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Toyota est toujours « l’usine du désespoir »

jeudi 15 avril 2010, par Martine Bulard

Du simple quidam croisé dans la rue aux dirigeants des think-tanks les plus en vue, en passant par des hauts fonctionnaires ou des journalistes, à Tokyo, chacun en arrive peu ou prou à la même conclusion : les Etats-Unis appuient sur l’accélérateur des révélations afin de discréditer Toyota, passé numéro un mondial devant les constructeurs automobiles américains. « “Too big to stay on top” (trop gros pour rester au top), m’assure une jeune journaliste. On savait que les Américains ne resteraient pas sans réagir. » Le témoignage de M. Toyoda Akio, président-directeur général de Toyota, devant le Congrès américain, dont les images sont diffusées en boucle, est souvent vécu comme une humiliation. Le grand quotidien de droite Yomiuri reflète l’opinion générale, en estimant que « Toyota est traité en paria total » (25 février 2010). Et de souligner que General Motors a lui aussi rappelé des voitures défectueuses sans que l’on en fasse une telle histoire.

Ce sentiment a été renforcé par l’annonce d’une amende de 16,4 millions de dollars réclamée par le secrétaire aux transports américain, M. Ray LaHoo, au constructeur japonais. Après la publication dans le magazine Consumer Reports d’une incitation à ne pas acheter le modèle de luxe Lexus GX 460, le groupe a suspendu toutes les ventes de ce véhicule dans le monde et s’annonce prêt à répondre à la campagne de dénigrement systématique. Pour une partie de l’élite nippone, cette offensive rappelle les manœuvres des industriels américains dans les années 1980 (lire Serge Halimi, « Le péril jaune version américaine », « Le Japon méconnu », Manière de voir, n° 105, juin-juillet 2009). D’autres y voient même une pression de Washington sur le gouvernement de M. Hatoyama Yukio, qui refuse toujours d’avaliser le déménagement d’une base militaire américaine sur l’île d’Okinawa.

Chez les travailleurs et chez ceux qui connaissent bien le groupe, ce rappel de voitures n’a rien d’étonnant. Parmi eux, Kamata Satoshi, auteur de Toyota, l’usine du désespoir, enquête au vitriol sur le toyotisme, qui a connu un énorme succès en 1973 au Japon (mais aussi aux Etats-Unis et en France) et a été réédité en français l’an dernier (Demopolis, Paris, 2009). L’écrivain journaliste est archiconnu dans tout le pays pour ses enquêtes sociales détonantes et sa lutte contre les discriminations. Du reste, il nous reçoit dans le local de la Ligue de libération des Burakumin (descendants de la caste des parias du Japon féodal, vivant aujourd’hui dans des conditions épouvantables) pour évoquer Toyota qu’il a continué à suivre au cours des dernières décennies. « C’est toujours – et plus que jamais – l’usine du désespoir », assure–t-il, refusant d’avaliser la thèse du complot américain. Le « toyotisme » qu’il a décortiqué peut se résumer par le slogan « zéro stock, zéro défaut » – fruit d’un travail en équipe, d’une formation de qualité et de l’emploi à vie (au moins pour les usines du groupe), permettant de produire à flux tendus et d’améliorer la productivité. Le système, censé dépasser le taylorisme (où chaque salarié doit reproduire le même geste), entretenait une forte pression sur les travailleurs des usines Toyota aux salaires individualisés, et s’appuyait sur des sous-traitants ultra-flexibles et moins bien rémunérés. Kamata en décrit parfaitement les mécanismes et les conséquences sur les salariés.

« La question du rappel des voitures, déclare t-il, ne date pas du différend américano-japonais sur l’emplacement d’une des nombreuses bases américaines sur notre sol. Entre 2000 et 2005, plus de cinq millions de voitures Toyota ont été rappelées, soit 36 % de toutes les voitures reconnues défectueuses dans le monde – bien plus que la part du groupe dans les ventes mondiales. On constate même une accélération, puisque l’on parle de 8 à 9 millions de voitures rappelées pour l’exercice 2009-2010. » Kamata rappelle qu’à plusieurs reprises, des salariés et de petits syndicats, tel Zen Toyota Rodo, ont alerté sur les dangers que la direction de Toyota faisait courir aux automobilistes « en raison des conditions de fabrication. L’externalisation de la conception et donc la stérilisation des savoir-faire accumulés, la réduction de temps de mise au point des modèles nouveaux, l’augmentation du volume des tâches pour chaque salarié, l’intensification du travail ont conduit à la situation actuelle. Certes, le taux de profit de Toyota a grimpé de plus en plus vite [quatre milliards de dollars en 2009], mais les conditions de travail se sont dégradées. »

