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Privatisation de la défense : jusqu’où aller trop loin ?

vendredi 19 mars 2010, par Philippe Leymarie

« Les forces armées face au défi de la privatisation de l’action militaire » : ce colloque international organisé le 18 mars dernier à l’Ecole militaire à Paris, a mis en évidence le gouffre qui sépare, dans ce domaine, les pays dits anglo-saxons – Usa, Canada, Royaume uni – où de larges pans de l’activité de défense et de sécurité sont abandonnés aux sociétés militaires privées (SMP), de la plupart des autres, soucieux de conserver dans le giron des Etats l’essentiel des fonctions « régaliennes », et plus regardants sur les activités qui pourraient être concédées à des entreprises privées…

Il y a actuellement en Afghanistan moins de soldats réguliers américains que d’effectifs de « contractors » privés : gardes du corps ; techniciens ; agents pour la protection de bâtiments ou de personnalités, la sécurité d’ONG, l’escorte de convois, le déminage, etc. Une partie de ces 100 000 hommes sont recrutés sur place, parmi les anciens militaires, policiers ou miliciens (dont se débarrassent les chefs de guerre locaux).

En Irak, 160 000 civils (dont plus de 13 000 « soldats de fortune », armés) assistent, complètent, côtoient les 189 000 militaires réguliers, en majorité américains. La Cour des Comptes, à Washington, vient d’étudier cinq cas particuliers de SMP américaines opérant dans ce pays : quatre interventions sont considérées comme meilleur marché, au final, que le recours aux forces régulières ; mais la Cour pointe les autres facteurs à prendre en considération (sélection, légalité, qualité, contrôle, perte de savoir-faire). Dans les faits, la population ne fait pas la différence entre les étrangers en armes et leurs statuts.

Fonds opaques

Même s’il a pris des proportions extraordinaires en Irak, et maintenant en Afghanistan, et que l’actuel « appel d’air » pourrait se réduire une fois ces pays évacués par leurs occupants étrangers, le phénomène des SMP paraît s’enraciner :

- les budgets militaires sont partout en relative ou nette régression, certains pays étant tentés de « boucher les trous » en recourant au privé dans certaines fonctions ;
- la lourdeur des engagements crée des tensions sur les effectifs, notamment aux Etats-Unis, qui ont 350 000 soldats en garnison ou en opérations à l’extérieur ;
- un véritable secteur industriel et commercial de prestations militaires privées a vu le jour en une vingtaine d’années, avec un marché, et des clients : les grands pays occidentaux ; des Etats faibles du sud ; des Ong, et des organisations internationales - à commencer par l’ONU ;
- les spécialistes évoquent un chiffre d‘affaire global de 100 à 200 milliards de dollars selon les estimations (très vagues), avec une fraction de « fonds opaques » ; et un effectif total évalué grossièrement à un million d’hommes, avec une gamme de services qui ne cesse de s’étendre (au point qu’on a pu parler – très abusivement – de « seconde armée du monde ») ;
- les SMP sont intégrées dans la planification américaine et britannique, et donc également dans les pratiques de l’OTAN ;
- sous le vocable de « partenariat public-privé », elles figurent également dans les plans de l’Union européenne.

Force maîtrisée

Un document signé à Montreux (Suisse) en septembre 2008 par une trentaine d’Etats – mais non contraignant – réaffirme l’obligation pour eux d’encadrer juridiquement ou réglementairement l’activité des SMP, et de respecter le droit humanitaire ainsi que le droit relatif aux droits de l’homme, lorsqu’elles opérent lors de conflits armés. Le document énumère soixante-dix « bonnes pratiques » (ce qui équivaut d’ailleurs à une forme de reconnaissance, voire à un encouragement…).

Dit autrement : la spécificité des armées est, en principe, un savoir-faire qui comporte l’utilisation d’une force maîtrisée et proportionnée, dans un cadre légitime, au nom de la volonté publique, d’un Etat, etc. Sous-traiter une fraction de cette « force légitime » à des privés plus ou moins contrôlés, c’est franchir une crête, créer la confusion, changer de nature, prendre le risque de dévaloriser les armées, les militaires. Il ne faut pas confondre le recours ponctuel à des prestataires (services, maintenance, transport par avions ou hélicoptères, etc.), et une action de longue durée, impliquant un Etat, une armée, une chaîne de commandement, des règles d’engagement et une tradition, etc.

