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Bonus et primes : le (résistible) chantage des « compétents »

jeudi 26 mars 2009, par Frédéric Lordon

Si on le regarde comme un texte de blog, c’est épouvantablement long. Si on le voit comme le chapitre d’un livre à venir, rendu disponible tout de suite, et qu’on se met dans la disposition adéquate pour le lire comme tel, peut-être que ça passera un peu mieux...

De la crise que connut la Grèce antique issue de la décomposition de la royauté mycénienne en la première agora, Jean-Pierre Vernant, citant Theognis, indique très clairement le germe : « Ceux qui aujourd’hui ont le plus convoitent le double. La richesse, ta chrémata, devient chez l’homme folie, aphrosunè » [2]. Et Vernant, décrivant l’état des mœurs de cette Grèce du VIème siècle en crise d’ajouter pour sa part : « Qui possède veut plus encore. La richesse finit par n’avoir plus d’autre objet qu’elle-même (…), elle devient sa propre fin, elle se pose comme besoin universel, insatiable, illimité, que rien ne pourra jamais assouvir. A la racine de la richesse, on découvre donc une nature viciée, une volonté déviée et mauvaise, une pleonexia : désir d’avoir plus que les autres, plus que sa part, toute la part. Koros, hubris [3], pleonexia sont les formes de déraison que revêt, à l’âge de Fer, la morgue aristocratique, cet esprit d’Eris [4] qui, au lieu d’une noble émulation, ne peut plus enfanter qu’injustice, oppression, dusnomia [5] » [6].

Il n’y a sans doute pas pire erreur historiograhique que l’anachronisme c’est-à-dire, quand leur écart est trop important, la lecture d’une époque par rabattement d’une autre – or de la Grèce antique à notre société, tout ou presque diffère, et jusqu’aux catégories les plus fondamentales de l’esprit humain. Mais le droit à l’analogie reste intact, dès lors qu’il est capable de contrôle réflexif et se sait lui-même, et il faudrait être atteint d’autisme méthodologique pour n’être pas sensible à cette évocation hellénistique ni tirer quelques parallèles. Peu importe qu’Athènes ne soit pas Wall Street : ces textes nous parlent et disent une vérité qui fait terriblement sens dans les deux cas : le déchaînement sans frein de la pulsion d’accumulation ravage les sociétés. On peut d’autant moins échapper à ce rapprochement d’époques, fussent-elles par ailleurs si dissemblables, que les termes mêmes dans lesquels la société grecque se représente son propre état de crise résonnent immédiatement avec notre situation contemporaine, et que le registre d’une étiologie de la décomposition morale est bien celui qui convient dans les deux cas.

La grande résurgence des inégalités

Vernant ne donne pas de détail quant aux schèmes et aux croyances, s’il y en eut, qui purent servir, un temps, d’assise légitimatrice à l’enrichissement sans frein de quelques uns. C’est peut-être là une différence avec notre époque qui, elle, n’aura pas manqué d’être intarissable sur la question. C’est qu’il en fallait du travail de rationalisation pour rendre socialement tolérables des polarisations de revenus et de fortunes incompréhensibles, comme sorties des congélateurs de l’histoire puisque la répartition secondaire [7] dans les années 2000 a retrouvé presque à l’identique sa structure… des années 1920, sorte de « retour vers le futur » qui en dit long sur la prétention générale du capitalisme au progrès social. Il fallait donc une certaine propension au ravissement pour s’extasier, comme certains, à propos de la « stabilisation des inégalités » en France, constat parfaitement myope, et seulement explicable par la combinaison du désir de croire et de l’insuffisant pouvoir de résolution des instruments d’optique. Certes, le rapport entre le revenu moyen du décile supérieur et celui du décile inférieur ne s’est pas sensiblement dégradé [8]. Mais cet indicateur grossier loupe tout ou presque de l’évolution des inégalités et notamment des grands mouvements qui ont rebattu les cartes à l’intérieur même du décile supérieur.

Il est utile pour commencer d’indiquer qu’on entre dans ce décile le plus aisé avec un revenu annuel de 33 190 euros en 2006 [9] … donnée de nature à relativiser la notion de « richesse » que suggère spontanément l’idée des « 10 % les plus riches ». C’est bien parce que ce décile a perdu toute homogénéité, et que les moins riches des plus riches ne sont pas si riches, que le ratio décile supérieur / décile inférieur en termes de revenu moyen n’a pas explosé. Mais à l’intérieur du décile supérieur, la variance est devenue extrême. Entre ceux du bas – à 33 000 euros l’an – et ceux du haut, il n’y a plus aucune commune mesure. Il faut en fait commencer à regarder le décile supérieur du décile supérieur (soit le centile supérieur, les 1 % les plus riches) pour commencer à apercevoir quelque chose de significatif, et encore. Pourvu qu’on dispose d’une optique de précision il est préférable de scruter les 0,1 %, voire les 0,01 % les plus riches pour voir vraiment ce qui se passe et comprendre ce qu’inégalité veut dire. Pour qui douterait que des évolutions s’y produisent à grande vitesse et que l’intérieur même du décile est en train de s’étirer prodigieusement, Camille Landais rappelle que, là où le revenu fiscal déclaré de 90 % de la population française a augmenté de 4,6 % entre 1998 et 2006, celui du 1 % supérieur a augmenté de 19,4 %, celui du 0,1 % de 32%... et celui du 0,01% de 42,6 % [10] !

A part les revenus du capital en général, ce sont les revenus des hauts salariés de la finance ou « proches de la finance » – on entendra par là tous les patrons, quasi-patrons (fonction de direction générale) et autres cadres très supérieurs dont la rémunération incorpore une forte composante financière (stock-options) – qui expliquent pour l’essentiel l’explosion inégalitaire. Rien d’étonnant donc que ce soit à leur sujet que la pensée libérale ait consacré le plus clair de son attention – l’effort de fabrication légitimatrice se devait d’être à la hauteur de l’énormité de ce qui demandait à être légitimé… Comme on sait, à la fin des fins, ces flots de discours ne sont jamais que l’infinie déclinaison d’une seule « idée » : le mérite. Il fallait déjà un travail idéologique intense pour faire accepter que le rapport entre le salaire ouvrier moyen et le salaire patronal soit passé de 1 pour 30 à 1 pour 300, variation qui, dans les équations morales-libérales du mérite, ne peut avoir d’autre signification que la soudaine multiplication par dix du mérite relatif patronal. On notera au passage la nécessité d’en appeler à de subtils arguments qualitatifs, car en termes purement extensif de temps travaillé et en faisant l’hypothèse maximale que les patrons ne dorment plus du tout, ils ne pourraient jamais travailler que trois fois plus qu’un ouvrier faisant ses huit heures quotidiennes, du moins tant que la journée astronomique refuse la rupture sarkozyste et demeure stupidement bloquée à 24 heures. C’est donc que le temps patronal est devenu d’une essence supérieure, ou que leur productivité s’est accrue dans des proportions sans commune mesure avec le reste de la population active.

Pendant la débâcle, l’enrichissement continue

Les périodes fastes rendaient déjà malcommode de faire avaler ces rémunérations hors norme avec pour seul motif l’argument du « mérite », mais que dire de leur persistance quand tout n’est plus que déconfiture ? Car c’est peut-être l’une des caractéristiques sociales les plus frappantes de la crise, et en même temps les plus symptomatiques de la dusnomia [11] contemporaine, qu’elle porte d’ailleurs à une extrémité inouïe : les fortunés ne veulent plus rien céder. Père Ubu déjà : « Encore une fois, je veux m’enrichir, je ne lâcherai pas un sou » [12]. Devenus en ce sens ubuesques sans qu’on s’en aperçoive et pour cette seule raison que leur mise est moins ridicule (pas de guidouille, pas de crochet à merdre, parfois des gros ventres mais pas de serpentin dessus), les très riches du capital – industriel et surtout financier – ont eu deux décennies pour liquider les complexes de l’enrichissement hérités de la période fordienne, où des écarts maximaux de 1 à 30 faisaient normes, limitant de facto les ostentations de richesse socialement tolérables, et pour installer progressivement une nouvelle norme, on pourrait même dire une norme d’un nouveau type : la norme du maximum, c’est-à-dire de l’illimité. La nouvelle norme, c’est qu’il n’y a plus de norme, et donc plus rien qui retienne ni les mouvements de captation ni ceux de démonstration. Il ne s’agit pas ici d’entrer dans le détail des transformations de structures qui ont rendu possible pareille évolution, notamment en matière de rémunérations patronales [13], mais de refaire ce constat, maintenant de sens commun, des effets moraux de trois décennies qui ont vu d’abord les riches relever la tête, puis se déboutonner franchement, et enfin ne plus connaître aucune retenue – on ne sait plus où piocher parmi les innombrables anecdotes racontant chacune à leur manière les affranchissements de l’indécence, depuis le mariage de l’héritière Arnault jusqu’à la conversion proclamée aux valeurs de l’argent du premier personnage de l’Etat, en passant par la dérive sans fin de la goinfrerie patronale attestée par les statistiques annuelles des rémunérations du CAC 40.

La période ouverte par la crise ajoute cependant une touche inattendue – et en même temps tellement prévisible par simple extrapolation – avec le refus caparaçonné de « bon droit » de lâcher quoi que ce soit, stock-options, bonus ou parachutes dorés, au moment de la grande débâcle. L’erreur consisterait à voir une forme de défi social, ou de provocation ouverte, là où il n’y a pas autre chose que le sentiment d’un « acquis légitime », finalement pareil en son genre à celui que les engraissés reprochent aux plus modestes de défendre, eux sous le nom d’« acquis sociaux » – et l’on voit sans peine l’abîme qui sépare ces deux sortes d’acquis. Que les classes intéressées puissent nourrir un sentiment de « légitimité » à propos de la richesse et penser sa croissance « naturelle », ou au moins son irréversibilité, comme un « droit », c’est le genre d’indice qui, en raccourci, en dit plus long sur une époque que n’importe quelle analyse et livre tout d’un certain état de décomposition morale dont le lieu exclusif est en haut.

Il ne faut pas se méprendre sur le sens du mot « moral » tel qu’il est employé ici. « Moral » parle de l’état des mœurs et dit positivement [14] où en sont les plus fortunés dans leur rapport à eux-mêmes et au reste de la société. C’est pourquoi rien ne serait plus faux, dressant un tableau où l’état moral a sa part, que d’imaginer l’analyse enfermée par le fait dans le registre conséquent des solutions « par la vertu ». Indiquer l’état moral d’une société, ou plutôt d’une classe, n’implique en rien que sa réforme soit à la portée d’une reprise morale de la classe par elle-même, comme par un sursaut de vertu ou, dans les termes du sabir contemporain, un geste d’« éthique » – elle débouche même la plupart du temps sur la conclusion exactement inverse. C’est qu’il est temps de prendre acte du naufrage définitif de la régulation du capitalisme par la vertu qui, pour ramener les enrichis à la raison, n’a jamais eu d’autre ressource que leur bonne conscience et leur bon-vouloir, avec les brillants résultats que l’on sait – et que l’on pouvait imaginer dès le début [15]). Car voilà beau temps que la corporation des privilégiés – les vrais – sent monter le flot de la critique et jure qu’elle va « d’elle-même » y apporter une réponse. De la même manière que la finance a juré, crise après crise, que rien n’était pire que la réglementation, serment qui était le plus sûr passeport pour leur reconduction éternelle, comme en témoigne la crise des subprimes quelques années après les solennelles promesses du krach Internet, le patronat en matière de rémunérations exorbitantes s’engage sur tous les tons à l’auto-modération et, pareil aux hallebardiers de l’Opéra, chante « marchons ! marchons ! » en piétinant sur place – avec l’intention manifeste de ne pas faire un pas.

Totalement désinhibés

A défaut d’un tableau d’ensemble, il n’est pas inutile de donner quelques échantillons d’éthique et d’autorégulation pour l’édification tardive des amis de la vertu. Avant que ne soit formalisé en fin d’année 2008 son rachat par Bank of America, John Thain, président de Merrill Lynch a décidé que lui-même et ses troupes avaient bien mérité un dernier petit bonus pour la route – entre 4 et 5 milliards de dollars, alors même que Merrill apporte en « dot » à son mariage 15 milliards de pertes qui ont conduit le Trésor US à lui fournir 20 milliards de dollars supplémentaires d’argent public et une garantie de reprise de perte de… 118 milliards. Pendant ce temps M. Thain a jugé important de refaire la décoration de son bureau : 1,2 millions de dollars – après tout, puisque l’argent public ne manque pas… La direction de la banque Citi pour sa part n’a pas pu résister au gros caprice d’un nouveau jet à 50 millions de dollars (et aussi de quelques hélicoptères). Attention, l’engin en vaut la peine : « un confort sans concession » promet le dépliant – on veut bien le croire. Citi, qui a laissé plus de 50 milliards de dollars sur les subprimes, est l’objet de l’un des plus gros plans de sauvetage public particuliers, à 300 milliards de dollars. Les unités de Lehman Brothers reprise par Nomura Securities par exemple, pour la zone Asie, ou les traders de Bear Stearns récupérés par JP Morgan ont vu leur régime « bonus » préservé voire même étendu… Même The Economist, qui passerait difficilement pour un ennemi de la finance, en a la nausée et parle de « pillage » [16], voire de « racket » [17]) – il est vrai que même pour le défenseur acharné de la méritocratie financière, le fait que 2008 soit la sixième plus grosse année en matière de bonus – au cœur d’une crise séculaire – est un peu difficile à avaler. Et pour nous donc… Pendant ce temps le président Sarkozy se gargarise d’avoir fait renoncer trois présidents de banques françaises à leurs bonus. Et vient de se souvenir de ceux de la cohorte des traders qu’on s’était bien gardé d’évoquer jusqu’ici, et auxquels on s’apprête à réserver les terribles rigueurs d’un « code d’éthique » de plus...

Il faut au moins accorder à la finance début de siècle un estomac hors du commun, et il y a comme ça des performances dans le cynisme qui forceraient presque l’admiration. C’est qu’en effet il faut avoir atteint les derniers degrés de la désinhibition collective pour, ayant d’abord accumulé dans des proportions défiant le sens commun pendant la bulle, puis fait éclater un séisme financier dont les conséquences frappent le corps social n’ayant eu aucune part ni aux profits antérieurs ni à la responsabilité du désastre, venir sans la moindre vergogne tendre la sébile au guichet de l’Etat… et prendre l’argent public avec pour seule intention de maintenir le train de vie et de prolonger l’âge d’or. Car, ainsi que les gouvernements déconfits commencent à s’en apercevoir, les plans d’aide servent à tout sauf à relancer le crédit. Bien sûr il n’y va pas que du mauvais vouloir bancaire dans cette brutale contraction du crédit, et des problèmes de coordination macroéconomiques y ont toute leur part [18]. Mais il est permis de parler d’effondrement moral au moment où les agents les plus argentés – et il faut ici tenir ensemble aussi bien les institutions que les individus, les banques et les banquiers – invraisemblables récipiendaires de la solidarité nationale (!), et dans des proportions auxquelles aucun autre groupe social, si nombreux et si défavorisé fût-il, ne pourrait prétendre, n’ont pas même l’élémentaire réflexe de décence qui consisterait à porter moins beau et à en rabattre un peu, bref à consentir une sorte de contre-don sous la forme de quelques renoncements symboliques. Mais non ! Comme Ubu, ils ne lâcheront rien.

On n’a que l’embarras du choix pour puiser dans le stock des anecdotes significatives entre le séminaire-relaxation de luxe pour les hauts cadres d’AIG (le plus gros assureur étasunien) le jour ou presque de l’annonce de sa faillite et du plus vaste plan de sauvetage public jamais lancé aux Etats-Unis, jusqu’au banquet monégasque à 150 000 euros pour cinquante cadres de Fortis, là aussi la semaine où la banque est faillie et rattrapée par 11,2 milliards d’euros de recapitalisation aux frais du contribuable [19], en passant par les tapis à 90 000 dollars du bureau de M. Thain, président de Merrill Lynch ; et pour tous les arc-boutés qui continuent de s’efforcer de justifier l’injustifiable et renverront ce genre de faits soit à l’ordre du détail insignifiant soit au registre de la dénonciation « populiste », il faut rappeler que le pointillisme est aussi une manière de composer des tableaux, et que ces « anecdotes », qu’on pourrait multiplier sur simple demande, sont les manifestations de ce que même la presse financière qualifie de « culture », au sens d’un ensemble d’habitudes incrustées, constituées en système, et devenu une norme autorisant des comportements auxquels les intéressés ne trouvent plus rien de répréhensible. On pouvait penser le « prend l’oseille et tire-toi » réservé au registre comique de Woody Allen, ou bien à celui du grand banditisme. Il apparaît partagé par une partie moins attendue de la population, pas exactement la plus à plaindre, jusqu’ici connue pour sa dénonciation écœurée de mépris de l’impéritie de l’Etat, mais pas gênée le moins du monde d’émarger à ses guichets, et pas davantage décidée à émettre le moindre remords.

« Sans bonus, les traders s’en iront »
– et pourquoi pas ?...

Il est vrai que les « mécanismes du marché » sont mobilisables ad libitum pour fournir les « raisons » que les normes de la simple décence se refusent à donner. Aussi la défense s’organise-t-elle promptement autour des fatalités de la concurrence. Car on ne pourrait cesser d’engraisser les traders sauf « à les voir partir pour la concurrence » : « Les bonus, c’est un élément concurrentiel, explique le porte-parole d’un grand établissement interrogé par Le Monde, si on dit aux traders qu’ils n’auront plus de bonus, on n’aura plus de traders » [20]. Quoique se soustrayant d’emblée au registre moral et invoquant les pures lois de l’économie, il y a d’abord dans ce propos la manifestation en mots de l’abolition de toute régulation interne et d’une provocation de fait, sinon d’intention, lancée à la face de la société. Mais il y a surtout – sans doute à son corps défendant ! – l’ouverture d’une perspective qui ne manque pas d’intérêt : plus de bonus = plus de traders… Et après tout, pourquoi pas ?...

