Le Monde diplomatique
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Crise, la croisée des chemins

vendredi 7 mai 2010, par Frédéric Lordon

Il y aurait matière à faire un sort à tous les ahuris qui depuis l’été 2007 ne loupent pas une occasion de se féliciter que « le pire est derrière nous le plus dur est passé la crise est terminée ». On rappellera qu’ils n’en sont jamais qu’à leur troisième tour de piste (automne 2007, printemps 2008, fin 2009) et que, vaillants comme on les connaît, on peut être tout à fait certains, le point chaud grec viendrait-il à relaxer, qu’ils ne nous décevraient pas pour une petite quatrième. Stupéfiante comme elle devient, la situation ne laisse cependant pas trop le loisir de s’appesantir sur ce genre de chose – et puis le compte-rendu de la cécité réjouie est devenu une entreprise sans espoir.

Stupéfiante, la situation l’est sans l’être tout à fait. Car la mutation de la crise de finances privées en crises de finances publiques, et leurs métamorphoses subséquentes en crises monétaires et en crises politiques étaient prévisibles dès la fin 2007. Comme toujours, pourtant, le passage de l’idéel au réel a des effets propres qui ont le don de nous cueillir. Et l’on a beau savoir de longue date que quelque part nous attend une heure de vérité, le jour de sa manifestation n’est pas tout à fait comme les autres.

Pour l’euro, c’est maintenant. Ou plus tard. On dira que c’est bien là une prévision d’économiste (du genre qu’on aime à promener sur rail avec goudron et plumes). Pourtant lorsque l’on aura admis que ladite « science économique » n’est pas capable d’en dire beaucoup plus en les matières présentes, on sera peut-être un peu plus au clair quant à sa scientificité véritable et à ce qu’il est raisonnable d’attendre d’elle – souvent beaucoup moins que ce que prétendent les « économistes ». En l’espèce, elle peut dire – parler d’« elle » est d’ailleurs un abus de langage car « elle » est rien moins qu’unifiée – l’entrée dans le voisinage des points critiques, mais pas le moment précis de leur franchissement ; et il y a des raisons très profondes à cette incapacité (voir infra).

Pour l’heure, le caractère délirant de la situation a au moins le mérite de fouetter les sangs et d’alimenter quelques saines colères. Ce qui n’interdit pas d’essayer d’y adjoindre un peu d’analyse, mais avec l’idée de taper les clous un peu brutalement tout de même.

Remettre la situation au clair

L’habileté de la finance privée, il est vrai bien servie par le barnum des éditorialistes et de leurs experts toujours bien accrochés, consiste à faire oublier qu’au commencement était non pas le verbe mais le foutoir spéculatif. Il n’y a pas d’intelligence politique possible de la situation présente sans remonter à son fait générateur et redéployer méthodiquement les enchaînements qui s’en sont suivis, ce qui donne à peu près ceci :

1. Avant le choc financier déclenché en 2007, il n’y a pas de problèmes de dettes publiques en Europe. Il n’y en a fucking pas !

2. Tous les ralentissements/récessions des deux dernières décennies ont pour origine des chocs financiers antécédents transmis à l’économie réelle par le canal du crédit (récession d’après krach immobilier au début des années 1990, récessions dans les pays d’Asie du Sud-Est post crise internationale de 1997-1998) ou par celui de l’effet richesse (krach Internet).

3. La crise financière dite des « subprime » est d’une ampleur inédite. Elle a frappé directement les banques, elle était par conséquent vouée à produire des effets récessifs de première grandeur.

4. Laisser se creuser les déficits publics est un impératif conjoncturel dans ce genre de situation récessioniste. Le déficit est d’autant plus grand que la récession est violente, celle-ci l’étant dans les mêmes proportions que le choc financier qui l’a déclenchée. Mais c’est ainsi.

5. Bien sûr, on peut vouloir déférer aux marchés et tenter de cadenasser le déficit budgétaire – à l’image des cinglés qui proposent de constitutionnaliser une règle d’équilibre budgétaire sans même se rendre compte qu’ils auraient l’air malin en ce moment. Il faut simplement savoir que tenter de réduire ou de maintenir le déficit en phase de récession demande des hausses d’impôts et des baisses de dépenses si violentes qu’elles aggravent immanquablement la situation qui leur a donné naissance… laissant au total les finances publiques dans un état plus dégradé qu’au départ ! (car l’approfondissement de la récession fait chuter les recettes fiscales plus vite que ne s’opère l’ajustement budgétaire), Avec juste en prime un taux de chômage à deux chiffres (dont le premier n’est pas nécessairement 1). Splendide résultat. Le cas de la Lettonie, généralement jugé admirable par la presse économique, est assez spectaculaire sous ce rapport. Car ça n’est pas faute d’avoir fait saigner la bête en contrepartie des 10 milliards de dollars du FMI et de l’UE. Réduction des salaires de fonctionnaires de 25 % et réduction de leurs effectifs de 20 %... Avec pour remarquable effet que le déficit budgétaire… s’est creusé encore plus ! Il est passé à 9 % pour 2009. Mais patience, ça va payer. Pour 2010, il est prévu à… 8,5 %, gain époustouflant qui justifie largement de continuer la potion.

6. A ma droite ce qu’il faudrait faire pour calmer les marchés, à ma gauche le contraire qui convient pour ne pas trop maltraiter les populations dans l’épisode récessioniste (d’origine financière). L’antagonisme est maintenant constitué : corps sociaux vs. finance. On n’attend plus que de voir comment les pouvoirs politiques vont arbitrer.

7. Comme toujours ils tenteront de s’en tirer en donnant un peu à chacun. Mais dans quelles proportions ? Et surtout avec quel espoir d’efficacité ? Car dès lors qu’ils passent en mode « foldingue » les marchés sont encore moins capables de moyen terme qu’au naturel. Or le pilotage sans casse d’un ajustement budgétaire est très possible, en premier lieu parce que celui-ci s’effectue pour l’essentiel par le retour de la croissance mais, par conséquent, à la condition de pouvoir tenir l’horizon temporel adéquat – qui est de trois à cinq ans. Et pas de trois semaines. Strictement incapables de voir au delà quand leurs croyances collectives se polarisent à la défiance, les sur-réactions de court terme des marchés ont au surplus les pires propriétés autoréalisatrices possibles : les ventes spéculatives massives des titres publics en font plonger les cours, donc grimper les taux, avec pour effet d’alourdir immédiatement le coût de la dette variable ou renouvelable. La crise grecque est gérable tant que les taux sont de 5 %, elle ne l’est plus quand ils passent à 8 ou 10, ce qui s’est produit en quelques semaines, à situation objective quasi-inchangée et du seul fait de l’emballement spéculatif ! – lequel trouve là une confirmation de son propre bien fondé sans voir qu’il a, par ses effets d’autovalidation, produit entièrement à lui seul la « confirmation » en question…

8. Le propre de l’entrée en régime de délire de l’opinion financière ne tient pas seulement à la puissance de ces effets d’autoréalisation mais également à la dramatique dégradation des termes de l’arbitrage que s’escriment à rendre les gouvernements entre la finance et leur corps social. Car l’intensification de l’angoisse collective des marchés a pour résultat l’élévation potentiellement indéfinie des mesures capables de venir l’apaiser. Obtenir une satisfaction marginale donnée de la finance oblige à faire subir une désutilité marginale surproportionnelle à la population. Dit autrement, « acheter » un même « degré » de tranquillisation de la finance devient d’un coût économique et social explosivement croissant. À mesure que son jugement se dérègle, le Shylock moderne ne veut plus seulement une livre de chair, mais trois kilos, et puis cinq… et puis quoi encore à la fin, la bête entière ? En situation de crise aiguë, les gouvernements qui s’engagent dans cette voie du « compromis » sont certains d’en sortir en lambeaux – façon de parler puisque ce sont les populations qui sont en fait destinées à la charpie.

L’effrayant durcissement en quelques semaines du plan d’« ajustement » grec donne un bon début d’illustration de ce phénomène d’explosion soudaine et délirante des sacrifices à opérer pour espérer calmer la finance. C’est là le piège caractéristique de ce qu’on nomme la « crédibilité », que la théorie économique la plus stupidement ignorante des autres sciences sociales n’a jamais été capable de concevoir autrement que comme une liste d’actions « consignes » objectives à respecter par la politique économique, alors qu’étant fondamentalement une affaire de production de croyance collective (celle des marchés), la crédibilité sollicite des mécanismes sociaux d’une tout autre nature. Dont le dérèglement, toujours possible quand il est affaire d’opinion et de croyance, peut potentiellement emmener dans des extrêmes inimaginables. Ainsi, par exemple, les investisseurs ne guettent-ils plus seulement les dispositions intrinsèques du plan grec mais la façon dont le corps social va les accepter [1], avec l’idée que, pour que le paquet d’ensemble soit « convaincant » il faudrait que le peuple grec manifeste mais en criant « oui-oui » et en faisant bravo – peut-être même, d’ici quelques jours, en disant merci. Inutile de dire que, sous ce rapport, les manifestations présentes – qui ne disent pas « oui-oui » – font un peu désordre…

9. On comprend peut-être mieux maintenant pourquoi les dynamiques économiques pilotées par la finance sont « diagnosticables » en gros mais imprévisibles en détail : elles sont affaire de croyances collectives et les déplacements de la croyance financière, parfois fulgurants, sont par suite insaisissables. Nul ne dispose des instruments susceptibles d’en cerner la formation et les brutales modifications. Il n’y a pas besoin de jouer les pythonisses pour diagnostiquer que nous sommes entrés en zone critique, et que tout peut s’y produire. Mais littéralement tout, c’est-à-dire aussi bien la propagation foudroyante de la défiance aux autres pays de l’euro, avec une bonne probabilité d’explosion générale au bout du compte, que le retour au calme d’ici une semaine. Qu’on ne se laisse pas abuser cependant par ce qui n’est qu’une apparente (et fausse) symétrie. Car le « problème » qui a donné naissance à ce mouvement incontrôlable de l’opinion financière est, lui, là et bien là, profondément incrusté dans le paysage. Aussi pourra-t-il à tout instant ré-exploser et condamner les ravis de « la crise est finie » à des adieux à la façon des Compagnons de la chanson, c’est-à-dire à un quatrième chapeau à manger et à un cinquième tour de chant.

Lisbonne RIP

Le « problème » en question est double. Ou plutôt il est en toute généralité celui du sur-endettement global, et spécifiquement celui de la façon dont la zone euro est armée, ou plutôt désarmée, pour y faire face. Tous ceux qui s’obstinaient à soutenir le caractère indépassable des traités européens et leur magnifique résistance à la crise quand on leur expliquait qu’ils étaient voués à partir en lambeaux ont l’air fin. Car dans le meilleur des cas le traité, déjà à l’état de guipure, va finir à la poubelle – à tout prendre le lieu où il s’en tirerait avec le moindre déshonneur.

Dès les années 1990, les économistes hétérodoxes expliquaient qu’à l’inverse de l’indigente théorie standard qui n’y voit qu’un commode instrument des échanges, la monnaie est un rapport social, inscrit dans des formes institutionnelles et engageant des forces de nature profondément politique. Ils en déduisaient la non-viabilité de long terme d’une construction monétaire qui n’est pas adossée à une communauté politique constituée comme telle [2] (ce que la présente Europe n’est en aucun cas), par défaut rédhibitoire des mécanismes politiques qui doivent inévitablement être activés pour accommoder une crise violente – événement sur lequel un projet de long terme saurait difficilement faire l’impasse, spécialement dans l’univers d’instabilité chronique de la libéralisation financière. Les ravis européistes commencent à s’en apercevoir, malheureusement un peu tard. Car voilà le fâcheux aléa matérialisé. Les États-Unis n’ont pas eu de difficulté notoire à absorber le défaut de la municipalité de New York dans les années 1970 ou le défaut du comté d’Orange dans les années 1990. Les arguments d’échelle ne changent rien à l’affaire. Si un état entier venait à faire défaut (hypothèse rien moins que fantaisiste d’ailleurs), le gouvernement fédéral viendrait à sa rescousse sans tergiverser bien longtemps. Et en mettant sur la table ce qu’il faut sans délai.

