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Pour Veolia, la moralisation du capitalisme passe par la Belgique

vendredi 29 mai 2009, par Marc Laimé

Chargé par l’Elysée en avril 2009 d’une mission de promotion des contrats en alternance pour les jeunes, M. Henri Proglio, PD-G de Veolia Environnement, a aussi créé au début de 2008 une très discrète filiale en Belgique, qui permet à la multinationale d’adoucir le montant de l’impôt sur les sociétés qu’elle doit acquitter, en Belgique et en France. « Cotiser moins pour gagner plus ! » : les « jeunes en alternance » ne devraient pas manquer de retenir cette brillante leçon de « moralisation du capitalisme »…

A l’issue d’une visite du « campus » de Veolia Environnement le 24 avril dernier, l’Elysée annonçait que, dans le cadre des mesures d’aide à l’embauche des jeunes présentées ce même jour par M. Nicolas Sarkozy, le PD-G de Veolia Environnement, M. Henri Proglio, se voyait confier la mission de promouvoir les contrats d’apprentissage et de professionnalisation, comme l’atteste la lettre de mission établie par la Présidence.

Les medias n’ont évidemment pas manqué de saluer l’événement, comme le Figaro, ou RTL, qui conviait notre PD-G dès le lendemain.

Impossible dès lors d’ignorer qu’« en liaison avec M. Laurent Wauquiez, secrétaire d’Etat à l’emploi, et M. Martin Hirsch, Haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, Haut-commissaire à la jeunesse », M. Henri Proglio devra établir une « charte de l’alternance », et la faire signer par les entreprises françaises. Charte qui devra comporter des engagements chiffrés de développement de l’alternance, qui feront l’objet d’un suivi et d’une évaluation pour les années 2009 et 2010.

On ne s’étonnera pas que notre homme ait triomphalement été reconduit dans ses fonctions de P-DG pour un nouveau bail de quatre ans le 7 mai 2009, lors de l’assemblée générale annuelle de Veolia Environnement.

Après avoir pris la tête de Veolia Environnement en 2000, alors que la société n’était encore que la branche environnement de Vivendi, dirigée par M. Jean-Marie Messier, M. Proglio a su vaincre tous les obstacles, et conduit depuis lors d’une main de fer une multinationale, fleuron du CAC 40, qui réalise 36 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel, et emploie 319 000 personnes dans le monde.

Membre des conseils d’administration d’EDF, Lagardère, CNP Assurances, Natixis, Dassault aviation…, on comprend dès lors qu’il ait fait partie des « happy fews » invités à la fameuse soirée du Fouquet’s…

On ignorait toutefois que dans le même temps Veolia pratique allégrement « l’optimisation fiscale » à grande échelle, ce qui du coup fait un peu désordre !

Impressionnante « optimisation fiscale » en Belgique

Veolia Environnement a en effet mis en œuvre depuis janvier 2008 d’impressionnantes pratiques « d’optimisation fiscale » en Belgique.

Elle y a en transféré, en deux virements successifs, un total de près de 3 milliards d’euros de ses fonds propres sur les comptes de son bureau de lobbying européen, transformé pour l’occasion en une société dénommée « Veolia Environnement Europe Services ».

D’après les statuts initiaux de « Veolia Environnement Europe Services », et ses premiers comptes annuels, l’un des objets de la société est de servir de « banque interne » au groupe, en accordant des prêts à ses différentes filiales européennes…

Cette discrète filiale exotique de Veolia pratique également la « couverture » des taux de change des monnaies, autrement dit spécule joyeusement sur les devises...

