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Google, meilleur ennemi de la presse

lundi 28 décembre 2009, par Marie Bénilde

La condamnation de Google en France pour la numérisation de livres sous droits d’auteur montre que les éditeurs peuvent sortir gagnants d’un bras de fer judiciaire. Loin de mener l’offensive pour défendre leurs droits et de s’atteler à la construction d’une plateforme de contenus commune, les éditeurs de presse français préfèrent s’aligner sur les positions défendues par Rupert Murdoch, qui accuse Google de « voler » ses articles. Et comptent sur Microsoft pour pousser la firme de Mountain View à consentir à un partage des revenus...

La presse française se serait-elle trouvé un nouvel allié en la personne de Rupert Murdoch ? Longtemps méfiante vis-à-vis du magnat australo-américain, qui s’est distingué par un soutien sans faille à Tony Blair, à George W. Bush et à la guerre en Irak dans ses cent soixante-quinze journaux à travers le monde, la voilà qui regarde avec tendresse ce vieux patron de près de 79 ans, qui voit les flammes de Google lécher sa forteresse de papier, malgré son angélique slogan « Don’t be evil ». Au point d’accuser le moteur de recherche de vouloir piller ses articles sans avoir en rien contribué à les financer : « Les gens qui se contentent de tout récupérer et de le publier tel quel […], nous considérons qu’ils volent nos histoires car ils se servent sans payer… C’est Google, c’est Microsoft, c’est Ask.com, plein de monde. » Dans la foulée de cette déclaration outragée, début novembre, à sa chaîne australienne Sky News, le Financial Times a révélé que Microsoft avait proposé à News Corporation, le groupe de Rupert Murdoch, d’assurer un référencement exclusif de ses contenus sur son moteur de recherche Bing, qui ne cesse de monter en puissance aux Etats-Unis en s’arrogeant déjà plus de 10, 4% des requêtes (contre 8% il y a six mois, selon l’institut Comscore). Seule contrepartie exigée : que les journaux de Murdoch (Sun, Times, New York Post, Wall Street Journal…) soient déréférencés de Google pour être indexés uniquement sur Bing.

Pour l’heure, le magnat des médias réserve sa réponse. Et attend de voir comment se positionnent les autres journaux qui auraient été également approchés. Sa stratégie, martelée jusque-là, consistait plutôt à annoncer son retrait de tout référencement gratuit sur des moteurs de recherche quels qu’ils soient avant la mi-2010. La possibilité d’une redevance versée par Microsoft est-elle de nature à changer la donne ? C’est en tout cas ce sur quoi misent de nombreux éditeurs de presse qui n’hésitent pas à agiter la menace Bing au nez et à la barbe de Google, quand bien même le moteur de recherche alternatif ne représente que 3,9% des requêtes en France, 3,4% au Royaume Uni ou encore 1,7% en Allemagne, selon AT Internet.

Le partage des revenus

Les médias reprochent à Google de ne pas partager ses revenus publicitaires, alors que les principaux mots-clés recherchés sur son site Google Actualités sont des titres de presse (en France, viennent d’abord Le Monde, puis Le Figaro). Ils regardent avec envie les 4,2 milliards de dollars de profit (pour 21,7 milliards de chiffre d’affaires) du puissant groupe de Mountain View et estiment que le moteur de recherche doit passer à la caisse, et pas seulement pour les liens contextuels (adsense) générés par les contenus des sites dont il est partenaire. Leur raisonnement, qui est aussi celui de Murdoch, est le suivant : que vaut un moteur de recherche sans une part déterminante de contenus qui donnent de la valeur à son truchement ? D’où la volonté de nombreux éditeurs de journaux français, regroupés au sein du Syndicat de la presse quotidienne nationale, de peser dans la négociation face à la firme californienne. « Les éditeurs ont besoin de Google, qui leur apporte de l’audience, autant que Google a besoin d’eux », estime Denis Bouchez, directeur du syndicat professionnel [1].

