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La peine de mort au Japon et le bouddhisme

lundi 12 octobre 2009, par Christian Kessler et Julien Bielka

Le Japon fait partie, avec les Etats-Unis, l’Inde et Taïwan, de ces rares démocraties libérales à appliquer encore aujourd’hui la peine capitale, avec chaque année de nouvelles exécutions. L’écrasante majorité de Japonais favorables à la peine de mort (81% selon un sondage de 2007 réalisé pour le quotidien Asahi) et la confidentialité du débat critique (au détriment du suicide, lui abondamment commenté voire esthétisé) ne doivent pas pour autant naturaliser ce châtiment.

Tout d’abord, la peine de mort n’a rien de consubstantiel au Japon. Si elle semble remonter à l’origine de l’histoire nationale, elle a pourtant été abolie en 724 par l’empereur Shômu, sous l’influence du bouddhisme. Elle le resta pendant trois cent quarante-sept ans, de 810 à 1156, faisant peut-être du Japon la première nation abolitionniste. Elle a refait surface en 1156 à la suite de la rébellion Hogen à Kyoto — rivalités à l’intérieur de la maison impériale et dans celle des régents Fujiwara. La longue tradition de la peine de mort ne saurait donc voiler sa révocabilité : si l’abolition a eu lieu une fois, elle peut de nouveau advenir.

Actuellement, l’article 36 de la Constitution interdit la torture et tout châtiment cruel, mais une sentence de la Cour suprême, en 1948, a reconnu la constitutionnalité de la peine de mort au motif que le mode d’exécution par pendaison ne peut être qualifié de cruel. En théorie, la peine capitale s’applique à dix-huit types de délits, même si dans les faits seuls les meurtres sont ainsi sanctionnés. Un arrêt de la Cour suprême de 1983 l’estime nécessaire lorsque le criminel a plusieurs victimes à son actif — mais ce n’est pas une règle ; en témoigne par exemple la condamnation à mort de l’assassin du maire de Nagasaki tué en mai 2008. Il la justifie également lorsque l’acte est considéré comme particulièrement cruel et ajoute qu’il faut prendre en compte le sentiment de la famille.

Une fois la condamnation prononcée, la décision d’exécuter la sentence dépend d’une seule personne : le ministre de la justice. En effet, la loi exige qu’un ordre d’exécution soit personnellement signé par le ministre de la justice pour chaque condamné à mort. De 1989 à 1993, les exécutions ont été suspendues, ce qui avait laissé augurer d’une prochaine abolition de la peine de mort.

Mais, dès 1993 et l’arrivée du gouvernement Miyazawa Kiichi, les exécutions ont repris. Le ministre de la justice d’alors, M. Gotoda Masaharu, partisan pourtant déclaré de l’abolition, signa immédiatement trois autorisations d’exécution, expliquant qu’il n’avait pas à mettre ses convictions devant son devoir de ministre, qui était de respecter la sentence des tribunaux.

Au fil du temps, la position de l’Etat japonais s’est durcie, de nombreuses condamnations à de la prison à perpétuité étant commuées en peine de mort. Un exemple : alors que Nagayama Norio, condamné pour le meurtre de quatre personnes en différents endroits de l’Archipel entre 1968 et 1969, avait obtenu en appel que sa peine soit commuée en prison à perpétuité en 1981, la Cour suprême acceptait le recours de la partie civile qui contestait la décision, et ainsi la sentence de mort fut à nouveau prononcée en 1990 et finalement exécutée en 1997. Ce cas s’est reproduit en cette même année 1997, où trois condamnés à la perpétuité ont vu leur peine commuée en peine capitale. Pendant quinze mois, en 2005 et 2006, le ministre de la justice, M. Sugiura Seiken, avait bloqué les exécutions, refusant de les signer, par conviction bouddhiste.

Cette religion, présente dans l’Archipel depuis le Ve siècle, tend au droit à la vie, à la compassion et récuse l’esprit de vengeance. D’après son premier précepte, il faut s’abstenir de détruire la vie de tout être. Ainsi, en 1999, la secte bouddhiste Tendaï a lancé un appel en faveur de l’abolition de la peine de mort au profit de l’adoption de l’emprisonnement à vie sans possibilité de libération conditionnelle.

