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Une semaine cruciale au Proche-Orient

par Alain Gresh, 31 mai 2009

Plusieurs événements vont marquer la première quinzaine du mois de juin au Proche-Orient, la visite du président Obama en Arabie saoudite et en Egypte, son discours en direction des musulmans, les élections législatives libanaises du 7 juin (sans parler de l’élection présidentielle iranienne du 12 juin).

Ce sera la première tournée du président Obama dans la région. Il a annoncé qu’il ferait une étape en Arabie saoudite le 3 juin. Cette visite n’était pas prévue. Obama rencontrera le roi Abdallah d’Arabie. A l’ordre du jour, en dehors des prix du pétrole, l’Iran et la paix au Proche-Orient. Obama sait que le roi a joué un rôle majeur pour l’adoption par les pays arabes du plan de paix de 2000, proposant la paix entre tous les pays arabes et Israël, en échange de la création d’un Etat palestinien sur la Cisjordanie et Gaza, avec Jérusalem-Est comme capitale et « une solution juste et mutuellement acceptable du problème des réfugiés palestiniens en accord avec la résolution 194 de l’Assemblée générale des Nations unies. »

Que pense Barack Obama de ce plan minium ? Va-t-il demander au roi de l’amender ? Lors d’un entretien avec la chaîne Al-Arabiya, le 26 janvier 2009, quelques jours seulement après sa prise de fonction, il avait expliqué : « Je peux ne pas être d’accord avec chacun des aspects de cette proposition, mais il a fallu beaucoup de courage... pour avancer quelque chose d’aussi important. Je crois que, partout dans la région, il y a des idées pour parvenir à la paix. »

Mais les chefs d’Etat arabes ont clairement fait savoir que le plan ne pouvait être négocié, qu’il exprimait des principes généraux conformes au droit international, seule l’application de ces principes pouvant être discutée.

La presse pan-arabe favorable à l’Arabie saoudite – Al-Hayat et Al-Sharq Al-Awsat –, ne donne aucune indication sérieuse sur le sens de l’étape de Riyad et sur ce que cherche le président Obama. Cela confirme la très grande prudence de la nouvelle administration américaine qui n’a pas encore dévoilé ses projets, ni sur l’Iran ni sur le conflit israélo-palestinien.

C’est le 4 juin, au Caire, sans doute à l’université Al-Azhar, que le président Obama délivrera son grand discours à l’intention du monde musulman. Le choix du Caire pour ce discours a suscité bien des critiques, le régime du président Moubarak étant un exemple de régime autoritaire et corrompu. Pourquoi pas l’Indonésie, le plus peuplé des pays musulmans engagé dans la voie de la démocratie ?

Le président américain s’adressera à un public en partie sceptique, comme le rappelle le commentateur arabo-américain James Zogby dans une tribune du 29 mai du Huffington Post intitulé « High Expectations for Obama’s speech in Egypt ».

« L’élection du président Obama a suscité de l’espoir parmi de nombreux arabes et musulmans, mais pas tous. Un récent sondage que nous, à Zogby International, avons conduit dans six pays arabes, montre qu’au Maroc, au Liban, en Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis, le président Obama est vu de manière assez favorable et que les premiers pas qu’il a fait pour restaurer l’image des Etats-Unis et reconstruire les relations américano-arabes sont appréciés. Mais en Jordanie et en Egypte un profond scepticisme demeure. »

La plupart des Egyptiens ont une opinion défavorable des Etats-Unis. Les trois quart d’entre eux ont une appréciation négative des premiers pas pris par Obama durant ses trois premiers mois de présidence. Le même pourcentage affirme qu’ils ne croient pas qu’il sera « impartial dans son traitement du conflit israélo-arabe », le problème que six Egyptiens sur dix considèrent comme le plus dangereux auquel la région est confronté.

Une autre analyse de ce sondage est donnée par Marc Lynch sur le site de Foreign Policy, « Arab public opinion in 2009 » (19 mai).

Le même institut Zogby propose un intéressant sondage sur l’opinion américaine et le conflit israélo-palestinien, « The Doha Debates :
Should the U.S. ‘Get Tough with Israel’
 » (avril 2009).