En théorie, plus question donc de laisser sans réagir Google s’emparer d’articles de presse pourtant protégés par le droit d’auteur et parfois verrouillés par des accès payants. Plus question non plus de remplir sans mot dire les rayons et les têtes de gondole de Google Actualités, dont 80% des visiteurs se contentent de lire les titres et les résumés d’articles sans cliquer sur le lien qui renvoie vers les sites des journaux.

Le seul problème, c’est que cette posture va totalement à l’encontre de la stratégie développée jusque-là par la plupart des éditeurs de presse. C’est parce qu’ils ont cru qu’ils allaient pouvoir « monétiser » cette audience drainée avec une facilité déconcertante par Google que les patrons de journaux ont longtemps accepté de se laisser "dépouiller" de leurs contenus (les propriétaires de médias ont d’ailleurs obtenu que la récente loi Hadopi, en France, donne aux journaux un droit d’utilisation des articles sans rémunération supplémentaire sur tous les supports numériques). Aujourd’hui, même en dopant leur audience à grands renforts de jeux, de loteries et d’agrégation de sites tiers, les journaux n’arrivent pas à recueillir sur le web les revenus susceptibles de compenser la chute de leurs recettes sur le papier. En 2009, le prix d’un emplacement publicitaire pour toucher mille internautes sur un site de presse n’a d’ailleurs cessé de s’éroder. Tous font alors cet implacable constat : Google est en train de leur manger la laine sur le dos en donnant un accès gratuit à leurs contenus. De là à prédire à la presse un destin proche de la musique – qui a perdu les deux tiers de ses revenus en une décennie –, il n’y a qu’un pas. En matière de destruction de valeur, Google est supposé être aussi moteur que le piratage avec les sites de peer to peer (partage de fichiers numériques).

Ami ou ennemi ?

Le pire n’est jamais sûr, dira-t-on. C’est vrai. La volonté de mieux contrôler l’accès à ses contenus, sur les traces de Murdoch, s’accompagne d’une réflexion sur la mise en commun de moyens dans la sphère numérique. C’est ainsi que quatre groupes de presse américains (Time Inc., Conde Nast, Hearst, Meredith) ont annoncé en novembre qu’ils allaient créer une plateforme sur Internet pour vendre leurs magazines (Time, Fortune, New Yorker, Vogue, Vanity Fair, Marie-Claire, Parents…). En Allemagne, le groupe Axel Springer a déclaré en décembre qu’il allait faire payer certains articles en ligne ainsi que l’accès à l’application i-Phone d’une partie de ses journaux.

La presse prendrait-elle enfin son destin en mains ? Il reste à savoir s’il n’est pas déjà un peu tard. Car les journaux sont devenus extrêmement dépendants de Google s’ils veulent exister dans l’univers numérique. El Pais, le quotidien espagnol, qui avait tenté de ne rien céder de gratuit et de faire payer l’accès à son site, a dû faire machine arrière en constatant que cette pratique avait permis à son rival El Mundo de lui voler la vedette sur la Toile [2]

En fait, seule une réponse concertée à l’échelle d’un pays, mieux de l’Europe, est en mesure de faire barrage à l’hégémonie destructrice de Google. Et de l’obliger à s’asseoir à la table des négociations pour partager ses revenus. Pour l’heure, la firme américaine se contente d’apporter des solutions techniques aux éditeurs de presse. Josh Cohen, l’un de ses responsables, vante par exemple un accès gratuit sur les sites de presse limité à cinq clics par utilisateur et par jour (même s’il semblerait qu’il suffise de repasser par Google pour ne pas être bloqué). Il a aussi indiqué que les éditeurs avaient tout loisir de signaler les contenus qu’ils ne souhaitaient pas voir repris par son moteur de recherche ou son site d’actualité. « Nous ne sommes pas votre ennemi, nous sommes une partie de la solution à tous vos problèmes », ne cesse d’affirmer Google, qui a même développé des formules de paiement à l’acte à destination des éditeurs de journaux.

