-vous, Monsieur Lordon,- malgré votre noble qualité - jusqu’à voter la mort du système financier habilement échafaudé par les banquiers sur les réserves fractionnaires en monnaie centrale ? Plusieurs au Tiers Etat seraient prêts à le faire. Pensez-vous définitivement que se soit contre-indiqué ?

    Ceci dit, très sincèrement bravo. A ma connaissance vous êtes le seul parmi vos collègues "professionnels" à oser faire des propositions publiques sur un sujet difficile ( vos savoirs nous sont précieux) et décisif ( risque catastrophique d’évaporation des avoirs et encaisses monétaires). Peut-être l’obstination des "amateurs" a-t-elle eu quelque utilité pour que nos sociétés commence à en prendre conscience.

  • permalien ex bleausard :
    7 janvier 2009 @10h45   « »

    @troll forever : Merci pour ce commentaire brillant qui a le mérite de démontrer
    que seule une catastrophe majeure sera en mesure de faire reflechir les plus indécrotables supporters du marché (Le dérapage dont vous parlez plus le mur dans lequel vous vous ecraserez comme tout le monde)

    Monsieur Lordon, merci pour cette article qui ne dépareille pas de l’ensemble de votre travail, analyse rigoureuse, argumentaire solide, style brillant et cerise sur le gateau, style incisif non dénué d’humour. Vous etes rare car j’imagine que la plupart des personnes capables de comprendre les mécanismes que vous decrivez auraient plutot tendance à en tirer profit plutot qu’à les dénoncer.

    Petite question pour préciser la viabilité du système socialisé du crédit, j’imagine (car vous ommettez
    de le dire) que, comme pour la finance (ZEF) vous le concevez au niveau européen ? Une telle initiative au niveau d’un état comme la France seulement serait elle possible ? Que faire de l’euro ?

    Si tel est le cas c’est donc au niveau européen qu’il faut agir, une question est donc appartenez vous à un courant de penseurs économiques européen ? et vos propositions sont elles relayées chez nos voisins ? voire aux états Unis ?

    Autre question/remarque, bien que vous faites avec brillot l’effort d’etre inteligible pour des néophytes comme nous
    , je ne suis pas certain que vous soyez accessible à tous.(vos articles peuvent sembler effectivement long et décourager ceux qui ne s’interessent pas vraiment à ce probleme) Or il parait nécessaire de faire partager au
    plus grand nombre votre pensée.

    Vous parlez de l’argent dette, or il semble que ce petit film, toute inexactitudes et complotisme mis à part a l’enorme qualité d’etre très accessible (suffit de voir
    l’engouement qu’il a suscité). Ne pensez vous pas que
    relayées grace à un média similaire (si tant est que l’on puisse imager tout ce que vous dites), le partage de vos idées ne serait que plus efficace ?

    J’ai bien peur de ne pas vous voir à la télévision dans les prochains mois et pour cause, et je crains que la seule façon aujourd’hui de toucher une population plus
    vaste que les amg et les abonnées du Monde diplo passe nécessairement par de la "com" efficace (moyen utilisée
    depuis longtemps par nos chers dirigeants inféodés aux marchés)

    bien à vous

    un ex bleausard

  • permalien BA :
    7 janvier 2009 @13h51   « »

    Je constate avec tristesse que je suis le seul à défendre (contre Frédéric Lordon) un pôle public unifié du crédit. Je répète que la banque, le crédit, la monnaie sont des services publics. La banque, le crédit, la monnaie doivent être nationalisés. Ils doivent être sous les ordres exclusifs du gouvernement français.

    Contre cette opinion, Frédéric Lordon prône un système socialisé du crédit. Frédéric Lordon écrit cette phrase fondamentale : « Tel est le troisième point de cette esquisse de cahier des charges qui envisage pour les banques un contrôle public local par les parties prenantes : salariés, entreprises, associations, collectivités locales, représentants locaux de l’Etat, etc. »

    Mais Frédéric Lordon se garde bien d’aborder les deux problèmes que cette phrase implique.

    1- Premier problème : la légitimité de ce contrôle public local par les parties prenantes. En clair : quelle serait la légitimité de ceux qui contrôleraient ce système ? Pourquoi X et Y contrôleraient ce système ? Et pourquoi Z ne contrôlerait pas ce système ? Qui choisira les contrôleurs ? Et à quelle périodicité ? Tous les cinq ans ? Tous les dix ans ? Ce problème est très très important. La banque, le crédit, la monnaie sont un tel pouvoir qu’il faut que les détenteurs de ce pouvoir soient légitimes. Or, tout pouvoir n’est légitime que si il procède directement du peuple.

    Solution de ce premier problème : un pôle public unifié du crédit, placé sous les ordres exclusifs du gouvernement français, qui possède cette légitimité. Contrairement à ce que certains écrivent sur ce blog, le gouvernement français possède une légitimité indiscutable. Le gouvernement français est le résultat des élections législatives, qui ont lieu tous les cinq ans. C’est le peuple français qui donne la légitimité. C’est le suffrage universel direct qui donne la légitimité.

    2- Second problème : la sanction en cas de mauvaise gestion. En clair : qui sanctionnerait les gestionnaires de ce système socialisé du crédit ? Qui les virerait en cas de mauvaise gestion ?

    Solution de ce second problème : si le gouvernement français (et lui seul) contrôlait un pôle public unifié du crédit, et si ce gouvernement français faisait des conneries, il serait sanctionné aux élections législatives suivantes. Il serait sanctionné par le peuple français.

  • permalien Phig :
    7 janvier 2009 @19h00   « »

    Je trouve cet article très intéressant parce qu’il repolitise profondément les questions économiques et monétaires. Je viens de finir un livre sur les événements de 1848. Une des revendications de "l’extrême gauche" (selon les termes du livre) d’alors était justement la nationalisation du crédit. Ces derniers mois monte et se renforce en moi la conviction que les libertés politiques, bien qu’acquises de haute lutte par nos devanciers, sont illusoires tant que nous n’auront pas aussi conqui les libertés économiques. J’étais jusqu’à présent préoccupé par la déresponsabilisation quant à la production par le salariat, le maintien des inégalités sociales à travers la fortune... Cet article élargi mon champ de réflexion au crédit et à la monnaie. En commençant à lire l’article, j’ai été longtemps agacé par le sentiment que Frédéric Lordon rentrait dans une dichotomie basique état contre privé. En repoussant ces deux extrêmes du crédit nationalisé centralisé et de la dispersion des émissions par des agents privés, il accède à mon aspiration de dépasser cette opposition état/privé. La question est bien du juste exercice des pouvoirs, sachant que chaque individu, à travers des groupes d’intérêt commun cherche dans un premier mouvement à jouir du plus de pouvoir pour lui-même. Une morale internalisée par chacun n’est pas suffisante, et même totalement dérisoire, pour assurer la répression de ce désir de puissance de chaque individu. Comme le répète plusieurs fois Frédéric Lordon, il s’agit de questions politiques. En fait, il me semble que l’option est radicale, il n’est pas question de laisser quoique ce soit aux entreprises privées mues par la recherche du profit. Une fois acquis le principe d’un control entier de l’émission du crédit par le peuple (concept large), on revient à un questionnement "classique" de partage des pouvoirs. Je comprend le refus de Frédéric Lordon d’un "tout état" par le refus d’une institution centralisée qui réunirait le pouvoir exécutif et le pouvoir économique. Dans la réflexion institutionnelle, cela reviendrait à adjoindre un quatriéme pouvoir aux trois que Montesquieu souhaite indépendant : un pouvoir économique, avec les pouvoirs exécutif, législatif et juridique. De fait, ces quatre pouvoirs s’exercent, comme les trois consensuellement reconnus comme idéalement séparé s’exercaient pleinement avant Montesquieu. Si nous arrivons maintenant à des impasses, c’est peut être parce que nous avions jusqu’à présent oublié ce quatrième pouvoir. La question donc est de refonder les jeux de pouvoir dans nos sociétés de telle sorte que les quatre pouvoir soient séparés mais aussi sous contôl démocratique. Force est de constater que c’est loin d’être le cas déjà pour les trois pouvoirs exécutif, législatif et juridique dans la Veme République, ni en ce qui concerne l’indépendance, ni en ce qui concerne du contrôl populaire...

  • permalien JiJi :
    7 janvier 2009 @22h16   « »
    Courage. (Presque) tout reste à faire ...

    @ BA

    Ne soyez pas si triste. Vous n’êtes pas si seul à souhaiter un pôle public unifié du crédit. Personnellement je penche plutôt - mais est-ce si différent - pour le " 100 % monnaie " que j’ai découvert sur le blog de l’anglais James Robertson. Il a l’avantage de réserver l’exclusivité de la création monétaire à la Banque Centrale sans toutefois trancher sur son degré de dépendance à la puissance publique ( Robertson la veut indépendante ... Ce n’est pas mon point de vue). Autre avantage très important : Robertson et son coauteur l’allemand Joseph Huber assurent que la transition entre le modèle présent et ce modèle "100 % monnaie" pourrait se faire immédiatement par émission de la quantité de monnaie centrale couvrant à 100 % tous les prêts bancaires en cours. Ensuite tout nouveau crédit bancaire devrait être couvert en totalité en Banque Centrale ; et tout remboursement remonterait jusqu’à la Banque Centrale. C’est cela que je souhaitais évoquer dans ma question à Frédéric Lordon dans mon avant-dernier paragraphe ci-dessus.

    Mais il est difficile d’entrer dans le détail dans une intervention sur un blog, surtout sur un sujet aussi peu divulgué. Le risque d’incompréhension, voire de cacophonie existe. Le blog de Paul Jorion en est un bel exemple. La proposition de Frédéric Lordon, au contraire, est une tentative concrète et par quelqu’un de compétent, de ramener le pouvoir monétaire sinon dans le giron public du moins vers le public. Serait-ce suffisant ? On peut en discuter. Ce qui parait inacceptable aujourd’hui risque de devenir demain une solution souhaitée par tous parce que devenue la seule issue.

    @ Phig

    La considération d’un quatrième pouvoir que vous appelez "pouvoir économique" est intéressante mais ne pourrait-on, plus simplement, évoquer un "pouvoir monétaire" chargé d’assurer le fonctionnement correct du système légal de paiement, c’est à dire de fournir , réguler , voire orienter la juste quantité de monnaie nécessaire. La question demeure de savoir s’il s’agit bien d’un pouvoir autonome à séparer des autres ou si cette activité ne relèverait pas simplement de l’exécutif.

    Tout ceci devrait d’urgence être débattu surtout dans les milieux dirigeants : économistes, universitaires , chercheurs en sciences politiques, et responsables politiques. Ensuite les partis devraient s’en emparer et la démocratie trancher ... car il existe évidemment plusieurs organisations possibles. Mais là, hélas je rève, n’est-ce pas.

  • permalien testsociety :
    8 janvier 2009 @10h28   « »
    Socialisation ou socialisation

    Frédéric,

    Le mot "socialisation" est assez polysémique (et c’est une bonne chose). En affaires de prise en main de la crise financière, il est souvent compris dans le sens de nationalisation, appropriation étatique, contrôle public, etc. Mais il pourrait également faire référence à des modèles de socialisation entrepreunariale de type coopératif. Le modèle socialiste viable de Mondragon, par exemple, comporte, on l’oublie souvent, un modèle bancaire. Un modèle d’appropriation coopérative des profits, généralisé dans tous les établissements bancaires, indépendamment de la présence ou absence d’une sorte de commissariat politique, pourrait être une véritable voie pour la transformation radicale de la finance. Le modèle coopératif n’est pas complètement étranger aux hedge funds, en vérité. Son extension, impulsée par exemple par le syndicalisme bancaire, pourrait même être vécue comme un instrument managérial opportun : transformer le système actuel d’appropriation du profit (bonus, individuation des gains avec socialisation des pertes) pour éviter, tout simplement, que les établissements financiers ne disparaissent et que les employés de la finance ne se retrouvent dans le rue. Il suffit de lire le WSJ pour voir comment la communauté financière elle-même est potentiellement partante pour des expérimentations socialistes (surtout si elles passent par d’autres voies que la législation, la punition ou la subvention de sauvetage). D’un point de vue socialiste, cela réouvre aussi de vieilles questions très intéressantes (commencer par l’usine) et donne place à une perspective "organisation du travail" qui est souvent écarté dans les idées de réforme actuelles (régulation, etc.). Qu’en penses-tu ?

  • permalien Martin P. :
    8 janvier 2009 @15h01   « »
    trésoreries : des guichets ?