C’est en ce point précis que la rationalisation des bonus, croyant s’exonérer de reproches pour en appeler aux mécanismes impersonnels du « marché » – le « marché des traders » – s’enfonce en fait un peu plus dans l’ignoble et élève au carré le dégoût qu’elle croyait dissiper, en ajoutant à la persistance dans l’indéfendable une forme de chantage particulièrement caractéristique du capitalisme mondialisé, le chantage des compétents : « Retenez nous (avec beaucoup de sous), sinon nous partons ». Tous ces gens n’ont visiblement pas saisi que leurs exploits, maintenant consignés par l’histoire sous le nom générique « subprime », ne donnent pas d’autre envie que de leur désigner la porte et de les prier de ne la passer que dans un sens.

Qu’on n’aille surtout pas croire qu’il s’agirait là d’une réaction d’humeur. Tout au contraire, il s’agit d’une réponse des plus rationnelles. En premier lieu parce que le rapport de force n’est pas de leur côté : qu’ils partent c’est très bien, mais pour aller où ?... L’industrie financière licencie par charrettes entières et si quelques-uns parmi eux retrouvaient un poste ailleurs, il est très clair que le gros de la troupe resterait sur le carreau. Vous désirez partir parce qu’il n’y a plus assez d’euros ? Chiche !

En deuxième lieu parce que la fuite des « compétents » – on rit tout de même de se voir employer pareil terme à propos des producteurs d’un désastre d’échelle historique – n’aurait finalement que des avantages du point de vue de la souhaitable transformation d’ensemble des structures de la finance. Si, en effet, cette transformation doit être opérée, entre autres, dans le sens d’une réduction des nuisances de ladite « innovation financière » et d’une « désophistication » générale de produits dont la complexité a cessé depuis longtemps d’être convenablement maîtrisée par les opérateurs pour nourrir des risques hors de tout contrôle [21], alors il n’y a aucun regret à voir partir les plus « brillants » de ces supposés cerveaux vers d’autres cieux en ne gardant que les plus rustiques, à qui l’on ne confiera donc que les produits les plus simples… donc les plus maîtrisables et les moins risqués – exactement ce qu’il nous faut ! La finance, qui a eu la mauvaise idée de lier ensemble « compétence », complexité et risque de catastrophe, ne s’est donc pas aperçue qu’elle fournissait elle-même les armes pour se faire battre, et dissuader absolument les prises d’otages de ses compétents ; et l’on se demande en effet comment une crise de pareille ampleur, où les ressorts même de l’innovation financière sont directement en cause, pourrait ne pas conduire à rapprocher la célébration des « compétents » et l’énormité du désastre dont ils ont été les fauteurs, pour en tirer la conclusion qui s’impose avec la force de l’évidence : pas de bonus ou la porte !

Fuite des patrons, hémorragie de compétence ?

L’argument ne vaut pas que pour la sphère des marchés financiers, car c’est la même invocation de la compétence qui prétend ordinairement justifier les extravagantes rémunérations patronales. Pour reprendre une objection formellement semblable à celle qui a déjà été avancée précédemment, il faudrait l’hypothèse d’une brutale et miraculeuse élévation de la compétence patronale en une décennie pour justifier dans les mêmes proportions le bond de leurs émoluments. Ainsi il faudrait tout donner aux patrons, sorte d’équivalents des « Trésors nationaux vivants » japonais (quoique ceux-ci ne réclament pas d’argent), et souscrire à toutes leurs demandes – auxquelles, dans ces conditions, on ne voit pas ce qui viendrait mettre une borne – sauf à encourir la pire des déconvenues : les voir partir. Et l’argument fait tache d’huile, s’étendant non plus seulement aux compétents mais aussi aux fortunés, que nous ne saurons jamais assez remercier d’investir ici leur précieux capital, sans lequel etc.

On n’a que l’embarras du choix pour ramasser des échantillons de cette increvable rhétorique de la compétence, ultime redoute de la défense-et-illustration des gros salaires en temps de crise, à ceci près que la déroute des compétents a atteint un degré si manifeste qu’elle en ferait presque fourcher les langues les plus boisées. A la suite de la décision du président Obama de limiter réglementairement la rémunération des présidents d’entreprises récipiendaires d’aides d’Etat, La Tribune interroge Laurence Parisot, présidente du Medef [22].

La Tribune — « Barack Obama a décidé de fixer à 500 000 dollars la rémunération annuelle maximale des dirigeants bénéficiant d’aides publiques. Est-ce une bonne chose ? »

Laurence Parisot — « C’est un grand risque. C’est le risque que partent des hommes ou des femmes qui sont peut-être pour partie responsables du drame économique actuel. Mais qui sont aussi les plus compétents pour mettre en place des solutions. »

Laurence Parisot est sans doute connue de longue date pour son agilité intellectuelle, mais il faut bien reconnaître qu’en cette occasion elle se surpasse absolument. Tant de choses en si peu de mots… – l’esprit patronal a un pouvoir de concentration dont les limites n’ont toujours pas été entrevues. Qui sont les dirigeants des entreprises naufragées ? « Des hommes et des femmes » dans leur pure, simple et commune humanité – qu’on méconnaît trop souvent : ils, elles sont comme vous et moi. Certes, ils, elles sont « peut-être responsables » du désastre, mais peut-être seulement – car on en parle, on en parle, or on n’est sûr de rien. A supposer qu’une enquête approfondie conclue à la possibilité de leur imputer quoi que ce soit, on gardera en tête que cette responsabilité ne saurait être que partielle – « pour partie ». Très logiquement cependant, l’ampleur de la catastrophe – « le drame économique actuel » tout de même… – ne peut en aucun cas conduire à mettre en doute la compétence des intéressés, sans doute pour la bonne raison que leur responsabilité n’est que partielle et éventuelle, mais aussi, on le sent bien, pour une raison plus profonde et plus générique, quoique son caractère de parfaite évidence rende en même temps difficile de le définir plus précisément. Il s’en suit en tout cas avec la force d’un syllogisme aristotélicien que ces gens-là sont les plus qualifiés pour réparer ce qu’ils ont magistralement détruit. Si cette conséquence ne peut être repoussée par aucun esprit correctement constitué, il s’en déduit l’ultime conclusion que leur rémunération ne peut souffrir d’être limitée – on sent même que Laurence Parisot, dans un climat adverse d’hostilité populacière, reste, par sagesse, un peu « en dedans » et qu’elle est empêchée d’aller jusqu’où elle voudrait puisque que sa pensée pleinement dépliée plaiderait sans doute pour quelques légitimes augmentations, considérant, par un argument d’asymétrie, que reconstruire est souvent beaucoup plus difficile – et partant méritoire – que détruire.

En tout cas nous voilà – une fois de plus – avertis : ce serait « un grand risque ». Le risque de « les voir partir ». Tout autre que Laurence Parisot conclurait que ce serait plutôt un risque de les voir rester, et qu’en ce sens, à défaut d’un congédiement immédiat – la seule solution véritablement raisonnable – une incitation en forme de réduction monétaire carabinée s’impose. Aussi, révélant par incidence les derniers degrés de l’enfermement idéologique où la patronne du Medef s’enfonce, à moins que ce ne soit l’insulte joyeuse et délibérée à l’élémentaire intelligence de ceux à qui elle s’adresse, la crise fait-elle voler en éclat les impostures de la compétence, mais pour simplement leur donner le relief hors du commun que n’a pas la chronique à bas bruit des ratages patronaux en temps ordinaires.

Compétents et incompétents, maîtres et élèves

Mais, dans cette interview donnée par Laurence Parisot, et sans doute appelée à entrer dans les archives de la crise, il n’y a pas la moindre trace de malignité, sauf à supposer une vocation profondément dada qui se manifesterait ici pour la première fois. Car, en effet, c’est une sorte d’exploit de porter la logomachie de la compétence à ses dernières extrémités, et sans la moindre vacillation de ridicule, en n’hésitant pas à déclarer : « J’ai été frappée de voir que même les grands habitués de Davos, ceux qui connaissent toutes les clés de l’économie et de la finance, ont du mal à y voir clair et à penser l’après » [23]. Même les organisateurs du « sommet » de Davos y voient moins trouble… En octobre 2008, par un accès de lucidité tardive, Kevin Steinberg, directeur opérationnel du WEF (World Economic Forum) fait un mea culpa étonnamment rapporté par Bloomberg, agence d’information financière jusqu’ici peu portée à la critique des financiers : « Les énormes sommes d’argent déversées en notes somptuaires à Davos par les célébrités de Wall Street ont contribué à la complaisance des organisateurs du forum et les a conduits à flatter publiquement leurs points de vue, leurs desiderata et leur statut d’invités superstars [24]. » Klaus Schwab, le président du WEF y ajoute une touche d’hypocrisie rétrospective en déplorant que la finance n’ait rien voulu entendre – on n’a pas non plus souvenir d’avoir beaucoup entendu ses propres avertissements… – : « Ils savaient qu’un regard tant soit peu sérieux aux fondamentaux économiques montrait que la situation était instable. C’était du déni, un déni psychologique total  [25] » ; et à propos de l’ambiance davossienne tournée progressivement à la party de luxe [26], Schwab promet solennellement : « Ceci n’arrivera plus… » – un invité de longue date de la party corrige plus lucidement : « Un exercice de modération est quelque chose que le secteur privé ne fait pas très bien… [27] ».

Il n’y a que dans les yeux d’enfant de Mme Parisot que toutes les lumières de Davos scintillent encore. Que les grands concierges de la mondialisation – ceux « qui ont toutes les clés » – n’y voient goutte, c’est pour elle à la fois un mystère incompréhensible et néanmoins un motif d’admiration continuée, en tout cas certainement pas une raison de remettre en cause la « grandeur » des luminaires davossiens, même s’ils éclairent à peine une bordure de trottoir. Dans une logique si particulière, mais si cohérente dans le délire, on ne s’étonnera pas qu’elle en conclue a contrario en l’inquiétant creusement du fossé entre les « compétents » et les « incompétents » : « On peut comprendre qu’a fortiori un salarié qui n’est pas censé lire des cours d’économie tous les matins soit vraiment stupéfait et par conséquent très angoissé par la situation [28]  ». Mme Parisot aurait sans doute du mal à comprendre que c’est de l’entendre tenir ce genre de propos qui laisse « vraiment stupéfait », mais cependant moins « angoissé » qu’encouragé à s’opposer à elle par des moyens qui, à ce stade de désorganisation intellectuelle, ne pourront plus être purement discursifs.

A sa décharge, accordons-lui de ne faire que persister dans un partage de la compétence que toutes les élites libérales avant elle ont travaillé à établir et en lequel on pourrait voir l’une des composantes de l’exercice de la domination à l’époque individualiste, formes douces du pouvoir d’imposer qui s’habillent sans cesse de psychologie et de pédagogie, et ont conduit, en économie, à l’éclosion d’une série d’organismes spécialement dédiés à « l’explication » de l’économie à ceux qui ne la « comprennent pas » – il faudrait plutôt dire : qui ne la comprennent pas comme il faut – comme l’Institut pour l’Education Financière du Public, ou le Codice, Conseil pour la Diffusion de la Culture Economique, qu’on rebaptiserait avantageusement en Coboce, comme Comité pour le Bourrage de Crâne Economique. Il est donc évident pour Mme Parisot que l’énormité de la faillite financière – dont le corrélat nécessaire, quoique encore invisible à ses yeux, est une faillite intellectuelle de même proportion – ne saurait pour autant remettre en cause le partage des dirigeants et des dirigés, c’est-à-dire des enseignants et des enseignés, et que la compétence dûment rémunérée demeure le propre des mêmes sans rien avoir perdu de sa légitimité.

Ils sont plus dispensables qu’ils ne croient

Il est à craindre que, jusque dans « le camp » de Mme Parisot, le mélange de franche bêtise et de cynisme en roue libre requis pour tenir de pareils propos se fasse de plus en plus rare, même si dans un premier de temps, la solidarité de classe suggère à tous les faillis de faire bloc et de ne pas concéder à haute voix ce que l’évidence impose pourtant. Car c’est une forme de vie qu’il s’agit de défendre, la vie à millions – de celles qu’on n’abandonne pas facilement. C’est pourquoi seule une force extérieure leur fera lâcher ce qu’ils ne lâcheront jamais d’eux-mêmes. L’interdiction des bonus pour les traders, la limitation drastique des écarts de salaire dans l’entreprise, par exemple à un rapport qui reviendrait à 1 pour 30 ou 1 pour 20, l’intégration des revenus financiers dans la fiscalité ordinaire, le relèvement des taux marginaux d’imposition à des niveaux qui conviennent aux revenus produits par les fortunes constituées pendant les deux décennies passées – Paul Krugman rappelle opportunément que l’administration Roosevelt n’hésita pas à relever ses taux jusqu’à 80 % puis 90 % [29], et nous découvrons tout d’un coup les marges inutilisées d’une politique de justice sociale – : toutes ces choses peuvent être envisagées sans qu’à aucun moment ne se produisent les catastrophes dont les « compétents » agitent sans cesse la menace, puisque d’une part, les compétents, assez souvent, ne le sont pas et que, d’autre part, si certains d’entre eux l’étaient vraiment et venaient à partir, d’autres attendent derrière eux avec une grande envie de prendre leur place !

C’est ici qu’apparaît ce coup de force idéologique magnifiquement réussi consistant à avoir imposé la tautologie selon laquelle ceux qui sont au pouvoir sont nécessairement compétents puisqu’ils sont au pouvoir. L’« évidence de la compétence » y est ainsi constituée par un renversement dans lequel la détention de la compétence est moins la cause réelle de l’arrivée au pouvoir que la détention du pouvoir n’est la preuve supposée de la possession de compétence. Cette inversion a bien sûr pour effet de rejeter dans le groupe des non-compétents ceux qui ne sont pas au pouvoir… et de faire oublier que, parmi ceux qui ne l’ont pas, il s’en trouve probablement qui l’exerceraient bien mieux. On pourrait d’ailleurs opposer aux patrons l’argument évoqués à propos des traders : qu’ils partent, mais pour aller où ? Se croient-ils attendus aux Etats-Unis ou ailleurs ? Le « marché des dirigeants » y est déjà formé sans eux, il est suffisamment concurrentiel et encombré, et nul ne les attend. Qu’on laisse donc partir sans crainte ceux qui se croient irremplaçables : d’abord ils pourraient bien revenir plus vite qu’ils ne l’imaginent, ensuite il s’en trouve pléthore derrière pour prendre leur place, enfin les attraits de la détention du pouvoir seront toujours suffisamment puissants pour en convaincre d’y céder même à rémunération « réduite ».

Bonus et primes, ou la captation individuelle
des efforts collectifs
– déconstruction du « mérite »

Mais dire cela c’est rester prisonnier du schème de la compétence des individus, c’est-à-dire en définitive de l’homme providentiel – à qui par conséquent la société devra tout et donnera tout – et, partant, laisser de côté l’idée, au moins aussi pertinente, de la compétence collective. Quoique le libéralisme fasse sur elle une impasse quasi-systématique, aussi bien dans les formes de reconnaissance que dans l’encouragement à se développer, son existence est attestée dans les multiples expériences de sociétés coopératives, qui ne sont pas identifiées comme des « succès » pour cette simple raison qu’elles ne reconnaissent pas les critères habituels du « succès », ceux de l’expansion forcenée et de l’acharnement dans le profit. Ainsi la dépendance stratégique assumée du mouvement coopératif à la compétence collective a-t-elle la propriété de faire apparaître en creux l’énormité du contresens pourtant le plus central à la pensée libérale : le contresens « méritologique ». Si loin que le Medef se déclare prêt à aller dans la voie de la retenue (pas loin et de mauvais gré), il restera accroché à son idée du mérite qui, devenue indéfendable en temps de crise, justifie toujours à ses yeux qu’aux beaux jours toute la fortune de l’entreprise soit entièrement redevable à son chef. On peine rétrospectivement à croire qu’il ait fallu tant d’années pour en finir avec les parachutes dorés, « sanction » d’échecs tout aussi retentissants, en contravention manifeste avec la doctrine alléguée, et c’est probablement la raison pour laquelle, dans un premier temps au moins, l’opinion estime avoir obtenu gain de cause à l’annonce de l’abandon de ces pratiques [30]. Mais, pourvu d’ailleurs qu’on fasse abstraction des contraintes extraordinairement légères, en fait même complètement nulles, que le rapport du Medef envisage pour instituer cette « discipline », la question des énormes rémunérations en cas de « réussite » demeure de l’ordre des évidences si évidentes que c’est l’idée même d’en discuter qui semble baroque.

Il y a pourtant plus d’une raison d’en parler. A commencer par celle de « l’imputation du succès », il faudrait plutôt dire de « l’imputabilité » du succès, à savoir : de qui ce succès (de l’entreprise) est-il le fait, à qui revient-il de l’attribuer ? Dans la pensée libérale, l’imputabilité des effets ne fait pas l’ombre d’un doute : les individus sont libres, souverains et responsables. On sait ce que chacun a fait, on sait ce qui s’en est suivi, ce qui s’en est suivi est l’effet de ce que chacun a fait, l’intéressé en portera donc la responsabilité et en recueillera les fruits – ou les sanctions –, lui et lui seul. Il faudrait entrer dans une discussion proprement philosophique pour défaire cette fausse évidence de la responsabilité dont personne, ou presque, spontanément ne doute pourtant un instant. Mais c’est un terrain où le combat est perdu d’avance tant le schème individualiste-libéral est profondément ancré dans les têtes, et ce n’est pas avec des arguments philosophiques qu’on défait un certain sentiment de soi, un certain rapport de soi à soi hérité d’une généalogie séculaire.

