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Controverse autour de « La diversité contre l’égalité »

lundi 16 novembre 2009

En février 2009, les éditions Liber/Raisons d’agir publiaient La diversité contre l’égalité, un essai de Walter Benn Michaels qui posait ces questions :

« A la télévision comme dans les entreprises, au Parti socialiste comme à l’Elysée, à Sciences Po comme à l’armée résonne un nouveau mot d’ordre : Vive la diversité ! Avec l’élection de Barack Obama, le bruissement s’est changé en clameur. Désormais, chacun devrait se mobiliser pour que les femmes et les “minorités visibles” occupent la place qui leur revient au sein des élites. Mais une société dont les classes dirigeantes reflètent la diversité a-t-elle vraiment progressé sur le chemin de la justice sociale ? Une politique de gauche vise-t-elle à répartir les inégalités sans discrimination d’origine ou à les supprimer ? »

Auparavant, Le Monde diplomatique s’était fait l’écho des thèses de l’universitaire américain, en publiant d’abord, sous la plume de Serge Halimi, un compte rendu de l’ouvrage à sa parution aux Etats-Unis (« “Diversité” contre égalité ? », septembre 2007), puis deux articles de l’auteur lui-même : « Toutes les inégalités n’offensent pas le candidat Barack Obama », au cours de la campagne présidentielle américaine (juin 2008), puis « Liberté, fraternité... diversité ? », les bonnes feuilles de l’édition française, en février dernier.

Le livre a suscité des réactions nombreuses et contrastées. Dans La Revue internationale des livres et des idées (n° 13, septembre-octobre 2009), Jérôme Vidal en faisait, sous le titre « Bourdieu, reviens : ils sont devenus fous ! — La gauche et les luttes minoritaires », une critique sévère :

« Que la “diversité” occupe bien souvent la place d’un fétiche, d’une valeur indiscutable, d’un présupposé qui s’impose à nous comme une évidence et qui exige et emporte notre approbation immédiate, que cette valeur soit mobilisée à des fins de légitimation de la transformation néolibérale des sociétés, tout ceci paraît, si l’on en reste au niveau des généralités, assez bien établi, et n’a pas attendu ce livre pour l’être. Le problème est que W. B. Michaels entreprend de faire passer ces éléments de la situation pour le tout du tableau – comme si, ayant souligné ces aspects, ont avait épuisé la question des politiques de la diversité et de la représentation, et, surtout, épuisé les termes de l’analyse de la faillite de la gauche aujourd’hui. »

Dans la revue Mouvements, sous le titre « Les ravages de la pensée moniste » (19 octobre 2009), le politiste Daniel Sabbagh se livre lui aussi à une analyse critique du propos de Walter Benn Michaels, dont il a « pu observer qu’il y était souvent fait référence dans des séminaires ou colloques français, presque toujours de manière élogieuse et en se réclamant de son autorité pour étayer une position défendue » :

« La nature complexe et évolutive du rapport entre race et classe aux États-Unis mérite de faire l’objet d’un traitement moins dogmatique. En particulier, on sait qu’au moins une partie des multiples désavantages encore induits par l’identification raciale – dont l’existence, aux yeux des Noirs comme des Blancs, ne fait guère de doute – procèdent plus précisément de discriminations “probabilistes” fondées sur la réelle valeur informative qu’est susceptible de détenir la couleur de peau, valeur informative elle-même liée à l’inégalité empiriquement observable dans la répartition des ressources matérielles et symboliques entre Blancs et Noirs. En d’autres termes, c’est bien, dans une certaine mesure, la corrélation objective entre race et classe – et la permanence de stéréotypes associant l’identité noire à une marginalité socio-économique génératrice de dysfonctionnements divers qu’elle rend possible – qui alimente une proportion croissante des comportements discriminatoires (Kirschenman et Neckerman 1991 ; Wilson 1996). »

Sur le site Article11.info, en revanche, « JBB » se dit « enthousiasmé » par la lecture de l’essai, et trouve dans la presse française une confirmation de la justesse des thèses qui y sont développées — « La diversité contre l’égalité : quand Le Point donne raison à Walter Benn Michaels » (31 octobre 2009) :