Seulement, de monnaie sonnante et trébuchante, il n’est toujours pas question. Google se refuse à verser à la presse le moindre centime à partir du trafic généré sur son moteur de recherche ou - de façon plus expérimentale aux Etats-Unis - son site d’actualité Google News. Pas question de voler au secours des journaux. Interpellé sur une possible prise de participation dans le New York Times, Eric Schmidt, le patron de Google, a même refroidi certains espoirs outre-Atlantique en affirmant en mai dernier que son entreprise n’avait aucunement l’intention d’investir dans la presse. En France, la firme échappe même à toutes les taxes susceptibles de soutenir l’industrie des contenus puisque son siège européen est établi en Irlande, pour des raisons fiscales, et que son chiffre d’affaires demeure secret. Seul un prélèvement à la source – sur les investissements en ligne des annonceurs – serait susceptible de soumettre Google – et sa plateforme vidéo Youtube – à contribution.

Bing, le modèle alternatif

Pour peser face à Google, les éditeurs de presse doivent ils maintenant compter sur le moteur Bing de Microsoft ? Il serait assez paradoxal que la presse française, pour échapper à une hégémonie, s’en remette à un duopole américain formé de Microsoft et de Yahoo, puisque les géants de l’Internet sont désormais alliés, Microsoft apportant son moteur de recherche (qui devrait bientôt se retrouver sur Yahoo.fr), le portail dotant Microsoft du savoir-faire de sa régie publicitaire. Il n’empêche que le champion du logiciel non libre incarne aujourd’hui une alternative face à Google. Après les propos d’Eric Schmidt indiquant sur CNBC « si vous ne souhaitez pas qu’on le sache, mieux vaut encore ne pas le faire » pour justifier la conservation par Google de données personnelles, les champions du logiciel libre comme Asa Dotzler, directeur de la communauté de développement de Firefox, commencent à conseiller de se tourner vers Bing. En France, le poids du moteur de recherche rival est encore modeste, mais il pourrait en être tout autrement dans l’Internet mobile : Bing sera déjà le moteur de recherche des 10 millions d’abonnés de Bouygues Télécom.

Seul hic : nul n’a pour l’heure la garantie que Microsoft est disposé à payer les contenus en ligne des journaux. Au cours d’une conférence mondiale en Inde, à Hyderabad, début décembre, Satya Nadella, vice-présidente de Microsoft, a lâché au Financial Times que son groupe ne cherchait pas à « sécuriser » des contenus face à Google en échange d’une contribution. En clair, si Microsoft pouvait marcher sur les pas de Google en conquérant des parts de marché à son seul profit, ce serait pour lui l’idéal. Ajoutons enfin que des contenus exclusivement réservés à Bing se retrouveraient sans tarder sur un site référencé par Google. Difficile sur Internet de mettre des frontières...

L’indispensable bras de fer

Quelle attitude adopter alors face à Google ? Les éditeurs de presse seraient sans doute bien inspirés de se souvenir que cette firme américaine, aussi cool et sympathique soit-elle, a des visées hégémoniques et se soucie fort peu des industries journalistiques qu’elle contribue à détruire. Comme l’ont montré les éditeurs de livres, qui viennent d’obtenir gain de cause derrière La Martinière, le 18 décembre, au tribunal de grande instance de Paris, un bras de fer juridique est souvent indispensable pour défendre des droits d’auteur et de propriété intellectuelle. En France, seule l’Agence France Presse a osé attaquer Google. Comme l’ont montré les éditeurs de presse belges en faisant condamner NewsGoogle.be pour la reprise non autorisée de leurs articles, en 2006, la voie judiciaire est une condition nécessaire mais non suffisante pour contrer Google. Il reste aussi à créer le grand portail de l’accès aux contenus dématérialisés des journaux... pour lequel internautes et annonceurs seront prêts à payer. Le moteur de recherche pourrait alors apparaître comme un intermédiaire possible – comme Bing – vers une une base de données payante.

