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La dette publique, ou la reconquista des possédants

mercredi 26 mai 2010, par Frédéric Lordon

Ainsi, il y a un « problème de dette publique ». Mais au fait, d’où vient-il ?... Ça n’est pas le genre de question que les promoteurs du thème aiment spécialement à poser : le fait, ou plutôt l’affirmation d’un supposé fait, leur suffit puisqu’il n’est besoin de rien d’autre à leurs yeux pour justifier d’avoir à faire quelques progrès supplémentaires dans le démantèlement de l’État social. Paradoxalement, la situation présente leur est à la fois la plus favorable et la plus délicate. La plus favorable puisque l’explosion en deux ans des dettes publiques est pour le coup incontestable et semble préparer idéalement les coupes les plus claires. La plus délicate car, par la même occasion, elle rend irrésistible la question des origines. Et la gêne qui ne peut manquer de s’en suivre.

Car si le fait frappant est celui de la divergence des deux dernières années, l’imputation est des plus simples : la crise de finance privée ouverte en 2007 porte l’entière responsabilité de tout ce qui s’est passé depuis – ça n’est évidemment pas le genre de mise en question que les agitateurs de « la dette publique » ont le projet de soulever… Pour le plaisir de l’argument a fortiori, accordons-leur donc l’expérience imaginaire du chronoscaphe et transportons-nous par la pensée en 2006 par exemple. Y a-t-il un « problème » des dettes publiques ? Non. Y a-t-il une croissance des dettes publiques ? Oui.

La longue patience de la pédagogie budgétaire

En 2006, il n’y a pas de problème de dettes publiques au sens d’une menace de perte de solvabilité par la divergence brutale des ratios Dette/PIB. Il est vrai cependant que la conjugaison de déficits budgétaires chroniques depuis trente ans et d’une croissance moindre que celle de la période fordienne a conduit à une lente et progressive détérioration des ratios. La question se déplace alors et devient celle de la chronicité des déficits. C’est bien là que veulent en venir les démanteleurs déguisés en protecteurs de l’enfance à l’image de Michel Barnier – mais on en citerait cent autres comme lui – qui nous tirait des larmes encore récemment [1] en évoquant tous ces malheureux nouveaux-nés, à peine sortis du ventre de leur mère, encore fripés et douloureusement projetés dans l’existence car déjà chargés de tant d’euros de notre dette honteuse avant même d’avoir poussé le premier vagissement, nous sommes des monstres (il faudrait prendre le temps d’analyser en profondeur cette présence obsessionnelle des petits dans le discours public, en particulier sous la forme de ce tropisme pédagogique, marque de toute une époque, qui ne cesse d’agacer l’enfance à coup de trucs « racontés à ma fille » – incidente dans l’incidente, on notera d’ailleurs qu’on bassine majoritairement « les filles » (on voit plus rarement des choses édifiantes « racontées à mon fils »), dénotation sans doute d’une sorte de comble de la minorité, le sexe élevant l’âge au carré, qui justifie par analogie tous les efforts des conducteurs de l’enfance, la grande enfance : le peuple immature).

Il va sans dire que pour être compréhensible d’enfants il faut leur parler comme à des enfants. De là ce doucereux langage pour débiles légers dont le discours politique-pédagogique s’est fait une spécialité, en l’espèce, s’agissant de déficits, à base de métaphores simples et accessibles à tous, empruntées à l’économie domestique. Car il est bien certain que tous peuvent comprendre, expérience récurrente des fins de mois difficiles à l’appui, qu’on ne saurait « vivre au dessus de ses moyens », pas plus la France que le voisin de palier. Si la France veut acheter une grosse voiture mais que papa ne gagne pas assez de sous, ça n’ira pas et il y aura du déficit. Mais les éditocrates [2] ont bien plus d’amplitude intellectuelle que ne le donnent à voir leurs nécessaires adresses au peuple enfant, et quand ils se retrouvent ensemble devant des publics choisis (mûrs) ils savent élever leur pensée jusqu’aux plus hautes abstractions, notamment celle qui consiste à voir combien il entre dans l’essence même de l’État d’être impécunieux.

Un argument d’essence est normalement fait pour arrêter la discussion. Il est cependant toujours possible d’avoir le mauvais goût de questionner encore. Par exemple en demandant d’en savoir plus sur la nature particulière de cette impécuniosité. C’est en ce point précis, toute crise financière privée mise à part, que commence l’embarras des ennemis de la dette publique – qui sont en fait ses meilleurs amis.

Trois « D » (ça tombe bien !) :
Dette, Déficit... Défiscalisation

Les ennemis (amis) de la dette n’aiment rien tant que prendre le problème « des déficits » du côté de la dépense. Jamais des recettes. Ce serait pourtant bien intéressant. Car la défiscalisation systématique apparaît comme l’un des caractères structurels les plus robustes du néolibéralisme. Mais défiscalisation pour qui ? Poser la question c’est y répondre, et aussi, peut-être un peu moins trivialement, faire revenir toute une économie politique, cette mauvaise conscience de la science économique, une économie politique où il est question de groupes sociaux aux intérêts antagonistes et des compromis historiques qu’ils parviennent à passer avec l’État, soit à peu près tout ce que la science économique pure, désireuse de ne connaître que la cinématique abstraite des quantités et des prix n’a jamais voulu voir [3]. Or la défiscalisation systématique est l’indice d’un compromis historique que le groupe des possédants – dut le mot paraître suranné, on ne voit pas comment dire autrement – a réussi à passer avec l’État à partir des années 80, en remplacement du compromis social fordien qui avait prévalu pendant les trente années précédentes.

C’est tout un monde en fait que ce groupe a fait surgir, un monde où les structures globales déterminent le compromis local, et où le compromis local se prévaut sans cesse des structures globales, la déréglementation générale et toutes les latitudes stratégiques qu’elle offre aux mieux placés (les plus mobiles) appelant « nécessairement » le grand renversement fiscal dont ils ont été les bénéficiaires, et ceci sur le mode maintenant bien connu du chantage au départ. « Défiscalisez-moi ou je m’en vais » – et les structures internationales profondément transformées en effet donnent force à cette menace. De la baisse de l’impôt sur les sociétés, ramené de 50 % à 33 % par le socialisme moderne (et, bien sûr, sans le moindre effet tangible autre que d’opportunité, sur l’investissement) aux larges défiscalisations des revenus du capital, en passant par les baisses massives et continues des cotisations sociales au nom tantôt de la baisse-du-coût-du-travail-pour-résorber-le-chômage (avec également la belle efficacité qu’on sait), tantôt au nom de l’« attractivité du territoire », jusqu’aux dernières diminutions des taux marginaux de l’impôt sur le revenu, « bouclier fiscal » inclus, et pour ne rien dire du maquis des exemptions en tout genre permettant aux plus riches de ne payer que des clopinettes au fisc, la colonne « recettes » du budget de l’État offre une cohérence d’orientation qui entre dans la cohérence plus vaste de la configuration néolibérale du capitalisme. Dont on pourra dire qu’elle a pour axes principaux : la déréglementation et la défiscalisation.

La reconquista des possédants

Il faut remettre cette évolution en perspective historique pour en avoir complètement le sens et apercevoir combien la période keynésienne-fordienne aura eu un caractère d’exception. Et ce sens n’est nulle part mieux formulé que dans la bouche des grands libéraux étasuniens, sûrs de leur force, de leur bon droit aussi, et par là moins dissimulateurs, qui n’ont jamais caché la nature d’un projet politique visant ni plus ni moins qu’à liquider la malédiction rooseveltienne et, littéralement, à rembobiner l’histoire – a roll back agenda, pour reprendre leurs mots mêmes. Il est vrai que l’époque leur avait été bien peu amène : augmentation du taux marginal de l’impôt sur le revenu jusqu’à 90 % (!), limitation de fait de l’écart du salaire patronal au salaire ouvrier moyens à un coefficient de 30, réduction monumentale des inégalités (mesurées par les parts de revenu appropriées par les 1 % les plus riches) : tel est le fond de géhenne qu’auront vécu les riches étasuniens en cette période que Krugman nomme « la Grande Modération » [4]. Là encore les forces de la politique avaient parlé : profondément délégitimées par le cataclysme du krach de 1929 et de la Grande Dépression qui s’en était suivie, les élites économiques et financières n’avaient eu d’autre choix que de faire profil bas et d’accepter la potion.

L’entrée en crise objective du régime d’accumulation keynésien-fordien les a convaincus que le moment était venu de relever la tête. Jamais plus on ne leur infligerait pareil affront, l’heure de la reconquista avait sonné. L’éloignement historique de la situation qui avait fait leur relégation, et la déstabilisation du corps de doctrine sur lequel cette relégation avait monté ses structures, ont ainsi rendu possible le grand aggiornamento d’abord intellectuel ensuite institutionnel. Il est hors de propos ici de raconter cette histoire dans son détail – elle l’a été longuement dans plusieurs ouvrages [5] –, mais s’il fallait, ne retenant que la perspective fiscale, arrêter une date-témoin, ce serait sans doute l’année 1978 et la proposition 13, adoptée par la Californie à l’initiative d’une mobilisation des républicains. L’événement en soi n’est pas majeur – il s’agit de plafonner un impôt sur la propriété immobilière – mais il prend, à l’époque même, la consistance symbolique d’une rébellion ouverte et de principe contre l’impôt (le mouvement de la tax payer revolt ne contribuera pas peu à l’élection de Reagan en 1980).

