Le Monde diplomatique
Accueil du site > Le lac des signes > Les hors-champ de « Valse avec Bachir » et « Z32 »

Pour en finir avec les histoires de soldats

Les hors-champ de « Valse avec Bachir » et « Z32 »

mercredi 11 mars 2009, par Françoise Feugas

« La seule et unique déclaration qui est faite dans Valse avec Bachir est clairement une déclaration universelle. Le film dit qu’il n’y a ni gloire, ni glamour dans la guerre. La guerre est inutile, et mon film est un message de paix », déclarait Ari Folman le 27 février dernier, après avoir reçu le César du meilleur film étranger pour son long métrage d’animation [1].

Le « message de paix » d’un réalisateur israélien qui croit en la non-violence [2] est une chose assez rare pour être soulignée, après que l’opération « Plomb durci » à Gaza a bénéficié d’un soutien massif et inconditionnel en Israël où elle a été présentée comme strictement défensive. Mais les cendres de Gaza sont à peine refroidies, et cet universalisme pacifiste peut sembler un peu court. Avi Mograbi, autre réalisateur israélien dont on attendrait vainement la moindre déclaration lénifiante, suscite pourtant lui aussi un certain malaise avec Z32, film qui, comme Valse avec Bachir, met en scène un soldat israélien (lire « Un soldat israélien ordinaire », par Michelle Guerci). Dans le contexte de l’après-Gaza, les doutes, les hésitations et les interrogations du cinéaste sur l’opportunité et la façon de filmer le récit d’un crime de guerre, qui constituent le thème central et l’objet du film, peuvent apparaître comme des prises de tête obscènes à qui ne connaît pas sa filmographie et son travail de recherche extrêmement courageux. « Je partage mes interrogations avec le public tout au long du film. J’espère que chaque spectateur s’interrogera sur son rôle et cela ne concerne pas seulement le film mais implique des positionnements moraux [3] », dit-il. Dont acte.

Le rapprochement entre les deux films s’impose ; pourtant Valse avec Bachir et Z32 n’évoluent pas dans les mêmes sphères : tandis que le premier joue dans la cour des grands – grand public, gros budget (incluant des fonds publics israéliens) et présence dans les festivals de cinéma qui comptent –, le second appartient au cinéma d’art et d’essai – pauvre – et s’inscrit dans un travail de longue haleine, confidentiel, difficile et unique dans l’histoire du cinéma, si l’on en croit Jean-Louis Comolli, des Cahiers du cinéma [4]. Mais il se trouve que l’on a reparlé de Valse avec Bachir (sorti en France en juin 2008) à l’occasion des Césars, tandis que Z32 est arrivé sur nos écrans le 18 février, c’est-à-dire un mois jour pour jour après le cessez-le-feu à Gaza. Il se trouve également que ce sont deux documentaires israéliens qui nous convoquent à nouveau sur le champ de bataille en nous renvoyant, l’un à un épisode terrifiant de la guerre du Liban – les massacres de Sabra et Chatila en septembre 1982 avec la complicité des dirigeants de l’armée israélienne (en particulier d’Ariel Sharon, à l’époque ministre de la défense) –, l’autre à la violence permanente exercée sur les Palestiniens par cette même armée dans les territoires occupés.

Des « documentaires » : même s’il s’agit d’une classification par défaut, même en leur reconnaissant des éléments fictionnels – ce qui est une banalité, tout récit comportant une part de fiction –, le documentaire, comme l’autobiographie, annonce une convention par laquelle le public considère que le film traite de/avec la « réalité ». Dès lors, le principal critère de valeur qui s’y applique concerne la vision de la réalité qu’il restitue et, dans les cas qui nous occupent, implique effectivement un travail sur le contexte historique permettant de comprendre ce qui se joue sous nos yeux, et des « positionnements moraux » sinon politiques. Aucune considération sur l’habileté et l’intérêt des choix formels, esthétiques, ni les explications et les compléments d’information « off » des réalisateurs ne peuvent nous dispenser de considérer la question fondamentale du rapport au réel exprimé par ces films.