« Michaels ne remet pas en cause la nécessité de lutter contre le racisme ou le sexisme (entre autres), non plus que de corriger les inégalités héritées d’une histoire torturées. Il constate simplement qu’une gauche ne reposant plus que sur cet axe-ci fait logiquement l’impasse sur la question sociale. Qu’elle ne remet plus rien en cause : devenue “département des ressources humaines de la droite”, elle se contente de gérer un monde mal foutu. Et que rien ne sert (sinon aux intéressés) que quelques représentants des minorités soient autorisés à tirer les marrons du feu néo-libéral et à rejoindre les élites si — en même temps — s’accroissent la pauvreté et les inégalités. »

La discussion vaut d’être poursuivie...

[17/11/09] Nos excuses aux oubliés signalés sur le forum. A noter également, l’article de Danièle Lochak publié sur le site Les mots sont importants en réponse à La diversité contre l’égalité : « Loi du marché et discrimination » (17 novembre) :

« “De fait, l’antiracisme est devenu essentiel au capitalisme contemporain. Imaginez que vous cherchiez quelqu’un pour prendre la tête du service des ventes de votre entreprise et que vous deviez choisir entre un hétéro blanc et une lesbienne noire. Imaginez aussi que la lesbienne noire est plus compétente que l’hétéro blanc. Eh bien le racisme, le sexisme et l’homophobie vous souffleront de choisir l’hétéro blanc tandis que le capitalisme vous dictera de prendre la femme noire.” Ainsi (ose) parle(r) Walter Benn Michaels, auteur d’un petit livre trop encensé, La diversité contre l’égalité, qui vient nous (ré-) expliquer que les luttes antiracistes, antisexistes et anti-homophobes sont au fond plus “identitaires” qu’égalitaires et que, loin d’appartenir à la noble famille des luttes sociales, elles ne font que divertir, diviser et… servir le capital ! »

21 commentaires sur « Controverse autour de “La diversité contre l’égalité” »

  • permalien Bader :
    16 novembre 2009 @16h12   »

    Je citerais Angela Davis en attendant de pondre l’article qui tue :
    « Les actions affirmatives sont un instrument très important. Le discours aux États-Unis a changé. Au lieu de parler des actions affirmatives, on parle maintenant de la diversité, ce qui est problématique. L’administration Bush fut l’administration la plus diversifiée dans l’histoire des États-Unis avant celle d’Obama. Mais... il a placé des noirs et des latinos conservateurs dans son gouvernement. Cette diversité a été définie comme la différence qui ne fait pas différence. »
    — Angela Davis

    « Le Parti Communiste reconnaît la nécessité pour les Blancs, surtout pour les ouvriers Blancs, le rôle dirigeant des Noirs. S’ils doivent un jour se délivrer de leurs chaînes, ils doivent comprendre qu’ils doivent avant tout lutter contre toute manifestation de racisme. »

    « L’acte de résistance ouverte [au maître] met en cause sa propre identité. »

    « Les opprimés sont forcés de s’attaquer chaque jour à des problèmes immédiats, problèmes qui ont un statut philosophique et qui concernent tous les hommes. »
    — Angela Davis (Angela Davis parle ; 1971)

    Ainsi que sa vidéo qui parle de pourquoi dans la lutte contre le capitalisme, la lutte contre l’antiracisme est primordiale :
    http://www.dailymotion.com/video/xacsos_angela-davis-nous-parle-de-son-comb_news

    http://bader.lejmi.org/

  • permalien Ph. Arnaud :
    16 novembre 2009 @16h47   « »

    A tous

    Les luttes pour la « diversité » me tapent sur les nerfs. Il n’y a pas assez de femmes, de minorités visibles, de handicapés à la télévision, dans les divers postes de direction, parmi les élus ? Et alors, quelle importance ? Un individu n’a pas à occuper un poste en fonction de ce qu’il est mais de ce dont il est capable.

    Je ne vois absolument pas le progrès que représente une femme à un poste de commandement ou de responsabilité dans la société. Margaret Thatcher, Marie-France Garaud ou Laurence Parisot sont des femmes : qu’est-ce que la société a gagné à leur action ?

