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La boîte de Pandore de la biologie synthétique

vendredi 21 mai 2010, par Hervé Le Crosnier

Avec ce texte, Hervé Le Crosnier inaugure le blog « Puces savantes », où seront mises en question les technologies qui semblent continuellement s’imposer aux citoyens, sans que les rapports de forces qui les préparent et les transformations qu’elles impliquent dans la société soient toujours exposés ni débattus.

Le journal Science a publié, jeudi 20 mai 2010, un article d’une équipe de recherche, emmenée par Craig Venter, revendiquant la création de la première cellule dotée d’un ADN entièrement réalisé par ordinateur [1]. Pour Venter, cela représente « une étape importante scientifiquement et philosophiquement ». Si l’on veut bien quitter le mode dithyrambique sur lequel cette annonce est relayée par la presse, cette publication scientifique, et les recherches menées pour parvenir à ce résultat, posent de nombreuses questions qui méritent toute l’attention des citoyens, des décideurs politiques, des associations de la société civile, et doit interroger toutes les communautés scientifiques. Les associations de la société civile, notamment ETC Group, demandent un moratoire sur les techniques employées, dites de « biologie synthétique », et appellent à une réflexion globale sur la génétique extrême.

« La création de la première cellule vivante dotée d’un génome synthétique dévoilée jeudi représente une avancée dans la compréhension des mécanismes de la vie et ouvre la voie à la fabrication d’organismes artificiels pouvant par exemple produire du carburant propre. » C’est avec cette introduction pour le moins spectaculaire que débute la dépêche AFP constituant la première annonce en français de cette publication. Cette manière de transformer des expériences de laboratoire en recettes miracles pour les maux de l’économie et les souffrances de la planète est devenu le mode principal de communication autour de la science. Au détriment à la fois de l’analyse des travaux de recherche, et de la capacité des citoyens et de leurs représentants à évaluer les travaux et à en tirer les conséquences politiques.

En réalité, l’expérience est plus modeste... mais aussi plus inquiétante. Il s’est agi de synthétiser un chromosome dont le code a été écrit par ordinateur, de le construire en s’aidant de levures, de l’introduire ensuite dans une cellule, et de le retrouver après la division de cette cellule. Pour vérifier cela, des « filigranes » ont été introduits par l’équipe de Craig Venter dans le code du chromosome.

La synthèse d’ADN a été réalisée pour la première fois au début des années 1970 par Har Gobin Khorana, et comportait 207 paires de bases. En 2002, Eckard Wimmer indiquait avoir recréé un virus de la polio. On a, depuis, recréé l’ADN du virus de la grippe espagnole de 1918, et amélioré les techniques mises en œuvre. On peut dorénavant commander des brins d’ADN en envoyant leur séquence par courrier électronique. Il existe près de quarante entreprises de synthèse génomique, dont deux en France. Ce qu’apporte l’expérience du J. Craig Venter Institute tient dans l’amélioration des techniques de construction du chomosome et dans la capacité de le retrouver, après la division cellulaire, signe qu’il a pris le contrôle de la cellule. Pour David Baltimore, éminent généticien du Caltech, cité par The New York Times, il n’y a pas création de la vie, mais une recopie. Un travail technique dont il reconnaît par ailleurs la qualité, mais qui lui semble loin des superlatifs employés par l’équipe de Craig Venter pour « vendre » son expérience.

Car vendre est bien l’objectif de ces recherches en biologie synthétique. Venter a déposé en mai 2007 un brevet aux Etats-Unis (sous le numéro d’application 20070122826) et un brevet international (PTO WO2007047148). Il souhaite ainsi devenir propriétaire des techniques de construction d’un ensemble « minimal » d’ADN susceptible de se répliquer à l’image du vivant. Il revendique de même la propriété des processus de production d’hydrogène et d’éthanol qui pourraient être obtenus par des techniques similaires. Nous sommes loin de la recherche visant à « comprendre la nature » et à expliquer les phénomènes biologiques... mais bien dans la course aux applications, susceptibles de faire frétiller les investisseurs du capital-risque.

