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Du rapport Goldstone à la campagne contre Agrexco

par Alain Gresh, 6 octobre 2009

Une dépêche de l’AFP en provenance de Jérusalem (5 octobre) :

« Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas est la cible de vives critiques, y compris dans son propre camp, à la suite du report controversé du vote sur le rapport de l’ONU fustigeant l’attitude d’Israël pendant la guerre de Gaza. Cette crise risque d’affaiblir M. Abbas au moment où les Etats-Unis tentent de relancer les négociations de paix avec Israël, relèvent les observateurs. A Ramallah, siège de l’Autorité, des centaines de Palestiniens ont dénoncé lundi le soutien de leur direction à ce report, tandis que d’autres à Jérusalem parlaient de “coup de poignard dans le dos et le coeur de tous les martyrs”. “Nous voulons que le président Abbas présente des excuses et si le gouvernement a quoi que ce soit à voir avec cette décision, nous voulons qu’il démissionne”, a déclaré Mohammed Jadallah, le leader d’une coalition d’ONG palestiniennes. »

« Le chef du gouvernement du Hamas à Gaza, Ismaïl Haniyeh, cherchant à exploiter ce qui apparaît comme une bévue de son adversaire politique, a accusé Mahmoud Abbas d’avoir personnellement commandité le report.
“Cette décision absurde et criminelle place un immense obstacle sur le
chemin de l’unité palestinienne”, a averti M. Haniyeh. “Ce dernier scandale n’aurait jamais dû avoir lieu et les responsables de ce genre de corruption politique doivent être démis de leurs fonctions”, estime quant à lui Khaled al-Haroub, éditorialiste du quotidien palestinien indépendant Al-Ayyam. »

La décision du Conseil des droits de l’homme des Nations unies de reporter de six mois l’examen du rapport Goldstone a suscité des critiques acerbes, non seulement en Palestine, mais auprès de nombreuses organisations internationales de défense de la personne humaine. Amnesty International a publié un communiqué affirmant :

« Amnesty International regrette que le Conseil des droits de l’homme n’ait pas pris immédiatement les mesures nécessaires pour mettre en œuvre les recommandations du rapport Goldstone et ait décidé, le 2 octobre, de reporter à mars 2010 le vote d’une résolution sur ce document. Cet ajournement, constate avec préoccupation l’organisation, témoigne de l’absence d’une volonté politique ferme d’amener les responsables des violations du droit international humanitaire et du droit international relatif aux droits humains perpétrées à Gaza et dans le sud d’Israël à rendre compte de leurs actes. »

« Le report offre toutefois au gouvernement israélien et au gouvernement de facto du Hamas à Gaza une dernière chance de mener des investigations, indépendantes et conformes aux normes internationales, sur les violations intervenues lors du conflit. »

L’organisation Human Rigths Watch est intervenue dans le même sens le 2 octobre dans un communiqué intitulé « ONU : Le blocage du rapport Goldstone par les Etats-Unis ne doit pas retarder la justice » :

« La décision prise au Conseil des droits de l’homme de l’ONU de différer jusqu’au mois de mars 2010 un vote concernant le rapport Goldstone sur le conflit de Gaza oblige les Etats-Unis et d’autres gouvernements, qui tentent de faire obstacle aux actions du Conseil, à faire pression sur Israël et le Hamas pour qu’ils mènent des enquêtes crédibles, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. La Mission d’établissement des faits a relevé des preuves de violations des lois de la guerre au cours du conflit de Gaza qui devraient déclencher des enquêtes fiables sur le comportement des deux parties au conflit. »

« Les Etats-Unis ayant forcé un report du vote et critiqué la mission dirigée par le juge Richard Goldstone, ils portent une responsabilité particulière de garantir qu’Israël ouvre des enquêtes qui soient crédibles, impartiales et conformes aux normes internationales (voir le document d’information de Human Rights Watch, « Why no justice in Gaza ? » (« Pourquoi n’y a-t-il pas de justice à Gaza ? »). »

« “Les Etats-Unis ont obtenu un sursis pour Israël sur le rapport Goldstone, aussi doivent-ils maintenant garantir qu’Israël enquête réellement sur les accusations d’exaction”, a indiqué Sarah Leah Whitson, directrice pour le Moyen-Orient à Human Rights Watch. “Si cela n’est pas fait d’ici le mois le mars, alors les Etats-Unis devraient avaliser l’appel contenu dans le rapport Goldstone en faveur de mécanismes internationaux de lutte contre l’impunité.” »

« Le gouvernement des Etats-Unis a qualifié le rapport Goldstone de “profondément entaché d’erreurs”, bien qu’ils aient dit prendre les accusations au sérieux. S’adressant au Conseil des droits de l’homme le 29 septembre 2009, le secrétaire d’Etat américain adjoint, Michael Posner, a affirmé que les Etats-Unis étaient “confiants dans le fait qu’Israël, étant une démocratie ayant un engagement profond envers l’Etat de droit, dispose des institutions et de la capacité à mener des enquêtes robustes sur ces allégations”. »

HRW n’épargne pas non plus les pays européens, responsables aussi de ce report.

