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Eau et nanotechnologies : nouveaux risques pour l’environnement et la santé

vendredi 25 septembre 2009, par Marc Laimé

A l’horizon des toutes prochaines années, des centaines de milliers de nanoparticules, vecteurs d’une « nouvelle révolution industrielle », vont être disséminées dans l’environnement, et dans l’eau… Afin de répondre aux questionnements de la Direction générale de la Santé, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) a récemment publié deux rapports : l’un sur les nanoparticules manufacturées dans les eaux, en février 2008, et l’autre sur les nanoparticules dans l’alimentation humaine et animale, en mars 2009. Travaux dont les conclusions concordent avec ceux d’autres instances nationales et internationales, et appellent à la prudence.

Alors que la pollution des ressources en eau suscite déjà d’importants remous en France, la dissémination massive de nanoparticules dans l’environnement constitue un nouveau thème d’inquiétude, qui doit être pris au sérieux. Le gouvernement a demandé à la Commission nationale du débat public (CNDP) d’organiser une « grande consultation nationale », qui va se dérouler dans dix-sept villes françaises à partir du 15 octobre 2009. Une initiative que dénonce vivement l’association grenobloise « Pièces et main d’œuvre », qui pourfend les dangers des nanotechnologies depuis plusieurs années, n’y voyant qu’une pseudo-concertation destinée à légitimer une nouvelle fuite en avant de la technoscience. Le débat ne fait que commencer, mais les nanotechnologies pourraient conduire à revoir de fond en comble l’approche de la question de la pollution de l’eau.

L’Afssa avait été sollicitée par la Direction Générale de la Santé (DGS), afin de « faire le point sur les connaissances relatives aux nanotechnologies dans le domaine des eaux destinées à la consommation humaine ». Il lui avait notamment été demandé « d’identifier les produits concernés dans ce domaine, de quantifier leur utilisation et de procéder à une évaluation bénéfice/risque de l’utilisation de ces produits ».

En réponse, l’Agence a mené une expertise « basée sur une recherche bibliographique, complétée par l’audition de chercheurs spécialistes des nanotechnologies et d’industriels du domaine de l’eau, potentiels utilisateurs de ces technologies ». Les deux objectifs de ce travail étaient de « répertorier les traitements d’eau destinée à la consommation humaine mettant en œuvre des nanoparticules manufacturées, et de déterminer les capacités de ces nanoparticules à persister dans l’environnement et dans les filières de potabilisation d’eau ».

« Cette démarche a permis de réaliser un état des lieux des connaissances disponibles et des projets de recherche en cours dans ce domaine. Elle a également permis de formuler des recommandations quant à la mise sur le marché de produits issus de nanotechnologies et aux recherches à mener pour compléter les connaissances nécessaires à la réalisation d’une évaluation des risques sanitaires plus complète. »

Voir le rapport : « Eau et nanoparticules manufacturées ».

En mars 2009, l’Afssa publiait un second rapport intitulé « Nanotechnologies et nanoparticules dans l’alimentation humaine et animale. L’Afssa en appelle à la prudence ».

L’Agence s’interrogeait :

— Y a-t-il des produits contenant des nanoparticules dans les aliments ?

— De quels types de produits s’agit-il ?

— Quels risques et bénéfices engendrent-ils ?

(…)

« La problématique des nanotechnologies est large et peut concerner l’Afssa dans de multiples domaines : médicaments à usage vétérinaire, produits phytosanitaires, alimentation humaine et animale, emballages, procédés de traitement des eaux et exposition par voie orale (eau ou aliments) à des nanoparticules présentes dans l’environnement. Dans ces domaines, la majorité des applications seraient encore au stade de la recherche, et il n’y aurait pas véritablement de réalité commerciale. Seules certitudes, aucun procédé de traitement des eaux utilisant des nanoparticules n’a été mis sur le marché français et aucun médicament vétérinaire ou produit phytosanitaire relevant des nanotechnologies n’a été soumis à autorisation en Europe. »

Des connaissances encore insuffisantes

« Bien que les perspectives technologiques ouvertes par les nanotechnologies semblent immenses, notamment dans le domaine de la santé, les connaissances sur la toxicité des nanoparticules manufacturées sont lacunaires.