    Est-ce que les milliards que l’Etat confie aux banques, à l’automobile, ou à l’armement dans l’espoir que le "ruissellement parvienne aux "petits", ne pourraient pas être proposés directement à ces petits via des guichets de l’Etat qui pourraient être ses trésoreries dans les territoires ?

    autre idée : peut-on penser à une véritable organisation mondiale du travail, capable de tarifer l’accès au marché mondial en fonction du rapport entre le revenu du travail et celui du capital dans le PIB ? ou plus modestement une mesure unilatérale de ce type de la part de l’UE, appliqué à ses importations mais dont le produit serait affecté à l’aide au développement ?
    - 

    D’autres idées pour traiter la "neuropathie sensitive congénitale" du système financier

  • permalien samedi :
    8 janvier 2009 @16h52   « »

    Il est assez vrai que les débats actuels sur le sujet — voir notamment le blog de Paul Jorion — évoquent rarement et peu les coûts du crédit pour les banques. Cela mériterait de l’application et un soucis des détails.

    Cela dit, j’ai trouvé souvent, dans ces débats, bien qu’énoncés moins clairement (quant à rendre compte des coûts assumés par les banques — ajoutons impôts divers et autres chèques vacances qu’on peut souhaiter à leurs salariés), votre proposition — que je fais mienne volontiers, dans son principe du moins :

    "le prix du crédit pourrait être formé sur la base du taux directeur de la banque centrale [7] mais au prorata de la part des encours effectivement refinancée – plus un petit quelque chose pour couvrir les coûts de structure et fournir une marge modérée permettant de financer des investissements de développement matériel et technique".

    Par ailleurs, le problème que pose votre "formule", c’est qu’elle fait abstraction du fait que la banque, prise individuellement, doit emprunter toute la monnaie qu’elle prête, non pas seulement à la banque centrale (part très minoritaire), mais auprès du privé : par émission d’obligations ; en se servant sur des comptes d’épargne, rémunérés ; auprès de consoeurs, sur le "marché interbancaire" (la monnaie centrale ne servant qu’à régler des soldes de compensation en fin de journée).

    On peut faire remarquer, au passage, que, la multiplication étant distributive, même si les banques devaient (doivent, en bonne part) emprunter toute la monnaie qu’elle prêtent, et donc ne prélever des bénéfices que selon des différentiels d’intérêts, ces bénéfices - hors coûts de fonctionnement réels - sont proportionnels à la monnaie qu’elle prêtent (qui ne leur appartient pas). Ce qui est le problème noté.

    Dans votre proposition, il faudrait donc peut-être remplacer la notion "sur la base du taux directeur de la banque centrale" par "sur la base du taux d’intérêt moyen associé aux emprunts effectués par la banque".

    Sauf à vouloir empêcher les banques de prêter à X l’argent de Y (ou de se comporter comme si c’était le cas — l’espèce de don d’ubiquité légalisé de ces dépôts supposés garantis et "à vue" est une autre affaire) et à fonctionner avec 100% de couverture par une monnaie banque centrale (au présent, l’encours total des crédits bancaires dans la zone euro est environ 16 fois supérieur à la valeur faciale des billets et pièces en euros en circulation.

  • permalien samedi :
    8 janvier 2009 @16h52   « »

    (suite)

    D’un autre côté, on ne peut pas (plus) parler de coût du refinancement sans prendre en compte notamment ce "détail" : la BCE rémunère les réserves obligatoires (pour les banques qui y sont astreintes...) Voir page 63 du rapport annuel de la Banque de France 2006, et page 89 de l’édition 2008 :

    - Produits du refinancement du système bancaire, en millions d’euros : 1 187 (2007) ; 814 (2006) ; 588 (2005)

    - Rémunérations des réserves obligatoires, en millions d’euros : 1 414 (2007) ; 904 (2006) ; - 574 (2005)

    Soit, en 2006, un solde net positif pour les banques, et à peine négatif en 2005. "Pas mal", quand on sait qu’elles ont augmenté l’encours de crédit de 1000 milliards d’euros environ par an. Pire, ce solde ce creuse, en absolu et en relatif, d’année en année.

    "les facilités monétaires que lui accordait la Banque de France ont été interdites par la loi de 1973, et que le verrouillage est devenu quasi définitif avec l’article 123 du Traité européen (Lisbonne) qui prohibe formellement toute avance de la BCE aux Etats membres."

    Ce verrouillage quasi définitif s’est produit bien avant, évidemment, avec le traité de Maastricht (son article 104, qui deviendrait l’article 133 TFUE avec la modification de Lisbonne).

    "Verrouillage quasi définitif" car, si la règle est restée à peu près la même en passant au plan européen, ce passage prive nos élus nationaux de leur pouvoir constitutionnel (art. 34) de définir le régime d’émission de la monnaie ; au plan de l’UE, les députés n’ont aucun pouvoir ou presque ; quant à la modification des règles primaires, les traités ne sont modifiables qu’à l’unanimité, ce qui fait qu’une clause importante arrangeant de forts pouvoirs privés n’a quasiment plus aucune chance d’être modifiée une fois adoptée.
    Voir : http://www.fauxmonnayeurs.org/artic...

  • permalien samedi :
    8 janvier 2009 @16h55   « »

    Peut être que ma correction proposée à votre formule se trouvait déjà dans votre note [7]. Mes excuses si c’est le cas. C’est que cette note est courte et peu claire pour le profane (que je suis).

  • permalien Sorel :
    8 janvier 2009 @17h21   « »

    3 questions (un peu HS) d’un néophyte (pas hs du tout)...

    1) Inflation-Déflation......
    Actuellement le tarissement de la demande de biens conduit à un écoulement des stocks et donc à un phénomène déflationniste (O/N ?).....Une fois les stock épuisés, les producteurs de biens devraient réduire leur capacité de production, de fait ils perdent des "économies d’échelles", la demande de bien étant réduite, les couts de production grimpent, retour à un phénomène d’inflation ?????

    2) Inflation et Loyers........
    Le tarissement des Acheteurs de logements ne devrait-il pas conduire à une augmentation des Locataires ???? L’impossibilité pour les propriétaires de revendre leur bien ne devrait-il pas les conduire à Louer le bien en compensant, sur le loyer, le cout de la perte de valeur du bien ??????

    3) Economie parallèle.............JAMAIS aucun économiste n’aborde sérieusement la question des économies "parallèles", celles qui sont liées à la criminalité, principalement les trafics de stupéfiants, d’armes, et de prostitution......Quelles influences ont ces économies sur le système financier ???? Quelle part du PIB mondial représentent-elles ???? Comment réagissent-elles pendant la crise ??

  • permalien BA :
    8 janvier 2009 @17h45   « »

    Lu sur le site Liberation.fr :

    « Satisfait de voir une partie de ses théories mises en pratique, Fitoussi ne peut faire moins que de voler au secours du plan de relance élaboré par Sarkozy. Et Fitoussi le sabreur de la pensée unique qui pouvait lancer : « Il faut renationaliser le système bancaire », d’excuser ainsi le manque de garanties demandées : « L’Etat aurait voulu devenir actionnaire. Ce sont les banques qui ont refusé. »

    Ce qui sonne comme un aveu de faiblesse et qui contribue à la préservation des avantages acquis des énarques et des mutualistes, qui n’ont eu de cesse de privatiser les banques qui leur étaient confiées et qui n’ont aucune honte à socialiser leurs pertes, tout en refusant que les dépositaires de l’intérêt général viennent mettre le nez dans leurs très mauvaises affaires.

    http://www.liberation.fr/economie/0...

    Cet article de Liberation.fr me rend furieux. Je me mets en colère quand je relis cet incroyable aveu de Jean-Paul Fitoussi : « L’Etat aurait voulu devenir actionnaire. Ce sont les banques qui ont refusé. »

    Qu’est-ce que c’est que ça ? Les banques exigent, et l’Etat obéit ? Mais dans quel pays vivons-nous ? Depuis quand l’Etat obéit-il aux banquiers privés ? Depuis quand ?

    Je répète mon plaidoyer pour un pôle public unifié du crédit :

    1- La banque, le crédit, la monnaie sont des services publics.

    2- La banque, le crédit, la monnaie doivent être nationalisés.

    3- La banque, le crédit, la monnaie doivent être sous le contrôle direct et exclusif du gouvernement français.

    4- Le gouvernement français est légitime car il procède du suffrage universel direct. Tous les cinq ans, le peuple français vote au suffrage universel direct lors des élections législatives. Cette question de la légitimité est fondamentale.

    5- En cas de mauvaise gestion de ce pôle public unifié du crédit, le gouvernement français pourra être sanctionné aux élections législatives suivantes. Le peuple français pourra le sanctionner tous les cinq ans. Cette question de la sanction est fondamentale elle aussi.

  • permalien Donald Duck :
    8 janvier 2009 @17h57   « »

    A lire les commentaires de ce blog, je me dis qu’Oncle Picsou, a créé une école d’économistes chevronnés qui lui devrait pour le moins un prix Nobel d’économie.

  • permalien CD :
    8 janvier 2009 @22h31   « »

    Au risque de paraitre obstiné je continue à contester l’argument du contrôle démocratique de l’émission monétaire par le biais des élections législatives.

    Les biais (que j’ai évoqué précédemment) du vote démocratique me semblent indépassables pour sanctionner (dé)favorablement un axe précis de la politique gouvernementale. Le contrôle de la politique monétaire étant un des sujets les plus techniques, le contrôle démocratique me semble d’autant plus inopérant.

    J’adhère parfaitement à l’idée que la monnaie est un bien public.
    Mais, comme le dit bien Monsieur Lordon, ces banques commerciales substituent souvent une recherche risquée du profit maximum à leur mission de financement de l’économie. Ce comportement est rationnel dans le strict cadre d’une économie de marché dans laquelle la monnaie est considérée comme un bien comme les autres, à partir duquel il est donc possible de commercer, de spéculer.

    La solution est donc bien d’affranchir les organismes de crédit de cet appât du gain. Pour ma part toute solution réaliste et viable se doit d’être prise au niveau européen voire mondial. Cette solution doit aussi être simple....

    Elle est plus facile à décliner dans sa branche locale. Je proposerais donc de confier l’émission de la monnaie (via l’octroi de crédit) à des organismes particuliers dont la structure juridique reste sans doute à inventer. Ces organismes auraient ceci de particulier qu’ils auraient cinq caractéristiques "opérationnelles" :

    1. Séparation stricte des banques d’affaires et des banques de détail.

    2. Plafonnement du taux de profit réalisable par les banques de détail. Le profit réalisé par ces banques ne devant pas excéder quelques points de pourcentage par rapport au taux du marché monétaire.

    3. Tout profit réalisé devra être réinvesti dans l’organisation pour son développement ou pour le développement des projets les plus risqués.

    4. La gestion de ces organismes serait confiée à un aréopage paritaire de représentants salariaux et patronaux (pour l’octroi de crédit professionnels), de représentants d’associations de consommateurs...... Une organisation qui ressemblerait fortement aux conseils des prud’hommes.
    Une telle organisation pourrait voir ses membres décideurs élus au niveau local tous les 2 ou 3 ans.

    5. Cette organisation serait soumise au contrôle de la Cour des comptes. Une autre organisation ad hoc pourrait être créée avec des outils d’analyse spécifiques : taux d’endettement moyen des entreprises ou des ménages, création et destruction d’entreprises, création d’emplois.....

  • permalien jean :
    9 janvier 2009 @02h28   « »
    Taux d’intérêt

    Ce billet de F.Lordon me laisse perplexe. Il laisse entendre que la création monétaire se fait sans contrepartie et que la quasi-totalité des intérêts finit dans la poche du banquier à l’exception des intérêts qu’il doit payer sur ses réserves à la banque centrale.

    Or il sait parfaitement que ce n’est pas le cas. Du fait de la concurrence entre banques, le banquier doit offrir soit des intérêts soit des services à ses déposants. Le niveau de la rémunération des dépôts atteint donc naturellement à peu près le taux de la banque centrale.

    Le système proposé par F.Lordon négligerait donc la rémunération des déposants (pour être cohérent, il faut aussi fixer la rémunération du livret A près de 0). Ce qui peut se défendre si l’on estime l’épargne monétaire nuisible, mais on aimerait que cela soit dit plus clairement. Les États-Unis avait par exemple interdit la rémunération des dépôts avec la régulation Q.

    Ce qui est encore plus embêtant est comment on régule la demande de crédit avec des taux d’intérêt proches de 0. Cela signifie que l’on doit imposer un rationnement du crédit sur des critères autres que financiers.

  • permalien th :
    9 janvier 2009 @09h38   « »

    Non l’article n’est pas trop long, il est complet et passionnant. Hélas surement pas assez "photogénique" pour les médias, d’autant que ceux-ci chantent d’autres chansons, plus lénifiantes.
    Si j’ai bien compris, vue l’uilisation que les banques font des "dons" des états, peut-on craindre.... une prochaine crise , terrible ??

  • permalien momax :
    11 janvier 2009 @01h45   « »
    l’exemple du zimbabwe

    l’exemple du Zimbabwe est un bonne exemple de la dérive qu’il peut se produire lorsque l’état contrôle totalement la création de monnaie (inflation de 1000%...)

  • permalien BA :
    11 janvier 2009 @07h13   « »

    J’éclate de rire !

    Si le Zimbabwe est dans un tel désastre économique, c’est parce que l’Etat contrôle la monnaie du Zimbabwe !

