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Enfin, la représentation nationale se mobilise contre... la burqa

par Alain Gresh, 21 juin 2009

Le pays est entré dans sa plus grave récession depuis la seconde guerre mondiale. Les chômeurs, en nombre croissant, submergent le Pôle emploi dont les moyens ont été réduits. Les électeurs ont massivement déserté les élections européennes et exprimé leur défiance à l’égard des politiques incapables de répondre à leurs attentes. Sensible à toutes ces critiques, les députés ont décidé de réagir et, dans un sursaut d’unité nationale, sous la houlette du communiste André Gérin, ont décidé de répondre à l’appel du pays : 58 d’entre eux, en grande majorité de droite, ont décidé d’appeler à la création d’une commission d’enquête sur le défi majeur de notre époque : le port de la burqa en France (c’est la seconde commission créée par le parlement depuis l’élection de 2007, la première l’ayant été sur les conditions de la libération des infirmières bulgares détenues par la Libye).

« Un député veut lever le voile sur la burqa », par Catherine Coroller (Libération, 19 juin) :

« Pour André Gerin, il y a péril. “On voit le problème augmenter de façon exponentielle depuis plusieurs années. Sur la voie publique, sur les marchés. Toutes les semaines on a des remontées des services nous signalant qu’une femme a refusé de se dévoiler pour la photo sur sa carte d’identité, lors d’un mariage… J’ai les mêmes échos de la région parisienne, de Lille et même de zones rurales”, précise le député-maire.

Au ministère de l’Intérieur, un spécialiste du dossier confirme le phénomène en le relativisant : “Le port du voile intégral progresse et s’étend au-delà des petits noyaux d’origine, mais n’est pas pour autant en grande expansion.” Selon lui, les femmes – souvent des converties – décideraient volontairement de porter la burqa ou le niqab sous l’influence des sites Internet salafistes, ces fondamentalistes se réclamant de l’islam des origines. Jugeant la laïcité “menacée”, André Gerin propose la création d’une commission d’enquête parlementaire qui “aura pour mission de dresser un état des lieux et de définir des préconisations afin de mettre un terme à cette dérive communautariste”. Ces préconisations pourront prendre la forme d’une loi, “mais je ne veux pas tirer des conclusions a priori, précise le député. Il faut ouvrir un débat, y compris avec les musulmans, et voir ensemble à quelles conclusions on arrive”. »

Le 17 juillet 2008, je remarquais déjà, à propos d’une énième polémique sur la burqa : « La seule chose dont on est certain est que ce n’est pas la dernière. Mais je ne peux m’empêcher de noter cette phrase dans Libération des 12 et 13 juillet : « Y a-t-il davantage de frictions entre la laïcité et l’islam ? Difficile à dire, le moindre incident concernant des musulmans étant systématiquement monté en épingle. » La journaliste écrit ces quelques lignes dans un numéro dont le gros titre de Une est : « La France ou la burqa » ; et n’est-ce pas Libération qui a révélé le fameux arrêté concernant le mariage annulé et la virginité, et qui en a également fait sa Une ? ».

Dans un éditorial du Figaro du 19 juin, publié à côté du texte de l’inénarrable Yvan Rioufol (« Les silences de Barack Hussein – au cas où on aurait oublié son prénom – Obama »), Yves Thréard (« Pour que la France ne se voile pas la face ») écrit :

« La France a changé depuis l’affaire dite du foulard à l’école et la loi de 2004 qu’elle a inspirée. D’abord, le simple foulard posé sur les cheveux s’est, çà et là dans les quartiers, transformé en voile intégral couvrant l’ensemble du visage, à l’exception des yeux. Ensuite, ses adeptes ne sont plus seulement des ressortissantes étrangères, mais, pour la plupart, des Françaises, nées et élevées ici.

Si le constat va de soi, faut-il se résigner à l’accepter par fatalité, comme si tel devait être le cours de l’histoire ? À le relativiser, sans prévoir que le phénomène prendra nécessairement de l’ampleur ? Ou encore à l’ignorer poliment, pour ne pas jeter d’huile sur le feu en rallumant une de ces guerres dont la France a le secret ? ».

