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Controverse autour de « La diversité contre l’égalité »

16 novembre 2009

En février 2009, les éditions Liber/Raisons d’agir publiaient La diversité contre l’égalité, un essai de Walter Benn Michaels qui posait ces questions :

« A la télévision comme dans les entreprises, au Parti socialiste comme à l’Elysée, à Sciences Po comme à l’armée résonne un nouveau mot d’ordre : Vive la diversité ! Avec l’élection de Barack Obama, le bruissement s’est changé en clameur. Désormais, chacun devrait se mobiliser pour que les femmes et les “minorités visibles” occupent la place qui leur revient au sein des élites. Mais une société dont les classes dirigeantes reflètent la diversité a-t-elle vraiment progressé sur le chemin de la justice sociale ? Une politique de gauche vise-t-elle à répartir les inégalités sans discrimination d’origine ou à les supprimer ? »

Auparavant, Le Monde diplomatique s’était fait l’écho des thèses de l’universitaire américain, en publiant d’abord, sous la plume de Serge Halimi, un compte rendu de l’ouvrage à sa parution aux Etats-Unis (« “Diversité” contre égalité ? », septembre 2007), puis deux articles de l’auteur lui-même : « Toutes les inégalités n’offensent pas le candidat Barack Obama », au cours de la campagne présidentielle américaine (juin 2008), puis « Liberté, fraternité... diversité ? », les bonnes feuilles de l’édition française, en février dernier.

Le livre a suscité des réactions nombreuses et contrastées. Dans La Revue internationale des livres et des idées (n° 13, septembre-octobre 2009), Jérôme Vidal en faisait, sous le titre « Bourdieu, reviens : ils sont devenus fous ! — La gauche et les luttes minoritaires », une critique sévère :

« Que la “diversité” occupe bien souvent la place d’un fétiche, d’une valeur indiscutable, d’un présupposé qui s’impose à nous comme une évidence et qui exige et emporte notre approbation immédiate, que cette valeur soit mobilisée à des fins de légitimation de la transformation néolibérale des sociétés, tout ceci paraît, si l’on en reste au niveau des généralités, assez bien établi, et n’a pas attendu ce livre pour l’être. Le problème est que W. B. Michaels entreprend de faire passer ces éléments de la situation pour le tout du tableau – comme si, ayant souligné ces aspects, ont avait épuisé la question des politiques de la diversité et de la représentation, et, surtout, épuisé les termes de l’analyse de la faillite de la gauche aujourd’hui. »

Dans la revue Mouvements, sous le titre « Les ravages de la pensée moniste » (19 octobre 2009), le politiste Daniel Sabbagh se livre lui aussi à une analyse critique du propos de Walter Benn Michaels, dont il a « pu observer qu’il y était souvent fait référence dans des séminaires ou colloques français, presque toujours de manière élogieuse et en se réclamant de son autorité pour étayer une position défendue » :

« La nature complexe et évolutive du rapport entre race et classe aux États-Unis mérite de faire l’objet d’un traitement moins dogmatique. En particulier, on sait qu’au moins une partie des multiples désavantages encore induits par l’identification raciale – dont l’existence, aux yeux des Noirs comme des Blancs, ne fait guère de doute – procèdent plus précisément de discriminations “probabilistes” fondées sur la réelle valeur informative qu’est susceptible de détenir la couleur de peau, valeur informative elle-même liée à l’inégalité empiriquement observable dans la répartition des ressources matérielles et symboliques entre Blancs et Noirs. En d’autres termes, c’est bien, dans une certaine mesure, la corrélation objective entre race et classe – et la permanence de stéréotypes associant l’identité noire à une marginalité socio-économique génératrice de dysfonctionnements divers qu’elle rend possible – qui alimente une proportion croissante des comportements discriminatoires (Kirschenman et Neckerman 1991 ; Wilson 1996). »

Sur le site Article11.info, en revanche, « JBB » se dit « enthousiasmé » par la lecture de l’essai, et trouve dans la presse française une confirmation de la justesse des thèses qui y sont développées — « La diversité contre l’égalité : quand Le Point donne raison à Walter Benn Michaels » (31 octobre 2009) :

« Michaels ne remet pas en cause la nécessité de lutter contre le racisme ou le sexisme (entre autres), non plus que de corriger les inégalités héritées d’une histoire torturées. Il constate simplement qu’une gauche ne reposant plus que sur cet axe-ci fait logiquement l’impasse sur la question sociale. Qu’elle ne remet plus rien en cause : devenue “département des ressources humaines de la droite”, elle se contente de gérer un monde mal foutu. Et que rien ne sert (sinon aux intéressés) que quelques représentants des minorités soient autorisés à tirer les marrons du feu néo-libéral et à rejoindre les élites si — en même temps — s’accroissent la pauvreté et les inégalités. »

La discussion vaut d’être poursuivie...

[17/11/09] Nos excuses aux oubliés signalés sur le forum. A noter également, l’article de Danièle Lochak publié sur le site Les mots sont importants en réponse à La diversité contre l’égalité : « Loi du marché et discrimination » (17 novembre) :

« “De fait, l’antiracisme est devenu essentiel au capitalisme contemporain. Imaginez que vous cherchiez quelqu’un pour prendre la tête du service des ventes de votre entreprise et que vous deviez choisir entre un hétéro blanc et une lesbienne noire. Imaginez aussi que la lesbienne noire est plus compétente que l’hétéro blanc. Eh bien le racisme, le sexisme et l’homophobie vous souffleront de choisir l’hétéro blanc tandis que le capitalisme vous dictera de prendre la femme noire.” Ainsi (ose) parle(r) Walter Benn Michaels, auteur d’un petit livre trop encensé, La diversité contre l’égalité, qui vient nous (ré-) expliquer que les luttes antiracistes, antisexistes et anti-homophobes sont au fond plus “identitaires” qu’égalitaires et que, loin d’appartenir à la noble famille des luttes sociales, elles ne font que divertir, diviser et… servir le capital ! »

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