Il faut vraiment du sang-froid pour résister à propos des possédants à l’hypothèse de la haine sociale car leur révolution anti-fiscale a pour double propos délibéré et de les ré-enrichir et de ramener les pauvres à leur solitude (« leur responsabilité individuelle ») en démantelant du même mouvement les régulations de l’État-providence (puis de l’État tout court). La stratégie déployée pour parvenir à ce double objectif s’est même donné un slogan : starving the beast ! – affamer la bête ! La « bête » bien sûr, c’est l’État, dont le dépérissement sera organisé par un processus méthodiquement conduit d’attrition fiscale : commencer par le priver de ses recettes pour forcer l’ajustement de ses dépenses. Mais seule la première partie de ce programme va connaître un réel succès, pas la seconde. Les déficits budgétaires chroniques sont le produit de ce milieu du gué.

Dans le cas reaganien, qui inaugure les années de déficit permanent [6], ce n’est pas tant que la régression de la protection sociale n’ait pas été sérieusement entreprise, mais que le reste de l’appareil d’État s’est montré résistant aux amputations qu’on voulait lui faire connaître – et notamment, appareil dans l’appareil, son bras militaire. Le déficit qui s’ouvre à partir de 1984 est le croisement de la première vague de réduction d’impôts et des dépenses astronomiques engagées pour le programme IDS. De ce point de vue, c’est exactement la même configuration que reproduira presque vingt ans plus tard George W. Bush, avec l’Irak et l’Afghanistan en lieu et place de la guerre des étoiles (moins glamour mais bien plus cher !).

Affamer la bête (version française
– mais la bête résiste)

Et en France ? Toute « idiosyncrasie » oubliée, c’est le même chemin général qui a été suivi. La « baisse des prélèvements obligatoires » est devenue une sorte de vérité d’évidence à laquelle la gauche (de droite) n’a eu aucun mal à se rallier – on se souvient que Laurent Fabius en 1999 avait prophétisé que si la droite n’avait plus le pouvoir de faire perdre le candidat Jospin en 2002, « trop d’impôt » le pouvait (on connaît la fin de l’histoire…). Les cumuls de défiscalisation ont fini par chiffrer en longue période. Même la Cour des comptes, institution notoirement connue pour ses penchants insurrectionnels, s’en inquiète. Son rapport de 2010 tente de faire le tri entre ce que le déficit présent doit aux effets de la crise et ce qu’il doit aux effets structurels de la pudiquement nommée « dépense fiscale ». Avant qu’il n’en prenne la présidence, Didier Migaud, député socialiste pour une fois utile, avait attiré l’attention sur une discrète mesure exonérant les entreprises de toute taxation sur les plus-values de long terme réalisées sur la cession de leurs diverses participations. Tarif : 20 milliards d’euros… soit un peu plus d’un point de PIB ! C’était sans doute très urgent. Il faut le dernier degré de la bêtise idéologique pour imaginer qu’il pourra résulter quelque avantage que ce soit de cette pure aubaine dont le seul mérite est de donner une illustration particulièrement haute en couleur de ce que la défiscalisation libérale veut dire.

Le rapport de la Cour des comptes souligne que le budget 2009 était rempli de ces coquetteries : 70 milliards d’euros de « dépenses fiscales ». Il ne serait sans doute pas honnête de les déclarer a priori toutes confondues dans la même inutilité, mais elles font tout de même 3,6 points de PIB et devraient normalement attirer le regard. La Cour qui aime à fouiller dans les coins mentionne également que les Projets de loi de finance (PLF) de 2009 et 2010 manquent à mentionner des « dépenses (fiscales) occultées » (antérieures à 2006) dont le total est de… 145 milliards d’euros – 7,5 points de PIB, et l’équilibre budgétaire est rétabli haut la main ! Mais non, il est bien préférable de réduire le nombre de fonctionnaires, de dégrader un peu plus les services publics, de vandaliser les retraites et de dérembourser à tour de bras (et si ces derniers items sont à la charge directe non du budget de l’État mais des caisses paritaires de la protection sociale, des transferts étatiques leurs sont consacrés, qu’il sera possible de réduire [7]).

On dira qu’au total l’interprétation reste spécieuse puisque en France par exemple, les prélèvements obligatoires n’ont pas baissé (en part de PIB). Mais c’est que, comme l’avait très bien vu Poulantzas en son temps [8], l’appareil d’État n’est pas l’entité absolument monolithique et cohérente qu’on lui prête spontanément d’être. Il est fractionné, traversé de clivages, soumis à des logiques hétérogènes entre court-termisme électoral et projets historiques grandioses, harcelés par des urgences auxquelles il répond au coup par coup et le plus souvent dans l’incohérence. Ainsi, par exemple, la ligne directrice de long terme de la défiscalisation est-elle constamment contrariée par les rappels à l’ordre européens, et quand les coupes de dépenses ne sont pas aisées ni rapides à obtenir il faut bien re-prélever quelque part.

Il reste que si, globalement, le taux des prélèvements obligatoires n’a pas baissé, leur structure, elle, s’est profondément modifiée, et surtout la répartition de l’effort fiscal entre les groupes sociaux. Il reste aussi que le montant cumulé des défiscalisations est considérable et que c’est peut-être bien de ce côté qu’il faudrait regarder pour réduire le déficit structurel (qui rentre presque intégralement dans cette enveloppe). Mais c’est là le grand intouchable libéral, l’acquis social de la reconquista des possédants, le tribut de tout une époque – qu’ils ne lâcheront pas facilement. Or parallèlement, du côté des dépenses « ça » a résisté plus que prévu. Ça n’est pas que les gouvernements n’aient mis tous leurs efforts à la démolition de l’État social (par quoi on comprendra la combinaison des services publics et de la protection sociale). Mais le legs institutionnel de la période fordienne a pesé de toute son inertie et, de ce côté, « ça » ne s’est pas laissé faire. Décembre 1995, mai 2003, et aussi, même à titre incident, le TCE 2005, le CPE 2006 : ces mouvements sociaux, certains victorieux, d’autres non, ont tous manifesté un catégorique refus. Le démantèlement progresse donc mais au ralenti, en ayant à vaincre de fortes oppositions, et en tout cas moins vite qu’il ne faudrait pour compenser les défiscalisations libérales. Déficit et dettes publiques sont la résultante endogène de cette contradiction d’une configuration du capitalisme travaillée en profondeur par des forces antagonistes.

Une économie politique a donc la propriété de faire voir le déficit non pas comme un fait singulier suspendu en l’air et pour ainsi dire sans cause, n’appelant pas d’autre effort intellectuel que de penser comment « ne plus vivre au dessus de ses moyens », mais comme l’expression caractéristique de la contradiction structurelle d’un certain compromis historique entre l’État, les possédants et le reste du corps social. Le déficit chronique en France est le produit de la reconquista défiscale des possédants à l’époque de l’État social (encore) résistant. Survienne un accident de parcours tel que la crise financière et, de chronique, le déficit devient astronomique – et la dette explose pour de bon.

Le conflit social mis à nu

Sous la perspective présente, les plans d’ajustement budgétaire dramatiques décidés simultanément dans bon nombre de pays européens, perdent leur caractère de rectification gestionnaire (« une politique responsable dans une situation difficile » dixit l’inénarrable Christine Lagarde) pour prendre celui d’une gigantomachie politique. Car le déficit ne sera réduit que par annulation des défiscalisations ou par une régression inouïe de l’État social – et voilà l’os de la « situation difficile » : les possédants (inclus le capital) vs. le reste du corps social. Pour arranger le tout, cette gigantomachie prend place sous la pression et le regard des marchés financiers – dont on sait à qui va la préférence. On connaît donc déjà la fin de l’histoire et le sens de l’arbitrage que rendront les « finances publiques », cette impersonnalisation de gouvernements devenus depuis trois décennies les ingénieurs de la restauration à l’usage des possédants.

