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Réponse à Nicolas Cori

Critique des médias, critique dans les médias

lundi 17 août 2009, par Frédéric Lordon

Comme on pouvait l’attendre d’un événement de cette magnitude, la crise fait des dégâts bien au-delà des limites de son ordre, et si les agents de l’économie sont évidemment les premiers à souffrir, l’onde de choc atteint des lieux d’une autre nature, et menace de faire des victimes d’une autre sorte. Ainsi, par exemple, l’univers confiné et soigneusement verrouillé des économistes académiques est-il devenu un champ de tir où les noms d’oiseau volent bas. Il est vrai que, à l’exemple de Robert Lucas [1], dont on ne tirera pas un mot de regret quelle que soit l’ampleur des destructions, il faut un moral de vainqueur pour continuer de soutenir les hypothèses de parfaite rationalité des agents et d’efficience des marchés qui, ayant fait depuis tant d’années le charme particulier de la théorie néoclassique (dominante), ont désormais à peu près autant d’attrait qu’une méduse au milieu d’une baignoire.

Mais c’est plus généralement tout le « commentariat » – « experts », éditorialistes, médias – qui déguste à des degrés divers, et non sans raison si l’on veut bien se souvenir des laudes – au marché, à la liberté d’être flexible et à la modernité financière – dont, quelques minoritaires mis à part, il nous a bassiné sans relâche pendant deux décennies… jusqu’à ce que l’état du monde si constamment célébré finisse par partir en morceaux. Quitte à lui réserver le creux de l’été, interroger le traitement de la crise par les médias sans oublier, par là même, de questionner leur rôle avant la crise, n’est décidément pas du luxe. C’était le thème d’une émission d’Arrêt sur images, animée par Maja Neskovic, à laquelle j’ai été invité, et à laquelle Nicolas Cori qui, invité également mais n’ayant pu y participer pour des raisons de calendrier, réagit dans un texte publié sur son blog (repris sur le site d’Arrêt sur images).

De toutes les positions vis-à-vis des médias, celle de la participation (très) sélective, éloignée aussi bien de l’abstention radicale que de l’empressement indiscriminé, est sans doute vouée à la plus grande incompréhension et exposée aux reproches symétriques les plus opposés. Pour les uns, peu est encore trop ; pour les autres, c’est presque rien, avec au surplus le double inconvénient non seulement de ne donner aucune audience à des idées dissonantes mais également d’abandonner le terrain « aux mêmes » dans des conditions qui rendraient parfaitement illégitime, ayant « déserté », de se plaindre ensuite qu’on n’entende qu’« eux ». La question de la participation, cependant, mérite mieux que l’antinomie de la trahison et de la désertion, pourvu qu’on y entre avec quelques critères et un peu d’analyse – dont, par parenthèses, il faudrait aller chercher l’essentiel ailleurs qu’ici, auprès de véritables spécialistes de la sociologie critique des médias.

La diversité interne des médias,
ou la critique réduite aux interstices

Nicolas Cori a évidemment raison de rappeler la diversité interne des médias et leur capacité à publier des informations qui semblent contredire la thèse de l’asservissement idéologique aux réquisits du capital. Mais la portée réelle de ces cas ne prend la consistance d’une véritable infirmation de la « critique des médias » qu’au prix d’en donner une lecture réductrice, au terme de laquelle le rapport des médias aux puissances dominantes (économiques et politiques) serait d’inféodation sans reste et d’obéissance caporalisée. Le fait est, et c’est le propre d’une époque décidément formidable, que l’appropriation capitalistique directe de nombreux titres, de presse écrite comme audiovisuelle, par des groupes industriels opère un saisissant court-circuit de tout ce qu’une critique un peu plus fine des médias avait tenté d’élaborer, pour rendre à nouveau opératoires les interprétations les plus rustiques qui n’auraient pas besoin d’autre instrument conceptuel que le schème de la « courroie de transmission ».

Nicolas Cori rappelle cependant que, hors des effets du contrôle capitalistique, une analyse de la logique intrinsèque des médias ne perd pas tous ses droits, et il est exact que leur diversité interne interdit de les considérer comme des ensembles monolithiques tout entiers aux ordres. Mais Nicolas Cori est bien placé pour savoir que cette diversité n’a rien de démocratique et que, entièrement prise dans des rapports de domination, elle est condamnée, pour sa part critique, à la minorité et aux interstices. On peut penser que les rédactions en chef sont les premières conscientes de cet état de fait et qu’elles le tolèrent au nom d’un compromis doublement avantageux puisqu’il est producteur aussi bien de stabilité politique à l’intérieur que d’affichage de pluralisme à l’extérieur. Nicolas Cori ne m’en voudra pas de lui faire remarquer ce qu’il sait sans doute déjà, à savoir que sa mise au jour des bonus de la BNP est bien utile à Laurent Joffrin, aussi bien pour tenir la toute nouvelle posture de critique de la finance que pour ouvrir avec l’AFP une polémique ostentatoire, peu coûteuse et riche en profits symboliques.

Il n’y en a pas moins une logique absolument défendable pour ceux qui sont dans les institutions, et qui n’y occupent pas les positions dominantes, à faire de nécessité vertu et à trouver une justification bien fondée à des compromis qu’ils n’ont pas le choix de ne pas accepter (sauf à faire défection) en tentant d’en tirer le meilleur parti : que paraisse la révélation des bonus de la BNP, ou d’autres informations de même nature, est un gain objectif, même si l’on demeure conscient du contexte de liberté surveillée dans lequel il a été acquis.

Minoritaires sous hégémonie éditoriale

Mais, pour légitime qu’il soit, le point de vue de l’insider, sauf à revendiquer une universalité qu’il n’a pas, ne peut sauter à la conclusion générale, induite de ses propres « gains de compromis » et reflet de sa position singulière, que pour tout le monde et en toutes circonstances « il faudrait y aller ». Aussi le point de vue de la critique externe demeure-t-il entièrement fondé à dire que les acquis des stratégies interstitielles ne rachètent pas une logique d’ensemble – et à en tirer d’autres conclusions.

De ce point de vue, il devrait être assez clair que la publication d’informations « critiques » a pour strictes conditions de possibilité : 1) d’être suffisamment éparpillées au sein du journal pour ne jamais acquérir la consistance d’une ligne éditoriale ni entamer celle de la ligne en vigueur ; et 2) de rencontrer les réquisits de la grammaire médiatique dans ce qu’elle a de plus autonome, ceux auxquels un rédacteur en chef déférera à coup presque sûr (sauf censure capitalistique manifeste), à savoir la grammaire du scoop, de la révélation, du scandale ou du montage fait-diversier spectaculaire [2].

Si le filtre de la deuxième condition est le plus apparent, le travail chronique de la première est le plus pernicieux. On pourrait recenser à loisir les articles parus dans la presse de fausse gauche (et de vrai libéralisme, Le Monde, Libération, Le Nouvel Obs, etc.) sur des conflits sociaux, des délocalisations crapoteuses, des suicides au travail et tous ces événements ordinaires du capitalisme d’aujourd’hui, articles produits le plus généralement par des soutiers et remontés jusqu’au jour à force de ténacité et d’habileté manœuvrière par les anfractuosités de la rédaction, sans pourtant que l’ensemble de ces contributions, condamnées à la pulvérisation, soit jamais rassemblées de manière systématisée, pour qu’il s’en dégage une vision du monde capitaliste articulée, logiquement mise en ordre d’après la cohérence même des choses rapportées, et qu’en soit tirée, par simple conséquence, une analyse globale, un sens d’ensemble qui serait celui du journal et de son regard sur le monde.

On peut donc bien multiplier les cas d’articles de cette sorte, il reste qu’au moment de hiérarchiser l’information, d’organiser le journal et, bien sûr, d’éditorialiser, c’est l’engagement idéologique de la rédaction en chef qui reprend le dessus et renvoie tous ces efforts à leur condition minoritaire – exactement ce que vise l’idée des compromis interstitiels, en tant que, vus cette fois du côté des dominants, ils leur permettent de penser gagner sur les deux tableaux : à la fois, pour entretenir l’identité « de gauche », s’acquitter d’un devoir de restitution des indignations sociales, mais d’une manière qui en opère proprement la négation politique et maintient la ligne ne varietur – on mesurera la force de cette négation politique à la façon dont les annonces annuelles des profits monstrueux du CAC 40 sont devenues un marronnier (de printemps), bien fait et bien monté pour mobiliser tous les effets (vendeurs) du sensationnalisme, mais sans qu’il s’ensuive jamais la moindre mise en cause sérieuse, par voie d’« analyse » ou d’éditorial, des structures de l’hyper-profitabilité, c’est-à-dire du capitalisme actionnarial [3].

Au travers de ce cas, particulièrement édifiant, de neutralisation politique d’un fait (massif) que les médias se targueront pourtant d’avoir fidèlement restitué, mais, et c’est peut-être pire, non seulement en n’en ayant rien fait mais en l’ayant comme vidé de sa substance politique, on reconnaîtra l’équivalent fonctionnel de la manœuvre qu’opèrent pour leur propre compte les partis sociaux-démocrates en demeurant strictement dans le registre de la déploration sans suite – les inégalités, la précarité, les dégradations des conditions de vie salariale –, sans jamais vouloir rapporter les choses déplorées à leurs causes – il apparaîtrait assez vite qu’elles ont toutes pour origine les grandes transformations structurelles dont ils ont été les ingénieurs (concurrence, financiarisation, Europe libérale), et qu’ils n’ont pour l’heure aucun désir d’y changer quoi que ce soit. Mais il y aurait beaucoup à dire sur ces rapports d’homologie qui unissent grands médias et partis, par une implication presque directe, quoique systématiquement déniée, des premiers dans les mouvements stratégiques des seconds.

Quelque respectables qu’ils soient, les compromis qu’imposent aux insiders les nécessités de leur vie professionnelle n’ont pas à être souscrits tels quels par les outsiders « critiques » pour lesquels la question de l’efficacité se pose en des termes différents et que leur situation propre conduit à dresser d’autres bilans, aussi bien politiques que personnels, de leurs possibles interventions médiatiques.