Des salariés morts d’épuisement

Le management a défini ce qu’il appelle le CCC21 – Construction of Cost Competitiveness in the 21th Century (la construction de la compétitivité du XXIe siècle par les coûts). « Concrètement, il s’agit de réduire les coûts de revient de 30 %. Cela se produit après des années de pression sur les salaires. C’est énorme. Il a fallu rogner partout. Par rapport à 1972 [date de son enquête qui a révélé les pratiques du groupe], la hiérarchisation au sein du système Toyota s’est beaucoup modifiée. Aux côtés des travailleurs à plein temps, hier considérés comme le haut de la pyramide ouvrière et jouissant d’un emploi à vie, on trouve désormais, dans les usines Toyota elles-mêmes, des travailleurs intérimaires, qu’on expulse, qu’on reprend, au gré des besoins de la production. Ils forment entre 35 et 40 % des salariés, selon les périodes. Puis il y a les usines sous-traitantes où sont employés à la fois des Japonais et Nikkeijin (Japonais ou leurs descendants ayant émigré en Amérique latine avant ou tout juste après la seconde guerre mondiale et de retour – lire « Christian Kessler, « Des Japonais pas comme les autres », « Le Japon méconnu », Manière de voir, n° 105, juin-juillet 2009). Ils sont moins bien payés que les salariés de Toyota. Puis en dessous encore, on trouve les sous-traitants de sous-traitants ou des sous-traitants de sous-traitants de sous-traitants (au troisième ou quatrième rang) où travaillent des immigrés, sans aucun droit, Vietnamiens, Chinois, Philippins (lire Anne Roy, « Petites mains chinoises pour industrie nippone », Le Monde diplomatique, décembre 2008). La structure est bien plus compliquée qu’il y a trente ans, moins bien contrôlable et les salariés bien plus exploités. En 2008-2009, les intérimaires ont été licenciés, les Nikkeijin ont été “invités” à rentrer au Brésil, notamment. La baisse des coûts a été obtenue par une détérioration du travail dans tous les domaines, depuis la conception jusqu’à la fabrication. Bien sûr, les plus précaires sont ceux qui subissent le plus. Chez les sous-traitants des sous-traitants, le salaire horaire de base varie de 500 à 800 yens, contre 1 300 yens pour les ouvriers de Toyota. C’est aussi cette exploitation qui a perdu Toyota et qui fait le désespoir de tous, dans le groupe comme chez les sous-traitants. »

Kamata cite le cas de travailleurs poussés au suicide ou mourant d’épuisement (karoshi). Il est évidemment impossible d’établir des statistiques, le groupe refusant de reconnaître les faits ou les familles préférant cacher le drame. Pourtant, la femme d’un salarié décédé, Mme Uchino Hiroko, a choisi de parler haut et fort. Elle a vu son mari travailler tard le soir, tôt le matin, tous les jours, même le dimanche, et souffrir « de ne jamais pouvoir faire face à sa tâche », sans qu’elle puisse intervenir. Jusqu’au jour où l’homme s’est effondré. Elle a décidé d’intenter un procès. Et a obtenu gain de cause : en 2007, la justice « a reconnu que cet homme avait travaillé jusqu’à en mourir. Au cours du dernier mois de sa vie, il avait accompli 144 heures supplémentaires “au service de l’entreprise“ », comme on dit pour désigner le travail non payé. Cette reconnaissance acquise, Mme Uchino n’en a pas moins poursuivi le combat contre le « travail gratuit offert à l’entreprise », qui peut conduire à la mort. Dans l’un des groupes les plus en vue, dans la deuxième économie mondiale, le paiement des heures supplémentaire n’est toujours pas gagné.