Déjà sous Edo, l’argument de la dissuasion

A entendre ses partisans, la peine de mort serait dissuasive. C’est ainsi que sous Edo, quand la classe guerrière a imposé la paix, la peine de mort fut particulièrement fréquente par peur des soulèvements et d’un retour à l’anarchie. Afin de faire respecter l’ordre, les autorités avaient recours à « l’éclat des supplices », instrumentalisé à des fins d’exemplarité dissuasive. Les condamnés étaient exécutés par crucifixion, décapitation, ou encore immersion dans l’eau bouillante, dans deux lieux à l’extérieur de la ville, prévus à cet effet : au Nord à Asakusa haritsuke-jô (littéralement le lieu de crucifixion d’Asakusa) où, durant deux siècles et demi, on exécuta près de deux cent mille personnes ; au Sud, sur la route du Tokkaïdô, menant vers le Kansai. On y exhibait les têtes des suppliciés afin de rappeler à l’ordre tous ceux qui entraient à Edo, et on jetait leur cadavre dans des fosses communes. Les hinin, astreints à des tâches jugées répugnantes (transport dans des sacs de paille des cadavres des condamnés torturés, escorte des criminels promenés dans les rues avant leur supplice), étaient également chargés des exécutions et montaient la garde près des têtes des décapitées exposées aux passants. D’Asakusa haritsuke-jô, situé à proximité de l’actuelle gare de Minami-Senju, ne reste qu’une statuette de Bodhisavatta décapité, appelé Kubikiri-Jizô (le Jizô à la tête coupée), qu’on avait installée au milieu du XVIIIe siècle afin d’offrir compassion et réconfort aux victimes et à leurs familles. On édifia aussi un petit temple (Ekô-in) reconstruit depuis, où étaient inhumés les restes des criminels : dans son cimetière, les stèles portent le nom de condamnés à mort célèbres de la fin du shogunat (Lire Philippe Pons, Misère et crime au Japon, Gallimard, Paris 1999).

Aujourd’hui, au contraire, le secret est généralisé : les condamnés sont cachés, ils ne peuvent communiquer avec leurs proches, les médias sont avertis après l’exécution, les documents inaccessibles aux journalistes et universitaires, personne ne peut assister à l’exécution. Celle-ci doit, selon la loi, avoir lieu dans les six semaines qui suivent la condamnation. Mais en fait, parmi les condamnés qui attendent une exécution pouvant intervenir à tout moment, certains passent de longues années dans les couloirs de la mort, comme Hirasawa, qui au bout de trente ans est décédé de mort naturelle, ou Menda Sakae, qui après trente-deux d’attente a pu être innocenté en 1983 et recouvrer sa liberté. Il milite désormais pour l’éradication de la peine de mort.

Les condamnés, placés en isolement absolu, vivant dans la crainte quotidienne de leur exécution, sont pendus dans le plus grand secret. Leur famille n’est informée qu’après la mise à disponibilité de la dépouille de leur proche. Une situation régulièrement dénoncée par la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) et par le Conseil de l’Europe, qui envisage de retirer au Japon son statut d’observateur.

Cent deux prisonniers vivent actuellement dans les couloirs de la mort. Aucune révision de procès de condamné à mort n’a été acceptée depuis 1986, et aucun condamné n’a été gracié depuis 1975. La FIDH rappelle que, durant l’année 2008, treize exécutions ont eu lieu, un chiffre jamais atteint depuis 1975, où dix-sept pendaisons avaient eu lieu. Cela valut au ministre de la justice Hatoyama Kunio (frère de l’actuel premier ministre) le surnom de shinigami, « dieu de la mort » japonais dont la représentation ressemble à celle de la « faucheuse » des cultures occidentales. « Ces exécutions ont eu lieu dans une période de vide politique » , estime le secrétaire général d’Amnesty International pour le Japon, M. Teranaka Makoto. Lorsqu’on demande, aujourd’hui, à M. Hatoyama Kunio s’il ne faudra pas un jour supprimer la peine de mort, il répond clairement : « Absolument pas, c’est la seule chose qui rende encore le PLD populaire ! »