    Mort de rire !

    En réalité, c’est tout simplement parce qu’un des pires dictateurs de l’Histoire maintient le Zimbabwe en guerre civile depuis 1980.

    Voilà pourquoi.

    1980 : indépendance du Zimbabwe. Robert Mugabe prend le pouvoir. (En 2009, Mugabe est encore eu pouvoir !)

    1980 - 1988 : guerre civile à l’intérieur de la majorité noire.

    Années 1990 : accentuation de l’autoritarisme du régime Mugabe. La dictature devient de pire en pire.

    2000 : Mugabe exproprie des fermes appartenant à des blancs.

    2003 : Mugabe installe à la place des fermiers blancs des amis à lui, des proches du régime. Problème : ils n’y connaissent rien en agriculture ! La production agricole s’effondre.

    2004 : 70 % de chômeurs. Famine.

    2008 : Mugane est réélu, après que sa police a masscré des membres de l’opposition, et arrêté les chefs de l’opposition !

    Et après ça, il y en a qui font des sous-entendus, dans le genre : " Quand l’Etat contrôle la monnaie, ça donne le Zimbabwe ! "

    J’éclate de rire !

  • permalien Xin :
    11 janvier 2009 @16h50   « »

    @ momax, 11 janvier @ 01h45

    Chapeau l’exemple.

    D’autres font plus long mais moins con.

  • permalien Adrian :
    11 janvier 2009 @20h42   « »

    La cause de l’hyperinflation est un Etat qui force la Banque Centrale du Zimbabwe à imprimer de l’argent. L’Etat finance ses dépenses en émettant de la dette que la Banque Centrale du Zimbabwe doit acheter avec de nouveaux dollars zimbabwéens.

    http://www.afrik.com/article15958.html

  • permalien momax :
    11 janvier 2009 @22h04   « »

    je parlait des raison technique et non politique de l’inflation, le président fait tourné la planche a billet sans arrêt d’où l’inflation...

    et ceux si est possible bien sur car c’est un régime dictatoriale sans contre pouvoir...

  • permalien momax :
    11 janvier 2009 @22h27   « »

    merci adrian pour cette article intéressant

    Sinon pour répondre a ba ce n’est pas bien de me prêter des propos que je n’est jamais écrit ,c’est toi qui tire des conclusions erroné :

    "Si le Zimbabwe est dans un tel désastre économique, c’est parce que l’Etat contrôle la monnaie du Zimbabwe !" sa c’est toi qui le dit et pour le coup c’est moi qui "’éclate de rire !" ... moi j’ais dit :

    "Zimbabwe est un bonne exemple de la dérive qu’il peut se produire lorsque l’état contrôle totalement la création de monnaie"

    si tu n’arrive pas à distingué la différence je peu rien faire pour toi... Et a xin je dirait que tes propos se prête parfaitement a ton commentaire posté :

    "Chapeau l’exemple.
    D’autres font plus long mais moins con." ;-)

    je suis indulgent et je mettrais sa sur le compte de l’empressement, mais avant de tiré des conclusions attife il faut toujours bien lire et comprendre ce qu’on lit ,la ce n’est pas grave c’est juste un commentaire mais dans d’autres circonstance les conséquence peuvent être tout autres.

    ps:dsl pour mon orthographe

  • permalien BA :
    12 janvier 2009 @05h46   « »

    Mais tu apportes exactement la preuve de ce que je répète depuis des jours sur ce blog !

    Le pouvoir monétaire doit TOUJOURS répondre à deux conditions :

    1- La légitimité. Dans ton exemple du Zimbabwe, le chef de l’Etat n’a strictement aucune légitimité.

    2- La sanction (tous les cinq ans, tous les quatre ans, tous les trois ans, tous les sept ans, n’importe). Dans ton exemple du Zimbabwe, le chef de l’Etat ne subit strictement aucune sanction. Depuis 29 ans, le chef de l’Etat ne fait que des conneries en matière monétaire. Depuis 29 ans, le chef de l’Etat n’est jamais sanctionné.

  • permalien jean :
    12 janvier 2009 @23h40   « »

    Un pouvoir un tant soit peu responsable n’a que faire du pouvoir monétaire. Il sait que faire fonctionner la planche à billets pour financer l’état, fusse pour des dépenses légitimes, se fait en effectuant un prélèvement sur les personnes qui ne peuvent se protéger de l’inflation. L’impôt et l’emprunt librement souscrit sont des moyens la plupart du temps plus efficaces (pour la communauté) de financer l’état. Au passage, même aujourd’hui, l’État est partiellement financé par l’inflation via les dividendes de la banque de France.

    Cela ne signifie pas que l’état n’ait rien à dire sur le système bancaire mais juste qu’il ne vaut mieux pas qu’il manipule le taux d’intérêt, surtout à l’approche d’une élection, car baisser le taux d’intérêt a un effet positif à court terme mais a rapidement un effet inflationniste. Cela ne l’empêche en revanche pas de règlementer le secteur bancaire, d’imposer des rémunérations maximales etc..

    Il n’y a guère que dans les périodes de déflation que le contrôle de la politique monétaire peut avoir un intérêt. Et encore, les banques centrales ne sont pas si bornées et peuvent accorder un financement indirect en rachetant les titres à long terme émis par le trésor. En cas de crise grave, les états ont toujours la possibilité de mettre fin à l’indépendance par un simple vote au parlement. Dans le cas de l’Europe, cela serait plus difficile car il faudrait l’unanimité des états membres.

  • permalien alex :
    13 janvier 2009 @11h29   « »

    que pensez-vous des monnaies complémentaires défendus notamment par l’économiste bernard lietaer (voir sur le site de politis)

  • permalien Brieuc Le Fèvre :
    16 janvier 2009 @21h22   « »

    Ce qui ressort de tout ceci, c’est que (peut-être !), il va enfin devenir possible de "penser différent" en termes monétaires. Différent de la pensée unique ordo-libérale.

    Peu importe, à ce stade, la forme finale que prendrait un système profondément réformé (j’irais jusqu’à dire : refondé). L’essentiel est de commencer à évoquer cette possibilité au delà des quelques cercles restreints qui, jusqu’à ces derniers jours, se concentraient sur la question, avec le succès que l’on imagine (nous étions surtout les bouffons du roi).

    Merci à tous de participer à cet effort collectif de réappropriation d’un bien que nous avons trop aveuglément confié à des institutions qui n’en étaient pas dignes.

    Brieuc

  • permalien RST :
    17 janvier 2009 @13h00   « »
    Casse toi pauvre c..

    Quand N.Sarkozy se fait remonter les bretelles par l’intermédiaire de F.Lordon c’est ici :

    http://horizons.typepad.fr/accueil/...

  • permalien BA :
    18 janvier 2009 @15h13   « »

    LEAP / E2020 signifie « Laboratoire Européen d’Anticipation Politique / Europe 2020 ». C’est une entreprise de prospective.

    Eté 2009 : cessation de paiement des Etats-Unis, rupture du système monétaire mondial.

    En 2007, LEAP/E2020 avait annoncé que les banques américaines et le consommateur américain étaient tous deux insolvables. Il y a plus d’un an, notre équipe avait estimé à 10.000 milliards de dollars le montant d’ « actifs-fantômes » qui allait disparaître du fait de la crise.

    Ces deux annonces étaient en complet décalage avec les analyses dominantes du moment ; la suite a montré qu’elles étaient pourtant parfaitement justifiées. En fonction de la même logique d’anticipation, LEAP / E2020 estime aujourd’hui que le monde est entré dans une nouvelle séquence de la phase IV de la crise systémique mondiale (la phase dite de « décantation »), à savoir la séquence d’insolvabilité globale.

    Contrairement à ce que les dirigeants politiques mondiaux, à l’image de leurs banquiers centraux, semblent penser, le problème de liquidité (qu’ils essayent de résoudre par des baisses historiques de taux d’intérêts et une création monétaire illimitée), n’est pas une cause, mais une conséquence de la crise actuelle.

    C’est bel et bien un problème de solvabilité qui crée les « trous noirs » dans lesquels disparaissent les liquidités, qu’ils s’appellent bilans des banques [1], endettements des ménages [2], faillites d’entreprises ou déficits publics. Avec une estimation conservatrice des « actifs fantômes » mondiaux portée désormais à plus de 30.000 milliards de dollars [3], notre équipe considère que le monde fait désormais face à une insolvabilité généralisée frappant évidemment en premier lieu les pays et les organisations (publiques ou privées) surendettés et / ou très dépendants des services financiers.

    A quoi reconnaît-on une crise de solvabilité d’une crise de liquidité ?

    Cette distinction entre crise de liquidité et crise de solvabilité peut paraître très technique et finalement peu déterminante pour l’évolution de la crise en cours. Pourtant, elle n’a rien d’une querelle académique puisque, selon le cas, l’action actuelle des gouvernements et des banques centrales sera utile ou au contraire totalement inutile, voire dangereuse.

    Suite :

    http://www.europe2020.org/spip.php?...

  • permalien jean bayard :
    19 janvier 2009 @15h46   « »

    @Frédéric Lordon

    C’est avec une grande attention que je viens de lire votre article, et si vous le permettez, je souhaiterais apporter quelques commentaires sur la monnaie centrale que vous considérez comme la clé de voûte du système.

    Savez-vous que les banques créent la monnaie ex-nihilo, non seulement en accordant des crédits aux agents non bancaires ou en échangeant des devises contre monnaie nationale, mais aussi dans leurs opérations internes ? C’est ainsi notamment qu’elles monétisent leurs dépenses, en créditant de leurs salaires, les comptes de leur personnel, et démonétisent leurs profits, en débitant des intérêts, agios et autres frais, les comptes de leurs clients. Comme en règle générale elles font des profits, on peut dire que dans l’ensemble elles détruisent de la monnaie.
    Savez-vous également que dans le milieu des années 80 (*) les trésoriers de banque reçurent des instructions de leur direction de ne plus tirer de chèque sur la Banque de France ? Depuis lors, elles tirent sur leurs caisses ! Et pour faire bonne mesure, si je ne me trompe, elles utilisent les systèmes de la télé-compensation pour régler une bonne partie de leurs opérations pour propre compte, ce qui revient à dire qu’elles tirent ici aussi sur leurs caisses. C’est de mon point de vue une utilisation abusive du système afin d’échapper à l’autorité suprême.

    C’est donc de la monnaie dite secondaire qui circule de banque à banque sur ordre de la clientèle ou sur simple ordre d’une banque à l’autre pour propre compte.

    A présent si vous le permettez, je vous demande toute votre attention. Ce n’est pas parce que la Banque centrale nous affirme qu’il ne s’échange que de la monnaie scripturale centrale sur le marché interbancaire, qu’il faut la croire. Il faudrait qu’elle nous dise comment on peut transformer de la monnaie secondaire en monnaie centrale !

    Voici la description technique du processus tel qu’il ressort de mes analyses des circuits. Si vous n’êtes pas d’accord sur cette description, je vous demande de bien vouloir me dire à quel endroit il y a une erreur et quelle correction il faut y apporter.

    Comme vous le savez, il existe en France 2 systèmes de télé-compensation :
    - le SIT réservé aux opérations d’un montant unitaire inférieur à 760 mille euros, une fois par jour,
    - et le PNS réservé aux opérations d’un montant supérieur, qui traite en continu, on dit aussi au fil de l’eau.

    Les traitements de la compensation distinguent les positions des banques :

    a) les unes et les autres envers la Banque de France (qui est la banque du Trésor Public), d’une part.
    b) les unes envers les autres, d’autre part,

    La première remarque que l’on peut faire, c’est que les positions débitrices des unes sont égales aux positions créditrices des autres, que ce soit les banques entre elles ou les banques vis-à-vis de la Banque centrale.

    à suivre….
    jean

  • permalien Étienne Chouard :
    19 janvier 2009 @18h18   « »

    Merci à Fred pour ce savoureux et passionnant article.

    Je prépare une bordée de commentaires et de questions, bien sûr (pour ce WE, normalement).

    Merci aussi à Jean pour son analyse des véritables transferts entre banques. Ce sera très intéressant de voir ce que Frédéric en dit : échanges entre banques souvent en monnaie secondaire, ou bien toujours en monnaie centrale ? Et dans ce cas, que vaut la prétendue "contrainte" de la monnaie centrale, et quelle est la force de cette clef de voûte ?

    Mais Jean, on attend la suite ! :o)

    Fred, est-ce qu’on pourrait augmenter la taille limite des commentaires ? (parce que 3000 signes, c’est un quota quasiment invalidant pour une pensée construite (tu en sais quelque chose ;o) )

    Amitiés.

    Étienne

    Forum du Plan C dédié à la création monétaire

  • permalien jean bayard :
    19 janvier 2009 @19h54   « »

    @Frédéric Lordon

    suite ….