25 commentaires sur « Toyota est toujours “l’usine du désespoir” »

  • permalien Vladimir Rasvan :
    15 avril 2010 @22h21   »

    Chez nous, en Roumanie, il y a aussi des salariés qui se meurent d’épuisement - dans les trans-nationales implantées surtout après l’entrée dans l’UE. Ce sont surtout des jeunes gens qui travaillent en informatique de gestion jusqu’à 15 heures par jour, sans weekend sans vacances. La drogue du travail est si forte qu’ils déclarent tous qu’ils vont recommencer dès que possible. Et ils refusent aucune syndicalisation. Il est vrai que nos syndicats sont proches aux partis de droite et refusent toute coopération avec les partis de gauche même modérée en les considérant trop de gauche.

  • permalien Amélioration :
    16 avril 2010 @00h54   « »

    Je pense que le cas de Toyota est un peu à part. Je crois que Toyota est très impliqué dans la "qualité", et à mon avis ils ont beaucoup plus tendance que d’autres à rappeler des produits par prévention. Alors que beaucoup d’autres auraient tendance à garder les défauts cachés, à attendre que ça arrive, et à traiter ensuite cela au "cas par cas". Il me semble que la majorité privilégie la "communication", mais que Toyota (et peut-être d’autres) privilégie la précaution (même si cela va être mal perçu pour leur image).

    C’est typiquement l’inconvénient de la "transparence". En ne dissimulant pas ses défauts, d’autres, bourrés de défauts cachés, passent pour vertueux !

    C’est le même problème dans l’informatique, avec les "bugs" : celui qui garde ses bugs confidentiels passe pour très sécurisé, alors que celui qui est transparent (et qui ouvre le fonctionnement de ses logiciels aux yeux de tous ceux qui voudrait vérifier) passe pour le moins sécurisé... alors que c’est totalement faux !

    C’est comme toujours, c’est ingrat d’être transparent et honnête. Et c’est très rentable de mentir et de cacher les défauts.

  • permalien Henry-Igor STINCY :
    16 avril 2010 @02h56   « »

    Faites relire les mots japonais par quelqu’un qui connait la langue ou votre article perd toute credibilite :

    burakuni - ecrire Burakumin
    haroshi - ecrire karoshi

  • permalien deMontigny :
    16 avril 2010 @04h11   « »

    Pourquoi payer davantage ses employés - mieux vaut en exiger davantage et de souligner les lacunes que de réduire les profits. Ne connaissez-vous pas les avantages du libéralisme économique...

  • permalien yamazakura :
    16 avril 2010 @09h16   « »

    Je ne sais pas si les défauts constatés sur les voitures Toyota sont la conséquence des conditions de travail, mais en tous cas le rappel de tous les véhicules en cause est tout à l’honneur de l’entreprise. Ce n’est pas comme chez PSA qui s’est bien gardé de rappeler les 307 HDI et C3 HDI d’un certain millésime dont un défaut caché sur le "volant moteur" entrainait l’immobilisation du véhicule sur la route. La réparation était traitée au cas par cas avec prise en charge éventuelle par PSA après négociation avec le concessionnaire sous le sceau du secret.

  • permalien une bille :
    16 avril 2010 @09h27   « »

    C’est vrai qu’en, France, au technocentre de Guyancourt une telle situation est inimaginable.

    Tout monde connait le côté fleur bleue des Français et leur adorable coutume de se suicider par Amour.

    Quant aux entreprises d’états de construction de voitures automobiles des USA il est clair qu’elles on mis à profit les 62 milliards versés par les contribuables de leur pays pour, faute d’innovation, investir dans de la propagande des relations publiques protectionnistes audacieuses.

  • permalien Théo :
    16 avril 2010 @10h21   « »
    Toyota mérite le respect dû à un très grand constructeur

    Depuis les années 80 Toyota a été plébiscité pour la qualité de ses voitures : classé au 1er rang pour la qualité et la fiabilité tant dans des pays européens sans industrie automobile (Belgique par ex) comme aux USA (voir les enquêtes de l’organisme JD Power). Mon expérience personnelle me permet de confirmer ces faits : possesseur d’une Corolla depuis 1988, celle-ci, déjà sur-équipée à l’époque, ne m’a jamais fait défaut. Pas une panne en 300.000 kms ! Nombre de garagistes attestent cette réalité pour des séries entières d’un modèle exceptionnel. Dans le même temps j’ai entendu tellement de proches se plaindre des pannes qu’ils connaissaient notamment sur des véhicules français ! Même au bout de quelques jours sur une voiture neuve ! Et c’est justement cette qualité Toyota qui a contraint bon nombre de constructeurs à progresser dans le domaine de la qualité. Toyota doit sans doute se ressaisir sur certains points mais n’est certainement ni à mépriser ni à vouer aux gémonies !

