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Lettre d’Alger

Quand l’Algérie s’enflamme pour le ballon rond

mardi 23 février 2010, par Jean-Pierre Séréni

Depuis l’automne dernier, trente-cinq millions d’algériens vibrent à l’heure du ballon rond. Avant le match, des files de jeunes et de moins jeunes sillonnent les rues des villes, de la capitale à la plus modeste cité du bled. Puis l’heure fatidique arrive, les trottoirs se vident, la circulation s’arrête, les rideaux des magasins se ferment, un silence sépulcral s’abat pour 90 minutes, troublé de temps en temps par une immense clameur qui avertit le rare Algérien qui n’est pas scotché devant son téléviseur que les Verts viennent de marquer. Plus étouffée, une plainte sourde perce les murs quant le sort hésite à leur donner la victoire ; c’est presque un sanglot quand son gardien de but doit aller ramasser la balle au fond de ses filets.

La fin du match opère comme une délivrance. La foule envahit les rues, on danse, on chante, les véhicules les plus divers encombrés de drapeaux blancs et verts défilent en klaxonnant jusqu’aux premières heures de l’aube, on embrasse les policiers rencontrés.

Cet engouement est récent et largement imprévisible. Le parcours de l’équipe d’Algérie dans les premiers matchs de qualification de la prochaine Coupe du monde de football, qui doit se tenir en Afrique du Sud à partir de mai prochain, n’avait guère donné l’occasion de rêver à ses supporters jusqu’à cette soirée du 12 octobre 2009 face à une modeste équipe africaine, celle du Rwanda. Les autorités, guère rassurées sur l’issue du match, l’avaient relégué à Blida, à une cinquantaine de kilomètres de la capitale. L’expérience montre qu’une défaite peut être meurtrière pour le mobilier urbain et les édifices publics, voire dangereuse pour le régime.

La victoire a tout changé. Les millions de passionnés qui supportent les Verts ont eu, pour la première fois depuis longtemps, le sentiment que l’Algérie sortait enfin d’un long tunnel d’humiliations et de déceptions, pas seulement sportives. « C’est notre tour », hurlaient sur tous les tons jeunes et moins jeunes. Les épreuves suivantes au Caire et à Khartoum ont suscité contre l’Egypte un exceptionnel accès de fierté nationale et quelques actes regrettables contre des biens appartenant à des sociétés égyptiennes. Même si la fièvre est un peu retombée lors des matchs de la Coupe d’Afrique des Nations en cours, la nouvelle génération veut croire que la revanche sur le destin a enfin sonné (lire le reportage « Jours tranquilles en Algérie » dans Le Monde diplomatique de février, toujours en kiosques).

Dans « Le Monde diplomatique »