Les médias étant strictement incapables de cette vigilance élémentaire en quoi consistent le travail d’archives et la remise des directeurs attitrés de l’opinion publique face à leurs propos du passé, on rêverait de la machine à remonter le temps qui nous ramènerait en 2005 et nous ferait entendre à nouveau les promesses de prospérité éternelle (et aussi d’impossibilité de toute alternative). À défaut d’un chronoscaphe adéquatement bricolé on se contentera de l’éloquente démonstration présente, offerte par une construction monétaire dépourvue de tout mécanisme politique permettant d’accommoder les tensions économiques et ne disposant plus du moindre degré de liberté – à part celui, bientôt inévitable, d’envoyer valser le traité pour le réécrire de fond en comble. Rigide absolument, l’union économique et monétaire n’a que le choix de rompre ou de voir ses règles bafouées – mais avec quel effet sur l’opinion financière...

C’est évidemment le cas du pacte de stabilité, devenu fictif depuis l’entrée en crise économique de 2008. Ça l’est également des règles d’intervention de la BCE qui, après avoir juré que jamais elle ne détendrait ses standards de collatéraux pour un seul pays, a dû – et heureusement, elle l’a fait ! – consentir à rendre éligibles au refinancement les titres de la dette grecque déclassés en junk. Dans cette affaire, ça n’est pas tant de faire ce qu’elle fait qui est problématique que de s’être d’abord fixé des règles absurdes pour devoir ensuite les violer soi-même à la face de tous – l’histoire de toute la construction économique européenne depuis Maastricht, l’histoire d’une gigantesque malfaçon. C’est bien là d’ailleurs le genre de sottise qui a le don de rendre un peu plus dingues les marchés qui trouvent dans la rupture des règles un motif supplémentaire de sortir de leurs gonds là où, sans règles formelles aussi « dures », des ajustement souples peuvent se produire sans même que les agents de la finance trouvent à les problématiser.

Mais le défaut d’unité politique est évidemment le plus patent quand il faut improviser à chaud des formules de sauvetage, alors même que les États-membres divergent profondément quant aux principes du sauvetage. Il est vrai qu’ayant présupposé que le pacte de stabilité était inviolable, il n’était plus utile d’envisager ne serait-ce que l’hypothèse d’un défaut souverain. Pas de chance, nous y sommes… Et dans le vide procédural où il tombe, l’événement n’offre que des mauvais choix.

De la crise bancaire à la crise de finances publiques… et retour !

Soit on laisse la Grèce faire défaut, après d’ailleurs que, en ce sens impeccablement européen, son premier ministre ait juré que cette « ligne rouge » était infranchissable – serment à interpréter comme le signe d’un franchissement à venir. Comme toujours dans la finance, le défaut n’aura probablement pas le bon goût de rester local. Charme de la mondialisation oblige, la dette souveraine grecque est détenue à 70 % par des non-résidents. Un défaut grec est donc très bien parti pour faire tanguer une nouvelle fois le monde bancaire – détenteur de 45 % de l’encours tout de même. Jusqu’au point de renouveler le bel automne 2008 ? Pourquoi pas. Les banques grecques elles-mêmes commencent à fuir de toutes parts du fait du départ en catastrophe de leurs plus gros déposants. Mais surtout, on voit revenir les prodromes du grand jeu qui avait fait fureur à partir de l’été 2007 : « qui a quoi dans ses placards ? » Il ne s’agit plus de CDO dérivés de crédits subprime mais de titres souverains (et pas seulement grecs au fur et à mesure que se répand la défiance). Mais les effets sont les mêmes : les banques commencent à se regarder mutuellement de travers. Comme alors, on mesurera l’intensité de la méfiance interbancaire à l’ouverture du spread de l’OIS (Overnight Index Swap) et du Libor à 3 mois [3] – et tiens ! le voilà qui (re)commence à frémir [4].

C’est en ce point précis que la contagion post-grecque menace de faire très mal. Car ce sont de tout autres encours qui deviendraient « à problème » la spéculation se déplacerait-elle vers les dettes portugaise et surtout espagnole (en attendant irlandaise et anglaise). Des révisions en cascade des notations, avec inévitables dévalorisations brutales à la clé, auraient des effets proprement nucléaires. Quelques petites banques portugaises et espagnoles ont déjà vu leur accès fermé aux marchés de gros du crédit. Et les primes des CDS des principales banques de la zone euro sont en train de remonter gentiment. Il faut redire à quel point cette dynamique potentiellement fatale est insaisissable et imprévisible : car elle n’est pas autre chose que la dynamique de la croyance financière même, qui peut très bien (ou pas) se polariser d’un coup sur l’idée fixe de la contagion et de l’éclatement de l’euro… et faire ainsi advenir la contagion et l’éclatement de l’euro.

Par un effet ironique de rétroactions successives dont la finance a le secret, la crise de finance privée de 2007-2008, tournée en crise de finances publiques en 2009-2010, retournerait à son point de départ, c’est-à-dire au secteur bancaire privé avec des effets de dévastation largement comparables à ceux du premier service. Et obligation d’un nouveau secours public, tournez manège ! Déconfitures privées et défauts souverains sont maintenant tellement intriqués qu’ils en deviennent indémêlables, et les causalités jouent dans tous les sens. Ainsi, par exemple, un scénario assez plausible de déclenchement d’une crise espagnole pourrait très bien venir… d’un naufrage préalable des banques privées. Car celles-ci ne vont pas tarder à encaisser le plein effet du collapsus du secteur de la construction qui, toutes activités latérales agrégées (sous-traitants, agences, etc.), représente pas loin d’un tiers du PIB espagnol – or les mises en chantier se sont effondrées des deux tiers et les permis de construire de 95 % [5] ! Les cajas régionales sont en première ligne, farcies de mauvaises dettes en attente de révélation, et si les choses tournaient mal et que le gouvernement espagnol devait monter un plan de secours pour une part importante du secteur bancaire – coûteux pour les finances publiques [6] –, il n’en faudrait pas beaucoup plus, dans l’état de suspicion d’une opinion financière qui a déjà les nerfs à fleur de peau, pour lancer le grand massacre des titres publics espagnols.

L’occasion d’une autre monnaie unique : la monnaie commune

Mais faut-il laisser les Grecs aller au défaut ? Du point de vue des autres Etats européens non, puisque c’est assez vraisemblablement libérer les forces de la contagion qui n’attendent que ça – or, il faut en être bien certain, le sauvetage de la Grèce, monté dans la douleur, ne sera pas reproductible à l’échelle espagnole par exemple. Du point de vue des Grecs seuls, la question mérite d’être étudiée. Si l’on veut répondre oui cependant, il faut répondre complètement, c’est-à-dire en accompagnant le défaut d’une sortie, éventuellement temporaire, de l’euro. Le cas russe de 1998 et le cas argentin de 2001-2002 montrent que la combinaison du défaut et d’une vigoureuse dévaluation a d’excellentes propriétés.

Certes la dévaluation renchérit la dette libellée en devises, mais on s’en moque puisque de toute façon on en suspend les paiements. Les finances publiques s’en trouvent considérablement allégées et n’ont plus à effectuer un ajustement violent n’ayant pas d’autre effet que d’approfondir la récession (par là d’ailleurs ruinant in fine sa propre efficacité budgétaire). La dévaluation donne un coup de fouet aux exportations et relance la croissance. Or ça n’est que par la reprise de la croissance qu’on stabilise les ratios Dette/PIB et qu’on restaure la solvabilité souveraine – on en finit presque par se demander si ça n’est pas la seule formule véritablement efficace pour sortir par le haut de ce genre de situation autrement vouée à abandonner les intéressés à une décennie, au moins, d’austérité aggravée.

Le problème de la sortie de l’euro… c’est qu’il faut en sortir ! Là où il peut s’opérer aisément dans n’importe quel autre cas, l’ajustement de change est constitutivement interdit par la monnaie unique (sans parler des difficultés logistiques), et y procéder par sortie (puis rentrée – à un niveau révisé) est la croix et la bannière. C’est la malfaçon princeps de la monnaie unique. Plusieurs personnes, dont Jacques Sapir, avaient plaidé à l’époque pour une monnaie commune, seule convertible contre les devises extra-européennes, par rapport à laquelle les monnaies européennes auraient reçu chacune une parité de départ, mais révisable selon, non pas des mécanismes de marché (systématiquement désordonnés et incapables de produire à chaud le moindre ajustement smooth) mais des processus de négociations politiques (à l’unanimité ou à la majorité très qualifiée, avec contreparties à l’autorisation de dévaluation d’un des membres, etc.). Les monnaies nationales auraient fonctionné en gros comme des dénominations de la monnaie commune européenne, mais – et c’est une différence immense – des dénominations aux taux politiquement ajustables. C’est ce mécanisme qui fait cruellement défaut, et si les événements, aujourd’hui ou dans quelques mois, tournent à la décomposition complète du traité de Lisbonne avec obligation de tout refaire à neuf, c’est une telle idée qu’il faudra vigoureusement pousser.

Car il ne faut pas s’y tromper : à supposer que le calme revienne prochainement, il serait tout à fait temporaire. Le plan grec est auto-invalidant ! La brutalité de la récession qu’il va produire condamne le rétablissement budgétaire à être toujours à la traîne de l’effondrement des recettes fiscales et tous les efforts mis à réduire le déficit aboutiront à le creuser davantage (ou à le maintenir très haut) ! C’est pourquoi si elle ne vient pas aujourd’hui, l’heure de vérité sonnera d’ici douze ou dix-huit mois, lorsqu’on s’apercevra de cette dynamique du désespoir et que, la solvabilité grecque apparaissant pour ce qu’elle est, à savoir irrattrapable dans ces conditions, il faudra bien rendre les armes et passer à autre chose.

De la planche à billets aux assignats

Que peut-il se produire au moment où les gouvernements européens prendront conscience de leur stratégie des Danaïdes et jetteront l’éponge ? À supposer qu’il s’obstine à rester dans l’euro en continuant de payer la dette, alors que le marché des capitaux lui sera fermé pour de bon, et privé d’une banque centrale nationale qui pourrait lui prêter directement, le gouvernement grec pourrait tout à fait en venir aux assignats : il émettra lui-même du papier pour payer ses dépenses en excès sur ses recettes. C’est bien ce que les provinces argentines ont fait au début des années 2000 (patacones)… et ce que fait la Californie depuis 2009 ! L’État de Californie, en effet, paye en partie ses fonctionnaires avec des bons à terme, appelés IOU, portant intérêt et convertibles en cash à des échéances qui dépendent d’ailleurs de l’état de la trésorerie…

À n’en pas douter, comme un signe de grande santé, cette mesure fera très bonne impression sur l’opinion des marchés… Comme, entre temps, la situation du Portugal et de l’Espagne aura mûri – mais il serait utile également de se souvenir qu’existent des pays-modèles comme l’Irlande, le Royaume-Uni… et les États-Unis dont les situations de finances publiques ne sont pas beaucoup moins pourries que celle de la Grèce – la contagion, à l’inverse de la guerre de Troie, aura bien lieu ! Que peut-il se passer à ce moment là ? Il n’y a pas trente six solutions : seul le prêteur en dernier ressort a la capacité de sauver le système : la banque centrale. C’est bien elle qui est intervenue pour régler le problème des dettes bancaires privées. C’est elle qui devrait intervenir pour régler le problème des dettes publiques consécutif au problème des dettes privées. À ceci près que le divin traité l’interdit ! Sauver la finance privée, c’est autorisé. Sauver les finances publiques, non.

En 2005, grande année constitutionnelle, il ne fallait pas dire tout ça, c’était archaïque et égoïste. On ne sait pas si les ravis européistes d’alors trouvent le spectacle d’aujourd’hui moderne et altruiste, mais il va falloir qu’ils se fassent à l’idée un peu douloureuse que ce qu’ils ont défendu sous la promesse de donner leur sang était défectueux dès le départ, et que tout va partir en morceaux, avec l’éventualité d’être refait mais sur des bases absolument contraires à celles qu’ils avaient déclarées sans alternative. En particulier celle-ci : la BCE doit pouvoir prêter directement aux États. Les Anglo-Saxons, à qui on reconnaîtra la vertu d’avoir le dogme moins encombrant, s’en sont tirés en bafouant leurs principes antérieurs par un simple jeu de renomination : on a ainsi appelé Quantitative Easing (QE en langage abrégé et comme euphémisme de degré deux réservé aux initiés) la vulgaire planche à billets qu’on avait juré définitivement fracassée. Tout bien considéré, elle peut encore servir, et même elle ne marche pas si mal ! La Bank of England et la Réserve Fédérale n’ont pas hésité bien longtemps et financent ouvertement leurs Trésors respectifs. En Europe, on prend son temps. En fait le temps de la guerre de tranchée.