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Les statuts de Veolia Environnement Europe Services
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Les comptes 2008 de Veolia Environnement Europe Services

La Commission européenne s’émeut

La Belgique avait mis en place en 2006 un complexe dispositif « d’optimisation fiscale », désormais sulfureux en ces temps de retour à la « vertu entrepreneuriale », système destiné en théorie à attirer les sièges sociaux des entreprises, et à « promouvoir l’emploi » en Belgique…

Ce système, dit des « intérêts notionnels », offre une déduction fiscale pour le « capital à risque ». Le dispositif permet en fait aux entreprises de déduire un intérêt fictif (calculé chaque année en fonction du taux obligataire à 10 ans), lorsqu’elles investissent sur fonds propres. Il est ouvert aux entreprises belges, y compris les PME, et étrangères qui investissent outre-Quiévrain.

L’objectif des « notionnels » était notamment d’offrir une alternative à la disparition des « centres de coordination », massivement implantés en Belgique par les multinationales depuis des lustres, et combattus eux aussi depuis plusieurs années par les autorités communautaires, qui ont fini par obtenir l’extinction, programmée pour l’année 2010, des avantages fiscaux exorbitants dont ils bénéficiaient.

Dans un rapport publié en 2008, la Banque Nationale de Belgique (BNB) soutenait que les « notionnels » avaient renforcé la structure financière des sociétés en Belgique, tout en ne mettant pas en péril les finances publiques. Leur coût pour l’État oscillant, affirmait-elle, à l’intérieur d’une fourchette allant de 140 à 430 millions d’euros par an. Mais d’autres calculs de l’administration des Finances évoquaient un coût de plus de 700 millions annuel. En revanche, l’impact en termes d’activité économique et d’emplois était encore difficile à mesurer, indiquait la Banque nationale dont l’étude portait sur la première année d’application du système.

En Belgique, cette affaire a déclenché un furieux hourvari : de nombreux commentateurs ont accusé l’Etat belge d’y avoir perdu plusieurs milliards d’euros, pour le plus grand profit des multinationales qui se sont ruées sur l’aubaine…

On apprenait de surcroît en février 2009 que les désormais fameux « notionnels » étaient dans le collimateur des autorités européennes. « C’est un coup dur pour la Belgique qui était parvenue à renforcer son pouvoir d’attraction grâce à ce système avantageux instauré en 2006 », commentait en février 2009 le quotidien belge l’Echo.

Il est étonnant qu’il ait fallu trois ans pour que la Commission européenne s’interroge sur ce système. Mais elle aurait réagi, dit-on, à deux plaintes venant de l’étranger, probablement du Luxembourg. Et elle s’apprêtait donc à lancer une procédure en infraction contre la Belgique.

Selon la Commission, le système décourage les entreprises d’investir à l’étranger, car il n’a été adopté par aucun autre Etat de l’Union. Grâce à ces « notionnels », les entreprises comme les banques ont toutefois pu « renforcer leur solvabilité »....

Le contexte conjoncturel difficile n’empêche toutefois pas les autorités européennes de lancer une action contre ce système, qu’elles jugent contraire à la libre circulation des capitaux. C’est en fait un certain « nationalisme » qui est ainsi visé par l’Europe. A ce stade, on ne sait pas comment vont réagir les autorités belges.

Veolia, entreprise citoyenne ?

Les « intérêts notionnels » permettent donc à Veolia de déduire de son impôt sur les sociétés une proportion fixée arbitrairement (« notionnelle », autre mot pour « fictive »), de son capital social.

Plus Veolia place de fonds dans le capital social de sa filiale belge (3 milliards d’euros, ce qui n’est pas rien), moins sa maison-mère française, après consolidation des comptes, paiera d’impôts sur les sociétés, en Belgique comme en France.

L’ingenierie financière est décidément sans limites. Pour ce qui est de la « gouvernance » et de la moralité des affaires par temps de crise, c’est évidemment affaire de point de vue...

Cet astucieux montage n’avait pas encore été porté au crédit de la flamboyante « présidence européenne » de la France.