  • « Luttes d’influence autour de la Sonatrach »
    par Ahmed Djezairi, La valise diplomatique, 19 janvier.
    Le président-directeur général de la Sonatrach — la plus grande entreprise algérienne, un monopole public qui gère les hydrocarbures et le gaz dans le pays —, a été placé sous contrôle judiciaire le 18 janvier. « Simple » histoire de malversations financières ou affaire politique ?
  • « Le “non-Maghreb” coûte cher au Maghreb » (aperçu)
    par Francis Ghiles, janvier 2010.
    Le conflit du Sahara occidental représente toujours l’un des obstacles majeurs à une coopération entre le Maroc et l’Algérie, freinant les échanges régionaux qui pourraient se développer avec la Tunisie. Une collaboration politique et économique aiderait pourtant à résoudre bien des problèmes de la rive sud de la Méditerranée.
  • « Guerre des plumes entre le Maroc et l’Algérie »
    par Ali Chibani, janvier 2010.
    Quand la presse algérienne défend « la Gandhi du Sahara Occidental », les titres marocains décèlent un « piège algérien ». La grève de la faim observée depuis le 15 novembre par une militante sahraouie a ravivé les querelles entre journalistes des deux pays.
  • « Algérie : l’opposition étouffée avant les élections » (A.C.), La valise diplomatique, 7 avril 2009.
    En avril 2009 se tenait une élection présidentielle gagnée avant d’avoir lieu par Abdelaziz Bouteflika. Le président sortant-rentrant était soutenu par une myriade de partis, d’associations et de syndicats officiels hantés par le spectre de l’abstention.
  • « L’Algérie ne croit plus aux promesses » (A. C.), février 2009.
    M. Bouteflika vient de réformer la Constitution pour supprimer la limitation des mandats présidentiels. Il compte se présenter pour la troisième fois en avril 2009, malgré l’aveu de l’« échec » de sa politique. Symptômes du climat de mécontentement, les émeutes se sont multipliées ces dernières années.
  • « Des footballeurs entre Paris et Alger »
    par Dominique Le Guilledoux, août 2008.
    Guerre d’Algérie, immigration, malaise des banlieues, psychose de l’après-11-Septembre : depuis cinquante ans, le football a reflété chaque étape d’une histoire toujours à vif.
  • « Les régimes arabes modernisent... l’autoritarisme »
    par Hicham Ben Abdallah El Alaoui, avril 2008.
    Depuis la première guerre du Golfe, les pays arabes ont connu une succession de bouleversements qui, partout ailleurs, auraient déstabilisé bien des pouvoirs. Pourtant, la plupart ont réussi à maintenir des structures archaïques que ni la seconde guerre mondiale ni la décolonisation n’avaient fait disparaître.
  • « Football à perpétuité »
    par Ignacio Ramonet, La valise diplomatique, 7 juin 2008.
    Le football est devenu un spectacle sur écran. Il relève beaucoup moins de l’univers de l’effort physique que de la sphère de la culture de masse. Ses vedettes comptent parmi les personnalités médiatiques les plus universelles.
  • « Le football face au vidéo-arbitrage »
    par Jacques Blociszewski, mars 1996.
    Devenu inséparable de son image, le sport est d’abord vu et vécu par l’écran. Dans le football moderne, les enjeux sont tels que la tentation grandit d’utiliser la technologie comme assistance à la prise de décision. La vidéo au service de l’arbitrage est-elle une garantie de justice ou le signe d’un renoncement au jugement et à la responsabilité humaines ?

15 commentaires sur « Quand l’Algérie s’enflamme pour le ballon rond »

  • permalien Yann :
    23 février @20h32   »
    Quand les Zarrabes NOUS menacent...

    One, two, trrri... Viva l’Algérie !

    Pendant ce temps, le pouvoir dictatorial se frotte les mains...

    Le scénario idéal :

    L’Algérie bat la France au Mondial (avec une liesse populaire dans les rues françaises !)

    ...

    puis l’équipe des Fénecs vient à bout du Brésil, en finale !

    Um, dois, três... Viva a Argélia !

  • permalien carnavon :
    23 février @22h09   « »

    Les algériens ont raison d’être fiers de leur patrie.
    Par contre ce qui me fait de la peine, ce sont les petits français, nés en France, qui ont un lien avec l’afrique du nord, et qui sifflent la Marseillaise dans les stades, et se roulent parterre quand l’algérie bat une autre équipe quand ils ne fracassent pas tout simplement les biens publics.
    Des amis algériens m’ont dit à quel point ils étaient peinés de voir une telle schizophrénie..

  • permalien Z. :
    23 février @22h18   « »

    carnavon :
    23 février @22h09 (...)

    Mumm... Voudriez-vous dire que vous apprécieriez les Maghrébins, à partir du moment où ils sont "chez eux" aux Maghreb, mais précisément pas "chez vous" en Europe ?