    Ce qui me tape sur les nerfs, c’est la concurrence dans la revendication à la plus forte frustration, et, corrélativement, l’exigence que cette frustration soit comblée. Et un tel de couiner parce qu’il n’y a pas assez d’Arabes, et un autre parce qu’il n’y a pas assez d’aveugles, et une troisième parce qu’il n’y a pas assez de femmes… Et quoi encore ?

    Ce qui me semblerait plus simple, c’est de concevoir ce problème « négativement ». Au lieu de réclamer qu’une portion de la société soit représentée quelque part, pourquoi ne pas partir du point de vue opposé et dire : on déblaie le terrain pour que n’importe quel individu occupe n’importe quel poste ?

    Par exemple : on compense systématiquement, pour les femmes, tout le temps qu’elles consacrent à leurs enfants. Si un poste en promotion arrive lorsqu’une femme est en congé de maternité, on le lui garde – si elle est la mieux à même de l’occuper – jusqu’à la fin du congé, ou on lui propose des aides pour qu’elle l’occupe tout de suite, ou on l’augmente si elle n’a pas pu l’avoir, ou on la fait passer au grade supérieur, ou on lui accorde automatiquement la promotion suivante. Même chose pour les handicapés : sauf empêchements rédhibitoires (par exemple, un aveugle qui postule pour être chauffeur-livreur), chaque entreprise ou service public aménage ses postes de façon qu’ils soient tenus par le maximum de monde. Je ne dis pas un mot sur les minorités visibles, aucun empêchement d’ordre physique (comme pour les femmes ou les handicapés) ne me semblant pouvoir être invoqué pour refuser l’accès à un poste…

  • permalien Ahmad :
    16 novembre 2009 @17h55   « »

    le problème c’est que l’auteur de ce livre ne cite pas que la gauche

    il s’en prends aussi a la pensée qui critique le tout social, c’est à dire que tout les problèmes ne sont pas que économique ou au sexe, qu’il y a dans le monde des discriminations qui ne sont pas lier au statut social, mais aussi aux origines, à la religion

    son ouvrage pose donc réellement problème

  • permalien Raf :
    16 novembre 2009 @18h11   « »

    Il faut ajouter au débat l’article de Gilles D’Elia :

    Chérir les identités pour ignorer les inégalités

  • permalien Una :
    16 novembre 2009 @20h47   « »

    Il me semble qu’Alain Soral et Éric Zemmour ne disent pas autre chose... Étonnant, non ?

  • permalien Nobo :
    16 novembre 2009 @21h12   « »

    Alors, alors, ce n’est pas très sport, on oublie une pièce du dossier !

    Vive l’Egalité et tant pis pour la discrimination ?

  • permalien Yvan :
    16 novembre 2009 @23h11   « »

    néolibéralisme - équité - diversité

    A force de tout attendre des USA, on en perd son identité nationale.

    Si le problème de la diversité a parfaitement sa place dans une société où par-delà les regroupements ethniques, coexistent des une multitude de communautés qui vont des amishes aux homosexuels, elle perd toute signification dans une société où les organes administratifs et sociaux sont assurés par l’état.

    Dans ces sociétés héritières du centralisme administratif romain, seul le citoyen a sa place face à l’état. L’état impose ses règles également à tous ses citoyens et ceux-ci ont leur droit garantis face à l’état par la chartre des droits de l’homme et du citoyen.

    Là et seulement là la formule liberté - égalité - fraternité prend tout son sens.

  • permalien Bader :
    17 novembre 2009 @01h21   « »

    Le fait de ne pas avoir citer l’article du célèbre Bougnolosophe paru également sur le site des Indigènes de la République, et de ne pas être au courant par ailleurs, du fait que les militants contre le racisme systémique n’utilisent eux-mêmes pas le terme « diversité » est en soi symptomatique d’un blanco-centrisme qui frise l’absurde.

    Ça revient à un discours où un Blanc paternaliste parle à un autre Blanc paternaliste. Le premier disant : Il en faut plus pour que ça soit moins inégale, le second disant : Non, il faut qu’on soit égaux pour qu’ils soient plus. Jamais l’un ou l’autre ne demandent leur avis aux premiers concernés. Tout au plus citent-ils, tronquent-ils, instrumentalisent-ils la parole de tel ou tel groupe, personnalité.