  • permalien Martine Bulard :
    16 avril 2010 @12h22   « »

    Haroshi au lieu de Karoshi ; Burakunim au lieu de Burakumin... Ma dyslexie me joue des tours. Merci de l’avoir signalé. Je corrige immédiatement

  • permalien Freddy :
    16 avril 2010 @15h19   « »

    Transparence dites-vous ? Il y a eu des décès. Ce n’est pas récent ce problème d’accélérateur coincé et il ne s’agit pas d’opinions, mais de pièces à conviction irréfutables. Huit ans avant de réagir et pendant tout ce temps Toyota se défendait en apportant des versions non crédibles. C’est certain que Toyota vient d’apporter sur un plateau d’argent aux américains des arguments pour se faire discréditer. Les américains vont s’en servir à satiété. C’est outte une leçon mériitée car Toyotat n’a pas été à l’écoute aux premiers signes pourtant graves. Il y a sans doute de l’abus envers les travailleurs. Mais il s’agit plutôt d’un problème de conception, d’inspections et non d’anomalies qui relèvent de la chaîne de montage. Je suis quand même d’accord q’il faut dénoncer ces mauvaises conditions des travailleurs.

  • permalien Jean-Louis CHARPAL :
    16 avril 2010 @15h42   « »

    Je trouve assez dérisoires et déplacés les " hommages " de certains intervenants quant à la qualité des produits Toyota.

    Cette firme frabriquerait-elle les meilleurs véhicules du monde, que cela me laisserait de marbre, alors qu’elle se comporte de façon ignoble et esclavagiste avec ses salariés.

    Il est vrai qu’ il n’ y a pas qu’ au Japon , qu’on assite à de tels phénomènes. Dans tous les pays du monde (y compris en France - mais là n’est pas le problème) se pratique, hélas, le harcèlement, parfois criminel.

    Quand on sait, par ailleurs, qu’il y a par an dans les 30 pays les plus industrialisés du monde, 1,4 millions de morts du fait de la misère, on se rend compte que la sauvagerie économique néo libérale tue !

    Pas besoin d’une guerre mondiale " officielle ", la guerre économique que l’Humanité se livre à elle même, pour le seul profit d’une infime minorité de privilégiés, apporte son lot de victimes innocentes .

  • permalien Théo :
    16 avril 2010 @17h10   « »
    Tolérance et relativité

    Je trouve excessifs et déplacés les " condamnations " de certains intervenants quant à la gouvernance Toyota qui serait selon eux "ignoble et esclavagiste".
    D’une part les mises en cause américaines portent sur la qualité et la sécurité. Avec sans doute beaucoup d’arrière-pensées protectionnistes.
    D’autre part Toyota n’a pas pour mission de refondre le modèle industriel capitaliste. Cette entreprise qui subit comme d’autres la concurrence, est aussi le reflet de la société japonaise dont les valeurs ne sont pas davantage marquées par l’ignominie et l’esclavagisme que la nôtre.
    Mais pour finir, si la question était de savoir s’il est légitime de combattre l’injustice et de souhaiter un monde plus juste, comment à l’évidence ne pas y répondre par l’affirmative ?
    Dommage qu’une réactivité épidermique parfois quasi paranoïaque vienne ici ou là fausser l’échange et la perception de la complexité des choses ! C’est malheureusement une caractéristique fréquente du débat social, politique ou sur internet.

  • permalien Yvan :
    16 avril 2010 @17h44   « »

    Lorsqu’on dénonce un scandale aux antipodes ça nous aide pas à survivre dans celui que nous subissons au quotidien ?

    Mais quand le scandale est omniprésent, ce n’est plus un scandale, c’est la routine !

    Dans le cas s’un assèchement de l’économie par la finance, les "variables d’ajustement" ne sont pas légion. Il y a les délocalisations comme en Europe, la collectivisation des pertes comme aux USA, l’abandon des options comme au Japon.