Sauf à leur prêter une épaisse bêtise, il devrait être possible de les créditer d’avoir conscience de tout ce à quoi ils renoncent en faisant le choix de la participation rare, et notamment d’abandonner le terrain à tous les « experts » formellement et idéologiquement ajustés. Contrairement à ce que pensent spontanément beaucoup de personnes, et que le texte de Nicolas Cori laisse d’ailleurs transparaître, la logique du chercheur « engagé » ne peut pas être celle de la « pureté » – par construction puisque, dans sa mesure à lui, il « y va » ! –, et lui aussi tente de stabiliser des compromis pratiques – mais pas les mêmes. Car il est difficile de ne pas avoir a minima conscience de se trouver collaborer objectivement aux stratégies de la duplicité des médias dominants – en clair, fournir des alibis de pluralisme à une machine dont tous les fonctionnements œuvrent en fait à la reconduction du même. Bilan : un supplément de (fausse) légitimité démocratique pour des organes qui se seront employés à minoriser les idées généreusement « accueillies » et à en faire des propos de passage sans conséquence.

Jusqu’où est-il enviable de jouer à ce jeu ? Refuser la position du refus de principe équivaut à répondre que, oui, il y a une utilité, entendre quelques profits à saisir, mais la question en fait est celle de l’utilité nette – nette des coûts. Pour le coup, il y a bien là une sorte d’appréciation pratique qui échappe aux calculs explicites de l’économie et ressortit plutôt d’une prudence, gouvernée par quelques critères, et toujours exposée au risque de l’incohérence. Pour un outsider « critique », l’un de ces critères tient à la question de savoir ce que les conditions de prise de parole font à sa parole.

Normalisation – les nouveaux entrants
digérés par le « club »

Or, celle-ci court tous les risques, de la normalisation à la décrépitude. Je ne reviens que brièvement sur ceux de la normalisation, dont j’ai parlé lors de l’émission d’Arrêt sur images, pour redire combien l’entrée dans le cercle des « bons clients » est lourde d’insidieuses dérives. Car il est probable que l’appétit médiatique vienne en mangeant et que, d’activité occasionnelle, la présence dans les médias, avec tous ses profits symboliques puis institutionnels, devienne rapidement une finalité à laquelle on soit prêt, de plus en plus, à sacrifier. Mais sacrifier quoi au juste ? Le peu d’originalité et de liberté dont on disposait avant d’y entrer, et qui va se trouver implacablement raboté par les contraintes d’un univers dont on acceptera de plus en plus les injonctions pour continuer d’y être invité – à commencer, bien sûr, par celle de s’interdire de mettre en cause les logiques de l’univers lui-même ; il ferait beau voir qu’invité des médias on se mette à critiquer les médias...

Les incitations de l’intérêt individuel se joignent aux pressions sociales d’un groupe qui, comme tout groupe, socialise les nouveaux entrants selon ses normes propres, avec d’ailleurs l’active complicité de l’impétrant puisque, et ce pourrait être une proposition d’une théorie sommaire de la socialisation, on n’entre jamais dans un groupe avec le propos délibéré de s’y faire détester, sachant que pour s’y faire aimer il suffit de se conformer à ses mœurs. Nul besoin de calcul stratégique pour ce faire, les ajustements affectifs de la quête d’intégration et de reconnaissance se font d’eux-mêmes ; aussi, sans même s’en rendre compte, les nouveaux entrants s’adaptent-ils à toute une série d’injonctions infinitésimales, d’ailleurs jamais énoncées comme telles par personne, et rectifient-ils insensiblement leur comportement pour se conformer complètement aux normes locales de la bienséance, des choses à dire et à ne pas dire, du ton sur lequel on les dit, des mises en question possibles et de celles qui ne le sont pas, du degré admissible d’intercritique au sein du groupe, etc.

J’ai en tête un débat télévisé entre Bernard Maris, Elie Cohen et Jean Peyrelevade où le premier ne cesse de donner aux deux autres du « cher Elie » et du « cher Jean », cordialité qui n’a rien de répréhensible en soi mais se trouve confirmée par le quasi-consensus dont elle est le symptôme [4], et qui offre, par le raccourci de quelques plans, une leçon complète de sociologie des « élites » et des médias.

Le pire tient sans doute au fait que ces micro-ajustements sont insensibles au sujet lui-même qui, à chaque instant peut certifier « être resté le même » et n’avoir ni varié ni concédé. C’est que les variations et les concessions demandent à être observées sur le moyen et le long terme – mais alors, mazette, quels écarts ! Cette puissance normalisatrice, qui d’ailleurs n’est pas propre qu’aux médias mais qu’on retrouverait à l’identique dans la fréquentation suivie de tous les lieux de pouvoir, est plus forte que n’importe quel libre-arbitre individuel, et il suffit pour s’en convaincre de considérer le triste destin de quelques jadis « critiques » entrés dans le système… et jamais ressortis. Malaxés, digérés, attendris, comme on dit de la viande trop dure, ils comptent désormais parmi les oblats les plus intransigeants du système qui les a accueillis avec tant de générosité en passant l’éponge sur leurs « erreurs de jeunesse » – Philippe Val dans un Charlie respectabilisé jusqu’au trognon, justement récompensé à France Inter [5], Michel Field à LCI et bien d’autres encore, auxquels il faudrait ajouter, dans leur genre à eux, tous ces économistes qui, émerveillés de se voir conseillers du prince, ont parfois commencé marxistes pour finir en disant bien des choses adéquates à ce que les pouvoirs voulaient entendre – mais évidemment sans jamais se sentir sous influence ni avoir eu le sentiment de concéder quoi que ce soit.

Dire cela n’est pas incriminer les personnes mais souligner la force des situations, incomparablement plus puissantes que les individus, et qui ne laissent à ces derniers pour seule liberté que l’alternative de ne pas y mettre le doigt ou bien de finir entièrement happés. Faire le choix de la participation médiatique raréfiée, c’est donc d’abord mesurer ces forces, ne pas se croire au-dessus d’elles, et anticiper l’auto-infirmation que risque de s’infliger immanquablement l’outsider critique qui, entrant avec le ferme projet de faire entendre « un autre son de cloche », finira par faire ding-ding comme tous les autres autour de lui.

Déception – l’inanité
des formats en miettes

Si encore la normalisation politique était la seule avanie prévisible… Mais il faut compter avec les déceptions à répétition que promet au chercheur hétérodoxe le jeu du coup d’éclat médiatique. Il n’est pas certain que l’interview imaginaire de Nicolas Cori fasse un modèle général et si, exceptionnellement, un ou deux coups fumants de cette sorte peuvent être réussis, il faut d’abord s’interroger sur la durée des traces qu’ils laisseront, et ensuite bien voir que la plupart des situations où sont conviés à intervenir les « experts » ne sont pas de cette nature.

Hormis les dix secondes de rigueur de tout passage dans un JT, la situation standard est plutôt celle d’un plateau à plusieurs invités, cette parodie de « débat » où les médias aiment à trouver la confirmation de leur essence démocratique, alors qu’aussi bien le déséquilibre des forces contradictoires en présence (quand les forces sont véritablement contradictoires, c’est-à-dire que tous les experts ne disent pas à quelques variantes près la même chose), la complicité active de l’animateur, généralement un de ces « grands » des médias dont on sait de quel côté ils penchent, l’indigence des formats, c’est-à-dire des temps alloués à la parole, et le climat de demi-foire d’empoigne avec interruptions permanentes, conspirent pour rendre absolument impossible de développer un point de vue hétérodoxe, d’emblée privé de tout l’arrière-plan de (fausses) évidences, de cela-va-de-soi (« on ne peut pas augmenter les impôts », « la flexibilité est nécessaire », « comment peut-on envisager le protectionnisme dans une économie mondialisée ») accumulés pendant deux décennies.

Là où l’expert modal peut se contenter de parler par demi-phrases et de convoquer tout ce fonds d’« évidences » par la mobilisation d’un simple mot, l’outsider hétérodoxe doit entreprendre de construire de zéro des arguments qui ont contre eux tout un sens commun médiatique, et ceci sans la moindre chance ou presque de pouvoir aller au bout et de ne pas être interrompu par l’« impartial animateur », ou par un contradicteur, qui d’une seule remarque laissera le raisonnement en plan, fera bifurquer la discussion vers un tout autre sujet, laissant le pauvre type emberlificoté dans son laborieux développement au milieu du gué et grosjean comme devant – on n’est pas forcé d’aller se mettre dans des situations perdues d’avance ; pour la cause qu’on défend, on aurait même plutôt intérêt à les éviter.

Il apparaît malheureusement que l’intervention hétérodoxe soit condamnée au dilemme de l’« interview Pujadas », mais sous une forme sloganisée qui, dans l’opinion, renverra inévitablement l’intervenant au registre de l’« extrémisme » – « c’est du Besancenot », « ils n’ont rien à proposer » – ou bien du discours argumenté, mais privé de ses conditions de possibilité, et certain de finir en torche. Ça s’appelle la condition de minoritaire, minoritaire pas seulement au sens du nombre mais au sens du désavantage systémique, et il n’y a pas de mystère : on n’en sort que par le temps long d’une somme d’actions individuelles, sans espoir en temps réel, et dont nul n’est d’ailleurs assuré de voir le bout…

Décrépitude – les pentes fatales
de la facilité médiatique

Et puis il y a la décrépitude intellectuelle. Car il y a pire, parce que plus insidieux, que les déconvenues instantanées de ces expériences nécessairement désastreuses. Au chercheur qui se hasarderait à jouer ce jeu et qui, désirant le jouer avec quelque succès, se plierait aux formats imposés pour y faire entrer son discours, il faut surtout craindre les effets de long terme d’un genre qui ne laisse pas la pensée indemne. Si la misère du format condamne à la pauvreté du discours, réduit à une série de slogans et blindé dans le registre de l’assertorique, c’est-à-dire des affirmations-coups de force, coupées de leurs vrais arguments puisque le temps n’est pas offert à la présentation de ceux-ci, il ne faut surtout pas espérer qu’il n’y aurait là qu’une suite d’inconvénients instantanés sans conséquence sur le reste de l’activité intellectuelle de l’intéressé. Ce sont les illusions du sujet souverain qui conduisent certains à s’imaginer qu’ils sont les garants de leur propre intégrité intellectuelle et que, sortis du studio où ils se sont octroyés quelques libertés avec la rigueur argumentative, ils redeviennent exactement les mêmes.

