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Israël-Palestine, que peut le président Obama ?

par Alain Gresh, 23 septembre 2009

« Première poignée de main entre Netanyahou et Abbas », titre LeMonde.fr le 22 septembre. Les deux hommes se sont vus (très brièvement, à peine quinze minutes) à New York ; si l’on en croit commentateurs et éditorialistes, la rencontre n’a rien donné, et marque même une victoire israélienne.

« Les discussions entre Israéliens et Palestiniens se heurtent au refus de M. Netanyahou de stopper complètement la colonisation en Cisjordanie occupée, et à celui de M. Abbas de discuter dans de telles conditions », écrit LeMonde.fr, renvoyant dos à dos les deux protagonistes.

Selon Helene Cooper et Mark Landler du New York Times (23 septembre), « In Mideast Peace Bid, Obama Pivots in His Demands », le président Obama aurait prévenu ses interlocuteurs palestiniens « qu’il ne pourrait pas obtenir un gel de la colonisation, mais qu’il pousserait Israël à s’engager rapidement dans des négociations sur le statut final ». En d’autres termes, il demande aux Palestiniens d’accepter la reprise des négociations alors que la colonisation continue, même à un rythme ralenti.

Si tel est le cas, le président Obama reviendrait à la stratégie qui a déjà échoué : celle d’Annapolis, celle d’un processus de paix sans fin à l’abri duquel Israël continue sa politique de conquête et de colonisation.

Ce ne serait pas seulement une catastrophe pour les Palestiniens, mais aussi pour toute la région. Et ramènerait à peu de choses le discours du Caire du président américain, le 4 juin 2009.

Pourtant, un autre choix est possible pour le président américain, y compris dans le cadre de l’alliance existant entre Israël et les Etats-Unis, comme le montrent deux articles récents.

Pierre Razoux, un chercheur au collège de défense de l’OTAN (Rome), fait d’intéressantes suggestions dans le New York Times du 15 septembre (« How to Put Pressure on Netanyahu »).

Confronté aux tactiques dilatoires de Netanyahou, le président Obama ne peut réduire l’aide financière ou militaire à Israël (pour des raisons de politique intérieure). L’administration dispose toutefois d’autres moyens de pression :

 s’abstenir de soutenir systématiquement Israël au conseil de sécurité de l’ONU ;

 réduire graduellement la coopération militaire dans des domaines cruciaux, comme le renseignement, l’espace, les communications, le nucléaire, etc.

 demander publiquement qu’Israël participe à la conférence de l’année prochaine sur le traité de non prolifération ;

 enfin, il peut réduire ses garanties financières aux prêts donnés à Israël, comme James Baker l’a fait en 1991-1992 pour forcer le premier ministre de droite Itzhak Shamir à rejoindre le processus d’Oslo [l’auteur se trompe, il veut parler du processus ouvert par la conférence de Madrid, le 30 octobre 1991].

« L’administration Obama doit simplement faire comprendre au gouvernement israélien que les intérêts stratégiques des deux pays ne coïncident pas forcément. Elle devrait aussi laisser Israël en dehors de la négociation avec l’Iran, ne l’informant ni du statut de ces discussions ni de leur contenu. »

Cette stratégie indirecte serait d’autant plus efficace, selon l’auteur, qu’elle pourrait difficilement être exploitée par le lobby pro-israélien.

Le journaliste Akiva Eldar, dans Haaretz, « So what if Obama wants to move peace process forward ? » (23 septembre), rappelle le célèbre épisode des pressions de l’administration Bush (père) et de James Baker en 1991-1992, évoqué par Razoux. Mais il note une différence de taille : à l’époque, la droite israélienne faisait face à une réelle opposition menée par Itzhak Rabin. Et les pressions américaines avaient mené à la chute du gouvernement de droite. Il n’existe plus, note Eldar, de camp israélien de la paix. Et la force du Hamas est aussi un élément nouveau.

Alain Gresh

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