  • permalien Lou :
    23 février @23h24   « »
    Quand l’Algérie s’enflamme pour le ballon rond et le cinéma

    “Harragas” : de la décolonisation à la mondialisation
    Date février 21, 2010

    Il faut avoir le talent d’un Dilem (évoqué dans ce billet) pour résumer, en un dessin de presse, un demi-siècle d’histoire. Novembre 1954 : le FLN lance son premier appel au peuple algérien, point de départ d’une lutte qui prendra fin avec l’indépendance de juillet 62. Près d’un demi-siècle plus tard, la jeunesse algérienne – 1/3 des 35 millions d’Algériens a moins de 15 ans – “brûle” ses papiers (en arabe : ﺣﺮﺍﻗـة, haraga) avant de risquer sa vie, armée de ses seules rames, sur les “barques de la mort” pour tenter de gagner l’Eldorado européen.

    Plus que jamais, l’Algérie vit en effet à l’heure des harragas, ces milliers de jeunes qui désespèrent de leur pays et partent tenter leur chance dans un ailleurs qu’ils imaginent meilleur.

    (...) La question peut se poser au regard du soutien accordé par le ministère de la Culture algérien à Harragas, le dernier film de Merzak Allouache (مرزاق علوش) récemment présenté au “Sierra Maestra”, une des rares salles de cinéma dignes de ce nom (depuis sa récente restauration) à Alger, dans une ville qui en comptait près de 60 au début des années 1960.

  • permalien louiza kabylie :
    24 février @23h22   « »

    Azul moi c’est louiza de béjaia kabylie bon malguerie tous moi je suis toujours fiere de l’algérie .et en plus l’algérie elle as tous puis l’équipe des Fénecs vient à bout du Brésil, en finale almouhim vive l’algérie et vive la jsk

  • permalien
    25 février @09h51   « »

    @ Carnavon

    Je suis pas algérien..Ni maghrébin...

    Si je siffle la marseillaise....
    C’est parceque l’équipe de France est NULLE !!!!

  • permalien
    25 février @10h53   « »
    ou vas l’Algerie ?

    ou vas l’Algérie.... corruption verticale et horizontale..

  • permalien jalouxdelalgerie :
    25 février @11h26   « »

    Football ;"opium des peuples" du 3è millenaire.
    Inéspéré par le pouvoir Algérien,cet évènement sportif est tombé du ciel au trés bon moment pour faire prolonger la sieste au peuple.Au moment où la situation politico-socio-économique est des plus catastrophique,et où le mécontentement commençait vraiment à se manfester.Décidèment ce pouvoir là arrive toujours à s’en sortir.
    L’Algérie ne mérite pas ça !!!

  • permalien Z. :
    25 février @17h11   « »

    Anonyme :
    25 février @09h51
    (...) Je suis pas algérien..Ni maghrébin...
    Si je siffle la marseillaise....
    C’est parce que l’équipe de France est NULLE !!!!

    Ca semble assez logique en effet !  ;-)


     !!! Allez les Fennecs !!!

  • permalien Alex :
    25 février @17h17   « »

    Oui, c’est très logique de payer un billet pour pouvoir vomir sa haine d’une équipe de football, c’est même faire preuve d’une très grande intelligence.

    Par contre, niveau gestion financière, c’est pas trop ça.

    Et si des français non issus de la diversité, comme vous dites si bien en France, sifflaient l’équipe d’Algérie ? Nul doute que les cris de SOS Racisme s’entendraient jusqu’à Lille...

  • permalien Z. :
    25 février @18h05   « »

    Alex :
    25 février @17h17 (...)

    Pourquoi sa "haine" ??? On peut être supporter sans être hooligan, son insatisfaction tout simplement !  ;-)

  • permalien
    25 février @22h13   « »