Figures du soldat traumatisé

Le lieu commun des deux films repose sur la figure emblématique du soldat, enrôlé, manipulé, pris dans l’engrenage de la violence, tout à la fois acteur et spectateur, complice ou témoin et qui, souffrant après-coup de ce que l’on identifie comme un « état de stress post-traumatique », devient amnésique – c’est le cas d’Ari dans Valse avec Bachir— ou ne cesse de raconter son histoire sans jamais exprimer la moindre émotion ni le moindre remords – comme dans Z32. Lieu commun, en effet, que les traumatismes psychiques très réels de ces soldats surarmés qui s’en vont faire des guerres « disproportionnées » à des populations démunies dans des pays qu’ils dévastent, au napalm ou au phosphore. Dans les bonus du DVD de Valse avec Bachir, le réalisateur nous le précise : « Je pense que le film aurait pu être raconté par un vétéran américain du Viet-nam, ou un ex-soldat russe qui a combattu en Afghanistan, ou un ancien casque bleu hollandais intervenu en Bosnie, à Srebrenica au milieu des années 1990, ou encore par un Américain sur le front en Irak... par n’importe quel homme, qui se réveille un matin dans une ville reculée, loin de chez lui, qui se fait tirer dessus et qui renvoie les tirs, et qui se demande : “Mais qu’est-ce que je fous là ?” »

Avi Mograbi confirme : « Bien sûr, Z32 parle du Moyen-Orient, mais vous pouvez aussi y voir les soldats américains en Irak, les Français en Algérie ou les Russes en Tchétchénie. Au début du film, je pensais traiter du conflit israélien, et ce n’est qu’au cours du tournage que j’ai compris que le sujet est beaucoup plus large [5]. »

Cet universalisme de la figure du soldat instrumentalisé est malgré tout dérangeant, parce qu’étant indiscutable, il occulte la spécificité, pour ne pas dire la vérité historique de l’écrasante responsabilité de l’Etat d’Israël dans la situation faite au peuple palestinien depuis l’époque du plan de partage de la Palestine en 1947. Le caractère exceptionnel de ce conflit, eu égard aux autres guerres coloniales et massacres divers évoqués par les deux réalisateurs, réside dans sa durée d’une part, dans l’impunité absolue dont a toujours bénéficié Israël de l’autre. Les soldats qui ne savent pas ce qu’ils sont venus faire là, ni ne comprennent ce qui se passe sous leurs yeux, sont réfugiés en quelque sorte dans leur histoire personnelle, seul point de référence et seule construction narrative possible. Ils sont à la fois présents et absents à eux-mêmes et à leur environnement, métonymies d’une violence guerrière toujours déconnectée de ses causes, toujours considérée en situation, et que résume jusqu’à la caricature le : « n’importe quel homme (…) qui se réveille un matin dans une ville reculée, loin de chez lui, qui se fait tirer dessus et qui renvoie les tirs » par quoi Ari Folman nous décrit le soldat universel.

Ainsi, par une douteuse subversion des rôles, le jeune conscrit qui a tué ou participé à un crime de guerre devient la seule victime à laquelle le public est invité à s’identifier, à son corps défendant, quand les victimes palestiniennes demeurent dans l’ombre, passent en silence – comme la femme que croise Z32 revenu sur les lieux du meurtre –, sont déjà mortes ou pleurent leurs morts – comme dans les images d’archives qui bouclent le film d’Ari Folman. Par opposition à ceux qui produisent un récit, les Palestiniens n’ont pas d’histoire à raconter, leur violence éventuelle est, comme leur souffrance, muette. « C’est à eux de faire leurs propres films », répond Ari Folman quand on lui en fait la remarque [6], précisant qu’il ne peut pas parler à leur place. C’est vrai, mais alors le silence des Palestiniens persistera encore longtemps, face à un cinéma israélien qui a, on s’en doute, un accès plus aisé à des sociétés de production ou à des aides publiques susceptibles de financer ses projets. Sans parler des circuits de diffusion, qui posent très clairement la question de l’audience de documentaires palestiniens auprès de publics occidentaux. Ceux-ci ont une proximité culturelle plus grande avec les Israéliens, qui se vivent comme des Occidentaux – ce qui facilite l’identification.

On pensait pouvoir compter sur Avi Mograbi, l’ex-refuznik travaillant avec l’association Shovrim Shtika (« Brisons le silence ») [7], pour casser l’image mythifiée d’un Israël « assoiffé de paix aux mains pures », selon l’expression rapportée par Sylvain Cypel dans Les emmurés  [8]. Mais il nous fait accomplir, avec Z32, un triple saut périlleux qui nous laisse sur le carreau : il choisit de filmer délibérément un homme qui avoue avoir pris du plaisir à tuer un Palestinien innocent dans une opération de représailles en territoire occupé. Or, en acceptant de le filmer, il l’absout, en quelque sorte. Condamne son acte, mais ressent de l’empathie pour lui. Il va même plus loin, veut lui redonner sa place dans la communauté humaine, un visage « universel », et, pour cela, choisit une technique de masquage qui ne « floute » pas son visage, mais lui restitue au contraire des traits réguliers, une sorte de beauté antique. Le travail d’orfèvre qu’il accomplit pour maintenir une image ambivalente de sa relation au jeune homme, à mille lieues d’une lecture binaire, aboutit quelque part, et par un cheminement totalement opposé, au même résultat que le film d’Ari Folman : la dénonciation des « horreurs de la guerre », l’humanité du soldat qu’il veut restituer dissolvent les responsabilités israéliennes très réelles, évacuent le politique et diluent le crime de guerre.