Mais la fin de cette histoire pourrait être le début d’une autre. Les Grecs qui descendent dans la rue constituent la première vague d’un affrontement profondément international, en tout cas au moins européen, contre la déflation sociale. Car pour toute l’immondice dont s’est couvert le commentaire journalistique sur la Grèce, ou plutôt sur les Grecs (corrompus, feignants, tricheurs, et tous évadés fiscaux), l’impasse budgétaire grecque trouve, là encore, son origine dans les défiscalisations des possédants (les salariés sont tous déclarés et plus encore prélevés à la source, quant au travail au noir il n’est pas l’expression d’autre chose que de la difficulté de vivre dans un pays où le taux de pauvreté est le plus élevé de la zone euro [9]). Et les explications de l’essentialisme raciste où tombent bien ensemble les éditocrates connaîtront un moment de difficulté quand les mêmes causes produiront les mêmes effets et que dans la rue irlandaise, française et, pourquoi pas, britannique, des hommes et des femmes bien blancs, vertueux, responsables et travailleurs commenceront à soulever le goudron.

En attendant qu’il se trouve un homme politique moins timoré que les autres pour venir enfin leur dire : « Déflatés de tous les pays unissez vous ! »

Notes

[1] France Inter, 18 mai 2010.

[2] Mona Chollet, Olivier Cyran, Sébastien Fontenelle, Mathias Reymond, Les éditocrates, La Découverte, 2009.

[3] Pour être tout à fait honnête il faudrait mentionner les travaux de ce courant assez récent de la théorie économique orthodoxe qu’on nomme la New Political Economy et qui, avec un petit retard d’un siècle environ, se saisit de questions dont seul le marxisme avait jusqu’ici fait la matière de ses réflexions. On imagine cependant sans peine tout ce qui peut séparer la New Political Economy, filiale de la théorie orthodoxe, peu décidée à contredire ses conclusions d’ensemble ou à trahir son « esprit » général, et le marxisme… Pour une discussion plus approfondie, mais dans un registre académique, de cette affaire voir : Frédéric Lordon, « Qu’est-ce qu’une économie politique hétérodoxe ? », in Conflits et pouvoirs dans les institutions du capitalisme, Presses de Sciences-Po, 2008.

[4] Voir Paul Krugman, L’Amérique que nous voulons, Flammarion, 2008.

[5] Voir Serge Halimi, Le grand bond en arrière, Fayard, 2005 ; François Denord, Néolibéralisme, version française. Histoire d’une idéologie politique, Demopolis, 2007.

[6] Seulement interrompues par la parenthèse de quelques années de croissance exceptionnelle à la fin de la décennie 1990.

[7] Ajoutons que le déficit public « au sens de Maastricht » est celui des « administrations publiques » lato sensu, c’est-à-dire incluant les comptes sociaux.

[8] Nicos Poulantzas, L’État, le pouvoir, le socialisme, PUF, 1978.

[9] 23 %, voir Kostas Vergopoulos, « Un plan entre demi-solidarité et demi-exploitation », Libération, 24 avril 2010.

371 commentaires sur « La dette publique, ou la reconquista des possédants »

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  • permalien Pipas :
    26 mai 2010 @12h45   »
    Merci ! Merci !

    Encore merci pour vos analyses, d’une justesse exemplaire.

  • permalien Paul Laurendeau :
    26 mai 2010 @13h01   « »

    Oui, exactement. Le RENFLOUAGE DE L’ÉCONOMIE, on a compris allez...

    http://ysengrimus.wordpress.com/200...

    2009, miroir aux alouettes keynésiennes pour les parasites bancaires... 2010, retour à la vieille doctrine des coupures sociales et du "gonflement" de la dette "publique"...

  • permalien
    26 mai 2010 @13h43   « »

    Ben ouais, l’histoire de la dette c’est un bon deux poids deux mesures des familles pour nos idéologues du marché-privé-dérégulé-sainte Trinité.
    Quand c’est côté public, rolala que c’est pas bien la dette, mais c’est qu’on peut pas continuer comme ça, mais c’est qu’y faut réduire les dépenses, ben j’vais vous dire, M’âme Machin.
    Par contre - ô miracle de la pensée Sainte Trinité - dès lors que la dette est du côté privé, y en a jamais assez, comme on vous l’apprendra, le serinera dans (notamment) toute bonne école de commerce qui se respecte.
    C’est qu’ça a de ces beautés immanentes la dette privée, ça vous fait péter le retour sur fonds propres en moins de deux.
    Mais ça, ben j’vais surtout pas vous l’dire, M’âme Machin.

    Donc bref, la dette c’est la grosse excuse (j’ai failli écrire enculade mais je me suis très poliment retenu) aujourd’hui pour poursuivre ce bon vieil objectif de démantèlement des retraites.
    Bon vieil objectif auquel nos "grands" médias et nos hommes "politiques" se rallient dans un nouveau discours de la servitude volontaire qui, lorsqu’il ne relève pas du simple relais d’intérêts ploutocratiques, découle plus bêtement des acceptations pavloviennes de soi-disant intellectuels et autres prescripteurs d’opinion de pacotille dont une huître assoupie n’envierait pas les capacités intellectuelles.

    Marre.
    Vraiment.
    Et pas qu’un peu.

    Que les rentiers et autres possédants se la gardent leur belle dette spéculative et qu’ils en crèvent.
    Ne remboursons pas leur spéculation du prix de nos vies.

    PAS TOUCHE AUX RETRAITES !

  • permalien
    26 mai 2010 @13h57   « »

    "le tribut de tout époque"

  • permalien 4 Août :
    26 mai 2010 @14h28   « »

    Faîtes passer à JM Apathie : il se pose plein de questions sur la dette...

  • permalien klurera :
    26 mai 2010 @14h53   « »
    excellent article !

    Cela fait vraiment plaisir de lire autre chose que les sempiternels articles économiques actuels des Elie Cohen , Nicolas Baverez , michel Godet ... tous soi-disants "spécialistes économiques" ( tous acquis à la Théorie Ultra-libérale de démantèlement de l’Etat Social )... et qui monopolisent tous les moindres espaces des médias dominants .

    Merci Monsieur Lordon ... vous lire fait du bien .

  • permalien Yvan :
    26 mai 2010 @14h56   « »

    Le problème de la dette est beaucoup plus complexe qu’il n’y parait en particulier en Europe où des états en apparence compatibles, cachent des disparités culturelles, philosophiques et religieuses qui resurgissent au premiers aléas sociaux engendrés.

    De même qu’il devrait exister des mots différents entre une dette structurelle et un endettement spéculatif, le même mot "dette" n’a pas la même signification suivant qu’il est employé dans un pays catholique ou luthérien ou orthodoxe.

    C’est la même chose avec l’impôt progressif qui apparaitra comme une punition contre le péché d’avarice dans les régions catholiques, un encouragement à la paresse des pécheurs dans les régions protestantes et une participation à l’aumône générale chez les orthodoxes (en fait, à la mise sous tutelle des pauvres).

    En philosophie, la lutte contre la chrématistique, se traduira par une forte taxation des possédants afin de réintroduire dans l’économie des richesses stérilisées, alors que la lutte pour l’égalité (on devrait là plutôt parler d’égalitarisme), appelle à une taxation uniforme des revenus et des dépenses de chacun indépendamment de la richesse accumulée de chacun.

    La tendance mondiale actuelle qui consiste à imposer des modèles inspirés de religions et de philosophies, plutôt "nordiques", à toutes société humaine en contradiction avec leur histoire et leurs traditions est bien entendu voué à l’incompréhension dans un premier temps, et à la sédition dans un second, surtout quand ces "opérations" sont réalisées avec le crétinisme que leur confère les dogmes.

  • permalien ishamellis :
    26 mai 2010 @16h35   « »

    Merci pour cette analyse excellentissime.
    Une question pourtant me taraude...
    Quelle est la finalité ultime visée par ces possédants ? Que veulent-ils puisqu’ils ont déjà tout ?

  • permalien 10 :
    26 mai 2010 @17h36   « »

    Tout à fait (et modestement) d’accord.

    Il s’agit avant toute chose d’un problème politique et au sens premier du terme, celui du vivre ensemble dans la cité. Coincés entre le Charybde de politiques impuissants et délégitimés et le Scylla d’une finance mondialisée et aveugle, nos démocraties européennes sont confrontées à un véritable danger de mort.

    Démocratie ou Finance, il ne pourra en rester qu’une …

  • permalien Yves :
    26 mai 2010 @18h07   « »

    à ishamellis :
    voilà ce qu’ils veulent, comme Sarko l’a déjà dit à Chabaud (Chabot ?) sur France 2, en 2004 je crois, alors qu’il était encore en train de ramer dans le désert. C’est injustement passé inaperçu et pourtant ça valait le coup.
    Sarko sur le travail : "... mais Madame Chabot (Chabaud ?) le travail rend libre !"
    Ça te rappelle quelque chose ? (cf l’Histoire de l’Allemagne 33/45).
    Voilà ce qu’ils veulent : des esclaves qui regardent Pernaud (Pernod ?) à la télé, qui jouent au loto et qui la bouclent car avec des chips plein la bouche pendant le téléfilm on ne dit pas de grossièretés et de saletés politiques !
    C’est presque gagné non ?
    Le seul problème en somme c’est que justement, y’a plus de boulot !
    C’est pour ça que ça grognote un peu. Faut quand même un minimum pour un billet de tac o tac.
    Mais un petit village peuplé d’irréductibles (gauchistes ? citoyens ? terroristes ?) résiste encore à cet ordre pas très nouveau au moins intellectuellement.
    Maintenant faudrait peut être écrire la suite de l’Histoire, une fois pour toutes, afin de ne pas toujours revenir en arrière.
    Je sais c’est dangereux mais crever pour crever autant que ce soit debout non ? De plus, sous les pavés y’a plus que des plages souillées. Pas de raison de s’attarder donc.