A terme, il s’agit de contrôler les retombées économiques ou financières de la bulle spéculative du marché du carbone. Dans cette compétition débridée, l’équipe de Craig Venter est associée à Synthetic Genomics Inc., une entreprise elle aussi dirigée par Craig Venter, appuyée par le gouvernement des Etats-Unis, dont le secrétaire d’Etat à l’énergie, le prix Nobel de physique Steven Chu, est un fervent partisan de la biologie synthétique. Une entreprise en partenariat avec les pétroliers Exxon Mobil et BP, dont on peut admirer actuellement dans le Golfe du Mexique la capacité à mettre en œuvre des techniques sans risque !

Une ambition prométhéenne

La production d’hydrocarbure par des bactéries pilotées par un ADN artificiel n’est certes pas pour demain. Mais le principe même de telles études, organisées par des objectifs financiers et agissant comme divertissement médiatique aux problèmes actuels de la planète et de la société, peut être mis en cause.

Car les craintes sont importantes : développement d’armements biologiques ; conséquences pour les employés des laboratoires en contact avec des virus extrêmement pathogènes ; et risques d’un relâchement accidentel dans l’environnement d’organismes de synthèse [2].

La course industrielle, mais aussi les guerres d’ego des chercheurs impliqués, plaident pour une réflexion démocratique globale sur l’opportunité et les conditions d’une telle recherche. Il n’est pas possible d’abandonner la décision aux seuls chercheurs du domaine considéré. Ni de les laisser vendre, survendre et faire briller à coup de strass médiatique des promesses dont on peut largement mettre en cause la crédibilité.

Dans cette réflexion, n’oublions jamais les volontés prométhéennes d’une partie de la communauté scientifique, particulièrement au sein des mavericks (fous) de la génomique à l’origine de la publication de ce jour. Aux journalistes qui lui demandaient s’il n’avait pas le sentiment de jouer à Dieu, Hamilton O. Smith, prix Nobel, actionnaire de Synthetic Genomic Inc., et l’un des signataires de l’article de Science, répond par sa blague favorite : « Nous ne jouons pas. » Le code génétique utilisé pour l’expérience publiée aujourd’hui comporte – ce qu’on nous demande évidemment de prendre au second degré – des marques permettant de tracer le chromosome, et, parmi elles, cette citation du philosophe Felix Adler, tirée du livre American Prometheus, biographie de l’inventeur de la bombe atomique Oppenheimer : « Ne regardez pas les choses comme elles sont, mais comme elles pourraient être. »

Car au fond, c’est bien une logique prométhéenne qui se répand dans la recherche aujourd’hui : une volonté de « réparer la machine-terre », depuis sa structure globale par le « géo-engineering » jusqu’à la nanomatière, en passant évidemment par la « maîtrise » du vivant [3]. La nature n’est plus le modèle unique et singulier que la science doit interpréter, mais un simple objet que les ingénieurs doivent améliorer.... et si possible au nom de la « liberté du chercheur », c’est-à-dire sans que les citoyens puissent s’emparer ni des décisions d’orientation de la recherche, ni de l’évaluation des conséquences tant sur l’environnement naturel que sur les fondements sociaux... ni même des conséquences philosophiques, avec cette quête extrême du pouvoir sur le vivant.

Trop souvent, les chercheurs de ces disciplines duales (qui sont grosses de risques énormes au nom de bénéfices relevant de la promesse) souhaitent régler « entre eux », et avec les entreprises spécialisées de leur secteur, les questions éthiques et de sécurité. C’est ainsi dans le droit fil de la fameuse Conférence d’Asilomar de 1975 sur les biotechnologies que se sont tenues en mai 2006 la conférence « Synthetic Biology 2.0 » à Berkeley, et plus récemment, en avril 2010, une conférence Asilomar 2 sur la géo-ingénierie. Dans tous les cas, on invite des philosophes pour parler de règles éthiques faisant croire à la « responsabilité » des acteurs... pour mieux définir en dehors du regard public, et entre « partenaires » investis dans les mêmes rapports d’argent et de pouvoir, des règles d’auto-régulation que l’on souhaite s’auto-appliquer.

