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Espoirs et pessimisme au Proche-Orient

par Alain Gresh, 23 juillet 2009

A partir du 23 juillet, ce blog est suspendu pour cause de vacances. Je le reprendrai d’ici un mois.

Trois ans déjà que ce blog existe. Il a été inauguré en pleine guerre du Liban, le 23 juillet 2006. Il a suscité de nombreuses contributions, qui ont d’ailleurs été étudiées par Valérie Jeanne-Perrier. Vous pourrez retrouver les résultats de son enquête dans « Commenter les commentaires ». La seconde partie de l’étude de Valérie Jeanne-Perrier devrait s’appuyer sur une série d’entretiens avec un certain nombre de commentateurs ou simplement de lecteurs du blog. Pour l’instant, elle n’a pas eu beaucoup de réponses et je rappelle donc à ceux qui seraient intéressés qu’il peuvent envoyer leurs adresses e-mails à l’adresse site@monde-diplomatique.fr, afin qu’elle puisse prendre contact avec eux.

Depuis la guerre du Liban de 2006, la région a connu une autre guerre à Gaza ; une escalade en Afghanistan-Pakistan ; une certaine détente en Irak avec le retrait des troupes américaines des villes ; une crise en Iran après l’élection présidentielle du 12 juin ; l’élection d’un gouvernement d’extrême droite en Israël.

Peu de bonnes nouvelles en somme... Seule l’élection du président Barack Obama offre quelques perspectives. Avec, d’abord, un changement du discours, notamment l’abandon du concept de « guerre contre le terrorisme » et une plus grande ouverture en direction de l’islam, comme en a témoigné le discours du Caire, le 4 juin 2009. Avec, ensuite, un durcissement de la politique à l’égard de la colonisation israélienne, politique qu’avaient abandonnée, depuis longtemps, les administrations américaines précédentes. La convocation de l’ambassadeur israélien à Washington pour lui faire part du mécontentement des Etats-Unis face au projet de nouvelles constructions à Jérusalem est un signe positif. Il est assez pitoyable que la France se soit ralliée à cette démarche quelques jours plus tard, comme si elle avait besoin d’un feu vert américain. Il fut un temps où Paris ouvrait la voie au Proche-Orient en reconnaissant l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) ou le droit des Palestiniens à un Etat... Ce temps est bien passé avec M. Nicolas Sarkozy. Et, alors que les Etats-Unis envisagent des sanctions, en jugeant « prématuré » de parler de pressions financières, Paris s’abstient de toute pression concrète sur le gouvernement israélien.

Il est bon de rappeler que le problème fondamental n’est pas les colonies, mais l’occupation : toutes les colonies sont illégales, et il faut les démanteler. Un des risques de la la stratégie adoptée par M. Obama est que, demain, après bien des tergiversations, le gouvernement israélien accepte le gel des colonies – gel qu’il sera pratiquement impossible de contrôler, car la plupart des constructions sont le fait du secteur privé –, et que, devant cette « importante concession », les Etats-Unis et l’Union européenne se retournent vers les pays arabes et les Palestiniens et leur demandent : « Qu’offrez-vous en échange ? » Or, rappelons-le, il n’y a rien à offrir en échange : le conflit n’oppose pas deux parties égales, mais un occupant et un occupé. Ce qui est nécessaire, c’est l’application du droit international et la fin de l’occupation, ni plus ni moins... En attendant,la situation à Gaza reste terrible et toute reconstruction impossible du fait du blocus israélien.

Un des aspects positifs, si l’on peut dire, de la guerre de Gaza, est la prise de conscience de l’ampleur des crimes commis par l’armée israélienne. Du rapport d’Amnesty International à celui des l’organisation Breaking the silence (qui reprends des témoignages de soldats israéliens), tous les éléments sont présents pour la mise en place d’un tribunal pour juger les responsables. On attend toujours les réactions à ces révélations de Bernard-Henri Lévy et consorts, qui préfèrent s’intéresser à la crise du Parti socialiste, ou aux violations des droits de la personne ailleurs, pourvu qu’on ne parle pas d’Israël. Notons l’article de Henry Siegman, « The UNSC’s responsability for Middle East peace », qui revient, dans Haaretz du 21 juillet, sur la proposition faite par Javier Solana que le Conseil de sécurité de l’ONU assume la responsabilité de reconnaître un Etat palestinien.

L’escalade en Afghanistan-Pakistan et la décision du président Obama d’en faire « sa » guerre sont des motifs d’inquiétude, alors que se prépare pour le 20 août une élection présidentielle afghane qui risque de reconduire un président et une administration incompétents et corrompus. La voix de la France est particulièrement absente, alors que la seule solution est le retrait du contingent français, contingent qui ne sert à rien et qui ne donne à Paris aucun poids sur la définition de la stratégie en Afghanistan.

Si le discours américain sur l’islam s’est fait plus modéré grâce au président Obama, on ne peut pas dire que cela soit le cas en France ou en Europe. Alors que l’assassinat en Allemagne d’une jeune femme égyptienne qui portait le foulard n’a suscité que des réactions à retardement et timides, le parlement français ne trouve pas de sujet plus important sur lequel créer une commission que la burqa (commission dont le nom officiel est désormais « Mission d’information sur la pratique du port du voile intégral sur le territoire national ») et lance, dans l’urgence et le consensus, un débat qui, paraît-il, ne concerne pas l’islam, mais les femmes. Qu’un parlement dans lequel on compte à peine plus de 10% d’élues se fasse le défenseur de la cause féministe a de quoi faire sourire. Il est vrai que ces messieurs deviennent féministes dès lors qu’il s’agit de libérer les femmes afghanes ou musulmanes, mais qu’ils sont incapables d’assurer la moindre parité au niveau des instances politiques ou économiques...

Enfin, il y a la glaciation politique au Proche-Orient, thème qu’aborde Moulay Hicham dans le numéro d’août du Monde diplomatique (en kiosques le 28 juillet), sous le titre « Retour vers le futur dans le monde arabe ». Le nouveau rapport 2009 du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) pour le monde arabe confirmera sans doute cette impasse. Un rapport d’Amnesty International sur les droits de la personne en Arabie saoudite et leurs violations au nom de la guerre contre le terrorisme, « Abuses in the name of fighting terrorism » (22 juillet), n’incite guère à l’optimisme. D’autant que des rapports de même teneur existent sur pratiquement chacun des Etats arabes...

Bonnes vacances quand même à ceux qui en prennent, et rendez-vous d’ici un mois.

Alain Gresh

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