La plus grande opacité a donc remplacé l’obscénité de la monstration, permettant d’éviter les protestations, de rendre impossible le débat tout en conservant les visées dissuasives. Cette dissuasion est-elle effective ? Difficile à dire, les statistiques se contredisent, même s’il est certain que les crimes « anomiques », comme le massacre d’Akihabara en juillet 2008 (une camionnette avait foncé sur la foule, puis le chauffeur avait poignardé dix-huit personnes dans la rue), sont en nette recrudescence. L’augmentation des condamnations à mort ne semble en rien réduire les crimes, ce que les pays abolitionnistes savent depuis longtemps.

Quelles sont les chances de succès des abolitionnistes, sectes bouddhistes, catholiques et protestants, rejoints ces dernières années par des parlementaires qui ont déposé une proposition de moratoire aux exécutions ? Le quotidien conservateur Yomiuri Shimbun, qui avait eu l’audace de publier de mars à octobre 2008 une série d’articles sur le sujet en prenant, une fois n’est pas coutume, le parti des condamnés, avait dû, sous la contrainte d’un lectorat furieux, republier une nouvelle série d’articles clairement favorables à la peine capitale.

Le gouvernement s’appuie sur l’idée que la sécurité de tous prime sur l’individu au risque de condamner des innocents. Le manque de débat pour une peine considérée comme allant de soi, les questions biaisées posées lors des sondages afin d’obtenir les réponses souhaitées, vont dans le même sens. De plus, le Japon s’abrite, comme à l’accoutumée, derrière la position de l’allié américain, une position selon laquelle, dans une démocratie, le système judiciaire — avec son corollaire, la punition — doit refléter le sentiment de la majorité de la population. Il reste qu’aux Etats-Unis la condamnation à mort n’est pas soumise au secret et que les abolitionnistes se font entendre.

Mais, devant une telle résistance au débat, d’autres raisons doivent être évoquées. Le tragique de l’exécution capitale, qui a inspiré tant d’écrivains occidentaux (pensons à Victor Hugo, à Fedor Dostoïevski, à Robert Musil), trouble-t-il le Japon ? Peut-être que, dans une civilisation marquée par le bouddhisme, la mort n’apparaît pas comme une fin tragique, mais comme un passage normal, l’individu n’étant qu’un maillon dans la chaîne des vivants. Le « moi » n’est dans cette tradition qu’une illusion, et le sujet un leurre. Le peu de protestations s’expliquerait aussi par le confucianisme et son souci de l’ordre filial et social, affaiblissant tout esprit de revendication, de révolte, au profit de l’obéissance. Fondée sur l’immanence et non la transcendance, la pensée japonaise n’a jamais problématisé la question de la vérité et, comme le note justement Maurice Pinguet (La Mort volontaire au Japon, Gallimard, Paris, 1984), a fait « l’économie de la métaphysique », choisissant, à la place de l’idée transcendantale chère à nos sociétés occidentales, un présentéisme qui évite de se poser bien des questions.

Les principes immuables, les vérités ultimes qui servent de ligne directrice à la vie, n’ont jamais affecté le Japon. On agit suivant la situation du moment plutôt qu’en fonction de principes généraux. Comme l’écrit le musicologue Tamba Akira : « Une des caractéristiques de la civilisation japonaise réside dans la coexistence de plusieurs points de vue, de plusieurs espaces géographiques autonomes, de plusieurs couches historiques, sans recherche d’unification forcée. » Quelles en sont les raisons ? D’après Tamba, ce n’est pas simplement un opportunisme pragmatique, mais une conséquence du primat de la notion de devenir, avec comme corollaire le Temps comme maître absolu, devant tout volontarisme. Et Tamba de conclure : « Dans cette perspective du devenir, l’individu est moins valorisé que la force vitale attachée au dynamisme temporel [nous soulignons] dont il doit respecter le cours » (Lire Tamba Akira, Musiques traditionnelles du Japon, des origines au XVIe siècle, Paris, Cité de la Musique/Actes Sud, 1995.)