C’est pour cela que de nombreuses associations de la société civile, à la suite de la très influente association ETC Group, ou en France la Fondation Sciences Citoyennes, souhaitent organiser des débats mondiaux pour éviter que ne soit ouverte la boîte de Pandore. Le Forum mondial Sciences & Démocratie, dont la seconde édition se tiendra à Dakar en février 2011, devrait aborder ces questions essentielles. Car les technologies en jeu forment une épée de Damoclès excessivement tranchante. C’est en octobre 2004 déjà qu’un éditorial de la revue scientifique Nature précisait : « Si les biologistes sont sur le point de synthétiser de nouvelles formes de vie, l’étendue des désastres qui pourraient être provoqués volontairement ou par inadvertance est potentiellement immense. »

Pour poursuivre la réflexion

Notes

[1] « Creation of a Bacterial Cell Controlled by a Chemically Synthesized Genome », Science, 20 mai 2010.

[2] Lire Mateo Cueva, « Bits, atomes, neurones et gènes font BANG », Le Monde diplomatique, octobre 2009.

[3] Lire Mona Chollet, « Le ciel nous préserve des optimistes », et Philippe Rivière, « Nous serons tous immortels... en 2100 », Le Monde diplomatique, respectivement septembre et décembre 2009.

21 commentaires sur « La boîte de Pandore de la biologie synthétique »

  • permalien Shiv7 :
    21 mai @18h21   »

    Bonne idée d’ouvrir un blog sur le sujet.

    où seront mises en question les technologies qui semblent continuellement s’imposer aux citoyens, sans que les rapports de forces qui les préparent et les transformations qu’elles impliquent dans la société soient toujours exposés ni débattus.

    C’est du reste étonnant qu’il y ai comme un tabou ou une certaine hérésie à aborder se genre de sujet. Il semble naturel à chacun que le développement technologique est comme un cadeau que l’on doit forcément accepté.. Chacun voyant l’aspect utile et confortable sans se poser la moindre question sur les capacité de l’homme à s’adapter à un nouveau milieu qui devient de plus en plus artificiel au nom de la réalité..

    Bravo pour cet article

  • permalien Claude ANimo :
    21 mai @18h39   « »

    à l’attention de Hervé Le Crosnier

    Merci pour cet article.
    Respectueusement j’aimerais savoir qui vous êtes, ce sur quoi vous portez votre attention, sous quel angle - philosophique, éthique, épistémologique, scientifique, ... - et nous donner éventuellement des éléments de votre curriculum qui pourraient nous éclairer.
    Je vous en remercie par avance.
    Cordialement,

    Claude Animo

  • permalien k.tasse.trof :
    21 mai @23h15   « »

    à l’auteur

    merci d’avoir structuré et approfondi les éléments de mes inquiétudes

    lecteur de SF des années 60 et 70 je retrouve certains thèmes et cela me rappelle Gotlib dans Pilote : "Alors là, mon cher, vous nagez en pleine science-fiction !" qui était la réplique qui devait rassurer. Enfin la SF est toujours Mauvais genre.

    à Claude Animo
    la réponse à une partie de vos questions est déjà présente en de très nombreux endroits sur l’Internet

  • permalien ZeroS :
    22 mai @10h25   « »

    L’information a eu vite fait de faire le tour de la planète...

    Créer des C.A.O. - cellules humaines assistées par ordinateur -, c’est formidable ! Nous pouvons interroger la pertinence de telles recherches en un début de siècle où nous avons dépassé le milliard de personnes souffrant de la faim. En pensant en Jean Baudrillard, nous citerons Gilbert Rist : "Avant de pouvoir manger, il faut pouvoir réserver la "part maudite", consacrée à dieu". Dieu, en l’occurrence ici, est l’objet d’une croyance soutenue dans notre société post-contemporaine que l’on peut qualifier de scientisme.

  • permalien enuncombatdouteux :
    22 mai @14h13   « »

    "De la méthode des études de notre temps" par Giambattista Vico (1708)"
    La critique de la « critique » à laquelle Vico se livre dans le De ratione aboutit à ce reproche fondamental : fascinée par la
    rigueur du modèle mécaniste, la culture moderne se consacre entièrement à l’étude du monde naturel et néglige presque
    totalement l’étude de l’homme moral et de l’homme civil, parce que le monde humain, livré au libre arbitre et à l’occasion, ne
    relève pas d’une véritable « science ». ( ... )