Il ne faudrait pas non plus, plaident certains, que le recours aux SMP suscite plus de difficultés nouvelles qu’il n’apporte de solutions (par manque de capacités) ou d’économies (étant entendu que ces services « délocalisés » seraient par nature moins chers). Des experts européens redoutent notamment que, dans des pays où la pratique du contrat commercial est moins ancrée, les mécanismes de contrôle ne génèrent des coûts qui rendraient l’opération nulle ou négative. Il y aurait donc à identifier des seuils de rentabilité, et à les mettre en balance avec les limites du genre : rupture de la chaîne de commandement ; difficultés de coordination ; poids du contrôle d’exécution des marchés, etc.

Cœur de métier

Les militaires insistent, pour leur part, sur le fait que leur « cœur de métier » (la mission, l’action au milieu des populations, le recours aux armes éventuellement offensives, etc) n’est pas externalisable ; et qu’il convient de ne jamais mélanger, sur le terrain, les soldats réguliers et les privés en armes.

Un colonel français, spécialiste de doctrine, résumait au cours de ce colloque les (bonnes) raisons de ne pas recourir à des SMP :

- normes insuffisantes (casier judiciaire douteux, etc) ;
- confusion, dans le regard de l’opinion, avec les troupes régulières ;
- fonctionnement trop autonome (comme la société Blackwater en Irak) ;
- déséquilibre de l’économie locale (en raison des émoluments hors de proportion des personnels « mercenaires ») ;
- manque de cadre réglementaire et juridique…

Il recommandait la création de procédures d’habilitation ou de labellisation, pour les SMP ; des normes éthiques pour l’embauche (hors clans, ethnies,etc.) ; l’imposition de règles d’engagement ; la mise en place de processus de coordination ; la collecte des armes et matériels (en cas de départ, dissolution, évacuation, etc…).

Un professeur d’université israélien a énuméré de son côté les conditions dans lesquelles il serait possible de recourir dans son pays à des personnels de sociétés militaires privées :

- si ce n’est pas pour des opérations ;
- seulement si c’est à long terme, dans un cadre planifié ;
- seulement s’il y a concurrence entre plusieurs SMP ;
- si ces personnels peuvent être déployés dans l’urgence ;
- s’il n’y a pas de savoir-faire à préserver (tactiques ou armes secrètes, par exemple) ;
- si cela n’entame pas les capacités opérationnelles des forces régulières ;
- si leur sécurité peut être préservée ;
- si une partie des économies ainsi réalisées sont effectivement réinjectées dans le budget militaire.

Questions d’éthique

Vu de Paris, en tout cas, les SMP sont – au minimum – une « réalité opérationnelle », par exemple en Afghanistan où le contingent français – comme celui d’autres pays de la coalition – est bien obligé de « faire avec » : inutile donc de se rester dans le déni ou de se voiler la face. Et – au maximum – une préoccupation centrale, ou disons éthique puisqu’en dernier ressort, l’appel à ces soldats privés, assimilables à des mercenaires (même s’il s’agit souvent d’anciens militaires) repose le problème du rôle du soldat, de la légitimité de la guerre : des questionnements relativement maîtrisés au niveau des Etats et de la diplomatie internationale (même s’ils sont battus en brèche par certaines luttes de libération ou conflits régionaux de forme « asymétrique ») ; mais qui ne sont plus maîtrisés du tout lorsqu’un agent de la compagnie Haliburton arrose préventivement un groupe de citoyens afghans, sous prétexte qu’il pourrait présenter un danger…

Il n’y a pas encore de position doctrinale française sur la question : c’est une des raisons d’être de ce colloque. La fondation St-Cyr et le Centre de doctrine d’emploi des forces prévoient des groupes de travail, et une nouvelle rencontre, dans un an, pour faire le point. On peut cependant remarquer que le parlement français avait pris soin de ne pas inclure les sociétés militaires privées dans la loi de 1983 sur le mercenariat. Et que le général Henri Bentegeat, chef d’état-major des armées, avait affirmé, en 2004, que « la plupart des SMP sont contrôlables et contrôlées, et peuvent rendre des services aux armées », remarquant toutefois au passage que « certaines n’ont pas d’éthique ». Ce qui ne manque pas d’inquiéter.