La thèse de Tamba nous permet ainsi de saisir dans un même mouvement la répugnance face au débat théorique et l’importance minimisée de l’individu, opposé à une « force vitale » qui l’emporterait. Ensuite, l’effet de groupe et le suivisme redoublent cette effacement de l’individu qui se fond dans la masse, au contraire des sociétés occidentales, pour qui l’individu est tout et sa disparition insupportable.

De récentes raisons d’espérer ?

Pourtant, le camp des abolitionnistes de la peine de mort reçoit un soutien inattendu : celui du Parti démocratique du Japon (PDJ). En effet, pour la première fois depuis la fin de la guerre, les conservateurs du PLD (Parti libéral-démocrate), qui ont avec une constance sans faille (à part une toute petite parenthèse en 1993-1994) exercé une domination sans partage sur la vie politique du pays, viennent d’être renversés par le PDJ de centre gauche (lire Odaira Mamihei, « Pourquoi le Japon a basculé », Le Monde diplomatique, octobre 2009, en vente actuellement dans les kiosques). Le nouveau premier ministre, M. Hatoyama Yukio, a nommé à la tête de la justice une femme, Mme Chiba Keiko , avocate de 61 ans, proche d’Amnesty International, et farouchement opposée au châtiment suprême, comme l’est d’ailleurs un autre ministre nouvellement nommé, celui des services financiers et postaux, M. Kamei Shizuka. Mme Chiba Keiko souhaite proposer un moratoire (ce qui en soit est déjà une révolution), mais elle veut également ouvrir un débat. Cette nomination revêt une signification d’autant plus importante que la ministre de la justice représente l’autorité ultime qui ratifie, en dernier recours, l’ordre d’exécution des sentences capitales. On pourrait donc attendre d’elle qu’elle ne signe pas facilement les ordres d’exécution des cent deux condamnés qui attendent dans les couloirs de la mort (rejoignant en cela d’autres ministres évoqués précédemment), et peut-être espérer une temporaire suspension des exécutions, même si elle ne s’est pas prononcée explicitement sur le sujet.

Si une majorité écrasante de Japonais ont pour la première fois voté pour une alternance au pouvoir, rien dans le programme du nouveau premier ministre ne faisait allusion à une abolition ou même à un tel débat – il ne s’est d’ailleurs pas exprimé sur le sujet, puisque personne ne le lui demandait. Il est fort à parier que la ministre de la justice sera isolée dans un gouvernement qui a été élu sur d’autres critères et qui, avec une opinion publique favorable à 70 %, ne cherchera pas à se mettre en difficulté. Mme Chiba devra probablement mettre en sourdine ses convictions si tant est qu’on ne le lui ait pas déjà fait comprendre au moment de sa nomination.

L’exemple de la Corée du Sud, qui observe un moratoire sur cette question depuis 1997, ne sera pas d’une aide précieuse aux abolitionnistes, compte tenu des rapports difficiles avec ce pays. Restent les Etats-Unis, démocratie à peine de mort, dont l’opinion compte sans doute le plus au Japon. Pour l’heure, ils permettent aux Japonais de se dédouaner. Mais, si une majorité d’Etats américains se décidaient en faveur de l’abrogation (ce qui n’est pas impossible), cela pourrait enclencher un débat pour l’instant encore largement tabou.

Christian Kessler est historien et professeur à l’Athénée Français de Tokyo, et aux universités Musashi et Aoyama Gakuin (Tokyo), auteur notamment du Petit Dictionnaire du Japon, Desclée de Brouwer, Paris, 1996.

Julien Bielka est professeur à l’Athénée Français de Tokyo.

Article initialement publié dans La Revue des ressources.

Voir aussi, dans Le Monde diplomatique de juin 2007, « Exécutions en série au Japon », par Aurore Brien.

13 commentaires sur « La peine de mort au Japon et le bouddhisme »

  • permalien Jean-Joël Kauffmann :
    12 octobre 2009 @19h25   »

    Bonjour,

    Très bon article, mais la thèse de Tamba Akira rappelle étrangement, par son ethnocentrisme occidental et son paternalisme méprisant envers la culture japonaise, les propos de Nicolas Sarkozy le 26 juillet 2007 à Dakar sur "l’homme africain (...) qui ne [serait] jamais sorti de l’histoire".

    http://www.monde-diplomatique.fr/20...

    http://www.monde-diplomatique.fr/20...