Retour (brutal) de l’économie politique

Car c’est une gigantomachie dogmatique qui s’annonce. Axel Weber, le président de la Bundesbank, a déjà fait savoir qu’il jugeait parfaitement déplacé d’envisager de faire faire à la BCE des choses inhabituelles au seul motif du cas grec. Pour tous les radotages sur l’indispensable couple franco-allemand, il faudra bien se faire à l’idée qu’il y a un problème avec l’Allemagne [7]. Elle a reçu de l’histoire un legs traumatique qui lui interdit d’envisager certaines solutions de politique économique même quand elles sont rationnelles – comme l’est le QE dans une situation de surendettement généralisé. C’est le genre d’incapacité tolérable quand tout va bien, mais qui devient légèrement encombrante quand la crise remet à nu des intérêts vitaux. Et voilà où la contradiction européenne devient intordable : on ne violentera pas l’Allemagne sur ces sujets-là – rapportée à son histoire, ses idées fixes sont entièrement légitimes, c’est juste qu’elles ne sont pas compatibles avec une communauté de politique économique dont les autres membres ne les partagent pas ; quand bien même on l’entreprendrait, la Cour constitutionnelle de Karlsruhe, qui n’a validé le traité de Lisbonne que sous de nombreuses réserves, ne laisserait sans doute pas faire certaines choses (avec le grand renfort de la Bundesbank).

Du côté allemand, l’impasse est donc aussi juridique. On pourrait objecter qu’elle est de même nature pour les autres États membres puisque tout de même il y a des traités… Mais il ne faut pas céder à ce qu’André Orléan a nommé l’illusion légaliste [8]. Le droit ne prend de consistance que par les forces politiques qui le soutiennent et, ces forces viennent-elles à manquer, les constructions juridiques s’affaissent sur elles-mêmes comme poupées de chiffon. Les Argentins avaient ainsi cru bon d’inscrire dans leur Constitution le dispositif monétaire du currency board comme gage de crédibilité suprême de leur lutte contre l’inflation. Mais le currency board, révélé insoutenable, a conduit droit à la crise monétaire de 2001 et, tout constitutionnel qu’il soit, il a été bazardé d’un trait de plume parce que, par nouveau gouvernement interposé, la souveraineté populaire a décidé que ça suffisait.

Voilà d’ailleurs la redécouverte que vont bientôt faire, ébahis, les gens qui nous gouvernent, qu’on appellerait à peine « hommes politiques », spécialement au niveau européen, tant ils semblent ignorants des forces fondamentales de la politique : il y a des peuples, en dernière analyse la souveraineté en émane, et passé certains seuils de mécontentement ce sont eux qui se chargent de tout envoyer valser. Evidemment ça fait des processus un peu désordonnés – de ceux qui font les cauchemars de la finance. Or l’antagonisme par lequel on a ouvert la présente analyse – corps sociaux vs. finance –, en fait permanent mais le plus souvent inaperçu, apparaîtra bientôt à l’os – si ça n’est pas déjà fait. Et retour à la question décisive de l’« arbitrage ». La politique est une affaire de puissance et par conséquent de violence.

L’alternative de l’insurrection et du coup de sang gouvernemental

Latente et mise en forme, ou bien ouverte ? C’est la question. À ce propos, la crise semble livrer l’enseignement suivant. Au degré d’incrustation des intérêts financiers au sein même de l’appareil d’État [9], il n’est que deux situations, et deux seulement, où des gouvernements qui se sont fait consciencieusement, depuis deux décennies, les serviteurs des intérêts de la finance peuvent se retourner contre elle et entreprendre de l’arraisonner : 1) L’insurrection, qui force la main au gouvernement ; 2) que la finance s’attaque directement aux intérêts vitaux de l’État. Les Grecs sont peut-être en train d’explorer la première solution, à ceci près que ça n’est pas à leur niveau que se décident les rétorsions structurelles contre la finance. La deuxième solution a finalement le même modus operandi que la première : elle « force la main », sauf que ce ne sont pas des émeutes qui s’en chargent mais une situation de crise financière si aiguë qu’elle supprime radicalement l’option de l’attentisme et force à bouger – un peu à la manière de ce que les gouvernements durent faire à l’automne 2008.

Or si, par contagion, venait à se généraliser un mouvement de défiance sur les titres souverains de la zone euro, assorti donc de crise monétaire, on peut imaginer que les gouvernements ne resteraient pas les deux pieds dans le même sabot à regarder passivement la monnaie unique voler en éclat : restauration de contrôles drastiques des mouvements de capitaux, réforme flash du statut de la BCE pour lui faire prêter directement aux États, tout serait bon. Asservis à la finance depuis deux décennies, les gouvernements ne se retourneront d’eux-mêmes contre celle-ci que si elle vient à les agresser directement à un point qui leur semble intolérable et les dessille enfin – car tant que ça n’est que le corps social qui déguste, l’inconvénient est jugé négligeable, en tout cas indigne du sacrifice d’un dogme. La ruine de « leur » construction politique européenne peut peut-être constituer ce point.

Entre temps les opinions publiques européennes, grecque mise à part, sont étonnamment calmes – peut-être parce que « ça » n’a pas encore mordu assez profond. Mais « ça » ne va pas tarder à faire mal. Le passage de la douleur à la révolte n’a rien d’automatique, mais rien non plus d’impossible. On saura sous peu de l’insurrection ou du coup de sang des États eux-mêmes (c’est-à-dire de l’explosion d’une crise de dette souveraine généralisée dans la zone euro) lequel des deux scénarios coupe le fil avant l’autre. Le « peu » de « sous peu » ne se comptant pas forcément en jours, mais éventuellement en trimestres. C’est bien pourquoi les benêts de « la crise est finie » s’y laissent prendre à tous les coups : ils ont oublié qu’entre le krach de 1929 et le pire de la Grande Dépression, il a fallu quatre ans de décomposition… Comme on l’a laissé entendre, si le coup de chaud grec d’aujourd’hui vient à se détendre, ce sera une détente toute temporaire, en attente des douloureux constats d’insolvabilité (produite par des plans absurdes de restauration de la solvabilité). On se donnerait rendez-vous d’ici douze ou dix-huit mois. Mais le problème des dettes souveraines est maintenant bien installé dans le paysage mental des opérateurs de la finance et il n’est pas près d’en sortir. On peut donc aussi leur faire confiance pour hâter les échéances…

C’est donc peut-être, dans ce chaos, une époque qui s’apprête à se refermer. Une époque dont le symptôme aura été le surendettement généralisé. Le paradoxe veut que ce soit un symptôme parfaitement libéral, là où le libéralisme se targue d’être le discours même de la vertu. Car tous les surendettements dérivent de la déréglementation générale. Le surendettement privé est le produit de la compression des revenus entraînée par la flexibilisation du marché du travail, la concurrence et la contrainte actionnariale. Le surendettement bancaire vient des joies de l’effet levier, quand il s’agit de pousser toujours plus haut la rentabilité financière des paris spéculatifs. Le surendettement public est l’expression de l’idéologie de la défiscalisation – et accessoirement des déséquilibres conjoncturels que l’instabilité d’un système de marché libéralisé ne cesse de recréer.

La finance internationale se trouve donc confrontée à la tare par excellence du système dont elle est elle-même l’expression la plus accomplie. On pourrait alors avoir l’envie de boucler la boucle et de fermer le chapitre par une sorte de geste logique : faire éponger le surendettement par la finance elle-même, avant de tirer le rideau. Voilà où les taxes sur les transactions financières trouvent leur meilleure pertinence. Mais pas avec des taux microscopiques à la Tobin qui ne voulait que mettre « un peu de sable dans les rouages ». Ce ne sont pas de menus grains de sable qu’il faut balancer dans la machine mais quelques bons pavés fiscaux – en laissant toujours ouverte la possibilité d’apprécier si des pavés tout court… Tout le monde a idée de l’énormité du volume des transactions et de ce que leur taxation peut rapporter comme recettes phénoménales. Gageons qu’il y a là largement de quoi rembourser les dettes publiques ; aider au financement des retraites, etc. Les amis de la banque vont hurler qu’on prend leur chère finance pour une vache à lait, qu’on veut la traire, peut-être même la tuer. Et ils n’auront pas tort.

Notes

[1] Une analyse de ce genre avait déjà été conduite à propos de la désinflation compétitive des années 1990. Voir Frédéric Lordon, Les quadratures de la politique économique, Albin Michel, 1997.

[2] Voir par exemple André Orléan, « La monnaie autoréférentielle. Réflexions sur les évolutions monétaires contemporaines », in Michel Aglietta et André Orléan (dir.) La monnaie souveraine, Odile Jacob, 1998.

[3] Le LIBOR (London Interbank Offered Rate) est le taux du marché interbancaire. L’OIS, swap de taux pour une échéance de un jour, est considéré comme le taux du crédit interbancaire « sans risque ».

[4] Il est passé de 6 points de base le 15 mars à 13,4 points de base le 6 mai. C’est encore ridicule à côté des 360 points de base d’octobre 2008, mais on a du temps devant nous, et dans la finance les choses peuvent aller assez vite...

[5] Patrick Artus, « Crise de liquidité ou crise de solvabilité dans la zone euro : une distinction, très importante », Flash Natixis, n° 185, 22 avril 2010.

[6] Pour soutenir les cajas chancelantes, le gouvernement espagnol a constitué en 2009 un fonds de secours abondé à hauteur de 99 milliards d’euros, pour l’heure peu tiré. Pour l’heure le gouvernement compte beaucoup sur les restructurations bancaires « spontanées » pour régler le problème et faire reprendre les mauvaises banques par les bonnes…

[7] Voir sur ce blog, « Ce n’est pas la Grèce qu’il faut exclure, c’est l’Allemagne ! ».

[8] André Orléan, « Les croyances monétaires et le pouvoir des banques centrales », in Jean-Philippe Touffut (dir.), Les banques centrales sont-elle légitimes ?, Albin Michel, 2008.

[9] Sur l’incapacité des gouvernements en deux ans à produire la moindre re-régulation sérieuse, voir sur ce blog « La régulation financière : entre contresens et mauvais vouloir ».

63 commentaires sur « Crise, la croisée des chemins »

  • permalien BA :
    7 mai 2010 @16h19   »
    "Ca" ne va pas tarder à faire mal (dixit Lordon).

    Vendredi 7 mai 2010 :

    Les Etats d’Europe du sud voient les taux d’intérêt de leurs emprunts exploser.

    Les taux d’intérêt atteignent des niveaux inimaginables.

    Regardez ces chiffres ahurissants (et les graphiques qui vont avec : regardez bien les graphiques !) :

    Si l’Irlande voulait emprunter à 10 ans, elle devrait verser un taux d’intérêt de 5,91 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote...

    Si l’Irlande voulait emprunter à 2 ans, elle devrait verser un taux d’intérêt de 4,37 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote...

    Si le Portugal voulait emprunter à 10 ans, il devrait verser un taux d’intérêt de 6,29 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote...

    Si le Portugal voulait emprunter à 2 ans, il devrait verser un taux d’intérêt de 5,88 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote...

    Si la Grèce voulait emprunter à 10 ans, elle devrait verser un taux d’intérêt de ... 12,43 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote...

    Si la Grèce voulait emprunter à 2 ans, elle devrait verser un taux d’intérêt de ... 18,73 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote...

  • permalien
    7 mai 2010 @16h31   « »

    Politiques impuissants, et inutiles, économistes inutiles, sinon incompétents, peuple passif, tendant gentiment le cou pour la énième tonte...

    Un conseil au gouvernement : En baissant les salaires des fonctionnaires, qu’il n’oublie pas de faire une exception pour les flics et surtout pour les CRS ! Ces fonctionnaires là sont vraiment, on le voit, les plus utiles en cas de crise...