Le récit manquant

Au-delà de la figure du soldat, les deux films interrogent leur propre hors-champ ou, plus exactement, ce que la mémoire des individus a à voir avec l’établissement de la vérité historique, avec le « dit » de la guerre et de l’occupation. Entre la singularité des deux récits, leur réitération obsessionnelle ou la recherche d’un épisode traumatique effacé d’une part, et l’appel à la condamnation de la guerre toujours cruelle de l’autre, il y a encore la chaise vide de l’histoire du conflit israélo-palestinien. Certes, Valse avec Bachir restitue bien la responsabilité israélienne « indirecte » (selon les conclusions rendues par la commission israélienne d’enquête Kahane) du massacre de Sabra et Chatila et de l’alliance objective avec les phalangistes libanais – la « valse » avec Bachir Gemayel –, tandis que Z32 a pour cadre un aspect du quotidien brutal de la répression dans les territoires occupés. Mais ils fonctionnent, de façon complexe, sur le déni de réalité « originel » dont Sylvain Cypel analyse les conséquences sur la société israélienne : celui de la spoliation d’un peuple par un autre, qui est au centre de la relation entre Israéliens et Palestiniens. Un non-dit qui pulvérise la hiérarchie des responsabilités et garantit au mieux l’impunité des dirigeants israéliens, sur fond de silence complice de la « communauté internationale ».

Dans les deux films, quoique de façon différente, la rédemption des soldats s’opère par un mécanisme qui voit émerger la question du pardon de façon quasi automatique dès lors qu’il y a « aveu ». Avi Mograbi pose la question cruciale : « Dans des situations de conflit, quand beaucoup de sang a été versé, comment trouver ensuite une forme de rédemption dans la communauté [9]  ? » Dans Valse avec Bachir, un ami assure à Ari qu’il n’est pas coupable, et dans Z32, le réalisateur déclare qu’il pardonne à l’assassin, même si sa femme ne veut pas le voir dans son salon – si bien que Mograbi, dans un entretien, évoque une relation d’« adultère » entre lui et Z32 ! Ainsi avons-nous sous les yeux, par deux fois, la scène qui fait réellement problème dans les deux films : des Israéliens se pardonnent entre eux tout le mal qu’ils font aux Palestiniens. Unilatéralement, pourrait-on dire.

C’est la chaise vide de l’histoire qui autorise Ari Folman à adresser au public français (et, par extension, au public en majeure partie occidental de son film) un « message de paix », et Avi Mograbi à pardonner à un criminel de guerre, quand les crimes de guerre israéliens n’ont pas été jugés, quand le droit n’a pas été dit, quand aucune commission d’enquête sur le modèle de la commission sud-africaine « Vérité et réconciliation » n’a jamais été mise en place. Et que l’occupation dure encore.

Voilà pourquoi il y a parfois, dans les salles obscures, quelques grincements de dents.

Notes

[1] « Dans les coulisses avec Ari Folman », entretien avec Laurent Weil.

[2] « L’adieu aux armes  », Le Nouvel Observateur, semaine du 5 mars 2009.

[3] « La langue du dialogue s’est perdue », L’Humanité, 18 février 2009. Entretien réalisé et traduit par Dominique Widemann.

[4] « Avant, après l’explosion. Le cinéma d’Avi Mograbi », par Jean-Louis Comolli, Les Cahiers du cinéma, n° 606, novembre 2005, p. 70-72.

[5] « Z32, d’Avi Mograbi », entretien avec Pierre Murat, Telerama.fr, 24 février 2009.

[6] « L’adieu aux armes », cf. note 2.

[7] Association qui recueille et publie sur son site les témoignages d’anciens soldats. Voir la version anglaise : Breaking the silence

[8] Sylvain Cypel, Les emmurés. La société israélienne dans l’impasse, « Cahiers libres », La Découverte, 2005.

[9] « Z32, d’Avi Mograbi », cf. note 5.

