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Burqa, « les talibans auraient applaudi »...

par Alain Gresh, 28 janvier 2010

Si l’Assemblée nationale adopte une loi sur la burqa, la France deviendra le troisième pays du monde, après l’Arabie saoudite et l’Iran, à légiférer sur la manière dont les gens (dans tous les cas les femmes) s’habillent.

Le débat en France sur cette question est vu, à l’étranger, avec incrédulité. Dans le monde musulman, il est perçu comme une preuve de l’islamophobie galopante ; mais, même dans des pays peu suspects de sympathies à l’égard de l’islam, les critiques sont nombreuses. Le New York Times du 26 janvier a publié un éditorial qui vaut la peine d’être reproduit et qui s’intitule « The Taliban Would Applaud »

« Il est facile de voir que les droits humains de la femme sont violés quand un gouvernement a besoin d’envelopper son corps et son visage dans un voile opaque, comme les talibans le faisaient quand ils dirigeaient l’Afghanistan. Il devrait être tout aussi facile de voir la violation quand une commission parlementaire française recommande, comme elle l’a fait cette semaine, d’interdire aux femmes qui portent de tels voiles — la burqa et le niqab — d’utiliser les services publics, y compris les écoles, les hôpitaux et les transports publics. (Le foulard musulman a été interdit dans les écoles publiques depuis 2004.)

Les gens doivent être libres de prendre ces décisions pour eux-mêmes, et non de se les voir imposer par les gouvernements ou la police. »

Petite incidente. Cette formule est amusante, car elle renvoie, sans que les auteurs le sachent évidemment, à une formule d’un texte de Karl Marx, dans Critique du programme de Gotha (1875) : « Chacun doit pouvoir satisfaire ses besoins religieux et corporels sans que la police y fourre son nez. »

« Au lieu de condamner la recommandation, le président Nicolas Sarkozy semble déterminé à aller plus loin. Il a déjà déclaré que les voiles qui cachent tout le corps ne sont “pas les bienvenus” en France. Le président du groupe parlementaire de son parti (M. Coppé) veut faire passer une loi qui interdit le port de la burqa et du niqab dans les rues. Les talibans seraient contents. Le reste du monde doit déclarer son rejet de cette mesure.

Malheureusement, les politiciens français semblent délibérément aveugles à cette violation des libertés individuelles. Avec les élections régionales prévues pour mars, M. Sarkozy et ses alliés cherchent désespérément des moyens de détourner la colère de l’opinion face au chômage élevé. Il est difficile de créer des emplois et bien trop facile d’alimenter les préjugés anti-musulmans.

La France compte plus de cinq millions d’habitants musulmans, plus que n’importe quel autre pays d’Europe occidentale. Moins de 2 000 portent le voile intégral, ne présentant pas de menace évidente pour l’identité française ou pour la sécurité. Mais parce qu’elles sont si peu nombreuses, elles constituent un argument électoral facile.

Les attaques contre les musulmans (Muslim-bashing) ont fourni un puissant réservoir électoral pour les hommes politiques d’extrême droite, notamment Jean-Marie Le Pen. Dans une tentative claire pour conquérir certains de ces votes, le gouvernement de centre-droit de M. Sarkozy a passé des mois à la promotion d’un débat sur l’identité nationale, parfois insensé, parfois menaçant. Aucun gain politique ne peut justifier une incitation à la haine. »

Alain Gresh

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