    JJK

  • permalien Ibn Warraq :
    13 octobre 2009 @09h49   « »

    J’aimerais bien savoir ou se trouve le paternalisme méprisant décrit ici ? Dénoncer la peine de mort au Japon et aux Etats-Unis ?

    Misère du relativisme culturel...

  • permalien Jean-Joël Kauffmann :
    13 octobre 2009 @20h06   « »

    Bonjour,

    @ Ibn Warraq :

    Le paternalisme méprisant se trouve, très précisément, dans la thèse de Tamba Akira telle que reproduite dans l’article :

    "La thèse de Tamba nous permet ainsi de saisir dans un même mouvement la répugnance face au débat théorique et l’importance minimisée de l’individu, opposé à une « force vitale » qui l’emporterait. Ensuite, l’effet de groupe et le suivisme redoublent cette effacement de l’individu qui se fond dans la masse, au contraire des sociétés occidentales, pour qui l’individu est tout et sa disparition insupportable."

    Pour moi, on se trouve là dans le même genre de rhétorique que dans le discours de Sarkozy que j’ai cité dans mon précédent commentaire. Là où cela devient intéressant, c’est que cela émane d’un Japonais (ou alors d’une personne d’origine japonaise) : comme c’est bizarre, si M. Tamba s’était appelé Cohen ou Lévy, on n’aurait pas manqué de lui tomber dessus à bras raccourcis au sujet d’une prétendue "haine de soi"...

    Fort heureusement, ce genre de rhétorique n’apparaît pas dans le reste de l’article, et, sauf erreur toujours possible de ma part, les auteurs de l’article ne semblent pas reprendre cette rhétorique à leur compte, comme le montre le dernier paragraphe, "Des raisons d’espérer".

    Je ne vois vraiment pas où se trouve le relativisme culturel dans tout cela. J’ajouterai, en dernier lieu, que je tiens la peine de mort pour une abomination absolue, et qu’elle me semble d’autant plus impardonnable quand elle est en vigueur dans des pays démocratiques (ou réputés tels) comme le Japon ou les Etats-Unis, que dans des pays comme l’Iran, l’Arabie Saoudite ou la Chine, dont on n’attend pas grand-chose de toute façon.

    Cordialement

    JJK

  • permalien
    15 octobre 2009 @01h31   « »

    La plus grande opacité a donc remplacé l’obscénité de la monstration, permettant d’éviter les protestations, de rendre impossible le débat tout en conservant les visées dissuasives. Cette dissuasion est-elle effective ? Difficile à dire, les statistiques se contredisent, même s’il est certain que les crimes « anomiques », comme le massacre d’Akihabara en juillet 2008 (une camionnette avait foncé sur la foule, puis le chauffeur avait poignardé dix-huit personnes dans la rue), sont en nette recrudescence. L’augmentation des condamnations à mort ne semble en rien réduire les crimes, ce que les pays abolitionnistes savent depuis longtemps.

    Sans dénier la volonté des pro-peines de mort d’mpêcher un débat sur celle-ci, je me permets de noter que l’invisibilisation de la peine de mort tient pour beaucoup (à mon avis) à ce qu’avait décrit Michel Foucault dans Surveiller et Punir. Il montre que l’affichage public des condamnés et l’exposition des torturés tient à une logique du châtiment typique du type de pouvoir sous-tendu par la question de la souveraineté (et donc de la marque que le souverain imprime sur les corps). Or dans nos sociétés punitives au contraire les dispositifs disciplinaires tendent à invilibiliser l’exécution capitale car celle-ci traduit la faillite de leur projet qui est d’atteindre "l’âme" du condamné au travers du corps via les disciplines.

    Je renvoie encore une fois à Surveiller et Punir où ce que je viens de dire est remarquablement énoncé par Foucault. Le constat de l’auteur est donc au coeur du travail généalogique de Foucault sur la nature du châtiment et à ce titre, on doit peut-être se garder de penser l’abolition de la peine de mort comme (simplement) un pas vers l’humanisation de la justice mais comme un lutte concrète, immanente contre tout un ordre juridique qui délègue la basse besogne pour pouvoir se décharger de ses responsabilités.