En outre, de nombreuses questions restent à résoudre avant de pouvoir évaluer les risques et les bénéfices liés à ces composés. Ceci est notamment lié au fait qu’il n’existe pas de méthode permettant de mesurer et de suivre le devenir de nanoparticules manufacturées dans des matrices complexes (environnement, aliments, organisme, etc.). »

La prudence est de mise

Considérant ces incertitudes, l’Afssa, de même que d’autres instances internationales, « a conclu à l’impossibilité d’évaluer l’exposition du consommateur et les risques sanitaires liés à l’ingestion de nanoparticules ».

En conséquence, l’Agence recommande « la prudence à l’égard de l’utilisation de nanotechnologies ou de nanoparticules en alimentation humaine et animale. Elle préconise également que la présence de ces substances dans l’alimentation fasse l’objet d’une déclaration systématique et d’une demande d’autorisation de mise sur le marché, dans le cadre d’une réglementation (à mettre en place) ».

Afin de compléter ses travaux, l’Afssa travaille à formaliser les besoins de recherche existants.

Consultation nationale sur les nanotechnologies

Dans le cadre des engagements du Grenelle de l’environnement, le gouvernement a demandé à la Commission particulière du débat public d’organiser un débat public autour des nanotechnologies.

Ce débat va se dérouler sous la forme de réunions publiques organisées dans dix-sept villes de France du 15 octobre 2009 au 24 février 2010 (voir le site dédié à ce débat).

Appel au boycott

Pièces et main d’œuvre, association grenobloise qui dénonce les dangers des nanotechnologies, vient d’appeler au boycott pur et simple des réunions organisées par la Commission particulière du débat public.

Il est vrai que les récentes consultations dédiées à l’EPR ou à la refonte de la station d’épuration d’Achères ont déjà suscité de nombreux remous…

Et Pièces et main d’œuvre d’enfoncer le clou :

«  (…) Les nanotechnologies sont la prochaine révolution industrielle, après l’informatique, et la France ne négligerait pas un marché potentiel de mille milliards de dollars en 2015.

Seul détail à régler : le risque d’opinion, au cas où celle-ci, après les OGM, entendrait les critiques de ceux qui, à Grenoble, enquêtent sur les nanotechnologies depuis huit ans pour en dénoncer les malfaisances.

L’opinion, il y a des experts pour ça. La Commission nationale du débat public a été chargée par huit ministres d’organiser une tournée “participative” - dix-sept réunions publiques en France entre octobre 2009 et février 2010 – afin d’épuiser les opposants dans de stériles échanges, dont les conclusions décoreront sans doute les futurs budgets de Nano-Innov.

Loin de servir un quelconque débat démocratique sur l’opportunité sociale et politique d’investir dans les nanotechnologies, cette campagne vise à leur acceptabilité par la population.

“Faire participer, c’est faire accepter”, disent les experts en acceptabilité de France Telecom. »

Voir aussi les débats sur le site « Aujourd’hui le nanomonde ».

Quoi qu’on en pense, l’impact des nanotechnologies sur la pollution de l’eau fait désormais figure d’enjeu majeur pour la préservation d’une ressource déjà bien mal en point.

Lire aussi :

Nano-technologies : le point de vue environnemental

Jean-Marc Manach, Fing/Internet-actu.net, 8 octobre 2009

On lira aussi, dans Le Monde diplomatique d’octobre 2009 (en kiosques le 30 septembre), l’article de Philippe Quéau : « Quand bits, atomes, neurones et gènes font BANG ».