Une objection moins profonde, mais de plus fort pouvoir de conviction, reste cependant possible qui, maintenant le schème de la responsabilité, ou de l’imputabilité, en modifie le point d’application : non pas des individus isolés et séparables, mais toujours des collectifs. Pour le coup voilà bien une idée qui a tout pour s’imposer avec la force de l’évidence, et d’une évidence bien fondée cette fois : par quelle aberration intellectuelle peut-on en effet envisager de n’imputer la réussite d’une entité éminemment collective, comme une entreprise, qu’à un seul individu, fût-il son « chef » ? Comme si le chef faisait tout tout seul ! Et même : comme si, sans le chef rien ne se faisait ! Les importants qui savent toujours aménager la doctrine au mieux de leurs intérêts ont une conscience discrète de ce vice de raisonnement, qu’ils savent parfaitement utiliser quand les choses tournent mal. Car on aura noté qu’en cas de déconfiture, tout soudain il n’y a plus que de la responsabilité collective. Total brise un de ses tankers mais la pollution ne saurait être imputée à son président : il y a l’armateur, le concepteur du navire, le certificateur qui lui a permis de prendre la mer, peut-être les météorologues qui n’ont pas suffisamment averti de la tempête, sans doute l’Etat, en fait toujours l’Etat, on ne sait pas pourquoi mais on trouvera – Matthieu Pigasse vice-président de Lazard Frères n’explique-t-il pas doctement que la crise financière a aussi pour responsable l’Etat ? [31] Cette fois il n’y a plus qu’une « chaîne de responsabilités », si longue, si étirée, que le président Total y a presque entièrement disparu. Pour les patrons il y a donc des chaînes qui libèrent… On les sort chaque fois que nécessaire et pour transfigurer le démérite individuel patronal en carence collective aussi étendue que possible. Cependant lorsqu’il s’agit d’annoncer les 12 milliards d’euros de profit de Total c’est son président et lui seul qui est au pupitre, et nul ne doit en douter : ce profit est bien son œuvre.

« Eat what you kill ! »

La finance pousse le raisonnement à ses dernières extrémités. Elle formule elle-même ses maximes avec le zeste de cynisme qui fait sa marque de fabrique, et parle à propos du principe des bonus de la « eat-what-you-kill culture ». De même que la proie que vous avez capturée vous appartient en totalité, de même la plus-value que vous avez ramenée est votre profit. Portant la logique jusqu’à son terme, on se demande presque comment la banque ose en accaparer une part. Formidable paradoxe de la finance, marxiste qui s’ignore – mais d’un marxisme très particulier bien sûr. Car pour l’être vraiment, il faudrait dire que l’entreprise entière a été nécessaire pour produire la plus-value du trader, et ajouter que l’entreprise entière n’est pas une entité abstraite supérieure à ses salariés, mais la collectivité de ceux-ci et pas autre chose. Pour passer un ordre en salle de marché, il faut un back office en état de marche, des stratégistes qui ont produit des schémas d’anticipation, des analystes qui ont formulé des avis, et aussi un service qui règle comme il faut les factures d’électricité pour que les écrans ne passent pas au noir, des personnes qui font le ménage pour que la salle ne tourne pas à la porcherie – physiquement du moins. Le trader qui s’imagine souverain n’est donc rien sans tous ces collaborateurs de coulisse, et il pourrait prendre les paris les plus audacieux et les plus rémunérateurs, cliquer autant qu’il le veut ou aboyer dans un téléphone à s’en briser les cordes vocales, son agitation, sans ceux-ci, ne rapporterait pas un euro. A l’exact opposé des dilutions opérées en cas de crise, c’est donc ici l’extrémité de la chaîne qui revendique le produit de l’effort de toute la chaîne, et – le plus ahurissant – l’obtient !

C’est bien pourquoi la rémunération des traders est par excellence le front symbolique de la bataille : parce qu’il donne à voir sous sa forme la plus pure la logique à l’œuvre partout ailleurs dans la grande entreprise néo-libérale, où les dirigeants, progressivement gagnés par la « eat-what-you-kill culture » s’entretiennent mutuellement dans le délire méritologique leur attribuant, parce qu’ils sont en haut de la structure, le bénéfice moral, puis pécuniaire, des réussites de la structure. On reste plus perplexe encore de voir combien le discours patronal de « la rémunération bien méritée » aura réussi à se maintenir en dépit des maniements évidemment asymétriques de l’argument méritologique : les profits sont attribuables à ma responsabilité individuelle et les pertes à la responsabilité collective. Or, de ces deux imputations, il faut choisir ! On a compris de quelle côté penchait la présente analyse : dans des économies où la division du travail a atteint la profondeur que nous connaissons, le moindre acte productif est la somme d’une multiplicité de contributions qui rendent l’idée d’en attribuer le fait à une seule d’entre elles proprement absurde.

A supposer qu’on veuille bien lui accorder d’être davantage qu’une simple rationalisation des intérêts des dominants, la pensée libérale, qui ne veut connaître que des individus séparés, manque tout de la vie sociale dont elle prétend parler, et notamment qu’elle est… sociale ! Aussi la préservation du schème méritologique exige-t-elle de faire oublier en permanence le caractère intrinsèquement combiné des actes productifs et la fréquente impossibilité de les décomposer pour mesurer exactement les contributions individuelles. Dissimulée derrière la fiction de la « séparabilité » et de la « mesurabilité » – fiction à laquelle la théorie économique néoclassique a apporté son constant renfort sous l’énoncé de « la rémunération des facteurs à leur productivité marginale » – la vérité à refouler impérativement, c’est que la fixation des salaires est un processus politique. Nulle part il n’y a de maître-étalon objectif du mérite, qu’il soit moral ou « contributiviste », mais seulement des processus de pouvoir qui règlent des partages inégaux. Par un paradoxe que l’histoire de la pensée réserve parfois, la théorie économique qui, se réclamant d’Adam Smith, aurait dû poser le fait premier de la division du travail, donc de l’inextricable combinaison des travaux, aura été la moins capable d’en tirer les véritables conséquences.

Et si vraiment on voulait garder les bonus…

La discussion ne s’arrête pas là. Car rien n’a été dit encore à propos des termes de « succès » ou de « réussite », jusqu’ici volontairement laissés dans le vague de guillemets opportuns. Or c’est peu dire que ces termes admettent de multiples définitions, et qu’en retenir une plutôt qu’une autre fait de belles différences. Là aussi, c’est un problème qu’il était préférable de ne pas soulever, car la préférence de certains pour une définition particulière demandait à ce que fût effacée la possibilité même de définitions latérales. Rien n’est moins neutre que l’idée du « succès », sauf à ce qu’elle ait préalablement reçu une définition très précise. Mais qui peut le dire en économie ? Les actionnaires ont dit leur mot en cette matière et ils ont tout fait pour qu’il soit définitif : le « succès » sera mesuré par le cours de Bourse, alias « la création de valeur » [32].

L’enrichissement du capital-actions est devenu l’étalon. Elle admet des variantes et des définitions intermédiaires, mais toutes ne font que décliner l’exclusif point de vue des actionnaires sur l’entreprise, et les formes restreintes dans lesquelles doit entrer sa « réussite ». Voilà défini le mérite patronal – et les façons de le « récompenser » qui s’ensuivent logiquement : indexation des bonus sur les profits et stock-options. Plus d’une décennie de ce régime a maintenant amplement montré ce qui résultait pour les salariés de cette définition-là du « mérite », et du parfait alignement subséquent des intérêts patronaux sur ceux des actionnaires, c’est-à-dire du non moins parfait déclassement de ceux des salariés. Aussi est-il difficile de résister à l’expérience de pensée qui consisterait à imaginer ce que deviendrait la gestion des entreprises, et la vie des salariés, si la « réussite », et à sa suite le mérite patronal, se trouvaient redéfinis, par exemple, d’après le nombre d’emplois créés, le taux de progression des salaires, ou un indicateur quelconque de satisfaction des employés quant à leur vie professionnelle. Si vraiment c’était trop demander que de renoncer, intellectuellement et pratiquement, au schème méritologique, alors que ce soit sous ces formes-là du « mérite », et non pas sous celles qui ont pour effet de systématiquement engendrer de la souffrance pour les écartés des bonus.

Notes

[1] Jean-Pierre Vernant, Les origines de la pensée grecque, PUF, 1962, p. 81 (rééd. 2004).

[2] Jean-Pierre Vernant, Les origines de la pensée grecque, PUF, 1962, p. 81 (rééd. 2004).

[3] Koros, le dédain orgueilleux ; hubris, le délire des grandeurs et l’ambition illimitée.

[4] Eris : dans sa version positive l’émulation, dans sa version négative la discorde.

[5] Dusnomia, la perturbation de l’ordre social.

[6] Jean-Pierre Vernant, op. cit., p. 81.

[7] Par opposition à la « répartition primaire » qui indique les parts respectives des salaires et des profits dans la valeur ajoutée, la « répartition secondaire » indique la façon dont le revenu global des ménages est distribué entre les différents groupes sociaux.

[8] Le rapport du revenu moyen du décile supérieur et du revenu moyen du décile inférieur est respectivement de 5,62 %, 5,63 %, 5,69 % pour les années 2003, 2004, 2005, mais passe tout de même de 6,62 % à 6,75 % de 2005 à 2006 (la discontinuité de 2005 s’explique par une nouvelle construction de l’indicateur statistique). Voir France, portrait social, édition 2008, éditions de l’INSEE, p. 119.

[9] Insee Première, n° 1203, juillet 2008.

[10] Camille Landais, « Les hauts revenus en France (1998-2006) : une explosion des inégalités ? », document de l’Ecole d’Economie de Paris, juin 2007.

[11] Voir note 4 supra.

[12] Ubu Roi, acte II, scène 7.

[13] Voir Robert Boyer, « How to control and reward managers ? The paradox of the 90s. From optimal contract theory to a political economy approach”, document de travail de la Régulation, n° 2005-1.

[14] Pour le public qui n’est pas familier des concepts de la science sociale, il faut rappeler que « positif » ne signifie pas, comme dans le langage courant, « approuvé » ou « valorisé positivement » et, en ce sens, ne s’oppose pas à « négatif », mais à « normatif » : « positif » qualifie ce qui est tel que c’est, par opposition à « normatif » qui parle de « ce qui devrait être ».

[15] A ce sujet, Frédéric Lordon, Et la vertu sauvera le monde… Après la crise financière, le salut par l’« éthique » ?, Raisons d’agir, Paris, 2003.

[16] « Looting stars », The Economist, 31 janvier 2009.

[17] « The bonus racket » , The Economist, 31 janvier 2009.

[18] Voir sur ce blog : « Pour un système socialisé du crédit ».

[19] En fait des contribuables ; belges, luxembourgeois et néerlandais.

[20] « Les banques préservent les bonus de leurs traders », Le Monde, 30 janvier 2009.

[21] Pour un argument plus substantiel sur ce point, voir Frédéric Lordon, « Réguler ou refondre ? Les insuffisances des stratégies prudentielles », texte non publié en cours de soumission à une revue académique, disponible auprès de l’auteur.

[22] La Tribune, 5 février 2009.

[23] Id.

[24] Craig Copetas, « “Out of control” Wall Street Chiefs Spurned Warnings at Davos », Bloomberg, 24 octobre 2008.

[25] Cité par Craig Copetas, art. cit.

[26] « The partying crept in… »

[27] William Browder, fondateur de Hermitage Capital Management Ltd, cité par Craig Copertas, art. cit.

[28] La Tribune, art. cit.

[29] Paul Krugman, L’Amérique que nous voulons, Flammarion, 2008.

[30] L’idée d’abandon demanderait à être en fait sérieusement édulcorée, comme l’atteste la lecture du rapport du Medef-AFEP sur la question, qui ne formule que des souhaits et laisse entièrement aux conseils d’administration, dont la souveraineté est rappelée plus d’une fois, le soin de leur donner la traduction qui leur sied. « Recommandations sur la rémunération des dirigeants mandataires sociaux de sociétés dont les titres sont admis aux négociations sur un marché réglementé », octobre 2008.

[31] Emission Revu et corrigé, France 5, 8 février 2009.

[32] Dans sa définition la plus rudimentaire. Car pour affirmer un point de vue précis, celui des actionnaires, l’idée de « création de valeur » est tout sauf précise : on peut en recenser jusqu’à quatorze définitions, toutes plus variées les unes que les autres, parfois même contradictoires ! Voir à ce propos Frédéric Lordon, « La “création de valeur” comme rhétorique et comme pratique. Généalogie de la valeur actionnariale », L’Année de la Régulation, n° 4, La Découverte, 2000.

151 commentaires sur « Bonus et primes : le (résistible) chantage des “compétents” »

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  • permalien JC :
    26 mars 2009 @13h43   »
    De la philo.. pourquoi pas ?

    Tout d’abord merci : je ne me lasse pas, pendu aux pies de votre connaissance, de me nourrir de votre savoir.

    Cependant, à la relecture chronologique de votre blog, je ne peux m’empêcher de constater que, de la dénonciation factuelle de la finance, vous glissiez vers un discours sociologique et maintenant philosophique.
    Vous vous en défendez cependant en prétendant que "ce n’est pas avec des arguments philosophiques qu’on défait un certain sentiment de soi, " mais si ! avec quoi sinon ?
    A mon sens, c’est dans la philosophie (littéralement "amour de la sagesse") que se trouve la clé et vous en usez, bien qu’a votre corps défendant. Et je ne conçois pas qu’il en sera autrement dans vos futurs papiers car c’est bien "la vertu qui sauvera le monde" - pour vous paraphraser - (bien que n’ayant pas lu ce livre et suspectant votre goût pour l’humour ce puisse être une raillerie envers la finance).

    Mon message est le suivant : ne pas se garder de la philosophie en croyant qu’elle n’est qu’abstraction et vide d’action. Elle est la base de toutes sciences, donc toutes y reviennent quand vient l’heure des crises. C’est à mon sens ce que vous faite - et que j’apprécie - et votre entame, citant les grecs, formidables contributeurs de la philosophie, me conforte dans cet opinion.

    Au plaisir de vous lire.

  • permalien Herrera :
    26 mars 2009 @13h46   « »

    Vous parlez dans cet article, de manière marginale, de la généologie anthopologique de la pensée néolibérale : je me contente de citer, sans préjudice d’une source plus affinée que je méconnaitrais, le livre de Généreux, La Dissociété, qui m’avait paru lors de sa lecture tout à fait pertinent, notamment pour les quelques fondements et les contradictions philosophiques du libéralisme.

    C’est un sujet passionant que ces rapports des schèmes intellectuels ou mythiques avec l’économie. Chacun aura remarqué, bien entendu, que la dette publique est devenue un objet quasiment mythique dans la pensée caverneuse des éditorialistes de tout poil. Cette dette, qui, sous peine de gréver l’existence future des générations qui suivront ("vos crimes retomberont sur la tête de vos fils"), doit être réduite en coupant implacablement sur les dépenses sociales de l’Etat, bien faites pour contenter un peuple avide de jouissance. Cette dette n’est rien d’autre qu’une sécularisation banale du mythe du péché originel, et notre monde a glissé, insensiblement, dans une glorification de la jouissance immédiate pour les sphères dominantes, et dans l’apologie de la mortification pour les basses classes.

    Merci pour cet article, comme toujours formidablement vivifiant.

  • permalien Ph. Arnaud :
    26 mars 2009 @14h34   « »

    Remarques

    1. Il me semble avoir lu que 98 % de la population française ne gagnait pas plus que 5 fois le SMIG brut (je n’en perçois « que » 1,8 fois et estime vivre confortablement). Admettons que les deux époux travaillent et qu’ils perçoivent chacun ce maximum. Cela fait plus de 13 000 euros pour le foyer. Comment peut-on justifier de gagner plus ?

    2. En dessous, donc, de cette somme, la majorité de la population française travaille, souvent sans mégoter ses heures ni ses efforts et fait tourner le pays. Les prix Nobel, les médail-les Fields sont des salariés d’instituts de recherche, dont les rémunérations ne volent pas dans les hauteurs de celles de MM. Dassault ou Arnault. Pourtant, qui est le plus utile à l’humanité ? Et sans aller si loin, comment peut-on récompenser un(e) orthophoniste ou un(e) ergothérapeute qui réapprend à parler ou à marcher à un accidenté et qui, en quelque sorte, le fait naître une seconde fois, et tout ça pour une paye de moins de 2000 euros ?

    3. La droite, le Medef et le gouvernement essayent de dresser des pare-feux en déclarant « inacceptables » des primes ou des « parachutes dorés » lorsque l’entreprise va mal. Mais ce n’est pas seulement quand ça va mal que ces primes sont inadmissibles, c’est tout le temps ! Et ce ne sont même pas les primes, mais carrément le salaire lui-même. La prime de 3,2 millions d’euros du patron de Valeo qui a fait scandale correspond à deux années de son salaire, soit plus de 130 000 euros par mois. Ce qui est scandaleux, c’est que ce salaire représente, déjà, à lui seul, près de 100 fois le SMIC brut…

    Depuis la fin des régimes « communistes », la « gauche » est terrifiée, tétanisée à l’idée de demander ce qui est pourtant au cœur de sa raison d’être : le partage des revenus. Comme un polytraumatisé qui réapprend à parler et à marcher, elle doit réapprendre à qualifier les actuels écarts de revenus pour ce qu’ils sont : une monstruosité…

  • permalien Donald Duck :
    26 mars 2009 @14h40   « »
    Ah ça ira !... ça ira !

    Dénoncer les fusibles pour sauver le système...

    ... c’est bien d’avoir essayé, mais la méthode a foiré aux USA et Obama se voit déjà contraint de faire sauter la boite à fusibles...

    Les "petits malins" ont quitté le navire depuis belle lurette et sont déjà sur d’autres "gisements".

    Il faut plus d’une génération pour oublier le chiffon des 200 familles, ou les “multinationales” de Mitterrand !

    et vous savez quoi ? Delors est en promo ! si !

  • permalien Golden_el_ozo :
    26 mars 2009 @14h55   « »

    Edifiant ce texte...
    Et comme personne ne prendra évidemment pas les mesures préconisées dans ce "début de livre", il ne faut pas en douter les compétents garderont le haut du pavé et on recommencera à plus ou moins brève échéance : c’est d’ailleurs à cela que tout l’establishment fait allusion en nous parlant de la reprise ("ou comment refaire plus gros plus vite").
    L’"hisoire" se répète pour ceux qui ne la comprenne pas.