    Tous les soldes de compensation, sans exception, sont portés au compte de chaque banque à l’Institut. Les banques débitrices doivent disposer d’une provision en compte ; la Banque de France accorde des avances intra-journalières à cet effet (en monnaie centrale, donc).

    a) règlement des positions des banques, envers l’Institut d’émission :
    Les banques débitrices envers la Banque de France se procurent la monnaie centrale sur l’Open Market, tandis que les banques créditrices envers la super-banque bénéficient de la monnaie centrale qui leur est destinée.
    Toutes ces positions font l’objet de règlements en monnaie centrale, c’est indéniable.

    b) règlement des positions des banques, les unes envers les autres :
    Rappelons que les transactions, objet de cette compensation, sont faites en monnaie secondaire, et que la somme des positions débitrices est nécessairement égale à la somme des positions créditrices, ce qui signifie aussi que l’offre y est toujours égale à la demande, mais oui ! Les banques vont se prêter entre elles sur le marché interbancaire qui leur est réservé. La monnaie échangée sur ce marché ne peut pas être centrale, car pour qu’elle le soit, il faudrait que les banques débitrices empruntent de la monnaie centrale sur l’open market afin de la remettre aux banques créditrices, comme pour le règlement de leurs positions au a) ci-dessus. Hors, tel n’est pas le cas, et puis, le marché interbancaire ne servirait plus à rien.
    Rappelons aussi que dans l’affaire des "subprimes", la Fed a refusé de prêter de la monnaie centrale aux banques débitrices, leur consœurs créditrices refusant les titres "pourris" qu’elles voulaient leur remettre en garantie. La Fed a préféré leur échanger des titres du Trésor contre ces titres "pourris" dont personne ne voulait plus, les obligeant à se prêter entre elles. C’est bien la preuve de l’existence d’une raison d’ordre supérieur qui semble échapper aux experts eux-mêmes.
    Les règlements opérés sur le marché interbancaire sont alors inscrits aux comptes des banques à la Banque centrale, tant débitrices que créditrices, soldant de cette manière leur positions issues de la compensation dans une monnaie qui n’est pas centrale, sauf transformation de monnaie secondaire en monnaie centrale d’un coup de baguette magique !

    Il convient de noter en passant que si la provision intra-journalière a pu servir dans le cas du a), elle n’a servi à rien dans le cas du b), puisque non employée.

    jean

    site

    (*) La comptabilité bancaire" (page 173) de JM Gélain :
    La banque a intérêt à remplacer au maximum les chèques tirés sur la Banque de France par des chèques tirés sur elle-même.

  • permalien ToOmS :
    20 janvier 2009 @13h56   « »

    Bonjour,

    J’ajoute au commentaire de BA (il est faux d’écrire qu’« une création monétaire qui serait laissée à la discrétion de l’Etat serait hors de tout contrôle ») que la Caisse des Dépôts et Consignations est un exemple de gestion étatique (en l’occurence par l’assemblée nationale) de sommes considérables, dans le sens de l’intérêt commun.

    Par ailleurs, un "dérapage" est toujours possible (n’est-ce pas), rien n’empêche de renforcer le contrôle citoyen.

  • permalien BA :
    22 janvier 2009 @17h16   « »

    Les pertes du secteur financier américain pourraient atteindre 3 600 milliards de dollars, selon l’économiste Nouriel Roubini, qui estime que le système bancaire américain est « techniquement en état d’insolvabilité ».

    « J’estime que les pertes pourraient atteindre 3 600 milliards de dollars pour les établissements financiers américains, avec une moitié pour les banques, a averti Nouriel Roubini lors d’une conférence qui se tenait à Dubaï le 20 janvier 2009. Si c’est le cas, cela signifie que le système bancaire américain est effectivement insolvable, car il ne dispose que de 1 400 milliards de capitalisation. C’est une crise bancaire systémique. »

    Selon Bloomberg, le total des pertes constatées par le système financier américain avoisine les 1 000 milliards de dollars.

    Bank of America, qui a annoncé 1,8 milliards de dollars de pertes la semaine dernière, vient de recevoir 128 milliards de dollars en garanties et en capital, fournis par les autorités américaines. La banque Citigroup, avec 8,3 milliards de dollars de pertes au dernier trimestre, prévoit de se scinder en deux entités.

    « Les problème de Citigroup, de Bank of America et d’autres, laissent penser que le système est en état de banqueroute, » précise Nouriel Roubini, qui ajoute « c’est la même chose en Europe. »

    http://www.bloomberg.com/apps/news?...

  • permalien charles :
    24 janvier 2009 @22h49   « »

    L’euroland au bord de la crise, espoir de changement rapide pour le système monétaire ?

  • permalien Antoine :
    25 janvier 2009 @15h35   « »

    Quelquefois une image en dit plus que de tres longs discours, je viens de trouver le portrait de La Crise sur le web :
    http://www.imagesud.com/photos-actu...

  • permalien BA :
    29 janvier 2009 @12h49   « »

    Dans le détail, cela signifie que l’"Etat" (via la Fed) rachète sa dette (émise par le Trésor). L’objectif serait notamment de faciliter le financement du "plan de relance et de réinvestissement américain" de 819 milliards de dollars, de Barack Obama, adopté mercredi par la Chambre des représentants.
    En dépit de ce montant colossal, la Fed ne redoute pas que la dette publique ne trouve plus d’acheteurs. Les titres d’emprunt américains restent les plus demandés par les investisseurs. Mais la Réserve fédérale ne veut pas que leur prix dérape, que la "prime" réclamée, les taux d’intérêt ne s’envolent. Ils sont aujourd’hui historiquement bas, autour de 2,5 %.
    En agissant ainsi, la Fed ne pense pas qu’aux pouvoirs publics. Le niveau des taux d’intérêts des obligations souveraines sert en effet de référence à tout le marché du crédit à long terme. En contribuant à les faire baisser, la Fed espère, par ricochet, réduire le coût du crédit aux entreprises, voire aux ménages.
    Plus globalement, la Réserve fédérale lutte contre la menace de déflation, c’est-à-dire la baisse généralisée des prix et des salaires… en créant de l’inflation. Acheter des bons du Trésor revient à "faire marcher la planche à billets", ce qui contribue à gonfler le niveau de la masse monétaire, signale Jean-Louis Mourier chez Aurel BGC.
    Mais la mesure n’est pas sans danger. Son résultat est incertain. La Banque du Japon a testé l’expérience pour sortir de la crise bancaire des années 1990, avec un succès mitigé. Et si, pour Thomas Philippon, professeur à l’université Stern de New York, "il serait plus dangereux de ne rien faire", la plupart des experts restent réservés.
    "En mettant les taux à 0 %, la Fed a été au bout de l’exercice. Son rôle devrait s’arrêter là", estime notamment l’économiste Philippe Brossard. "Pour réduire plus efficacement le coût du crédit, il faudrait être plus radical, nationaliser les banques, estime-t-il. Mais les Etats-Unis, sans doute par idéologie, s’y refusent."

    En usant de tels outils, la Fed démontre aussi que ses marges de manœuvre sont de plus en plus réduites. La Banque centrale européenne (BCE), avec des taux d’intérêt à 2 %, se veut plus prudente. Mercredi, au Forum économique de Davos, Jean-Claude Trichet, son président, a signalé que "des taux d’intérêts très très bas avaient des inconvénients que les gouverneurs tentent d’éviter".

    http://www.lemonde.fr/la-crise-fina...

  • permalien BA :
    29 janvier 2009 @23h24   « »

    Les Etats-Unis ne parviennent pas à renflouer leurs banques.

    " Etats-Unis : le nouveau plan de sauvetage des banques pourrait coûter 2 000 milliards de dollars. "

    Wall Street Journal, 29 janvier 2009 :

    New Bank Bailout Could Cost $2 Trillion.

    http://online.wsj.com/article/SB123...

  • permalien Marmar :
    31 janvier 2009 @22h31   « »

    Comment lutter contre les sur-rentes financières ?

    Tout le monde parle aujourd’hui de surpêche. Il devrait être possible de parler des sur-rentes financières. Selon l’excellent site de François Morin , La finance globale et sa crise, les estimations sont les suivantes pour 2005:PIB mondial 45 téra dollars$ (1 téra$=1000 milliards de dollars)
    Poids des marchés dérivés : 1407 téra dollars : on pourrait les supprimer puisqu’ils n’existaient pas pendant la période de forte croissance.

    Poids des marchés des changes : 567 téra dollars. Même remarque. chaque entreprise négocie une couverture de change maximum pour chaque opération d’import export..
    Poids des marchés financiers 51téra dollars. Au total 42 fois le PIB mondial mais il s’agit surtout d’opérations aller retour, sources de sur-rentes.

    Ces trois marchés auxquels il faut ajouter la sur-rente de création monétaire des banques privées
    constituent des sur-rentes phénoménales qui permettent aux milliardaires de contrôler l’essentiel des media, donc de manipuler la grande majorité des politiques médiatisés.

    La solution est la nationalisation de l’essentiel du secteur financier avec une règlementation stricte de service public, une reprise par les citoyens travailleurs les plus conscients du contrôle des partis de gauche, les partis de droite étant par nature soumis au grand capital financiarisé.

  • permalien BA :
    1er février 2009 @13h55   « »

    Oui, d’accord, sauf en ce qui concerne le PS. Le nouveau responsable de l’Economie au PS est Michel Sapin. Avec Martine Aubry et Michel Sapin aux commandes du PS, il n’y a plus rien à faire pour le sauver.

    Nous devons lire et relire toutes les belles promesses que les partisans de la monnaie unique nous ont faites en 1992. Je recopie quelques citations du livre " Le bêtisier de Maastricht ", édition Arléa.

    - « L’Europe est la réponse d’avenir à la question du chômage. En s’appuyant sur un marché de 340 millions de consommateurs, le plus grand du monde ; sur une monnaie unique, la plus forte du monde ; sur un système de sécurité sociale, le plus protecteur du monde, les entreprises pourront se développer et créer des emplois. » (Michel Sapin, 2 août 1992, Le Journal du Dimanche)

    - « Maastricht constitue les trois clefs de l’avenir : la monnaie unique, ce sera moins de chômeurs et plus de prospérité ; la politique étrangère commune, ce sera moins d’impuissance et plus de sécurité ; et la citoyenneté, ce sera moins de bureaucratie et plus de démocratie. » (Michel Rocard, 27 août 1992, Ouest-France)

    - « Les droits sociaux resteront les mêmes – on conservera la Sécurité sociale –, l’Europe va tirer le progrès vers le haut. » (Pierre Bérégovoy, 30 août 1992, Antenne 2)

    - « Pour la France, l’Union Economique et Monétaire, c’est la voie royale pour lutter contre le chômage. » (Michel Sapin, 11 septembre 1992, France Inter)

    - « C’est principalement peut-être sur l’Europe sociale qu’on entend un certain nombre de contrevérités. Et ceux qui ont le plus à gagner de l’Europe sociale, notamment les ouvriers et les employés, sont peut-être les plus inquiets sur ces contrevérités. Comment peut-on dire que l’Europe sera moins sociale demain qu’aujourd’hui ? Alors que ce sera plus d’emplois, plus de protection sociale et moins d’exclusion. » (Martine Aubry, 12 septembre 1992, discours à Béthune)

    Seize ans après toutes ces belles promesses, nous pouvons faire le bilan.

    Dans la réalité, l’euro ne nous a pas protégés des délocalisations.

    Dans la réalité, l’euro ne nous a pas protégés de la désindustrialisation de la France.

    Dans la réalité, l’euro ne nous a pas protégés de l’appauvrissement du peuple français.

    Dans la réalité, des centaines de milliers de Français ont basculé dans la pauvreté.

    Dans la réalité, l’euro ne nous a pas protégés d’une régression sociale historique.

  • permalien Marmar :
    1er février 2009 @15h50   « »

    Une autre surrente est le crédit revolving qui est consenti à des taux quasi usuraires pouvant aller jusqu’à me semble t’il 18% actuellement. La moitié du million de ménages surendettés en France ont des revenus nets inférieurs ou égaux au SMIC. dans le temps le crédit à la consommation ne devait pas dépasser 10 points de pourcentage au dessus du taux de base , ce qui est déjà énorme.

    La droite a relevé ce seuil et a aggravé le chômage et la précarité, étouffant des centaines de milliers de ménages et les empêchant d’accéder aux besoins fondamentaux.

    Le rôle des citoyens experts pourrait être de diffuser un programme minimal ambitieux qui serait relayé par les citoyens travailleurs conscients dans les partis de gauche, y compris le PS que la lutte de classe traverse.

  • permalien
    1er février 2009 @18h15   « »

    @ Frédéric Lordon,

    Je souhaiterais évoquer avec vous un passage de la vidéo "Money as debt" de Paul Grignon et de son script relatif aux réserves fractionnaires, qui sont nos réserves obligatoires. Il s’agit donc de monnaie centrale, clé de voûte du système, objet de mon double billet du 19 janvier dernier.