    franchement, je suis sideré devant autant de contre-vérités et de mauvaise fois ; notamment quand ca vient d’un journal qui se prétend etre serieux......mon cher monsieur, n’importe qu’elle personne ayant une connaissance minime de l’Algérie ou des Algériens sait parfaitement que l’engouement du pays pour sa séléction n’est ni recent ni imprévisible,,,,,,,par contre l’EN joue a Blida n’ont pas parce que les autorités ont peur des debordements eventuels, mais parceque le stade du 5 juillet est en travaux,,,,,,permettez moi de vous dire que vous mentez et qu’en plus vous le faites sciemment et pour cause vous accusez les algériens d’accès de fierté nationale et d’actes regrettables contre des biens appartenant à des sociétés égyptiennes, non monsieur, les actes regrettables dont vous parlez ont eu lieu après aue l’equipe algérienne fut attaquée au Caire et que les autorités egypteinnes -excusez du ridicule- aient accusé les joueurs d’avoir organiser un mise en scene !!!!! aussi, je me demande comment on peut nous accuser d’acces de fierté nationale devant un pays ou on passe des appels au meurtre contre les algeriens a la television publique et ou on traite le peuple algérien de fils de putes (j’ai les videos si ca vous interesse)

    ca me fait de la peine de le dire, mais je me sens trahi par le diplo, mon journal preferé, et la je me pose des questions sur sa crédibilité, si cette article est completement faussé, qu’en est il des autres articles !

    ma decision est desormais prise, je boycotte ce journal, et j’ecrirais aux plus hautes autorités pour interdir sa vente en Algérie

  • permalien
    26 février @10h37   « »

    Au type du dessus.......

    Ohhh l’autre....Boycotter le diplo à cause d’un article sur l’équipe de foot.......Pfffffffffff

    Bon ça va c’est du foot quoi, pas plus....

    Moi je siffle la marseillaise parceque c’est MON equipe nationale à MOI, et que quand je suis pas content et ben je le dis ! Nah...
    Et je précise, je suis ni arabe, ni CORSE...LOL...

    Pour autant je réclame pas la peine de mort contre Domenech...

    Bon là ou je rejoint l’article c’est que c’est vrai que le foot peut servir à détourner l’attention d’évènements beaucoup plus importants.....Et puis y’a trop de fric, le transfert de Gronaldo au réal pour 90Millions d’€, ça me fout un peu la gerbe......

    Théoriquement le foot c’est juste un prétexte pour se retrouver entre amis, et même entre rivaux, pour déconner un peu....Merde quoi on est pas QUE des hommo-politicus....On peut aussi parler foot, bière, voitures et jolies filles non ??

    D’ailleurs le vrai problème, c’est justement quand l’HOmo-politicus ramène sa fraise, et nous gonfle parcequ’on siffle son petit hymne national à la c#n......Ou quand on vient greffer un patriotisme d’opérette sur les enjeux sportifs...

    De toute façon, chers français, vous billez pas ....
    NOtre équipe de foot est NULLE....Et ça c’est bon pour le climat social....LLOLL...

  • permalien Mahieddine :
    26 février @20h34   « »

    A l’avant-dernier qui a promis "d’écrire aux plus hautes autorités (sic) pour faire interdire le diplo", je dirai que les plus hautes autorités ne se gênent pas pour le saisir quand cela les arrange. Et puis soyez zen, ce n’est qu’un article de presse. Je suis algérien, vivant en Algérie et j’approuve totalement le contenu du papier de Monsieur Séréni.

  • permalien jafaar :
    3 mars @12h14   «

    Monsieur Mahieddine, si pour vous ce n’est qu’un article de presse, pour moi la presse est le 4ème pouvoir, c’est la presse qui fait et défait les opinions publiques de part le monde, les exemples ne manquent pas. Ceci dit, cette these du "football opium des peuples" j’en ris à la renverse,,nous avons vecu des decennies sans avoir le moindre succès pour nous droguer, que s’est il passé alors : RIEN tout simplement rien, pas d’avancées sur le plans des libertés, pas de démocratisation de la vie politique, pas de societé qui evolue. le pouvoir a d’autres moyens autrement plus efficaces qu’une ephemere victoire footballistique pour maintenir son emprise.....alors de grace, ne souillez pas ce qu’il y a de beau dans notre algérie,,,et au mois essayez de gardez votre esprit professionnel.
    P. S : le diplo n’a jamais ete interdit en Algérie, d’ailleurs c’est une pratique qui a tendance à se rarifier de plus en plus du moment que de nos jour les moyens de communications depassent aisement toute censure.

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