Conclusion provisoire de ce colloque : il est de plus en plus difficile de faire comme si cette part croissante prise par les SMP n’existait pas. Privatisation et robotisation (les fameux drones) de la guerre sont les deux grandes problématiques du moment, d’ailleurs liées entre elles.

19 commentaires sur « Privatisation de la défense : jusqu’où aller trop loin ? »

  • permalien TuskR :
    19 mars 2010 @18h28   »

    Prem’s . ? !

    Manquait juste l’évocation du volet juridique du sujet alors que la salle comptait au moins deux brillantes et qui plus est charmantes juristes dans l’assistance !
    ( et en plus la question se féminise !)

  • permalien Murmure :
    19 mars 2010 @19h39   « »

    Bravo pour cet article, mais je crois qu’on est déjà très loin des frontières virtuelles de la Raison au profit de l’Argent.

    La société DynCorp vient d’être remerciée pour ces bons et loyaux services en Afghanistan.

    Elle opérait depuis 2004, (essentiellement la formation de policier Afghan) mais le Pentagone avait envie d’en faire profiter cette bonne vielle Blackwater, qui vient d’être éjectée d’Irak et opère désormais sous le nom de Xe.

    Un sénateur démocrate a crié au scandale vu le passé de cette dernière en Irak et qui est toujours empêtrée dans divers procès. Et le Pentagone sommé par le GAO de se chercher un partenaire plus respectable.

    Faire appel à des mercenaires, me semble être le plus grand danger pour la Paix, quelle qu’elle soit, où qu’elle soit.

    Ces sociétés aux États Unis, font du lobbying et du lourd, le genre de pressions qui provoquent le blast dans des pays qui n’en peuvent plus de respirer la cendre. Leur pouvoir augmente pernicieusement au dépens ou en parallèle (c’est selon l’endroit où l’on est assis) du complexe militaro-industriel déjà pas mal implanté.

    En 61 déjà Eisenhower disait :

    Dans les conseils du gouvernement, nous devons donc nous garder de toute influence sans garantie, voulue ou pas, du complexe militaro-industriel.

    Mais la boite de Pandore ne finira jamais de nous terrifier.

  • permalien Yvan :
    19 mars 2010 @19h55   « »

    Auxiliaires ou mercenaires, l’avis d’un spécialiste :

    le_prince.pdf (Objet application/pdf)

    « Voulez-vous donc vous mettre dans l’impuissance de vaincre : employez des troupes auxiliaires, beaucoup plus dangereuses encore que les mercenaires. Avec les premières, en effet, votre ruine est toute préparée ; car ces troupes sont toutes unies et toutes formées à obéir à un autre que vous ; au lieu que, quant aux mercenaires, pour qu’elles puissent agir contre vous, et vous nuire après avoir vaincu, il leur faut et plus de temps et une occasion plus favorable : elles ne forment Point un seul corps ; c’est vous qui les avez rassemblées, c’est par vous qu’elles sont payées. Quel que soit donc le chef que vous leur ayez donné, il n’est pas possible qu’il prenne à l’instant sur elles une telle autorité qu’il puisse s’en servir contre vous-même. En un mot, ce qu’on doit craindre des troupes Mercenaires, c’est leur lâcheté ; avec des troupes auxiliaires, c’est leur valeur. Aussi les princes sages ont-ils toujours répugné à employer ces deux sortes de troupes, et ont-ils préféré leurs propres forces, aimant mieux être battus avec celles-ci que victorieux avec celles d’autrui ; et ne regardant point comme une vraie victoire celle dont ils peuvent être redevables à des forces étrangères. »

    Nicolas Machiavel

  • permalien grommeleur :
    20 mars 2010 @09h17   « »

    une question : une SMP qui obtient un marché sur un théâtre d’opération a-t-elle intérêt à la fin des dites opérations ? Ou bien a-t-elle intérêt a maintenir un certain degré de tension pour que le marché soit renouvelé ?

  • permalien Primitivi :
    20 mars 2010 @10h11   « »

    Ne pas oublier un autre pays en voie "d’externalisation" étasunienne : Haïti, voir "Private Firms Line Up as Haiti Opens for Business"

    Ok, pour cause de mauvaise presse Xe (ancienne Black Water) a été écartée, mais tout de même.