    Dans tous les cas, tous les services apportant des retour sur investissement à moyen ou long terme ont étés externalisés depuis belle lurette, et avec un peu de chance ont atterri chez des sous-traitants communs à tous les constructeurs.

    Dans tous les cas, tant que les actionnaires réclameront des profits à court terme, pour alimenter les caisses de retraites, ou d’assurance chômage ou santé des ouvriers de l’automobile entre autre, il sera impossible aux constructeurs du monde entier quels qu’ils soient, d’investir dans la recherche, dans le design, dans la sécurité, ou dans le confort, et de revenir dans leur métier. Il seront condamné à monter et à démonter la même voiture indéfiniment, ou tout au moins tant qu’il restera du pétrole à gaspiller.

    Maintenant que la fumisterie du crédit a la consommation à atteint ses limites, que la convoitise de territoires commerciaux infinis se trouve bridée par le coût de la main d’œuvre, l’illusion d’un capitalisme triomphant est en train de pourrir avec la même fatalité que la dictature du prolétariat.

  • permalien madi :
    16 avril 2010 @18h37   « »

    Il suffit de faire un tour dans certaines régions du monde, en Afrique par exemple, pour comprendre quelles sont les voitures les plus résistantes.... Vu l’utilisation qui en est faite dans ces pays, on ne trouverait pas autant de Toyotas si ces voitures n’avaient pas démontré leur qualité...
    Ce qui ne dédouane bien sûr pas Toyota, mais il n’est pas certain que ce constructeur soit pire que les autres

  • permalien K. :
    16 avril 2010 @22h45   « »

    Elle a vu son mari travailler tard le soir, tôt le matin, tous les jours, même le dimanche, et souffrir « de ne jamais pouvoir faire face à sa tâche »,

    « Ne jamais pouvoir faire face à sa tâche », c’est ce que « un nouveau type de capitalisme, le neurocapitalisme » (ou « capitalisme mental »), se chargerait de régler nous apprend un article passionnant (mais qui se concentre tellement sur la question des « ressources mentales humaines » qu’il en oublie, justement, les ressources physiques dont l’épuisement a été responsable de la mort du malheureux travailleur japonais, ce qui au final en réduit significativement la portée à mon avis) des universitaires Ewa Hess (neuropsychologue) et Hennric Jokeit (Département de la culture).

    Et il s’en chargerait sans que cela ne lui coûte un sou. Bien au contraire.

    En effet, « la florissante industrie pharmaceutique », une des composantes essentielles du capitalisme, qui « fonctionne comme une sorte de courroie de transmission reliant la roue du capitalisme à celle des neurosciences », dont elle exploite les découvertes, devenues considérables grâce à la neuroimagerie, travaille sérieusement à créer des produits "neuro-améliorateurs", chargés d’améliorer les capacités d’attention et de concentration des gens, ceci, donnée capitale, dans la joie et la bonne humeur, pour le plus grand bénéfice des Toyota et consorts.

    Actuellement,

    Peu d’entreprises pharmaceutiques sont prêtes à rendre public leur intérêt pour l’étude et le développement de substances destinées à augmenter le rendement cognitif ou psychologique de personnes en bonne santé. La raison en est simple : il n’existe pas de marché légal pour ces dits "neuro-améliorateurs-" ["neuro-enhancers"]. Prendre ces médicaments pour avoir de meilleurs résultats aux examens, par exemple, est un délit punissable aux USA.

    Or, les chiffres de vente de certains médicaments neuro-psychotropes sont considérablement plus élevés que ne le laisserait penser l’incidence des maladies pour lesquelles ils sont indiqués. Cet apparent paradoxe s’applique surtout aux médicaments neuropsychotropes qui ont des propriétés de neuro-amélioration. L’explication la plus probable est que les "neuro-améliorateurs-" subissent actuellement des millions d’auto-essais, y compris dans les universités - mais probablement pas dans leurs laboratoires.

    Mais, mais...

    Le consensus actuel sur l’éthique [SIC] de l’amélioration des capacités cérébrales semble être le suivant : tant que les principes fondamentaux de la médecine que sont l’autodétermination, l’innocuité (nil nocere) et le bénéfice (salus aegroti) sont respectés, le rejet de l’intervention pharmacologique serait en contradiction avec une conception libérale de la démocratie [SIC].