Du discours d’Obama au Caire, le monde musulman attend sans doute à la fois des excuses sur un certain nombre de politiques américaines durant les dernières décennies (du renversement du gouvernement Mossadegh en Iran en 1953 à l’invasion de l’Irak en 2003) et des actions concrètes pour contraindre Israël à mettre en oeuvre les résolutions des Nations unies. Est-ce que cela est envisageable ?

Trois jours après ce discours, le dimanche 7 juin, se dérouleront les élections générales au Liban. La campagne bat son plein et les accusations fusent entre les deux camps qui s’affrontent, la coalition regroupée autour de Saad Hariri et celle autour de l’alliance entre le Hezbollah et le Courant patriotique libre du général Michel Aoun. Dans Le Monde diplomatique de juin (disponible en kiosques), Nicolas Dot-Pouillard revient sur cette étrange alliance entre le mouvement chiite et le principal parti chrétien, sous le titre « Révolution chez les chrétiens du Liban ».

Un article de l’hebdomadaire allemand Der Spiegel a accusé le Hezbollah d’être derrière l’assassinat de Rafic Hariri, ce que le mouvement a vigoureusement démenti. Pendant ce temps, la campagne d’arrestations d’un important réseau d’espionnage israélien se poursuit et l’armée a annoncé que parmi eux se trouvait le colonel Mansour Hanna Diyab, un officier supérieur. C’est la première fois depuis la création d’Israël qu’un militaire libanais est inculpé pour espionnage au profit de cet Etat.

Sur son blog publié par l’hebdomadaire américain The Nation, Robert Dreyfuss (25 mai) revient sur cette bataille pour le Liban (« The battle for Lebanon »). Le vice-président américain Joseph Biden en visite à Beyrouth avait déclaré que l’aide américaine dépendait du résultat des élections, mais Dreyfuss est convaincu que si le Hezbollah gagne, Washington s’accommodera. Il cite aussi un article du Jerusalem Post qui affirme que, même si le Hezbollah perdait, il continuerait à contrôler le Liban. En fait, comme je l’ai écrit à plusieurs reprises durant la crise qui a précédé la formation d’un gouvernement libanais d’union nationale (après les accords de Doha en mai 2008), le pays est divisé en deux. Et compte-tenu du fragile équilibre interne et des incertitudes régionales, il est peu probable que l’on assiste, quels que soient les résultats, à un gouvernement qui représenterait la moitié seulement du Liban. Des réalignements semblent d’ailleurs en cours, et tous les observateurs ont noté que Walid Joumblat a fait des gestes en faveur d’un dialogue national.

Tandis que Roula Khalaf, dans le Financial Times (29 mai) appelle Obama à respecter le choix des électeurs au Liban (« Obama must respect the choice of Lebanon’es voters »), une autre polémique a éclaté à propos des déclarations du président iranien, reprises sur le site du Nahar le 26 mai, « Ahmadinejad : Opposition Election Victory will Change Region ». La victoire de l’opposition, a-t-il affirmé « renforcera la résistance et changera le statut de la région ». L’ancienne majorité (autour de Saad Hariri) a critiqué cette ingérence, tandis que la réaction du Hezbollah, par la bouche de son secrétaire général adjoint Naim Qassem, à la télévision Al-Jazirah (28 mai) semble embarrassée : « Le président Ahmadinejad a simplement décrit la situation qu’il s’attendait à voir émerger au Liban et qui aurait des conséquences sur la région. Néanmoins, il ne joue aucun rôle en ce sens. Les efforts sont du ressort des Libanais. Le Hezbollah effectue ses choix en tant que parti libanais. (...) En tant que Hezbollah, nous mènerons notre bataille électorale sur la base de nos décisions et de la situation qui existe au Liban, comme le savent les gens de ce pays. »