Notes

[1] Les Echos, 3 décembre 2009.

[2] Lire à ce sujet « Google décide de faire un premier pas vers les éditeurs », Le Monde, 3 décembre 2009.

16 commentaires sur « Google, meilleur ennemi de la presse »

  • permalien ropib :
    28 décembre 2009 @13h06   »

    Google suit toujours sa ligne "Don’t be evil" mais évidemment d’autres personnes ont des lignes radicalement opposées. Une alliance à Microsoft serait cependant bien rigolote à observer, car sans doute une bêtise rarement égalée. On verra bien, mais je croise les doigts pour que les blagues se réalisent.

  • permalien Eric :
    28 décembre 2009 @14h20   « »
    Google, meilleur ami de la planète libre

    Mais Globalement Google avance et ils reculent et la contribution de Google aux évolutions technologiques et aux opportunités offertes par l’usage du web pour une grande majorité de personnes est évidente (moins pour quelques élites et leurs clients c’est un fait) . Le passage au tout numérique va accélérer encore cette confrontation décapante avec deux systèmes mais aussi deux modèles économiques. Pour celui qui n’a rien ou peu de choses Google offre des outils autrefois réservés au monde de l’entreprise et parfois même les dépassant pour certains. Qui les attaque s’attaque aux intérêts d’une majorité de personnes, associations et fondations. Que le Monde Diplo et consort offrent autant de services concrets et au quotidien et on en reparle. Je préfère donner 10 euros par mois à leurs services globalisés que me faire racketter par l’impôt, la taxe ou la contrainte pour de mauvais services déjà subventionnés par l’Etat. Aux mauvais de s’adapter.

  • permalien joe linux :
    28 décembre 2009 @16h24   « »

    >> Aux mauvais de s’adapter.

    C’est très loin d’être aussi simple. Il est vrai que Google a botté le derrière de la Bibliothèque de France, ou de l’IGN, par exemple. Mais attention à la fan-attitude ! Google peut changer. La déclaration du patron : "’If you have something that you don’t want anyone to know, maybe you shouldn’t be doing it in the first place." est carrément terrifiante. Pourquoi, alors, ne nous révele-t-il pas les détails de l’accord qu’il a conclu avec la Chine ? Parce qu’il n’aurait pas du le faire ? Qu’il commence par s’appliquer cette règle !

    Gros pouvoir sans contrôle : gros danger. Maintenant, se jeter dans les bras de MickeySoft ! C’est la peste ou le choléra !

  • permalien narvic :
    28 décembre 2009 @22h57   « »

    Cet article me semble plein de confusions et embrouille le débat plutôt qu’il ne l’éclaire.

    Pourquoi entamer le propos par la question de la numérisation des livres, pour embrayer ensuite sur la question de la presse ? Où est le rapport ? S’il y en a un (ce dont je doute très fortement), il faudrait commencer par l’établir, sinon on reste dans le superficiel, voire dans le sensationnel.

    Pourquoi ce très long développement sur ce pseudo-projet d’un référencement exclusif sur Bing, qui serait payé par Microsoft, pour reconnaitre ensuite que Mircrosoft dément un tel projet (qui n’a d’ailleurs en effet pas la moindre crédibilité si l’on veut y regarder d’un peu plus près) ? C’est tout le premier quart du papier qui tombe à l’eau.

    Pourquoi ensuite cette confusion (volontaire ?) dans la partie suivante (le partage des revenus) entre la question des revenus publicitaires de Google et celle du site GoogleNews... qui - justement ! - ne comporte aucune publicité ?!

    La suite de votre propos patauge allègrement dans cette confusion initiale et déplace totalement le problème de son enjeu réel, qui n’est certainement pas le site GoogleNews, mais bel et bien le moteur de recherche GoogleSearch, et rien d’autre.