  • permalien Pierre-Sylvain :
    19 avril 2010 @16h19   « »

    A lire aussi : "Le clou qui depasse. recit du Japon d’en bas"
    de Andre L’Henoret (un prêtre ouvrier français parti au Japon). La Découverte - Paris 1997.

    Même constat sur les discriminations entre ouvrier de Toyota et ouvrier des sous-traitants.

    Le karoshi n’est pas propre à Toyota ; on a signalé la même chose chez les lycéens et les étudiants. Il y a une composante culturelle de la société japonaise qui pousse au dépassement permanent et au sacrifice total à l’entreprise ou ... à l’empereur ou ...

    Il est exact que Toyota a trouvé, via les cercles de qualité et la méthode Lean, le moyen d’impliquer tous les travailleurs dans l’amélioration constante des produits. Ca c’est l’interprétation soft. La version hard c’est : "je suis coupable de ne pas faire convenablement mon travail dans les temps impartis" et on me le fait clairement savoir devant tous mes collègues.

    La pression sociale sur les travailleurs coûte moins cher à l’employeur que des surveillants et des garde-chiourmes (se rappeler les syndicats maison chez Simca dans les années 70).

    Les problèmes actuels de qualité chez Toyota tant par leur ampleur objective (on peut comparer à d’autres constructeurs où certaines données sont quand même connues ne fut-ce que par les organisations de consommateurs) que par leur diversité (variété des pièces concernées et des modèles) semble indiquer les limites du système Toyota. Un certain nombre de pièces incriminées venaient de sous-traitants.

  • permalien gatinais :
    19 avril 2010 @16h28   « »

    La semaine dernière, j’ai fait 67 heures de travail (hors trajets), payées 35. Bah oui ... j’ai une femme et 3 enfants à nourir !

  • permalien Armantine :
    20 avril 2010 @11h58   « »

    Vous n’avez manifestement aucune connaissance du milieu industriel, et vous vous servez d’un "expert" pour abonder dans le sens de vos idées reçues, et de celles de la majorité de vos lecteurs.

    Sous couvert de journalisme, vous faites de la démagogie tribunitienne. Pourquoi pas, mais ayez l’obligeance de l’afficher ouvertement.

    Et lorsque vous aurez deux minutes de cerveau disponible, pensez donc à la valeur de la méthode, plutôt qu’à la valeur de vos pseudos convictions, dans la défense ou la promotion de la cause dont vous avez l’honneur d’être l’un des porte-voix.

    Cela vous évitera l’onanisme.

    Cordialement,

    Armantine.

  • permalien Et les autres ? :
    21 avril 2010 @17h23   « »

    Juste une anecdote : j’ai acheté une Renault Mégane 2 neuve en 2003. En 2 ans : 15 pannes. Aucun rappel. Quand je l’ai revendu au bout de ans, car je n’en pouvais plus, le garagiste m’a appris que les airbags de la voiture n’étaient pas activés.

  • permalien Outrigger :
    25 avril 2010 @18h01   « »
    Si les Zaibatsu deviennent vérolés avec l’ultralibéralisme,

    nous, ça fait longtemps qu’ont a bu le bouillon.

    - Il n’y a plus d’hommes politiques au sens noble du terme dans les instances exécutives ou les assemblées législatives de la grande majorité des pays européens : c’est le lobbying économique qui a pris le pouvoir.

    - Les fonds publics sont dévoyés au profit du privé (cliniques, écoles privées, banques, entreprises, etc...)

    - Le service public (écoles, hôpitaux, énergie, poste, etc...) est volontairement dénigré par désinformation et coupes franches des budgets.

    Quant aux entreprises ...

    Je suis employé dans une banque qui a pour emblème un petit animal sympathique vivant en forêt, ça fait déjà quelques années où je vois des collègues déprimés, des heures supplémentaires non déclarées, des anciens que l’on pousse à la porte au profit de jeunes embauchés à moins de 100 € au-dessus du SMIC.
    En façade, on nous forme sur une politique de qualité, en réalité quotidienne, des benchmarks irréalistes nous contraignent au non respect de la clientèle par des ventes forcées.
    Je pense que sous peu, on parlera aussi de nos employés suicidés. Le nombre deviendra tel que l’on ne pourra bientôt plus les cacher sous le tapis.