Cette paralysie de la soi-disant communauté internationale repose, en termes forts, la question des sanctions contre Israël (lire « Nécessaire inculpation des responsables de l’agression contre Gaza », par Richard Falk, et « Israël est-il menacé par une campagne de désinvestissement ? », par Willy Jackson, Le Monde diplomatique, respectivement mars et septembre 2009). Il est clair que seule les sociétés civiles sont capables de les imposer. Le Congrès des syndicats britanniques (TUC), en solidarité avec les Palestiniens, a adopté le 17 septembre une motion demandant au gouvernement de mettre un terme aux ventes d’armes à Israël et appelant à soutenir les mouvements pour la suspension des accords économiques entre l’Europe et Israël.

En France aussi, les actions se multiplient, comme la campagne menée contre l’implantation de la société Agrexco à Sète. Agrexco est le plus grand exportateur israélien de produits agricoles, et le président du Conseil régional Georges Frêche, familier de nombreux dérapages racistes et partisan convaincu de la politique du gouvernement israélien, a décidé de favoriser sa venue à Sète. Cette décision d’aider une compagnie qui commercialise notamment les produits des colonies de Cisjordanie a soulevé une mobilisation très large, « Coalition contre Agrexco ». Sur les rapports entre Agrexco et les colonies, on pourra lire « Agrexco et les colonies israéliennes en Cisjordanie » (PDF).

Dans un article publié par l’hebdomadaire Politis du 3 septembre, « Pourquoi nous combattons Agrexco », Nicolas Duntze, membre de la Confédération paysanne, Nabil Ennasri du Collectif des Musulmans de France, et Jean-Louis Moraguès de la Campagne civile pour la protection du peuple palestinien, mettent en lumière la dynamique originale de la mobilisation :

« En pleine guerre contre Gaza, l’annonce de ce projet construit dans l’opacité la plus totale dans une région économiquement sinistrée a déclenché réactions et colère. Il est apparu inacceptable, au prétexte d’un sinistre économique, de signer des contrats commerciaux avec des opérateurs volant les terres des paysans palestiniens, les réduisant à l’exil ou à la servitude sur leurs propres champs. Qu’au nom d’une conception de l’emploi dictée par la seule croissance et la compétition internationale on puisse s’exonérer de morale politique. Il est apparu que la politique israélienne devait être sanctionnée, le droit international appliqué. Il est également apparu que ces valeurs ne sauraient constituer l’apanage d’un internationalisme déconnecté des problèmes locaux engendrés par cette économie sauvage. Dans un communiqué du 22 juin 2009, la Confédération paysanne déclarait : “Agrexco à Sète ? La fin des paysans programmée !” Enfin, nous allions pouvoir sortir du mode de solidarité traditionnel cloisonné qui rassemble “ici” pour un soutien “là-bas”, et ainsi élargir le front de la simple solidarité exogène en travaillant concrètement “ici”, localement, à l’émergence d’une autre vision politique de l’économie et des échanges. Ces logiques de solidarité impliquent de nouvelles réciprocités entre partenaires, et il faut espérer que le mouvement de solidarité avec la Palestine s’en trouvera enrichi. Ainsi est née une construction originale et porteuse d’espoir : la Coalition contre Agrexco. Il est rare de pouvoir fédérer aussi largement sur un dossier difficile. Sa transversalité le permet. De là découle une forme d’organisation “horizontale”. Bien que largement initiée par le mouvement de solidarité avec la Palestine, elle offre plusieurs portes d’entrée : solidarité avec la Palestine et BDS, respect des droits humains et du droit international, avenir des paysans dans le monde, emploi local des Sétois et emploi régional des paysans, sécurité alimentaire, nature des échanges commerciaux et solidarité internationale, non-violence, environnement, écologie, commerce éthique… »

Un enjeu qui sera au cœur de la mobilisation du samedi 10 octobre à Montpellier, « 8 heures pour la Palestine ».

Conférence à Nancy

Le mardi 12 octobre à 20 heures, je donnerai une conférence sur les perspectives au Proche-Orient à Nancy, à la faculté de lettres, boulevard Scarpone. Organisé par le Collectif contre la guerre (tél. : 06-88-82-18-91).

Alain Gresh

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