    Des Indigènes de la République, au MRAP en passant par les pôles opposés Kémi Séba et les Indivisibles, aucun ne défends le concept de "diversité". Si les auteurs et les soutiens de ce pamphlet "pour l’égalité" (soit disant) avaient accordé un peu d’attention au débat réel, ils auraient remarqué que les termes d’Angela Davis qui date de 1979 sont à peu près les mêmes de ces militants aujourd’hui. Mais il est infiniment plus facile de se regarder le nombril en se demandant si, au fond, le nombril était venu avant ou alors c’était l’embryon...

  • permalien GJ :
    17 novembre 2009 @08h18   « »

    Je trouve le rappel de la différence d’approche entre classes et races entre la France et les Etats-Unis fort intéressant !
    Il me semble qu’en France l’approche par classe se rapproche parfois d’une "doxa" : quand certaines minorités font entendre une voix dissonante, elles sont rappellées à l’ordre et se voient attaquées sur des questions identitaires, terrain qu’elles n’occupent pourtant pas au premier plan.
    Pierre Mauroy qui en 1983 invoquait le côté islamiste du mouvement des OS de citroën par exemple... sans doute pas assez dociles vis-avis de la ligne politique officielle ?
    Pour ma part, un communiste m’a déjà fait comprendre que les "homos" étaient de toute façon intrinséquement les pions du néo-libéralisme : le bon vieux myhthe de l’ennemi de classe ! Perso, je ne suis pas "gay", qui est une forme d’affirmation politique qui ne me convient pas.

    Et puis qu’un homo s’échappe un jour d’un ministère de la Culture pour d’autres fonctions ministérielles m’importe peu. Si une hétérotte, quelque soit son taux de mélanine cutanée, est ouverte et attentive aux revendications construite par la minorité homo, j’ai rien à y redire. Ce n’est pas une question de supposée "compétence identitaire" mais bien de positionnement politique.

    Par contre, je trouve dommage que cet article n’ait pas intégré le positionnement des premiers concernés ici dès le départ, mais les débats sont intéressants !

  • permalien Emilie :
    17 novembre 2009 @11h21   « »

    Je suis choquée par les commentaires de cet article. On se croirait dans les commentaires du Figaro, où on a des gens qui disent ouvertement qu’ils s’en fichent de savoir si les noirs ou les arabes font ou non l’objet de discriminations massives à l’emploi en France.

    Citer Angela Davis pour vous opposer à la diversité...? Vous avez lu la citation que vous employez ?

    On va la relire ensemble :
    « Les actions affirmatives sont un instrument très important. Le discours aux États-Unis a changé. Au lieu de parler des actions affirmatives, on parle maintenant de la diversité, ce qui est problématique. L’administration Bush fut l’administration la plus diversifiée dans l’histoire des États-Unis avant celle d’Obama. Mais... il a placé des noirs et des latinos conservateurs dans son gouvernement. Cette diversité a été définie comme la différence qui ne fait pas différence. »
    — Angela Davis

    Elle dit bien Parler de la diversité... "Au lieu de parler des actions affirmatives".
    Elle ne propose pas de remplacer la diversité par rien, comme en France ! Elle propose qu’on continue dans l’affirmative action.

    Je trouve l’approche de Daniel Sabbagh très intelligente : s’intéresser à la diversité, c’est toujours s’intéresser aux rapports de classe. Il faut simplement avoir la subtilité d’esprit pour le comprendre.

    Apparemment, ce n’est pas la chose la mieux partagée.

  • permalien Sand :
    17 novembre 2009 @11h37   « »

    Attention, contrairement à ce qu’affirme "Les mots sont importants" dans le chapô, l’article de Danièle Lochak n’est pas une réponse au livre de Michaels. Il est présenté comme une réponse uniquement par LMSI, mais en fait, si on lit attentivement et l’article de Danièle Lochak et le livre de Michaels, on se rend compte qu’ils sont d’accord sur de très nombreux points essentiels. La mise en place de cet article, comme par hasard, juste aujourd’hui, sur LMSI semble surtout fait pour se réapproprier la seule légitimité du débat sur ce thème.