21 commentaires sur « Les hors-champ de “Valse avec Bachir” et “Z32” »

  • permalien Nuseiba :
    11 mars 2009 @19h38   »

    et alors ?
    Je suis une rescapée de Sabra et Chatilla et personne n’a fait un film sur ma"souffrance". Ne suis-je pas un etre humain comme vos soldats qui ont un problèmes de conscience apres-coup ?
    j’ai envie de vomir

  • permalien Daniel :
    11 mars 2009 @20h14   « »

    L’avis de Gideon Levy pour La valse avec Bachir :

    "Quel bon goût : le sang apparaît merveilleusement esthétique et la vraie cruauté n’est absolument pas la nôtre mais celle de tous les Samir Geagea et les Elie Hobeika. « Valse avec Bachir », en compétition dimanche pour les Oscars, est un film israélien révoltant. Faut-il s’étonner que nous en soyons si fiers ? (...)

    Cette valse s’appuie sur deux fondements idéologiques : nous avons tiré puis nous avons pleuré, oh ! comme nous avons pleuré, et nos mains n’ont pas versé ce sang. Ajoutez à cela un brin de souvenirs du génocide, sans lesquels il n’y a pas d’activité israélienne digne de ce nom sur quelle que question que ce soit, et une pincée de victimisation et vous avez le portrait truqué d’Israël 2008. (...)

    « Votre intérêt pour le massacre provient, plus globalement, d’un autre massacre. Cela vient des camps d’où sont revenus vos parents. Vous vivez ce massacre et ces camps-là. » Bingo. Que n’y avions-nous pensé plus tôt ? Ce n’est absolument pas nous, ce sont les nazis, que leur nom et leur souvenir soient effacés. C’est à cause d’eux que nous sommes ce que nous sommes. (...)

    http://mcpalestine.canalblog.com/ar...

  • permalien Orangerouge :
    11 mars 2009 @21h56   « »
    Combien de film palestiniens, d’émissions avec des Palestiniens ?

    Et combien de film israéliens, d’émissions avec des Israéliens ?

  • permalien Diego Armando Maradona :
    12 mars 2009 @00h37   « »

    Très bonne critique des ces deux films particulièrement appréciable car se plaçant sur le terrain de la raison et non de l’émotion, et qui déconstruit le subconscient orientaliste dans le sens où l’entendait le regretté Edward Saïd

  • permalien Nathan :
    12 mars 2009 @09h02   « »

    Combien de films français sur la guerre d’Algérie ? A part "Avoir 20 ans dans les Aurès" et "La question", il ne doit pas y en avoir des masses. Et dans ce cas-ci, la France a d’autant moins d’excuses que la guerre est finie depuis un demi-siècle. Tous les Etats ont des cadavres dans leur placard et les Israéliens ne sont pas les seuls à souffrir d’amnésie.

  • permalien Domi :
    12 mars 2009 @10h30   « »

    Les hors-champ de « Valse avec Bachir » et « Z32 »

    Merci à Françoise Feugas pour cette double critique pertinente et à contre-courant. S’il ne faut pas hurler avec les loups, mieux vaut également éviter de s’enthousiasmer avec les agneaux ! Rien n’est plus détestable que les consensus bien-pensants.

    Juste un bémol : un film est aussi - ou se veut - une œuvre d’art et, à ce titre, doit être aussi jugé du point de vue de sa qualité intrinsèque. Et, à mon humble avis, Valse avec Bachirse situe sur ce plan cent coudées au-dessus de Z32 (ce qui n’enlève rien aux films précédents de Mograbi, notamment Pour un seul de mes deux yeux). Le recours à l’image animée comme « traduction » d’images bien réelles, la qualité du dessin, le rythme du film, sa musique, tout concourt à faire de l’oeuvre de Folman un grand film.

    Cette forte originalité explique d’ailleurs pour beaucoup, selon moi, l’impact strictement politique du film. La lâcheté du réalisateur quand il fut couronné, en pleine offensive israélienne contre Gaza dont il ne dit pas un mot, est une chose. Autre chose est le coup de poing qu’ont reçu des centaines de milliers de spectateurs à travers le monde.

    Lorsque j’ai vu, en famille, Valse avec Bachir, à la fin de la projection la lumière s’est rallumée mais personne n’a bougé pendant un long moment. Des gens pleuraient, d’autres étaient simplement sous le choc. Qui a fait mieux, depuis vingt-sept ans, pour que chacun sache, non seulement, l’horreur de Sabra et Chatila, mais aussi la responsabilité d’Israël ?

  • permalien schlomoh :
    12 mars 2009 @10h41   « »

    voici ce que j’avais écrit sur le sujet le 25 février dans la Feuille de Chou

    Z 32, ou l’impureté des armes

    http://schlomoh.blog.lemonde.fr/200...