  • permalien AIO :
    26 mars 2009 @15h02   « »

    Citation exacte :
    "Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce. Caussidière pour Danton, Louis Blanc pour Robespierre, la Montagne de 1848 à 1851 pour la Montagne de 1793 à 1795, le neveu pour l’oncle."

    K. Marx, le 18 brumaire.

  • permalien Martin P. :
    26 mars 2009 @15h25   « »
    elle affirme le caractère fécond de l’inégalité

    l’analyse de la posture psychologique de ces gens a été assez bien faite par Jospin il y a qque temps :
    _ elle affirme le caractère fécond de l’inégalité

  • permalien Ting :
    26 mars 2009 @15h31   « »

    "Heureux, disait Mentor, le peuple qui est conduit par un sage roi ! Il est dans l’abondance ; il vit heureux, et aime celui à qui il doit tout son bonheur."

  • permalien J. GRAU :
    26 mars 2009 @16h46   « »

    Merci pour cet article fort clair et tonique.

    Il me semble que votre pensée, menée au bout de sa logique, débouche sur la conclusion suivante : puisque les ultra-riches ne peuvent spontanément se modérer, seul un mouvement populaire, au sein du monde du travail, peut produire une nouvelle répartition des richesses.

    Comme vous le dites vous-même, nulle nécessité économique ne détermine a priori le partage de la valeur ajoutée entre salariés, managers et actionnaires. Tout cela est une question politique, pour reprendre votre mot. Mais de quelle politique s’agit-il ? De celle qui est décidée au gouvernement, au parlement ou à Bruxelles ? L’expérience montre qu’il vaut mieux ne pas accorder trop de confiance aux politiciens, fussent-ils "de gauche". Il me semble que le changement politique doit apparaître déjà au niveau de l’entreprise, que les salariés doivent se réapproprier. Comme vous le disiez, le "mérite" et la "réussite", dans une entreprise, ne peuvent jamais être attribués à un seul homme. Si les salariés ne parviennent pas à crier haut et fort cette vérité et à agir en conséquence, il est douteux que les choses changent significativement au niveau national ou européen. Bien entendu, l’action sociale n’exclut nullement l’action politique (au sens étroit du terme), mais elle la conditionne. Qu’en pensez-vous ?

  • permalien settembrini :
    26 mars 2009 @18h11   « »

    MERCI !!!

    Même comme « texte de blog », ça passe très bien, et même on ne peut mieux !

    La seule chose que je reprocherais aux textes de F. Lordon, c’est leur (relative) rareté. À part ça, tout y est : clarté de l’analyse, solidité de la pensée, vision synthétique des problèmes, talent pédagogique, sans oublier un humour décapant.

    De quoi rendre (presque) intelligents les gens qui, comme moi, ne comprenaient pas grand-chose à l’économie — et strictement rien au discours des « évangélistes du marché ».

    Merci encore. On en redemande !

  • permalien
    26 mars 2009 @18h59   « »

    J’invite celles et ceux qui aiment Frédéric Lordon et ses lumières à lire "la guerre du faux" d’Umberto Eco. C’est un excellent point de vue.
    Une issue philosophique aux problèmes actuels est toujours envisageable. La philosophie, c’est vraiment tout sauf abstrait !

    La finance est un cancer pour notre fourmilière, et je suis d’accord avec toi, Lordon, quant au diagnostic d’ablation.
    Mais bordel, où j’ai rangé mon scalpel ?

  • permalien Monsieur HR :
    26 mars 2009 @20h06   « »

    Je me souviens d’un ancien premier ministre socialiste qui il y a peu nous appelait à se ranger "tous derrière madame Parisot". Solidarité des "compétents" ?
    Las, le malheureux, probablement travaillé par l’angoisse de la fin de sa vie prochaine, s’est converti, avec l’appui de notre vibrionnant président, à la croyance cryogénique. Une valeur guère plus fiable que celle des dérivées de subprime concoctées par d’autres "compétents", fleurons de l’industrie de la connaissance, eldorado promis aux futurs managers de nos universités rénovées.
    Michel Rocard aux affaires polaires, l’engouement pour madame Parisot pourrait connaitre un prochain refroidissement ?

  • permalien Crapaud Rouge :
    26 mars 2009 @22h11   « »
    Jubilatoire !

    L’analyse de la citation de Parisot est digne de Kafka, en particulier cette phrase : "Très logiquement cependant, l’ampleur de la catastrophe – « le drame économique actuel » tout de même… – ne peut en aucun cas conduire à mettre en doute la compétence des intéressés, sans doute pour la bonne raison que leur responsabilité n’est que partielle et éventuelle, mais aussi, on le sent bien, pour une raison plus profonde et plus générique, quoique son caractère de parfaite évidence rende en même temps difficile de le définir plus précisément." Elle me fait vraiment penser au passage du Château où le maire du village essaye d’expliquer à K. que l’Administration est parfaite même si elle a objectivement tous les défauts.

    Le § sur la "déconstruction du mérite" est tout bonnement jubilatoire ! Ca console de voir enfin une belle plume s’emparer de cette question, car il y a scandale en la matière, à savoir : les capitalistes ont fait main basse sur une valeur morale, et l’ont dénaturée en voulant la récompenser.

    J’en profite pour glisser mes très maigres réflexions perso à propos de la "rémunération au mérite" :

    Le vrai mérite est une valeur humaniste qui ne peut être récompensée que sur le plan symbolique par l’honneur, la considération, la reconnaissance, la réputation, etc., et qui fait rarement l’unanimité.

    Elle suppose qu’il pourrait exister un mécanisme logique pour faire tomber le fric du ciel abstrait des valeurs humanistes sur la terre des intérêts matérialistes, gouvernés par la fatuité et la cupidité bourgeoise. Autant croire que la pluie tombe à tel endroit parce que les cultivateurs y ont semé quelque chose.

    La financiarisation d’un mérite le réduit à zéro, comme une dette qu’on rembourse, et le dénature en trivial service rendu. Picasso n’a pas été récompensé pour son mérite mais pour avoir su « vendre sa camelote », et si Van Gogh ne l’a pas été, c’est uniquement parce que son crétin de frère, Théo, était un commerçant archi-nul.

    Le mérite ne se conçoit qu’a posteriori, post mortem bien souvent, alors que la rémunération se joue en temps réel. Par ailleurs, si la rémunération au mérite devait l’emporter, alors qu’on me dise quel est celui des « ayants droits » d’une œuvre de l’esprit : en quoi ont-ils participé à son élaboration ?

  • permalien urbain (le libraire tropical) :
    26 mars 2009 @22h26   « »
    vous avez dit structural ?

    Structuraliste un jour, structuraliste toujours.
    C’est un régal mon cher M.Lordon, pour un marxiste archaïque tel que moi, de lire une si opportune référence à Vernant dans un blog d’économiste aussi pointu .
    Je me réjouis par avance de la suite ...
    Au fait avez vous lu le fascinant petit livre sur wal*mart publié dernièrement aux "prairies ordinaires" ?
    Il me semble qu’il contient un abondant matériau pour vous, tant expérimental que métaphorique.

  • permalien J.J. Dubray :
    27 mars 2009 @01h02   « »

    moi non plus je ne me lasse pas, ah la France. Je pense qu’il manque un point de vue a votre analyse : cette periode et ce "drame" n’existe que parce qu’elle a ete precedee de gains de productivite hors norme, a la fois du a la technique et bien sur aux emplois "off-shore". Ces concentrations de capital, de par leur orientation vers la creation d’un "style" de vie, ont brise le rythme economic normal. Ce n’est pas tant le probleme qu’il y ait des gens riches, c’est plutot ce qu’ils font de leur argent. Le probleme c’est qu’ils ont transforme une economie de "services" en economie de "servant".

    Je crains cependant qu’il soit impossible de changer cette tendance a moins d’etablir des regles de "Maxima" (salaire maximum et richesse maximale). Ce n’est pas tant pour un salaire minimum qu’il faut se battre, mais bien plus pour un salaire maximum.

    Cheers,

  • permalien Reagan for ever :
    27 mars 2009 @05h01   « »

    Encore une fois, le capitalisme financier est l’épouvantail des gauchos-miteux.

    Il faut quand même le dire : La France est un pays idéologiquement arriéré, marxisante en retard de 40 ans, amoureuse des idées ringardes post-soviétiques, de l’étatisation, des syndicats politisés de gauche, des idées qui cassent l’économie, etc.

    Le capitalisme financier, partout dans le monde sauf en France, est assimilé à une dynamique moderne, donc forcément, la gauche (française, la ringarde) n’aime pas.

    Apprenez, chers gauchos, que vous êtes en France les derniers dinosaures de l’idée "un problème ? il faut embaucher des fonctionnaires, et augmenter les taxes.".

    Pauvre socialos, pauvre gauche.

    Le capitalisme financier n’a jamais fait de mal à une mouche, et en tout cas moins que le PS ou les ringards-gauchos, la CGT-Staline-coco, même si comme toute grande institution, il lui arrive de connaître des dérapages.

    L’alternative au capitalisme financier, elle est connue : c’est le goulag.

  • permalien chrèmatistikos :
    27 mars 2009 @06h48   « »

    @Reagan for ever,

    quel dommage que vous n’ayez pas pris un peu de votre temps pour lire le blog sur lequel vous venez provoquer.

    Rarement un troll dans toute l’histoire d’internet aura été autant à côté de ses pompes.

    Bravo, question compétence, vous avez le pompon !

  • permalien Pipas :
    27 mars 2009 @09h37   « »

    Reagan !

    C’est vrai, le capitalisme financier n’a jamais fait de mal à une mouche.
    Au contraire, les mécoptères pullulent gaiement sur les charniers aux abords du Lac Victoria, en Tanzanie. Ces rives sont si bien filmées dans "le cauchemar de Darwin" que je ne puis me résoudre à croire qu’un érudit comme toi ne saurait être touché par tant de beauté.

  • permalien th M :
    27 mars 2009 @09h41   « »

    Une réflexion m’interpelle dans cet article percutant :
    "On entre dans ce décile le plus aisé avec un revenu annuel de 33 190 euros en 2006 ".

    Donc j’y suis, tout juste. Ma femme aussi. Pas de problème pour survivre, on peut partir en vacances et acheter des bouquins.

    Et je trouve que c’est là le problème : Faut-il laisser perdurer cette béance (salaire du simple au triple , ou plus) entre ceux qui comme nous ont un salaire d’agrégé, et ceux qui font grosso modo le même travail, en enseignant par exemple ? En d’autres termes, au-delà des scandaleuses rémunérations du 0,1 % supérieur, la classe moyenne "supérieure" ne doit-elle pas s’interroger sur les fortes hiérarchies de salaires dont elle profite, et s’interroger aussi sur ses modes de consommation, alors qu’il faudrait les changer pour l’intérêt de la santé de la planète et des autres habitants ?

  • permalien SDR :
    27 mars 2009 @09h53   « »

    Reagan for ever est un robot spammeur ou un travesti d’Éric Le Boucher : "Ce pays est menacé par l’égalitarisme, virus de la médiocrité, et par l’envie, cancer du socialisme."

  • permalien th M :
    27 mars 2009 @09h57   « »

    Les très subtiles commentaires qui, croyant réagir à un article fort, pointent parfois le bout de leur nez sur les blogs, ont une intelligence aiguisée qui force l’admiration du lecteur (voir par exemple juste ci-dessus "L’alternative au capitalisme financier, elle est connue : c’est le goulag." ) Elles ont au moins un mérite, je crois. Celui de nous rappeler que ce qui est pensé, dit et écrit ici, est largement partagé par beaucoup.
    La pensée binaire a de beaux jours devant elle. Si on critique, fortement, on se voit rétorquer : "Oui mais alors, ton facteur...(comprenez Besancenot) qu’est-ce que c’est son programme ?...
    Ou bien, sur France-culture, dans l’émission du samedi 8h où sont invités seulement des "décideurs" de l’audiovisuelle : "l’absence de pub, on a vu où ça mène..."

    Le stalinisme resterait-il encore bien vivant... prêt à être brandi pour fabriquer un consentement général à l’absence de tout changement profond dans notre système ?

  • permalien une bille :
    27 mars 2009 @10h26   « »

    Quand une démocratie mobilise son Assemblée Nationale et son Sénat, pour faire voter une loi (le bouclier fiscal) concernant 15000 citoyens intermittents, ou pour faire baisser artificiellement les rémunération (RSA), tout en interdisant le libre exercice des marchés de l’emploi (offre d’emploi acceptable), elle perd toute crédibilité quand elle lance ses chiens d’attaque contre "des" nantis et supposés profiteurs et allons-y !... forcément responsables.

    Une telle attitude, montre qu’aucune analyse pertinente de la situation n’a été encore effectuée, et que faute de mieux, la petite coterie de "démocrates" aux affaires (tiens ! cette expression n’est plus de mise ?) communique sur la seule valeur sur laquelle elle arrive à s’émouvoir : le pognon (... et mieux ! le pognon des autres).

    C’est vraiment mal connaitre les préoccupations de ses citoyens qui n’en auront rien a faire que certains se fassent du fric, mais qui s’interroge simplement sur ce qu’il y a au bout de chaque lendemain.

  • permalien PhD :
    27 mars 2009 @10h49   « »

    Frédéric Lordon, le style et l’impertinence de la pertinence !
    On en redemande et on vous lit avec gourmandise.
    Bien à vous !

  • permalien gibus :
    27 mars 2009 @14h22   « »

    Quel enchantement !
    Lire Fred Lordon c’est comme assister à une représentation du cirque du soleil. Agilité, virtuosité,rythme et même...poésie. Tout semble léger et facile à concevoir et a argumenter, mais quelle efficacité dans le démontage des ressorts de la pseudo pensée libérale.

  • permalien ex-bleausard :
    27 mars 2009 @14h31   « »

    Le trollissime forever poste systématiquement la meme chose à chaque nouvel article. Probablement ne sait il pas lire, le pauvre... Ce qui me surprend c’est que son post n’ait toujours pas été effacé.

    Sinon Merci Fréderic pour ce long texte, comme d’habitude on en redemande. Ca fait du bien de réintroduire du politique à tous les niveaux de la societé, (economie, fiinance, entreprise) après un lavage de cerveau de plus de 25 ans.

    Pour prolonger cette pensée, on ne peut que conseiller les livres d’Hervé Kempf, brulot sociologique sur cette upper upper class qui non content de piller la planete insuffle l’exemple à suivre aux classes inférieures.

    Bien à vous

  • permalien Rascar Capac :
    27 mars 2009 @15h31   « »

    Je suis d’accord avec l’article de Frédéric Lordon (dont j’ai apprécié le petit livre) mais afin que le choeur ne chante pas d’une même voix uniforme, je vais me faire l’avocat du diable. Comment évaluer la valeur ajoutée d’entrepreneurs géniaux (je pense au tandem Steve Jobs/Steve Woszniak bidouillant leur Apple 1 dans un garage) ou celle d’un capitaine d’industrie comme Bernard Arnault, sans qui, le premier groupe de luxe au monde ne serait pas un peu français (je sais, il a racheté Boussac pour un franc symbolique) ? Vous noterez que je ne parle pas de parasites comme les traders mais de bâtisseurs.

  • permalien BA :
    27 mars 2009 @17h34   « »

    Les villes américaines voient se multiplier les campements de fortune de SDF :

    http://www.nytimes.com/2009/03/26/u...

  • permalien HN :
    27 mars 2009 @17h43   « »

    Le capitalisme financier n’a jamais fait de mal à une mouche

    Ben voyons... Je ne vous donnerai qu’un prémisse de piste : fr.wikipedia.org ou alors la fac d’histoire la plus proche, et en dernier recours un bon coup de marteau sur la tronche pour faire sortir cette vilaine mauvaise foi de le caboche.

    la CGT-Staline-coco, même si comme toute grande institution, il lui arrive de connaître des dérapages.

    En revanche, une embauche chez un fabricant de GPS vous conviendrait vraiment bien, vu votre sens du raccourci "CGT=Staline", vous feriez un malheur dans le calcul des itinéraires...

  • permalien JeanGuy78 :
    27 mars 2009 @18h13   « »
    something is rotten in the state of danemark

    Conseils d’administration consanguins, chartes de façade (voir celle de l’Administrateur à la SG dans mon post à suivre et complémentaire).
    Classe de dirigeants de ’haut vol’ apparemment bien sous tous ’rapports’ (à lire ceux approuvés par les différents commissaires aux comptes ou les PV approuvés des CA), qui se servent sans pudeur sous sous le paravent d’une gouvernance alléguée exemplaire.
    Qui ne renoncent que devant les rapports de forces, comme toujours.
    Pourquoi se gêner ? Les actionnaires, mais aussi les salariés avec certains syndicats maison et bien sûr l’Etat ont permis ces dévoyements.
    Pour le partage de la valeur ajoutée crée par les salariés, managers et actionnaires doit s’ajouter l’Etat, partenaire qui a permis les conditions de leur réussite.Etat avec ses façades genre AMF, voire l’impuissance d’un Parlement et d’un Sénat intéressés seulement au lobbyistes sauf lorsqu’il y a le feu. Le système à bout de souffle produit encore plus de lois, parfois les décrets mais longtemps après, enfin des circulaires inapplicables. Passez muscade.
    Civilisation de l’immédiat, victoire des goinfres, gouvernance(S) dévoyée(S).
    Inaperçu à l’époque du ’développement’ à tout va des années de veau gras pour des boîtes aux dirigeant de plus en plus déviants.
    Impossible à digérer en période de crise avec une information de plus en plus transparente et immédiate, blogs et whistleblowers (lanceurs d’alerte cf Wiki) compris.
    Hegel ? Kafka ? Shakespeare Hamlet, oui. "something is rotten in the state of danemark"
    Je crains que les élections de tous types à venir ne favorisent que les extrêmes.