Il n’y a sans doute pas plus grand risque pour un intellectuel que l’habitude de la facilité intellectuelle – où le pousse irrésistiblement l’exercice médiatique. Car d’« entorse » en « licence », d’« écart » en « tolérance », toujours ponctuels ça va sans dire, c’est tout un habitus, celui de l’exigence analytique, du raisonnement bien articulé, qui progressivement et silencieusement part en lambeaux. La fréquence des sollicitations, ne laissant plus le temps de travailler, condamne alors au recyclage des mêmes questions et des mêmes réponses, vite glanées… dans la presse, seul fournisseur d’informations dans la temporalité… qui lui soit adéquate, là où le travail intellectuel vise d’abord au renouvellement de sa pensée et aussi (surtout) à la formulation d’autres questions que celles que les médias s’obstinent à mettre à leur agenda, en général toutes plus mal bâties les unes que les autres. Il ne s’agit pas de dire ici que tous les économistes présents dans les médias subissent cette fatale dégradation, mais qu’il est un seuil, et aussi un mode, de présence, dont j’ai l’impression que Nicolas Cori voudrait me le voir franchir, au-delà duquel on n’y échappe pas.

Contre la philosophie héroïque
de l’intellectuel démiurge,
la division du travail

Les références à la « pureté », au souci des universitaires de la préserver, de ne pas se « compromettre », auraient du sens s’adressant à ceux qui n’ont aucun désir de quelque engagement que ce soit et préfèrent jouer le jeu du champ académique sans prendre le moindre risque à l’extérieur. Le fait est que le grand renfermement académique des intellectuels en deux décennies est impressionnant. On ne saurait pour autant en tirer la conclusion opposée qu’il leur faudrait maintenant aller partout et y faire n’importe quoi. Je pourrais bien accepter de m’entendre dire que derrière tous ces arguments, il y a aussi une sorte d’amour-propre d’intellectuel (ou d’aspirant intellectuel) inquiet de déchoir à ses propres yeux. Mais je demande qu’on me présente un seul professionnel, quel que soit son métier, qui n’ait pas ses normes et ses points d’honneur, et qui n’y regarde à deux fois au moment où on lui intime d’envoyer balader tout ça et d’accepter de faire autrement – c’est-à-dire mal – ce qu’il essaye d’habitude de faire « bien », et ceci au nom de nécessités supérieures.

Mais la question en fait est tout autre : elle est de savoir où on est le plus utile et à quoi faire. Un chercheur est-il plus utile à prendre le temps de ses recherches, à cultiver autant que possible les exigences qui lui sont propres, ou bien à faire le pitre multimédia avec la quasi-certitude de s’y abîmer irréversiblement – il suffit de voir l’état intellectuel pitoyable de bon nombre de ceux qui s’y sont risqués ? C’est probablement en ce point que se situe la faiblesse principale de l’argument de Nicolas Cori : dans une certaine philosophie héroïque de l’individu et la mésestimation corrélative des avantages de la division du travail.

Il n’est pas au pouvoir d’un seul individu d’intégrer en lui seul tous les maillons de la chaîne de production d’idées, depuis l’élaboration la plus théorique-scientifique jusqu’à l’action politique de propagande en passant par tous les intermédiaires médiatiques. Certes, on peut ne pas être insensible à l’injonction de Nicolas Cori, considérant que « la plus grande plaie aujourd’hui s’appelle le capitalisme financier », à « faire tout ce qui est en son pouvoir pour le supprimer ». Mais c’est que, pour ce qui me concerne, mon pouvoir, à supposer que j’en aie le moindre, est très très petit, et qu’au surplus il risque de s’autodétruire dans l’abus de son emploi médiatique.

La vérité, c’est que la destruction du capitalisme financier est une entreprise collective et que chacun y prend sa part à sa place ! Par un argument ricardien que les économistes connaissent bien, chacun devrait être là où son avantage comparatif est le plus grand : les chercheurs à la production d’idées, d’autres à leur adaptation et à leur diffusion. Me prêtant des capacités que je n’ai pas, Nicolas Cori me demande même de penser à la réforme des médias ! Mais je n’ai rigoureusement aucune compétence pour ce faire !, même s’il m’arrive d’avoir une ou deux idées que je mets au pot commun quand elles me traversent l’esprit (c’est-à-dire rarement) [6].

La seule chose que je pourrais dire en cette matière invoquerait une nouvelle fois l’argument de la division du travail et suggérerait que, la production-diffusion des idées étant une chaîne, il faut nécessairement qu’elle ait une pluralité de maillons. De ce point de vue, et pour peu qu’on requalifie positivement le mot auquel Bourdieu avait donné une coloration plutôt négative, je dirais que ce dont nous manquons le plus, ce sont des doxosophes [7] de gauche (je veux dire vraiment de gauche), c’est-à-dire des gens qui, n’appartenant pas eux-mêmes au monde des producteurs intellectuels directs, en seraient cependant suffisamment proches pour connaître les travaux qui s’y élaborent, les adapter et les faire connaître, éventuellement avec les réductions et les approximations assumées que suppose le passage par les médias, mais non sans efficacité. Mais, à la question « pourquoi y a-t-il tant de doxosophes libéraux et si peu, ou pas du tout de gauche ? », la réponse renvoie comme toujours à la sélectivité orientée des médias qui, trahissant la vocation inscrite dans leur nom même de médias, c’est-à-dire de médiateurs, livrant accès à l’espace du débat public dont ils sont les gate-keepers monopolistiques, ne donnent la parole que dans un seul sens (à quelques alibis marginaux près).

Et puisque Nicolas Cori me pose la question, je lui dirai que, de tous les intermédiaires appelés à prendre leur part dans la chaîne de production-diffusion des idées, les journalistes ne sont pas les moindres. N’est-ce pas à eux qu’il appartiendrait en principe de faire connaître au public les travaux, les analyses, les positions et les propositions élaborées par les chercheurs, et précisément par ceux qu’on entend le moins ? Faire connaître : voilà une tâche en apparence toute simple ; il suffit de dire : « Sur ce sujet, X pense ceci, Y a écrit cela, Z a une analyse un peu inhabituelle et deux propositions en stock, et je porte tout ça à votre connaissance » – une tâche extraordinairement prosaïque, puisque finalement il n’est question que de restituer en adaptant un peu, mais pourquoi ne restituerait-on que des « faits » et jamais des idées, et ne voit-on pas que dans le moyen ou long terme, cette simple restitution pourrait significativement contribuer à modifier le paysage idéologique, bien davantage qu’en confiant à quelques pauvres types un peu dépassés par l’ampleur de la tâche et surtout (légitimement) inquiets de s’y perdre, le soin de tout faire eux-mêmes, depuis la production jusqu’à la vente et l’après vente.

On dira qu’il y a parfois des interviews qui font cela, mais d’abord avec toujours le même problème de l’accès sélectif, et puis surtout, pourquoi aurait-on systématiquement besoin de la bobine et de la mise en scène de l’interviewé ? Ça n’est pas qu’il ne soit pas parfois intéressant de lui donner la parole, mais si les conditions qui lui sont offertes n’y sont pas propices, ses travaux ne peuvent-ils pas tout autant être restitués au style indirect et par d’autres qui ne s’estiment pas sujets aux mêmes contraintes ?

La complémentarité – ici celle des registres et des contraintes relatives à ces registres – est l’essence de la division du travail. C’est elle le véritable sujet – collectif – de la production sociale et de la transformation politique des idées – et non quelques individus particuliers dont les forces propres sont risibles comparées à celle d’un système hostile qu’ils n’ont aucune chance de bousculer.

Il ne s’agit pas de dire, comme s’y précipiteront vraisemblablement quelques lectures malveillantes, que le discours dans les médias « rend bête » et que l’intellectuel, très préoccupé de lui-même, ne veut pas de cette bêtise et préfère la laisser à d’autres – les intermédiaires. Il est juste question de faire remarquer que ces interventions à répétition, avec tout ce qu’elles charrient insidieusement de pressions à la normalisation et d’incitations à la facilité, sont vouées à rapidement faire de lui un mauvais intellectuel et, à la fin des fins, un « plus intellectuel du tout », refermement tragique de cette boucle fatale qui aura conduit un individu à s’engager au nom d’une spécificité – son intellectualité –, mais selon des modalités d’engagement qui la détruiront à coup presque sûr, et le feront, lui, tout autre qu’il n’était, en particulier tout autre que ce pour quoi il lui avait été demandé initialement de s’engager – il faut s’imaginer ce que deviendrait, et en combien de temps il le deviendrait, un chercheur en physique à qui l’on demanderait, au nom des enjeux supérieurs de l’éducation scientifique de la jeunesse, de laisser son laboratoire pour consacrer le plus clair de son temps à la tournée des lycées. L’immense avantage de la division du travail (au milieu de tant de servitudes), c’est d’autoriser les agents à ne pas être ou à ne pas devenir ce qu’ils ne sont pas : un chercheur n’a pas à se faire doxosophe, ou alors avec parcimonie ; et inversement un doxosophe peut pleinement s’autoriser de son registre propre puisqu’il n’a pas à s’imposer les contraintes de l’intellectuel – prendre du temps, s’accorder d’être parfois obscur et long car la réflexion qui s’efforce de progresser n’est pas immédiatement claire, etc.

Que chacun fasse donc ce qu’il croit lui incomber là où il est, selon ce qu’il est le plus apte à faire et là où les conditions sont les meilleures pour qu’il le fasse, tel serait finalement le sens de ma réponse à Nicolas Cori. Renonçant aux chimères de l’intervenant héroïque, on s’apercevra d’ailleurs qu’il est une multitude de canaux de diffusion des idées qui, loin des médias standard, s’offrent aux interventions des producteurs directs, depuis les livres non pas académiques mais à destination d’un plus large public [8], tout de même les plus adéquats à l’exposition des idées – mais qui en parle ? qui les fait connaître ? –, la publication de textes sur Internet, les interventions dans les niches de l’espace médiatique, petits journaux mais qui ne comptent pas le nombre de signes, petites radios mais qui ne comptent pas les minutes, jusqu’aux débats dans des arrière-salles de café, des librairies ou des salles de projection, rencontres qualitativement les plus gratifiantes et quantitativement les plus misérables, toutes choses qui passent sous les écrans radars et, aux observateurs les plus superficiels, sont renvoyées à l’inexistence pure et simple.