    D’abord, une remarque préliminaire importante puisqu’elle sous-tend la démonstration. Mis à part quelques troglodytes de l’économie, il est généralement admis dans le milieu des spécialistes que Paul Grignon a raison de dire que la monnaie est créée ex-nihilo par les banques secondaires.

    Cela dit, Paul précise que la banque A nouvellement créée, dispose d’un capital de 1.111,12 en dépôt à la banque centrale. Il retient donc un coefficient de réserves obligatoires de 11,11%. permettant ainsi à A d’émettre un prêt de 10.000. Ensuite, à son tour, la banque B par exemple, bénéficiaire des 10.000 devra constituer une provision de 1.000 en BC pour prêter 9.000, et ainsi de suite.

    En réalité, la banque A prête 10.000 à l’entreprise E, sachant que la signature de E rend sa créance éligible à la banque centrale ou négociable envers ses consœurs au titre des garanties. Sans quoi, A ne pourrait pas se re-financer.

    Scindons en séquences les opérations matérielles qui suivent :

    1 - Le prêt inscrit au compte DAV de E entraîne nécessairement en moyenne journalière (des dépôts) une réserve obligatoire de 11,11% au compte de A à la BC. Elle est couverte par les 1.111,12 de départ non encore utilisés.

    2 – E remet un chèque de 10.000 à l’ordre de son fournisseur F lequel le remet à sa banque B pour encaissement (délai de 24 à 48 heures).

    3 – Les opérations de compensation une fois exécutées, les positions débitrice de A et créditrice de B de 10.000, chacune de sens inverse, sont portées aux comptes des deux banques chez la BC.

    4 - A remet en pension à la BC la créance de E au titre du re-financement. En contrepartie, elle est créditée en monnaie centrale de 10.000, et dispose à présent de 11.111,12. Ainsi, elle peut solder le montant de sa dette envers B.
    Le bilan des opérations s’établit alors comme suit : A dispose toujours de ses 1.111,12, non entamés et réutilisables puisque le compte DAV de son seul client est à zéro ! B dispose de son côté de 10.000 de monnaie centrale (et peut selon la théorie ne prêter que 90.000 !)

    jean

    à suivre …

  • permalien
    1er février 2009 @18h21   « »

    @ Frédéric Lordon

    suite …

    4 Bis – Variante - A trouve sur le marché interbancaire la somme de 10.000 qui lui est nécessaire pour s’acquitter envers B de sa position débitrice, l’offre étant toujours égale à la demande par construction. S’il n’y avait que 2 banques sur le marché, B prêterait à A contre remise de la créance sur E en garantie.
    Le bilan des opérations s’établit comme suit : comme dans le modèle 4, A dispose toujours de ses 1.111,12, non entamés et réutilisables puisque le compte DAV de son seul client est à zéro ! B dispose de son côté d’une créance éligible à la BC ce qui veut dire qu’à tout moment elle pourra se procurer 10.000 de monnaie centrale, si besoin est.

    La différence entre la séquence 4 et sa variante 4 bis, réside dans le fait que dans la première A emprunte à la BC pour se libérer de sa dette envers B en monnaie centrale donc, tandis que dans la variante B prête à A en monnaie secondaire, puisque la monnaie centrale n’a pas été employée ici à l’inverse de l’autre.

    Conclusions.

    Echec à la théorie du multiplicateur de crédit qui n’a aucune application pratique. Les banques n’ont aucune limite à la création monétaire ex-nihilo, sauf notamment :

    -  l’existence d’une demande de prêt de la part de la clientèle,
    -  les possibilités de re-financement ou financement interbancaire, c’est-à-dire en fait la valeur et la qualité des garanties que l’emprunteur peut offrir au prêteur,
    -  la limite fixée par le ratio de solvabilité, disposant que les banques ne peuvent prendre des engagements supérieurs à 8% de leurs fonds propres (soit encore 12,5 fois les fonds propres) Dans le cas examiné au-dessus de la banque A, celle-ci ne peut pas créer plus de 13.889 (1.111,12 * 12,5).

    Enfin, Frédéric, les modèles 4 et 4 bis représentent les analyses comparatives de l’utilisation des 2 monnaies centrale et secondaire qui, je crois, séparent nos points de vue, puisque vous semblez considérer que tous les échanges interbancaires sont libellées en monnaie centrale.

    Jean

    site

  • permalien little_john :
    2 février 2009 @10h22   « »

    @Jean Bayard :

    Il y a une confusion dans le film et votre propos entre les fonds propres et la réserves (obligatoires ou non) déposées à la banque centrale. Il n’y a pas de relation entre les 2.

    Dans le premier cas, il s’agit d’un passif non exigible : ils correspondent à ce qui appartient aux actionnaires. Les accords de Bâle impose une proportion de 8% de fonds propres afin d’améliorer la solvabilité des banques (long terme).

    Dans le deuxième cas, il s’agit d’un actif : les réserves servent à couvrir la demande immédiate (court terme) en monnaie centrale des créanciers et déposants de la banque. Les réserves obligatoires sont de 2% sur certaines dépôts pour la zone euro et sont fixées par la banque centrale.

    Il y a une erreur dans votre point 4 (et dans le film) : la banque centrale n’accorde pas systématiquement de refinancement, elle exige un intérêt qui va dissuader la banque d’y avoir recours et donc de pouvoir accorder des crédits.
    Ceci dit, il est vrai que les réserves obligatoires ne sont plus tellement utilisées dans les pays occidentaux, mais ils n’en demeurent pas moins que la création monétaire des banques est limitée par la politique monétaire de la banque centrale, via le taux de refinancement.

  • permalien
    2 février 2009 @14h48   « »

    @ Little_john

    Pardonnez-moi, mais je crois bien que c’est vous qui faites la confusion.
    Dans le modèle de Paul Grignon, le capital social versé par les actionnaires est de bien de 1.1111,12, tandis que les fonds versés à la banque centrale par eux (il s’agit d’une société nouvelle) est naturellement de même montant 1.1111,12. D’où la confusion.
    Ceux-ci servent de base à l’obligation de réserves fractionnaires, tandis que le capital (fonds propres) sert de base au ratio de solvabilité.

    jean

  • permalien little_john :
    2 février 2009 @15h41   « »

    @Jean Bayard :

    Le film fait l’hypothèse que les réserves à la banque centrale sont égales aux fonds propres. Il n’y aucune raison que cela soit le cas mais pourquoi pas.

    Il n’en demeure pas moins que les réserves obligatoires imposent un plafond à la création monétaire des banques (pour des réserves obligatoires de 2%, cela fait 1 unité de monnaie centrale pour 50 unités de monnaie).

    Que les réserves obligatoires ne soient plus l’instrument le plus utilisé par les banques centrales ne changent pas grand chose à l’affaire : les banques continuent de faire face à une demande de monnaie centrale et sont donc obligées de limiter leur création monétaire.

  • permalien Lucie :
    2 février 2009 @19h11   « »

    Les 2% de réserves obligatoires sont bien peu importantes pour les banques par rapport aux 10, 15, ou 20 % (?) de fuites en monnaie fiduciaire. Grignon n’en parle pas, c’est regrettable, mais on peut penser qu’il les inclue dans les 10% de réserves.

    Ceci dit, la capacité globale de création de crédit par un système bancaire dont les réserves obligatoires + demande d’espèces seraient de 10% doit approcher un coefficient multiplicateur de 10 je pense, jusqu’à ce que toute la "monnaie centrale" soit utilisée... non ? (je ne me souviens plus de la formule..)

  • permalien habsb :
    2 février 2009 @19h41   « »

    LITTLEJOHN

    Toutefois la banque centrale elle meme n’est pas limitee dans sa creation de monnaie. Et du moment que les taux sont proches ou egales a zero comme maintenant, les banques secondaires peuvent faire croitre demesureement la monnaie.
    Wealth confiscation through currency debasement est le titre d’un interessant livre de Greenspan.

  • permalien little_john :
    2 février 2009 @23h52   « »

    @Lucie :
    Le rapport M3(dépôt à vue)/M0(monnaie centrale) est de l’ordre de 10 pour la zone euro.
    La partie sur le multiplicateur de P.Grignon est complètement fausse. Si le multiplicateur est 10, un accroissement de la masse monétaire de 10 se traduit par une augmentation de 1 de la monnaie centrale. Point et ce n’est pas 90.

    @habsb :
    La création monétaire de la banque centrale n’est effectivement pas limitée. Sauf que l’objectif de la banque centrale est de maintenir la stabilité des prix et n’abuse normalement pas de son pouvoir (sauf au Zimbabwe). De plus, l’inflation ne favorise pas particulièrement les banques (excepté la banque centrale et donc l’état).
    Pour ce qui est de la confiscation de la richesse par l’abandon de l’étalon-or, on peut renverser l’argument en disant que l’étalon-or spoliait les travailleurs au profit des épargnants (cela semble avoir été le raisonnement de M.Greenspan une fois qu’il est devenu gouverneur de la Fed).

  • permalien Lucie :
    3 février 2009 @08h00   « »

    @little_john

    Sauf que M3 ce n’est pas les dépôts à vue.

    J’ai retrouvé la formule du multiplicateur de crédit (multiplicateur de base monétaire) , c’est :

    k = 1 / b + h (1-b)

    avec b, coefficient de fuite sous forme de billets, et h le coefficient de fuite des réserves obligatoires.

  • permalien th Mercier :
    3 février 2009 @09h36   « »
    prochain article de F L ...

    J’attends avec impatience votre prochain article.
    S’il est publié ailleurs pouvez-vous mettre un lien ?
    cordialement
    tM

  • permalien habsb :
    3 février 2009 @09h40   « »

    LITTLE_JOHN

    Merci pour votre reponse.
    Si mes informations sont exactes, M3 s’est accru au rythme de environ +10% par an dans la derniere decennie.
    Dans l’hypothese que le rapport M3/M0 soit reste constant, M0 s’est donc accru du meme rythme, et la BCE a donc multiplie par 2.6 la quantite de monnaie centrale. Ce qui correspond plus ou moins a la hausse des prix d’immobilier, or, oeuvre d’art etc dans la meme periode.
    Comment la grande masse des travailleurs, qui a incremente son salaire d’environ 30% dans la meme periode, n’a pu etre spoliee par cet accroissement de la monnaie, cela reste un mystere que M. Trichet et M. Bernanke pourraient bien nous expliquer.
    On eut eu un etalon or, la masse monetaire n’aurait pu se multiplier autant, et le pouvoir d’achat des travailleurs aurait ete sauvegarde.
    Donc je ne recois vraiment pas votre argument que l’etalon or spolierait les travailleurs.
    Meilleures salutations.

  • permalien little_john :
    3 février 2009 @11h36   « »

    @Lucie : Si on prend M1 ou M2, le multiplicateur devient plus faible. Les agrégats monétaires sont calculés ici :
    http://www.ecb.int/stats/money/aggr...
    M0 est disponible ici :
    http://www.ecb.int/press/pr/wfs/200...

    @habsb :
    M3/M0 n’est pas resté constant. L’augmentation de M3 ne s’est pas traduite par une augmentation des prix à la consommation (pour l’immobilier, il y a effectivement eu bulle).
    Du temps de l’étalon-or, il y a aussi eu des bulles spéculatives qui étaient corrigées ensuite par des années de déflation ( http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A... ) qui favorisait démesurément les détenteurs de monnaie (en leur offrant un taux d’intérêt réel trop élevé), tout en provoquant du chômage.

  • permalien habsb :
    3 février 2009 @11h54   « »

    LITTLE_JOHN

    Merci pour votre reponse.
    Je suis d’accord avec vous : les sequences bulles speculatives - deflation se sont produites soit lors de l’etalon or, soit depuis son abandon. Preuve que son abandon n’empeche aucunement leur presence.
    1) Toutefois leur magnitude n’est pas comparable : en particulier, l’explosion des prix immobiliers des dernieres dix annees n’a pas d’egal dans toute l’histoire US (voir index Shiller-Case), et ce depuis qu’on a des donnees. Qu’importe alors l’index Insee d’inflation ? Le cout de l’immobilier est de loin le premier pour la grande masse des familles.
    2) Non seulement, mais au dela des cycles bulles-deflation que le systeme actuel ne reussit aucunement a eviter, on assiste a une tendance de fonds de "debasement" ou devalutation de la monnaie, qui a perdu grande partie de sa valeur depuis quelques decennies. C’est a dire que les cycles bulles-deflation ne reportent pas la monnaie a sa valeur initiale, mais ils la laissent a chaque fois un peu plus devaluee.
    Je suis donc persuade que l’abandon de l’etalon or, la gestion de la monnaie par les Banques Centrales et l’augmentation sans arret de M3 sont la premiere cause de :
    A) pauvrete croissante des classes a revenus fixes,
    B) perte de competitivite economique des lors que des adjustements salariaux sont mis en place
    C) transfers de richesse vers les proprietaires immobiliers
    Enfin, tout ce qui aurait ete considere en 1800 comme politique de droite (d’ailleurs on connait tous les penchants ideologiques de Keynes, principal inspirateur de l’abandon du "barbarous relic").
    Meilleurs salutations.