  • permalien ximun hiriart :
    12 mars 2009 @10h52   « »

    En réponse aux hors champs de waltz et de Z32 et de l’article du même nom de Françoise Feugas.
    Je me préoccupais de savoir ce qu’était le film de Ari Folman, sur la forme, Madame Feugas y voit un documentaire, Ari lui comme télé7jours un film d’animation, moi plûtot un film de guerre. D’ailleurs si Ari aura des récompenses et des articles, des tapis rouges et des Césars, Avi lui devra se contenter de bonnes impressions à Lussas. Mais si l’on doit le ranger dans la case de l’oncle documentaire, doit on le comparer à celui d’Avi, à part le fait que l’un soit sorti à Cannes et l’autre peu après, à la fin de l’opération plomb durci et que les maisons de productions et de distributions soient les mêmes, qu’est ce qui nous oblige à comparer les 2 films ? A part un raccourci, qui comme Ari Folman nous ferait oublier tout et donc l’essentiel le fond défendu par les propos et points de vues des 2 films.
    Ainsi comment peut on soutenir que Waltz sur le fond est assimilable à Z32 ?Quand le premier pendant toute la durée de sa projection mais aussi dans les propos de son auteur, et jusque dans les bonus des Dvd nous fait comprendre qu’il traite par le biais d’un film d’animation, un épisode passager et lointain de l’histoire "imagé" de l’état israélien où l’on voit une sorte de figure universelle du soldat occidental enrolé malgré lui dans ce que tout un chacun ne peut que décrire comme dégueulasse, à savoir la guerre.
    Z32 et Avi Mograbi dans ses interventions et ses autres films traite de la permanence du conflit et du massacre, ne parle pas de Gaza comme d’une opération de police surement justement parce qu’il parle d’un point de vue de refuznik permanent ? Et surtout assimile son soldat aux soldats d’occupation des guerres coloniales passées et présentes, pas à un soldat universel pouvant être parfois un casque bleu sauveur de la liberté en Bosnie.

  • permalien ximun hiriart :
    12 mars 2009 @10h53   « »

    suite
    Il y a donc ces 3 réelles différences la notion de permanence contre celle de temporalité d’un épisode maccabre. Celle de l’enrolement contre celui du refus de conscience et enfin celle du soldat humain contre celle du colon.
    Ensuite l’auteure de l’article nous rappelle un des écueils du film de Folman, l’absence de l’autre, de la victime et de sa parole, à savoir la figure du Palestinien. Cette question ne se pose évident pas si Waltz est un film d’animation et/ou de guerre mais devient il est vrai embarassante si l’on est dans un documentaire, encore plus si l’on s’attache au fond même des propos de folman qui sont bien souvent mensongers sur le plan de la réalité des faits. (Mais comme le film joue sur la mémoire c’est d’autant plus facile). Pour autant c’est un reproche qu’on ne peut pas faire à Avi Mograbi tant il faut se rappeler sa filmographie et la façon très politique, prudente et réaliste dont il met en scène la parole du palestinien dans ses films en temps réel de l’agression permanente. Il suffit pour cela de revoir "pour un seul de mes 2 yeux" et de comprendre que le palestinien de Béthléem avec il discute au téléphone pendant l’opération rempart est en fait réjoué par un acteur israélien afin que le premier ne connaisse pas pour ses propos les joies du shin bet. Avi lui nous montre quelques photos à la fin sans trop savoir si c’est un générique de fin (de la guerre ?) ou si c’était plus simple de verser dans le pathos que de montrer les visages des assassins israéliens et libanais ?
    Sur le plan de l’empathie supposé vis à vis de ses assassins il nous faut rappeler aussi qu’Avi Mograbi lui seul se place dans la permance du crime et que ses assassins dans tous ses films il va les voir et essaye de parler avec eux malgré sa répulsion et l’opposition de principe de sa propre femme (de sa conscience ?). Que cette mise en scène tant avec Sharon dans l’excellent Comment j’ai appris à surmonter ma peur et à aimer Ariel Sharon qu’avec ce petit soldat simple maillon de la chaine est symbolique de sa conscience (sa femme) et de son envie, de son besoin de comprendre comment sa société peut produire de tels monstres ou une telle violence, à nouveau permanente (aout avant l’explosion). C’est donc bien que Avi Mograbi se situe clairement dans la réalisation de documentaires où il cherche à montrer les responsables de cette violence permanente et ne se moque pas des faits historiques meme lorsqu’ils sont militaires, ne se détourne pas des victimes palestiniennes et pas plus de sa propre responsabilité ou de sa conscience (qui revient donc sous la forme de sa femme) et qui fait de lui un realisateur génial et un refuznik permanent là ou Ari folman ne trouve rien à dire sur Gaza lorsqu’il recoit sa flopée de récompense, pas étonnant il n’avait déjà pas trouvé grand chose à dire sur Sabra et Chatila quand il y était et pas tellement plus en faisant son film.