    Or que pèsent les sites des éditeurs de presse dans GoogleSearch ? Elle est là vraie question, qui eut éclairé vos lecteurs. Et la réponse conduit à mettre en évidence l’inanité totale du parallèle posé comme une évidence : les éditeurs ont besoin de Google et Google a besoin des éditeurs. C’est totalement absurde, ou orienté !, de poser le problème en ces termes.

    Si les éditeurs ont si besoin de Google, c’est de leur faute : ils ont joué autant qu’ils ont pu cette stratégie absurde de la course à l’audience de masse déqualifiée et d’aspirateur à publicité bas de gamme, en transformant leurs sites en canons à dépêche, en se livrant au dopage généralisé des audiences par faux concours et achat de mots-clés. Résultat, ils se battent pour une audience qui n’a pas de valeur publicitaire et ne rapporte rien.

    Enfin qui rapporte si peu que ça ne couvre que le prix du simple service d’orientation des lecteurs vers les contenus que propose Google, et guère plus.

    Surtout, pour Google, la part des éditeurs de presse dans le trafic global distribué par son moteur de recherche est totalement... négligeable sur son chiffre d’affaires ! Si ce n’est en terme d’image... ou de capacité de nuisance d’un lobby proche des milieux politiques. (1/2)

  • permalien narvic :
    28 décembre 2009 @22h58   « »

    (2/2)

    Il y a d’ailleurs une véritable contradiction dans votre propos quand vous dites d’un côté que Google s’empare des contenus, mais que vous reconnaissez d’un autre que les lecteurs se contentent en réalité le plus souvent d’en lire les titres sans en demander plus.

    Vous devriez creuser un peu plus cette question, précisément, ce qui vous permettrait de sortir de votre contradiction : nulle part les lecteurs n’interviennent réellement dans l’ensemble de votre analyse, à croire qu’ils ne comptent pas !

    Ils sont pourtant la clé du problème que ni vous, ni les éditeurs, ne consentaient à voir : ce qu’internet permet, et les lecteurs en sont ravis !, c’est de mettre les éditeurs en concurrence les uns avec les autres, et cela article par article. Ah certes, c’est nouveau et ça change la donne !

    Plus question de forcer les lecteurs à acheter les papiers "à l’aveugle" (de préférence en paquet cadeau bien emballé sous une couverture accrocheuse) comme au bon vieux temps de jadis.

    Le lecteur demande désormais du "conseil de lecture" en amont, il ne paye plus pour voir. C’est le service que lui apporte Google, comme tous les autres agrégateurs, et tous les autres services de recommandation, comme ceux des réseaux sociaux.

    Dans ce service-là il y a création de valeur économique pour le lecteur, ce pourquoi Google et d’autres parviennent à en tirer de l’argent.

    C’est absurde de poser ce problème-là en terme de destruction de valeur comme vous le faites. Cette analyse colle pour la question du marché des encyclopédies ou pour celui des petites annonces (Wikipédia contre Universalis, ou Craiglist contre les quotidiens américains), où internet entraine bien une destruction de valeur. Mais pas pour le marché de la recommandation de lecture dans le domaine de l’actualité. Car ce marché est tout simplement... nouveau !

    Il est là l’enjeu de la diffusion en ligne de l’information et pas où vous le placez, dans une analyse biaisée, qui fait la part fort belle à la défense des intérêts commerciaux des éditeurs.

  • permalien Gilles Klein :
    28 décembre 2009 @23h13   « »

    Oui pas mal de confusion et de contradiction dans ce texte qui tente un résumé improbable et une lecture désordonnée des événements et des communications de divers acteurs au cours des derniers mois. Manque de recul dommage.

  • permalien ARNO* :
    28 décembre 2009 @23h33   « »

    Salut,

    Ce billet me semble franchement pas bon et, pour tout dire, assez sidérant pour un blog « du Diplo ».