  • permalien Monsieur HR :
    26 mai 2010 @18h48   « »

    "Dans les coffre forts de la bande,
    Ce qu’il a créé s’est fondu,
    En décrétant qu’on le lui rende,
    Le peuple ne veut que son du."
    Eugène Pottier "L’internationale".

    Bon, concrètement, les possédants (inclus le capital) vs. le reste du corps social, ça fait combien contre combien ?

  • permalien de la margelle :
    26 mai 2010 @19h04   « »

    « Car le déficit ne sera réduit que par annulation des défiscalisations ou par une régression inouïe de l’État social – et voilà l’os de la « situation difficile » : les possédants (inclus le capital) vs. le reste du corps social. Pour arranger le tout, cette gigantomachie prend place sous la pression et le regard des marchés financiers – dont on sait à qui va la préférence. On connaît donc déjà la fin de l’histoire et le sens de l’arbitrage que rendront les « finances publiques », cette impersonnalisation de gouvernements devenus depuis trois décennies les ingénieurs de la restauration à l’usage des possédants. »
    Tout ou presque est dit là , pas besoin d’en rajouter tout autour .
    Si le problème actuel est bien posé , par contre , il est à espérer que la solution esquissée à la fin puisse être améliorée . En supposant que le reste du corps social se déplace en masse pour voter pour un homme politique moins timoré ou une femme , en supposant qu’ il ou elle réussisse à unir tous les émules de David pour soulever le goudron et armer leur fronde contre Goliath , qu’est-ce qu’on fait après et avec qui ? C’est ça qu’il faudrait savoir à l’avance , parceque si c’était suffisamment travaillé , mesuré et clair pour mériter d’être inscrit dans un programme politique digne de foi , il n’y aurait même pas besoin de frondes et de cailloux pour que Goliath s’effondre .

  • permalien Didier :
    26 mai 2010 @19h17   « »

    Suis-je devenu intelligent ?

    Depuis quelques semaines, je vous lis fidèlement et j’apprends donc je comprends ! Bon, sans flatterie, y a encore des gens qui réfléchissent, ça fait du bien :-)

  • permalien Alex6 :
    26 mai 2010 @19h54   « »

    Finalement on peut parler d’un cycle de la fiscalisation/libéralisation. Je m’explique :

    Après la Grande Dépression des années 30, causée pour simplifier par un choc de demande, la dette des Etats apparait au grand jour puisqu’ils ont dépensé pour soutenir la consommation et l’investissement. On accuse donc une première fois les "possédants", le libéralisme débridé, la défiscalisation comme étant à l’origine d’un déficit structurel. Résultat : des mesures de contrôle.
    Maintenant, crise des années 70. Les Etats avaient beau stimuler la demande, cela ne créait que de l’inflation, car cette fois-ci le choc venait de l’offre (hausse des prix pétroliers, à la base). On critique alors ces mesures de contrôle puisqu’elles augmentent les coûts de production. Résultat : néo-libéralisation, défiscalisation, déréglementation.
    Aujourd’hui donc, le choc ne pouvait venir que de la demande. On sait ce qui s’est passé. Résultat : tout le monde réclame à grand cri le retour de la réglementation.

    Finalement, un cycle apparaît, les crises d’offre et les crises de demande alternant : libéralisme/crise de 29/réglementation/crise des 70s/déréglementation/crise de 2009.
    Comme si la déréglementation/défiscalisation ne pouvait QUE conduire à une bulle et une crise de demande. Comme si le contrôle ne pouvait QUE conduire à un affaiblissement de l’appareil productif.

    La raison : les mesures ont à chaque fois été trop extrêmes, Roosevelt suivant Keynes, Reagan suivant Friedman, les yeux fermés.
    Le juste milieu est assurément possible. Reste à savoir s’ils oseront le mettre en place... Si on ne fait rien, 1929 et 2008 recommenceront. Si on va trop loin, ce sera 1973.

  • permalien Aigle-Sage :
    26 mai 2010 @20h02   « »

    Un jour, dans un autre blog j’ai tout de même trouvé une belle question : si la dette publique est combattue au point de presque disparaître, où donc ira tout ce pognon ? La réponse de l’intervenant : vers les grosses boîtes, celles qui sont déjà trop riches (p. ex. Google, EDF...). Et ce sera vraiment la fin des états qui n’auront plus d’importance face à ces organisations. Bonne question, non ?

  • permalien hevy :
    26 mai 2010 @20h41   « »

    toujours aussi bon....

  • permalien VB :
    26 mai 2010 @22h04   « »

    Toujours aussi enjoué le ton :-)

    Evidemment, ce que vous dites sonne vrai mais, car il y a un mais, que faites vous des paradis fiscaux ? Car, pour ne rien vous cacher, la vraie richesse (l’accumulation indécente du capital) a plutôt fuit au paradis qu’elle n’est restée sur Terre. Or, comme vous le savez, le paradis est inaccessible de notre monde.

    Quant à ceux qui se font encore des illusions, j’ai une mauvaise nouvelle pour eux = de renoncement en reculades en passant par nombre d’avilissements, nous avons déjà perdu la notion de ce qu’était une démocratie (= une organisation politique faite de pouvoirs et de contrepouvoirs) : l’organisation sociale anglo-saxonne a tout dévoré sur son passage. Mais la bête se meurt semble-t-il, demain est un autre jour.

  • permalien malpoli :
    26 mai 2010 @22h06   « »

    Difficile d’être plus clair. Reste à être plus lu et connu. Merci en tout cas de ces articles lumineux.

  • permalien joad :
    26 mai 2010 @22h07   « »

    Encore une nouvelle livraison de Frédéric Lordon, décidement toujours inspiré, mais il faut dire que le bestiaire libéral lui fourni une mine inépuisable de sujets plus extraordinaires les uns que les autres !
    Et si pour une fois il voulais bien sortir de sa réserve médiatique et croiser le fer comme un Emmanuel Todd (très en forme en ce moment !), imaginons une seconde un trio Lordon, Todd, Onfray... la vie vaudrait encore la peine.

    Merci d’y penser

  • permalien Rouget de Lisle :
    26 mai 2010 @22h26   « »

    Allons enfants apatrides,
    Le jour de gloire est arrivé !
    Contre nous la mafiacratie,
    L’étendard sanglant est levé, (bis)
    Entendez-vous dans vos villes
    Mugir ces féroces financiers ?
    Surgissant dans tous vos foyers
    Anéantissant toutes les vies !

  • permalien Yves :
    26 mai 2010 @22h35   « »

    à Alex 6 ;
    excuses-moi, je ne suis pas un crac en éco alors j’ai besoin de comprendre un truc : j’étais ado en 73 et je me souviens bien que les financiers ne se jetaient pas par la fenêtre, qu’il n’y avait pas exactement les même problèmes de chômage qu’en 29 ou qu’aujourd’hui et pour finir je me souviens aussi qu’il y avait encore un avenir... enfin peut être une illusion d’avenir. C’était très différent de ce qu’on observe actuellement, beaucoup moins dur à vivre en tout cas. Y’avait pas beaucoup de chômeurs en 73 et la décennie 70 n’était pas trop triste même si déjà on sentait monter la pression. On regorgeait même de bonnes idées qu’on ressort des tiroirs ces temps-ci. 73, c’était insignifiant en terme de violence sociale par rapport à ce qui se prépare ou ce qui a eu lieu en 29.
    Pour moi, l’analyse est d’abord politique. C’est pourquoi je suis assez d’accord avec F.Lordon à propos de la reconquista des possédants. Dans une perspective historique qui va de la Révolution à nos jours, on peut admirer comment, dès 89, les "possédants" conçoivent la démocratie... et où ils veulent en venir vraiment. Avec le pouvoir politique, la mise en musique économique pour ces gens n’est plus qu’une formalité.
    Aujourd’hui, cycle déréglementation ou pas, on est en train de l’avoir dans l’os !

  • permalien Nicks :
    26 mai 2010 @22h36   « »

    Le creusement de la dette publique n’est il pas également lié à son financement par le privé, suite à la libéralisation du milieu des années 80 et à la prééminence de l’idéologie monétariste ? Quand on voit que le poids seul des intérêts équivaut presque aux recettes de l’impôt sur le revenu, il y a de quoi espérer que les banques centrales redeviennent un outil de financement...