  • permalien fred_h :
    7 mai 2010 @17h37   « »

    Eh ! bien voilà, madame la Marquise
    Apprenant qu’il était ruiné
    A peine fut-il rev’nu de sa surprise
    Qu’ Monsieur l’Marquis s’est suicidé
    Et c’est en ramassant la pelle
    Qu’il renversa toutes les chandelles
    Mettant le feu à tout l’château
    Qui s’consuma de bas en haut
    Le vent souflant sur l’incendie,
    Le propageant sur l’écurie
    Et c’est ainsi qu’en un moment
    On vit périr votre jument
    Mais à part ça, madame la Marquise
    Tout va très bien, tout va très bien !

  • permalien thierry Mercier :
    7 mai 2010 @18h46   « »

    Cher Monsieur Lordon,
    Que pensez-vous svp de la création éventuelle du Bancor , dont l’éventualité a même été invoquée par le directeur de la banque centrale chinoise, pour éviter une partie des déséquilibres monétaires actuels ? ?

  • permalien Nicks :
    7 mai 2010 @19h10   « »

    Face au quasi fanatisme idéologique des européistes, je me demande si même la survie de l’objet de leur désir pourrait être prétexte à révision dogmatique. Pour le moment, la plupart de ceux dont je peux connaître l’avis (notamment chez l’inénarrable Jean Quatremer) affiche au contraire la volonté, à l’instar de Merkel, de renforcer ce qui a conduit à la crise. Si par malheur, tout volait en éclat, je suppose qu’en reprenant connaissance, ils ne trouveraient rien de mieux à dire que de nous accuser d’être à la source de leur faillite.

  • permalien Caleb Irri :
    7 mai 2010 @19h18   « »

    j’aimerais moi aussi bien connaître le point de vue de monsieur Lordon sur le sujet.

    voici le mien :

    http://calebirri.unblog.fr/2010/05/...

  • permalien thierry Mercier :
    7 mai 2010 @19h45   « »

    J’ai entendu sur les "matins de France -culture" après une allusion positive aux travaux de Frédéric Lordon, qu’il allait y être invité... (dernière fois : lors du vote sur le Traité européen)

    Mais ce n’est pas prévu sur leur site. Et cela les embêterait surement !

    Juste Christine Lagarde lundi .... ( !)

  • permalien Quentin :
    7 mai 2010 @22h12   « »

    Merci de mettre sur papier et dans un argumentaire bien ficelé des intuitions que je peux avoir, mais que je suis incapable de formuler clairement, spectateur lointain de l’économie et de ses rouages que je suis.

  • permalien 4 Août :
    7 mai 2010 @22h15   « »

    "Ce ne sont pas de menus grains de sable qu’il faut balancer dans la machine mais quelques bons pavés fiscaux – en laissant toujours ouverte la possibilité d’apprécier si des pavés tout court… "

    J’adore !

    Plus sérieusement, où en est-on du "pacte Jorion-Lordon-Sapir-Todd" à faire signer aux futurs présidentiables ?

  • permalien Audi alteram partem :
    7 mai 2010 @22h35   « »
    Colorer la pilule

    Si j’ai bien compris, un plan de relance bien mené en Grèce produirait un effet positif sur les recettes fiscales, supérieur à la dégradation des dépenses ou de la dette publiques. Il présenterait aussi le modeste avantage d’être un soulagement pour les grecs.

    Sauf que l’évocation même de l’idée donne des boutons à nos dirigeants politiques européens.

    Faire d’un plan de relance une mesure compatible avec un dogmatisme idéologique suppose de colorer la pilule. Alors il suffit de leur dire que l’idée vient de Laffer, auteur de la fameuse courbe bla bla bla. Ce langage là ils comprennent. Leur dire qu’en situation de récession, trop d’impôts (et de baisse de dépenses publiques) tuent l’impôt. Et les voilà partis pour dérouler le bon vieux multiplicateur keynésien sans le savoir.

    Qui se charge de souffler l’idée à un expert patenté qui présentera sa brillante innovation sur BFM ?

    Merci à F. Lordon pour cet excellent article, et à BA pour toutes ses infos.

  • permalien Benj :
    7 mai 2010 @23h35   « »

    @ Audi alteram partem :

    "Qui se charge de souffler l’idée à un expert patenté qui présentera sa brillante innovation sur BFM ?"

    Rien de plus simple, Paul Jorion tient la chronique hétérodoxe hedomadaire sur BFM, il suffit de lui suggérer :
    www.pauljorion.com

    Dans sa dernière vidéo, celui-ci prend d’ailleurs plutôt position contre le Quantitative Easing, présentant cette méthode comme désespérée et accélérant l’effondrement final (si j’ai bien compris).

    Jordon semble lui plutôt pour, est-ce que quelqu’un pourrait m’expliquer pourquoi ?

  • permalien Marianne :
    7 mai 2010 @23h39   « »

    "Entre temps les opinions publiques européennes, grecque mise à part, sont étonnamment calmes – peut-être parce que « ça » n’a pas encore mordu assez profond."

    ... il faudrait peut-être y voir d’un peu plus près, et relativiser. Les médias sont silencieux sur les mouvements sociaux à l’étranger. Par exemple, aux portes de l’Europe, la lutte des Tekel de Turquie est restée ignorée des européens. Cette absence d’information ne permet pas l’avènement d’une opinion publique internationale, ni la contagion de la révolte. Il n’en reste pas moins que des luttes locales, certes isolées et dispersées, mènent une résistance farouche contre les effets du libéralisme.

    http://blog-citoyen.over-blog.fr/ar...

  • permalien Starse :
    8 mai 2010 @00h21   « »

    Après l’invasion hétérodoxe Lordon – Jorion – Sapir & Co. de cette semaine, la rationalité orthodoxe.

    Imbécile chasse aux "spéculateurs"

    Alexandre Delaigue | vendredi 7 mai 2010 | 23:28 | EcoBlabla | # 1723 | rss | PDF

    Ouf on respire.

    http://econoclaste.org.free.fr/dotc...

  • permalien 4 Août :
    8 mai 2010 @01h22   « »

    @ Benj

    "Dans sa dernière vidéo, celui-ci prend d’ailleurs plutôt position contre le Quantitative Easing, présentant cette méthode comme désespérée et accélérant l’effondrement final (si j’ai bien compris). Jordon semble lui plutôt pour, est-ce que quelqu’un pourrait m’expliquer pourquoi ? "

    Il y a un énorme besoin de liquidités, et pas assez d’argent à prêter. Et on ne sait pas faire des taux négatifs. Donc soit on ne fait rien et le système se grippe, soit on fait ce que font la FED et l’Angleterre : les banques centrales prêtent de l’argent aux Etats (normal), les Etats émettent des obligations pour se financer (normal) et ces Etats déposent ces obligations en garantie à la banque centrale pour lui emprunter de l’argent (Quantitative Easing). C’est l’histoire du serpent qui se mord la queue. Il va mourir, mais moins vite que s’il n’a rien à bouffer. Ca laisse le temps de peut-être trouver un plan B...

  • permalien BA :
    8 mai 2010 @08h20   « »
    "La zone euro traverse une crise systémique" (Sarkozy).

    La zone euro traverse une « crise systémique », selon Nicolas Sarkozy.

    Eviter l’effet domino. Le président français Nicolas Sarkozy a estimé vendredi que la zone euro traversait une « crise systémique » et que cela nécessitait une « mobilisation générale » à l’issue d’un sommet des dirigeants de la zone euro à Bruxelles.

    « Cette crise est systémique, la réponse doit être systémique », a estimé Nicolas Sarkozy à l’issue d’un sommet consacré intialement à la crise grecque mais qui s’est transformé en conclave pour défendre toute la zone euro contre les attaques des marchés.

    « Nous sommes maintenant dans des mécanismes communautaires, c’est toute la zone euro qui a décidé de se défendre » et il s’agit donc « d’une mobilisation absolument générale », a déclaré le président français.

    Selon lui, « il faut doter la zone euro d’une véritable gouvernance économique ». Car « la zone euro traverse sans doute la crise la plus grave depuis sa création » et « désormais les spéculateurs doivent savoir qu’ils en seront pour leurs frais », a-t-il ajouté.

    Auparavant, les dirigeants ont annoncé la mise en place prochaine d’« un mécanisme de stabilisation », un fonds pour aider leurs pays qui seraient confrontés à des difficultés financières et validé le plan d’aide à la Grèce.

    http://www.20minutes.fr/article/403...

    Il y a donc deux questions qui se posent :

    - 1- Première question : avec quel argent les pays européens vont-ils créer ce fonds ?

    Avec quel argent ?

    Est-ce que chaque Etat européen va devoir verser plusieurs milliards d’euros pour abonder ce fonds ?

    - 2- Seconde question : est-ce que la Banque Centrale Européenne va faire tourner la planche à billets à plein régime ?

    Concrètement : est-ce que la Banque Centrale Européenne va faire tourner la planche à billets pour acheter les dettes souveraines des Etats européens ?

  • permalien hopfrog :
    8 mai 2010 @09h57   « »
    Merci !!! Et svp, continuez !

    Merci à Frédéric Lordon pour cette magnifique analyse — de surcroît superbement rédigée !

    Grand moment de lucidité impitoyable et d’humour noirâtre. Surtout restez sur la brèche… ! On va avoir sacrément besoin de vous dans l’enfumage généralisé qui prédomine depuis 2005 (et avant) et qui va encore s"aggraver.

  • permalien réducteur de dettes :
    8 mai 2010 @10h55   « »

    La décadence d’une société commence quand l’homme se demande : "Que va-t-il arriver ?" au lieu de se demander : "Que puis-je faire ?".
    [Denis de Rougemont]

    c’est plus court et plus compréhensible ,non ?

  • permalien Marmar :
    8 mai 2010 @13h57   « »

    Les forces socio-politiques sont la face immergée de l’iceberg.
    A la Droite extrême le grand capital financiarisé ultra-conservateur de l’oligarchie des banksters qui veut mettre la main sur le salaire indirect des90% des familles qui vivent de leur travail et donc démanteler retraites, santé publique, services publics tout en précarisant toijours plus le travail. Leur capital autopromu équivaut à plusieurs fois le PIB mondial, ce qui leur permet de contrôler la grande majorité des media et instituts de sondages et de promouvoir les politiques qui leur sont les plus dévoués. Le conservateur Cameron en est un bon exemple. Il a été élu pour bloquer toute réforme démocratique de la finance internationale.
    A Droite les partis conservateurs y compris les roues de secours "centristes" appliquent les desiderata des banksters pour l’essentiel tout en faisant semblant de se démarquer afin de récupérer des voix.
    Au centre-gauche la grande majorité des partis socio-libéraux, à l’exception de leur aile gauche ont parfois ralenti et parfois contribué eux aussi à la mise en place de l’architecture financière ultra-libérale, celle la même qui a produit 1929, Hitler et la deuxième guerre mondiale.
    A gauche de petits partis et la majorité des syndicats avec de fortes nuances.
    Compte tenu de la volonté de toujours plus de la droite extrême et du grand capital banksterisé la lutte de classe va se développer. La question est jusqu’où les 95% de familles qui vivent de leur travail vont-elles se laisser dépouiller par les un pour mille de l’oligarchie des banksters ?

  • permalien kama :
    8 mai 2010 @13h59   « »

    Excellent, d’une clairvoyance extrème... Engfin qui a compris comment fonctionnent les marchés... Pour en avoir éte partie prenante je sais à quel point il s’agit d’un mix du jeu des chaises musicales, de poker menteur, et de pari de courses....

  • permalien Antigue :
    8 mai 2010 @14h34   « »

    @ Starse

    Merci pour cette imbécile critique.

    Accessoirement, je viens de comprendre pourquoi en lisant les considérations économiques d’Eolas je riais.

    Entre parenthèses, Delaigue vise plutôt les analyses de Jorion ; il serait donc plus “utile” de poster le lien sur son blog, pour discussion bien sûr.

    Je note d’abord l’ambiguïté des propos : « Puisqu’il paraît qu’il faut faire la chasse aux dépenses publiques inutiles » : Delaigue feint de reprendre cette antienne ou la critique ? Autrement dit, quelles sont ses recommandations et dans quel but ?