7 commentaires sur « Eau et nanotechnologies : nouveaux risques pour l’environnement et la santé »

  • permalien Gilkinet :
    25 septembre 2009 @22h56   »

    En Belgique, nous partageons votre analyse et venons de lancer une Campagne pour une législation réglementant la mise sur le marché des nanoparticules. Voir : http://www.grappebelgique.be/spip.php?article1129

    Michèle Gilkinet, présidente du GRAPPE

  • permalien Shiv7 :
    27 septembre 2009 @15h29   « »

    C’est comme d’habitude, on exploite de nouvelles technologies avant de savoir leurs effets secondaires.

    On fait miroiter des avancées dans la santé, le bien être tout en sachant qu’il ne va pas manquer d’y avoir autant de résultats négatifs que positifs dans les nouveaux moyens que permettra cette avancée.

    Quand bits, atomes, neurones et gènes font BANG ».

    Oui en effet, quelqu’un peut-il me dire à qui, gouvernement ou assossiation, il serait près de confier des moyens et pouvoirs technologiques auquels ceux de maintenant ne sont que des jouets ?

  • permalien atchoum :
    28 septembre 2009 @18h35   « »

    On ne connaît JAMAIS tous les effets secondaires d’une nouvelle technologie.

    Il faut trouver une voie intelligente entre ne jamais rien faire de nouveau et créer de nouvelles choses.

    Cela passe par une prise de risque et une frange importante de la population a du mal à accepter le risque.

    Prenons les nanotechnologies.
    C’est une idée géniale que d’inventer un mécano moléculaire qui permette ces micro réalisations et c’est très bien d’y avoir pensé et de l’avoir réalisé.

    C’est par contre très stupide d’avoir commercialisé ces produits alors même que les tests de toxicité chez la souris (qui seront bientôt supprimés au nom de la protection des animaux) montrent bien une diffusion de ces particules via la peau, le tube digestif et le poumon et une accumulation dans certains organes. Les microfibres, par exemple, miment parfaitement bien le dépôt de l’amiante dans les alvéoles et on en connaît déjà la toxicité...

    Les perspectives thérapeutiques sont toutefois parfaitement passionnantes aussi : un moyen de faire diffuser dans les organes collecteurs des substances thérapeutiques ? Quelle chance pour la lutte contre le cancer de la plèvre ! Et le cancer du rein ? de superbes perspectives.

    Alors oui, je me réjouis de ce progrès que sont les nano-particules et je remercie les chercheurs qui y ont travaillé car ils aident l’humanité dans sa recherche de bien être mais je me lamente sur le besoin de rentabilité qui fait commercialiser des produits dont les effets toxiques sont probables et non évalués...

    cf http://www.allergique.org/spip.php?...

  • permalien parkway :
    5 octobre 2009 @15h09   « »

    cher atchoum,

    "Cela passe par une prise de risque et une frange importante de la population a du mal à accepter le risque"

    surtout que ce sont toujours eux qui trinquent...

    la franje, elle a bon dos !

  • permalien jmm :
    8 octobre 2009 @11h31   « »

    Oups, j’avais raté ce billet, que je m’empresse de citer en complément de l’article que je viens de consacrer aux différents rapports des fédérations d’ONG environnementales européennes, Nanotechnologies : le point de vue environnemental

  • permalien POWLIINES :
    23 décembre 2009 @18h23   « »

    Est ce que je pourrais avoir une adresse internet, sur les produits avec des nanotechnologies dans l’alimentation seulement !
    Je fais un exposé sur les nanos et je ne trouve que des inventions futuristes pour l’instant rien de concrets.

  • permalien M. :
    7 mai 2010 @09h28   «

    Toutes les technologies, et même la nature peuvent être potentiellement nocives pour l’homme et pour elle-même. Pourtant, tout cela existe.
    On peut tuer quelqu’un avec un marteau ou avec des médicaments qui sont pourtant en vente libre dans nos pays...

    Ce que je veux dire par là, c’est que le 0 risque n’existe pas. Nous devons simplement prendre du recul par rapport aux nouvelles technologies afin d’envisager l’ensemble de leur impact. Il n’y a pas que la santé ou l’environnement, mais aussi l’équité sociale par exemple...

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