    De toute manière l’attitude des USA est celle d’un empire qui perd pieds et qui tente de conserver ses prérogatives par la force armée. Sur ce point, voir notre traduction d’une interview de James Petras par Radio 36 (Uruguay) : "La posture militaire des États-Unis est un péril pour tout le continent américain", et en fait le danger est mondial et non pas uniquement sur le continent américain.

  • permalien bert :
    20 mars 2010 @11h22   « »

    L’emploi de mercenaires est aisé parce qu’il s’agit plus d’une vaste opération militaire visant des populations civiles, ou alors combattant de façon extrêmement "asymétrique" ! Il faut tout de même voir comment cette "guerre" (Afghanistan, mais cela valait pour l’Iraq) se combat : pour faire face à une centaine de combattants armés de fusils d’assaut, et d’armes d’appuis rudimentaires (mitrailleuses fabriquées au Pakistan ou en Chine, ayant trente ans d’âge, ou RPG7 ; lance grenade ayant cinquante ans d’âge), on utilise des images satellitaires, des groupes aériens (plusieurs appareils de combat, des drones, des hélicoptères d’attaque), des blindés, de l’artillerie lourde et légère, des lance missiles et dix à quinze fois plus de soldats au sol, armés de toute la panoplie d’armes modernes...
    S’il s’agissait d’un combat à armes égales, aucun mercenaire ne se présenterait pour l’embauche. Si les pertes augmentent, ils demanderont une augmentation, et le principe rendra vite le système non rentable.
    Pour l’instant, il s’agit plus du massacre régulier de troupes de résistants que d’une guerre réelle. On aurait eu du mal à trouver des mercenaires en nombre entre 14 et 18...
    Mettez les mercenaires en première ligne, directement en opérations contre les taleban, sans appui autre que leurs trois hélicos de transport, et on se débarrassera de cette engeance rapidement.
    On les appelle chien de guerre aussi parce qu’ils ne sont dangereux qu’en meute supérieure en nombre, prête à attaquer plus faible que soi.
    On peut néanmoins comprendre que les USA, perdant régulièrement d’une manière ou d’une autre tous les conflits qu’ils organisent, tentent d’éviter une conscription qui achèverait ses rêves d’empire.

  • permalien clabrousse@aol ;com :
    20 mars 2010 @17h49   « »

    Que va-t-on faire de ces "chiens de guerre" lorsque les opérations seront terminées ? On va se retrouver avec le même problème qu’à eu à régler le roi de France avec les "Grandes Compagnies", même si elles ne ravageront pas le pay. Mais pourrait engendrer une certaine insécurité pour ceux qui auront du mal à se réinsérer dans une société policée.

  • permalien Rachid Tlemçani :
    20 mars 2010 @22h46   « »

    La SMP représente la nouvelle forme de pénétration militaire pour protéger l’Etat sécuritaire pendant que l’Etat régulateur se retire en catinimi de la sécurité collective.
    Pr Rachid Tlemçani
    université d’Alger

  • permalien da glodi fon freschtroff(57) :
    21 mars 2010 @14h44   « »

    mon cher philippe tu as du mal à comprendre qu il faut arreter de parler des AMERICAINS quand il s agit de CEUX qui ont exterminé les peaux rouges(et non natives only).IL FAUT PARLER D ETATS UNIENS.pas d amalgame.quand j entends 11 09 dois je penser à des americains qui tuent des americains ????.qu il s agisse du 11 09 1973 certains sont la cia et des gringos fascistes d autres s appellent CHILIENS.POUR LES 2 TOURS C EST UN TOUR de Bush pour va t en guerre...tour(s) de yankee donc !

  • permalien Ph. Arnaud :
    22 mars 2010 @14h05   « »

    A tous

    Nous en revenons plus de trois siècles en arrière, aux traités de Westphalie, qui avait vu le début de la fin pour les grands condottieres (les Albert de Wallenstein, Bernard de Saxe-Weimar, Christian de Brunswick, Ernst de Mansfeld…), eux-mêmes successeurs des condottieres italiens du Cinquecento.