    Je remarque aussi au moins une convergence entre orthodoxie et hétérodoxie : les deux s’accordent à considérer que les politiques et les administratifs sont nuls. C’est déjà ça.

    Certes, le journal vespéral des marchés publie tout et n’importe quoi, mais puisque Delaigue s’en désole, et que sa parole vaut tellement, que ne réclame-t-il lui aussi une tribune plus médiatique que son blog ?

    La vulgate, par antiphrase, doit désigner les critiques de gauche – les techniciens ne font pas de politique – qui analysent la crise actuelle. Le but est d’attirer “l’attention publique”, dévoyée par ceux qui stigmatisent “la spéculation”, vers le vrai problème : la déréliction des affaires dans la sphère publique. Et c’est là que ça se gâte.

    L’analogie foireuse avec l’hypermarché Tartanpion est ridicule : un commerçant est un intermédiaire qui prend une marge sur les produits qu’il vend, pas un “spéculateur” sophistiqué présent sur les marchés dans le seul but de les parasiter pour son plus grand profit.

    Si utiliser le terme spéculation avec des guillemets pour tout amalgamer et dire n’importe quoi était le but de son billet, on peut dire qu’il a au moins réussi quelque chose.

    C’est sympa aussi de découvrir maintenant que la Grèce est un État corrompu dont l’optimisation fiscale doit faire pâlir d’envie le service économie du Figaro.

  • permalien Antigue :
    8 mai 2010 @14h34   « »

    (suite et fin)

    Delaigue feint encore de croire que le décollage de l’immobilier dans le n’importe quoi peut être comparé avec la spéculation. Or, ce secteur a dérapé (mais pas pour tout le monde) pour des raisons propres qu’on peut lire ici : un déficit de constructions. Je confirme à tous les prétendants de compétition qu’accuser lémarchés de la grippe du petit dernier est ridicule.

    Après une analyse originale des CDS qui ne peuvent servir qu’à de bonnes choses – en l’occurrence, freiner « le mouvement de baisse qui intervient sur [la] dette [grecque] » -, vient la distinction artificielle entre hedge funds et banques comme si le récent scandale du fonds Paulson n’avait pas montré leur exercice commun.

    Après une attaque contre Jouyet, enfin la révélation : la Grèce est dans cette panade par sa seule faute. Point barre. Si le Portugal et d’autres devaient être touchés, je serais curieux de lire les tares nationales que tous ces penseurs leurs attribueraient – les mêmes probablement.

    La conclusion compare la situation des économies anglaise et française avec bien sûr une prime pour la première : elle oublie juste l’importance de l’immobilier & de la finance (10 % du PIB), effectivement beaucoup plus délirants qu’en France, la dette publique du pays & la nationalisation de facto des banques, la dette privée (170 %, plus forte que celle des États-Unis), la représentation tronquée du chômage et un pays somme toute bien plus inégalitaire que le nôtre.

    Le beau est de continuer à voir des analyses de sous-Hayek continuer de proliférer dans la situation actuelle. Comme on peut encore voir des communistes nostalgiques de leur paradis social.

    Derrière des airs iconoclastes – et un jeu de mots digne du Télérama des années 80 –, cette analyse n’est tributaire que du formalisme mathématique de la discipline économique.

    Merci donc à eux de ne publier des billets qu’à intervalles assez grands, le temps de se remettre des fous rires.

    La détestation de la gestion publique des affaires forcément dispendieuse et inefficace signale le choix d’une époque future où les intérêts privés domineront pour le bien de tous. Époque future où ne restera pour enseigner dans les grandes écoles, et je mets des guillemets, que les “meilleurs”.

  • permalien Pipas :
    8 mai 2010 @15h04   « »
    Crise, la vieille croisée des chemins

    Laissez moi décider et contrôler la régulation de la masse monétaire d’une nation, et je me fiche de ce qui fait les lois.
    Mayer Amschel Rothschild, fondateur de la dynastie de banquiers du même nom.

    Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. Si le peuple américain permet un jour que des banques privées contrôlent leur monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour des banques priveront les gens de toute possession, d’abord par l’inflation, ensuite par la récession, jusqu’au jour où leurs enfants se réveilleront, sans maison et sans toit, sur la terre que leurs parents ont conquis
    Thomas Jefferson (1802)

    @ vous tous, amiEs blogueurEs
    Ces deux citations sont une manière d’illustrer une lutte plus vieille qu’elle n’en a l’air.

    Alors, maintenant, on opte pour l’offensive ou la défensive ?
    On se contente de regarder ?
    Du droit de voter dans deux ans ?

    En attendant, c’est quoi le match de ce soir ?
    Sur TV Jorion, on a Karl Marx VS Gouvernement Fillon… Ouais ! Le match de l’année 2010 ! Il vous reste des places ?
    Et pourquoi pas prochainement Cohn-Bendit VS Mélanchon ? Un bon vieux débat sanctifié, avec des arguments massues, peut-être même une victoire stérile...

    Michel Serres préfère à juste titre le génie de Goya (http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichie...) à la dialectique du maître et de l’esclave de Hegel. Considérez à présent que les sables mouvants du tableau sont notre dette concrète, thermodynamique, celle que nos générations futures -banksters et forçats- sont certaines de ne jamais rembourser. Marx, Fillon et Adam Smith himself ignorent superbement le problème de la limite planétaire. Tant pis.

    Si vous manquez d’inspiration pour l’aspect offensif de votre stratégie, écoutez http://www.la-bas.org/article.php3?....
    Si vous ne parvenez pas à vous libérer du dogme du développement, du travail, de la hiérarchie.... Tant pis pour vous.

  • permalien Phil01 :
    8 mai 2010 @15h05   « »

    @ réducteur de dettes
    Il n’est peut-être pas complètement inutile d’analyser une situation et d’envisager son évolution avant de se poser la question de l’action. Ceci étant dit, quelle action ?

    Il semble que désormais l’affaire soit entendue ; le monstre (appelons le comme on veut : marchés financiers, capitalisme - oups ! un gros mot -, peu importe) et les destructions qu’il engendre sont ingérables.
    Keynes voulait le mettre en cage soigneusement cadenassée et rigoureusemnt gardée. Mais même le meilleur cadenas rouille et les gardes ne sont pas fiables. Donc un jour le tigre appuie sur la porte, le cadenas lache tandis que le gardien ferme les yeux. Que faire ? Le remettre en cage, ou l’abattre ? La est la première question.
    Si on choisit, raisonnablement, d’éliminer la bête, une deuxième question, plus difficile que la première, se pose alors.
    Comment procéder ? J’ai bien quelques petites idées sur le sujet que j’aimerais bien confronter au débat ici même.
    A+ ?

  • permalien citoyen frondeur :
    8 mai 2010 @15h20   « »

    Monsieur Lordon, chapeau pour ce travail !
    5 grands merci : pour le contenu, le ton et la plume, d’abord.

    Et merci surtout cette profonde lucidité quant à la modestie à revêtir des qu’on pare ses propos de la "science économique", pourtant un domaine ou vous êtes reconnu, ceci malgré votre formation en sciences sociales.

    je lis dans le commentaire de 4 aout l’éventualité d’un pacte Jorion-Lordon-Sapir-Todd" à faire signer aux futurs présidentiables, et cela m’étonne.

    Si je n’ai pas lu en détail les travaux/propositions récents des deux derniers, je peux affirmer que cette allégation me parait étonnante tellement MM Lordon et Jorion divergent : je ne suis pas économiste loin s’en faut, mais j’essaie de la lire et de la ressentir "par dessus", ce qui me semble l’approche la plus saine, qu’on vienne du dehors, ou même du dedans. Et c’est ce que fait Monsieur Lordon de manière admirable, de l’intérieur, exemples et démonstration "techniciennes" à l’appui lorsque nécessaire ou pertinent.

    MM Lordon et Jorion se rejoignent sur le fait que la science économique est défaillante et sur l’ampleur de cette crise systémique mais si le premier le signe en prenant de la hauteur et analysant les faits sous des aspects de gouvernance, sociaux et institutionnels, le second, pourtant anthropologue de formation, ignore ces composantes fondamentales et retourne à la science économique fondamentale pour proposer un bancor revisité...

    D’un point de vue non économique mais de la gouvernance et de la dynamique sociale, ces deux réponses me semblent fortement divergentes et, en réalité, opposées...
    A discuter.

    Si ces deux hommes de valeur et de bonne volonté travaillent ensemble pour le meilleur, tant mieux, tant mieux. je doute simplement de la cohérence du "programme" avec tant de "dissonances".

    Pour terminer, cette rencontre fracassante entre science sociale et économie que M. Lordon nous offre dans chacun de ses articles, me renvoie dans une certaine mesure à l’économie physique développée par "l’économiste" (non académique, ce qui est actuellement une qualité importante pour un économiste...) américain Lyndon Larouche, à rapprocher dans une certaine mesure de la Resource Based Economy du mouvement ZeitGeist (dégagée, elle, de toute contingence financière), qui ne prennent qu’une résonance plus importante avec notre conjoncture.

    5eme et dernier merci à M. Lordon : la liberté de parole et d’échange sur votre blog, ce qui est à noter (je suis systématiquement modéré sur le blog de Monsieur Jorion, et bien d’autres, sans raison apparente, allez savoir pourquoi... Je continue bien entendu de les lire avec intérêt, néanmoins).

  • permalien betov :
    8 mai 2010 @15h45   « »

    Cesse de te ridiculiser en citant Larouche, "citoyen frondeur", ensuite ça ira mieux.

    Pour ton regard sur le sujet "Lordon et Jorion", tout le monde sait quelle distance il y a entre la droite (PS) et la gauche (qui n’existe pas mais qui pourrait peut-être y ressembler).

  • permalien Noway :
    8 mai 2010 @16h09   « »

    corps sociaux vs finances vs peuple. Would Greece be in a crisis if the population would accept the crisis ?

  • permalien etienne :
    8 mai 2010 @18h08   « »

    Bonjour, et merci à F. Lordon pour cette mise au point exemplaire...

    Le fait principal, s’il ne fallait en retenir qu’un seul, est bien sur le premier : il n’y avait fucking pas de crise de la dette publique en Europe avant 2007.

    Maintenant, allez raconter cela autour de vous, et vous constaterez le résultat de deux décennies de propagande du PPA, pour reprendre l’expression du « Plan B » (le Parti de la Presse et de l’Argent), sur les consciences peu informées, propagande destinée à culpabiliser les citoyens et à justifier les tours de vis budgétaires...on vous dira partout que cela fait trop longtemps que notre pays, et certains de ses voisins, vit « au-dessus » de ses moyens.
    Or il est redoutable de s’attaquer à des lieux communs, où l’on confond allègrement les finances d’un Etat et celles d’une Nation par exemple, quand en plus ils sont véhiculés par la doxa légitime...

    Un petit tour de la presse et de ses blogs sur le traitement de la "crise" grecque donne une idée très précise de l’état de déphasage complet entre les sempiternelles "recommandations" de nos éditocrates, et la réalité de cette crise, qui oppose effectivement clairement le corps social - qui peut-être cessera cette fois-ci massivement de s’en laisser conter - et la finance, dans un épisode curieusement "marxien" de l’histoire récente : le conflit de classe saute littéralement aux yeux, et tous les trésors d’euphémisation, de diversion, voire de falsification des faits développés par nos éditocrates ne suffisent pas à dissimuler ce qui se voit trop...

    Ainsi, l’innénarable J Quatremer dépense toute son énergie à longueur d’articles pour faire oublier le rapport de force, qui est au coeur de cette crise, et la responsabilité de la finance dans son déclenchement.

    La méthode est simple, et tous les moyens sont bons :

    - on met l’accent sur les fuites béantes du systême fiscal grec, fait d’un Etat corrompu jusqu’à la moelle, incapable de prélever la moindre recette fiscale et versant 17 mois de salaires à ses fonctionnaires, qui ne fichent rien en prime...
    http://www.liberation.fr/economie/0...

    - on insiste grossièrement sur la violence des manifestants, en faisant passer la colère légitime d’un peuple pour un mouvement marginal d’excités du Black Bloc :
    http://bruxelles.blogs.liberation.f...

    - et pour finir, au cas où personne n’aurait compris que les plans de rigueur sont non seulement inévitables, mais en plus populaires(!), on trouve le sondage qui va bien, puisque 540 personnes ont l’air d’y être favorables :
    http://bruxelles.blogs.liberation.f...