    On peut lire dans le chapô : "Inexplicablement publié par les très sérieuses éditions Raison d’Agir, ce livre, philosophiquement inepte, sociologiquement indigent et politiquement dégoûtant, a été admirablement démonté par Mouvements et par la RILI, mais a en revanche bénéficié d’une promotion quasi-unanime, du Point au Monde diplomatique en passant par Marianne et Politis…"

    Le contenu de cette phrase irrationnelle peut se résumer en quelques mots : "inexplicable, inepte, dégoûtant, admirable". Tout cela n’est pas de la critique mais de la démolition hargneuse.

    Par contre, on peine à croire, malgré vos "excuses", que le fait de ne pas signaler l’article de Relectures dans ce débat relève du simple "oubli", — c’est d’ailleurs évidemment toujours ce long et précis article de fond que tous "oublient" de mentionner — voire censurent au bout d’une heure, comme l’a fait Rezo.net. Peut-être parce que la meilleure défense du livre de Walter Benn Michaels s’y trouve...

    Tout cela n’est pas très réglo. Etre en désaccord politique n’empêche pas d’être honnête.

  • permalien Mac LC :
    17 novembre 2009 @11h50   « »

    Je suis absolument d’accord avec le précédent message de Sand : vous signalez le billet d’Article11.info signé par JBB, alors que justement, l’auteur même de l’article, JBB, avoue sur la page que vous mettez en lien que l’article de Relectures “est en effet passionnant, fouillé et complet. Davantage que mon billet, il faut bien que je l’avoue :-)”

    Cet oubli est manifestement un choix. Pourquoi pas ? Mais alors, c’est pas la peine d’écrire : "nos excuses pour ceux que nous avons oublié", ça fait pas sérieux.

  • permalien Bader :
    17 novembre 2009 @14h15   « »

    @Emilie,
    je crois qu’il y a malentendu. Je suis totalement d’accord avec ce que vous dites. Je soutiens totalement l’initiative de Daniel Sabbagh paru dans la République des Idées même si c’est en soit insuffisant, c’est un premier pas nécessaire et urgent. Et bien sûr, il faut aller vers l’action positive (affirmative action), car comme l’a bien fait remarqué GJ, ceux qui vous rappellent l’inégalité de classe c’est souvent pour dire "ah bah tant pis c’est comme ça c’est la vie faut se résigner et tout fondre ça dans la vaste lutte pour une utopique meilleure cité et en attendant bah écoute mon gars fais toi à ton sort !".

    Le problème c’est le terme "Diversité" qui dissimule à la fois une inégalité, une domination, des rapports de classes mais également des identités culturelles. C’est aussi un terme qui dissimule le fait que les Blancs existent, qu’ils ne devraient pas être la normalité... C’est pourquoi j’emploierais personnellement des termes comme : non-blancs, racisés, indigènes. Ou alors carrément les termes pour désigner ces groupes ethnoraciaux : arabomusulmans, noirs, blancs, asiatiques etc.

    Donc même s’il faut, à mon sens, soutenir Daniel Sabbagh, il faut arrêter de faire une injonction à choisir son camp.

    Sinon justement dans le camp des Blancs paternalistes anti-diversité on peut citer aussi un vice-président du MRAP, Christian Delarue qui a publié pas mal de textes dont celui là :
    http://www.legrandsoir.info/Rejeton...
    Et nous avons également un groupe de chercheurs qui a fait une offensive massive contre une politique de lutte contre les inégalités ethnoraciales au motif que ce serait racialiser la société :
    http://carsed.fr/
    soutenu par des très grands noms comme Badinter (ex féministe, nouvelle bourgeoise de la publicité et islamophobe), Calvès (spécialiste de la discrimination positive), Hervé le Bras (M. Anti-statistiques), Jean-Loup Amselle (M. anti-postcolonialisme).
    Une offensive tout droit dirigée contre justement Yazid Sabeg et Daniel Sebbagh. Yazid Sabeg sur la touche d’ailleurs, puisque c’est apparamment le plus républicain Lozès du CRAN avec la nouvelle comission contre les discriminations et le communautarisme d’un coté, et le national-républicain Besson avec son débat sur l’identité nationale qui sont désormais chargé de la lutte contre les discriminations. Ça promet !