Il est exact qu’on y regarde à deux fois avant de se détourner des médias de masse et de leur capacité de diffusion – j’ai eu l’occasion d’expérimenter, lors de la campagne sur le Traité constitutionnel européen, en 2005, tout ce qui sépare la publication confidentielle de textes sur Internet d’un simple passage à France Culture (qui est tout de même le moins massif des médias de masse…). On ne fait pas ce genre d’expérience sans en être impressionné ni garder quelque regret de ce que l’on pourrait faire à nouveau si… Mais ce regret n’a pas grand sens. Il n’est que le souvenir d’une expérience limitée et l’imagination d’une chimère : la chimère de médias autres que ce qu’ils sont. Il ne s’en suit pas que nulle intervention n’y soit possible, mais que les lieux où sont offertes des conditions de parole adéquates à l’exposition convenable d’une réflexion sont comptés. Hors de ces lieux exceptionnels, il y a moins à gagner qu’à perdre à trop fréquenter les médias – politiquement, en relégitimation à moindre frais d’organes libéraux, et personnellement en détérioration progressive de sa capacité de pensée critique : car on oublie que ce n’est pas le tout d’aller dans les médias ; encore faut-il avoir quelque chose à y dire, et quelque chose de significativement différent de ce qui sourd de la ronde des dévots – qu’on n’est pas forcé d’aller grossir.

Notes

[1] Robert Lucas est « prix Nobel » d’économie. « In defence of the dismal science », The Economist, 8 août 2009.

[2] Qu’on pense, dans ce dernier ordre d’idée, au traitement des « affaires » Kerviel, Madoff, Stanford & Co…

[3] Je dois à l’honnêteté de reconnaître que, à l’occasion des annonces de 2007, Nicolas Cori m’avait offert de m’exprimer sous la forme d’une interview qui esquissait cette analyse et aussi une proposition (le SLAM, voir La crise de trop, Fayard, 2009, chapitre 5) visant à mettre des bornes à la capture actionnariale (lire « Enfin une mesure contre la démesure de la finance, le SLAM ! », Le Monde diplomatique, février 2007). Mais Nicolas Cori aura compris que, au-delà de son cas propre et de quelques autres exceptions de son genre, je mets en cause ici une pratique générale.

[4] A ceux qui feraient observer que l’émission d’Arrêt sur images animée par Maja Neskovic présente formellement les mêmes caractéristiques de connivence et de pré-accord, il faudrait simplement faire remarquer que, non seulement les cartes sont d’emblée sur la table en cette matière, mais qu’il n’a jamais été question de la donner pour un « débat contradictoire ».

[5] Lire « Le despotisme des éclairés », par Pierre Rimbert, Le Monde diplomatique, juin 2009.

[6] Lors d’une conférence faite à l’un des jeudis d’Acrimed, j’ai suggéré par exemple, pour régler le problème de l’incrustation des éternels chroniqueurs radio (je pense surtout à ceux de France Inter et de France Culture) et de leur fossilisation intellectuelle, de les remplacer, chacun dans leur spécialité, par un pool d’une trentaine ou d’une quarantaine d’intellectuels, de chercheurs ou d’intervenants qualifiés (après tout, des syndicalistes et des salariés sont parfois aussi bien informés et armés pour traiter de certains sujets de l’économie, par exemple), avec le double avantage d’organiser une rotation longue, permettant à chacun d’avoir le temps de travailler et de se renouveler, et de permettre une réelle diversité en lieu et place du régime de l’intervenant-unique.

[7] Bourdieu appelait doxosophes (de doxa, l’opinion, et sophia, la sagesse) ces faux philosophes à la remorque de l’opinion, et plus généralement ces intellectuels parodiques, aujourd’hui connus sous l’appellation « d’intellectuels médiatiques ».

[8] N’est-ce pas exactement le sens de la collection Raisons d’agir, créée par Pierre Bourdieu, que de mettre à disposition d’un public aussi large que possible les résultats de travaux élaborés en amont selon les logiques de la recherche scientifique ?

41 commentaires sur « Critique des médias, critique dans les médias »

  • permalien Arlequin :
    17 août 2009 @13h49   »

    merci pour ce moment de respiration à air libre...
    (même si ce texte aurait du être résumé en quelques lignes)

  • permalien etienne :
    17 août 2009 @14h41   « »

    Ce débat autour de la question "d’y aller" ou ne pas "y aller" (dans les médias de masse) rappelle étrangement les mésaventures de P. Bourdieu, notamment dans l’émission de D. Schneidermann en 1996.
    Ce dernier avait à l’époque fort mal pris la critique qu’avait fait le sociologue du dispositif de son émission, et du format télévisuel en général, et s’était même fendu d’un livre fort dispensable en forme de réponse à P. Bourdieu, dont tout le monde a oublié le titre...

    L’histoire repasse donc les plats avec F. Lordon dans le rôle involontaire du "penseur critique", rétif à sa surexposition médiatique, mais pourtant très bon client, et D. Schneiderman qui semble avoir changé de braquet, en se faisant tout petit dans un rôle de mi-chroniqueur mi-contradicteur...De l’eau a coulé sous les ponts, puisque l’émission ASI, expulsée de la télévision, se retrouve dans un coin de toile internet, néanmoins payant, et que les innénarables J-M Cavada et G. Durand, choisis à l’époque comme contradicteurs (!), ne semblent plus faire partie du carnet d’adresse de notre animateur décrypteur de médias.

    Que retenir de cette histoire qui semble faire du surplace ? Qu’il faut aujourd’hui avoir Lordon, comme il fallait naguère avoir Bourdieu sur son plateau. Que pour des journalistes de niche, à prétention intellectuelle ou critique, plutôt honnêtes d’ailleurs dans leur travail, se frotter à des chercheurs "critiques" est évidemment une expérience valorisante. Qu’ils sont incapables de comprendre que la réticence de ces chercheurs à entrer dans le dispositif dont ils sont les soutiers est fondée, et ne relève pas d’une coquetterie égotiste.

    Bref, ce débat, dans son origine, tout comme dans son écho actuel, ne sert à rien et n’a aucune chance d’avancer...tout simplement parce que ces journalistes ne disposent pas des outils intellectuels et analytiques pour faire eux-mêmes l’analyse de leur propre pratique, et, s’ils en disposaient, ils ne pourraient psychologiquement s’y résoudre (il y aurait trop de choses déplaisantes à y voir, notamment dans le fait d’y découvrir leur condition structurellement servile et socialement inutile).

  • permalien etienne :
    17 août 2009 @14h44   « »

    A titre d’illustration, voici le commentaire que j’avais posté sur le blog de N. Cori, avant de lire et de réagir au texte de F. Lordon :

    N. Cori écrit :

    "La solution à cette contradiction, on peut la trouver dans la théorie de Pierre Bourdieu (j’adore le paradoxe…) : certaines personnes disposent d’une autonomie relative car ils font partie de champs qui se sont construits en bataillant pour obtenir de l’autonomie. Et le champ journalistique en fait partie (même s’il est effectivement moins autonome que le champ universitaire). Les chartes d’indépendance et de déontologie, le professionnalisme… tout cela a des effets réels. Un journaliste qui révèle un scandale de rémunération patronale reçoit des profits symboliques (reconnaissance des pairs via des reprises, notamment) qui sont aussi rémunérateurs que les invitations à déjeuner des directeurs de la communication des entreprises. "

    Commentaire :

    "Il faudrait peut-être lire ou relire "Sur la télévision" de P. Bourdieu avant d’écrire de telles inepties : il y est démontré à longueur d’ouvrage l’impossibilité de l’autonomie réelle des agents dans le champ médiatique. La contrainte du "scoop" et le format court contribuent à une homogénité complète dans la sélection et le traitement de ce qui fait "l’actualité".
    Sans parler de la simplification à l’extrême des problématiques : F. Lordon critique justement très durement le traitement médiatique de la crise financière, qui consiste à montrer du doigt les coupables (les banquiers en l’occurence), au lieu de s’attaquer aux effets liés à la structure même du systême.
    Or que fait N. Cori à longueur de "scoops" ? Dénoncer, les dernières distributions de bonus mirobolants aux banques renflouées par des fonds publics. Certes, les profits qu’il en retire sont symboliques, et non pas bassements financiers, et N. Cori est en ce sens un bon journaliste. Mais c’est justement la raison pour laquelle la fonction médiatique ne peut pas produire d’effets de vérité ou de compréhension, mais peut seulement mobiliser des affects qui sont dans l’air du temps : en l’occurence dénoncer ad nauseam les rémunérations outrancières des traders et dirigeants d’établissements financiers.
    Or, en réduisant la crise financière au simple effet de "mauvaises pratiques", ce travail journalistique est désastreux pour la compréhension des racines réelles de la crise.
    Plutôt que de vouloir faire passer le discours de F. Lordon à la moulinette du JT de TF1 et appauvrir son discours jusqu’à la caricature, N. Cori serait mieux inspiré de faire passer une interview de celui-ci en double page dans Libération : comment se fait-il qu’il ne l’ait pas fait depuis 2007, alors qu’il s’est justement passé pas mal de choses depuis dans la sphère de la finance de marché ?"

  • permalien BA :
    17 août 2009 @15h21   « »

    F. Lordon devrait aller dans les médias pour montrer la partie à moitié vide du verre.

    Etats-Unis : des nouvelles du secteur financier.

    Les faillites bancaires s’accélèrent aux Etats-Unis.

    Colonial Bank, dont les dépôts s’élèvent à 20 milliards de dollars, est la 77ème banque à disparaître cette année.

    http://www.lefigaro.fr/societes/200...

    Etats-Unis : des nouvelles du secteur non-financier.

    Hausse spectaculaire du nombre de faillites aux Etats-Unis.

    Le nombre de faillites a bondi de 38 % d’avril à juin 2009 aux Etats-Unis, montrent des documents publiés par l’administration judiciaire, signe que les particuliers et les entreprises ont payé un lourd tribut à la hausse du chômage et au gel du marché du crédit.

    Au total, 381.073 procédures de faillite ont été ouvertes au deuxième trimestre, 15 % de plus que lors des trois premiers mois de l’année, 38 % de plus que lors de la même période l’année dernière.

    Plus de 16.000 entreprises ont déposé leur bilan d’avril à juin, un chiffre sans précédent depuis le deuxième trimestre de 1993.

    La hausse des faillites de sociétés a grimpé de 64 % par rapport à l’année dernière et le placement sous la protection du "chapitre 11" a plus que doublé au cours des six premiers mois de 2009 par rapport au premier semestre 2008.

    http://www.zonebourse.com/informati...