    Que ce soit chez Renault, Peugeot, Toyota, France Telecom, dans les banques, les clients sont bafoués, la qualité n’y est plus et les employés sont malmenés.

    Si l’on en croit les sociétés de notation boursière, les entreprises se porteraient bien. Ce qui est sur, c’est que les membres de leurs Conseils d’Administration ou de leurs Directoires s’enrichissent éhontément.

    Un vent mauvais souffle de plus en plus fort dans notre direction ...

  • permalien paul :
    25 avril 2010 @21h37   « »

    Cet article me surprend par les mises en parallèle de choses différentes et sans rapport direct.
    D’un côté le constructeur a eu un problème de qualité relativement grave aux États-Unis dont il n’a pas su se dépêtrer jusqu’à aujourd’hui alors qu’il y était réputé depuis 2 décennies pour sa meilleure fiabilité.
    D’un autre au travers de Satochi Kamato, on évoque dans un livre, la dureté de la condition ouvrière qui reste dure et pénible, et sur ce sujet, pas besoin d’aller si loin, il y a plus près de nous « Putain d’usine » de Jean Pierre Levaray.
    En réalité, il n’y a pas de lien entre ces deux faits, du temps ou Toyota était réputé pour sa qualité, la condition ouvrière restait également pénible et ce n’est pas elle qui est la cause des derniers déboires (on parle plutôt de problème de conception ou de sous-traitance).
    Toute voiture fabriqué en réalité à de forte chance de présenter des défauts de par le grand nombre de composants, les interactions les uns avec les autres, le manque de connaissances en les technologies utilisées, les difficultés d’assemblage, etc.. La plupart sont anodins d’autres peuvent être plus graves. Pendant quelques temps Toyota a réussi à faire mieux que d’autre en Amérique voire en Europe peut être en s’efforçant d’impliquer ses employés dans l’amélioration continue mais aussi probablement dû à son conservatisme en matière de technologie en raison du consensus demandé lors des changements. L’écart perçu avec la concurrence s’est resserré à mon avis plus suite aux progrès des autres constructeurs que suite à la dégradation des voitures Toyota.
    Ce qui change aujourd’hui, c’est que des pratiques qui restait dans l’ombre (nié par le constructeur, traité au cas par cas entre le constructeur et le client, au moyen de rappels camouflés dans les révisions, ou au travers de rappels dont on ne se vantait pas) arrivent sur la place publique. Et la dernière campagne de presse aux Etats-Unis a très certainement des arrières-pensées protectionnistes.

  • permalien ciel bleu :
    26 avril 2010 @13h42   « »

    Il faut reconnaitre que tous les tracas précités valent mieux que de méditer à l’usine, sous le prétexte précis d’éviter que ces situations ne se produisent, comme cela a faillit être le cas à Rennes en1979.

    - Tout monde connait le côté fleur bleue des Français et leur adorable coutume de se suicider par Amour ( de l’entreprise).
    - ...alors que (Toyota) se comporte de façon ignoble et esclavagiste avec ses salariés.
    - Cette entreprise qui subit comme d’autres la concurrence...
    - ...assèchement de l’économie par la finance, les "variables d’ajustement"
    - Il y a une composante culturelle de la société japonaise qui pousse au dépassement permanent et au sacrifice total
    - ...déjà quelques années où je vois des collègues déprimés,

  • permalien Anthony Maranghi :
    24 juillet 2010 @19h40   « »

    Toyota est un miroir de la société japonaise.
    Avec le toyotisme, le corporatisme était tel que toute personne entrant dans l’entreprise y avait sa place à vie. La crise de 1997 et ses prolongements ont permis de mettre la société nippone face à ses paradoxes. L’hyperstructuration de cette société qui a permis le "miracle japonais" est défaite. Les Japonais ont de plus en plus envie de s’émanciper vis-à-vis de leurs carcans quotidiens. Cela amène une grande anomie sociétale avec un ultra-consumérisme venant pallier le fonctionnalisme et l’individualisme de la société.
    Il n’est donc pas étonnant de voir que le Japon enregistre le plus haut taux d’alcoolisme au monde et le plus grand nombre de morts au travail par épuisement (Karôshi).
    Afin de garder le leadership face à General Motors, Toyota va devoir continuer d’investir dans le Research and Development aux dépens de ses salariés.