  • permalien ex bleausard :
    3 février 2009 @11h58   « »

    Impatient de vous lire en ce début fevrier.

    Etant assez actif sur des forums anglophones, je cherche desesperement vos 4 principes et 9 propositions en anglais afin de les faire partager.

    Que pensez vous de la récente déclaration d’intention d’Obama de renflouer les ménages américains victimes du crédit hypothécaire ? Plutot une bonne surprise non ? meme si on attend d’en voir l’application.

    Enfin pourriez vous faire un point sur la situation actuelle ? On a le sentiment que les prévisions passées étaient optimistes et que le risque systémique est plus fort que jamais. N’y a t-il pas une tendancede la part des médias et des politiques de minimiser la gravité de la crise afin d’éviter des effets de panique qui précipiteraient la catastrophe.

    Merci pour vos eclairages

  • permalien Lucie :
    3 février 2009 @14h02   « »

    @Little_John
    De quoi parlez-vous ? Moi je vous parle du multiplicateur de crédit pas du rapport entre M0 et Mx...

  • permalien habsb :
    3 février 2009 @14h24   « »

    EX BLEUSARD

    je me permet d’exprimer mon opinion sur le "renflouage des menages surendettes".
    Croyez-vous que cela va dans le sens de responsabiliser les menages ? Si le menage Cigale a tout flambe dans une maison qu’il ne pouvait pas se permettre, et il est renfloue, cela va faire tres plaisir au menage Fourmie qui a justement evalue ses propres finances et qui est reste locataire.
    Savez-vous ? La prochaine fois il n’y aura plus de menages Fourmies et la catastrophe de la dette sera cent fois plus grave. Et vous ? Qu’en dites-vous de ce 6 pieces bd. Foch ?
    Cela ne vous plairait pas, en attendant le renflouage ?

  • permalien ex bleausard :
    3 février 2009 @16h39   « »

    Je comprends votre position, néanmoins on peut légitimement se demander qui des banques/organismes de crédit ou des ménages il fallait responsabiliser.

    Regardez les pubs à la télé américaines de ces dernières années, c’est édifiant, on y vendait du « mortgage » à tour de bras. Or il semble que le plan Paulson n’ait permit que d’éviter la catastrophe au mois d’Octobre sans pour autant faire disparaitre le risque systémique.
    La banqueroute des ménages américains enclenche un cercle vicieux, voire une spirale infernal – Chute de la consommation – faillite – chômage – insolvabilité de nouveaux ménages (alt-A mortgages) - …
    J’avais entendu Fréderic Lordon à ce sujet et il avait écrit un article disponible ici (merci à lui pour le lien) ou il décrit les avantages de la méthode qui sont principalement :
    - un étalement des aides de l’état dans le temps relativement long d’un crédit hypothécaire
    - Une revalorisation des titres pourris (puisque les emprunteurs sont à nouveau solvables) et donc un renflouement des banques

    On peut y ajouter un ralentissement de la chute du prix de l’immobilier et bien sur un soutient à la consommation.

    On notera également que l’efficacité potentielle de cette mesure rime ici avec une certaine éthique.

    L’argument cigale/fourmi est tout à fait valable, néanmoins quand il s’agit d’une situation d’urgence, ce genre de questions ne se posent pas trop à mon sens et puis les modalités d’appplication d’une telle mesure restent à définir. D’ailleurs en cas de faillite et de liquidation totale (pas de repreneur) d’une banque, que devient la dette de ses débiteurs ?

    Quant à la prochaine fois..., j’espère (il m’arrive d’être optimiste) que si l’on se sort de cette situation on en tirera véritablement les leçons et je me permets de vous renvoyer entre autres, aux articles de Frédéric Lordon.

    Il faut en tout cas que les questions monnétaires et financières trop longtemps confisquées par des "experts", idéologues de surcroit qui nous ont conduit au bord du gouffre, reviennent dans la sphère du débat public et citoyen. Il faudrait trouver les moyens pour interesser le plus grand nombre (J’ai parlé plus haut du "format" accessible de l’argent dette) et ne pas se limiter à la France.

  • permalien little_john :
    3 février 2009 @16h45   « »

    @Lucie : Le multiplicateur de crédit est le mécanisme qui fait qu’une augmentation de une unité de monnaie centrale se traduit par une augmentation de k unités de la masse monétaire (donc au choix : M1,M2,M3,M4). La formule que vous avez donné permet de déterminer k (sachant qu’en général, on procède de façon inverse : on calcule k à partir de Mx et M0 et on en déduit b).

    Si on suppose que k est indépendant de M0 (hypothèse raisonnable), k est bien le rapport entre M0 et Mx.

  • permalien Lucie :
    4 février 2009 @08h34   « »

    A Frédéric Lordon

    Vous écrivez

    3. Un qui sait combien l’intérêt lui coûte, c’est l’Etat. Le service de la dette publique n’engloutit-il pas bon mal an l’équivalent des recettes de l’impôt sur le revenu ? Certes, ce ne sont pas des banques qui le lui facturent (l’Etat s’endette sur les marchés), mais – retour au point 1 – si l’Etat disposait du droit de création monétaire, il pourrait en profiter – lui, c’est-à-dire la collectivité des citoyens-contribuables – et, pour peu qu’il soit raisonnable, réserver « sa » création monétaire au financement de l’avenir, c’est-à-dire des biens d’équipement de la nation, le tout bien sûr à intérêt nul, donc avec les économies qu’on imagine.

    J’ai lu le livre de Holbeck et Derruder ("la dette publique, une affaire rentable" qui ne se présentent pas comme des économistes, mais des amateurs...
    C’est quasiment ce qu’ils proposent également, et ils ont d’ailleurs lancé un site [http://www.public-debt.org] où apparait, approximativement calculée, le montant des intérêts payés sur la dette publique depuis 1973 ... : plus de 1320 milliards d’euros.

    J’ai vu aussi sur un forum où intervient M. Holbeck sa proposition de non pas nationaliser les banques, mais simplement de "nationaliser" la monnaie (toute monnaie étant émise seulement par la Banque Centrale)... qu’en pensez-vous ?

  • permalien Lucie :
    4 février 2009 @08h40   « »

    @little_john

    Je suis certaine que vous vous trompez, mais c’est sans importance, je ne poursuivrai pas ce débat inutile..

    k n’est pas indépendant de la monnaie centrale puisque les fuites (b et h) qui interviennent dans la détermination de k sont de la monnaie centrale, et que M0 ne représente pas toute la monnaie centrale en circulation dans l’économie.

  • permalien litte_john :
    4 février 2009 @11h25   « »

    Voici la définition de M0 pour la Suisse (la FED et la BCE n’utilisent pas cette dénomination) :
    "The money stock M0 is the money created by the central bank. Referred to in Switzerland as the monetary base, it consists of banknote circulation and the banks’ sight deposits at the National Bank. The National Bank has a direct influence on this money supply aggregate."
    http://www.snb.ch/e/welt/glossary/m...

    Pour la FED, le multiplicateur est le rapport entre M1 et la base monétaire (ce que les suisses appellent M0) :
    http://research.stlouisfed.org/fred...
    http://research.stlouisfed.org/fred...

  • permalien BA :
    4 février 2009 @16h10   « »

    La crise s’est maintenant suffisamment aggravée pour que l’on puisse abandonner son qualificatif « conjoncturel ». Et reconnaître un tel fait, c’est aussi dire que le monde de l’après ne sera plus celui de l’avant. Reste à imaginer ce monde de l’après. Si nul ne peut sauter par dessus son temps, on peut néanmoins essayer de dégager des pistes crédibles à partir des grandes forces qui - au-delà de la crise - travaillaient déjà le monde, d’une part, mais aussi à partir des outils choisis par les hommes pour en venir à bout, d’autre part. Le présent texte se risque à un tel exercice. Nous considérons ici comme acquis que la crise est d’abord celle de la dette, ce qui ne veut pas dire que cette dernière est la cause ultime. Il existe au-delà une chaîne de causes dont la dette n’est qu’une conséquence, mais ce type d’interrogation ne sera pas abordé dans le présent texte.
    L’inéluctabilité du choix de l’inflation.
    Si l’on dit que le monde de l’après sera différent, c’est vraisemblablement parce que nous faisons le pari que les hommes vont préférer remettre les compteurs à zéro, plutôt que de laisser la dette dans la tuyauterie en la faisant circuler entre les agents : particuliers, entreprises, Etats, en passant par les banques et les banques centrales. Et remettre les compteurs à zéro, c’est faire le choix de la purge plutôt que celui du risque d’une insupportable pression sur tout ou partie de la tuyauterie. En clair, les hommes, en particulier les responsables de ce bien public quasi mondial qu’est la monnaie, ont déjà - depuis la fin de l’année 2008 - choisi l’inflation, et donc la dévalorisation des monnaies, elle-même instrument de la disparition des créances.

    http://contreinfo.info/article.php3...

  • permalien Lucie :
    5 février 2009 @08h49   « »

    Little_John

    J’ai compris en suivant vos liens ... nous ne parlions pas de la même chose.

    Pour ma part, je parlais de la capacité d’un système bancaire commercial de multiplier les crédits en fonction d’une part des disponibilités de monnaie centrale, et d’autre part des fuites de monnaie centrale (R.O. et demndes d’espèces).

    Je n’ai vu nulle part (ce qui ne prouve pas que ca n’existe pas) l’équivalent de "M1 Money Multiplier" dans les documents de la BCE

  • permalien habsb :
    5 février 2009 @10h14   « »

    LUCIE

    Vous parlez de nationalisation de la monnaie, et de son emission directement par l’Etat et non pas par les banques (centrales ou non).
    Or, je vous met au defi de trouver un seul exemple historique d’emission de monnaie directement par l’Etat (et il y en a eu plusieurs), qui ne se soit solde en quelques decennies seulement par une catastrophe monetaire avec perte totale de la valeur des monnaies emises par l’Etat en question.
    Le souhait de tout gouvernement sera toujours celui d’emettre sans control : si on supprime le seul moyen de controler les emissions de monnaie (c’est a dire l’interet) on ne peut qu’arriver a la destruction de valeur de la monnaie par une croissance abonorme de son emission.

  • permalien Lucie :
    5 février 2009 @18h02   « »

    @habsb

    J’ai seulement écrit " J’ai vu aussi sur un forum où intervient M. Holbeck sa proposition de non pas nationaliser les banques, mais simplement de "nationaliser" la monnaie (toute monnaie étant émise seulement par la Banque Centrale)"... en posant la question "qu’en pensez-vous ? " surtout à Monsieur Lordon

    Je n’ai rien proposé de moi-même et Holbeck propose de laisser l’émission de la monnaie à la Banque Centrale (indépendante) et non pas à l’Etat comme vous pensez l’avoir lu.... mais plus non plus aux banques privées/commerciales.

    Je me souviens qu’il propose aussi, en attendant, que la BCE puisse financer, par création monétaire directe, toutes les dépenses d’investissements, ce qui corresponds donc à une renégociation de l’article 104 de Maastrisch et éviterait de payer des intérêts aux "détenteurs de la dette" sur les futurs besoins d’investissements nécessaires.

  • permalien habsb :
    5 février 2009 @19h15   « »

    LUCIE
    Que ce soit la BCE, ou que ce soit l’Etat, cet entite autonome qui cree de la monnaie sans payer d’interet a personne, le resultat est le meme.
    Face aux pressions generales pour concretiser les besoins d’investissement (dont on assiste actuellement a un puissant example), des quantites des monnaie sont creees.
    Or, la seule limitation actuelle a un tel deluge de monnaie est l’interet a payer, certes, reduit au minimum par le pouvoir arbitraire de la Banque Centrale, mais pas nul.
    Otez cet interet et la creation de monnaie sera illimitee. A quoi bon ? Elle sert a quoi une monnaie dont le marche peux disposer en quantite illimitee ? A faire les inevitables differences entre sujets du marche encore plus exasperees, ou bien a rendre encore plus petite l’unite de compte de ces differences, tellement petite que chacun en voudra davantage en echange du moindre bien ou service.

    L’interet, et non la BCE, est la seule defense du pouvoir d’achat et de la valeur de l’Euro.

  • permalien Lucie :
    5 février 2009 @19h49   « »

    @habsb

    Qui a parlé de "quantités illimités" ? (réponse : seulement vous)

  • permalien habsb :
    6 février 2009 @11h34   « »

    LUCIE

    Pas seulement moi, mais l’Histoire !
    A chaque fois qu’on a essaye de confier l’emission de monnaie a un organisme qui n’y payait pas d’ interet, on s’est retrouve rapidement avec des quantites de monnaie illimitees et sans aucune valeur.
    L’ interet est indispensable a tous les niveau pour limiter la proliferation de la monnaie. Il est la seule force economique qui s’oppose a la proliferation de la monnaie.