    Les éditeurs de presse seraient sans doute bien inspirés de se souvenir que cette firme américaine [Google], aussi cool et sympathique soit-elle, a des visées hégémoniques et se soucie fort peu des industries journalistiques qu’elle contribue à détruire.

    Google « contribue à détruire » « les industries journalistiques » (c’est quoi cette expression, d’ailleurs ? le terme « journalistique » renvoie à quel aspect de leur activité ?). J’aurais aimé que le billet, avant d’en arriver à cette conclusion, explique comment Google détruit la presse. Pas seulement en écrivant ceci :

    En 2009, le prix d’un emplacement publicitaire pour toucher mille internautes sur un site de presse n’a d’ailleurs cessé de s’éroder. Tous font alors cet implacable constat : Google est en train de leur manger la laine sur le dos en donnant un accès gratuit à leurs contenus.

    Malheureusement, la première phrase n’a aucun lien logique avec la seconde phrase. La question du prix de l’emplacement publicitaire « pour 1000 » est une question certainement vitale dans le problème de « modèle économique » de la presse en ligne. Mais ça n’a rien à voir avec la deuxième phrase, qui évoque un problème de part de marché (Google leur mange la laine sur le dos). Le revenu par visiteur n’a aucun rapport avec le nombre global de visiteurs.

    Tout de même : « Tous font alors cet implacable constat : Google est en train de leur manger la laine sur le dos ». Mais qui est « tous » ? L’habituel « tous » tautologique (comme : « tous » – les industriels du disque – « en conviennent », c’est le piratage qui réduit leurs bénéfices, et non la concurrence sur le marché du divertissement pour djeunes).

    Bon, je lis le Diplo, Plan B et Acrimed depuis des années, et s’il y a quelque chose qui semble évident, c’est que les « industries journalistiques » accumulent depuis des décennies les erreurs politiques, stratégiques, sociales, économiques totalement catastrophiques, erreurs qui s’ajoutent à la déshérence éditoriale de l’ensemble de ces torchons.

    Et cette même presse, tous les ans, tout en continuant à vanter le modèle néolibéral et à dénoncer ces profiteurs de pauvres, s’en va pleurer pour obtenir des subventions, des aides et avantages, et tenter de se faire attribuer des rentes de situation. Des dizaines (centaines ?) de millions d’aides depuis la fin des années 90 pour monter leurs sites Web, par exemple.

  • permalien ARNO* :
    28 décembre 2009 @23h36   « »

    (2/2)

    Chouette idée récente, le google-bashing : « Google nous détruit, on n’y peut rien, nous devons donc encore toucher des subventions ». Parce que, non, les éditeurs n’ont aucune raison de tirer des milliards des dollars de Google au travers de trois procès ultra-spécifiques (qui, dans les cas donnés ici, n’ont rien à voir avec le presse).

    Bon :
    - d’accord, Google est une méchante entreprise hégémonique américaine,
    - non, Google ne « détruit » pas les « entreprises journalistiques » (qui n’ont eu besoin de personne pour s’auto-détruire depuis belle lurette). Et, surtout, rien dans ce billet ne permet de l’affirmer.

    Pour être clair : si Google détruisait réellement les entreprises journalistiques, je demanderais à ce qu’on la subventionne pour qu’elle accomplisse cette tâche plus rapidement. Malheureusement, Google étant une entreprise très méchante, il n’y a rigoureusement aucune chance qu’elle se charge de cette mission d’utilité publique.

  • permalien Murmure :
    29 décembre 2009 @07h21   « »

    En fait, seule une réponse concertée à l’échelle d’un pays, mieux de l’Europe, est en mesure de faire barrage à l’hégémonie destructrice de Google.

    Félicitation Madame Marie Bénilde, Vous pouvez vous compter désormais membre à part entière dans l’armée destructrice de l"information et de la liberté au sein de l’armée du merveilleux pays régit par la Murdochratie.