  • permalien liliana :
    12 mars 2009 @12h46   « »

    pour que les juifs d’Israël se libèrent de leur "démons" d’usurpateurs et des criminels, ils sont a même de se désioniser, considérant le sionisme et sa créature l’etat d’Israël, comme un mal majeur, au même niveau que l’impérialisme, le colonialisme et l’apartheid ; ces fléaux doivent passer a la poubelle de l’histoire pour l’émancipation des humains , incluant les juifs, aujourd’hui inconditionnels d’un état bâti sur la spoliation et que continue a massacre et a expulser les habitants indigènes ; Il n’y pas de "rédemption "(émancipation )possible dans le pacifisme, genre : ni résistance armée palestinienne ni armée d’occupation ; la "rédemption" sera par l’autodétermination du peuple palestinien dans le cadre qu’il choisira(avec les juifs de Palestine qui s’uniront a son combat)

  • permalien Murmure :
    12 mars 2009 @13h19   « »

    Merci pour cette objectivité, cette critique, qui lève le litham sur les non-dits et l’existence d’un peuple infériorisé et péjoré jusqu’à la lie.

    (...)

    quand les crimes de guerre israéliens n’ont pas été jugés, quand le droit n’a pas été dit, quand aucune commission d’enquête sur le modèle de la commission sud-africaine « Vérité et réconciliation » n’a jamais été mise en place. Et que l’occupation dure encore.

    Et pour exacerber encore notre désarroi

    Moreno Ocampo précise qu’il attend également des documents de la Ligue arabe et d’Amnesty international sur cette question. Il met carrément en cause la qualité pour agir de la partie palestinienne. "Les Palestiniens nous ont promis de nous apporter d’autres éléments démontrant qu’ils sont un Etat, et que sur ce territoire un crime a été commis", précise-t-il. Etrange posture qui fait que la victime doit d’abord prouver qu’elle existe !

  • permalien qantara :
    12 mars 2009 @20h01   « »

    Merci pour votre analyse qui avait sûrement effleurée l’esprit des spectateurs, même les moins avertis. Nous sommes ressortis choqués par les images de Folman, mais pas à cause des images créées et animées par le réalisateur. Les images d’archives nous arrachent le coeur. Nous ne pardonnons pas, ni aux phalangistes, ni à l’état israélien. Z32 nous laisse distant, l’utilisation de masque inexpressif, le regard du soldat tueur inexpressif, impossible de compatir. Moment dérangeant : Mograbi pardonne au soldat, et nous ? Nous doutons, notre raison analyse : le crime est lointain, les images quotidiennes nous abreuvent de crimes lointains. Nous comprenons et refusons d’être émotionnellement impliqués. Oui, comme le dit Mograbi, mais il faudrait se mettre à la place de ce soldat...Impossible, ces moyens nous en empêche. Devons-nous choisir notre camp ? Ah, le libre arbitre...
    Il existe une scène artistique palestinienne très active.
    Malgré l’absence de moyens, nombreux sont les artistes, en diaspora ou non, qui oeuvrent pour la reconstruction d’une culture, déjà ancestrale. Nombreux sont les artistes qui dénoncent. Non, les palestiniens ne sont pas que des victimes souffrant en silence. Lors de l’année de la Palestine en France, il aurait fallu apprécier le nombre d’invités. Je vous renvoie au site de la fondation Qattan, du Khalil Sakakini Center, d’Al-Riwaq. Kamal Boullata a récemment publié un ouvrage dressant les lignes d’une histoire de l’art palestinien. Nous, spectateur, qui n’avons pas la possibilité de voir des productions palestiniennes sur le sacré grand écran, essayons nous aussi, par nos propres moyens, de montrer notre intérêt pour ces immenses efforts. Oui, nous connaissons la responsabilité israélienne, nous ne nous laisserons pas anesthésier par les discours consensuels.

  • permalien Daniel :
  • permalien arc_1@menara.ma :
    14 mars 2009 @14h07   « »

