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La Corée du Nord joue avec le feu

par Martine Bulard, 6 avril 2009

Maniant une fois de plus la provocation, le chef de l’Etat de la République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord), M. Kim Jong-il, s’est bruyamment félicité du lancement d’une fusée destinée à mettre sur orbite un satellite de communication Taepodong-2 – certains parlent de missile balistique. Selon des sources convergentes, sud-coréennes et russes notamment – l’engin s’est abîmé dans la Pacifique. Aucun satellite n’a été mis en orbite.

Certes, Pyongyang fait valoir qu’il s’agit d’un satellite de communication et qu’aucun traité n’interdit l’exploration spatiale – non sans raison (lire Donald Kirk, « Launch ? What launch ? » Asia Times, 4, avril). Il reste que les accords signé en février 2007 stipulent que la Corée du Nord s’engage à « suspendre toutes les activités liées son programme de missiles balistiques » (lire Bruce Cumings, « Et la Corée du Nord redevint fréquentable », Le Monde diplomatique, octobre 2007 et Martine Bulard, « Quelques leçons coréennes », La valise diplomatique, mars 2007). D’où la bataille d’experts pour savoir si Taepodong-2 est ou non un missile.

Mais ce lancement – pacifique ou non – est d’abord politique. Le pouvoir nord-coréen pratique l’art de la tension permanente dans une région qui n’en a pas besoin. Le Japon, où l’inquiétude était maximale tout au long du week-end dernier, a obtenu la réunion du Conseil de sécurité des Nations unies et réclamé des sanctions renforcées, à l’instar des Etats-Unis et de la France. La Russie et surtout la Chine ont refusé l’escalade. La réaction des Nations unies, a expliqué M. Zhang Yesui , représentant permanent de Pékin, doit être « prudente et proportionnée ». Séoul est resté lui aussi modéré ainsi que l’Inde qui prône « la retenue ».

Pékin a mis en avant l’urgence d’un retour rapide à la table des négociations avec le groupe des six (Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, Etats-Unis, Japon, Russie) qui avait réussi à obtenir l’arrêt du programme nucléaire de Pyongyang, en contrepartie d’aides alimentaires et au développement. Les négociations achoppent désormais sur les modalités de vérification de l’application de l’accord.

Il est possible que la maladie de Kim Jong-il – visiblement victime d’une attaque cérébrale il y a quelque mois – ait entraîné quelques divisions au sein du pouvoir et de l’armée. En signant son retour sur la scène publique par le lancement de Taepodong – les images du président regardant l’opération ont été abondamment diffusées –, il entend montrer au monde qu’il tient toujours les rênes. Kim Jong-il essaie de faire monter les enchères, à la faveur du changement aux Etats-Unis. Enfin, il tente de redorer la blason de son pays, face à une population aux prises avec des difficultés de vie inextricables.

Martine Bulard

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