  • permalien Alain02 :
    31 janvier 2011 @00h13   « »
    La véritable efficacité d’une équipe au travail

    Depuis deux décennies les techniques managériales de mutation organisationnelle permanente, de travail en mode projet, de réingénierie, d’empowerment et de rémunération variable individuelle ont poussées les hommes, pardon ! les ressources humaines, vers la religion de la mobilité, la transformation permanente, la flexibilité, la polycompétence et l’individualisation des résultats au sein d’une entreprise prétendument individualisée pour le bien de tous. Or, s’il est exact que ces évolutions peuvent offrir certaines opportunités de responsabilisation des salariés elles font surtout peser de graves risques sur la santé mentale des travailleurs.

    D’abord parce que l’injonction à l’autonomie s’est faite dans un cadre exagérément normée et que l’employé n’a plus le droit, faute de se le voir reprocher, de dévier des tâches à accomplir les unes derrière les autres ;

    Ensuite parce que l’idée même de qualité totale, dénoncée dans un ouvrage intitulé, Le management durable (www.chroniquesociale.com) ignore la nuance et oublie les concessions afférentes à l’imperfection humaine. La qualité totale n’est au mieux qu’un idéal, elle devient ridiculement contraignante avec l’apparition de pratiques contraires comme par exemple, avoir à satisfaire un maximum le client en y passant moins de temps ;

    Enfin parce que les grandes Ecoles, tout comme bon nombre de hauts dirigeants, au prétexte que les nouvelles réalités conduisaient à de nouveaux comportements, ont oublié de considérer que la nature humaine est depuis longtemps ainsi faite que seul un management respectueux des personnes peut inscrire de bons résultats dans la durée.

    Alors que faire en ces temps du triomphe de l’individualisme ?
    Etant donné qu’on ne peut pas revenir en arrière, il est urgent de reconstruire l’entreprise, parce que l’on tient là l’unique façon de réussir l’avenir, en formant la maîtrise, les cadres, les décideurs et dirigeants aux dix techniques qui fondent l’efficacité même du management d’une équipe au travail : la communication interindividuelle ; la gestion du changement dans les organisations ; la recherche de l’amélioration de la qualité (et non la certification, qui n’est qu’une estampille) ; la délégation de pouvoir ; la prise de décision ; la négociation interindividuelle ; la motivation de l’homme au travail ; la conduite de réunion ; la prise de parole en public et l’entretien de face-à-face. cf. http://www.eyrolles.com/Loisirs/Liv...

    Nous somme bien conscient que vu l’ampleur des dégâts, rien en soi n’est suffisant et que la pédagogie à elle seule n’est pas la panacée. Mais si l’on n’utilise pas en premier lieu les moyens existants, ceux là même qui ont depuis longtemps fait leurs preuves, rien ne sera jamais résolu.

  • permalien MMA :
    20 mars 2011 @01h37   « »

    Ralentir... si cela est votre volonté !
    Dites à votre supérieur qu’il aille se faire foutre.
    En fait, moins vous réfléchissez, plus l’action est facile...
    C’est comme si le cerveau avait une minuterie automatique, un ressort enroulé, qui déclenchait à un moment donné une pulsion émotionnelle qui nous poussait à faire des choix. Nous n’avons pas évolué pour connaître le monde, mais pour prendre les décisions les plus statistiquement efficientes étant donné les connaissances et le temps limité dont nous disposons. Sans impulsion pour clôturer le débat, aucune décision n’est possible par pure rationalité. Avec un peu de réflexion, les différentes possibilités offertes paraissent tout autant valables les unes que les autres. La raison est un outil destiné à servir d’impulsion, pas ce qui provoque la décision. Vous pouvez raisonner pour vous amener à la conclusion que vous vouliez.
    La volonté est la clé.

    http://ownisciences.com/2011/03/01/...

  • permalien toyotiste :
    5 avril 2011 @15h07   «

    je travaille a toyota onnaing et il est sur que toyota soit l usine du désespoir car ils pensent qu a faire du profit vendre des voitures sans penser a leur ouvriers ,travailler avec la pression des chefs , nous sommes jamais récompensées par un salaire convenable , pour un 1er constructeur mondial .ils ne se génent pas pour nous payer une misère se sont des pourrit.

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