    La seule pratique que la science moderne puisse concevoir, c’est la practica theoriae, l’application d’une théorie scientifique, qui tire son efficacité de la validité de la théorie elle-même. Or il ne peut y avoir de théorie « scientifique » de l’action politique, qui n’est ni nécessaire ni géométriquement déductible, et restesoumise à la contingence, au hasard, aux circonstances, à un temps qui n’est pas celui de la mécanique. On est alors réduit à abandonner la politique au « sentiment », comme disait Montesquieu, ou plutôt à la routine empirique, ou, pis encore, à l’habileté du « machiavélisme ». (…)

    Vico, dans le De ratione, rallume cette querelle qui semblait désormais close au profit des sciences de la nature et de ces sciences mathématiques dont les idéalités, créées par l’homme, lui permettent de parvenir à une certaine intelligence des réalités physiques et à leur manipulation. Il croit que l’homme ne vit pas seulement en savant et en technicien, en chercheur professionnel de vérité. Il vit aussi, et d’abord, comme le savaient les anciens, en défricheur de la grande forêt primordiale, en constructeur de cités, en législateur, c’est-à-dire en poète, en créateur de mots, en raconteur de fables et d’histoires. Il habite en homme le monde, en délimitant et marquant des « lieux » qui lui soient communs avec les autres hommes, qui soient des lieux humains. Et c’est ce défrichement, ce travail « toponymique » de l’homme « topique » qui a permis l’apparition de ce tard-venu, fragile et plein de démesure, qu’est l’homme « critique ». Les avertissements de Vico, adressés à des jeunes gens, en 1708, à l’aube du siècle des Lumières et de la raison triomphante, avaient peu de chance d’être entendus. Mais les idées ont aussi leurs ricorsi et viennent en appel. Notre modernité a perdu ses certitudes massives, et il n’y a pas besoin de tirer Vico vers elle, c’est elle qui vient à lui. Beaucoup de ses questions sont à nouveau les nôtres. Le temps de la prudence est revenu.

    traduction du texte intégral avec présentation par Alain Pons ( pdf )

  • permalien Alain Grosset :
    23 mai @18h01   « »

    Après l’affaire du séquençage du génome humain (celui de Craig Venter, en particulier), Venter nous revient avec la biologie synthétique.
    VIVAGORA (voir lien ci-dessous) a organisé en 2009 des séminaires sur cette question.
    De Miroslav Radman, le 2 Avril 2009, en préparation au débat public au centre G Pompidou :

    "La biologie synthétique ne correspond pas à une rupture conceptuelle ou méthodologique. Elle fait partie des nouveaux termes inventés pour positionner des laboratoires dans la recherche aux financements"

    De Jean-Jacques Kupiec (le même document préparatoire au débat) :
    "Même considéré comme une machine, le vivant peut faire l’objet de deux types de savoir, empirique ou théorique. On peut reprendre l’analogie de la voiture. Le garagiste qui ne connaît pas les lois de la physique et de la chimie connaît pourtant empiriquement la voiture. Il est capable de réparer, voire d’améliorer ou d’en construire une nouvelle. Mais, parce qu’il ne connait pas les lois sous-jacentes de la physique et de la chimie , son savoir est limité. Au contraire , le physicien ou le chimiste est capable de concevoir un nouveau moteur ou de nouveaux matériaux.
    La biologie est dans une situation analogue. Les théories de la génétique et de la biologie moléculaire sont érronées , mais les biologistes accumulent des savoirs empiriques , réels et utiles.

    Bon voyage sur le site de VIVAGORA

    http://www.vivagora.org/IMG/pdf/CR-...

  • permalien guylin :
    24 mai @07h33   « »
    Pandore Pandore, quand tu nous tiens...

    Le risque à faire énormément d’argent avec du vivant - ce qui est à mon avis un des précédents critiques de cette invention - c’est que l’argent amène nécessairement le gangstérisme, et que le vivant amène nécessairement le pas-vivant.
    J’ai revu - justement à cette occasion - un film de Ferrara, de 1998, "New Rose Hotel". Le film est un peu brouillon, très connoté années 90, mais pas inintéressant pour ce qui concerne cette actualité.

    Un génie de la nanobiotechnologie est l’objet de convoitise de la part de groupes de bioingénierie rivaux. Des malfrats free-lance jouent les intermédiaires, et se font doubler. Finalement, plutôt que de perdre le petit génie, son employeur l’utilise pour détruire le comité de direction du groupe adverse : il utilise à leur insu les malfrats free-lance pour faire déraper une manipe de biotechnologie. Un séquenceur d’ADN est hacké pour produire l’ADN de Yersinia Pestis au lieu du virus de rhume. Pas mal de morts à Marrakech.