  • permalien etienne :
    8 mai 2010 @18h12   « »

    (suite)
    Aussi, rien n’est dit sur l’origine conjoncturelle de la flambée des déficits publics, et sur l’origine financière de celle-ci, ni sur le problème plus global de l’endettement généralisé, public et privé, dans un contexte de compression salariale et de défiscalisation rampante.
    L’acceptation de la toute-puissance des marchés comme une donnée naturelle et indépassable reste la pierre de touche de cette propagande, au moment même où ceux-ci ont montré l’étendue des dégats économiques auxquels peuvent conduire leurs errements incontrôlés...

    L’expression journalistique qui fait fureur en ce moment est « l’angoisse des marchés », qu’il faudrait cajôler, rassurer, au lieu bien sûr de les mettre au pas et les empêcher de nuire : curieux paradoxe que la mise en avant de la fragilité psychologique et des états d’âmes des acteurs de cette institution, alors que celle-ci se manifeste habituellement par son caractère prédateur, amoral et potentiellement destructeur pour la société et l’économie. On a vraiment l’impression d’une sorte de Dieu en colère, auxquel il faudrait consentir des sacrifices : le journalisme réinvente la pensée magique !

    Bien entendu, la réalité est toute autre, puisque comme l’explique F. Lordon, et comme on le sait depuis Keynes, les « marchés » n’ont besoin de personne pour se lancer dans des prophéties autoréalisatrices : ils sont intrinsèquement programmés pour se fiche la trouille tous seuls, et l’objet de celle-ci est parfaitement interchangeable, même si la lubie du moment est la dette souveraine de l’Etat grec...

    En revanche, l’ »angoisse » des chômeurs en fin de droits, des ménages expulsés de chez eux par la récession, et de tous ceux qui vont encore voir le montant des revenus sociaux et l’étendue des services publics se réduire comme une peau de chagrin , du fait des mesures programmées de « rigueur » ; cette angoisse-là fait l’objet d’une compassion journalistique plus feutrée et semble n’être qu’un effet secondaire, et inévitable, de la nécessité de calmer cette fameuse angoisse des marchés. Sans vouloir forcément se complaire dans la critique un peu rebattue des media, il y a vraiment de quoi déplorer ce mélange d’incompétence et de servitude dans le journalisme « mainstream » : c’est devenu insupportable.

  • permalien etienne :
    8 mai 2010 @18h15   « »

    (fin)

    Difficile de ne pas voir en effet l’extraordinaire conservatisme de cette "élite" médiatique, qui non seulement est incapable de comprendre les racines de cette crise, mais se fait le promoteur aveugle d’une thérapie dont les effets sont pires que le mal...
    Il est pathétique enfin de voir ces derniers s’accrocher avec l’énergie du désespoir à des règles du jeu (celles de Lisbonne), qui étaient par construction faites pour finir violées et abandonnées. F. Lordon a raison d’insister sur l’amnésie dans laquelle sont plongés les "grands" media, mais on peut souligner aussi le côté sidérant de leur obstination servile...

  • permalien cyclomal :
    8 mai 2010 @18h18   « »
    Encore une fois

    j’ai eu l’impression d’être plus intelligent pendant et même après la lecture de cet article. C’en est troublant d’ailleurs...D’aucuns, vu mon éloignement de la chose économique volontiers confessé, y verront le signe d’un quelconque populisme façon 2005 de Monsieur Lordon, et par avance je lui demande de m’en excuser.

    Toujours est-il que, si entre les différents pavés de la résolution de crise mon coeur balance, j’en viens à souhaiter un chaos général puisque, in fine, c’est la lie de la terre dont je fais partie qui est destinée à payer le plus lourd de la facture quand les lou ravis enrichis se marreront sur une plage fortifiée. Car, à combien de générations des miens des confiscateurs insensés et sans morale ont-ils prévu de léguer la dette qui permettra à leurs rejetons de vivre grassement, sans efforts, du dividende des spoliations de la chose publique ? Combien de temps encore auront-ils les moyens de se payer de faux sycophantes pour célébrer leur "mérite" ou mieux encore le sommet indépassable qu’ils croient représenter ?

    Merci Monsieur Lordon d’éclairer ma lanterne, en attendant d’y voir pendus les névrosés de leur cassette, inchangés depuis Molière.

  • permalien
    8 mai 2010 @19h28   « »

    C’est bien entendu la planche à billet notre planche de salut. La BCE doit consolider la dette des états défaillants. Monétiser la dette européenne, la mutualiser entre tous les états en subventionnant les plus fragiles est conforme à l’esprit des fondateurs de l’europe. Les Allemands sont déterminés à être des fourmis, les Grecs des cigales et c’est leur utilité propre, leur bonheur qu’ils poursuivent ainsi,indépendament. Les pères de l’europe le savaient et leur but n’était pas d’uniformiser la nature humaine mais, comme la sécu, les assurances, les mutuelles santé, le RMI... leur but était l’assistance du faible par le fort.
    Polaire

  • permalien Gilbert "gibus" Wiederkehr :
    8 mai 2010 @20h13   « »
    Le sujet est plus que grave, mais le texte pétille d’intelligence...

    Merci cher Frédéric Lordon,
    Comme toujours une analyse implacable servie par un style jubilatoire ; même l’humour noir à son charme. Vous lire est un plaisir roboratif extrême comparé aux tonnes de balivernes déversées en tombereaux par les lucarne cathodiques.

  • permalien Antoine :
    8 mai 2010 @20h47   « »

    Je rejoins le souhait d’une action commune (qu’elle soit médiatique, intellectuelle, politique...) Lordon-Jorion-Todd-Sapir, ou quelque sous-ensemble des quatre. L’utilité et la nécessité d’une telle action, dans la fenêtre de deux ans qui s’ouvre à nous, crève absolument les yeux.

  • permalien Pascale :
    9 mai 2010 @00h52   « »

    Pas lu tous les commentaires, mais d’accord avec le dernier....Todd, Sapir, Gréau, Jorion (?)...
    Ca s"impose, et depuis longtemps....

  • permalien cyclomal :
    9 mai 2010 @05h40   « »

    @ ceux qui en appellent à une commission de sages hétérodoxes

    Je ne crois pas que l’auteur de ces lignes ait envie d’être "panthéonisé", surtout en pareille compagnie : Outre la défiance traditionnelle entre penseurs, je doute que Monsieur Lordon vise à devenir un mandarin, célébré ou décrié peu importe, quand il est déjà un formidable éveilleur de conscience. Il a certainement assez d’ennemis déjà pour alimenter ses réflexions et, enfin, je déplorerais de le voir mettre son style au service d’une énième commission destinée à noyer le poisson et/ou à se réclamer de la liberté d’expression dans le monde du "cause toujours tu m’intéresses". Mais peut-être me contredira t-il...

  • permalien citoyen frondeur :
    9 mai 2010 @08h42   « »

    @ betov

    ca ira mieux ? mais ca va, merci de prendre des nouvelles, camarade ! :))

    Me ridiculiser ? je réagis a l’article ici pour exprimer un point de vue et éventuellement avoir un échange, encore une fois, pas pour paraitre, étaler ma culture ou éventuellement, dans l’autre sens, risquer de me ridiculiser... tu n’y es pas.

    Être ridicule a tes yeux est un honneur. Ce n’est pas réciproque...

    Relis-toi un peu : la gauche, la droite, l’UMPS, rengaine, rengaine... Citation de Betov (an deux mil dix) : "C’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule."

  • permalien from : Alain lipietz :
    9 mai 2010 @13h21   « »
    Réaction d’Alain Lipietz sur Facebook

    Incroyable que l’ami Lordon en soit toujours à croire que la crise est d’origine financi... Vidi plière...

    Cela commence à devenir inquiétant car en Grèce l’origine sociale (distribution des revenus) et écologique (inadéquation du modèle de développement grec qu’avait jadis analysé Vergopoulos comme "fordisme associé") sont quasiment en première ligne. C’est comme quand on épluche un oignon : la crise de solvabilité émerge dorénavant sous la crise de liquidité, et la crise socio-environnementale sous la crise d’insolvabilité.
    Bon, il y a bien sûr une exigence de régulation de court terme, mais par qui ? Le problème secondaire de Lordon est qu’il est resté keynésien, mais ne sait plus qui occupe la position "Etat" dans son modèle. La Grèce ? L’Allemagne ? Les Etats-Unis d’Europe ?
    Il est vrai qu’un autre des problèmes de Lordon est que contrairement à Boyer et moi il avait voté en 92 pour Maastricht et en 2005 pour le maintien de Maastricht.
    Notre problème à nous est que Lisbonne, ce repêchage intergouvernementaliste d’un traité "fédéralisateur" (mais pas fédéraliste) laisse l’Europe politiquement désarmée. Mais vous allez voir que ce week-end, un tas de verrous cadenassés depuis Maastricht vont sauter, pour que lundi matin "les marchés" découvrent une Europe un peu plus fédérale,

  • permalien BA :
    9 mai 2010 @14h29   « »
    Le Royaume-Uni rejoint son canot de sauvetage.

    Quand le Titanic "UNION EUROPEENNE" commence à couler, que fait le Royaume-Uni ?

    Réponse :

    le Royaume-Uni rejoint son canot de sauvetage.

    Dimanche 9 mai 2010 :

    Londres refuse de participer à un Fonds d’urgence européen.

    La Grande-Bretagne refuse de participer, en y apportant sa garantie, au Fonds d’urgence envisagé pour aider les pays de la zone euro en difficulté, a indiqué dimanche une source diplomatique britannique à l’AFP. « Nous ne voulons pas participer à un Fonds de secours européen », a souligné cette source.

    Les ministres des Finances des 27 pays de l’Union européenne doivent se réunir à partir de 15h00 (13h00 GMT) pour discuter d’un projet de mise sur pied d’un « Fonds de stabilisation de la zone euro » visant à octroyer des prêts de l’Union Européenne aux pays utilisant la monnaie unique qui seraient en difficulté.

    L’idée de départ était que la Commission européenne puisse emprunter jusqu’à 70 milliards d’euros, en bénéficiant de la garantie de tous les pays de l’Union européenne, y compris ceux comme la Grande-Bretagne qui n’utilisent pas l’euro, puisqu’il s’agit d’un mécanisme de l’UE, selon des sources diplomatiques.

    Pour valider un tel dispositif au niveau de toute l’UE, il faudrait l’approbation d’une majorité qualifiée suffisante des 27 ministres européens qui se réunissent à Bruxelles.

    Le refus de Londres d’y participer pourrait contraindre la zone euro à se rabattre sur un mécanisme de prêts garantis par les seuls pays utilisant la monnaie unique, une option également à l’étude.

    http://www.20minutes.fr/article/403...

  • permalien Audi alteram partem :
    9 mai 2010 @15h07   « »
    verte chapelle

    @ l’ami Lipietz

    pour avoir lu de nombreux ouvrages et écrits de F Lordon depuis plusieurs années, votre vision de son analyse me semble pour le moins réductrice !!!

    Pour ne pas être confinée au chapitre des querelles de chapelles, votre argumentation doit lourdement s’étoffer.

    Merci.

  • permalien betov :
    9 mai 2010 @15h18   « »

    Comme tu dis, lipietz, "on va voir"... si ça tombe par morceaux ou tout d’un bloc. :)

    C’était un patient qui ne sachant plus à quel docteur se confier, alla montrer son problème de quéquette à un médecin chinois...

     :))

  • permalien Sergueï :
    9 mai 2010 @18h11   « »
    M. Lordon efface les coups de griffe contre son ami lipietz ?

    Pourtant on sent bien dans les propos dudit Lipietz ci-dessus rapportés qu’il se sent débordé en tant que chercheur et vous ramène à vos positions de 1992, 18 ans, rien que ça, sur le mode du vieux qui sermonne le p’ti jeune " Souviens toi que déjà, à cette époque t’avais tout faux !!"

    y’a quand même de quoi rire, non ?