  • permalien Bader :
    17 novembre 2009 @14h22   « »

    un article de LMSI réponds à cet argument fumeux que défendre les identités dominés revient à servir le grand Capital(1). En réalité comme l’explique, cert article : "Le libéralisme économique fonde la liberté de discriminer"
    http://lmsi.net/spip.php?article953

    (1) à droite, comme à gauche, dire qu’on sert le grand Capital en France est un point godwin, c’est à dire qu’il sert essentiellement à disqualifier une pensée. "Ahhh vous avez dit ça, vous êtes donc pour servir le Grand Capital Mondialisé Nomade Abstrait Multiforme !"

  • permalien Lafforgue :
    18 novembre 2009 @12h39   « »

    Je voudrais poser une question à celui ou celle qui a publié ce "débat", et j’estime, pour avoir fait un don pour vous soutenir, avoir au moins droit à une réponse.

    Les articles défavorables à Benn Michaels (J. Vidal, D. Sabbag, Danièle Lochak...) que vous signalez sont tous des articles critiques, argumentés, solides, qui reposent sur une analyse .

    Par contre, l’article que vous avez choisi pour illustrer ceux qui partagent l’avis de Benn Michaels (celui d’article11) est un article "émotionnel", non critique, et vous relevez vous-mêmes, avant d’en citer un extrait, que son auteur s’est dit "enthousiasmé" par le livre. Le choix de mettre en exergue ici ce mot, qui joue sur le registre irrationnel, émotif, vous permet, sous couvert d’objectivité (vous faites comme si vous donniez la parole à tout le monde, "les pour et les contre"), de présenter en vérité les "anti-benn michaels" comme des gens qui pensent et qui analysent, et les "pro-benn michaels" comme des gens qui ressentent sans trop réfléchir.

    Vous pouviez pourtant présenter un fort bon article critique, analytique et argumenté favorable à Benn Michaels, comme celui de G. d’Elia qui vous a été signalé par plusieurs commentaires.

    En faisant de tels choix de présentation, avez-vous conscience que vous adoptez les pires méthodes journalistiques que vous feignez de dénoncer, par ailleurs, sans relâche ?

    La prochaine fois que je lirai sur votre site un message "Notre combat est aussi le votre, faites un don", j’y réflechirai à deux fois avant de sortir mon carnet de chèque.

    Merci de me répondre.

    M. LAFFORGUE

  • permalien pièce détachée :
    18 novembre 2009 @23h31   « »

    Aux éditeurs, à M. Lafforgue :

    Non, « JBB » [1], d’Article XI, n’est pas « enthousiasmé » par Michaels. Lisons (un petit clic pour vérifier ?) :

    « Tout n’est pas si convaincant dans un livre qui mériterait - de toute façon - une beaucoup plus longue et fouillée recension (la flemme, la flemme…). La façon dont Walter Benn Michaels colle, en une introduction à l’édition française, le modèle américain sur le nôtre est beaucoup trop expéditif pour être réellement crédible : sa connaissance de la société française est très limitée et son affirmation, par exemple, que « la droite néo-libérale se moque du vieux concept raciste d’identité nationale » - assertion qui lui permet de mettre en un même sac de chantre de la diversité la droite et la gauche néolibérales - plus que contestable. L’homme se répète en outre beaucoup, et a écrit en 150 pages ce qu’il aurait pu formuler en cinquante. Enfin, il s’est attiré de très vindicatives - et logiques - critiques de ceux qui font des luttes minoritaires le ferment d’un éventuel changement ».

    C’est bien parfois, « la flemme ». Ça permet de signaler un livre, sans en faire pour autant une recension si fouaillée jusqu’au tréfonds de la moelle qu’après l’avoir lue on entend voler les anges (et les Érinyes, et Félicie aussi). On peut aussi choisir un ton désinvolte, émotionnel même, pour exprimer une pensée qui ne l’est pas, mais qui refuse à sa manière de se prendre elle-même au sérieux. Au risque de se retrouver dans les références exhaustives d’un agrégateur de débats auréolé d’une rigueur sans merci (naan, me tape pas, grand chef Diplo).