    On voit bien comment les grands de la sécurité informatique recrutent des hackers.
    On voit bien comment un agent-double jordanien fait sauter une équipe de la CIA après être devenu un agent-triple.
    On ne voit pas vraiment comment cette nouvelle nanobiotechnologie pourrait ne pas donner lieu à un gangstérisme.
    On ne voit pas très bien comment ce gangstérisme pourrait ne pas être victime de son butin.
    Et on ne voit pas vraiment non plus comment le butin en question - vivant - pourrait ne pas se répandre.

  • permalien jana :
    24 mai @16h59   « »

    Pourquoi on ne laisse pas les scientiphiques mettre en oeuvre leurs travaille. On le prends pour les sorcières. C’est abberrant. Nous aurons le carburrant propre et c’est une grande reuissite.

  • permalien miclav :
    24 mai @17h01   « »

    Je vais faire un petit hors sujet, mais qui pourrait faire l’objet d’une enquête sur ce blog : la mutation de l’exploitation cinématographique de l’argentique au numérique, ses retombées sociales (salariés des laboratoires, des cinémas), son intérêt comparatif (pour le spectateur, le distributeur, l’exploitant, le personnel des salles qui restera en poste)...

  • permalien Soubaroux :
    25 mai @04h57   « »
    pour une AIEA de la nanobiotechnologie

    La découverte de Venter n’a pas l’importance fondamentale de celle de la fission de l’atome, par contre elle en a les potentiels destructeurs (et bienfaisants également certe, mais ceux là ne nuiront pas, laissons les donc proliférer).
    Les utilisations de sa découverte devraient être contrôlées par un équivalent de l’AEIA, mais pour les nanobiotechnologies.

  • permalien
    25 mai @16h56   « »

    N’importe quel "outil"(ou découverte) est en lui même neutre, ce qui laisse le champ libre à n’importe quelle utilisation. D’une fois que "l’outil" est là, toutes les potentialités qui vont avec sont possibles.

    Croire que l’on peut contrôler l’application d’une technologie* sur le long terme est illusoire, sans compter qu’entre le "bienfaisant" et le "destructeur" les rôles ne sont pas bien défini et parfois s’inversent.

    La raison nous commanderais de réfréner cette soif de découverte, malheureusement notre aliénation est bien ancrée, bien aidée par les milieus marchands, le démiurge est d’actualité, la spirale du temps nous aspirent..

    *Plus une technologie est efficace et donne de grand moyens individuels (qui plus est, collectifs), suppose un système de pouvoir inquisiteur et de contrôle à la hauteur de cette technologie. Prix de la sécurité, la liberté contrôlée voir conditionnelle..

  • permalien Glyg :
    26 mai @18h17   « »

    Merci pour votre article. Et votre blog fait certainement œuvre utile, vu le peu de place à la critique des sciences dans les média.

    Je travaille dans un domaine connexe (la biologie cellulaire), et il est important de souligner combien la recherche de financement oriente le discours scientifique vers ces déclarations prométhéennes. Dans mon cas, on dira dans un appel à projet que nos recherches vont permettre de ’vaincre le cancer’, alors que cette expression n’a pas vraiment de sens (il n’y a pas "un cancer", ni a fortiori de stratégie unique pour le ’vaincre’). Ce discours hyper-positiviste a deux effets néfastes : il draine les ressources vers des recherches qui semblent monnayables, quand une recherche plus fondamentale serait plus importante à mener ; il entretient en outre une vision de la science comme toute puissante et donc effrayante. Mais ce discours destiné a duper les pourvoyeurs de fond ne reflète pas la réalité de la pratique (dans mon cas, on ne se bat pas contre le cancer, mais on cherche à mettre en évidence les mécanismes fondamentaux de son évolution), ni son avancement réel. On est dans un discours de la promesse.