  • permalien Perfecto :
    17 août 2009 @18h30   « »

    Merci pour cette "cririque de la raison pure" d’un pseudo journalisme qui va jusqu’à publier des infos non vérifiées, et même jusqu’à ingnorer l’essence même de leur profession qui est d’informer. Si un jour le journalisme français se veut d’investigation il faudra qu’il s’affranchisse de la tutelle financière d’un mode de pensée(un groupe financier peut-il respecter d’un code déontologique journalistique ?).
    Si nous nous plaignons d’une presse à la merci de groupe financier ( B. Arnaud, Lagardère, Dassault, etc...) combien sommes nous à acheter des journaux ou donner des fonds pour que ceux-ci soient réellement indépendants ?
    Je pense que nous avons la presse que nous méritons. Cependant, regardons le net... Quel formidable outil qui permet de s’informer, de débattre et d’ecorner ceux qui oublis de faire leur métier au détriment de leur salaire.
    Perfecto

  • permalien Pipas :
    17 août 2009 @19h33   « »
    Devenons nos propres médias !

    ...,internet, bouche à oreille,internet, quelques interstices sémaphores "papier", télévisuels ou radiophoniques, puis bouche à oreille, livres d’auteurs que l’on s’offre ou se prête,internet,etc...

    Devenir nos propres médias prendra plus de temps pour achever le capitalisme financier qu’une improbable volte face des mass medias ; indépendamment des acteurs (dont le recrutement est très sélectif) qui changent (mais jouent toujours le même rôle) dans la sempiternelle même pièce.

    Mais n’oubliez pas : les forces les plus lentes sont souvent les plus puissantes et les plus destructrices sur le long terme.

  • permalien cyclomal :
    17 août 2009 @19h56   « »

    @Pipas

    Imaginer que ces "médias" sont des cadavres de leur imposture, est-ce le début d’une solution ? (De toute façon, je l’ai déja adoptée)

  • permalien caton75 :
    17 août 2009 @20h24   « »

    l’article de lordon est tres pertinent ! magistrale leçon bourdieusienne ..
    bravo pour le commentaire d’etienne où il est judicieusement rappelé la posture en porte à faux de ce triste schneidermann..

  • permalien Nicks :
    17 août 2009 @22h58   « »

    Article encore une fois d’une pertinence acérée pour qui est sensible aux approches structuralistes, comme c’est intuitivement mon cas. Je comprends votre position... Je tente en tout cas d’assurer ma part de travail en essayant de faire connaître vos travaux et vos propositions là où je peux discuter du contexte socio-économico-politique. Au plaisir de lire votre contribution suivante ! :)

  • permalien urbain :
    18 août 2009 @00h40   « »
    médiation et médiatisation

    Cher Frédéric,
    les arrières salles de librairies sont parfois les antichambres de la juste notoriété ...
    il y a quand même eu 1 500 personnes pour finalement vous voir et vous écouter :
    http://www.dailymotion.com/playlist...
    Curieusement , je terminai ce soir une série de billet , sur un thème finalement connexe ( au votre), à la demande de cinéphiles frustrés :
    http://levillagedesnrv.20minutes-bl...
    à bientôt.

  • permalien Yann :
    18 août 2009 @01h20   « »
    Bourdieu, Chomsky, Lordon... Libertaires, Anarchistes

    Excellente réponse...

    J’ai laissé ce post dans le forum d’@si avant de la lire :

    Je pense aussi que Nicolas Cori, tout comme Daniel Schneidermann, ne comprend pas le point de vue de Lordon.
    Il interprète les propos de Lordon avec la mauvaise grille de lecture, le mauvais angle.

    Ils sont enfermés dans une certaine bulle de pensée : "jouer un peu le jeu pourrait changer les médias ou les politiques"...

    Se serait croire que Lordon ou d’autres voient les "élites" comme leur cibles. Or, sans connaitre Lordon autrement que par ses textes et l’émission de Mermet, je crois pouvoir dire que les élites il s’en fou...
    Les cibles de sa pensée sont les citoyens, les gens de la base qui se donnent la peine de chercher des analyses dans les zones de pensées "à mille mille de toute terre occupée" (pour paraphraser Saint-Ex.).

    Je crois aussi que le changement ne viendra pas par la réforme des institutions, mais par le court-circuitage des hiérarchies au sein des institutions ou des institutions elles-même...

    Et c’est précisément ce qui motive des intellectuels de la pointure de Bourdieu ou Chomsky à ne pas rentrer dans les rouages des medias dominants et de rester très actif à la base - tout comme je crois que Lordon le souhaite pour lui-même. Leur but est de fournir des analyses de fonctionnement de système précis (médias, politiques, économiques,...) à une population critique.
    Le cheminement des idées est alors bien plus lent au départ, mais les effets sont bien plus durables. Ils sont dans une tradition très libertaire (des Lumières), anarchiste qui souhaite que la population ait les moyens d’appréhender son environnement et de pourvoir elle-même au changement.
    Ce chemin est nécessaire, car il est le seule garant d’une réussite.
    Seul des personnes qui se donne la peine de chercher une info, sont perceptif pour une analyse alternative, si ils trouvent l’analyse pertinente ils vont la relayer, l’entretenir (l’analyse et sa source)... C’est une sorte de propagation virale.

    Aujourd’hui les moyens techniques de communication et leur prolifération vont à plus ou moins long terme leur donner raison.

    Cela m’intéresserai assez de savoir si je me suis mis le doit dans l’œil avec cet analyse... :)

  • permalien Martin P. :
    18 août 2009 @11h38   « »
    allez fais pas ton Jospin

    zut, j’aurais du parier que FL répondrait à Cori

    les deux meilleurs blogs dans leur genre d’ailleurs

    je lis les deux mais je donnerai plutôt raison à Cori (pas sur sa réduction de la critique des médias au simplisme de la courroie de transmission) :
    il faut faire feu de tout bois, et donc aller à la télé et cogner dur, quitte à s’y faire déclarer définitivement persona non-grata dès la première expérience.

    SAUCE

  • permalien une bille :
    18 août 2009 @11h54   « »

    Yann, vous mettez le doigt sur quelque chose d’essentiel, moi aussi, je me pose souvent la question après avoir traversé une vaporisation de M. Lordon, : « L’ai-je bien descendu ? »

  • permalien Alexandria :
    18 août 2009 @12h04   « »

    Un texte magnifique ! merci Frédéric Lordon. J’avais été convaincue par l’argumentation de Nicolas Cori — argumentation développée dans un blog, et non dans Libération !... —, mais votre réponse analyse très finement les différents dégâts possibles de l’exposition médiatique.

    J’avais préparé un réponse qui se révèle trop longue. Je m’en tiens au commentaire de deux notions. Et je poste en deux fois, car c’est encore trop long !

    L’argument de la « pureté » préservée : cela m’avait vaguement ébranlée, mais pour être moi-même chercheuse (dans un domaine infiniment moins exposé que le vôtre, donc d’autant plus probant comme exemple), je mesure le poids du désir de paraître de ceux qui « font carrière », au détriment de leur recherche (multiplication des colloques « touristiques » et invitations suscitées, avec répétition ad nauseam de thèmes sans innovation et développements en forme de « redites », production « à la chaîne » d’introductions, préfaces, etc. qui grossissent sans risque la bibliographie — mais là on aborde la question des indicateurs de « productivité » en recherche, qui sont un problème, certes connexe, mais différent). En ce qui me concerne, ne pas « faire carrière », et pourtant conduire modestement quelques projets de recherche, aura été l’acceptation mûrement analysée de mes propres défaillances et l’apprentissage de l’humilité. Je ne dois pas être seule dans ce cas, et je crois que c’est plus souvent l’humilité qui conduit le chercheur, et non un théorique et narcissique besoin de « pureté ».

  • permalien Alexandria :
    18 août 2009 @12h06   « »

    Les journalistes et la vulgarisation de la connaissance : proposition de bon sens (« bon sang ! mais c’est bien sûr ! ») dont on mesure à quel point on l’avait perdue de vue... comme si on n’attendait plus rien des journalistes... Après ça ils s’étonnent que leur presse crève... Qu’ils retrouvent la dignité et la grandeur de leur fonction : et qu’on cesse de reprocher aux spécialistes de ne pas se vendre à la télé !

    (Commentaire(s) d’Étienne : « leur condition structurellement servile et socialement inutile » : commentaire — méchant — d’Étienne, et qui me laisse songeuse : rêve creux que je partage avec vous, Frédéric, de voir les journalistes « faire leur travail » ? Sa suggestion que, plutôt que faire du « scoop » dans son blog, Nicolas Cori vous offre « une double page dans Libération » me paraît quand même à la fois sommaire et agressive. Moi qui ne suis pas économiste, mais syndicaliste, je vous lis, je lis Nicolas Cori, Paul Jorion, Contre Info — vivement qu’ils reprennent ! — etc. Ceux qui liraient la « double page de Libé » vous lisent déjà sur le web ou lisent vos livres. Écrivant cela, c’est un peu comme si Étienne ne vous avait pas lu. Il est vrai que son second commentaire reproduit ce qu’il avait écrit chez Cori...)

    Contrairement à un autre commentateur, je ne vous reprocherai pas d’avoir été long, même si, ici ou là, il est toujours possible d’abréger. Mais j’ai ressenti ce texte comme une « pensée en marche », et c’est selon moi ce qui en fait la fécondité.

  • permalien claude pérès :
    18 août 2009 @12h47   « »

    J’avoue que jusque-là, dans cette discussion qui se poursuit ça et là, la posture du savant isolé, qu’on pouvait supposé exprimée, à tort certes, m’inquiétait.

    L’argument qui veut que le chercheur travaille en créant ses propres questions et se fasse ignorant à celles axiomatiques que les médias, pour des questions de praticité, plus encore que de lobby, propagent, me paraît être de loin le plus pertinent.

    C’est qu’il faut du temps pour laisser émerger des questions, comme il faut du temps pour les parcourir, un temps de flottement, de tatônnements, qui fait buter une économie qui veut aller à l’efficacité. Il y a bel et bien une différence entre la chose en train de se faire, celle du chercheur, et celle faite, acquise, clairement identifiable, déjà présupposée, la seule qui peut offrir un contenu aux médias. Il faudrait d’ailleurs voir le rôle des Universités, qui font la part belle aux commentaires des oeuvres, plutôt qu’à l’âpreté déstabilisante d’une confrontation à l’oeuvre elle-même, qui prendrait trop de temps et ne pourrait pas s’évaluer et se noter.