  • permalien PE :
    9 mai 2010 @21h39   « »

    Pas grand chose à ajouter à cette excellente analyse... Si ce n’est que je croyais que depuis juin 1991 le paradis terrestre devait être à nouveau de retour sur notre petite planète... Il semblerait aujourd’hui que ce ne serait pas exactement le cas, pour le moins que l’on puisse dire, et peut être n’avons-nous encore rien vu... Les caprices violents de la nature en Islande seraient-ils un présage d’un remake des années 1783-1785 et suivantes en Europe ? Le 200ème anniversaire de 1793 est pour bientôt après tout et les bonnes vieilles recettes éprouvées ont parfois du bon, aux grands maux les grands remèdes ne dit-on pas ?

  • permalien PE :
    9 mai 2010 @21h49   « »

    220ème (& non 200ème) bien entendu...

  • permalien Paul Willems :
    9 mai 2010 @21h56   « »

    Je me suis déjà mis à élaborer une nouvelle constitution européenne.

    CONSTITUTION

    1. D’abord, à partir du moment, où il y aurait un embryon de territoire européen propre, il y aurait une puissance étatique propre également, et il faudrait en venir à organiser de réelles élections européennes. La Belgique rêve de se défaire de Bruxelles donc l’embryon de territoire européen est déjà trouvé. Ayant une base étatique authentique, la législation européenne primerait alors la législation allemande qui, pour le moment, a bien trop l’habitude de tirer la couverture à elle que pour que l’Europe n’éclate pas dans un avenir plus ou moins proche. DONC, dans cette nouvelle situation, il en irait de l’Europe, en même temps que du droit, et de la souveraineté de cet état. (Bref, tous les Européens contre l’état fort qui lui en ferait voir..)
    2. Chaque état européen est en droit de prélever une taxe sur ses importations dont le taux est fixé au moyen d’un coefficient variable en fonction du PIB, du territoire, de la population, du rapport entre les importations et les exportations et d’autres facteurs. Ainsi, tout néocolonialisme interne à l’Europe, tout imperium d’un état sur les autres devient pratiquement impossible.
    3. En cas de défaut financier, de crise de liquidité ou de solvabilité d’un état, les plus pauvres, les plus défavorisés ne sont pas pénalisés, seulement les riches, et surtout les plus riches. La propriété n’est pas abolie, mais, au coup par coup, une partie des richesses sont ainsi redistribuées.
    4. Le travail est libre et doit rester libre. Tous sont égaux devant le travail, sans restriction eu égard au sexe, à l’âge, aux origines sociales, ou nationales, ou à la nationalité.
    5. L’état coupable de discrimination est mis à l’amende.
    6. L’état qui abuse de sa position financière pour imposer des échanges contre nature (armement par exemple) et qui auraient pour but de favoriser des guerres est également mis à l’amende. (Dans le cas d’espèce qui nous occupe, France et Allemagne devraient être condamnés à restituer à la Grèce les montants payés à eux par ce pays, pour s’armer.

    7. Etc..

  • permalien
    9 mai 2010 @22h15   « »

    "La Belgique rêve de se défaire de Bruxelles"

    Heu, non, on désire conserver Bruxelles. C’est d’ailleurs une des raisons des problèmes (chaqu’un désirant garder Bruxelles en cas d’indépendance)

  • permalien BA :
    9 mai 2010 @22h29   « »
    500 milliards d’euros !

    L’Allemagne a proposé dimanche soir la mise sur pied d’un vaste plan d’aide financier pouvant être utilisé pour les pays de la zone euro, d’un montant total de 500 milliards d’euros et impliquant le FMI, a indiqué à l’AFP une source diplomatique européenne.

    http://www.romandie.com/ats/news/10...

    Un plan d’aide de 500 milliards d’euros, et impliquant le FMI ?

    Mais avec quel argent ?

    Où vont-ils trouver ces 500 milliards d’euros ?

    Et qui va payer ?

    C’est encore un coup de bluff pour essayer de rassurer les marchés.

  • permalien BA :
    10 mai 2010 @08h55   « »
    L’opération "Ouroboros" a commencé.

    La Banque Centrale Européenne et la Banque du Japon interviennent massivement. La Banque du Japon avait déjà injecté 2.000 milliards de yens dans le circuit bancaire vendredi 7 mai. Lundi 10 mai, la Banque du Japon a de nouveau injecté 2.000 milliards de yens supplémentaires.

    - Quant à la Banque Centrale Européenne, combien de centaines de milliards d’euros va-t-elle injecter dans le circuit bancaire ?

    - Combien de centaines de milliards de dette souveraine grecque va-t-elle acheter ?

    - Combien de centaines de milliards de dette souveraine portugaise va-t-elle acheter ?

    - Combien de centaines de milliards de dette souveraine espagnole va-t-elle acheter ?

    L’opération "Ouroboros" a commencé.

    Lisez cet article :

    "la Banque centrale européenne (BCE) a annoncé des mesures exceptionnelles sur le marché des titres obligataires des Etats et celui des changes.

    L’institut monétaire a indiqué qu’il allait d’abord "mener des interventions sur le marché obligataire privé et public de la zone euro" afin de mettre fin aux "dysfonctionnements" constatés, sans préciser immédiatement quelles formes ces opérations prendraient.

    La BCE a aussi annoncé des mesures pour faire face aux difficultés des banques de la zone euro à s’alimenter en dollars, en facilitant leur approvisionnement, via une action concertée avec les banques centrales des Etats-Unis, du Canada, d’Angleterre et de Suisse.

    La Banque du Japon, qui pourrait s’associer à cette initiative, a pour sa part injecté 2.000 milliards de yens (16,7 milliards d’euros) dans le circuit bancaire nippon pour la deuxième journée consécutive, afin de détendre les conditions d’accès au crédit."

    http://www.romandie.com/infos/news/...

  • permalien BA :
    10 mai 2010 @11h10   « »
    CONtribuables, préparez vos chéquiers.

    Voici ce qui a été décidé lundi 10 mai 2010 :

    - 1- Première étape : les Etats d’Europe du sud doivent emprunter sur les marchés internationaux des centaines de milliards d’euros.

    - 2- Deuxième étape : les banques privées achètent ces obligations des Etats d’Europe du sud. C’est le marché primaire.

    - 3- Troisième étape : la Banque Centrale Européenne va racheter aux banques privées ces obligations des Etats d’Europe du sud. C’est le marché secondaire.

    - 4- Bilan de l’opération :

    - Les banques privées vont gagner des milliards d’euros.

    - La Banque Centrale Européenne va devenir une gigantesque fosse à merde.

    - Dans le bilan de la Banque Centrale Européenne, les obligations pourries des Etats d’Europe du sud seront stockées pendant des années.

    - Les CONtribuables paieront la facture.

    - CONtribuables, préparez vos chéquiers.

    A 09H52 (07H52 GMT), le CAC 40 gagnait 238,09 points (+ 7,02 %) à 3.630,88 points dans un volume d’échanges déjà fourni de 2,551 milliards d’euros.

    Le marché parisien était tiré par les valeurs bancaires qui gagnaient plus de 15 % et effaçaient leurs fortes pertes de la semaine passée.

    Crédit Agricole gagnait ainsi 20,54 % à 39,49 euros, et Société Générale gagnait 19,37 % à 10,81 euros.

    http://www.boursorama.com/infos/act...

  • permalien Paul Willems :
    10 mai 2010 @12h59   « »
    Une autre Europe, ou rien

    Pour ce qui est de Bruxelles, il suffira de faire pression sur les Flamands et les Wallons en leur parlant de la dette nationale belge qui avoisine les 96 % du PIB et du danger qu’ils courent de voir son taux d’intérêt augmenter vertigineusement pour que tout le monde tombe d’accord pour se défaire de Bruxelles et même de la Belgique et pour faire de Bruxelles un district européen, un premier embryon de territoire européen, l’Europe prenant alors à charge une partie de la dette nationale de la Belgique. Bien sûr, cela ne résout pas tous les problèmes bruxellois, flamands ou wallons, mais cela les résout en partie.
    Bruxelles deviendrait alors une agglomération ayant pratiquement le statut de région, mais sa politique étrangère deviendrait celle du ministère européen des affaires étrangères (en partie à créer), etc.. Les impôts bruxellois seraient directement payés à la communauté européenne, au lieu d’être payé à l’état fédéral. Les langues du Parlement Bruxellois seraient celles de tous les groupes linguistiques qui en feraient la demande en faisant valoir un groupe linguistique d’au moins 5000 électeurs, environ le nombre nécessaire de voix pour élire un député régional.
    Une mesure drastique comme par exemple, un impôt bruxellois sur les grosses fortunes, pourrait servir à financer en partie le service de cette dette.

    Au fond, une politique étrangère européenne, une véritable politique étrangère européenne, cela signifierait une nouvelle étape très importante pour l’Europe. Il deviendrait nécessaire de faire le point sur la politique étrangère de l’Union européenne, qui se passe pour le moment surtout en demi-teinte, à l’arrière plan, de manière ténébreuse, ce qui ne sied pas à une organisation démocratique. Qui est l’Europe, que veut-elle réellement, comment prétend-elle fonctionner dans le contexte du monde et de la mondialisation : voilà des questions qu’il serait temps de se poser.

  • permalien betov :
    10 mai 2010 @13h55   « »

    Paul Jorion atterrit presque :

    "Quelle que soit la radicalité apparente des mesures prises hier, le système qui siphonne l’argent du contribuable vers les plus grosses fortunes est toujours en place, et plus que jamais en excellente santé".

    Bientôt, Paul Jorion va être de gauche. Bientôt, il va remplacer son absurde slogan :

    "Interdiction des paris sur les fluctuations de prix"

    Par la seule proposition qui puisse faire sens :

    "Criminaliser l’excès de richesse relative, en plafonnant les fortunes personnelles sur ce qu’il est concevable qu’un individu travaillant seul puisse accumuler en une vie".

    Pour l’heure, c’est le règne de l’utopie : +20% sur les financières. Rions (un peu).

  • permalien BA :
    10 mai 2010 @16h07   « »
    L’opération "Ouroboros" continue.

    Les opérations de rachat d’obligations d’Etats européens, décidées dans le cadre de mesures exceptionnelles visant à calmer les marchés, ont commencé "ce matin", a indiqué lundi le président de l’institut d’émission européen, Jean-Claude Trichet.

    La BCE est restée "totalement indépendante" et n’a pas subi de "pression" pour lancer ces mesures exceptionnelles, a assuré M. Trichet lors d’une conférence de presse à Bâle au siège de la Banque des règlements internationaux.

    Il a également indiqué qu’il était "absolument crucial" que les gouvernements européens atteignent leurs objectifs fiscaux, malgré le plan de soutien sans précédent lancé dans la nuit de dimanche à lundi.

    http://www.romandie.com/ats/news/10...

    Le serpent "ZONE EURO" avait faim.

    Le serpent "ZONE EURO" était en train de mourir de faim.

    Alors, le serpent "ZONE EURO" a commencé à se dévorer la queue lundi 10 mai 2010.

    Le serpent "ZONE EURO" est rassasié momentanément : il ne mourra pas tout de suite.

    Mais il mourra bientôt.

    L’opération "Ouroboros" continue.

  • permalien Hadrien :
    10 mai 2010 @16h48   « »
    On a eu peur...

    Le « Nouvel Observateur » exhibe fièrement, ce matin, sur son site :
    « L’intervention de la BCE est probablement la composante la plus importante de l’accord (européen) et était sans doute la plus difficile à accepter », souligne la Royal Bank of Scotland dans une note de recherches qui parle d’un « précédent » dans l’histoire de la BCE…

    Ceci fait écho au « Monde » qui titrait, Dimanche-Lundi, en pages intérieures (de mémoire) :
    « Les banques commerciales supplient la BCE de leur racheter de la dette publique… »

    Ouf ! on a eu peur… On aurait pu croire un moment que la BCE s’était décidé à racheter directement de la dette publique, comme le font toutes les banques centrales de la planète, à commencer par la Fed et la banque d’Angleterre depuis un bon moment.
    Que tous les libéraux se rassurent : il ne s’agit que de rachat sur le marché secondaire, c’est à dire aux banques commerciales, qui feront ainsi d’une pierre deux coups : de substantiels bénéfices au passage, et de nouvelles liquidités pour entretenir leurs louables efforts spéculatifs.
    Comme si cela ne suffisait pas, le « Nouvel Obs » explicite doctement que le rachat en direct des obligations d’état par la BCE est formellement interdit par le traité de Lisbonne… On est rassurés pour le lobby financier auquel ce traité continuera de prodiguer ses bienfaits !