    Ces grands « seigneurs de la guerre » disposaient, grâce aux bandes recrutées à leurs frais, d’une puissance qui pouvait menacer les pouvoirs politiques eux-mêmes (comme on le vit pour Wallenstein). Aujourd’hui, la puissance des SMP dépasse souvent celle de nombre de pays du tiers monde et peut- grâce aux complicités parlementaires ou gouvernementales – s’imposer aux grands Etats. C’est une grave régression, qui (comme toutes les régressions actuelles) s’inscrit dans le cadre de la privatisation des activités de la puissance publique…

  • permalien Jose :
    22 mars 2010 @22h32   « »

    A grommeleur.

    Les mercenaires n’ont pas intérêt à pacifier la région où ils opèrent puisque cela signifierait pour eux la fin d’une activité vraiment juteuse.

    Si ces personnes ne brillent pas forcément par leur valeur intellectuelle, ils ne sont pas fous au point de trancher les pis qui les allaitent si généreusement !

    Ils se comportent donc en argousins avec les autochtones et font de bien piètres agents du pacifisme.

  • permalien AL SAYID :
    23 mars 2010 @18h34   « »

    DÉFENSE PRIVÉE !dE QUOI IRONIQUE COMME ça !L’hommme en voulant trop libéraliser risquerait de s’enlacer dans les sables mouvants de la déperdition, de la destruction, bref de la dégradation des mœurs.Est ce excès d’éthique ou le contraire.Dynamisme à la puissance c’est la ruse.Pourtant Machiavel nous l’ avait déjà averti des siècles dépuis...
    J’y reviendrai pour cee débat...
    merci.

  • permalien
    25 mars 2010 @13h38   « »

    L’emploi des mercenaires a une explication : le refus d’adhésion de la population à l’idéologie de ceux qui la dirige ou à tout le moins de payer le prix humain de celle-ci. En reformulant, je dirais l’indice d’un retrait de la population de la scène du "politis" (la gestion de la cité).

    L’emploi des mercenaires a une implication : l’existence de groupes militaires constitués, payés et commandées par une autre entité que l’état. Elles sont actuellement entrainées au combat contre-insurrectionnel ainsi qu’à la protection des personnes et des biens.

    L’emploi des mercenaires est un choix stratégique à long terme : les deux éléments précédents les ont constitué en corps parfaitement utilisables le jour où trop de gens se rendront compte que nous ne sommes plus en démocratie mais bien en oligarchie. Et ce moment va arriver d’autant plus vite que d’indispensables réformes vont s’imposer d’elles-même du fait que la terre est limitée et donc que la progression du niveau de vie ne peut qu’être réservée à une minorité de plus en plus restreinte... ou à la majorité d’une population terrestre réduite à 90 % de son volume actuel (et encore).

    Il vous reste un choix : faire partie de cette minorité ou choisir de vous mettre en train pour imaginer et bâtir un futur différent de ce que notre oligarchie imagine pour elle. Chaque moment perdu avant de s’y lancer rend cette lutte plus difficile.

    Un dernier mot : l’oligarchie ne "complote" pas, simplement ce mot recouvre la somme d’intérêt convergent des différentes forces ou personnes qui montent vers la tête des entreprises, des états-nations et des organisme internationaux. En matière politique, les trajectoires d’un DSK ou, en plus riquiqui, d’un Cohn-Bendit en sont de parfaits exemples. La diminution constante de la mobilité sociale depuis la fin des ’60 fait le reste.

  • permalien xe :
    26 mars 2010 @18h28   « »

    J’ai été conquis par le pdf du Prince de Machiavel. il y a des politiciens qui devraient s’en faire un livre de chevet...
    Je lis dans toutes les réponses, les raisons bonnes ou mauvaises de l’utilisation des SMP dans les conflits. Si je pouvais me permettre je n’ai pas lu une remarque sur le coté politique de ces contrats.

    Pourquoi BLACKWATER par exemple est si présente dès le début de l’ère BUSH ? Eric Prince son président étant l’un des principal pourvoyeur de fond du parti républiquain, n’est-il pas normal que ce même parti au pouvoir ait tout interet à lui fournir du travail ? Là où nos entreprises françaises donnent des petites envelloppes à nos politiques pour les remercier ou emploient fictivement le fils de ou la fille de, les américains font dans la démesure. C’est par millions de $ du contribuable que les contrats s’ajoutent les uns aux autres.

    Pauvre Bob Denard, il doit se marrer, lui le petit épicier de la République. Il ne pouvait de toute façon pas se mesurer aux franchises américaines. Mais lui, avait une éthique. malheureusement elle était passée de mode.