    Et là, il faut retourner l’argument, non plus contre le chercheur qui s’isole dans sa "vacuole", ni contre les médias qui épinglent une recherche en mouvement dans la rigidité cadavérique d’un label, mais contre le lecteur, l’auditeur, le spectateur, qui demande des repères, qui veut savoir qui parle, d’où il parle, et qui ne sait pas s’abandonner au "voyage" d’une pensée en cours qui pourrait le surprendre.

    En celà, votre sentiment réfractaire aux médias de masse est drôle, qui est en cours et ne se résume pas à la "posture" à laquelle, par commodités, d’aucuns sont tentés de le raccorder et de le réduire. La volonté et l’hésitation de votre démarche, qui ne se regarde pas elle-même pour se commenter, sont elles-mêmes réfractaires aux médias, débordant ce qui peut s’en dire, impossibles à classer, la mise en abîme est exquise.

  • permalien etienne :
    18 août 2009 @14h33   « »

    @ Alexandria,

    Vous qualifiez de "méchants" mes propos, certes un peu hâtifs, concernant la servilité et l’inutilité sociale des journalistes en question.

    Mais relisez ceci :

    "Mais Nicolas Cori est bien placé pour savoir que cette diversité n’a rien de démocratique et que, entièrement prise dans des rapports de domination, elle est condamnée, pour sa part critique, à la minorité et aux interstices. On peut penser que les rédactions en chef sont les premières conscientes de cet état de fait et qu’elles le tolèrent au nom d’un compromis doublement avantageux puisqu’il est producteur aussi bien de stabilité politique à l’intérieur que d’affichage de pluralisme à l’extérieur. Nicolas Cori ne m’en voudra pas de lui faire remarquer ce qu’il sait sans doute déjà, à savoir que sa mise au jour des bonus de la BNP est bien utile à Laurent Joffrin, aussi bien pour tenir la toute nouvelle posture de critique de la finance que pour ouvrir avec l’AFP une polémique ostentatoire, peu coûteuse et riche en profits symboliques."

    Et encore ceci :

    "On peut donc bien multiplier les cas d’articles de cette sorte, il reste qu’au moment de hiérarchiser l’information, d’organiser le journal et, bien sûr, d’éditorialiser, c’est l’engagement idéologique de la rédaction en chef qui reprend le dessus et renvoie tous ces efforts à leur condition minoritaire – exactement ce que vise l’idée des compromis interstitiels, en tant que, vus cette fois du côté des dominants, ils leur permettent de penser gagner sur les deux tableaux : à la fois, pour entretenir l’identité « de gauche », s’acquitter d’un devoir de restitution des indignations sociales, mais d’une manière qui en opère proprement la négation politique et maintient la ligne ne varietur – on mesurera la force de cette négation politique à la façon dont les annonces annuelles des profits monstrueux du CAC 40 sont devenues un marronnier (de printemps), bien fait et bien monté pour mobiliser tous les effets (vendeurs) du sensationnalisme, mais sans qu’il s’ensuive jamais la moindre mise en cause sérieuse, par voie d’« analyse » ou d’éditorial, des structures de l’hyper-profitabilité, c’est-à-dire du capitalisme actionnarial."

  • permalien etienne :
    18 août 2009 @14h47   « »

    Je ne sais pas s’il faut lire entre les lignes, mais ce que décrit ici F. Lordon, et qui s’applique entre autres à N. Cori, n’est ni plus ni moins que la figure de " l’idiot utile " : en fournissant inlassablement et en toute bonne foi à son employeur des "scoops" sur les super bonus des banquiers voleurs, N. Cori participe involontairement à la neutralisation de tout discours critique.
    Tout comme pour les annonces des licenciements massifs dans l’industrie, le lecteur est nourri quotidiennement de nouvelles qui forment paradoxalement un "état normal" des choses, auquel ma foi, il faut bien se résoudre, à la manière des aléas méréorologiques ou des accidents de la route. Cette apparente posture dénonciatrice permet effectivement à un quotidien comme Libération de laisser croire aux plus naïfs que c’est encore un journal "de gauche", alors même que sa ligne éditoriale ne tire rien d’autre de ces faits que l’idée vague qu’il faudrait quand même peut-être mettre un terme à ces pratiques scandaleuses...

    La droite au pouvoir - tout comme les partis "sociaux-démocrates", qui comme l’écrit justement F. Lordon, restent dans ce registre de la simple déploration – n’a alors plus qu’à se faire l’écho de ces pratiques, et nous jurer, la main sur le coeur, que les coupables seront punis et qu’on va voir ce qu’on va voir etc..quand à renverser le systême dont la logique même est de reposer de telles pratiques, fermez le ban, il n’y a plus personne.

  • permalien
    18 août 2009 @16h20   « »

    les interventions d’etienne sont parfaites.. quand à ceux qui ont été à un moment seduit par la these de cori ou de schneidermann ( idiot inutile pour ce dernier), je l’explique par leur méconnaissance de la sociologie bourdieusienne qui selon moi est plus heuristique qu’aucunes autres et affinent de maniere significative le " structuralisme " qui la fonde au principal..
    les grilles de lecture bourdieusienne sont d’une efficacité redoutable et laissent vraiment à penser que la theorie de l’agir commucationnel d’habermas dont le " pauvre" cori est nourri , eut été incapable de mettre en évidence les impensés que les médias générent et dont lordon, grace à une lecture dynamique de bourdieu, a pu magistralement les analyser...

  • permalien bekyar :
    18 août 2009 @17h21   « »

    Monsieur Lordon,

    Je crois n’avoir manqué quasiment aucune de vos sorties médiatiques de l’année. Je les guette. Elles me nourrissent. Je les digère, et je les régurgite autant que je peux.

    J’ai particulièrement aimé votre interview dans CQFD... Je l’ai particulièrement aimée parce que vous y avez botté en touche sur un sujet sur lequel vous n’êtes pas pertinent, et sur lequel je suis d’ailleurs en désaccord avec vous.
    Il s’agit du rapport marchandise / monnaie. Vous vous déclarez pessimiste et ne pas voir de moyen de le "combattre" (le terme est impropre).
    J’ai trouvé cela remarquable. En effet, votre domaine de recherche ne vous donne pas d’argument pour mener ce combat. Je pense que vous perdriez en crédibilité en vous exprimant + sur ce sujet (mais je suis en désaccord avec vous, il y a plein de moyens de le combattre, et ils sont mis en oeuvre de + en + fréquemment me semble-t-il).
    J’ai été ravi de parler de cette interview à plein de gens en leur disant : "Lordon c’est l’honnêteté intellectuelle incarnée, il ne s’exprime que sur ce qu’il connaît réellement, et il ne se laisse ni extrêmiser ni normaliser, je ne suis pas d’accord sur tout, mais il faut le lire, le voir, propager ses analyses et ses propositions".

    Le présent billet illustre bien votre position. Vous êtes très très très bon dans votre domaine, c’est à nous, militants de toutes sortes, d’exploiter ce que vous produisez).

    Pourquoi dis-je que vous êtes si "bon" ?
    Pour un chercheur, l’honnêteté intellectuelle n’est pas qu’une valeur : c’est, tout simplement, l’une des compétences qu’il doit avoir. S’il ne l’a pas, ce n’est pas un bon chercheur.
    C’est sous cet angle que vous êtes l’un des tout meilleurs chercheurs qui soit, car votre honnêteté intellectuelle est (quasiment ?) sans faille tant dans le knowledge que dans le commitment.

    (juste pour l’anecdote, j’ai été "victime" du phénomène que vous décrivez, mais en sens inverse : invité à faire une chronique mensuelle dans une radio très alternative, je me suis aperçu que d’émission en émission, je tenais des propos de + en + radicaux (et, inutile de le dire, de moins en moins argumentés) afin de "coller" à la tonalité radicale de l’émission. J’en ai tiré un grand dégoût pour moi-même, car je suis chercheur de métier, et que j’ai trouvé qu’ainsi je trahissais mon honnêteté intellectuelle. J’ai fini par arrêter, car les propos que je tenais n’étaient plus légitimes... malhonnêtes... incompétents).

    Continuez, sereinement et avec mes remerciements.

  • permalien ♪Yves Remort ♪ :
    18 août 2009 @20h07   « »
    L’hétérodoxe dans sa réserve d’Indiens et l’angoisse de sa propre la Cohenisation

    Les média sont effectivement des parfaites machines à broyer de l’intelligence ; les chroniqueurs et les éditorialistes en sont les parfaits exemples

    Il n’est qu’a voir l’attristante métamorphose d’Oncle Bernard en Bernard Maris .
    Même dans Charlie Hebdo ses chroniques sont devenues progressivement lisses et insipides et ce bien avant qu’il n’apparaisse ,aussi régulièrement dans les grands médias . Bref « A trop fréquenter l’échoppe du parfumeur on en emporte l’odeur »


    30 à 45 secondes c’est Grosso merdo le temps de parole Moyen accordé à tout intervenant sur un journal télévisé de type FR3
    c’est indigent comme format mais faudra sans doute un Jour songer à faire avec ......

    Mais bon ! Même sur un temps de parole aussi court ; on a le temps de dire un certain nombre de choses suffisamment construites pour Inciter à la réflexion

    Exemple piqué au hasard dans le lexique du petit Lordon Illustré

    “si on est Trader refuser un coup juteux pour une réserve vertueuse ou un scrupule moral c’est foutre sa carrière en l’air et si vous êtes banquier ne pas fouetter toute la banque , celle de marché en tête , c’est être plus près de la porte que de l’augmentation ”

    8 secondes et avec l’habillage adéquat 40 secondes

    Seulement l’hétérodoxe Spinomarx Lordon planqué dans sa réserve d’Indiens ! Y veut pas partager sa Vision des Choses avec la téléspectatriceplèbe des JT de20h ...
    la peur sans doute de se Coheniser ou se Bouzoutiser

  • permalien Alexandria :
    18 août 2009 @22h45   « »

    @ Étienne,

    Je comprend votre critique de l’ « idiot utile » Cori, j’avais lu et médité les passages de Lordon que vous citez (réflexion supprimée pour cause de longueur excessive du commentaire), mais quelque part, je me fous que Cori soit la caution de l’homme à la Barbiche, que je ne lis plus, que je n’écoute plus ; tandis que Cori, lui, m’est utile. Son info complète pour moi ce que m’apportent Lordon, Jorion, Roubini, etc. Je maintiens que votre critique est excessive.