  • permalien jcd :
    26 mai 2010 @22h43   « »

    A ceux qui se posent la question : Mais que veulent ceux qui possèdent déjà tout ?
    Le pouvoir, la domination.
    Des serviteurs.
    Rien que cela. L’argent, la fortune ne sont que des médiums.

  • permalien Marianne :
    27 mai 2010 @00h55   « »

    Cet article a le mérite de mettre en évidence l’offensive de classe -La reconquista des possédants- qui se dissimule derrière des faits en apparence peu compréhensibles, et dont on ne nous donne guère en général les clés pour les comprendre.
    Cette offensive de classe est globale, elle s’attaque à nos revenus, à nos libertés, à la démocratie, elle tente également de formater les consciences.

    http://blog-citoyen.over-blog.fr/ar...

  • permalien kézaco :
    27 mai 2010 @01h21   « »

    Si l’analyse est plaisante à lire, sa conclusion me laisse perplexe.

    Mise à part attendre le grand soir, j’ai peine à envisager une issue pleine d’espérance, tant l’idéologie des nantis s’est insidieusement introduit dans la tête de tout à chacun via les livrets A, les plans d’épargne retraite, les crédits pour la voiture et ceux pour la maison... je ne vois pas l’ombre d’une cause commune qui viendrait miraculeusement remplacer le rêve petit bourgeois de la grande majorité de nos concitoyens, hélas.

    Ainsi, je pense qu’au lieu d’un sursaut des peuples, nous assisterons plutôt à un inéluctable désordre social qui appellera des réponses de plus en plus autoritaires, une suppression progressive de nos libertés au nom de leur garantie, un retour de l’ordre et des violences envers les peuples : les révoltes sociales seront réprimées, les citoyens seront de plus en plus surveillés et contrôlés, on trouvera des boucs émissaires sur lesquels on fera reposer l’ensemble de nos problèmes et les persécutions repartiront de plus belles.

    Souvenez-vous, cela ne s’est pas passé autrement dans les années qui ont suivi la crise de 1929, notamment dans un pays où régnait le chômage et la misère salariale, où la dette de guerre était un fardeau insoutenable pour les générations présentes et futures.
    Dans de pareilles configurations, comme à la veille de 1917 en Russie ou à la veille de 1936 en Allemagne, le peuple en colère, le peuple affamé, le peuple ruiné s’est soulevé pour instaurer, non pas des exemples de démocraties mais bel et bien des régimes dictatoriaux.

    L’histoire en est parfois désespérante quand elle bégaie.

    Et pour couronner le tout, l’histoire ne nous nous a pas donné un seul homme politique altruiste depuis belle lurette. Il faut remonter très loin dans le passé pour en trouver un seul, c’était dans la lointaine Grèce (tiens, tiens), à Sparte et son nom était Lycurgue. Il était roi de sa cité est vivait chichement se contentant du stricte nécessaire..d’où la connotation du terme spartiate. Il donna à son peuple la première constitution de l’histoire humaine, basée sur des lois simples, justes car égalitaires.

    S’attaquant à la décadence du pouvoir, le plus amusant est son programme économique en opposition aux riches. Il les sépara des autres et instaura une assemblée des pauvres (le peuple) pour contenir le sénat (les riches). Il confisqua toutes les terres et les répartit de manière égalitaire. Et contre les manipulations de monnaie (l’inflation), il suspendit le cours de l’or et de l’argent et les remplaça par de lourds lingots de fer trempés au vinaigre afin de les rendre cassant pour éviter de les manipuler. Enfin, il déclara interdite la thésaurisation et il réduisit les échanges extérieurs.

    Un programme économique à méditer...

  • permalien Vincent Brest :
    27 mai 2010 @01h22   « »

    Merci professeur Lordon,

    Encore un article de poids, seulement je continue à me poser une question : comment renverse-t-on la tendance ?

    Une représentation politique de ces idées capable de devenir majoritaire est-elle en vue ? J’en doute très fortement.

    Même sur un thème mobilisateur comme celui des retraites j’ai le sentiment qu’on rame. Peut-être pourrait-on placarder vos analyses dans les rues ? Mais le lexique nécessaire à la compréhension de votre prose par le plus grand nombre risque d’être plus long que l’article lui-même.

  • permalien stan :
    27 mai 2010 @03h50   « »

    Bonjour,

    Vous parlez de :
    "mentionner des « dépenses (fiscales) occultées » (antérieures à 2006) dont le total est de… 145 milliards d’euros"

    Qu’englobe cette somme ?

    Merci de votre réponse.

    Stan

  • permalien Calmeutier :
    27 mai 2010 @06h17   « »
    Ou comment la Droite endette l’État

    J’ai vu ça en Espagne entre 2000 et 2004, où le PP a endetté l’État en valeur nette.
    D’une part en faisant des cadeaux fiscaux invraisemblables aux classes aisées, notamment dans l’immobilier ce qui a alimenté la bulle immobilière.
    D’autre part en privatisant au rabais des secteurs entiers de l’État au motif de rationnaliser un État endetté, ce qui constituait un cadeau à des groupes industriels bailleurs de fonds du PP.

    Ensuite, quand le pouvoir fut perdu - l’opposition ne gagne jamais les élections, c’est le parti au pouvoir qui les perd - le PP s’est retrouvé certes dans l’opposition politique, mais avec les cadeaux fiscaux et surtout entrepreneuriaux qu’il avait fait à ses supporters quand il était au pouvoir. De fait, il avait transféré une partie de la souveraineté de l’État - et des électeurs - vers l’économie qu’il controllait mieux, et surtout sans élections.

    D’où ce petit goût - iodé - de revanche lors de la récente mise sous tutelle de Caja Sur par l’actuel gouvernement de Gauche.

    Une partie de la Crise de la Dette est un problème systémique, récurrent, lié à l’alternance politique entre une Droite qui entretient avec le monde des affaires des relations plus privilégiées que la Gauche, et une Gauche qui entretient avec l’État des relations plus privilégiées que la Droite.

  • permalien betov :
    27 mai 2010 @08h10   « »

    Superbe article (il n’est pas dans mes habitudes de sortir la boîte à cirage) qui pose une nouvelle fois la question :

    "Mais qui lit ça ?"

    Au dire des sondages... une petite moitié (???!!!) des sondés seraient encore favorable à un recul de l’âge de la retraite. Il semble que la plaisanterie "Comme nous vivons plus longtemps il est inévitable de cotiser plus longtemps"... fonctionne bien mieux que n’importe quelle argumentation logique.

    Pourtant, je note que l’information alternative et internet terrifient le système propagande au point de souvent voir la télé courir après des articles internet.

    La part de population qui fait l’effort de s’informer est-elle si silencieuse et impuissante à influer sur le réel que ça ? Le système de propagande n’en semble pas convaincu...

  • permalien jojo :
    27 mai 2010 @08h41   « »

    excellent article

    il ne reste plus qu’une bonne volonté pour condenser cettte article sur un recto A4, lisible par une majorité de gens.

    juste une remarque : c’est la peur des "rouges" qui a poussé les élites économiques a lâché une partie du gateau.

    la lutte des classe ça existe et le coup de pied au cul ( et plus si affinité ) a une vertu éducative pour ces saigneurs.

    quant à la question plusieurs fois posées " pourquoi cette politique ? " , ben c’est très simple : les possédants estiment n’en avoir jamais assez et SURTOUT estime que c’est leur dû : leur haine du peuple est incommensurable mais cachée ; elle transparait de temps en temps comme par exemple les propos tenus par des habitants du XVIème arrondissement qui s’opposent à la construction d’HLM : écoutez les bien et vous aurez une petite idée de leurs réelles pensées sur le peuple.

  • permalien fda :
    27 mai 2010 @09h17   « »

    Même si je partage vos analyses sur la "déflation sociale" et la brillantissime expression que vous en donnez, je ne suis pas aussi optimiste que vous sur la capacité de réaction des opinions publiques .
    La "société du spectacle" a pris le pouvoir et pousse les êtres à la désocialisation : devenir des "robots consentants" d’un côté (le travail) , être absorbé par une consommation puérile de gadgets de l’autre (la vie perso.).
    Des espaces comme le vôtre ne me semblent plus que des oasis dans le désert, hélas.

    D’ailleurs, les manifs en Grèce ne sont pas si fournies qu’elles en ont l’air, l’Espagne et l’Irlande ne sont pas au bord d’une nouvelle guerre civile ...
    Et puis, bientôt la Coupe du Monde, il y a le volcan islandais, Lady Gaga, et tutti quanti ...

    La vraie fin de l’Histoire, c’est la victoire d’Apple et Google sur le mouvement de masse (ironie du sort, même vos lecteurs font la révolution chacun chez soi en chaussons devant le clavier de leur ordinateur !) .

  • permalien Pipas :
    27 mai 2010 @09h43   « »
    Tous en chaussons !