  • permalien Crapaud Rouge :
    27 mars 2009 @18h15   « »
    Dieu et La Main Invisible

    Je n’arrive pas à me défaire de l’impression que le libéralisme est imbibé de religion. Pas dans les faits bien sûr, mais son idéologie semble sortie d’un sermon de curé. Cette fameuse « main invisible », en particulier, si puissante et bienfaisante dans son être, si mystérieuse dans ses moyens comme dans ses buts, a tout d’un bon dieu qui avance masqué. La théorie de l’« optimum » qu’elle est réputée établir de facto, se présente comme une resucée de La Théodicée de Leibniz selon laquelle Dieu nous ferait vivre dans « le meilleur des mondes possibles ». Une conclusion qui n’a rien d’optimiste, car elle implique qu’aucune amélioration n’est envisageable, et que tout changement ne peut qu’éloigner de l’optimum, donc dégrader la situation, voire nous précipiter en enfer, alias le goulag. D’où l’intérêt que je porte à la conclusion du petit troll nommé Reagan for ever : « L’alternative au capitalisme financier, elle est connue : c’est le goulag. » Autrement dit, il n’y a pas d’alternative acceptable, comme le dit la Bible : « Vois, dit l’Éternel, j’ai mis devant toi la vie et la mort : choisi. »

    C’est surtout sa manière d’être que le libéralisme a emprunté à la religion : croire sans voir, accepter sans réfléchir, remercier pour les bontés, se plier à l’autorité, ne pas fourrer son nez dans les affaires des grands. Le tout sur fond de peur superstitieuse : demander des comptes, désigner des responsables, contester les fondements, c’est ébranler quelque chose qui touche à la transcendance, et réveiller un démon caché qui nous précipitera en enfer. Le problème, pour l’oligarchie comme pour les petits Reagan for ever, c’est que leur « capitalisme financier [qui] n’a jamais fait de mal à une mouche » ne fait plus illusion. De ses prétendus mérites tout le monde s’en fiche désormais, et ses défauts vont surgir, les uns après les autres, comme les revenants sortent de terre dans les films d’horreur.

  • permalien JeanGuy78 :
    27 mars 2009 @18h21   « »
    something is rotten in the state of danemark (suite 1 et liens)

    De Soc Gen à EADS ou inversement, en passant par bien des autres sans doute, c’est confondant de goinfrerie.
    SG : pour l’apparente satisfaction du bon public, des administrateurs renoncent... mais ce n’est que provisoire. Fréquentons des liens Soc Gen maison, de leur ’Pôle Experts’ (sic) pour minimiser l’effet du fisc.
    En premier lieu sous ’Couvertures" de stock-options : http://www.stockoptions.fr/questions-pratiques/couvertures/couvertures.html stockoptions.fr : la SG explique presque tout pour le plus grand bonheur de ses 4.800 happy few, mais sans évoquer une seconde les règles AFEP/MEDEF ni expliquer autrement la raison de l’attribution que dans le sketch suivant : (Doc SG)’Et pourquoi (vous) a-t-on attribué des stocks-options ? La réponse dans le dernier § de la page 2 du lien http://www.stockoptions.fr/flash/fl... Qui sont les maîtres apparents de ce jeu dévastateur ? http://www.socgen.com/sg/socgen/pid... qui les a élus ? qui les a parrainés ? Conclusion assez ubuesque ’les dirigeants se prêtent une attention particulière’. Sous le titre évocateur de ’Couvertures’, ce premier lien cité serait-il aussi la marche à suivre pour (se) jouer de la période d’indisponibilité fiscale ; on aurait tout vu alors.
    Le deuxième lien présente la Charte de l’Administrateur SG http://www.socgen.com/sg/file/fichi... L’article 7 de la charte sous le titre de Transparence ’recommande’ (sans plus) de mettre au nominatif les titres SG possédés antérieurement. Pour continuer dans la même veine il précise que "ne sont pas à déclarer (à l’ AMF) les
    - les acquisitions ou CESSIONS par donations, donations-partages et successions ;
    - les OPERATIONS réalisées PAR UN GERANT de portefeuille en vertu d’un mandat de gestion de portefeuille pour le compte de tiers mais à condition que le mandant n’intervienne pas dans la gestion de son portefeuille ;
    - les opérations réalisées par les ADMINISTRATEURS Personnes Morales lorsqu’ils agissent pour le COMPTE DE TIERS."
    L’article n°7, (le plus long après l’article 6) finit par "L’Assemblée générale annuelle des actionnaires est informée des opérations réalisées au cours de l’exercice écoulé."
    Donc : sauf tout ce qu’on a pu écarter via ces manip familiales, c’est confondant, bis.
    De SG passons à EADS, famille et donations Forgeard.

  • permalien JeanGuy78 :
    27 mars 2009 @18h32   « »
    something is rotten in the state of danemark (suite 2 et liens)

    N. Forgeard était en Suisse il y a peu ?
    "Entre le 15 et le 17 mars, les trois enfants du patron d’EADS... Le produit (nb : bénef) de cette vente est de 1,4 million pour chacun des trois enfants, soit un total de 4,12 millions." http://www.radiofrance.fr/reportage...
    De la Banque (exemple la SG) à l’Entreprise (exemple EADS), le ver est (presque)partout. Application par le ’furet’, surnom connu. Sans doute pourquoi le ’pôle experts’ de la SG a veillé à faire exclure les donations des obligations de déclaration. L’emprunt ajoute son coefficient multiplicateur : bravo ! "Mais elle devient gloutonnerie quand il a également acheté 127 998 de ces actions, "EN EMPRUNTANT, pour faire une donation à chacun de ses trois enfants, ce qu’il trouve "légitime à l’approche de la soixantaine". Il leur a ensuite cédé ces titres devant notaire, à charge pour eux de rembourser la dette correspondante. La revente de ces titres, entre le 15 et le 17 mars, leur a laissé à chacun une plus-value de 400 000 €", poursuit l’Express." Furet ou Glouton ? sur le lien http://lecharenconlibere.20minutes-...
    Plus-values ? Emprunter pour en gagner plus ?
    Scandale compliqué de donations importantes à trois chérubins alléguées par le PDG d’EADS, esprit de famille !
    Si la Charte d’EADS est assez semblable à celle de la Soc Gen, on aura fait un tour instructif dans la psychologie et le civisme des requins et initiés. Article 6 de celle de la SG ; (interventions sur ’les’ titres) "- s’abstiennent d’utiliser les instruments financiers susceptibles de permettre de réaliser des opérations spéculatives. Il en est ainsi notamment des opérations sur Options, SAUF lorsqu’elles correspondent à des opérations de COUVERTURE." http://www.socgen.com/sg/file/fichi...
    Couverture ? Différer la cession par levée d’option avec couverture ? Retour en boucle au premier lien. Impeccables ces ’spécialistes’ au ’Pôle experts’ à la SG.
    dernier paragraphe de http://kamizole.blog.lemonde.fr/200...
    http://eric.cabrol.free.fr/dotclear...
    http://www.lepost.fr/article/2008/0...
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Noël_...
    Par ailleurs de quel industriel était la fille qui touchait en même temps d’importantes allocations de chômage ?
    Oubli : un député non réélu toucherait jusqu’à 60 mois d’indemnités de chômage : environ 450.000 euros.
    MM. Bouton, Oudéa, vous n’êtes que la crème qui surnage : tout baigne, la boucle serait-elle bouclée ? JeanGuy78 .
    "something is rotten in the state of danemark" Jean-Guy78 .

  • permalien Remington :
    27 mars 2009 @18h56   « »

    "le versement de […] bonus a pour conséquence un blocage quasi-total des salaires pour les autres salariés, voire même déclenche des licenciements de journalistes pigistes permanents."

  • permalien
    27 mars 2009 @20h09   « »

    La ronde des « compétents ».

  • permalien musigny :
    27 mars 2009 @20h46   « »

    C’est succulent, ça fait du bien !

    Ce mec est génial !

    Frédéric, je t’aime !

  • permalien musigny :
    28 mars 2009 @09h23   « »

    Le salaire n’est-il pas un prix d’achat, et soumis à l’offre et à la demande ?

    Plutôt que de rémunerer la "compétence" est-ce qu’on ne paye pas aussi la rareté ?

    Le balayeur de la salle des marchés, il est malheureusement potentiellement interchangeable avec des millions d’autres ; le trader, avec quelques milliers d’autre ; mais Daniel Bouton, son profil, son expérience, avec quelques centaines d’autres, à travers le monde.

    N’est-ce pas là le raisonnement de ceux qui achètent ces produits, je veux dire qui rémunèrent ces personnes ?

    Je manque de chiffres pour poursuivre mon raisonnement en termes d’offre et de demande, mais la question se pose, le patron qui gagne 300 fois ce que gagne l’ouvrier, est-il 300 fois plus rare sur le marché que l’ouvrier ?

  • permalien FW :
    28 mars 2009 @09h45   « »

    La manne des bonus met aussi ceux qui les touchent en conflit d’intérêt entre eux-mêmes et la banque qui les emploie : "Je fais un deal qui va me rapporter gros à court terme quitte à faire prendre des risques inconsidérés à mon établissement".
    Un mercenaire est payé pour tuer l’ennemi. Ici les bonus peuvent amener les traders à retourner leurs armes contre leur propres employeurs.

  • permalien acné :
    28 mars 2009 @10h50   « »
    Bonus et primes : le (résistible) chantage des « cons compétents »

    mais Daniel Bouton, son profil, son expérience, avec quelques centaines d’autres, à travers le monde

    « Vendredi matin, alors que tous banquiers internationaux, responsables politiques, salariés de la Société générale , sont abasourdis, Daniel Bouton, lui, reconnaît qu’il a enfin « bien dormi » . Un repos bien mérité puisque la banque est debout, vivante  : il manque 5 milliards d’euros dans les caisses, mais elle a l’assurance d’enlever bientôt 5,5 autres milliards d’euros grâce à l’augmentation de capital qui aura lieu. Le PDG a donc bien du mal à comprendre que l’on ne comprenne pas, justement, que l’essentiel est là  ! Le reste, ce n’est, que l’écume des choses. »
    Figaro 30/01/2008
    « Daniel Bouton appartient à cette tribu déjà bien décimée de l’élite de la haute fonction publique propulsée à la tête de grandes entreprises privées. Souvent issus de la crème de l’énarchie - l’Inspection des finances, chargée du contrôle financier de l’Etat -, ils ont préféré se noyer dans les stock-options. Us ont raté la modernisation de l’Etat républicain et privatisé leur carrière en même temps que les entreprises publiques. »
    DANIEL BOUTON LA FAILLITE DES ELITES A LA FRANCAISE (Marianne 02/02/2008)

    emblématique !

  • permalien Freddan :
    28 mars 2009 @20h11   « »

    Très bon article, sur le fond m’a beaucoup appris, la forme comme toujours revigorante et réjouissante. Maintenant j’attends de votre part à quelques semaines des élections européennes (dont le lancement est partout pathétique, en tous cas dans les pays où je circule - France, Belgique et Suède) un article sur "l’Europe et la crise", something like that. Dans la lignée, mais of course "réactualisé", de ce que vous écriviez à l’époque du référendum ou de vos commentaires en réponse à Pascale Fourier. Merci d’avance !

  • permalien DP :
    29 mars 2009 @17h33   « »

    Enfin !

    Sortir de l’impasse de « l’économie savante » pour aborder enfin (et de belle manière) les questions fondamentales : la domination, le mérite, la responsabilité, etc...
    Premier avantage : la disparition de cet espace de discussion du troll débile (habsb ou qqe chose comme ça) ;
    Second avantage : interroger, comprendre et critiquer les ressorts fondamentaux du capitalisme (son « esprit », voir Max WEBER et Luc BOLTANSKI) est essentiel pour qui veut réellement, radicalement combattre le cancer capitaliste qui ronge l’humanité et plus largement la biosphère.

    Parallèlement aux mesures urgentes qu’il faut aujourd’hui imposer aux dominants du moment pour faire face à la catastrophe en cours, et là se pose la question des moyens non discursifs à mettre en oeuvre pour y arriver, il faut aussi s’intéresser de très près aux thèmes abordés par F. LORDON dans ce texte (vous remarquerez que la phrase est au présent et pas au conditionnel). Il y a vraiment urgence à se bouger et il est tout aussi urgent de bousculer les paradigmes sur lesquels s’appuie le système de domination capitaliste.

    La crise actuelle sera peut-être (sans doute ?) surmontée, mais si nous n’arrivons pas à nous défaire de toutes les fausses évidences qui nous ont menés à cette pénible situation (hors croissance pas de salut, la concurrence c’est naturel et c’est bon, il y a tjs eu et il y aura tjs des dominants et des dominés et bien sûr TINA - There Is No Alternative), d’autres crises surviendront. Encore plus violentes. Je ne me résigne pas à ce que ces combats soient, comme l’écrit F. LORDON en parlant de se « défaire de la fausse évidence de la responsabilité », « perdus d’avance ».

  • permalien Pipas :
    29 mars 2009 @18h32   « »
    Bonus et primes : sceptres et couronnes des « compétents »

    Crapaud rouge !

    L’idéologie capitaliste et sa méritocratie (des incompétents) sont une véritable religion ! Parisot est notre archevêque ! Les cathédrales cathodiques matent nos esprits !

    Une mythologie de plus dans notre moyen-âge technologique...

    Nous autres hérétiques ne sommes pas des produits. Nous sommes rares, car différents les uns des autres.
    Comment partager nos richesses ?

    A bas l’égalitarisme à tout crin !
    A bas les rivalités ostentatoires !
    A bas la concurrence cupide !

    Professeur Lordon, montrez-nous le chemin...

  • permalien J. GRAU :
    29 mars 2009 @20h00   « »
    Vive l’égalitarisme à tout crin !

    L’égalitarisme n’a pas bonne presse. Pipas écrivait, dans son précédent message : "À bas l’égalitarisme à tout crin !" Pour ma part, j’aimerais savoir en quoi consiste cet épouvantail. L’égalitarisme n’a jamais existé. Les régimes qui ont prétendu le mettre en place étaient extrêmement inégalitaires : sur le plan politique, d’abord, puisqu’ils étaient (ou sont encore) tyranniques, mais aussi sur le plan économique (les détenteurs du pouvoir politique en profitant pour s’octroyer des avantages matériels).

    Donc, avant de se faire peur avec le fantôme de l’égalité, combattons les inégalités monstrueuses - et bien réelles ! - de notre monde. Cela dit, je serais curieux qu’on me donne une raison vraiment convaincante de refuser l’égalitarisme.

  • permalien
    29 mars 2009 @22h10   « »

    Au Royaume-Uni, Gordon Brown a nationalisé les banques :

    - Février 2008, la banque Northern Rock est nationalisée.

    - Septembre 2008, la banque Bradford & Bingley est nationalisée.

    - Novembre 2008 : la Royal Bank of Scotland est nationalisée.

    - Mars 2009 : la Lloyds Banking Group est nationalisée.

    En Allemagne aussi, Angela Merkel vient de commencer à nationaliser les banques :

    « L’Etat allemand a entamé la nationalisation de la banque immobilière en faillite Hypo Real Estate (HRE), symbole de la crise financière en Allemagne, en s’emparant de 8,7 % de l’établissement avant l’expropriation prévue des autres actionnaires.

    Outre Hypo Real Estate, l’Etat s’apprête également à nationaliser la banque en difficulté Commerzbank, dont il a déjà pris 25 % des parts. »

    http://www.google.com/hostednews/af...

    En Espagne aussi, Jose Luis Zapatero nationalise une banque en faillite :

    « Les pouvoirs publics espagnols ont dû secourir dimanche 29 mars, pour la première fois depuis le début de la crise, un établissement financier en difficultés, la caisse d’épargne de Castille-la-Manche, qui va recevoir des fonds publics et dont le conseil d’administration a été remplacé.

    Le gouvernement espagnol a réuni en urgence un conseil des ministres extraordinaire dimanche après-midi pour approuver par décret-loi le placement de cette entité sous la tutelle de la Banque d’Espagne. »

    http://www.google.com/hostednews/af...

  • permalien EspritLibre :
    30 mars 2009 @18h11   « »
    Encore une histoire qui va me coûter des sous !

    Encore un texte très bien écrit et agréable à lire de M. Lordon, pour ouvrir le couvercle et nous faire toucher du doigt les mécanisme de ce que l’on peut résumer à :
    une vaste supercherie pyramidale

    Merci M. Lordon, surtout pour ce que j’estime votre contribution la meilleure à la société : l’éducation.
    S’il s’agit d’un livre à venir, cela va nous coûter quelques euros, mais ils ne seront pas dépensés en vain.

    Ne désespérez jamais, restez fidèle à vous même : vos mots ne sont pas perdu, une vaste entreprise d’ouverture des esprits et de décollage des paupières devant la réalité fait son chemin !