    Je reconnais cependant (et c’est là une allusion au commentateur suivant) que ma faible connaissance, « amatrice » (par opposition à chevronnée), de Bourdieu me plonge dans la méconnaissance des effets réels de l’apparition des idiots sur la scène médiatique, utiles ou inutiles... Je persiste à penser que ces idiots contribuent, malgré tout (ouh ! je m’enfonce...), au débat.

    De fait, peut-être est-ce le genre interview audio (ou vidéo, c’est pire) qui pose problème : difficulté à soutenir durablement l’attention, distraction autour des répétitions verbales du... du..., voilà..., enfin, j’veux dire... (Là, je pense en particulier à @si et Schneidermann, à la façon dont les questions orientent, ou ne tiennent pas compte de la réponse précédente...).

    Il m’arrive même de transcrire verbatim des contributions qui me paraissent particulièrement intéressantes, pour pouvoir y revenir (j’ai dû faire ça pour une brève interviex d’André Orléan). Après le verbatim, il faut retirer les scories, c’est horriblement long...

    Bon. Étienne, et les autres, pardonnez ma confusion. Pour moi, tout cela est plutôt nouveau, et je n’en ai pas fait le tour...

  • permalien Yvan :
    19 août 2009 @07h49   « »

    Quand un banquier montre le marché au président de la république par sa salle de traders, le président regarde les traders « tous très jeunes… tous très sûrs d’eux… tous rémunérés aux bonus… ». Et il ne se déclare par ailleurs pas opposé à "la titrisation [des risques]" (comprendre : dogmatiquement favorable, c’est le cœur du message).

    Pour ceux qui ont raté un chapitre F. Lordon explique ici, dans ce bêtisier de la prévision économique, la difficulté de prévoir le passé (avec l’aide compétente de Schneidermann). Il est intéressant d’y entendre F. Lordon traité la menace de la crise systémique de "chantage" à Bernanke (“l’esprit d’escalier” sans doute).

    « Les banquiers et les traders » nous y dit-il, il aurait été peut-être préférable de préciser : les banquiers et leurs traders ou les banquiers ou leurs traders, ne évitant ainsi l’amalgame présidentiel (en consensuel) Arlette Laguiller n’était pas banquière mais employée de banque.

    Pour le reste, en matière de prévision du futur celle de Thomas Jefferson (président de 1801 à 1809) reste de mise :

    « Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. Si le peuple américain permet un jour que des banques privées contrôlent leur monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour des banques priveront les gens de toute possession, d’abord par l’inflation, ensuite par la récession, jusqu’au jour où leurs enfants se réveilleront, sans maison et sans toit, sur la terre que leurs parents ont conquis. »

  • permalien babou :
    19 août 2009 @10h45   « »

    Merci Fred de rappeler ce que ce "cher Pierre" nous avait appris, et de l’appliquer à l’actualité. Ne vous faîtes pas machouiller !

    http://www.agoravox.tv/article.php3...

  • permalien freelol :
    20 août 2009 @10h09   « »

    Merci pour tout Monsieur Lordon et continuez à nous ouvrir les yeux.

  • permalien volodia :
    21 août 2009 @01h06   « »

    J’ai travaillé au journal "Le Parisien" et votre article est si long, si emberlificoté, pas hiérarchisé, les questions claires inexistantes, qu’on se jette à la marge, de peur d’avoir à reprendre le papier.
    Pour la crise qu’elle s’aggrave, on sait qui s’en met plein les poches et qui paie. Je ne veux plus payer, et quand on touchera le fonds, on trouvera une alternative et là je bougerai
    Volodia

  • permalien Bofffffffff :
    21 août 2009 @09h45   « »

    Voilà bien des propos et un débat qui ne concernent que quelques intellectuels prétentieux, précieux et très éloignés des réalités du monde et des Hommes. Vos combats de mots et de phrases illisibles ne concernent que vous. Le citoyen pense à l’augmentation du tarif de l’électricité, à la baisse de son pouvoir d’achat, se demande qui va quitter Secret Story, qui sera leader de la ligue 1, s’il est utile de passer de Vista à Seven, s’il survivra à la grippe A...Alors, j’y vais, j’y vais pas... Restez sagement dans vos bibliothèques, le monde tourne sans vous depuis longtemps et n’a nul besoin de vos relectures de Bourdieu. Dormez tranquillement à l’ombre de vos pensées.

  • permalien okidoki :
    21 août 2009 @12h35   « »

    Et ben, il ne nous manquait plus que l’innénarable populo-prolo-logue. Qui sais ce que c’est lui, la réalité et les hommes. Parce que, lui, hein !, il est pas dans la bibliothèque. Lui, il est sur son ordinateur et il aime perdre son temps à partager ses précieux jugements péremptoires... et il aime lire "des intellectuels précieux, prétention, bien loin des réalités et des Hommes". Parce que lui, hein !, y connaît. Je veux mon neveux.

    Il est vrai que Bourdieu n’intéresse personne, il n’a pas vendu un livre dans sa vie. Les médias non plus ! le TCE d’ailleurs ? Preuve par A+C Monsieur. Hein ? Y s’en foutent les citoyens ! Alors hein !

    MDR.

  • permalien GRACQUES :
    21 août 2009 @13h25   « »
    POUR VOLODIA ET BOF

    Volodia , je me rappelle d’un prof de procédure civile a la fac qui déclamait son cours et ne déviait que d’un ou deux mots de son polycop ! du parlé écris en quelque sorte , du théâtre .

    Une langue ou pas un mot ne manquait , parfois tres précieux , mais voulant tres exactement dire ce qu’il voulait dire. La pensée n’est pas simplement complexe , elle peut être descriptive plus qu’analytique et là faut s’accrocher pour ne pas se perdre dans les méandres. C’est aussi une manière de comprendre le monde.

    Bon et puis chacun son style .....celui de LORDON peut paraitre lourd et pompeux mais il me ravit et me fatigue , mais me pousse a rester concentré ....un prof !

    Pour BRR quoique que je doute qu’il revienne......
    pourquoi ton tarif EDF augmente ? va lire "plume de presse" ou CORI ......qui lisent LORDON , chacun son boulot (c’est dit dans l’article) et c’est pourquoi LORDON etc......

    Pour le reste des autres préoccupations mentionnées j’avoue ....m’en contre balancer , même si à ça que mes con citoyens pensent.

  • permalien Jean-Michel Dariosecq :
    21 août 2009 @22h01   « »

    Bravo Frédéric,

    pour cette réponse à Nicolas Cori, certes un peu longue, mais pleine de sagesse (les dangers d’ "y aller" trop) et de "pragmatisme (la nécessaire division du travail).

    Néanmoins, je me pose aussi la question de savoir pourquoi il n’y a pas plus de "doxosophes de gauche". Est-ce seulement parce que les médias filtrent les candidats ou parce qu’il n’y a pas assez de candidats ?

    Ayant été membre de l’association Attac pendant plusieurs années, j’ai cru un moment que sa fonction aurait été de former de tels "intermédiaires". Or durant toute cette période, je n’y ai jamais vu que des juxtapositions de conférences, certes savantes et hétérodoxes, mais sans liens, sans cohérence, sans progressivité, sans cursus, sans contradictions.

    J’ai même pu constater (aux Université d’été) qu’entre les "libre-échangistes-mondialistes de gauche" (c’est ainsi que je nomme le courant qui a pris finalement le pouvoir) et les "souverainistes", il y avait (avant l’éjection de ces derniers) une sorte de partage du terrain non dit, en évitant tout contact, toute confrontation, donc toute mise au jour de nos propres contradictions et enrichissement mutuel.

    Bref, mon hypothèse aujourd’hui est qu’il manque un lieu de formation pour "doxosophes de gauche", qui seraient pour la plupart "de base", mais parmi lesquels quelques individus aux qualités particulières pourraient prendre le rôle de "pitres médiatiques", relais sciemment approximatisés des vrais chercheurs.

    En conclusion, au cas où toi et quelques ami-e-s trié-e-s sur le volet décidaient d’ouvrir une "école de doxosophie de gauche", je m’inscrirai immédiatement...

    Très cordialement.
    Jean-Michel Dariosecq

  • permalien Pascale :
    22 août 2009 @15h54   « »

    En tous cas, petit rappel aux commentateurs auxquels ces interviews auraient échappé : on peut entendre une analyse de la crise par Frédéric Lordon de plus d’une heure là : http://jaidulouperunepisode.org/004... ( accès aux trois autres parties de l’entretien à gauche de l’écran). Là, on lui laisse le temps de parler....

    Et puis dans les archives de Des Sous d’AligreFM, émissions 137-168-169 de 2007 sur la finance ( qu’on pourra utilement compléter avec celles de François Morin) : encore 1 heure d’écoute. http://dsedh.free.fr/emissions_pass...

    Quand on lui laisse le temps de causer, Frédéric Lordon cause.... mais c’est sur un média alternatif peu connu et qui assume ses engagements.

    Pascale

  • permalien rené :
    22 août 2009 @15h58   « »

    Il suffit juste d’un décortiquer une phrase de N. CORI pour donner amplement raison à la démarche de F. LORDON (mais aussi d’autres...) :
    "D’abord parce qu’il existe une diversité –mineure, certes- dans le traitement de l’information économique, et surtout, parce que d’autres logiques gouvernent les médias. Et pas forcément pour le meilleur. Par exemple, l’audience, la facilité, la rapidité (pour citer les pires) et aussi des logiques positives comme la volonté de donner des clés pour décrypter l’actualité..."
    L’audience, la facilité, la rapidité... n’auraient ainsi rien de commun avec la logique de l’idéologie capitaliste ?
    Et la logique positive qui serait de donner les clés pour décrypter l’actualité... comme celle de décrypter la volonté dominante cachée derrière celle de comprendre ce qu’est le TCE ou le traité de Lisbonne.
    Cela fait vraiment doucement rire...

  • permalien David :
    24 août 2009 @17h00   « »

    Le débat n’est pas "Lordon doit-il passer à la télé ?" mais "comment faire pour inciter le maximum de monde à se débarrasser de cette saloperie qu’est la télé ?"
    Faux débat donc, mais très beau texte néanmoins, et analyse aussi subtile que rigoureuse. Très fort ! Merci pour tant d’intelligence.