    Le même site vient de publier — c’est pas de ma faute — un entretien avec Y. Le Blot, aéré et décentré (par rapport aux tenants et aboutissants du débat en France), et en plein dedans, au point qu’on en viendrait — rêvons — à cesser de tirer la couverture à soi, accrochés à des brins effilochés de haine qui ne tient pas chaud.

    À M. Lafforgue :

    C’est la première fois que vous payez pour un produit que quand vous appuyez sur le bouton vous n’êtes pas satisfait ? C’est à ne pas croire... Pour ma part, n’ayant d’argent d’avance que pour acheter le Diplo à la pièce et le lire goulûment, héritière par hasard gratuit d’un ordinateur connecté, je suis bien consciente, et le resterai, que je vous dois de pouvoir naviguer ici — et même la ramener — sans presque rien payer. Je me doute aussi qu’avec ma réponse, vous n’en avez pas pour votre argent. Pourquoi, alors, ne pas l’investir dans une publication où chaque réponse a déjà sa question ?

    [1] Les guillemets, implicitement dépréciatifs de la part des rédacteurs de ce blog — hou ! qui se cache là-derrière ? — sont dissipés en un clic à la portée de tous sur le site d’Article XI.

  • permalien Pierre Tevanian (du Collectif LMSI) :
    19 novembre 2009 @01h22   « »

    Contrairement à ce qu’affirme Sand (11h37), le texte de Danièle Lochak publié par LMSI n’est absolument pas présenté comme une réponse au livre de Benn Michaels.
    Le chapô d’introduction rédigé par LMSI le décrit très explicitement comme un texte rédigé (je cite) "bien avant la publication de l’inepte pamphlet de Benn Michaels", et la date est même donnée : 2003 - soit six ans plus tôt !
    Le texte de Lochak est donc donné à lire pour ce qu’il est : un texte qui développe de manière autonome sa propre analyse, qui le fait d’une tout autre manière que Walter Benn Michaels, et qui, quelles que soient les convergences que Sand veut y voir, aboutit à une conclusion diamétralement opposée à celle de Benn Michael (pour qui la logique capitaliste pousse à l’embauche de lesbiennes noires !).

  • permalien Le chevalier au speculoos :
    19 novembre 2009 @11h23   « »

    @piece détachée :

    vous écrivez :

    "...on en viendrait — rêvons — à cesser de tirer la couverture à soi, accrochés à des brins effilochés de haine qui ne tient pas chaud."

    Soyez prudente tout de même : votre combat contre la tyrannie de la réalité (magnifique, les quelques pages où, à l’aide l’arguments sans appel, on parvient à réduire à néant toute la pensée de Descartes) rend votre style de plus en plus hermétique...

  • permalien pièce détachée :
    20 novembre 2009 @17h12   « »

    @ Chevalier au speculoos :

    je certifie que « pièce détachée » n’est pas un pseudonyme de Mona Chollet (qui peut, si elle n’a rien d’autre à faire, le certifier aussi, et dont la prose importe mille fois plus que la mienne).

    Cordialement.

  • permalien K. :
    22 mai 2010 @18h30   « »

    Une récente étude de l’Université Brandeis (Boston-Massachusetts- Etats-Unis), montre que, de 1984 à 2007,les inégalités de revenus ont plus que jamais dépendu de l’appartenance raciale (Noirs/Blancs). Les Blancs ont vu leurs revenus multipliés par presque 5, versus un peu plus que 2 pour les noirs, avec une moyenne 20 fois supérieure pour les Blancs.

    Pour la tranche la plus riche de chacune des “races”, on a même assisté à une diminution des revenus des Noirs alors que ceux des Blancs ont connu une augmentation, avec une moyenne près de 22 fois supérieure pour ces derniers.

    Glen Ford est littéralement furieux que l’on ait pu faire croire le contraire pendant tout ce temps, et conclue que les Noirs doivent d’autant plus combattre l’actuel système économique, qu’ils en sont encore plus victimes que les Blancs.

  • permalien A.P :
    20 novembre 2010 @17h13   «

    si "la discussion vaut d’être poursuivie"...
    A lire : http://www.espritcritique.be/?p=385

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