    La question de notre époque est jusqu’à quand nos politiques vont tenir. Car pendant que les marchés se distribuent, la France se questionne. Et quand elle découvrira la réponse, il sera trop tard. Il restera bien le Togo, la Cote d’Ivoire,.... bref nos réserves.

    La différence entre nous et les américains, c’est que l’époque de Machiavel, on l’a vécue, on a eu a s’occuper des suites de l’utilisation de ces milices privées. Mais à l’époque, on se posait moins de question sur la "COM. politique", on rectifiait sur ordre du roi, dans le sang et la furie. Aujourd’hui, est une époque différente. J’attends de voir comment le Politique américain va gérer la suite.
    "Hadès a laché la laisse de Cerbère et ce dernier n’e connaitra plus jamais de maître."
    Alors oui, continuons de réfléchir et laissons les gérer leur Cerbère et accepter que les ressources du Monde nous échappent. La connaissance de notre Histoire nous donneras un jour raison.

  • permalien tout a un prix :
    28 mars 2010 @09h51   « »

    un soldat qui déserte peut servir deux fois dit un proverbe italien :

    en cas de conflit majeur ,je ne suis pas sur que des miliciens ne jouent pas les pecheurs du dimanche (abstentionnistes),quoi ) en fuyant en échange de cataplasmes de billets de mille (euro ,$) !

  • permalien lelievre@mail2world ;com :
    28 mars 2010 @22h24   « »

    Une petite illustration de l’efficacité des mercenaires :

    http://bruxelles.blogs.liberation.f...

    Voilà des gens qui non seulement sont sous-équipés, mais en conflit social avec un employeur qui les traite comme des maçons moldovalaques... quelle loyauté peut-on en attendre face à une attaque en force ou à une approche de corruption ? pourquoi l’UE n’a-t-elle pas recours à une des forces armées européennes sur place ?

  • permalien adrien :
    29 mars 2010 @15h56   « »

    @ Ph Leymarie

    les budgets militaires sont partout en relative ou nette régression, certains pays étant tentés de « boucher les trous » en recourant au privé dans certaines fonctions ;

    Ce n’est pas forcément vrai, c’est plutôt le volume de forces engagées qui augmente plus rapidement que les budgets militaires des puissances qui ont le plus recours aux société privées (Etats-Unis non compris, comparez le budget de 2001 à celui de 2009...).

    normes insuffisantes (casier judiciaire douteux, etc) ;
    confusion, dans le regard de l’opinion, avec les troupes régulières ;
    fonctionnement trop autonome (comme la société Blackwater en Irak) ;
    déséquilibre de l’économie locale (en raison des émoluments hors de proportion des personnels « mercenaires ») ;
    manque de cadre réglementaire et juridique…

    Sur ce que ce colonel dit, beaucoup de ces arguments peuvent-être employés à l’encontre des forces régulières : sur les casiers judiciaires, on aimerait connaître ceux des légionnaires ; sur la confusion, celle qui existe déja entre les troupes des différents pays des coalitions et les forces "gouvernementales" existent déjà ; sur le fonctionnement autonome et surtout les cadres réglementaires et juridiques, ceux-ci sont déjà extrêmement lacunaires (a quel moment engager un adversaire, droit des prisonniers etc) et de plus disparates suivant les pays des coalitions (caveats) ce qui n’empêche cependant pas l’intervention ; et enfin sur les désiquilibres des économies locales, ils sont eux aussi engagés très fortements, mercenaires ou pas.

    Il n’y a pas encore de position doctrinale française sur la question

    Elee commence néanmoins à se dessiner depuis plusieurs années et entraîne des évolutions du corpus doctrinal : coopération civilo-militaire, engagement de la force...

  • permalien Ph.l. :
    30 mars 2010 @05h57   « »

    @ adrien
    Merci pour ces observations perspicaces

  • permalien Murmure :
    1er avril 2010 @12h34   «

    A voir :

    Le documentaire "Torture made in USA"sur le site "Mediapart" (ATTENTION : diffusé pendant une semaine seulement - gratuit) :

    (Prix Albert Londres 1995, Marie-Monique Robin a tourné une cinquantaine de reportages en Europe, Asie, Afrique, Amérique du Sud et du Nord, Moyen Orient).

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