    Article décevant et inepte qui prend le parti de Rupert le papelard à l’origine de cette tempête qui n’aspire qu’a se sucrer au passage et s’engraisser de plus en plus. Dans sa folie mégalomane, son désir de maîtriser les entreprises rebelles en lançant ses tentacules destructrices vers Google pour le gober dans son trust subversif et annihiler les libertés.

    Google ne fait pas payer les éditeurs de presse pour que leur article s’affiche sur son moteur de recherche. Pourquoi celui-ci devrait-il payer ces mêmes éditeurs.
    De même que “Google news” ne souffre d’aucun encart publicitaire.

    Bing & Microsoft... “Ouais”, Coluche et Thierry Le Luron.

    P.S./ C’est tellement indigne du Diplo que je m’autorise ce break imprévu, dans mon périple à travers les routes et les terminaux pendant que je pérégrine à la rencontre de mes pedigrees.

  • permalien riete :
    29 décembre 2009 @14h15   « »
    Au royaume des aveugles etc ...

    Qui risque de manger qui, m’amuse.
    Le procès d’intention que l’on tente d’adresser à google est exactement le même que celui qui fut lancé à MS ou à d’autres.
    Prendre des parts de marché est le seul objectif de ces sociétés et peu importe la méthode, c’est le principe non ?. Il ne s’agissait pas de monopole au départ.Posons nous les bonnes questions, car c’est à nous qui sommes ou bout de la chaîne que revient ce droit ultime LE CHOIX !
    Rappelons nous. Toutes ces entreprises, souvent de talents qui ont succombé à la lame MS. Les principaux responsables de cette hécatombe s’était NOUS, car en achetant des produits sans nous poser les bonnes questions, nous y avons contribué.
    Si les entreprises qui se font référencer sur Goog ou les (utilisateurs) consommateurs que nous sommes se posaient la question "est-il bien raisonnable d’utiliser exclusivement Goog ou Bing ?".
    Nous ne serions pas en train de contribuer à la construction d’empires du commerce.
    Parmi toutes les personnes qui écrivent dans cette rubriques combien utilisent d’autres moteur de recherches ?

  • permalien Arcus :
    29 décembre 2009 @19h54   « »
    Google, meilleur ennemi de la presse - articles en cache

    Vous écrivez "articles de presse pourtant protégés par le droit d’auteur et verrouillés par des accès payants qu’il est parfois aisé de débloquer en passant par les liens « en cache » de Google"

    Je suis certainement un peu bête mais je n’ai toujours pas compris cette histoire d’articles payants accessibles gratuitement sur Google News.

    Sauf erreur de ma part, les articles payants du Monde, de Libé et d’autres journaux ne sont accessibles ni directement ni en cache.
    Par exemple, si je cherche un article payant du Monde dans Google, voici ce que j’obtiens :
    lien

    Il me semble que Google engrange quelques revenus des publicités sur ses pages de recherche qui contiennent des liens vers des articles de presse. Mais ils apportent un trafic non négligeable aux sites de presse. Je me demande tout de même si les sites de presse sont perdants dans l’affaire.

  • permalien paul :
    30 décembre 2009 @00h20   « »

    Faut pas oublier que le journaliste qui a écrit cet article défend sa tartine aussi. Difficile de rester objectif dans ce cas.

  • permalien Sinatra :
    30 décembre 2009 @12h26   « »

    Je suis journaliste et je suis halluciné par ce déchaînement d’internautes (et blogueurs ?) contre ce papier qui ne fait qu’exprimer lucidement la situation de la presse face à Google, seul acteur de la pub qui continue de grossir malgré la crise.
    Ce n’est quand même pas sacrilège de dire que Google pose un problème aux journaux dans la mesure où ce qu’il apporte ne compense pas ce qu’il enlève. Certes, Google n’est pas seul responsable de la déconfiture de la presse mais il faut quand même avouer qu’il ne contribue pas à arranger les choses. Pourquoi acheter régulièrement un journal quand vous êtes sûr de pouvoir retrouver l’article-ne-pas-louper grâce à Google ? Pourquoi s’abonner à un canard ou aller régulièrement sur un site de presse (payant ou gratuit) quand il suffit de se pencher pour voir toute l’info compactée, agrégée, à portée de clic sur Google Actu.

