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La journée de la burqa

par Alain Gresh, 24 janvier 2010

On n’a pas encore instauré la journée de la jupe, journée que revendiquait Isabelle Adjani dans le film du même nom. En revanche, se multiplient les journées de la burqa qui permettent, enfin, de mobiliser la société pour une noble cause, celle des femmes opprimées. La prochaine journée d’indignation collective aura lieu mardi 26 janvier, quand la mission parlementaire sur le voile intégral remettra son rapport au président de l’Assemblée nationale.

Un article du Monde daté des 24-25 janvier, intitulé « Drôle d’attelage contre la burqa », signé de Stéphanie Le Bars et Patrick Roger et surtitré « L’un est communiste, l’autre très à droite », dresse le portrait des deux députés qui ont conduit les travaux, André Gérin, communiste, et Eric Raoult, UMP. En conclusion, M. Gérin défend « une fraternité d’armes : nous sommes tous les deux des soldats ». Face aux menaces contre l’identité nationale, l’union sacrée entre un député représentant les franges les plus à droite de l’UMP et un communiste paraît tellement naturelle. Nous sommes en guerre, et, contre l’ennemi de la nation, il faut nous unir. En 1914 déjà, la Section française de l’internationale ouvrière (SFIO) communiait avec la droite contre les « Boches » (pour ne pas dire les Allemands). Désormais, le combat contre les islamistes (pour ne pas dire les musulmans) appelle la même unanimité.

Ce qui n’empêche ni les déchirements, ni les débats entre groupes parlementaires, ou à l’intérieur même de ceux-ci : de petites querelles qui cachent surtout des ambitions personnelles et que l’on ne peut que regretter alors que la patrie est en danger. La mission d’information avait pourtant montré une grande mobilisation des députés, unanimes à dénoncer le danger islamiste, et Jean Glavany avait pu, lors de l’audition de Tariq Ramadan, dénoncer l’invitation même de ce personnage trouble qui venait témoigner : pas de liberté pour les ennemis de la liberté.

Certains feignent de ne pas comprendre. En 2004, la commission Stasi avait préconisé l’interdiction des signes religieux ET politiques dans les écoles, une manœuvre qui laissait croire que la neutralité de nos établissements scolaires était menacée par autre chose que par le foulard. La représentation nationale a justement rectifié le tir et interdit le foulard (enfin, « les signes religieux »...) Il suffit de suivre l’actualité : du Yémen à nos banlieues, de la burqa à l’Afghanistan, plane sur l’Occident une menace contre laquelle il faut lever l’étendard de la Croisade (et pendre, à l’occasion, tous les traîtres de l’intérieur, tous les complices des nouveaux nazis).

Il en va de nos libertés et surtout de celles des femmes. Car la femme française, comme ses congénères occidentales, est enfin libérée : elle a obtenu l’égalité des salaires, elle occupe la moitié des sièges à l’Assemblée nationale et au gouvernement, elle ne subit aucune violence conjugale et les hommes partagent, dans la joie, les tâches domestiques et l’éducation des enfants. Et toutes ces conquêtes sont menacées par un voile noir qui s’abat sur la France. Aux armes citoyens ! Mobilisons-nous dans l’unité, gauche et droite, contre ce péril vert (ou noir, au choix).

Le 26 janvier sera donc une « journée de la burqa ». Mais que l’on se rassure : ce ne sera pas la dernière. Et nous savons déjà que nous aurons à nous mobiliser encore. Après le foulard, les minarets suisses, la burqa, quel sera le prochain thème ? Il y en aura un, cela ne fait pas de doute, et nous en sommes rassurés, car tant de causes justes se présentent à nous et à nos soldats, tant de vies à sauver, de femmes à libérer, de régimes obscurantistes à détruire, de l’Afghanistan à l’Irak...

Alain Gresh

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