    Je ne veux pas dire qu’il ne faut pas se méfier de ces nouvelles techniques du vivant, ni s’inquiéter d’une volonté de soumettre le biologique à une approche mécaniste. Mais la méfiance doit être double, parce que le discours public sur les sciences est trop tordu — par la logique d’un financement par projet mêlant public et privé — pour savoir ’ce qu’il se trame’ réellement dans les laboratoires. Dit autrement, je crois que la critique de la science ne doit pas jouer sur la peur induite par un discours fait de promesse invérifiables ("dans 5 ans nous comprendrons comment fonctionne le cerveau humain" ai-je entendu il y a une dizaine d’années) mais aller voir derrière ce qu’il en est : qui finance, quelles sont les retombées réelles, qu’est-ce qu’il en coûte, comment se mélange le public et le privé, etc.

  • permalien miclav :
    7 juin @14h31   « »

    Pour en terminer avec mon hors sujet sur le cinéma numérique (sujet de moindre importance, j’en conviens, mais sujet d’actualité...), la direction d’UGC vient d’annoncer dans le cadre d’un plan de "sauvegarde" de l’emploi, son intention de se délester de 95 opérateurs projectionnistes (sur un peu moins de 190 en france).

  • permalien Janine Guespin :
    17 juin @18h59   « »

    C’est en répondant au commentaire suivant, que j’exprimerai le mieux ce qui me gène dans ce texte et ces échanges : "La découverte de Venter n’a pas l’importance fondamentale de celle de la fission de l’atome, par contre elle en a les potentiels destructeurs (et bienfaisants également certe, mais ceux là ne nuiront pas, laissons les donc proliférer). "
    eh bien non, justement. Il y a un potentiel bienfaisant, mais il ne se développera que si il est porteur de bénéfices financiers, ce qui n’est pas obligatoire. Ce n’est pas "laissons les proliférer" qu’il faut dire, mais "veillons à ce qu’ils se développent, au détriment du potentiel nuisible". La vigilance citoyenne ne doit pas seulement s’appliquer à combattre les risques. Elle doit aussi s’appliquer à promouvoir les effets bénéfiques des découvertes, surtout s’ils ne sont pas aussi "juteux" que ceux qui prolifèrent.

  • permalien Mannoni Bruno :
    18 juin @15h38   « »

    Cette découverte est aussi porteuse d’espoir, pour des personnes en échec thérapeutique, souffrant de maladie orphelines, ou de maladies pour lesquelles il n’y a aucun traitement.

    Il n’y a pas si longtemps il fallait des milliers de litres de sang pour traiter un patient par interféron.

    Un bête E. Coli modifié produit maintenant l’interféron nécessaire au malade, a un prix certes élevé (de l’ordre de 500€ le mois de traitement) mais qui n’a rien à voir à ce qu’il coûtait lorsqu’on devait l’extraire du sang pour certains malades triés sur le volet.

    Idem pour l’insuline : première protéine produite par génie génétique, l’insuline humaine est mise sur le marché en 1982. La compagnie américaine Eli Lilly qui produit l’insuline humaine expérimente sur des patients en Angleterre au début des années 1980,.

    L’insuline humaine fabriquée par génie génétique est identique à l’insuline produite par le corps humain, ce qui présente l’avantage de réduire les risques d’allergies chez les diabétiques.

    L’injection de cellules souches sur des malades qui n’avaient plus que quelques heures à vivre a aussi donné, parfois, des résultats spectaculaires.

    Le coût nécessaire pour obtenir une molécule ayant passé les épreuves de phase I, II et III étant de l’ordre du milliard de dollars, je pense que ces technologies ne s’appliqueront qu’a des maladies ou le ROI est suffisant et les échecs thérapeutiques patents : Alzheimer, CBPC, CBNPC, etc.

    Par ailleurs, et par définition, on ne connaît pas les effets à long terme de ces manipulations, ou molécules.

    Avec plus de 15 ans de recul, (il en faut théoriquement 20 pour avoir tous les es), les médecins ont mis au point un protocole permettant de prescrire l’interféron sur la plus courte période efficace, et savent au bout de deux mois si le traitement sera efficace ou pas. Mais on ne voir plus des prescriptions sur dix ans ...

    On peut imaginer le pire, bien sur, mais il faut un marché solvable qui rapporte un milliard de dollars/an au labo.

    Je suis beaucoup plus inquiet par le décodage du génome humain, dont le coût est divisé par 10 chaque année, et que tout le monde pourrait se faire faire.

    Il y a du bon : détection de la prédisposition au cancer du fumeur, du moins bon : vous n’êtes pas prédisposé, vous pouvez cloper, du très mauvais vous avez une espérance de vie a cinq ans de 10%, je ne vous assure pas.