    En somme Foucault doit être utilisé comme une "boîte à outils" apte à nous faire faire l’économie de cette transcendance que les auteurs semblent croire nécessaire à l’émergence d’un débat sur la peine de mort dans un pays qui ne saurait penser le sujet de droit (sous-entendu abstrait).

  • permalien kazeo :
    15 octobre 2009 @01h35   « »

    je poste car j’ai oublié de mettre un pseudo au cas où l’on voudrait rebondir sur mon commentaire

  • permalien Denys :
    15 octobre 2009 @17h42   « »

    Je suis surpris que le Diplo ne mentionne pas que cet article est une reprise un peu modifiée d’un article publié dans la Revue des ressources le 1er juin dernier par les mêmes auteurs et à l’adresse suivante :

    La peine de mort au Japon

    Il serait correct de rectifier et de le faire apparaître.

  • permalien birades :
    16 octobre 2009 @17h11   « »
    un ostracisme extrême ?

    La référence au bouddhisme ou à la tradition de la mort volontaire au Japon me semble moins pertinente que la propension de la société japonaise à ostraciser tout individu qui ne se conforme pas à ses règles. Dans ce contexte, la peine de mort peut être pensée comme un ostracisme certes extrême, mais somme toute "normal".
    De même que dans les sociétés fortement imprégnées de morale islamo-judéo-chrétienne, la peine de mort a pu être pensée, et justifiée, comme le simple renvoi à une juridiction supérieure, la justice de Dieu.

  • permalien Karim :
    17 octobre 2009 @16h30   « »

    C’est d’autant plus étonnant que le taux de criminalité japonais est parmi les plus bas de l’OCDE et que les prisons nippones ne sont pas réputées pour leur douceur...

    Soulignons qu’en France même néanmoins, il n’y a pas si longtemps, une large majorité de gens défendait la peine de mort. Faisons un sondage après un crime particulièrement sordide (pédophilie, meurtre d’enfants), je ne serais pas étonné d’une réaction en faveur de la peine capitale.

  • permalien Ariel :
    20 octobre 2009 @20h47   « »

    à Jean-Joël Kauffmann :
    Je ne partage pas votre point de vue.
    Ni en ce qui concerne le positionnement supposé raciste de M. Tamba, ni en ce qui concerne le racisme supposé du Président N. Sarkizy.

    Permettez-moi cette remarque :
    Il est un fait acquis de la science ethnographique et politique, qu’on ne raisonne pas en France comme on raisonne en Chine ou au Mali. De même qu’on ne raisonne pas de la même façon entre européens. Les différences sociologiques ne sont pas des différences "raciales" mais "ethnographiques" et culturelles.

    La remarque de M. Temba, concernant le positionnement du citoyen japonais face à la variable "Temps" et à l’Histoire n’est clairement pas identique au notre. Il s’explique effectivement par des raisons culturelles et religieuses. Et d’ailleurs, ce positionnement culturel est similaire à celui du citoyen chinois. Ceux qui négocient régulièrement avec la Chine comprendront. Pour ceux qui n’y traitent jamais, il faut donc comprendre que la notion d’accord et de contrat n’a pas le même sens en Chine qu’en Europe. Si en Europe la parole donnée vaut loi, en Chine, l’accord est strictement "temporel". IL ne vaut que parce qu’il est "bon" au moment où il est donné. Si, au moment de l’exécution de l’accord, les termes économiques ou politiques de l’accord ont changé notablement, alors l’accord ne doit pas être appliqué. Au rebours de la conception européenne orientée sur la valeur univoque de l’engagement.

    Affirmer ce positionnement culturel n’est pas un acte de racisme. Un citoyen chinois élevé en France dans la culture française perd sa spécificité chinoise et raisonne selon la culture qui lui a été inculquée !