    @fda
    Je cite et renvoie régulièrement des connaissances à ce blog. Les lumières lordonesques se diffusent aussi dans les bibliothèques anarchistes, où hier au soir par exemple, j’étais en sandales.
    Google et Apple n’ont rien gagné ; ne sont que des outils à notre disposition.
    Aucun media, même papier main stream ne diffuserait du Lordon mieux que son blog ou ses bouquins.
    Prenez jusqu’à quand ? lors d’un week-end ou des vacances, laissez -le traîner sur un coin de table, attendez qu’on vous demande : alors, ça parle de quoi ?

  • permalien th Mercier :
    27 mai 2010 @09h45   « »
    sur la "chute" de vos articles

    Cher Frédéric Lordon,
    La puissance de l’analyse argumentée est une chose précieuse. Mais votre discours rationnel est-il tout simplement audible par des gens - beaucoup de "gens"- qui, bien formatés par leurs études par des médiocrates efficaces, confondent ce formatage-là avec une forme de liberté ?

    Par ailleurs, la chute de vos articles laisse entendre de manière réitérée que c’est la révolte que vous appelez de vos voeux. Soit.
    Mais la force par vous souhaitée de la réaction de ceux qui vont payer deux fois la crise est-elle une solution... pour eux-mêmes ?

    N’y a-t il pas eu après mai 68 les élections de juin68.... ?
    Qu’est devenu Spartacus ? Et Karl L. et Rosa L . ?
    Rimbaud s’est-il beaucoup trompé en écrivant -horrifié, à la fin des Illuminations- "nous massacrerons les révoltes logiques" ?
    Quand on voit les révoltes dispersées à ce point (infirmiers anesthésistes bloquant un après -midi la gare Montparnasse ; grève X des ouvriers de la vile de... ; etc, etc) , on se dit que les formes de luttes efficaces et conviviales sont peut-être encore à inventer !
    Et que les formes non violentes de boycotts concertés, de l’inertie aussi ont, qui sait, des forces insoupçonnées...

  • permalien Yves :
    27 mai 2010 @10h10   « »

    oui fda, on est devant l’ordinateur, on se jauge, on se flaire, on se découvre, on se reconnaît on échange des commentaires, puis des analyses, on se compte, recompte, on est pas assez (qui sait ?) et tout cela en chausson (ou pas) devant l’ordinateur. Mais c’est comme ça que ça commence la résistance, en pantoufles parfois. Il faut toujours un début, c’est laborieux parce qu’on est des hommes et pas des machines. Avec internet on a peut être une chance de se réunir, de constituer une force car bien que ça soit fliqué ils n’ont pas encore réussi à le contrôler totalement. Profitons en.
    Les cassettes audio ont joué ce rôle, en leur temps, certes pas toujours pour les meilleurs combats mais efficacement.
    Alors pour l’instant diffusons l’info autant qu’on le peut ce sera toujours ça de fait.

  • permalien boris :
    27 mai 2010 @10h14   « »

    Oui mais peut être bien que la révolution doit passer par les claviers justement.
    Nous avons cet outil de communication formidable qu’est internet, servons nous en pour partager et diffuser nos idées.

    Quant au renversement de la situation, nous ne serons probablement plus de ce monde s’il a lieu un jour.

    Cependant l’essentiel s’est d’y participer, parce que quel que soit le résultat, on ne se sera pas laissé faire et c’est ça le plus important.

    courage à tous

    un jeune

  • permalien Roland011 :
    27 mai 2010 @10h39   « »

    stan : 27 mai @03h50 Une partie de la réponse :
    Dette : l’écran de fumée de la rigueur
    Vincent Drezet - Chroniqueur Associé | Mercredi 26 Mai 2010 à 15:01 | http://www.marianne2.fr/Dette-l-ecr...

  • permalien Pedro :
    27 mai 2010 @11h56   « »

    Cher Frédéric Lordon,
    Merci encore pour cette analyse impeccable et la clarté de votre démonstration.
    Ma crainte est que le corps social n’ait pas encore atteint le niveau de souffrance qui rendra enfin inopérante l’interprétation du réel par le discours dominant. Les révoltes inorganisées et sporadiques seront inutiles sans l’émergence d’une offre politique alternative,et cela risque de prendre du temps.

  • permalien Saint Just :
    27 mai 2010 @12h11   « »

    @ Alex 6
    Milton Friedman passe sa thèse à l’université de Columbia en 1946
    Sa théorie : Mettre l’Etat hors de la vie économique et restaurer le libre fonctionnement du marché.
    Si on se passe de l’état comme le veut la doctrine libérale, on reviendra à la période historique d’avant louis XI la guerre de cent ans les seigneurs et les manants et nous verrons si les générations qui viennent vivront plus longtemps.
    L’Etat et la démoctarie sont une protection des peuples contre les oligarques financiers et c’est bien pour cela que ces mêmes financiers souhaitent réduire l’Etat à rien au profit de continents où d’espaces marchés, le choc pétrolier moi je veux bien mais il faudrait parler surtout de choc idéologique.

  • permalien Corine :
    27 mai 2010 @12h33   « »

    Merci Professeur Lordon.
    Je suis à peu près ignare en économie, et pourtant je vous lis très clairement.
    Amis commentateurs, depuis quelques mois, des Hommes Politiques républicains qui ont créé des partis dits de gouvernement, dénoncent le néolibéralisme et appellent de leurs voeux un protectionisme européen ou national : A gauche Le Parti de Gauche qui a rompu, je le crois, avec le PS néolibéral, à Droite Debout la République qui se réfère au Gaullisme social. S’ils s’alliaient, ils pourraient être élus.
    Quant au Peuple, je suis persuadé qu’il ne faut pas trop le chatouillé ! Aujourd’hui, y a manif, descendez dans la rue, cessez le travail !

  • permalien dadou ron ron :
    27 mai 2010 @12h33   « »

    justesse du propos n’implique pas sa pertinence socialement validée. Une idée ne devient vraie, une force matérielle que lorsque elle s’empare des masses....alors sans doute nous reste-t-il à réinviter "l’agit prop" : quoi ? avec qui ?

  • permalien Pipas :
    27 mai 2010 @13h03   « »
    La longue route de la reconquista des possédés

    Rome et l’utopie de Friedman ont pour point commun de ne pas s’être faites en un jour ; notre reconquista prendra peut-être elle aussi des décennies. Une petite victoire après l’autre.
    Ne comptez pas que sur internet ! Pour la guilde des usuriers, surveiller, censurer ou couper ne sera qu’une broutille, si nécessaire.
    Voyez l’UMP, voyez sa vision des blogs : http://www.lepost.fr/article/2010/0...
    Mais le pire ennemi, c’est encore l’autocensure !
    Vive la liberté d’expression et l’érudition du blog de Lordon !

  • permalien Julien Tournier :
    27 mai 2010 @14h16   « »

    @ th. Mercier

    Je partage votre analyse... une nouvelle forme de soulèvement populaire est à inventer... Nous avons vu la force de mobilisation des réseaux sociaux (flashmobs, apéros géants), il reste à organiser et relayer un appel au boycott de masse. Las, nous autres ex-citoyens devenus consommateurs hyper-inactifs avons désormais plus de pouvoir en remplissant notre caddy de supermarché qu’en déposant notre bulletin dans l’urne ! Alors que diable, utilisons-le !

    (je me répète)

    Achetons bio ! Achetons local, français où à tout le moins U.E. et surtout, surtout, si nous n’avons pas besoin... n’achetons pas !

    Quand à l’exercice (brillant) de F. Lordon qui consiste en une variation perpétuelle sur un thème éculé (la mise au grand jour de la lutte des classes), je crains qu’il ne lasse, tant, les moyens de résoudre le constat dressé (pourtant limpide) demeurent obscurs, tant pour le pékin moyen que pour le pékin éduqué... et puis nous vivons dans le monde du zapping, bientôt, nous passerons à autre chose !

    Ceci étant, l’exégèse de cette "reconquista" est toujours bonne à prendre... la notion de "cycles" s’avère finalement assez rassurante. Mais la vieille Europe ayant historiquement servi de chambre de compensation à ces luttes titanesques possédants/peuple, n’est-il pas à craindre que les temps s’obscurcissent davantage et que la démocratie consumériste cède le pas à une vraie dictature ?

    Petite info amusante : Aujourd’hui la capitalisation boursière d’Apple Inc. atteint la somme historique de 224 948 635 650,00 $ soit 6% de la dette publique française ;-)

    Note au webmaster : ce serait pas mal de pouvoir contacter directement les internautes qui réagissent... histoire d’organiser le grand soir ;-)

  • permalien icare :
    27 mai 2010 @15h10   « »
    Guerre chirurgicale

    Il me semble que nous n’aurons malheureusement pas suffisamment d’adhésion auprès du peuple pour une "révolution" nous sommes trop formaté et sans doute apeuré, nous voulons garder le peu de liberté qu’il nous reste égoïstement.
    Je pense que nous devons comme tous les possédants jouer sur la peur, la masse visible d’un peuple dans la rue sera instantanément stoppée par l’armée. Je pense que la frappe chirurgicale et sournoise ciblée sur les quelques élites leur mettrons la peur au ventre. Regarder le fonctionnement des indépendantistes Basques ou Corse qui frappe de façon ciblé et même les gouvernements ont du mal et ont peur de les toucher.
    Je rêve sans doute, mais le rêve est la seule chose que l’on ne pourra pas nous enlever.