    Chère Madame Feugas,
    Je suis entièrement d’accord avec Ximum Hiriart. La méthode de vote contribution procède exactement de ce que vous dénoncez. Citations sur citations off, rien ou presque sur les films en question. Comme vous le dites une œuvre se suffit à elle-même et n’a pas besoin d’être étayée par des propos off. Donc analysez les œuvres. N’avez-vous pas vu que dans Valse avec Bachir, le soldat israélien est INNOCENT, que, ses questionnements sur le massacre de Sabrah et Chatilah renverraient à un autre massacre, un autre traumatisme, celui de la Shoah ? Réthorique insupportable, qui vise encore et toujours à insérer le présent de la guerre contre les Palestiniens dans le crime « originel » de la Shoah.
    L’œuvre d’Avi Mograbi est aux antipodes de celle de Folman. Mograbi ne cesse de filmer la violence exercée par les Israéliens contre les Palestiniens. L’historicisation et la lutte contre le « déni originel » (Cf Sylvain Cypel) est aux fondements de sa problématique. Et des questions de cinéma qu’il se pose. Son film pose la question de la RESPONSABILITE de Z32, celle de la société et celle de Mograbi, lui le réalisateur militant. N’avez vous pas entendu la jeune fille, qui expose le point de vue de Mograbi dire que Z32 a commis un « crime, d’un ASSASSINAT ». [Car nous sommes dans un film, tout procède d’une construction et il faut analyser le rôle des personnages]
    N’avez-vous pas vu qu’elle ne cesse de faire exister la victime, le Palestinien ? Et que c’est pour cela qu’elle ne PARDONNE PAS ? N’avez-vous pas compris le sens du retour sur les lieux du crime ? N’avez-vous pas entendu Mograbi, qui joue le rôle du chœur dire « A qui le livrer ce criminel de guerre quand il n’y a pas de juges ? » Et ce n’est pas Mograbi qui pardonne, c’est la société qui analyse, réfléchit, et comprend que ce soldat n’est qu’instrument. La chaise vide n’est pas celle de ce jeune homme transformé en criminel, c’est celle des RESPONSABLES ISRAELIENS. Auriez-vous été rassurée si Mograbi avait donné la parole à des Palestiniens ? Ne comprenez-vous que c’eût été un pur mensonge, un trafic avec le réel, car Mograbi filme l’autisme absolu de la société israélienne face aux Palestiniens, travaille sur le fameux déni originel ?
    Oui Mogabi pose la question cruciale : comment les bourreaux –Les ISRAELIENS pourront cohabiter avec les victimes les PALESTNIENS. C’est à cela que sert ce film-là, c’est pour cela qu’il ne marche pas en Israël, contrairement à celui de Folman. Et c’est pour cela les cinéastes palestiniens, considèrent que Mograbi est leur plus fidèle allié.

  • permalien euromix :
    15 mars 2009 @19h15   « »

    J’aime votre critique sauf ce passage :

    « C’est à eux de faire leurs propres films », répond Ari Folman quand on lui en fait la remarque [6], précisant qu’il ne peut pas parler à leur place. C’est vrai, mais alors le silence des Palestiniens persistera encore longtemps, face à un cinéma israélien qui a, on s’en doute, un accès plus aisé à des sociétés de production ou à des aides publiques susceptibles de financer ses projets.

    Que je sache il existe des fortunes palestiniennes, et des sympathisants à leur cause. Cette vision misérabiliste des palestiniens ne me semble pas respectueuse. Quand à supposer que rien ne soit possible sous prétexte que ce n’est pas juste que ce soit plus facile pour les autres, je trouve cela même insultant pour les palestiniens.

  • permalien Murmure :
    16 mars 2009 @18h07   « »

    @ euromix :

    le silence des Palestiniens persistera encore longtemps, face à un cinéma israélien qui a, on s’en doute, un accès plus aisé à des sociétés de production ou à des aides publiques susceptibles de financer ses projets.

    Le cinéma palestinien est encore embryonnaire et cela risque de durer. Survivre, se battre est une priorité absolue.

    Simple question : Si les reportages à vifs du vécu infamant de ce peuple n’émeuvent personne, croyez vous que la fiction réveillerai les consciences apathiques de la classe dite intellectuelle sous tutelle ?

  • permalien leila :
    18 mars 2009 @12h07   « »

    J’ai vu le film hier, i n’est peut être pas génial, mais j’ai vu aussi massaker. Si on fait la comparaison, on voit que ces soldats israéliens, quelques uns peut être, on un sentiment de culpabilité. Les libanais qui ont fait le massacre n’en ont pas... (geagea n’a rien à voir avec ce massacre). pourquoi ne pas pouvoir exprimer un sentiment de culpabilité, qui est pour moi le premier pas vers une demande de pardon pour ce qu’ils ont commis à Sabra et chatila ? et le film n’enlève pas la culpabilité d’israel dans ce massacre, au contraire, on voit bien l’assistance apporté aux milices. il y a eu collaboration ds le massacre, c’est déjà beaucoup, et c’est montré ds le film.

  • permalien euromix :
    18 mars 2009 @16h03   « »

    @murmure

    >Simple question : Si les reportages à vifs du vécu infamant de ce >peuple n’émeuvent personne, croyez vous que la fiction réveillerai >les consciences apathiques de la classe dite intellectuelle sous tutelle > ?