    Et maintenant un peu de littérature : un petit extrait du roman de Jean-Philippe Toussaint, intitulé, précisément, La Télévision :

    « J’avais refermé la fenêtre, et, avant d’aller ranger mon matériel dans la cuisine, je fis encore un peu de ménage dans le salon, dépoussiérai sommairement les coussins du canapé en les redressant de profil pour leur donner de grandes claques du plat de la main, puis je pulvérisai quelques jets de détergent au milieu de la table basse et passai rapidement un petit coup d’éponge circulaire dessus. Enfin, comme je m’apprêtais à quitter la pièce avec mon pulvérisateur et ma bassine sous le bras, je jetai un coup d’œil sur le téléviseur et, remarquant qu’il était très poussiéreux lui aussi, je lui balançai distraitement une petite giclée de pulvérisateur, qui alla s’écraser en, haut de l’écran en un petit amas de mousse blanchâtre effervescente, puis, pris d’un léger vertige où se mêlait sans doute le simple plaisir enfantin de continuer de tirer à une jouissance plus subtile, symbolique et intellectuelle, liée à la nature de l’objet que j’avais pris pour cible, je ne m’arrêtai plus et je vidai presque tout ce qui restait de produit dans le réservoir du pulvérisateur, continuant à tirer à bout portant sur le téléviseur, appuyant sur la détente et relâchant mon doigt, appuyant et relâchant, de plus en plus vite, partout, au hasard de l’écran, jusqu’à ce que toute sa surface fût recouverte d’une sorte de couche liquide mousseuse en mouvement qui commença à glisser lentement vers le bas en filets réguliers de crasse et de poussière mêlées, en lentes coulées onctueuses qui semblaient suinter de l’appareil comme des résidus d’émissions et de vieux programmes fondus et liquéfiés qui descendaient en vagues le long du verre, certaines, rapides, qui filaient d’un seul trait, tandis que d’autres, lentes et lourdes, arrivées au bas de l’écran, rebondissaient et dégouttaient par terre, comme de la merde, ou comme du sang. »

    Que dire de plus ?

  • permalien NG :
    26 août 2009 @16h24   « »

    Très très bonne analyse. Un régal à lire.

  • permalien Scalpel :
    27 août 2009 @05h19   « »

    Je ne suis pas "journaliste au Parisien" (tu m’parles d’un pédigree)...mais commercial -à défaut d’être pianiste dans un b...-, qui plus est économiquement remercié de fraîche date...
    Mon entendement n’a néanmoins pas failli à la compréhension pleine et entière de ce texte plein de sagesse, d’humour et de sagacité lordoniens, intellectuel dont je me délecte de chacun des écrits d’homme libre et intègre.
    Merci à Cori (j’omets volontairement le prénom de ce muffle)d’avoir suscité cette réponse de FREDERIC Lordon.
    Le voilà renseigné et nous avec sur les (sages) motivations à ne point mettre son doigt dans l’engrenage des médias aux ordres...sous peine d’en ressortir sous forme de produit estampillé "vu à la TV" !
    Penser qu’un esprit aussi averti que celui de FREDERIC Lordon puisse tomber dans un tel piège, est une injure à l’Intelligence.
    Ravi d’apprendre par ailleurs que le quotidien de Rothschild et de BHL compte dans ses rangs clairsemés un -virulent- dissident à la pensée dominante (mais chuuttt, ça reste entre nous, promis).

  • permalien Sylvano :
    28 août 2009 @09h51   « »

    C’est toujours impressionnant en France de voir des gens disserter de façon aussi sérieuse sur des choses aussi simples...

    J’ai assisté une fois à une prise de parole publique de M. Lordon lors de Jeudi de l’Acrimed je crois. Il a très bien expliqué que c’était très difficile de s’exprimer dans les médias. En clair, on n’a pas le temps d’argumenter et les journalistes en place détestent tout ce qui ne leur ressemble pas.

    M. Lordon a tout de suite senti ce piège : pas fou, il évite ce genre d’apparitions qui le dessert. Tu parles d’un scoop... ;-)

  • permalien oarkway :
    28 août 2009 @16h41   « »

    encore un texte magnifique de M. LORDON !

    Combien de merdias font connaître ce personnage ???

  • permalien Looping :
    25 février @14h45   « »

    Moui...
    Il est tout de même un point sur lequel je ne puis qu’être en désaccord : c’est celui de la division du travail. Imaginer un monde où les idées seraient portées de maillon en maillon depuis la production intellectuelle jusqu’à l’application politique est très esthétique... mais à côté de la question.

    La diffusion efficace des idées au plus grand nombre (c’est-à-dire aux citoyens, car il s’agit bien de cela) se fait au moyen des médias, mais par une individualité. Les médias offrent une vitrine, certes contraignante, certes déformante, mais une vitrine néanmoins. Et à l’intérieur de cette vitrine, ce qui compte pour le message c’est la personnalité qui le porte.

    Quel doit être son profil ? Savoir s’exprimer clairement, bien entendu, mais ce n’est qu’un minimum. Il faut en plus un certain charisme, quelquechose qui capte l’attention, qui n’est pas de l’ordre de l’entendement mais de la séduction : une présence hors norme, un regard qui frappe, un humour incisif... De plus, ceci doit être augmenté par l’historique du personnage : ex-otage, humanitaire dévoué, industriel conquérant... Kouchner et son sac de riz, Sarkozy lors de la prise d’otage de Neuilly, Villepin face aux américains... tous ont bien compris l’importance de se créer une aura, un personnage, pour porter leur message (qui dans leur cas est simple : "votez pour moi").

    Si M.Lordon était un Professeur Nimbus bafouillant, la question de son implication médiatique ne se poserait pas. Seulement voilà, il possède les qualités requises. Clair dans ses idées et dans ses exposés, drôle et léger dans le ton, il s’appuie de plus sur une double légitimité de chercheur et de "prophète" ayant théorisé les failles économiques qui apparaissent à tous aujourd’hui. Bref, il est la meilleure figure possible du "héros" capable de porter la voix de l’alternative.

    Toutes les idées fortes qui ont eu un impact sur notre société ont été portées par une personnalité forte. M.Lordon, tous les dangers que vous pointez sont réels et vos objections recevables. Si vous nous disiez "je n’ai pas envie de devenir une figure médiatique plus exposée que je ne le suis actuellement afin de préserver mon mode de vie actuel", ce serait compréhensible. Mais refuser de vous engager plus par anticipation de l’échec ne me semble pas pertinent, dans la mesure où tout autre sera exposé aux mêmes péripéties, et aura des chances de succès probablement moindres tant les caracatéristiques nécessaires, que vous possédez, sont difficiles à réunir. J’ai le sentiment que vous nous condamnez à attendre l’hypothétique avènement d’un hérault alors que vous pourriez être celui-là.

  • permalien bof, t’inquiète :
    26 février @04h40   « »

    Je vous lis ici et là, M’sieurs Dames depuis que j’ai la chance d’être veilleur de nuit. L’inanité du propos était, hier nuit, du côté des commentateurs. Ben, là, elle a changé de camp ( une franche poignée de mains à bof avec dix f ).

    Nom d’une pipe, qu’est-ce que c’est que ce verbiage bourdieuso-vaniteux ? Il se regarde réfléchir, le monsieur, il est fou de sa syntaxe, il aime passionnément ses vaines spéculations ! Mais oû peut-on l’entendre, ce ténor du barreau des jean-foutre ? On n’y comprend rien, bordel ! Je connais certain La Bruyère que cet empêcheur de causer juste aurait horripilé jusqu’au portrait en actes ! Que ne dites-vous " il fait froid " s’il fait froid ? Votre ronflant " habitus ", le sens de votre phrase y perd-il si on le remplace par " habitude" ? Est-ce un crime de lèse-poseur ?

    Histoire de vous faire fuir tout maître à penser creux, monsieur le plumitif péremptoire, j’ose à peine vous renvoyer à ce que dit Deleuze des médias dans l’abécédaire, et notamment à l’opposition question/interrogation. La télé, pas besoin de se la raconter comme vous le faites dans votre logorhée auto-érotique pour savoir ça, c’est l’art des interrogations. Comment vas-tu ? Quel temps fait-il ? Crois-tu en Obama ? La troisième est-elle en marche ?

    L’art des questions, c’est bien autre chose. C’est celui des problèmatiques. Les vôtres sont vaines, fausses, nulles.
    On perçoit quand même, si on a eu le courage de vous lire jusqu’au bout, un attachement à la liberté, ou du moins lit-on des déclarations qui vont dans ce sens. Mais, dites-moi, il faut me rassurer : vous qui vous exprimez par voie médiatique, vous n’avez pas le col pelé ? Vous êtes bien un loup, et non un chien ?

  • permalien vivien :
    13 avril @20h15   « »
    Merci

    Une belle argumentation que voilà. Mais j’avoue que vous voir sur TF1 serait quelque chose tout de même :)

  • permalien Antoine :
    22 mai @00h06   «

    Bonjour,

    Merci pour cette lumineuse argumentation sur les mécanismes de normalisation et de médiocrisation...

    Par contre, cette histoire de division du travail, heu... certes, c’est rationnel (rationnellement efficient ! ce qui ne veut rien dire puisque les systèmes humains sont fondamentalement irrationnels), mais c’est aussi la négation de toute communauté politique de type démocratique. L’artisan qui se consacre tout entier à sa spécialité tandis que la cité est gérée par des philosophes (ou que, dans votre modèle, des "doxosophes" se chargent d’effectuer... l’intermédiation entre les experts et le peuple, ce qui ne fait d’eux rien d’autre qu’une nouvelle classe médiatique), je dois dire que ce n’est pas une pespective qui m’emballe beaucoup.

    Je comprends bien le fond de l’argument ; et je suis d’accord qu’il y a une sorte de devoir à faire bien son métier avant tout (c’était aussi l’argument de Proust contre ce qu’il appelait les écrivains philanthropes). Mais je ne pense pas qu’il faille pousser l’argument aussi loin que cette très dangereuse idée de division du travail (qui fera certainement piailler d’aise tous les vulgarisateurs et pédagogues attitrés).

    C’est aussi pour dire que, si je suis d’accord avec la préférence a priori pour des séquences de petites actions individuelles, nous sommes aujourd’hui dans une temporalité très particulière, avec une fenêtre de peut-être une dizaine d’années (assortie bien sûr d’un très grand point d’interrogation, je dis ça à peu près au pif, mais au pif informé de l’odeur de l’air du temps), et se pose la question de savoir s’il ne va pas falloir forcer le rythme un peu ; car, sinon, les séquences d’actions individuelles risquent de manquer le coche, à force de « laisser du temps au temps »...

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