  • permalien Veig :
    27 mai 2010 @15h25   « »

    @icare : ce qui leur fout la trouille actuellement, c’est la capacité de mobilisation des réseaux sociaux autour d’apéros géants... La sur-réaction est tellement forte (alors que le trouble induit est bénin) qu’on ne peut que supposer qu’ils chient dans leur froc à l’idée qu’un jour les réseaux sociaux puissent servir avec le même succès à mobiliser les foules contre le pouvoi en place...

  • permalien icare :
    27 mai 2010 @15h51   « »

    @veig : Effectivement on s’est bien rendu compte que les réseaux sociaux font peur, mais on se rend compte également qu’ils arrivent à stopper le mouvement. Pourquoi moi qui suis dans la classe moyenne, qui paie gentillement mes impôts et qui ais un acquis social et un certain confort de vie, j’irais au front au risque de tout perdre ? je suis formaté, individualiste et j’attends que les autres agissent pour moi et beaucoup ne le disent pas mais pensent la même chose.
    Il ne faut rien avoir à perdre pour se mettre en mouvement, hors aujourd’hui on a beaucoup à perdre et c’est comme ça qui nous tienne. Je relaie au maximum les informations que je peux glaner ici et là auprès de mon entourage, pour que tout le monde prenne conscience mais on ne sent pas une réelle envie de bousculer les choses.
    Nous pouvons en tout cas commencer par verrouiller le système en évitant autant que possible les crédits et arrêter la consommation excessive. Mais dans tout les cas c’est un mouvement ordonné et général qui doit se mettre en marche mais qui est capable de rassembler ? sans avoir une idée de pouvoir ? ou de manipulation.

  • permalien
    27 mai 2010 @16h12   « »

    Il y a des moments dans l’histoire, où tout bascule.
    Ces moments ne se décrètent pas. Mais les situations de crises peuvent créer ces moments.

    De même que la classe moyenne pourrait bientôt apprendre qu’elle pourrait tout perdre, permettant de recréer une cohésion des classes sociales inférieur au tour d’un mot d’ordre simple : nous ne payerons pas un centime et s’il le faut, nous userons de notre souveraineté (pour ceux qui avaient oublié où elle résidait in fine).

    Nul ne peut prévoir l’avenir, mais le temps est changeant et indécis...

  • permalien Aldo Moro :
    27 mai 2010 @16h38   « »
    ELASTICITE DE L’ ESPERANCE DE VIE ....

    Il semblerait qu’à France Telecom l’espérance de vie des salariés est inversement proportionnée à la croissance boursière .

    Il y eut un précedent généralisé ( il y a des chiffres ) de ce retournement de tendance : de l’ancienne Urss vers la Russie oligarchique .

    Là , la "valeur" socialisée s’est transportée vers des paradis fiscaux , avant de revenir tranformée en capitaux anonymes .

    Le Christianisme divise geographiquement et culturellement son cours , qui vient se perdre dans l’amer monde marchandise . La consommation était l’opium du peuple , revenons à la réalité des temps : servitude volontaire au travail borné ( notre royaume n’est pas de ce monde )...

    ou bien Usage de la vie ? Nous allons être contraints de choisir

  • permalien Mnemosis :
    27 mai 2010 @17h28   « »

    Quel tissu navrant de banalités conformistes ; et surtout que de naïveté ! La théologie lordonienne est aussi plate que la doxa néo-libérale.

  • permalien LEMERLE :
    27 mai 2010 @17h48   « »

    Cela fait plus quelques décennies que nous sommes en crise !
    De Giscard à Sarkozy en passant par Raymond Barre, et cette soit-disant crise est toujours une bonne raison pour en faire subir les affres toujours aux mêmes.
    Les banquiers et les politiques se sont mis d’accord pour rogner les acquis et tenter de nous placer en situation de "peur" afin de nous faire avaler tout ce qu’ils souhaitent.
    Ne nous laissons pas faire...Faudra-t-il attendre qu’ils aient tout prit pour réagir ?
    Elle à vraiment bon dos "La crise" ; Mais quelle crise ?
    Les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. Les classes moyennes voient les avantages acquis se transformer en peau de chagrin au profit des financiers !

  • permalien Pipas :
    27 mai 2010 @17h48   « »
    L’Europe, des chimères et des hommes

    Les condamnations de la France par la Cour Européenne des Droits de l’Homme ont souvent le parfum capiteux de victoires ; et sapent l’inertie mentale de notre cher hexagone. Par exemple, en matière de discrimination :
    http://www.mag-paris.fr/La-France-c...
    Mais qu’en est-il de la distance qu’il reste à parcourir pour atteindre l’idéal de l’abolition des privilèges ?
    Nul justiciable européen et plein d’espoir se lançant dans ce combat ne pourra s’appuyer sur un texte lui-même vicié, et sans se poser au préalable la question de l’abolition des larbins.
    Le travail (du latin tripalium, un instrument de torture) désigne l’effort, l’application nécessaire pour faire quelque chose.
    Constitution Européenne
    Article II-64 : Interdiction de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants
    Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants.
    Article II-65 : Interdiction de l’esclavage et du travail forcé
    1. Nul ne peut être tenu en esclavage ni en servitude.
    2. Nul ne peut être astreint à accomplir un travail forcé ou obligatoire.
    3. La traite des êtres humains est interdite.

    Le travail rend libre. Votre muridé épileptique et grand hiérarque vous en assure. Arbeit macht frei. Les locaux de France Télécom devraient être délocalisés à Auschwitz. La guilde des usuriers apprécie tellement notre soumission.

  • permalien herve :
    27 mai 2010 @18h07   « »

    En réponse à Mnemosis.

    Mon cher ami l’admirateur de LORDON que je suis est très impatient de lire vos propos concernant l’économie, une adresse de site peut-être à nous indiquer pour nous faire partager vos brillants commentaires ???

  • permalien Peretz :
    27 mai 2010 @18h17   « »

    Attention Frédéric, tu ferais bien de raser les murs en rentrant chez toi. Ou ne pas aller dans un café près de la vitre, pour éviter de finir comme Jaurès. On a encore besoin de toi...

  • permalien Shiv7 :
    27 mai 2010 @18h30   « »
    La dette publique, ou la reconquista des possédants, laissons faire,on se met tous au troc..

    Il ne faut rien avoir à perdre pour se mettre en mouvement, hors aujourd’hui on a beaucoup à perdre et c’est comme ça qui nous tienne.

    Je dirais pas que c’est comme ça "qu’ils nous tiennent", c’est trop facile de reporté sur les autres une chose qui nous appartient.

    En réalité "on se tient tout seul", l’auto asservissement s’avérant l’aboutissement de l’évolution sociale humaine se libérant du système de castes et d’esclavage, en ayant traversé entre deux toute l’utopie de la libération moderne s’incarnant dans l’humanisme, les droits de l’hommes et le matérialisme dans toute l’étendue de son influence.

    De plus les réseaux (monétaires ou autres) étant devenu à la fois mondiaux et individuel, chacun se trouve en quelque sortes liés et dépendant de l’ensemble qui lui aussi semble "tenir tout seul" ..

    La terre est comme un gigantesque organisme (artificiel) interactif, si un organe "foire" le reste risque de suivre.

    L’organe spécifique de l’économie semble souffrir de cancer (comme dirait Baudrillard), c’est la multiplication indéfinie non pas des cellules mais des devises et valeurs de toutes sortes qui depuis bien longtemps ne correspondent à rien, à force de vivre sur le vide il faut bien que fatalement l’on tombe dans le trou.. En fait je crains que l’étendue du cancer ne s’en tienne à cet organe, la démultiplication dans le vide se voyant à tous les niveaux de l’organisme mondial humain comme dans les armes ou les réseaux virtuel pour ne citer qu’eux.

    J’applaudis aux posts ci dessus qui en appel à la modération consumériste, il serait peut être temps de sortir de cette obscurantisme bien entretenu qui nous fait croire que la liberté est dans la consommation, la possession, la nouveauté, le futur, etc qui sont chacun à leurs manières des asservissements. Tout le monde le sait depuis belle lurette, mais tout le monde s’en fout, trop heureux d’être non-libre, au nom de la liberté.