  • permalien Ariel :
    20 octobre 2009 @20h48   « »
    Petite digression sur le discours de Sarkozy

    En ce qui concerne la problématique de l"Inscription de l’Homme Africain dans l’Histoire", même si cette citation (tronquée) est étonnante dans la bouche d’un chef d’Etat français, elle n’en est pas moins vrai et ne comporte aucun élément péjoratif. Si vous avez des contacts avec des créateurs d’entreprise en Afrique, ils vous apporteront les mêmes réflexions :

    Le citoyen "Africain" (la notion d’Etat est trop récente en Afrique, et trop éloignée du fonctionnement tribal traditionnel pour différencier selon les pays, ce qui autorise effectivement à parler de manière générale, même s’il existe des différences importantes de comportement entre un africain subsaharien musulman, un africain d’afrique équatoriale, ou centrale, ou d’afrique du sud), le citoen Africain donc n’a pas inscrit dans sa génétique comportementale la culture de l’effort individuel.

    Pour des raisons très endogènes (pourquoi travailler dur pour gagner mal sa vie, lorsqu’en travaillant peu, on la gagne aussi bien) qui ne sont pas sans rappeler le débat sur les 35 heures en France..., il est un constat généralisé, auprès de toutes les entreprises industrielles installées en afrique, que le personnel est très difficile à motiver. Ce n’est pas une question de salaire. Mais de fidélisation à l’emploi. Mais ce comportement est en train de changer, surtout grâce à l’effet d’exemple des africains travaillant en France, qui apportent la preuve que l’épargne et l’initiative personnelle contribuent directement à une amélioration de son cadre de vie.

    Remis dans un contexte strictement politique, la phrase de notre président signifiait uniquement que le Citoyen Africain (en général, dans un rapport statistique à l’individu) n’avait pas fait sa révolution.
    Et de fait, le citoyen français s’est émancipé en 1792, après des siècles d’évolution politique. Idem pour le citoyen anglais ou allemand. Mais cette révolution politique n’a jamais eu lieu en Afrique. Ni à l’égard des despotes au pouvoir ni à l’égard de l’ex-puissance coloniale, qu’elle soit anglaise, française, italienne ou allemande. Il n’y a guère que quelques pays qui parviennent à l’autonomie politique à la suite précisément d’une lutte importante et de la création d’un "panthéon" politique africain (l’Afrique du Sud notamment, mais également le Mali, le Sénégal, ...).

  • permalien marika t :
    20 octobre 2009 @23h30   « »

    blablabli blablabla .... moi, j’aimerais pas être "le gars" qu’attend la mort tous les jours, à tout moment, sans possibilité de révision de quoi que ce soit, et qui doit rester assis à une table, en position d’attente....et dormir avec la lumière allumée et une caméra qui me zieute constamment....dès fois que je me suiciderais !

  • permalien joseph :
    20 février 2010 @12h28   « »

    J’ai vécu 19 ans au Japon et j’ai souvent trouver les occidentaux a cote de la réalité de l’esprit japonais .
    Obsessionne par une critique viceral du Japon mais n’ayant pas la même réciprocité d’esprit quand les japonais ont leur point de vue sur notre société . Etat d’esprit ethnocentrique est très présent dans cet article . De plus rien d’interessant , juste du recopiée des articles anglophones.

  • permalien Ensemble Contre la Peine de Mort :
    9 septembre 2010 @15h03   «

    Bonjour.
    La peine de mort est : inefficace, illégale, injuste, cruelle, barbare et dégradante, violente, sans appel, réductrice, arbitraire, illusoire et politique.

    Je vous invite à visionner la vidéo de présentation du 4ème Congrès mondial contre la peine de mort, 1ère partie : http://www.youtube.com/watch?v=BOvS...
    La 2ème partie : http://www.youtube.com/watch?v=_NEO...

    Pour accéder à la page de l’association Ensemble Contre la Peine de Mort : http://www.youtube.com/user/ECPMass...

    L’association Ensemble Contre la Peine de Mort qui lutte pour l’abolition universelle de la peine de mort, organise tous les 4 ans un Congrès mondial contre la peine de mort.
    Le 4ème Congrès Mondial de cette année a réuni plus de 1500 participants du monde entier à Genève, en Suisse.
    3 jours intenses du 24 au 26 février 2010 pour débattre et fédérer autour de la lutte pour l’abolition universelle de la peine de mort.

    Ensemble Contre la Peine de Mort
    http://www.abolition.fr

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