En kiosques : février 2016
Abonnement Faire un don

Première visite

Vous êtes abonné(e) mais vous n’avez pas encore de compte en ligne ?

Vous n'êtes pas abonné(e) ?

Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout le site.
Une question, un problème ? Consultez la notice.
Accéder au menu

Dubaï, Leviev et le boycott d’Israël

par Alain Gresh, 20 mai 2009

Officiellement, les Etats arabes, à l’exception de l’Egypte, boycottent Israël et se refusent à traiter avec des sociétés israéliennes ou à importer des produits israéliens. Ces mêmes Etats se font souvent les porte-parole d’une politique de sanctions à l’égard de l’Etat hébreu. Pourtant, ces déclarations se heurtent parfois à d’étranges faits.

Quelques semaines après le début de la crise financière, un hôtel de luxe, L’Atlantis, était inauguré à Dubaï, aux Emirats arabes unis. « 2 000 stars à l’inauguration de l’Atlantis Hotel de Dubai », pouvait-on lire sur LePost.fr, le 21 novembre 2008.

« Dubai, Dubai, Dubai ! Les princes arabes, les tapis volants, le pétrole, les dollars... et l’Atlantis Hotel ! Un palace extraordinaire qui aura coûté plus de 1,5 milliard d’euros et qui vient de fêter son inauguration hier en grande pompe. »

« Ecoutez bien, la petite fête aurait coûté la bagatelle de 30 millions d’euros ! Tout ça pour annoncer à la Terre entière l’ouverture de l’hôtel de luxe qui se veut le plus incroyable palace de la planète avec aquarium géant intégré... »

« L’hôtel Atlantis est situé en plein cœur de la Palm Island de Dubaï, une île artificielle construite en forme de palmier. Les plus grands architectes et designers du monde entier ont travaillé sur ce projet pharaonique. »

On peut voir dans cette cérémonie, et dans l’hôtel lui-même, le signe d’une époque de gaspillage, d’argent fou. Il suffit de se promener dans ses immenses couloirs, au mois de mai 2009, pour mesurer à quel point tout cela est vain, de mauvais goût, et, bien sûr, largement inoccupé, les touristes attendus ayant déserté depuis la crise.

Il existe évidemment dans ces couloirs des boutiques de luxe, des magasins qui vendent des habits hors de prix ou des diamants. Levant est l’un de ces magasins. Sur sa devanture, une annonce promeut les diamants Leviev, comme on le voit sur cette photographie.

JPEG - 203.6 ko

Qu’est-ce que Leviev ? Laissons la parole à Abe Hayeem, qui a écrit, le 28 avril 2009, un article dans The Guardian, « Boycott this Israeli settlement builder ». Il rappelle que le ministère des affaires étrangères britannique a décidé de renoncer à un contrat de location pour l’ambassade britannique à Tel-Aviv du fait des activités de cette société. Loin de se limiter à la vente de diamants, Leviev est impliqué dans des activités dans les territoires palestiniens occupés : elle possède notamment la colonie de Zufim bâtie grâce à la confiscation de terres palestiniennes du village de Jayyous. Les habitants de ce village ont écrit aux autorités norvégiennes pour leur demander qu’un fonds d’investissement retire ses avoirs dans la compagnie (« The village of Jayyous asks Norway to divest from Lev Leviev’s Companies », 5 mai 2009, Stopthewall). Cette affaire de confiscation de terres avait été évoquée il y a de nombreuses années par David Bloom,« Update From Jayyous : ISRAELI SETTLEMENT SEIZES PALESTINIAN FARMLAND », sur le site World War 4 Report, 10 décembre 2004). Gadi Algazi en avait parlé dans Le Monde diplomatique, en août 2006,« La Cisjordanie, nouveau "Far Est" du capitalisme israélien »

A Bil’in aussi, la compagnie est active Lieviev, et c’est là que, le 17 avril, l’armée israélienne a tué un manifestant non violent de 29 ans, Bassem Abou Rahmeh. Cette même compagnie dispose de deux boutiques à Dubaï.

Cette présence a soulevé quelques interrogations dans l’émirat. Le quotidien en langue anglais Gulf News publiait, le 30 avril 2008, un article intitulé « Israeli jeweller has no trade licence to open shop in Dubai », et signé Abbas Al Lawati. L’article reprenait le démenti d’un officiel disant que l’émirat n’avait accordé aucune licence à Leviev, mais il indiquait clairement que, en réalité, ces boutiques étaient en activité. Seul Gulf News a rendu compte à plusieurs reprises de cette question, y compris lors d’une manifestation à Dubaï (« Call to boycott Israeli jeweller », par Abbas Al Lawati, 14 décembre 2008). Lors de l’Arab Media Forum auquel j’ai assisté au mois de mai, les différents quotidiens locaux en langue arabe à qui j’ai donné un entretien dans lequel je soulevais le problème m’ont expliqué qu’ils n’étaient pas autorisés à reprendre ces propos.

A l’heure où Israël viole impunément toutes les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, un mouvement s’affirme en faveur de sanctions, d’un boycott, d’une politique de désinvestissement (retrait des investissements étrangers en Israël et dans les territoires occupés). C’est le sens de la campagne engagée en France contre Alstom et Veolia pour leur participation à la construction d’un tramway dans Jérusalem occupée (« Tramway à Jérusalem, mensonge à Paris », 24 octobre 2007). Il est étonnant dans ces conditions que des pays arabes collaborent avec ces mêmes sociétés qui travaillent dans les territoires occupés.

Christine Lagarde, ministre française du commerce, était à la mi-mai en Arabie saoudite, notamment pour promouvoir la participation d’Alstom et de la SNCF à un projet de train à grande vitesse entre La Mecque et Médine. On peut espérer que les autorités saoudiennes conditionnent leur accord à un retrait d’Alstom de ses travaux pour le tramway de Jérusalem.

Libération de Michel Kilo

L’agence de presse Reuters annonce la libération de l’intellectuel Michel Kilo, emprisonné sous de faux prétextes par les autorités et qui vient de purger une peine de trois ans de prison. Nous avons évoqué à plusieurs reprises le cas de ce prisonnier de conscience dont l’emprisonnement reflète le refus du pouvoir de la moindre critique (« Rencontre avec Bachar Al-Assad », 9 juillet 2008). Espérons que cette libération marquera une ouverture dans la politique intérieure syrienne.


Une traduction de ce billet est disponible sur le site de l’édition anglaise du Monde diplomatique.

Alain Gresh

Partager cet article /

sur Zinc
© Le Monde diplomatique - 2016