  • permalien JeanGuy78 :
    30 mars 2009 @22h57   « »
    Compétents et C..ns péteux : maintenant les CLO Credit Linked Obligations

    Les prochaines vagues de tsunamis financiers déclenchés n’ont pas fini d’arriver à la surprise toujours renouvelée des soit-disants initiés :
    — UBS qui a perdu plus de deux dizaines de milliards de CHF pour 2008 ; en perdrait toujours plus. Pour cette semaine seulement on recommencerait de nouveaux ’amortissements’, car c’est le terme. Il faut s’attendre à des amortissements supplémentaires de 2 mrd CHF sur des garanties de crédits et de quelques milliards de CHF sur des CLO (Credit Linked Obligations)"
    Des milliards sur des garanties de crédit et CLO et combien encore ?
    http://www.romandie.com/infos/news2...
    — Qui a écrit "every French and Swiss FOF(fund of funds) I met (about 2 DOZENS) had lots of Bernie and bragged he was their best manager" ? C’est des extraits de courriers ANCIENS d’Harry Markopolos qui a dénoncé des années B. Madoff (65 milliards de dollars d’escroqueries à ce jour) ; si on épliuche ses auditions devant la SEC, ici en page 327 lien http://www.scribd.com/doc/11650020/... voir aussi page 114 a legal review of... ; page 177 stupid Europeans have... French and Swiss 178 179, page 204 Kingate + Thema et p 207 + Fairfield Sentry + Tremont, p 214 !!!!! , p 347 Europe page 352 : 3 et 4) Donc en plus de 3 ou 4 fonds (? Kingate, Thema, Fairfield Sentry, Tremont), Harry Markopolos affirmait qu’une douzaine d’autres FOF (? via des ’’feeders’) mettraient en cause des banques Suisses et Françaises (ou... autres). Ce sont elles qui ont manqué de sérieux en les recommandant à leurs clients. Elles qui paieront l’addition, à venir.
    Vous me direz : et leur liste ? Elle est notée à tous les index du lien en tant qu’ ""attachment 3"" Surprise : c’est le seul document qui est PARTOUT CENSURE. Pourquoi ? Sa connaissance ferait SAUTER bien des entités en France et en Suisse et ailleurs, sans doute
    Autre source censurée par exemple
    http://online.wsj.com/documents/Mad...
    ""Attachments :
    3. Partial list of French and Swiss money-managers and private banks with investments in
Bernie Madoff s hedge fund. Undoubtedly there are dozens more European FOF’s and
Private Banks that are invested with BM."" dans : "the world largest hedge fund is a fraud november 7, 2005 Submission to the SEC"
    Le secret perdure dans tous les documents récents, quoique en lisant le programme de sa semaine en Europe on ait une bonne idée !
    Le ver est partout, indirectement ou pas http://www.lavf.com/news-bourse/Axa...
    http://www.quechoisir.org/breves/De...
    La coupe déborde toujours er encore. JeanGuy78 .

  • permalien hnk :
    31 mars 2009 @06h21   « »

    Bonjour,

    Une interview de M. Lordon où celui-ci explique :

    1°/ Crise : il fallait renflouer les ménages et non les banques !

    2°/ Pour sortir de la crise, il faut nationaliser toutes les banques !

    http://www.marianne2.fr/tags/freder...

  • permalien jc :
    31 mars 2009 @13h10   « »
    Que se passe t’il si l’état tout puissant n’est pas mieux éclairé que le privé puissant ?

    Bonjour,

    adepte des théories de Mr Lordon, je m’interroge tout de même sur la société que leur application pourrait enfanter.

    Un état qui détiendrait la grande majorité des pouvoirs serait l’idéal dans le cas où il travaillait prioritairement au bien-être du peuple.

    Mais à la tête de cet état, il y a des hommes. La concentration de tous ces pouvoirs ne présente-il pas un risque accru de despotisme des dirigeants ?

  • permalien Xavier Hofbauer :
    31 mars 2009 @19h40   « »

    Nous voyons la une fois de plus dans l’histoire de l’humanité ce que donne un pouvoir sans contre pourvoir.
    Pourquoi le capitalisme était il "sage" durant les années 50 a 80, parce qu il avait peur. Peur du communisme. Loin de moi de faire l’apologie du communisme réel, mais je crois qu’il fut essentiel dans la relative moralité des comportements sociaux des élites d’alors. La chronologie des évolutions de comportements cadre assez bien. Ironiquement le capitalisme actuel reprend un des outils du communisme, a savoir la propagande.
    Le capitalisme est par essence une culture du rapport de force, voir son vocabulaire (batailles, conquètes, bras de fer, victoire, capitaine d’industrie, stratèges,...), c’est une sorte "douce" de guerre civile. Il ne se maitrise que confronté des forces opposées, lesquelles sont à recontruire aujourd’hui. La morale et les bons sentiments, n’y pourront rien. Je voudrais croire que la politique redevienne un contre pouvoir (peut être la peur du peuple...).

  • permalien BA :
    1er avril 2009 @07h46   « »

    Dépréciation d’actifs : le pire est à venir.

    10 mars 2009.

    L’agence de notation Standard & Poor’s vient de mettre sous surveillance négative l’équivalent de plus de 550 milliards de dollars d’actifs financiers adossés à des crédits hypothécaires américains, appelés Alt-A. Cette catégorie de crédits hypothécaires est intermédiaire entre les crédits subprime, les plus risqués, et les crédits prime, qui constituent l’essentiel des crédits immobiliers accordés aux ménages solvables.

    Cette décision pourrait déboucher rapidement sur une dégradation de la notation de ces actifs, en raison de la chute continue des prix immobiliers aux Etats-Unis. Il y a un mois, Standard & Poor’s avait déjà remis sous surveillance négative l’équivalent de 427 milliards de dollars d’actifs adossés à des crédits subprime, dont la notation avait été fortement dégradée.
    Au total, c’est donc près de 1000 milliards de dollars d’actifs supplémentaires adossés à des crédits hypothécaires qui pourraient être dégradés très prochainement, ajoutant de nouvelles pertes aux bilans des grandes banques américaines et européennes.

    Mais on est encore loin du compte, et le pire est à venir.

    Avec l’entrée plus que probable de l’économie mondiale en récession en 2009 - du jamais vu depuis la seconde guerre mondiale ! - , les défauts de paiement vont commencer à se multiplier sur tous les types de crédit accordés aux particuliers et aux entreprises. Les banquiers qui avaient "poussé à la consommation" de crédits pendant les années fastes, pour gonfler leurs bonus de fin d’année, vont se retrouver "collés" avec des montagnes de créances défaillantes.

    Toutes les structures complexes à fort effet de levier, montées dans l’euphorie et la précipitation, les ABS (Asset Backed Securities), les CDO (Collateralized Debt Obligations), les CLO (Collateralized Loans Obligations) et autres CPDO (Constant Proportion Debt Obligations), sont entraînées dans un cycle infernal de dépréciation, à mesure que les actifs sous-jacents à ces structures (crédits hypothécaires, cartes de crédit, prêts étudiants, dette LBO, crédits syndiqués, etc) sont touchés par la crise.

    Les pertes sur ces structures sont, en outre, amplifiées par le phénomène du "tranchage" qui concentre les risques dans les tranches les plus mal notées, et par un phénomène non anticipé de "recorrélation" entre les différentes tranches, qui dégrade l’ensemble de la structure dès lors qu’une partie est atteinte. C’est l’équivalent financier du phénomène de "résonance" qui provoque la destruction spectaculaire de certains ouvrages d’art (ponts, tunnels), suite à une répétition de petits chocs ponctuels. La résonance atteint aujourd’hui l’ensemble du système financier.

  • permalien BA :
    1er avril 2009 @07h46   « »

    Suite :

    Ajoutez à cela que ces structures complexes ont été, en partie, acquises par des investisseurs (hedge funds notamment) qui se sont fortement endettés pour accroître leur gain potentiel, et vous avez une idée de la réaction en chaîne qui s’enclenche : dépréciations des actifs, pertes multipliées par l’effet de levier, ventes forcées en catastrophe sur un marché illiquide, nouvelles dépréciations d’actifs, et ainsi de suite.

    Les caisses de retraite qui avaient aussi investi dans ces actifs - réputés sans risque -, font alors jouer des assurances - appelées CDS (Credit Default Swaps) - contractées auprès de grandes sociétés comme AIG, elles mêmes en pleine déroute aujourd’hui. L’effet domino s’enclenche. Comme dans une tragédie antique, les différents protagonistes accélèrent leur chute collective en essayant d’y échapper individuellement.

    Fin janvier 2009, le Fonds Monétaire International estimait dans une note que les actifs compromis détenus par les banques américaines dépassaient les 2000 milliards de dollars, après avoir annoncé un premier chiffre de 1200 milliards de dollars en octobre 2008. Au vu des dernières nouvelles sur le front macroéconomique et sur le front financier, le FMI pourrait très rapidement revoir sa copie.

    D’ici la fin de l’année, les dépréciations d’actifs liés à des crédits compromis pourraient atteindre 3000 à 4000 milliards de dollars, rien qu’aux Etats-Unis. Un chiffre à méditer, surtout quand on sait que c’est le contribuable qui paiera la note finale.

    ALEXANDRE KATEB, Economiste, Consultant financier, Maître de conférence à Sciences Po et à l’ESG.

    http://www.blogg.org/blog.php?idblo...

  • permalien BOB :
    1er avril 2009 @19h47   « »

    Article apprécié.

    Je trouve assez prévisibles les contorsions intellectuelles de Parisot et moins gênantes que (pour prendre un exemple récent (émission Ce soir ou jamais) le funambulisme d’un Christophe Donner (écrivain) qui affirme tranquillement que tous les êtres humains sont motivés uniquement par le désir de notoriété ... (sous prétexte que lui est narcissique jusqu’à la moelle). Il y a certainement une part de vérité dans ce qu’il affirme, mais il oublie que le comportement des élites influe sur les moeurs des peuples qu’elles dirigent.

    Parisot appartient à l’élite qui détient le pouvoir économique, certes, mais les C. Donner ou autres justificateurs "sympatiques" du "toujours plus" et du "pas de limite" sont beaucoup plus dangereux pour le politique.

    En entendant ce genre de propos serinés par les Donner ou autres clowns du même genre depuis des années, les gens ont été encouragés à l’inertie et à la surconsommation. À remettre leur sort entre les mains des investisseurs et des grandes sociétés.

    Laisser-faire généralisé.

  • permalien aurenty :
    1er avril 2009 @20h16   « »

    Toujours aussi stimulant de lire Frédéric Lordon.
    Si vous n’avez pas vu ce film, F. Lordon intervient longuement (+un bonus sur le DVD) dans le film de Gilles Perret ’MA MONDIALISATION’ traitant de la mondialisation vue à travers la vie d’une grosse PME de la micromécanique dans la vallée de l’Arve (Haute Savoie).

    C’est encore plus facile à en tendre qu’à lire.

    Ma Mondialisation, distribution les films du Paradoxe,

    www.filmsduparadoxe.com

  • permalien BOB :
    2 avril 2009 @07h37   « »

    Je me rappelle avoir lu quelque part que l’inventeur d’un code d’éthique ou son responsable (FMI ou autre gros machin du même genre) avait ... été mis en cause pour avoir piqué dans la caisse.

  • permalien HN :
    2 avril 2009 @10h51   « »

    Cela dit, je serais curieux qu’on me donne une raison vraiment convaincante de refuser l’égalitarisme.

    Nous autres français aurions de plus l’air un peu con de dénigrer l’égalitarisme... Au cas où certains ne l’auraient pas remarqué, ces 3 petits mots que l’on retrouve souvent chez nous : "Liberté, Egalité, Fraternité" sont notre devise.
    Ou alors on remplace tout ça par "Chacun sa merde"...

  • permalien BA :
    2 avril 2009 @11h51   « »

    Monsieur Dupont a déposé toutes ses maigres économies à la banque BNP Paribas.

    Monsieur Dupont est client de la banque BNP Paribas depuis de très longues années.

    Monsieur Dupont a toujours été fidèle à la banque BNP Paribas.

    Monsieur Dupont a été très en colère quand les dirigeants de la banque BNP Paribas ont joué à l’économie-casino avec ses maigres économies.

    Monsieur Dupont a été très en colère quand les contribuables français ont dû verser des milliards d’euros pour sauver la banque BNP Paribas de la faillite.

    Mais aujourd’hui, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

    Monsieur Dupont vient d’apprendre que, rien que pour l’année 2008, la banque BNP Paribas avait provisionné une retraite supplémentaire de 28,6 millions d’euros pour les trois dirigeants de BNP Paribas.

    Rien que pour l’année 2008.

    Monsieur Dupont va immédiatement fermer tous ses comptes à la banque BNP Paribas.

    Monsieur Dupont va déposer toutes ses maigres économies à la Banque Postale.

  • permalien parkway :
    2 avril 2009 @14h49   « »

    "la norme du maximum, c’est-à-dire de l’illimité. La nouvelle norme, c’est qu’il n’y a plus de norme, et donc plus rien qui retienne ni les mouvements de captation ni ceux de démonstration"

    ah ! M. Lordon, n’oubliez-vous pas le code éthique du Médef qui nous protège de cet illimité ?

    M’enfin ! Mme Parizot vient encore de nous le signifier !

    Vous ne comprenez donc rien ???

    Quelle mauvaise foi !!

  • permalien parkway :
    2 avril 2009 @15h23   « »

    il y a un fait certain :

    les médias classiques ne parlent surtout pas de F.LORDON du monde diplomatique.

    C’est déjà une preuve de leur propre peur.

    Imaginer que PERNAUT tf1 cite F.LORDON !

    Jamais, au grand jamais, ou alors en truquant ses dires...

  • permalien Didier :
    2 avril 2009 @16h24   « »

    L’idée d’être le seul responsable des succès et que les échecs sont tous imputables à des interférences externes à "mon" action est la thèse centrale de votre texte.
    Admise comme un dogme, elle rend la socialisation des pertes et la privatisation des bénéfices tout à fait naturelle et légitime. Les pertes sont la faute d’un autre et les gains sont dus à la qualité de "mon" action.
    Ce même dogme rend l’existence des bonus totalement légitime. "Je" suis la source des succès. "Je" mérite donc un bonus là-dessus.
    Il est possible d’aller encore plus loin. Si la période est agitée (comme celle que nous vivons), "je" travaille plus qu’avant, "je" lutte plus qu’avant et donc "je" mérite des bonus. Le fric pour moi. Les emmerdes pour vous. En plus, cela parait parfaitement légitime à celui qui admet comme axiome "je suis la source des succès" et "vous êtes la cause des échecs".
    Cette attitude s’observe chez les étudiants durant les études. Ceux qui réussissent le mieux ont aussi tendance à attribuer leurs échecs à des interférences extérieures et leurs succès à leur qualité. Cela protège leur confiance en eux et augmente sensiblement leurs chances de réussite.
    C’est aussi un moyen utilisé par chacun de nous pour se rassurer lorsque nous voyons un échec. En gros, cela donne "quel con ! Normal qu’il se soit planté. Moi, à sa place, je n’aurais jamais fait ça" Qui n’a jamais tenu ce genre de discours. Il est une façon de sortir d’une voie sans issue ou de ne pas y entrer.
    Je vous donne totalement raison lorsque vous critiquez ces "compétents" (ou "cons pétants" comme dirait un ami). Je partage votre point de vue sur toute la ligne. Mais ici, nous avons cette attitude.
    Nous attribuons la catastrophe actuelle à leur intervention, leur interférence. Ils se défendent en disant que c’est nous les fautifs. Cela ressemble à ces disputes que j’avais avec mon frère quand nous étions petits. "C’est pas moi. C’est lui."
    Le chantage des "compétents" a donc des racines très profondes en nous tous. Ils ont tort et ne peuvent pas l’admettre sans devoir douter d’eux mêmes. Cela reviendrait à une forme de suicide professionnel, voire pire. Ils se battront donc sans scrupules, ni pitié. Ils se battront pour défendre leur vie, pratiquement au sens littéral. Nous défendrons aussi nos vies dans cette histoire. Elle peut donc dégénérer très sérieusement.

  • permalien BA :
    2 avril 2009 @21h39   « »

    « La Société générale n’est pas la seule à prévoir d’importantes retraites surcomplémentaires pour ses dirigeants (33 millions d’euros pour six mandataires sociaux).
    BNP-Paribas a ainsi provisionné en 2008 28,6 millions d’euros pour les retraites "supplémentaires à prestations définies" du président, Michel Pébereau, du directeur général, Beaudoin Prot, et du directeur général délégué, Georges Chodron de Courcel, souligne jeudi 2 avril France Info, qui cite le document de référence de la banque, consultable sur son site Internet (voir les pages portant les numéros 232 à 235). »

    http://www.lemonde.fr/la-crise-fina...

    Une seule riposte possible :

    TOUT LE MONDE FERME SES COMPTES DANS LES BANQUES PRIVEES !

    TOUT LE MONDE DEPOSE SON ARGENT A LA BANQUE POSTALE !

    MAINTENANT !

  • permalien Pipas :
    3 avril 2009 @13h12   « »
    Tous à la banque postale !

    Quelle bonne idée ! Mais "facteur d’avenir" alias la privatisation en cours ne risque-t-elle pas de gâcher notre enthousiasme ?

  • permalien toto :
    3 avril 2009 @13h20   « »
    sur “le paradoxe de la part salariale”

    Jean Peylerevade commente le exte de F Lordon sur “le paradoxe de la part salariale” sur son blog :

    Du partage de la richesse (4)

    Le débat est lancé ...

  • permalien BA :
    3 avril 2009 @14h49   « »

    Je pense que Sarkozy ne privatisera pas la Banque Postale car il a compris ce que ça donnait, les banques privées : un désastre.

    Sur son blog, le député gaulliste Nicolas Dupont-Aignan écrit :

    " pourquoi les Français ne boycotteraient-ils pas les agences des groupes bancaires qui n’affichent pas dans la transparence les rémunérations de leurs dirigeants et qui ne mettent pas fin aux avantages exorbitants comme les parachutes dorés ou les retraites inadmissibles ? Si déjà des centaines de milliers de Français déplacent leur compte bancaire dans le réseau postal banque publique, très vite les actionnaires remettraient de l’ordre dans les Conseils d’Administration ! "

    http://blog.nicolasdupontaignan.fr/...

    Je trouve que c’est une excellente idée. Toutes les semaines, nous apprenons que des banques privées ont été sauvées de la faillite par les contribuables, et pourtant, elles continuent à verser des dizaines de millions d’euros à leurs dirigeants.

    Maintenant, ça suffit. Tous les clients des banques privées devraient fermer leurs comptes et les transférer à la Banque Postale.

    Nous devons frapper les banques privées au seul endroit vulnérable : leur portefeuille.

  • permalien Crapaud Rouge :
    4 avril 2009 @12h49   « »
    Refonder le sens des responsabilités (1)

    Tant que l’on pourra imputer "au système" la responsabilité de ce qui ne va pas, chacun pourra continuer à se sentir personnellement irresponsable. Le consommateur individuel, qu’il soit riche et roule en 4x4 ou qu’il soit pauvre et achète à crédit une maison qu’il ne peut pas payer, est en bon droit de penser qu’il ne compte pour rien dans les conséquences désastreuses de la consommation, car elles ne sont imputables qu’à la masse des consommateurs. Et le dirigeant d’entreprise, dont les activités ou les produits provoquent des dégâts de toutes sortes, vous dira que, si lui ne le fait pas, des concurrents le feront à sa place.