  • permalien BA :
    10 mai 2010 @22h00   « »
    Grèce : rien n’a changé.

    Grèce : Moody’s envisage toujours un “abaissement significatif” de la note.

    L’agence de notation Moody’s estime toujours que l’abaissement de la note de la Grèce devrait “très certainement être significatif” tout en reconnaissant que le plan de secours de l’Union européenne était un “pas en avant”, selon une étude publiée lundi.

    “Le changement de notation sera très certainement significatif”, a estimé l’agence, qui entrevoit un abaissement “probable dans la catégorie Baa” contre A3 actuellement.

    “Mais un ajustement en catégorie spéculative est également possible”, a ajouté Moody’s, qui a abaissé la note de la Grèce de A2 à A3 le 22 avril.

    La décision dépendra “des développements au sein de l’économie grecque une fois dissipé le brouillard né de la panique financière, des mesures de soutien et des mouvements de protestation”.

    L’agence prévoit de rendre sa décision dans les quatre semaines sur la Grèce, mais aussi sur le Portugal, dont la note est également à l’examen.

    Pour le Portugal, Moody’s juge qu’un abaissement de Aa2 à Aa3 est “probable”, tout en prévenant qu’un passage à A1 “ne peut pas être exclu”.

    L’agence rappelle, par ailleurs, qu’elle ne prévoit pas de changement à court terme des notes de l’Espagne, de l’Italie et de l’Irlande, les autres pays de la zone euro récemment stigmatisés par les marchés.

  • permalien JT Gio :
    10 mai 2010 @23h02   « »

    Votre excellent texte est paru quelques jours trop tôt et la finance et ses sbires gouvernementaux vous ont joué quelques mauvais tours... Il y aura bien recours au QE (malgré la position de l’Allemagne) avec le plan de stabilisation de l’euro, bien que vous ayez envisagé un possible recours à l’impensable en cas de crise grave. Or, la crise des finances publiques est extrêmement grave : j’ai un moment pensé revivre les moments d’angoisse d’octobre 2008 après la chute de Lehman Brothers. La questions qui se pose est maintenant la suivante : le plan européen suffira-t-il à éloigner le risque systémique ou bien doit-on s’attendre à de nouveaux épisodes où le monde se retrouvera près de l’abîme ?
    Votre article étant paru quelques jours trop tôt, vous nous devez une suite où vous répondrez à ma question.
    Merci.

  • permalien citoyen frondeur :
    11 mai 2010 @08h58   « »

    GTio : le plan européen suffira-t-il à éloigner le risque systémique ou bien doit-on s’attendre à de nouveaux épisodes où le monde se retrouvera près de l’abîme ?

    1) ce plan n’est pas un plan de sauvetage ou de diminution du risque systémique, c’est un épisode planifié et prévu par l’oligarchie financière globale qui n’a plus que cette ressource de mise a sac des populations occidento-européennes pour maintenir ses positions d’ultra domination. Cette caste dirigeante est servie dans cette folie par ses sbires de toujours, nos chers politiques européens et européistes, de droite et de gauche.

    2) Il n’y a pas de risque systémique pour la bonne et simple raison que la crise qu’on nous dépeint n’est pas la crise réelle. La crise réelle est une crise économique du monde occidental qui date de 15 ans et que la caste dirigeante s’est ingénié a virtualiser pour s’enrichir malgré et avec cette crise de la production occidentale.

    Je vous invite a écouter Michel Drac, qui n’est pas économiste mais est pourtant pourvu d’un esprit très clair. 4 petits clips très explicites dont le premier est ici :

    http://www.dailymotion.com/video/xc...

    Son bouquin "crise ou coup d’état ?" (crise ET coup d’état) est très concis et bien écrit...

    Les questions qu’on peut alors se poser :

    1) jusqu’où et quand allons-nous accepter de continuer a nous faire tondre ?

    2) que peut-on faire pour se rebiffer (au moins un peu) ?

    je pense que diffuser l’analyse de Drac, quoi qu’on en pense personnellement, est un petit début.

    Peut-être exiger certaines mesures en tant que citoyens, a discuter...

    allez, bonne journée quand même.

  • permalien Nicolas :
    11 mai 2010 @10h58   « »

    > L’État de Californie, en effet, paye en partie ses fonctionnaires avec des bons à terme, appelés IOU, portant intérêt et convertibles en cash à des échéances qui dépendent d’ailleurs de l’état de la trésorerie…

    Je peux me tromper, mais à lire cette phrase, il semble que l’auteur ignore que le terme IOU est simplement l’abréviation de "I owe you". C’est en fait un terme de la vie quotidienne, même s’il a également pris un sens plus spécifique dans le cas de la Californie.

    http://en.wikipedia.org/wiki/IOU

  • permalien brassweb :
    12 mai 2010 @12h42   « »
    la médiatisation de la crise

    ce plan de stabilisation n’est grand coup médiatique, une analyse en images :
    http://www.youtube.com/watch?v=YQpP...

  • permalien
    14 mai 2010 @01h00   « »

    Bruxelles est le cœur du capitalisme belge et l’un des principaux poumon économique du pays.

    "Une réduction de la dette" serait bien insuffisante (en plus de toutes les autres considérations) pour obtenir que le Royaume de Belgique abandonne sa souveraineté sur ce territoire.

    Ceci étant, si l’UE veut financer le Joyaux de sa Couronne, personne ne les empêche de participer au refinancement de la Région qui en a bien besoin.

  • permalien PE :
    14 mai 2010 @10h31   « »

    La cupidité de l’oligarchie de l’économie globale financiarisée n’a d’égal que son absurdité, les populations occidentales ont donné les pleins pouvoirs à des fous dangereux dont le seul but est de s’enrichir indécemment à leur dépend. Qui sont les plus crétins ? Les financiers qui ne cherchent qu’à s’enrichir en sciant la branche sur laquelle ils sont assis ? Ou les populations qui leur ont donné depuis une trentaine d’année tous les pouvoirs réels ? Les pauvres (de plus en paupérisés) sont-ils prêts à continuer à payer pour les délires spéculatifs des riches ? (de plus en plus riches) Au cas où certains n’auraient pas encore compris, c’est ce dont il est question, quand aujourd’hui on vous parle de « rigueur », de « réduction de la dette », de « plan d’austérité »… Quoi qu’il en soit, les oligarques de la finance globale vous remercient bien ! Avoir sacrifié vos salaires et votre pouvoir d’achat, votre épargne, les emplois de vos enfants, petits enfants, de vos parents de plus de cinquante ans, vos retraites à venir, bientôt votre système d’éducation et de santé, pour qu’ils puissent continuer à avoir du pognon à ne plus savoir qu’en fiche, c’est trop généreux de votre part ! Ce système d’économie globale financiarisée n’ayant en outre aucune raison de ne pas aller droit dans le mur, compte tenu de son absurdité, sauf en cas d’insurrection populaire y mettant fin, (mais les moutons sont-ils encore capables de réagir, plutôt que de continuer à se faire tondre voire égorger ?) le pire reste sans l’ombre d’un doute à venir.

  • permalien Mutamuta :
    15 mai 2010 @18h14   « »

    "On pourrait alors avoir l’envie de boucler la boucle et de fermer le chapitre par une sorte de geste logique : faire éponger le surendettement par la finance elle-même, avant de tirer le rideau."

    Je crois que ce serait la solution la plus "morale". Pourquoi respecter des bandits qui vous rackettent ? Et si des citoyens ont eu la naïveté de placer quelque argent en pensant spéculer sur le dos du voisin, tant pis pour eux.

    "Ce ne sont pas de menus grains de sable qu’il faut balancer dans la machine mais quelques bons pavés fiscaux – en laissant toujours ouverte la possibilité d’apprécier si des pavés tout court…"

    Excellent ! Considérant l’autisme, la bêtise, l’entêtement et la corruption de nos politiques, le "pavé tout court" devra très probablement être utilisé en premier.

  • permalien Bruno :
    2 juillet 2010 @20h46   « »

    Un tableau, pour entrer en pleine méditation (et peut-être encore mieux comprendre la situation...) :

    http://lombard-street.ch/2010/05/06...

  • permalien Gey :
    28 octobre 2010 @16h05   « »
    Crise, la croisée des chemins : moraliser le capitalisme ?

    Bonjour
    Excusez-moi de déboucher tout d’un coup dans le débat :

    Que signifie l’expression "Moraliser le capitalisme" ?
    S’agit-il vraiment d’appliquer des préceptes moraux ? Censés s’adresser à des personnes libres d’y adhérer ou non _ de s’engager ainsi au nom de leur philosophie, de leur patriotisme ou de leur religion, ou de s’en abstenir _ ils n’ont aucune prise sur des activités concertées et/ou réglementées, auxquelles est convié tout groupe, tout individu, avec sa propre éthique pour défendre ses intérêts spécifiques.
    La véritable préoccupation est bien, en s’assurant de la sécurité des échanges, de préserver la pérennité d’une économie mondiale tributaire de son édifice financier, récemment fragilisé par des dérapages inquiétants. Il semble toutefois qu’aucun consensus ne se dégage actuellement, entre les experts comme entre les autorités, sur les mesures à préconiser, sur les décisions à prendre pour définir des repères, voire des normes de comportements, susceptibles de prévenir tout débordement.

    Qu’en est-il aujourd’hui ? En l’espèce, c’est le défaut de pilotage qui est incriminé. Mais l’incertitude sur le traitement renvoie à une absence réelle de diagnostic. S’agissant d’un symptôme isolé, il suffirait d’approfondir dans cette direction. Cependant, la persistance de graves déséquilibres mondiaux peut donner à penser que la « maladie » ne se réduit pas à cela et, qu’en conséquence, la « moralisation » du capitalisme comme thérapie pourrait bien s’avérer inopérante. Quand une machine se grippe, avant de proposer un protocole et des procédures de remise en état, il importe de bien identifier et localiser les défaillances, d’ en rechercher les origines, d’en comprendre le mécanisme, pour situer le domaine et les conditions de l’intervention, curative si possible.

    ... suit l’autre moitié du billet....

  • permalien Gey :
    28 octobre 2010 @16h08   «

    Suite du billet :

    Deux logiques président actuellement aux destinées des populations de la planète :
    - celle de l’écologie, dans le cadre des lois du monde physique, qui régit les équilibres et les rythmes biologiques, domestiques et territoriaux, impliquant les êtres vivants et leur environnement, et s’inscrivant dans leur évolution,
    - celle de l’économie, qui s’est progressivement organisée dans le cadre du droit, pour régler les échanges entre personnes, non seulement « physiques » (les gens) mais aussi « morales » (les institutions publiques ou privées).
    L’instauration de celle-ci juxtapose, aux objectifs individuels et collectifs humains, ceux des sociétés commerciales, qui leur permettent, en réalisant un profit, d’atteindre leur équilibre propre, dit « comptable ». A priori, aucune incompatibilité dans la poursuite de ces différents objectifs d’équilibre.

    Naguère complémentaires dans les objectifs d’un développement spontané pour l’une, organisé pour l’autre, ces deux logiques aujourd’hui divergent, au point de se trouver de plus en plus fréquemment en opposition frontale. Le chômage et la pollution sont des indices marquants de cette dérive. Que s’est-il passé ?
    En fait, il apparaît que l’équilibre comptable ne puisse désormais être assuré qu’au prix d’une surenchère exigeant de produire toujours plus, de dépenser toujours moins : ces exigences deviennent alors prioritaires, provoquant de plus en plus de déséquilibres. D’un ajustement naturel de la production à la consommation de produits et de services, nous avons évolué, pour garantir l’ensemble des revenus, à une prolifération sauvage de la production, qui conduit à un détournement systématique de la consommation :
    - d’une part, vers des insuffisances dramatiques dans les secteurs de moindre rentabilité du fait du manque de solvabilité des besoins de base,
    - d’autre part, vers les excès et les abus de toute sorte (gaspillages, pollutions,…) entraînés par une recherche effrénée des clientèles solvables, de plus en plus sollicitées de par leur raréfaction.
    De ce fait, toute gouvernance, fondée sur la prévision et la mesure, devient impossible.

    Comment guérir (de) cette addiction ?

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