  • permalien Lucie :
    6 février 2009 @16h41   « »

    @habsb

    Bon, je vais arrêter ici.
    Je comprends qu’il n’est pas question d’une monnaie sans intérêts , mais seulement d’une monnaie dont globalement les intérêts, lorsqu’il s’agit de financement du secteur privé, reviennent à la BCE, donc à la collectivité plutôt qu’aux banquiers et aux rentiers.

    En ce qui concerne le problème très particulier de l’équipement (l’investissement) collectif (Holbeck exclue le "fonctionnement"), il parle ici des collectivités territoriales et de l’Etat, il considère que la BCE doit pouvoir financer directement ces collectivités :

    a) Soit avec intérêt : les intérêts de ce financement (représentant évidemment des créances) revenant également aux Etats par redistribution aux BCN faisant partie de la BCE (au prorata des participations)

    b) Soit sans intérêt (qui semble inutile dans ce cas particulier)

  • permalien Lucie :
    7 février 2009 @15h31   « »

    @ little_john

    Au temps pour moi, vous avez également largement raison. Votre manière de calculer "k" permet d’obtenir la réalité du rapport constaté entre la base monétaire et les masses monétaires, la mienne correspondant aux possibilités des banques commerciales, qui donne donc le k théorique maximum en fonction du taux de réserves obligatoires et des besoins en numéraire.

    Excusez moi donc.

  • permalien habsb :
    9 février 2009 @09h06   « »

    LUCIE

    C’est oublier un peu trop vite qu’aux banques centrales participent les banques commerciales : donc il n’est pas clair du tout comment les interets "reviennent a la communaute". Ils reviennent plutot aux banques commerciales.

  • permalien Lucie :
    9 février 2009 @09h46   « »

    habsb

    Pas du tout : la BDF par exemple appartient totalement à l’Etat ; il n’y a aucun actionnaire privé.

  • permalien habsb :
    9 février 2009 @10h55   « »

    LUCIE
    Vous avez ecrit :
    les intérêts, lorsqu’il s’agit de financement du secteur privé, reviennent à la BCE, donc à la collectivité plutôt qu’aux banquiers et aux rentiers.

    Sachez que la BCE est composee pour la plupart de banques centrales detenues par des banques commerciales privees. La BdF est en effet une exception, qui n’empeche que les interets que les francais payeraient a la BCE iraient en grande partie aux institutions bancaires privees de toute Europe. Rien ne changerait.

  • permalien Jean Bayard :
    9 février 2009 @16h15   « »

    @ tous ceux qui s’intéressent à la monnaie, source de vie économique (1)

    La politique des banques centrales

    La politique des banques centrales repose presque exclusivement sur la théorie quantitative de la monnaie (http://fr.wikipedia.org/wiki/Vitess...) qui n’a jamais été remise en question. Cette théorie nous enseigne grosso modo qu’une émission trop grande de monnaie a pour conséquence une hausse des prix, proportionnelle et générale, en distribuant trop de pouvoir d’achat et en créant donc de la rareté . Cette théorie suppose d’abord que la monnaie circule exclusivement pour les besoins de l’activité de production, ce qui n’est pas le cas puisqu’elle est aussi employée à l’activité financière et montaire dans un rapport voisin de 1 à 50. Elle suppose en outre que la monnaie émise circule sans restriction, ce qui n’est pas le cas non plus puisque l’épargne en banque est une épargne morte, immobilisée dans les parkings monétaires.

    Pour bien comprendre les mécanismes qui sont à l’origine de l’inflation, il faut d’abord savoir de quoi l’on parle. Aussi, convient-il de bien distinguer l’inflation monétaire - trop grande quantité de monnaie - et la hausse des prix, c’est-à-dire la cause et ses effets supposés, car si l’inflation monétaire peut avoir pour conséquence la hausse des prix, ce n’est pas toujours le cas : on est en droit de penser que la hausse des prix n’a pas exclusivement pour origine l’inflation monétaire (loin de là, même !). Le terme d’inflation passé dans le langage commun entretient tout naturellement la confusion.

    En fait, la masse monétaire n’a aucune incidence sur les prix dès lors que l’offre et la demande (la production et la consommation) sont équilibrées, c’est-à-dire quand les moyens de production de l’offre sont en phase avec les moyens financiers de la demande.

    Il s’est trouvé par le passé - et il se trouve encore - des situations économiques critiques dans lesquelles l’émission inconsidérée de signes monétaires produit, à coup sûr, la hausse des prix. Mais ce n’est pas une raison suffisante pour en faire une règle absolue et unique.

    L’effort de guerre démesuré, par exemple, est souvent la cause d’une situation de pénurie généralisée, et l’émission excessive de monnaie (moyen pour l’État de régler ses dépenses) a fatalement pour conséquence une hausse tout aussi excessive des prix. L’effort militaire est tel que la main d’œuvre et les produits de base font défaut pour assurer les besoins vitaux de la population. C’est le règne du rationnement et du marché noir. Dans cette situation de pénurie généralisée, la structure de la production n’est pas adaptée à la demande.

    à suivre ...

  • permalien Jean Bayard :
    9 février 2009 @16h19   « »

    @ tous ceux qui s’intéressent à la monnaie, source de vie économique (2)

    La politique des banques centrales

    suite ....

    L’ajustement entre les quantités demandées et les quantités offertes se fait par le surenchérissement des prix, seul moyen d’éliminer la demande excédentaire d’une population disposant d’une quantité de monnaie inconsidérément émise par l’État.

    C’est la rareté d’un produit qui fait son prix.

    Dans nos pays industrialisés, dits riches, caractérisés par une certaine profusion de moyens en hommes, en technologies et en matières, on peut parler d’abondance. Ici, la structure et l’outil de production sont généralement bien adaptés à la demande courante. Les hausses comme les baisses de prix répondent à des règles différentes et à d’autres critères d’influence, car l’ajustement entre les quantités demandées et les quantités offertes est rapide sinon quasi-instantané (produits agricoles et matières premières exceptés), en raison de l’existence même de puissants moyens de production et d’habitudes de consommation bien connues et maîtrisées.

    Aussi, dans nos sociétés modernes, la véritable cause de la hausse des prix se trouve plus simplement dans l’attitude des entrepreneurs n’hésitant pas à modifier, qui les tarifs, qui les pancartes, qui les étiquettes pour faire leur profit et améliorer leur pouvoir d’achat. Il s’agit là pour eux de l’une des deux voies qui conduisent au profit, sans doute la plus directe, la seconde étant la réduction des coûts.

    Voilà résumé tout ce que la théorie monétariste de l’inflation est incapable de traduire parce qu’elle ne prend pas en compte la réalité.

    Enfin, délibérément ou non, en agitant le spectre de l’inflation, les autorités monétaires ont réalisé l’exploit de contaminer le corps économique de la planète entière d’un mal que l’on peut qualifier de syndrome de la peur de l’inflation, inflation qui n’est qu’un spectre !, une fiction, une illusion qui sert à nous rendre dociles devant la nécessité proclamée d’une monnaie (permanente) rare.

    Il est grand temps de mettre au placard la théorie quantitative de la monnaie, carcan de nos souffrances, fondée des expériences historiques limitées de pénurie endémique, et aveuglément généralisée à toutes les situations économiques possibles. Pour comble de notre malheur, cette théorie est le fondement même des politiques monétaires des banques centrales et la raison de leur toute-puissance.

  • permalien Jean Bayard :
    9 février 2009 @16h23   « »

    @ tous ceux qui s’intéressent à la monnaie, source de vie économique (3)

    La politique des banques centrales

    suite et fin ..

    Des projets grandioses dans les domaines de la recherche scientifique, de la santé, de l’environnement, de l’espace, de la culture, ou tout simplement de la vie quotidienne, ne voient pas le jour, non pas parce que l’on manque de moyens en hommes et en matières, mais seulement parce que l’on manque de monnaie !

    Seule une prise de conscience collective peut nous affranchir du joug que nous imposent les autorités monétaires. Le moment est venu de libérer la monnaie de ses dogmes, de ses tabous et de ses carcans. Le moment est venu de rendre le pouvoir monétaire au peuple, c’est-à-dire à ses élus (avec les garde-fous indispensables qu’envisage Frédéric Lordon). La monnaie peut et doit être le moyen démocratique d’accès au bien-être pour tous. Le salut économique passe par la régulation monétaire, que seul l’État est apte à assumer. Il n’y a pas d’autre alternative si l’on veut trouver ou retrouver le chemin de la paix, de la prospérité, de l’abondance et du travail pour tous.

    Jean

  • permalien Jean Bayard :
    9 février 2009 @16h53   « »

    @ tous ceux qui s’intéressent à la monnaie (1)

    Les quelques rares opposants à la création monétaire ex-nihilo se retranchent derrière un texte de loi pour appuyer leur démarche. Savent-ils qu’ils protégent un système qui vient d’exploser à la face du pouvoir monétaire qui en a la charge et la responsabilité ? Savent-ils qu’ils soutiennent les déviances d’un système dangereux pour l’humanité et contraire au bien public ?

    Pourtant, dissimulant la réalité, la loi française du 24 janvier 1984 précise que « les établissements de crédit sont des personnes qui effectuent à titre de profession habituelle des opérations de banque. Celles-ci comprennent la réception de fonds du public, les opérations de crédit, ainsi que la mise à disposition de la clientèle ou la gestion de moyens de paiement. Sont considérés comme fonds reçus du public les fonds qu’une personne recueille d’un tiers, notamment sous forme de dépôts, avec le droit d’en disposer pour son propre compte, mais à charge pour elle de les restituer. Constitue une opération de crédit pour l’application de la présente loi tout acte par lequel une personne agissant à titre onéreux met ou promet de mettre des fonds à la disposition d’une autre personne… »

    Il est stupéfiant de constater que dans cette définition, les autorités éludent totalement le principe central de la création monétaire par les banques et ne font aucune distinction entre les banques qui créent la monnaie et les établissements financiers qui se bornent à la faire circuler. L’opération de crédit peut en effet s’entendre et s’entend généralement comme la mise à disposition d’un prêt « à partir de » fonds reçus du public. Pourtant, le droit d’en disposer pour son propre compte, ne peut pas s’exercer dans une banque de dépôts, puisque seul le titulaire du compte peut en disposer. Les dépôts à vue, ainsi que les dépôts à terme (ceux-ci étant alimentés par ceux-la), n’ont pas de contrepartie en monnaie, puisqu’ils en ont déjà une : la créance qui est à l’origine de ces dépôts ; c’est fondamental ! Ils sont la monnaie ! Donc, de nouveaux dépôts par crédit bancaire ne sont pas une circulation de la monnaie, ils sont une nouvelle monnaie.

    La rédaction de ce texte de loi entretient donc la plus grande confusion dans un domaine déjà bien envahi par les zones d’obscurité, confusion délibérément accentuée puisque le vocabulaire officiel recouvre sous le terme d’Institutions Financières Monétaires (IFM) les banques et les établissements financiers ou de crédit. On passe ainsi sous silence la différence fondamentale qui sépare les banques des établissements financiers.

    C’est pour moi, une véritable imposture et ce n’est pas la seule.

    à suivre …

  • permalien Jean Bayard :
    9 février 2009 @16h56   « »

    @ tous ceux qui s’intéressent à la monnaie, source de vie (2)

    suite …

    Profitant de l’ambiguïté de la loi qu’il a lui-même inspirée, le pouvoir monétaire laisse croire que l’épargne circule, comme circulait l’épargne collectée par les CCP et les Caisses d’épargne, avant que ces établissements financiers n’adoptent le statut de banque qui est aujourd’hui le leur.

    Ainsi, tout le monde croit que l’épargne circule, notamment celle des livrets A et LDD. Rappelons que cette épargne est destinée à financer des logements sociaux et le développement durable. Le pouvoir monétaire ne peut pas ignorer que cette épargne ne peut absolment pas être transférée, car seuls les titulaires de ces comptes peuvent en disposer, pas la banque ! L’épargne bancaire est donc immobilisée dans des parkings monétaires sans utilité pour l’économie. À l’occasion de cette prétendue « circulation » (on parle aussi de « transformation »), les banques émettent de nouveaux signes monétaires pour s’acquitter de leurs obligations légales, au terme d’un processus très complexe qui s’appuie sur la banque centrale. J’apporte la preuve comptable de ce que j’avance (Cf. "La monnaie – Schémas" chapitre 3 "L’épargne monétaire" page 17 et 18 :
    http://www.bayard-macroeconomie.com...). .

    Comment le pouvoir monétaire pourrait-il ignorer cette particularité du système bancaire qui impose la création de nouveaux signes monétaires ? Et laisser croire, comme tout le monde le pense, que c’est l’épargne collectée qui est utilisée ! Jeu de dupes, n’en doutons pas.

    Mais, ce n’est pas tout. Cette situation extrêmement grave est lourde de conséquences : dérèglements économiques, investissement soit-disant financé par l’épargne ! etc.