    Il est une opinion aujourd’hui admise comme une évidence : nous serions sous le règne de l’individualisme-roi, de sorte que le « sens du collectif » aurait quasiment disparu. Erreur ! Il se perpétue avec force dans le préjugé que je viens d’énoncer : qu’est-ce en effet que « le système » sinon un mot pour dire « nous, la collectivité » ?

  • permalien Crapaud Rouge :
    4 avril 2009 @12h52   « »
    Refonder le sens des responsabilités (2)

    Revenons deux mille ans en arrière. A cette époque, les humains ne s’expliquent pas le monde par des théories rationnelles mais par la religion. Celle qui règne alors est le paganisme, dont la principale caractéristique s’est révélée par opposition au christianisme. Ce dernier, écrit Paul Veyne dans « Quand notre monde est devenu chrétien », a fait de la croyance religieuse une question de relation personnelle avec le monde surnaturel. On est donc passé d’un monde où la religion était « collectiviste », c’est-à-dire dont personne n’était responsable de ce qu’elle était depuis des temps immémoriaux, à un autre où chacun était tenu, - par des moyens plus ou moins coercitifs, n’ayons pas d’illusions à se sujet -, d’y contribuer personnellement en adoptant les nouvelles croyances et les nouveaux rites. D’une certaine façon, chacun a été tenu pour « responsable » de la nouvelle religion, l’élite de l’époque étant parvenu à imposer, - à tort ou à raison, ce n’est pas la question -, qu’elle était préférable à l’ancienne.

    C’est d’une révolution de ce genre dont nous avons aujourd’hui besoin : quelque chose qui obligerait tout un chacun, du haut en bas de la hiérarchie, à se sentir personnellement responsable, intimement responsable, du devenir unique et commun de l’humanité. Et ce que quelque chose devrait être assez profond pour aller jusqu’à susciter et/ou solliciter le renouvellement des croyances religieuses, car elles façonnent, qu’on le veuille ou non, celles qui ont cours dans le monde profane. Ce que disent aujourd’hui les contempteurs du paganisme, qui y voient une religion « à bout de souffle », archaïque et inadaptée aux problèmes de son époque, s’applique désormais au christianisme qui est à l’origine du mépris de la nature, de sa domination et de sa destruction par l’être humain.

    De même qu’une seule idée, « Jésus est le messie », fut suffisante pour produire le christianisme, (et des tonnes de théories plus ou moins brillantes...), une seule idée pourrait suffire à bouleverser le monde : le respect de la nature, humaine et environnemental, érigé en principe directeur suprême.

  • permalien Anonyme 13 :
    5 avril 2009 @01h56   « »

    Ignorant si cette video est déjà connue des lecteurs de ces blogs,
    je m’étais dit que l’aspect clair et informé de cette conférence de Geneviève Adam, enseignante-chercheuse de Toulouse-Le-Mirail, membre du conseil scientifique d’ATTAC, sur le processus de Bologne (un processus de transformation de l’éducation et de la recherche) et la globalisation, pouvait intéresser certains. Ici.

  • permalien Meuh ! :
    6 avril 2009 @11h30   « »
    Au pays des miracles comptables

    Salut,

    L’amnistie des institutions bancaires vient d’être signée par le G20, puisqu’on peut à partir d’aujourd’hui évaluer les actifs toxiques au prix souhaité par le management.

    http://www.pauljorion.com/blog/?p=2638

    vu sur http://lacrisepourlesnuls.blogspot.com/

  • permalien BA :
    6 avril 2009 @15h26   « »

    Premier acte de la comédie : le 2 avril 2009, aux Etats-Unis, les banquiers réussissent à convaincre le Congrès de voter une nouvelle norme comptable, la FAS 157-e. Elle permet aux banquiers américains de maquiller leurs comptes ! Elle permet aux banquiers américains de présenter des résultats trimestriels en hausse de 20 %, comme ça, comme par magie !

    Je cite François Leclerc :

    Conséquence désormais acquise, les résultats des banques vont être « dopés », leur évitant de procéder à des dépréciations et des recapitalisations. Robert Willens, un ancien directeur de Lehman Brothers Holdings Inc. considère que l’application de cette nouvelle norme va en effet améliorer de 20 % en moyenne les résultats des banques.

    http://www.pauljorion.com/blog/?p=2638

    Deuxième acte de la comédie : les banques européennes sont scandalisées ! Les banques européennes veulent pouvoir maquiller leurs comptes, elles-aussi ! Elles sont donc en train de faire le forcing auprès des gouvernements européens pour pouvoir utiliser la même entourloupe !

    C’est humain, après tout !

    Pourquoi les banquiers américains seraient-ils les seuls à mentir sur l’état réel de leurs banques ?

    Pourquoi les banques européennes n’auraient-elles pas le droit de magouiller, elles-aussi ?

    Pourquoi les banques européennes n’auraient-elles pas le droit de présenter des résultats trimestriels en hausse de 20 %, comme par magie ?

    http://www.lesechos.fr/info/finance...

  • permalien Adrien :
    6 avril 2009 @17h39   « »
    Baisser les taux

    Bonjour Mr Lordon,

    J’étais à la conférence du 3 Avril à Saint-Etienne, et je ne suis pas satisfait de la réponse que vous m’avez donné quand j’ai demandé si il faudrait baisser les taux d’intérêts. En effet seul la BCE a ses taux à 1%, mais les taux réels sont encore très élevés : 2.5% pour le livret A, 4.2% pour l’assurance vie, et les prêts sont à 5%. je pense que des taux élevés :
    augmentent les inégalités entre riches et pauvres
    fragilisent les entreprises, les décourageant d’emprunter pour investir
    augmente le risque de faillite des entreprises et de surendettement des ménages
    favorisent la rémunération du capital (actions, immobilier) qui s’allignent au dessus les taux d’intérêts, au dépend des salaires.

    A contrario baisser les taux ne suffirait pas pour relancer l’économie, car il faut aussi encourager les ménages à épargner et non à s’endetter, donc réduire le crédit à la consommation pour favoriser le prêt aux entreprises. De plus le taux d’épargne ne dépend pas des taux d’intérêts mais de la nécessité et d’autres facteurs psychologiques.

  • permalien youl :
    7 avril 2009 @07h18   « »

    il serait bon que lordon réponde aux remarques de peyrelevade.

  • permalien Pipas :
    7 avril 2009 @09h29   « »
    Hermétisme et omissions : la réponse de Jean de mauvaise foi

    Outre son CV éloquent, Jean Peyrelevade détient des armes de persuasion massive : des arguments massues, du type "calcul d’une moyenne" ou encore "en l’absence de chiffres toute discussion est inutile", de quoi mettre KO n’importe quel adversaire dans un débat sanctifié !
    Mais au delà du contenu de son article, qui ne m’a pas convaincu de l’augmentation de la part salariale dans la valeur ajoutée malgré l’ignoble rythme discursif auquel l’on est soumis, quelques questions m’effleurent l’esprit :

    Que savent les statistiques de la "première entreprise de France", j’ai bien nommé l’Artisanat (non cotée), ce tissu de PMI PME dont le sport nationale est le travail au noir mixé à la prédation de clandestins ? Plus haut on trouve aussi Bouygues, coté cette fois, dont les moeurs similaires de basse pression salariale s’expriment à l’échelle industrielle...
    Pourquoi n’importe quel plombier ou boulanger de bientôt 60 ans vous parlent des trente glorieuses entre deux soupirs en attendant la retraite ? A l’époque, ils étaient vraiment moins expérimentés qu’aujourd’hui et avaient cette étrange impression de "gagner plus". Jean Peyrelevade leur a-t-il déjà adressé la parole pour leur demander autre chose que des chiottes ou des croissants ?

    Sera-t-il un jour envisageable de discuter des idées pertinentes sans statistiques ?

  • permalien BA :
    8 avril 2009 @09h46   « »

    Les patrons des banques privées se goinfrent de plus en plus. Ce scandale est insupportable.

    http://www.lexpansion.com/economie/...

    Maintenant, ça suffit.

    Tous les clients des banques privées devraient fermer leurs comptes, puis ils devraient aller déposer leurs économies dans les banques publiques (La Banque Postale, ou autre).

    Si nous voulons VRAIMENT changer ce système insupportable, nous devons quitter les banques privées.

    Nous devons frapper les banques privées au seul endroit vulnérable : leur portefeuille.

  • permalien BCM :
    13 avril 2009 @13h40   « »

    Très bon article. Bravo.
    Effectivement il y a peu de gens indispensables à ces niveaux, en dehors de ceux qui ont créé eux-mêmes leur société et risqué leur argent, mais ce n’est pratiquement jamais le cas de ces grands patrons. Bon, maintenant il faudrait trouver, et faire accepter, des modèles alternatifs et ça n’est pas gagné ...

  • permalien BA :
    15 avril 2009 @10h48   « »

    Samedi 11 avril 2009, le journal économique La Tribune publie un éditorial explosif en page 7 : « Banques : le grand mensonge ».

    Cet éditorial de Philippe Mabille est tellement compromettant pour les banques qu’il n’apparaît pas sur le site internet de La Tribune. Les autres éditoriaux de Philippe Mabille sont tous sur le site de La Tribune, y compris son éditorial du mercredi 15 avril 2009, mais l’éditorial du 11 avril a été censuré.

    Je recopie donc la fin de cet éditorial censuré :

  • permalien BA :
    15 avril 2009 @10h49   « »

    « Banques : le grand mensonge.

    Par un curieux retournement du destin, le climat boursier est, dans le même temps, redevenu favorable pour les banques. Un exemple frappera les esprits : le cours de la Société Générale s’est apprécié de 45 % par rapport au cours de 24,5 euros qui avait été proposé pour le plan de stock-options qui a tant scandalisé l’opinion. En déduire que la crise financière est derrière nous serait toutefois une grave erreur. Bien au contraire, le pire est encore à venir.

    Le calcul est assez simple à faire : en janvier 2009, le Fonds Monétaire International prévoyait 2 200 milliards de dollars de pertes mondiales pour les bilans bancaires. Ce chiffre a été réévalué à 4 000 milliards de dollars, dont un tiers seulement a été comptabilisé. La conclusion coule de source : les banques ne disent pas la vérité sur la réalité de leur situation. Et les autorités financières sont complices de ce grand mensonge, pour éviter de créer la panique.

    On le voit avec la forte tension qui règne aux Etats-Unis à propos des « stress tests » réalisés sur la solidité des banques américaines. Mentir pour la bonne cause, on retrouve là un peu le même scénario que celui du Crédit Lyonnais, où la Commission Bancaire et le Trésor avaient été accusés d’avoir fermé les yeux sur les comptes truqués de la banque publique.

    Mais, cette fois, ce n’est pas une seule banque qui est en cause, mais toutes les banques mondiales en même temps. De sorte que celle qui saura masquer ses pertes le plus longtemps sortira grande gagnante du jeu de poker menteur qui va maintenant succéder au théâtre du G20. »

  • permalien th Mercier :
    15 avril 2009 @22h13   « »

    "Pour la première fois un auteur de la mouvance anticapitaliste (F Lordon) reconnaît que l’affirmation d’un déplacement de dix points de valeur ajoutée au détriment des salariés depuis quelques années relève du mythe, pour ne pas dire de la mystification."
    écrit J Peyrelevade sur son blog.
    Une raison de plus pour attendre avec impatience le prochain article de frédéric Lordon. Grand merci par avance !
    th M

  • permalien BA :
    20 avril 2009 @14h10   « »

    Banques américaines : une nationalisation qui ne dit pas son nom.

    Lisez cet article :

    http://www.lesechos.fr/info/marches...

  • permalien BA :
    20 avril 2009 @16h01   « »

    Lundi 20 avril 2009, communiqué de l’OFCE : « On attend une reprise en L, et le scénario qu’on a en tête, c’est le Japon des années 1990 ».

    Lisez cet article :

    http://www.boursorama.com/infos/act...

  • permalien BA :
    25 avril 2009 @13h48   « »

    Imaginons que le prévisionniste de l’OFCE Xavier Timbeau ait écrit une conclusion INVERSE à propos de l’évolution de la crise économique.

    Voici ce que ça aurait donné, après modifications écrites en capitales :

    " Les signes avant-coureurs d’une inversion du mécanisme récessif sont EVIDENTS,” a noté Xavier Timbeau, directeur du département analyse et prévision de l’OFCE, pour qui le risque est NUL de voir cette crise sans précédent depuis les années 1930 déboucher sur un marasme de longue durée avec déflation.
    “On attend plutôt une reprise en ‘V’ et le scénario qu’on a en tête c’est UNE SORTIE DE CRISE TRES RAPIDE,” a-t-il conclu.

    Aussitôt, tous les médias auraient repris cette conclusion à la une, en première page.

    Mais, malheureusement, la conclusion de Xavier Timbeau était la suivante :

    “Les signes avant-coureurs d’une inversion du mécanisme récessif sont loin d’être évidents,” a noté Xavier Timbeau, directeur du département analyse et prévision de l’OFCE, pour qui le risque est réel de voir cette crise sans précédent depuis les années 1930 déboucher sur un marasme de longue durée avec déflation.
    “On attend plutôt une reprise en ‘L’ et le scénario qu’on a en tête c’est le Japon des années 1990,” a-t-il conclu.

    Du coup, 3 médias seulement ont repris cette conclusion : Boursorama, Le Point.fr, et Les Echos. Je dis bien : 3 médias seulement.

    J’appelle ça un mensonge par omission.

    J’appelle ça une manipulation médiatique.

    http://www.boursorama.com/infos/act...

  • permalien ex-bleausard :
    28 avril 2009 @15h38   « »

    Toujours dans l’attente d’un nouvel article (plus d’un mois déjà), on peut retrouver l’auteur de ce blog ici.

    Ou l’on apprend notamment qu’un livre devrait sortir fin Mai.

    S’il vous plait Monsieur Lordon, racontez nous la "bien bonne" sur Jacques Attali.

    Bien à vous

  • permalien EspritLibre :
    29 avril 2009 @10h39   « »
    oui oui, racontez-nous Jactali !

    En effet, j’ai vu la vidéo, en effet, il y a eu auto-censure/coupure/veulerie ... on d’accord j’exagère, c’est juste pour taquiner.

    Comme ex-bleausard, j’attend la "bien bonne" à propos de votre chouchou Jactali !

    Ce qui m’amène à une question à M. Lordon : en tant que chercheur public, blogger et correspondant du Monde Diplo, ressentez-vous/recevez-vous des pressions ?

  • permalien nol :
    29 avril 2009 @11h49   « »

    Les gens sont injustes avec les élites, bancaires, politiques ou industrielles.
    Etre au sommet et s’y maintenir est un travail à plein temps.
    Les élites sont sujettes à l’angoisse perpétuelle de la survie, tout comme les "prolétaires". En ce sens ces deux catégories sociales sont paradoxalement plus proches l’une de l’autre que de la classe moyenne, cet aglomérat disparate qui s’imagine que la société humaine puisse être gouvernée par la "raison".
    Il faut comprendre nos élites. Le plus léger dévissage d’une position conquise et maintenue à grands renforts de lutte, intrigues, compromissions, copinages, et autres sacrifices existentiels qui rebuteraient les plus veules d’entre nous, et c’est le grand vertige, l’appel du vide, la catastrophe, le gouffre béant, la déchéance, le désespoir, la dépression, le poison de l’échec. Nos élites sont en guerre, entre elles et contre le reste du monde : admettre son erreur ou son incompétence est un véritable sida spirituel.
    Prions pour nos élites, mes frères, et faisons preuve de compassion : elles en ont bien besoin.

  • permalien Pipas :
    29 avril 2009 @17h46   « »
    Péter les plombs, à quoi bon ?

    A l’exeption de la conclusion de l’entretien dans cette librairie (merci ex-bleausard), je reste convaincu de la pertinence (et de l’impertinence) des propos de F.Lordon.
    Puisque tout le capitalisme n’est qu’illusion ou "croyance", je vous invite à rejoindre le maquis de la guérilla sémiotique.
    "Déplaçons le curseur" de la remise en question des institutions le plus loin possible.
    Le chemin est peut-être encore long et douloureux avant l’insurrection, qui ne sera en définitive que la photographie de tout le travail accompli en amont.
    Je doute que l’hystérie collective rende moins sourdes et aveugles les élites (si seulement elle pouvait les rendre muettes !).
    Je crois que ces dernières continueront malheureusement de mandater des gros bras pour cogner comme des sourds et à l’aveugle sur les insoumis. L’usage de la force n’appelle que des réponses techniques pour maintenir les rapports de force actuellement en faveur de possesseurs de Rolex de moins de cinquante ans.
    Péter les plombs, à quoi bon ? Continuons notre réflexion et bâtissons
    quelque chose de beau sur les ruines du néolibéralisme ! Les élites suivront, as usual...

  • permalien
    4 mai 2009 @09h28   « »

    "Certains ont trouvé que les critères n’étaient pas assez sévères, d’autres que le stress test était basé sur des projections économiques trop pessimistes, avec une prévision de contraction de l’économie de 3,3 % cette année", résume Gregory Volokhine, de Meeschaert New York.
    Selon M. Volokhine, le marché prévoit que les stress tests concluront " au besoin de plus de capital pour les banques, et c’est pour cela que ces dernières ne sont pas satisfaites : cela suggère que ça va entraîner d’une façon ou d’une autre une augmentation de la participation de l’Etat dans les banques ".
    "Sans le dire clairement, le gouvernement se donne l’occasion de nationaliser les banques aux bilans les plus faibles et en manque de fonds propres", renchérit Douglas McIntyre, analyste du site 247WallSt.
    Selon lui, les banques réalisant un faible score au "test", vont voir échouer leur tentatives de se tourner vers les marchés privés de capitaux, ce qui fera du gouvernement fédéral "le prêteur de dernier recours".