Bataille à l’Unesco

La candidature du ministre de la culture égyptien au poste de directeur de l’Unesco a soulevé une ardente polémique. A leur habitude, Bernard-Henri Lévy, Claude Lanzmann et Elie Wiesel ont enfourché le cheval de l’antisémitisme du personnage, dans une tribune du Monde du 22 mai, « Unesco : la honte d’un naufrage annoncé ». Leur diatribe se concluait ainsi : « Il faut, sans délai, en appeler à la conscience de chacun pour éviter que l’Unesco ne tombe aux mains d’un homme qui, lorsqu’il entend le mot culture, répond par l’autodafé. » Quelques jours plus tard, le 27 mai, en réponse, Farouk Hosni répondait, « Pourquoi je suis candidat à la direction générale de l’Unesco ». Entre-temps, on apprenait que Benyamin Nétanyahou et les Etats-Unis avaient avalisé la candidature, et la polémique retombait. Gageons que, désormais, BHL restera sans voix.

Pourtant, il y aurait des choses à dire sur Farouk Hosni, comme l’écrit Abdelwahab Al-Effendi, intellectuel soudanais, sous le titre « N’élisez pas Farouk Hosni à la tête de l’Unesco » dans le journal arabe Al-Quds Al-Arabi et reproduit le 29 mai par Courrier International.

Farouk Hosni, explique Al-Effendi, est resté à son poste pendant... 20 ans.

« Le milieu dans lequel il souhaite entrer aujourd’hui ne ressemble en rien à celui auquel il est habitué. Jusqu’à présent, il pouvait écraser sous sa botte tout ce qui avait un rapport avec la culture et les intellectuels, alors qu’au poste qu’il convoite la règle est de les respecter. Car ceux qui occupent le pouvoir dans le monde arabe ne se rendent pas compte qu’en se faisant les “alliés” des Occidentaux, c’est-à-dire en faisant le sale boulot de répression et de torture à leur place, ils ne gagnent en rien le droit de s’asseoir à la même table qu’eux, ni de leur parler d’égal à égal. Il n’est pas pensable que l’UNESCO se donne un secrétaire général qui soit originaire d’un pays où l’on élimine les opposants par des procès manipulés et des actes d’accusation fantaisistes.

La volonté de Farouk Hosni d’accéder au sommet de l’UNESCO ne se heurte pas seulement à sa manière répréhensible de traiter la culture dans son pays, mais également à sa pratique du pouvoir. Il a en effet géré son ministère comme un fief personnel, donnant prise à des accusations de confusion entre l’intérêt public et ses intérêts privés. Mettre un tel personnage à la tête d’une organisation dotée d’un budget incomparablement plus important que celui du ministère de la Culture égyptien n’est pas pour enchanter les diplomates internationaux.

En tout état de cause, il ne faut pas considérer Farouk Hosni comme le candidat des Egyptiens et encore moins comme celui des Arabes. Il est rejeté par la plupart des artistes égyptiens. Tout au plus peut-il être considéré comme le candidat de l’Egypte officielle, de cette Egypte qui expulse les militants européens exprimant leur solidarité avec les habitants de la bande de Gaza, cette prison gardée par Israël d’un côté, par l’Egypte de l’autre. Cette Egypte-là n’a rien à voir avec l’humanisme ; elle ne représente en aucun cas les Arabes. »

Sur les controverses autour de Farouk Hosni, on pourra lire Jean-Gabriel Leturcq, Sylla Thierno Youla, « Farouk Hosni candidat à la
direction de l’Unesco. Chronique d’une campagne controversée » in Hadjar
Aourdji & Hélène Legeay (dir.), Chroniques égyptiennes 2007, Le Caire,
Cedej, 2008, p. 115-138. Un résumé est accessible sur le site de Jean-Gabriel Leturcq.

Elections européennes

La Plate-forme pour la Palestine publie sur son site les réponses des différentes listes à ses questions, « Elections européennes : les partis s’engagent pour le droit en Palestine ».

D’autre part, on lira aussi le communiqué de l’association « La présentation par Dieudonné d’une liste prétendument antisioniste et constituée de militants d’extrême droite aux élections européennes mérite une mise au point », publié le mardi 26 mai 2009 (Lire aussi, sur ce blog, « Dieudonné rejeté par le mouvement de solidarité avec la Palestine »).

Alain Gresh

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