    Ce que je reproche personnellement à Google, c’est de se servir des contenus journalistiques comme d’une banale donnée pour serveur informatique... sans vouloir comprendre qu’au bout de cette affaire-là, il y a la mort du journalisme. Je travaille dans un journal où on n’envoie déjà plus personne à l’étranger, où les grands reporters sont progressivement remerciés, où on confie à des pigistes sans aucune protection le soin d’aller sur les zones à risque (ça coûte trop cher au journal).

    Alors, continuez à bloguiloquer dans votre coin en vénérant Dieu Google de vous mettre au même niveau que les journalistes professionnels. Ah, ah, vous tenez votre revanche. Google vous permet de ressortir aussi bien qu’un article de presse. La belle affaire ! Quelle est la plus petite info qui soit jamais sortie d’un blog ? Attention, l’arrogance a longtemps été un reproche fait aux médias. Mais là, j’ai l’impression qu’elle est très participative...

  • permalien Desirade :
    31 décembre 2009 @18h48   « »

    Les gens payent volontiers pour l’accès aux données dont ils ont besoin.

    Parfois pour lire ce qui est éventuellement susceptible de les intéresser.

    Plus rarement par solidarité.

    Très peu pour connaître l’essentiel de l’actualité.

    Jamais pour rien.

  • permalien Marie Bénilde :
    1er janvier 2010 @13h36   « »

    Je reviens vers ce blog après quelques temps d’absence, loin de mon ordinateur (oui c’est possible).

    Pour répondre d’abord à Narvic que je ne fais aucune confusion entre la recherche et l’actualité. Mais il se trouve que se sont les deux domaines dans lesquels Google se sert des journaux et en tire avantage. Le moteur de recherche oriente vers des articles que les éditeurs ont certes la possibilité de verrouiller mais que l’on retrouve gratuitement sur Google. S’il est vrai que Google rebascule sur le site des éditeurs - donc leur apporte de l’audience - il ne partage pas ses revenus tirés de ses liens sponsorisés. Quant à Google Actualité, il n’est pas commercialisé en France mais il l’a été aux Etats-Unis en 2009 (d’où la colère des éditeurs de presse). C’est, plus largement, un service proposé à partir d’une information produite par d’autres.

    Je perçois pour finir une certaine confusion, pour le coup, de la part de certains contributeurs entre mes propos et ceux des éditeurs, voire ceux de Murdoch lui-même. Peut-être ai-je contribué moi-même à cette confusion en reprenant - maladroitement - à mon compte l’idée de la destruction de valeur des "industries journalistiques" (expression qui n’est pas la plus heureuse, je le concède à Arno). Mais il me semble que je montre bien aussi les erreurs des éditeurs de presse qui ont cru qu’ils allaient sortir gagnants de leur course à l’audience (où Google joue un rôle important). Je me suis contentée dans cet article d’expliquer où en était le débat entre la presse et Google, qui a été un sujet important de l’année 2009.

    Quant au rapport avec les éditeurs de livres, cher Narvic, ce simple fait : les éditeurs de presse français ne passent pas à l’offensive judiciaire - comme les éditeurs de livres - et je me permets de penser que ce n’est peut-être pas le moyen le plus efficace d’amener Google à la table de négociation.

  • permalien Gérald :
    18 janvier 2010 @01h46   «

    éternelle débat sur le modèle de Google susceptible de nuire à la presse...

    Chacun essaye de tirer la couverture, Google est plus habile et tire surtout plus fort avec une part de marché du search toujours plus écrasante.

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