    En effet, dans le cas ou l’on considère inutile et vain de produire un cinéma palestinien , la question de l’injustice ou pas des difficultés de produire ce cinéma palestinien est résolue.

  • permalien Lorie :
    19 mars 2009 @10h39   « »

    Personnellement,j’ai vu "Valse avec Bachir",mais pas l’autre film.Par contre,j’ai vu um film africain d’art et d’essai"Ezza".Ce film traite du meme sujet.Un jeune gaçon enlevé par des mercenaires devient lui aussi un monstre et finit par tuer ses propres parents.Sa soeur témoin du massacre le fait passer devant un tribunal.A la différence des autres films,le héros ne se rappelle jamais de rien et n’a meme pas de flash back,il refuse donc d’avouer.Il n’y a donc pas rédemption.Ce film aussi se veut universel:le nom du pays ou se passent ces nombreux massacres n’est pas dit.
    Biensur Israel ou autres pays(USA,France etc...)sont responsables,mais cela n’enlève pas la responsabilité du simple soldat.Facile de s’absoudre quand on a reçu des ordres !

  • permalien Philippe-Aurelle :
    26 mars 2009 @19h16   « »

    Pourquoi n’y a-t-il jamais eu de film sur le massacre de Damour (20 janvier 1976) commis par les milices palestiniennes sur les habitants chrétiens du village de Damour ? 750 morts. Beaucoup de corps ayant été démembrés, ce sont les têtes qui ont dû être comptées pour dénombrer les morts. Le vieux cimetière chrétien a été détruit, les tombes profanées.
    Y aurait-il de bons et de mauvais martyres, des causes incapables d’émouvoir l’Occident si elles ne sont pas palestiniennes ou kosovardes ?

  • permalien denz :
    23 septembre 2009 @01h23   «

    La critique exprimée dans l’article est extrêmement académique, ne s’intéressant pas à la forme. Pourtant le traitement unilatéral fait toute la force et l’orginalité du film. Ne pas faire de gros plan sur aucun visage de Palestinien, laisse simplement la liberté de l’imaginer spontanément, mais ne suscite pas d’impression de déshumanisation.
    Traiter le camp adverse d’une armée comme une armée sans visage met en lumière l’état d’esprit de soldats entraînés pour le combat. L’adversaire est une cible sans nom, sans vie propre, son humanité est absente de la conscience du soldat pendant, et manifestement après le combat ... SAUF quand des cauchemars surviennent pour attester de sa propre aliénation. Du fait d’avoir mis sa conscience et son libre arbitre en veille ? La première scène du film n’est-elle pas une allégorie de la propre aliénation du soldat, qui commence lorsque celui-ci n’a plus le temps d’assumer le choix de ses actes, ce qui, l’histoire en témoigne, finit souvent par produire chez le soldat un moral de chien enragé dans une meute. Le choix du film produit une efficacité que tous les films traitant une amitié entre un Israëlien et un Palestinien envers et contre tous n’ont pas donnée.
    Il ose exprimer ainsi que les hommes d’un camp (palestinien), ne sont rien pour ceux du camp adverse (pourtant des voisins). On voit les soldats profiter naturellement de leur jeunesse dans une permission, ce qui contribue à la contruction chez eux d’un système amnésique, où l’on peur passer d’un monde de pure violence avec meurtres sur commande, à la vie avec ses libertés et choix, dans une même journée. Le personnage principal du film est le seul pour lequel sa conscience personnelle (il a une démarche visant à faire le point sur lui-même) l’amène à réaliser sa propre aliénation. Les autres apparaissent plus cyniques, ou plus égoïstes et sans utopie (tel l’ancien physicien qui a fait fortune en Russie).
    La dernière scène suit la même logique et ne montre toujours pas des Palestiniens avec une identité perceptible. Cela finit de produire l’effet : comme soldat, on n’a pas le droit de sympathiser avec l’ennemi, reste à savoir si on arrive encore à imaginer qu’il y a des êtres humains qui peuplent le camp adverse, ou alors si l’on doit par devoir rester insensible à tout ce qui se passe de l’autre coté, même lorsque les flammes dévastent tout dans un enfer dont on est complice et qu’on regarde consumer des hommes pendant que des ombres s’arrachent les cheveux, pour la joie de la victoire. On voit la schizophrénie à laquelle il est demandé de souscrire dans une guerre. On ne nous suggère pas de pardon, car il n’y a aucune figure de réelle moralité dans le film. Pas d’identification avec les soldats, leur conscience reste un mystère pour le spectateur. Il serait intéressant d’avoir des points de vue d’Israëliens, aussi sur le fait de ne voir aucun visage de Palestinien dans le film.

Ajouter un commentaire