Marianne, fidèle à ses habitudes, annonce la défaite de la laïcité (« La loi sur la burqa ou la défaite de la laïcité », Bénédicte Charles, 18 juin).

« Le débat n’est donc pas de savoir si la burqa se développe en France : 24 heures après la dépêche de l’AFP, personne ou presque ne le nie plus. La polémique porte dorénavant sur la nécessité, ou non, d’interdire ce « vêtement » dégradant. Cinq ans après la loi sur le voile à l’école, voilà où nous en sommes : déterminer si le port de la burqa à l’Afghane ou du niqab à l’Iranienne relève ou non de la simple liberté individuelle. Finalement, la laïcité est peut-être en train de perdre définitivement la partie. »

Cette polémique est un feu de paille, elle ne durera peut-être pas, mais on peut être sûr qu’elle ressurgira d’ici un mois, deux mois ou plus... Comme les Une des hebdomadaires sur l’immobilier ou sur le classement des hôpitaux (des écoles, des villes, etc.), l’islam fait partie désormais de ces « marronniers » qui reviennent régulièrement et qui ont l’avantage de remplir du papier sans demander beaucoup de travail. Nombre d’intellectuels éminents sont déjà prêts à fournir à la presse les points de vue et les libres opinions qui appellent à la résistance contre le fascisme islamique. En ce jour de célébration de l’appel du général de Gaulle, quelqu’un se fendra peut-être d’un nouvel appel à la résistance...

Sans oublier, bien sûr, les femmes afghanes… Comme l’explique le député Pierre Lellouche, représentant spécial de Nicolas Sarkozy pour l’Afghanistan, qui justifie l’intervention croissante de la France dans ce pays : « Si je me bats au quotidien pour le droit des femmes en Afghanistan, vous comprendrez bien que je souhaiterais que toutes les femmes en France aient droit à leur corps et à leur personne. »

Au début des années 1980, les milices de Rifaat El-Assad, le frère du président syrien, dévoilaient les femmes dans les rues de Damas. Pourquoi ne pas créer de telles milices en France dont la tâche, en plus du dévoilement des femmes musulmanes pourrait être :

 d’arracher les perruques des femmes juives traditionalistes que les maris obligent à se raser la tête ;

 d’arracher les tenues des bonnes soeurs qui osent se promener en habit traditionnel (rappelons-nous cette défaite de la laïcité, quand la presse française interviewait soeur Emmanuelle portant un foulard...) ;

 enfin, de vérifier que la longueur des jupes des jeunes filles de toutes confessions est conforme à l’idée que nous, les hommes, nous nous faisons du droit des femmes à leur corps...

Mise à jour du 22 juin

Le président a parlé. Devant les membres du parlement et du Sénat réunis en Congrès à Versailles, Nicolas Sarkozy a déjà tranché : « la burqa ne sera pas la bienvenue sur le territoire de la République ». « Le Parlement a choisi de se saisir de cette question, c’est la meilleure façon de procéder », a-t-il poursuivi sans relever la contradiction : pourquoi se saisir de cette question si la réponse est déjà donnée ? En réalité, ce « débat » va occuper le devant de la scène pendant des mois, et permettre de faire passer au second plan la crise et les préoccupations sociales. Qu’importe si le résultat, au bout du compte, est de diaboliser un peu plus les musulmans français et, ainsi, d’encourager un peu plus les extrémistes...

Un tournant de la crise iranienne

Le discours du guide de la Révolution, l’ayatollah Ali Khamenei, le 19 juin 2009, semble constituer un tournant de la crise. Les manifestations suscitées par les fraudes se sont poursuivies et le pays semble au bord d’affrontements sanglants. Garry Sick fait part, le jour même, de ses premières remarques sur le discours et sur l’absence remarquée de Rafsandjani. Juan Cole revient le 21 juin (« Mousavi Defies Khamenei ; police Attack Protesters at Inqilab Square ;
Downtown Tehran Burning
 ») sur les événements de la nuit, les combats de rue et le rejet par Moussavi du discours de Khamenei. Et le candidat Moussavi a publié son communiqué n° 5, le 20 juin, dont on trouvera la traduction en anglais ici : « Mousavi’s statement number 5 to Iranian people ».

Alain Gresh

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