    Il règne de fait un interdit sur la monnaie qui embarrasse et paralyse la recherche, l’enseignement, les études et la divulgation de ce qu’est l’instrument qui devrait assurer le bon fonctionnement de notre vie quotidienne et permettre à tous d’accéder au bien-être. Un vrai débat public contradictoire permettrait à tous les citoyens de comprendre l’escroquerie monumentale dont ils sont les victimes.

    Qui freine et qui accélère la croissance ? L’épargne bancaire placé dans ces parkings monétaires joue le rôle du frein dans l’allure de marche de notre activité de production, précisément parce qu’elle indisponible et s’accumule à chaque rotation mensuelle des échanges entre ménages et entreprises. Et, comme nous sommes dans une économie d’endettement, l’épargne forcée (remboursement des emprunts antérieurs) ajoute à cet effet de frein. Aussi, la création de monnaie nouvelle d’endettement est-elle le seul et unique moyen de redresser cette allure et même de l’accélérer.

    à suivre …

  • permalien Jean Bayard :
    9 février 2009 @16h57   « »

    @ tous ceux qui s’intéressent à la monnaie, source de vie (3)

    suite et fin

    Avec la panne du crédit, les Américains payent le prix fort d’une dépression dans laquelle ils nous entraînent et de laquelle il va devenir de plus en plus difficile de sortir.

    Il faut pratiquer la régulation monétaire, et seul l’État est apte à l’assumer pour nous sortir de la crise dans laquelle nous nous enfonçons aussi sûrement que si nous étions pris dans des sables mouvants !

    La gouvernance d’un pays ne doit plus être affaire de fiscalité, mais d’abord de finance et de monnaie. Dans nos sociétés modernes, tout a évolué sauf la gestion d’un pays qui en est encore au moyen âge.

    Jean

  • permalien litte_john :
    9 février 2009 @17h31   « »

    @julie, hasbsb :
    Certaines banques centrales sont publiques (Banque de France, Bundesbank) et d’autres sont privées (FED) mais pratiquement aucune n’est contrôlée par ses actionnaires.

    Contrairement aux banques commerciales, elles ne sont pas tenues de convertir la monnaie qu’elles émettent (sauf dans le cas de changes fixes voire de Currency board, auquel cas la monnaie peut être convertie en devises) et perçoivent effectivement un seigneuriage (35 milliards en 2007) qui reste limité, puisque la stabilité des prix est leur but.

    Certes, aux États-Unis, des actionnaires touche une petite partie de cette somme mais c’est totalement négligeable (1 milliard de dollars en 2007), le reste étant versé au Trésor américain. Et si l’état veut toucher cette somme, rien ne l’empêche de racheter les actions en question.
    http://www.federalreserve.gov/board...

    Quant aux banques commerciales, elles peuvent certes créer de la monnaie. Mais une banque ne peut capter qu’une partie des intérêts sur cette monnaie : elle doit soit payer un intérêt aux déposants, soit leur fournir des services. Sinon, ces déposants iraient dans des banques tierces et la banque serait obligée de payer un intérêt à ses rivales ou à la banque centrale pour se refinancer.

  • permalien habsb :
    9 février 2009 @18h22   « »

    JEAN BAYARD

    la monnaie a deja ete emise, dans le passe, par les Etats directement, dans certaines periodes et pays.
    Or il se trouve que chacune de ces experiences s’est traduite en une catastrophe financiere avec perte totale de la valeur de la monnaie emise, par exces d’emission.
    Si l’Histoire est de quelque utilite, SVP ne parlez jamais de "rendre la monnaie au peuple", pas une seule fois cela a marche dans le passe !

  • permalien Lucie :
    10 février 2009 @10h04   « »

    @habsb

    Ca vous choque que la création monétaire soit remise à ceux qui créent les vraies richesses par leur travail ?

    Je suis donc pour que la monnaie ne puisse être émise que par la banque centrale.

    Holbeck (encore lui) propose sur le wiki d’Etienne Chouard

    Toute création de monnaie permanente doit relever de l’Etat et de l’Etat seul. Cette mission est confié à un organisme dénommé "Institut d’Émission Monétaire" (I.E.M.), 4° pouvoir, indépendant des trois autres (note : exécutif, législatif, judiciaire).

    1. Rôle de l’Institut d’Émission Monétaire (I.E.M.) :

    1.1. il est chargé, en coopération avec le conseil économique et social et le gouvernement, de déterminer le taux d’intérêt de base et la masse monétaire nécessaire au fonctionnement d’une économie de plein emploi, d’une inflation limitée et de la satisfaction des besoins collectifs.

    1.2. il est chargé d’émettre la monnaie fiduciaire (pièces et billets) ainsi que la monnaie scripturale ou électronique, monnaies qui seront confiées d’une part sans intérêt au Trésor Public pour satisfaire les besoins d’investissements publics identifiés, d’autre part, au taux d’intérêt de base, à la Banque Centrale pour satisfaire aux demandes des ménages et des entreprises par l’intermédiaire des banques de prêts.

    Il s’agit bien de nationaliser la monnaie

  • permalien habsb :
    10 février 2009 @10h54   « »

    LUCIE
    "Ca vous choque que la création monétaire soit remise à ceux qui créent les vraies richesses par leur travail ?"

    Chere Lucie, votre vision est beaucoup trop simpliste car elle identifie et melange les travailleurs avec les politiciens, qui sont deux groupes differents, avec des interets divergents.

    L’ interet economique des travailleurs comme classe est que leur salaire (souvent fige par des contraintes) achete de plus en plus de biens, donc une legere deflation suffisante pour elever leur pouvoir d’achat sans mettre a risque leur emploi.

    L’interet economique des politiciens comme classe est celui de disposer des moyens financiers pour mettre en pratique leurs idees. Cet imperatif les amene a une creation d’argent sans limitations aucune. Une fois octroyee aux politiciens la creation de monnaie, pour quelle absurde raison s’astreindraient-ils de creer de plus en plus de monnaie, sans limites ?
    Certs, la monnaie devaluerait, ma qu’importe du moment qu’ils peuvent en avoir autant qu’ils souhaitent ?

    L’Histoire apprend a ceux qui veulent bien la lire, qu’a chaque fois qu’on a confie aux politiciens la creation de monnaie, on s’est retrouve rapidement avec de la monnaie sans valeur car inflationnee. Pensez aux assignats de la Revolution Francaise, ou a l’emission des colonies americaines du New England ou encore a la Republique de Weimar...

    Periodiquement les politiciens essayent de nous rejouer le coup, et visiblement vous etes partie de cette nouvelle tentative. Il faut seulement esperer que ceux qui decideront aient lu et medite l’Histoire.

  • permalien Lucie :
    10 février 2009 @15h02   « »

    @habsb

    Vous écrivez

    L’Histoire apprend a ceux qui veulent bien la lire, qu’a chaque fois qu’on a confie aux politiciens la creation de monnaie, on s’est retrouve rapidement avec de la monnaie sans valeur

    Je suis très contente d’apprendre qu’en confiant, comme nous l’avons fait (surtout aux USA), la création de monnaie aux banques privées .... (je vous laisse compléter)

  • permalien habsb :
    10 février 2009 @15h24   « »

    Lucie

    le dollar n’est pas sans valeur. Il a repris 20% a l’Euro en quelques mois. Ce dont je vous parle est bien different.
    Les assignats revolutionnaires, sorte de monnaie d’Etat garantie par les biens saisis a l’Eglise, payaient d’abord un interet, puis plus aucun interet et en quelques decennies ne furent meme plus rembourses !
    La monnaie emise par les colonies americaines du new England, fut utilisee pendant 60 ans seulement, pendant les quels elle perda 90% de sa valeur, puis elle fut interdite par le roi de Grande Bretagne
    La Republique de Weimar....

    bref, on peut continuer a volonte. L’emission de monnaie est toujours dangereuse, car elle depossede (par le biais de l’inflation) tous ceux qui ont de l’argent.
    Mieux vaut la confier donc a ceux qui sont le plus endommages par l’inflation, c’est a dire les banques.
    Ce sont ceux qui vont utiliser l’emission de monnaie avec le plus d’attention et reflexion.

  • permalien litte_john :
    10 février 2009 @17h21   « »

    @lucie :
    Si la création monétaire des banques vous gêne, rien ne vous empêche de retirer votre argent de la banque. Vous augmenterez d’autant le coefficient b et réduirez ainsi le multiplicateur. Vous financerez ainsi indirectement l’investissement public, sans intérêt.

    Seulement, comme beaucoup de gens, vous préférerez sans doute bénéficier de services bancaires et/ou toucher un intérêt.

  • permalien Lucie :
    11 février 2009 @11h33   « »

    @Jean Bayard

    J’ai bien compris que l’épargne que vous citez est néfaste pour l’économie, mais quel serait l’intérêt pour les banques que ces "parkings monétaires" ?

  • permalien
    15 février 2009 @16h04   « »

    @Lucie

    Je ne me suis sans doute pas clairement exprimé.

    Si l’épargne bancaire est "néfaste" pour l’allure de marche de l’économie, elle est nécessaire, car elle est une fonction de l’économie.
    Les banques ne peuvent pas faire autrement que de la conserver, pour des raisons de concurrence. D’ailleurs, ces "parkings monétaires" leur coutent les intérêts qu’elles nous versent à nous autres épargnants. Si elles le pouvaient, elles feraient tout autrement.

    L’épargne pose un problème macroéconomique de fonctionnement de l’activité de production. Elle est un facteur essentiel de la régulation monétaire. Tout accroissement de l’épargne doit absolument être compensée par l’émission de nouveaux signes monétaires. La croissance en dépend.

    jean

  • permalien Lucie :
    16 février 2009 @10h31   « »

    @ Jean Bayard

    Il y a un truc que je ne comprends pas, désolée...

    Toute monnaie, à partir du moment où elle est émise, est bien "épargne" pour celui qui l’a en main, que ce soit le bénéficiaire de l’émission ou ses fournisseurs ou les fournisseurs de ses fournisseurs ...
    C’est, il me semble, le fondement même d’un des 3 aspects de la monnaie : la réserve de valeur.

    Ceci dit, je reconnais qu’une monnaie qui ne circule pas ne crée pas de nouvelles richesses ( PIB = Vr.M)... mais il suffit dans ce cas de nouvelles créations monétaires pour "compenser"... non ?

  • permalien
    17 février 2009 @17h27   « »

    @Lucie

    Vous devez savoir que les comptes de dépôts à vue (DAV) ne sont pas considérés comme une épargne puisqu’ils circulent.

    Quant à l’épargne bancaire, qui ne crée pas de nouvelles richesses comme vous le dites, "il suffit dans ce cas de nouvelles créations monétaires pour "compenser"... oui, c’est bien ce que j’explique et je préconise la régulation monétaire pour cela.

    jean

  • permalien Max Barel :
    20 février 2009 @01h06   « »
    Étapes intermédiaires possibles ?

    Bonjour,
    je pose les questions qui suivent principalement à l’adresse de F. Lordon.
    Toute réponse constructive est bienvenue, mais prière aux trolls libéraux-conservateurs de rester à l’écart.

    Si le débat entre un crédit socialisé et nationalisé reste ouvert et passionnant, il me semble intéressant et utile d’envisager des mesures intermédiaires qui pourraient, faute de mieux, en resocialiser partiellement le fonctionnement.

    1- En quoi est-il difficile ou problématique d’accorder aux états la possibilité de recourir à la création monétaire pour financer le crédit (gratuit ou à taux d’inflation) — création impliquant un remboursement/destruction étalé dans le temps — nécessaire pour les investissements d’équipements ? Il est extrêmement facile, me semble-t’il de différencier les coûts de tels équipements (hôpital, TGV, éoliennes, campus) des coûts de fonctionnement (salaires, entretien). Dans le cadre Européen d’une hypothétique BCE refondée, une commission technique n’aurait pas grand mal à faire le tri. Quitte à plafonner ces en-cours par un ratio de PIB.

    2- Pourquoi ne pas resocialiser les profits tirés des intérêts prélevés pas les banques sur les crédits qu’elle accorde par CM ? Le prélèvement d’un ratio de ces intérêts, par taxation, me paraît simple à mettre en place, ajoute une variable d’ajustement et, c’est le but, augmente les recettes de l’état.

    3- En relation avec la question précédente, qu’en est-il des coûts cumulés des intérêts bancaires dans les produits finaux de l’économie de production ? Sur les sites de A.J. Holbecq, il est mentionné en plusieurs endroits des pourcentages de l’ordre de 25 à 40 % du prix final. Disposons-nous d’évaluations fiables ? Si une entreprise a 3 % de frais financiers et que 10 entreprises sont impliquées en cascade ça peut bien faire 35 %, mais qu’en est-il vraiment ? Si de tels ratios s’avèrent réels, il s’agit d’une captation de richesse majeure par le capitalisme bancaire, qui s’ajoute à la captation par le profit direct dans l’entreprise. Est-il possible de calculer ce ratio en rapportant les profits bancaires issus de l’intérêt du crédit au PIB de l’économie de production ?

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