    Le soulagement apporté par les résultats meilleurs qu’attendu des banques au premier trimestre n’aura été que de courte durée. L’agence de notation Standard and Poor’s (S&P) l’admet dans un rapport sectoriel publié vendredi : "la crise du crédit est plus dure que nous l’envisagions".
    L’agence "estime que la moitié des banques ayant passé le test pourraient avoir besoin de lever du capital additionnel".
    Selon des estimations citées par M. McIntyre, le géant Bank of America pourrait ainsi nécessiter jusqu’à 70 milliards de dollars supplémentaires, après avoir déjà bénéficié de 45 milliards d’aide publique.

    Une note récente de Morgan Stanley affirmait que les grosses banques régionales SunTrust, KeyCorp et Regions Financial allaient devoir lever de nouveaux fonds. La grande banque Wells Fargo serait un cas limite....
    Les récentes prévisions économiques renforcent le scénario d’une intervention de l’Etat, estiment plusieurs analystes.
    "Les pouvoirs publics risquent d’être contraints de prendre des mesures supplémentaires pour restaurer la stabilité financière, alors que la région fait face à sa pire récession depuis plus d’un demi-siècle", déclare David Song, du site CFDTrading, citant la projection du FMI d’une contraction de 1,3 % de l’économie mondiale cette année.

    http://www.boursorama.com/infos/act...

  • permalien BA :
    6 mai 2009 @14h38   « »

    L’Europe redoute une "crise sociale" potentiellement "explosive".

    La Tribune.fr - 05/05/2009.

    Le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker pronostique "une crise sociale" en Europe, potentiellement "explosive", appelant les chefs d’entreprise européens à éviter "les licenciements massifs et prématurés", en ayant recours en priorité au chômage partiel, et à faire preuve "de responsabilité sociale".

    Alors que la Commission européenne a indiqué qu’en dépit des "signaux positifs" entrevus ces dernières semaines, des "incertitudes considérables" continuaient de peser sur l’activité dans l’UE, Jean-Claude Juncker s’est dit lundi très préoccupé par la montée du chômage. "Nous sommes au milieu d’une crise économique et financière, nous allons vers une crise sociale", a-t-il estimé, appelant les employeurs à ne pas procéder à des licenciements massifs.

    "Je suis très inquiet de la montée du chômage. Il ne faut pas sous-estimer le caractère explosif que peut revêtir cette recrudescence du chômage", a-t-il ajouté.

    La Commission Européenne anticipe une forte hausse du taux de chômage cette année et l’année prochaine, avec des prévisions de 9,9 % de la population active dans la zone euro et 9,4 % dans l’Union Européenne en 2009 puis de 11,5 % et 10,9 % en 2010.

    http://www.latribune.fr/actualites/...

  • permalien BA :
    7 mai 2009 @08h03   « »

    Entre 2004 et 2006, le taux de pauvreté est passé de 11,7 % à 13,2 %.

    Environ 7,9 millions de personnes vivaient en dessous du seuil de pauvreté en France en 2006, soit 13,2 % de la population, selon une étude de l’INSEE parue mercredi 5 mai. En 2004, rappelle l’INSEE, ce taux était seulement de 11,7 %, soit près de sept millions de personnes.

    http://tempsreel.nouvelobs.com/spec...

    Je vous laisse imaginer l’évolution du taux de pauvreté de 2006 jusqu’à aujourd’hui.

    En clair : en France, nous voyons sous nos yeux la paupérisation générale.

    Nous voyons sous nos yeux l’appauvrissement du peuple français.

  • permalien Pipas :
    10 mai 2009 @15h28   « »
    Quelques questions à F.Lordon

    Mr Lordon, que pensez vous de l’actuel orientation "écolodévelodurablobioboboblablable" de nos modes de vies ?
    Vous prononcerez-vous sur le sujet dans un prochain article/ouvrage ?

    J’ai bien l’impression que grâce à ce "green washing", l’"économicisme" et le scientisme (qui sont le marteau et la faucille du camarade néo-libéral) se ménagent un avenir radieux. Bordel ! J’ai même entendu chez Mermet qu’à Monaco se vendaient des yachts écologiques ! Connaissez-vous d’autres oxymores rigolotes ?

    Selon vous, est-il possible qu’une bulle verte se constitue une fois l’orage actuel passé (s’il passe...) pour nous péter à la gueule lors de la prochaine crise ?

    Que pensez-vous de la décroissance ?

    Viendrez-vous sur Grenoble ? On a plein de librairies sympa !

  • permalien BA :
    10 mai 2009 @18h58   « »

    Résultats des « stress tests » pour les banques étatsuniennes : c’était du pipeau.

    Les grandes banques américaines auraient négocié avec les autorités les résultats de leurs "stress tests", tests de résistance à un approfondissement de la crise, affirme samedi 9 mai le Wall Street Journal sur son site internet.

    Rendu public jeudi 7 mai, ce bilan de santé des banques de Wall Street, sensé évaluer les montants des recapitalisations (auprès des marchés ou de l’Etat) que devront encore consentir les banques américaines pour surmonter la crise, avait de fait surpris par sa relative modestie.

    Il indiquait que les 19 plus grandes banques américaines pourraient encore perdre 600 milliards de dollars avant la fin 2010 si la récession s’approfondissait, et que pour surmonter ce scénario, 10 d’entre elles allaient devoir renforcer leur capital pour un total de 74,6 milliards de dollars.

    Alors que certains économistes tel Nouriel Roubini présentaient le système financier américain comme au bord de la faillite (Le Monde du samedi 9 mai 2009). Et que fin avril, le FMI avait affirmé que les banques américaines auraient besoin de 275 milliards de dollars de capitaux supplémentaires d’ici 2010, pour nettoyer leurs comptes.

    Selon le Wall Street Journal, qui cite des sources concordantes des banques et des autorités, le chiffre calculé à l’origine par la Réserve fédérale (Fed) était beaucoup plus élevé.

    Le quotidien des affaires indique qu’il était de "plus de 50 milliards de dollars" pour Bank of America, avant d’être réduit à 33,9 milliards, d’"environ 35 milliards de dollars" pour Citigroup, avant de chuter à 5,5 milliards, ou encore de 17,3 milliards de dollars pour Wells Fargo, montant ramené à 13,7 milliards.

    http://www.lemonde.fr/la-crise-fina...

  • permalien
    12 mai 2009 @00h08   « »

    Les banques coupables d’avoir délibérément provoqué la crise financière, selon le Center for Public Integrity.

  • permalien BA :
    16 mai 2009 @14h42   « »

    L’explosion du chômage aux Etats-Unis entraîne une conséquence dévastatrice pour les banques. De nombreux Américains sont licenciés. Comme ils se retrouvent au chômage, ils n’ont plus les moyens de rembourser leurs emprunts.

    Conséquence : ils arrêtent de rembourser leurs emprunts immobiliers, et ils arrêtent de rembourser leurs crédits à la consommation. Les défauts sur les cartes de crédit atteignent un niveau record en avril 2009.

    Les banques regardent avec terreur la mer se retirer. La deuxième vague de la crise financière va arriver. La deuxième vague sera très violente.

    Pourcentage des défauts sur les cartes de crédit en avril 2009, et en mars 2009 :

    Citigroup : 10.21 %, 9.66 %

    Wells Fargo : 10.03 %, 9.68 %

    JPMorgan Chase : 8.07 %, 7.13 %

    Discover Financial Services : 8.26 %, 7.39 %

    U.S. credit card defaults rose in April to record highs, with Citigroup and Wells Fargo posting double digit loss rates.

    http://www.calculatedriskblog.com/2...

  • permalien BA :
    18 mai 2009 @21h18   « »

    PIB des Etats-Unis en 2008 : 14 264,6 milliards de dollars.

    Déficit public pour l’année 2009 : 1 841 milliards de dollars, soit 12,9 % du PIB.

    Dette publique des Etats-Unis au 14 mai 2009 : 11 270 547 397 564 dollars (soit 11 270 milliards, 547 millions, 397 564 dollars), soit 79 % du PIB.

    http://www.treasurydirect.gov/NP/BP...

    Pour lire le montant de la dette totale (publique + privée) des Etats-Unis, il faut lire la page 15 :

    http://www.federalreserve.gov/relea...

    Domestic nonfinancial sectors : 33 517,9 milliards de dollars.

    Domestic financial sectors : 17 216,5 milliards de dollars.

    Foreign : 1 858,3 milliards de dollars.

    Dette totale (publique + privée) des Etats-Unis : 52 592,7 milliards de dollars, soit 368 % du PIB.

  • permalien Hamilcar :
    30 mai 2009 @20h26   « »
    L’Euro est mort ! Vive le Franc nouveau.

    Plusieurs articles dans la presse belge, irlandaise, portugaise, sur une interview accordée par Paul de Grauwe, conseiller économique de Barroso et professeur d’économie, au journal De Morgen.

    Aucun écho à ce jour, ni dans Le Monde, ni dans Libé, ni dans Le Figaro.

    Les déclarations de Paul de Grauwe sont pourtant intéressantes :

    Il est d’avis que :

    - l’économie italienne souffre de son appartenance à l’euro ;
    - sans union politique plus étroite, l’euro est condamné à 10-20 ans ;
    - le processus de Lisbonne est en réalité à jeter, car fondé sur une idée fausse ;
    - comme personne ne veut d’une union plus étroite, on peut se demander si l’euro était réellement une bonne idée.

    Bon, je ne peux évaluer l’ensemble du raisonnement de Paul de Grauwe, mais sa fonction et ses propos mériteraient peut-être un écho dans notre presse nationale, non ?

    Last Minute : article également du Times, qui avance que de Grauwe avait été pressenti pour faire partie du Conseil de politique monétaire britannique. Ce n’est sans doute pas encore assez bien pour que la presse française parle des opinions de ce quidam...

    Sources : http://www.lalettrevolee.net/article-2580846-6.html

  • permalien BA :
    5 juin 2009 @22h55   « »

    Dans notre grande série « Les banques américaines veulent continuer à présenter des bilans mensongers », voici le dernier épisode :

    Les banques américaines veulent limiter la comptabilisation des actifs titrisés à leur bilan.

    [ 05/06/09 ]

    Harmonisation.

    Si l’on en croit le « Wall Street Journal » d’hier, les banques américaines cherchent à contourner les nouvelles règles les obligeant à inclure au bilan leurs actifs titrisés à partir de début 2010, comme elles s’y étaient pourtant engagées.
    Après avoir réussi en avril à faire plier leur autorité comptable (la FASB) sur le principe de la juste valeur, plusieurs banques américaines auraient en effet écrit le 1er juin à Timothy Geithner, le secrétaire au Trésor, pour lui recommander la prudence dans l’adoption de cette règle déjà appliquée dans l’Union européenne mais pas aux Etats-Unis.
    Les montants en jeu sont considérables - JPMorgan Chase évoque le chiffre de 145 milliards de dollars d’actifs en plus à consolider au bilan - et pourraient, craignent les banques américaines, les contraindre à lever encore massivement des capitaux pour répondre aux exigences de solvabilité.
    Les banques françaises verraient d’un très mauvais oeil un nouveau retard dans le processus d’harmonisation comptable internationale.

    http://www.lesechos.fr/info/finance...

  • permalien BA :
    15 juin 2009 @21h48   « »

    Les comptes des banques ne se redressent pas ? Truquons les comptes !

    Même si la crise financière s’est calmée (ce que symbolise la décision de dix banques américaines de rembourser les aides du Trésor US), la récession généralisée pèse sur le bilan des banques françaises. Entre l’augmentation des faillites et la chute de l’immobilier, les établissements financiers risquent de continuer à déprécier leurs actifs (toxiques ou non). Et à afficher des pertes. La Société générale ou Natixis sont concernés au premier plan. Que faire pour éviter ces mauvaises nouvelles ? Changer les normes comptables, tout simplement.

    C’est ce que le lobby bancaire, soutenu par le gouvernement français, est en train d’obtenir. Les autorités comptables de l’Europe, l’International Accounting Standards Board (IASB), ont cédé aux pressions des pouvoirs publics européens. Une réunion s’est tenue mardi à Luxembourg entre les ministres des Finances de l’UE et les représentants de l’IASB. Au menu, la révision de la norme comptable dite "IAS 39".

    Les gouvernements ont plein de bons arguments : l’IASB n’est pas un organisme démocratique, son conseil d’administration ne comporte pas de représentants des autorités ou des patrons d’entreprises, etc.), et surtout la norme IAS 39 est critiquable.

    Rappelons-le, pour les ignorants de la chose comptable. IAS 39 encadre la manière dont doivent être valorisés les actifs financiers possédés par les entreprises. Et il repose sur la notion de "fair value" (juste valeur), c’est-à-dire de comptabilisation à la valeur de marché (ou "mark-to-market"). Beaucoup de jargon pour décrire une transformation récente de la comptabilité française. Dans la comptabilité traditionnelle, on enregistre l’acquisition d’un bien le jour de son achat et ce n’est qu’au moment de sa cession (à un prix différent) qu’on enregistre la différence (sous forme de moins value ou de plus-value). Avec IAS 39, c’est à chaque fois qu’on présente ses comptes qu’on vérifie si la valeur de l’actif a évolué à la hausse ou à la baisse. Et qu’en conséquence, on déprécie ou non son bilan.

    La suite ici :

    http://cordonsbourse.blogs.liberati...

  • permalien HariS :
    17 juin 2009 @16h23   « »
    Le secretaire au tresor etatsunien moqué des étudiants pékin

    Les chinois n’ont pas vraiment cru Geithner quand il leur a dit, à propos des bons au trésors étatsuniens, qu’ils avaient fait un placement sûr !

    http://www.examiner.com/x-3747-Loui...

  • permalien ex-bleausard :
    18 juin 2009 @22h18   « »
    Mais ou est Frederic Lordon ?

    C’est vrai, ça fait bientot 3 mois que vous n’avez rien publié sur votre blog et ça nous manque.
    Peu de "promo" de votre dernier livre meme sur les médias alternatifs...
    Donnez nous de vos nouvelles...

  • permalien toldo :
    24 juin 2009 @16h06   « »

    Oui, où est F.Lordon ?
    Mis à part un ouvrage publié récemment et qui compile en fait les textes de ce blog, plus rien..Etrange et malencontreux alors que s’esquisse de nouveau une vaste offensive pour faire supporter aux salariés les coûts de la crise et que dans certains pays (Letonie,etc) c’est déjà bien parti. Il y a des textes très intéressants sur les stratégies actuellement utilisées sur le site Contreinfo.info
    Peut-être que F.Lordon est en train de compiler des données, ce serait souhaitable. En attendant, je recommande la lecture des textes de M Hudson sur Contre info

  • permalien ex-bleausard :
    29 juin 2009 @19h18   « »
    Vous pouvez répeter la question ?

    Assez incroyable, cette video ou un sénateur américain Alan Gryson s’inquiete de la disparition de mille milliards de dollars (1.e12) ou un trillion en anglais et s’interroge sur l’utilisation de 9 autres trillions de dollars. Les réponses quelque peu embrouillées de l’inspectrice générale de la FED, Mrs Coleman ...sont simplement hallucinantes.
    Un eclairage de Fréderic Lordon serait le bienvenu

  • permalien BA :
    30 juin 2009 @22h53   « »

    Wall Street en baisse après la chute du moral des ménages américains.

    Sur le front des statistiques, la confiance des consommateurs mesurée par l’institut privé de conjoncture du Conference Board a nettement chuté en juin, tombant à 49,3 points. Une baisse surprise alors que les économistes attendaient une stabilité de cet indicateur, à 55,3 points.

    Les ménages sont à la fois plus pessimistes sur la situation actuelle que sur leurs attentes pour les six mois à venir. Leur moral est particulièrement suivi par les opérateurs, alors que la consommation constitue le moteur traditionnel de la croissance outre-Atlantique. La semaine passée, les marchés s’étaient déjà inquiétés de la hausse du taux d’épargne, au plus haut depuis 15 ans.

    http://www.latribune.fr/bourse/2009...

    La méthode Coué des commentateurs économiques et des éditorialistes commence à montrer ses limites.

    L’explosion du chômage aux Etats-Unis est en train de détruire la confiance des consommateurs américains, et surtout de détruire la consommation aux Etats-Unis.

    Et quand la consommation des Américains chute, c’est toute l’économie mondiale qui s’effondre.

  • permalien BA :
    1er juillet 2009 @10h20   « »

    Les banques européennes mettent leur argent à l’abri en prévision de la deuxième crise financière qui arrive.

    Les banques européennes mettent leur argent en dépôt à la Banque Centrale Européenne, alors que les taux d’intérêt versés par la Banque Centrale Européenne sont quasi-nuls.

    Les banques européennes préfèrent placer leur argent à la Banque Centrale Européenne, même si cela ne leur rapporte presque aucun intérêt, car leur argent y sera en sécurité lorsque la deuxième crise financière éclatera.

    Regardez bien ce graphique : il montre les sommes d’argent déposées par les banques à la Banque Centrale Européenne.

    Depuis quelques jours, ces sommes d’argent déposées explosent. Cela montre que les banques européennes savent que la deuxième crise financière est imminente : elles mettent donc leur argent à l’abri pour le protéger de ce tsunami :

    http://www.bloomberg.com/apps/cbuil...

  • permalien BA :
    1er juillet 2009 @13h52   « »

    « FRANKFURT - (Dow Jones) - Euro-zone banks continued to hoard much of the liquidity they received last week, placing EUR 252.067 billion in the European Central Bank’s deposit facility overnight from Tuesday, data from the ECB showed Wednesday. The ECB pays an interest rate of 0.25 % on the funds, which is broadly in line with the current interbank market rate. »

    http://www.easybourse.com/bourse-ac...

    En clair : les banques européennes viennent de déposer à la Banque Centrale Européenne la somme hallucinante de 252,067 milliards d’euros, alors que la BCE ne va leur verser presque aucun intérêt ! Les banques européennes ne vont toucher que 0,25 % d’intérêt ! C’est nul !

    Conclusion : les banques européennes voient arriver la deuxième crise financière, et, dans la panique, elles mettent leur argent en lieu sûr.

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