  • permalien Hervé Le Crosnier :
    18 juin @16h31   « »

    Bonjour,

    Mais l’insuline et l’interféron ne sont pas obtenus par la biologie synthétique, mais par des manipulations génétiques en milieu confiné.

    Ceci est très bien.

    Il ne faut pas confondre ni les différentes techniques, ni leur usage en mode "recherche" en milieu confiné et en milieu ouvert (dans les champs par exemple).

    C’est justement tout l’enjeu du débat : sortir du noir et blanc, de l’optimisme religieux d’un côté et du pessimiste anti-science de l’autre. La question est celle du statut de la science dans la démocratie, et de la démocratie dans la science.

    Hervé Le Crosnier

  • permalien Murmure :
    18 juin @17h39   « »

    M. Hervé Le Crosnier :

    Mais l’insuline... n’est pas obtenus par la biologie synthétique, mais par des manipulations génétiques en milieu confiné.

    Pour enrichir vos connaissances :

    LA BIOLOGIE SYNTHETIQUE
    Qu’est-ce que c’est ?

    Par l’École Polytechnique de Lausanne et l’insuline y figure en bonne place.

    Dans son avis, le GEE utilise une définition de la biologie synthétique qui inclut :
    1) la création de cellules/d’organismes minimaux (y compris de génomes minimaux) ;
    2) l’identification et l’utilisation de « parties » biologiques (boîte à outils) ;
    3) la construction de systèmes biologiques totalement ou partiellement artificiels.

  • permalien
    18 juin @19h12   « »

    Il y a tout de même une différence entre créer des organismes sur base d’un nouveau code et réutiliser des part de génomes identifiés à des fins précise dans un environnement contrôlé.

  • permalien ya basta :
    18 juin @19h39   « »

    Tiens tiens, le bruit n’a-t-il pas couru que le méchant virus HIN1 était un virus bricolé ? Heureusement râté car moins méchant que prévu ! Il n’y a pas de fumée sans feu dit-on !

    On n’a pas fini d’informer sur les dangers des OGM, des nano particules et nano matériaux lâchés sans contrôle dans la nature, profit oblige qu’une autre menace émerge déjà ! Là je crois que la mondialisation des résistances s’impose .
    Finalement nous ne sommes pas grand chose, nous les petits humains, face aux faramineuses promesses de profits financiers ! Ah ça ira, ça ira, tous aux guillotines !avant d’être robotisés, lobotisés fabriqués !

  • permalien Hervé Le Crosnier :
    19 juin @11h34   « »

    Mais NON !!!

    Ne laissons pas circuler des bruits sans fondements, car cela finit seulement par obscurcir le débat et sert en réalité les tenants de la génétique extrême.

    Les virus aviaires mutent, et muteront encore, et finalement, un jour viendra une mutation qui fera des ravages chez les humains. C’est arrivé déjà plusieurs fois (grippe espagnole, grippe de Hong Kong,...). Face à ces mutations, ce qu’il faut étudier, c’est l’adéquation des réponses des sociétés, leurs caractère égalitaire et éviter les manipulations médiatiques et financières.

    Il y a déjà suffisamment à faire avec ces questions sans introduire de faux-débats.

    Hervé Le Crosnier

  • permalien Mannoni Bruno :
    20 juin @18h01   «

    Quand je lis cela :

    http://www.lexpress.fr/actualite/sc...

    ayant travaillé de nombreuses années avec des enfants autistes, je me dis que si on arrivait a fabriquer un virus qui irait faire ce qu’il faut dans l’ADN des autistes pour qu’ils ne soient plus atteint d’autisme, ce serait une énorme avancée.

    De toute manière de même qu’on trouve déjà des médecins qui greffent des organes prélevés sur des humains qu’on a tué (soit assassiné, soit exécuté [peine de mort en Chine]) ou mutilé pour prélever leurs organes de même on trouvera les personnes ayant les compétences nécessaires pour faire les avancées nécessaires à la
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%...
    si on est optimiste ou pour fabriquer des supermen si on est pessimiste.
    Le peu que je connais des améliorateurs de performance pour le sport, les études, le sexe, j’en passe et du moins bon me font dire que cela sera testé.

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