Les « jeunes en alternance » qui vont bénéficier des conseils éclairés de leur mentor Veolia peuvent donc désormais raisonnablement espérer une brillante carrière à la Kerviel. D’autant plus, comme s’en émeut Le Monde du 24 mai 2009, que « La lutte contre la délinquance financière est en régression »

Pour en savoir plus sur les « intérêts notionnels » :

- KPMG ;
- La comptabilité belge ;
- Droit belge net
- L’Echo ;
- Flanders Investment & Trade ;
- Débat et analyses ;
- Trends BE ;
- BNP Paribas Fortis ;
- MR ;
- Astraaia Conseil ;
- La pétition BE ;
- Le Web libre.

7 commentaires sur « Pour Veolia, la moralisation du capitalisme passe par la Belgique »

  • permalien Jp vivini :
    29 mai 2009 @15h41   »

    Tous ces sinistres individus, qui font partie des gangs mafieux au pouvoir en Europe, comme dans pratiquement toutes les nations du globe, en cette époque de pourrissement ultime du capitalisme, méritent d’être traduits, le moment venu, devant les tribunaux pour crimes de haute trahison, pour le moins ...

  • permalien
    29 mai 2009 @17h44   « »

    En fin de compte, l’“élite” ne veut même pas avoir à financer l’Etat sécuritaire qu’elle essaie de construire. Les Gueux financeront eux-mêmes le confectionnement de leurs camisoles de force.

  • permalien Chamil :
    30 mai 2009 @12h43   « »

    "le gouvernement est le comité de gestion des affaires de la grande bourgeoisie".

    Plus de 160 ans après, cette remarque de Marx et d’Engels a gardé tout son sel quand on voit la présidence Sarkozy, mélange d’amour du fric, de relations incestueuses avec les intérêts du grand patronat, et d’amitiés/sociabilités qui soudent la classe dirigeante.

  • permalien SG :
    5 juin 2009 @01h03   « »

    Dans la mesure ou le Dieu argent, par l’intermediaire des prophetes de la finance, est le Roi supreme et omnipotent dans ce monde, il ne faut pas s’etonner de ces pratiques scandaleuses et du discours sampiternel de facade du politique quant a ses reels intentions de moraliser du capitalisme. Personne n’est dupe !
    L’avenir ne nous annonce rien de bon et nous courrons tous a notre perte (humainement et ecologiquement parlant) sans la mise a bas d’un Systeme economique base sur la recherche systematique du profit a court terme et la croissance a tout va. Rappelons-nous en bien : nous vivons dans un monde fini aux ressources limitees.

  • permalien Shiv7 :
    11 juin 2009 @16h19   « »

    "L’avenir ne nous annonce rien de bon et nous courrons tous a notre perte (humainement et ecologiquement parlant) sans la mise a bas d’un Systeme economique base sur la recherche systematique du profit a court terme et la croissance a tout va. Rappelons-nous en bien : nous vivons dans un monde fini aux ressources limitees."

    L’homme ayant "supprimé" L’Infini qu’il percevait à travers le "sacré" l’a déplacé dans le concept du progrès. Cela est bien entendu une utopie sans principe réel, l’Infini ne pouvant certe pas "rentrer" dans un monde fini.

    L’homme êtant arrivé assez vite à ses propres limites et celle du monde à "créé" le monde virtuel(économique et autres), ce qui lui permet de "rallonger" son monde indéfiniment dans l’artifice.

    Notre monde contemporain est aussi "irréel" que l’est la pensée religieuse désacralisée de la plupart des croyants d’aujourdui.

  • permalien Troas :
    3 juillet 2009 @11h44   « »

    Un blâme pour ce PDG sans conscience morale... Mais aussi une certaine honte en moi d’être belge...

    TP

  • permalien Tof :
    14 avril @11h40   «

    Personnellement je trouve juste que c’est humain. Lorsqu’il y a des moyens de gagner plus en payant moins d’impôts, la plupart des gens ont tendance à le faire s’ils en ont la possibilité.au pair

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