  • permalien th Mercier :
    27 mai 2010 @18h32   « »
    sur "le thème éculé (la mise au grand jour de la lutte des classes)" de Frédéric Lordon

    @julien Tournier.
    @tous les intervenants du blog

    Le concept de lutte des classes a été abandonné depuis longtemps par le PCF... Et ne parlons pas des autres ! Certes, l’idée fait peur. Est-ce à dire que les classes n’existent pas ? Ou que les classes "supérieures" ne savent pas bien s’organiser pour sauvegarder ... leur classe justement ? Et avec quelle classe !
    J’ai peut-être la faiblesse ou l’aveuglement de lire dans les analyses de F.Lordon nombre d’informations objectives articulées entre elles.
    Quant à votre mot : "la vieille Europe ayant historiquement servi de chambre de compensation à ces luttes titanesques possédants/peuple...", il donne envie de vous conseiller la lecture de l’historien anglo-saxon Eric Hobsbawm, l’ère des empires , par exemple, pour compléter votre propos vers des pays supposés plus...jeunes.

    J’attendrais mieux, en général, des intervenants de ce blog :
    la concision, non le bavardage ;
    la relecture pour éviter les fautes d’orthographe qui altèrent le sens des propos ;
    des critiques, pourquoi pas, mais étayées ;
    des pistes de lecture ;
    une dialectique un peu plus articulée.

    Le silence vaut mieux parfois...
    J’arrête donc là.

  • permalien Alex6 :
    27 mai 2010 @19h19   « »

    @ Yves :
    Je suis entièrement d’accord avec toi sur le fait que la crise des années 70 a fait moins mal qu’aujourd’hui (encore que sur le plan du chômage, en France c’est à partir de 1973 que le taux augmente fortement pour atteindre les 10%, soit environ le niveau de 2010, au milieu des années 80). Mais il faut dire qu’il était beaucoup plus facile alors de tout déréglementer qu’il l’a été de mettre en place un contrôle en 1929, et qu’il le sera pour nous du fait de la nature de la crise qui appelle un certain type de mesure. Et je te rejoins bien sûr sur la raison : pour les politiques, un « possédant » vaut bien dix de nous. En fait, il vaut ce qu’il possède sur ce que l’on possède, ce qui n’est pas la démocratie sociale. Mais alors que doit-on faire après la crise actuelle ? On peut tout réglementer, au risque que 73 se reproduise (ce qu’on voudrait quand même éviter si possible, ce n’était quand même pas agréable), ou essayer de trouver le juste milieu en traitant tout le monde (tous les possédants et tous les autres) de la même manière.

    @ Saint Just :
    Tout à fait d’accord avec toi sur l’opposition idéologique, et l’état sans Etat où règne la loi du plus fort n’est bien sûr pas une solution. L’expérience a suffisamment montré que le libéralisme poussé à son extrême (et même avant son extrême) n’entraînait pas l’enrichissement général, que la « main invisible » n’était là que pour les plus chanceux/les plus puissants. L’Etat doit donc être là pour s’assurer de la juste répartition des richesses, et le problème est donc celui de son indépendance vis-à-vis des possédants qui n’y ont pas intérêt. Mais à partir du moment où on veut qu’il intervienne, il a aussi besoin de ces possédants, de leurs investissements pour se financer (on parle à partir d’un article sur la dette quand même). C’est pourquoi un juste milieu sur l’échelle de la libéralisation, qui traite tout le monde de la même manière, me semble être la meilleure solution pour un Etat. Il faut que les possédants soient raisonnables, et que tout le monde se rende compte que la stabilité, le contrôle précisément délimité, si ils sont moins bénéfiques sur le court terme, permettront d’éviter les différents types de crise (tandis qu’un contrôle total se concentrera sur un seul type de risque). Il s’agit donc de dépasser les idéologies qui ont à chaque fois été poussées aux extrêmes, et ce n’est jamais bon. L’idéologie impose une vision, alors que le pragmatisme appelle à considérer les différentes options et à les mélanger pour obtenir un résultat.

  • permalien ping :
    27 mai 2010 @19h21   « »

    @didier : Sans vouloir bâcher, n’y aurait-il pas une inversion... pour ma part, je comprends donc j’apprends ! n’est -il pas ? ;-)

    Autrement, il s’agit comme d’habitude, d’un texte très intelligible. Merci M. Lordon

  • permalien Ultima Ratio Populi :
    27 mai 2010 @19h53   « »

    C’est bien connu, l’endettement est le meilleur allié et argument des néolibéraux, il permet de légitimer les coupes sombres dans les budgets sociaux.
    Surtout, quand on est avant tout occupé à rembourser à titre individuel sa dette, on ne pense pas à manifester voire on ne pense pas du tout.
    Voilà le but ultime, l’accaparement des richesses par quelques uns, le joug pour les autres et le contrôle sécuritaire, corollaire d’une situation pré insurrectionnelle sur tous

    La rue, Ultima Ratio Populi .

  • permalien
    27 mai 2010 @19h53   « »

    Les possédants ne sont "raisonnables" que quand ils ont peur... et encore, s’ils peuvent transiger.

  • permalien K. :
    27 mai 2010 @22h10   « »

    L’image de la bête qu’il s’agirait d’affamer est très insatisfaisante.

    Que l’obscène oligarchie étatsunienne rechigne à contribuer elle-même à l’alimentation de “la bête”, qu’elle veuille privatiser à tout crin, et que la conséquence en soit une diminution drastique des dépenses sociales, c’est certain, mais comment pourrait-elle vouloir du mal à cela même qui lui permet de s’engraisser ?

    Qui c’est qui renforce les privatisations, ouvre des marchés extérieurs, dérèglemente, si ce n’est “la bête” ?

    Et pourquoi le “bras militaire” de l’Etat étatsunien et ses dépenses sont-il présentés comme s’ils contrariaient les projets de cette oligarchie ? En tant qu’ils servent avant tout à imposer à l’étranger des marchés extérieurs et des structures économiques favorables aux intérêts de cette oligarchie, cette dernière n’est certainement pas contrariée, bien au contraire.

  • permalien K. :
    27 mai 2010 @22h30   « »

    Dean Baker :

    La question pertinente du débat ne réside pas dans l’opposition « vertus du marché libre versus réglementation gouvernementale ». L’industrie veut une réglementation gouvernementale, mais pas d’une manière qui restreint ses bénéfices.

    Tony Judt :

    ...la nécessité pratique d’Etats forts et de gouvernements interventionnistes est incontestable [pour tout le monde]

    ...le choix [n’est] plus entre l’Etat et le marché, mais entre deux sortes d’Etat.

  • permalien AbsolumentFabuleux :
    27 mai 2010 @23h14   « »

    Excellent.

    j’avoue m’être esclaffé devant cette phrase : "Même la Cour des comptes, institution notoirement connue pour ses penchants insurrectionnels, s’en inquiète. "

  • permalien miclav :
    28 mai 2010 @00h22   « »

    Il me semble avoir entendu chez Mermet que Lordon ne prenait pas le temps de lire ce blog. C’est dommage... et compréhensible car les réactions dépassent souvent en longueur l’article lui même (la cohérence en moins).
    Du coup, mes questions naïves et brouillonnes s’adressent à vous lecteurs.
    Chez ce même Mermet lors de sa dernière intervention, Lordon "redécouvrait" l’autogestion et quelques autres idées qui m’avaient fait penser à Proudhon. Et là, ça se complique un peu, car Proudhon, anarchiste, était tout comme les libéraux et libertariens à la Friedmann, contre le pouvoir centralisé entre les mains des politiques (les néo-cons d’aujourd’hui, qui ne sont pas de purs libéraux, se servent du pouvoir politique pour asseoir le pouvoir ploutocratique).
    J’avoue que je me méfie de plus en plus de nos démocraties occidentales qui refilent les clef de la boutique alternativement à 2 équipes vaguement opposées, mais surtout complémentaires pour ce qui est de leur nécessité de se maintenir en place, l’équipe A faisant ce que l’équipe B défera ou rectifiera demain (ministère de l’éducation par ex).
    Proudhon dans son projet mutuelliste avait tenté de créer une banque du peuple à taux d’intérêt proche de 0, qui n’a fonctionné que quelques mois. Je ne me souviens pas de la raison de son échec...
    C’est compliqué de créer une banque du peuple ?
    On a besoin d’autorisations ?
    Ça ne serait pas attrayant par les temps qui courent ?

  • permalien glattering :
    28 mai 2010 @01h02   « »

    Pour répondre à fda au sujet de la révolution en chaussons, pour ma part, je n’y connaissais strictement rien à l’économie il y a à peine 3 ans.

    Depuis j’ai découvert de nombreux blogs, auteurs, réflexions, et j’ai, il me semble, les idées un peu plus claires sur le fonctionnement général de l’économie, ou encore sur certains points précis. Je serais strictement incapable de tenir un propos argumenté en vue de convaincre quelqu’un, mais j’arrive déjà à faire réfléchir en remettant en question des idées préconçues. Et parfois cela suffit amplement. Les gens ne sont pas bêtes. Il faut seulement parfois bien décrasser les préjugés et les conclusions issues de fausses réflexions.

    Je me sens également bien mieux armé intellectuellement pour analyser et prendre du recul vis à vis de ce qui se dit dans les médias., et ça c’est un énorme progrès. L’information et la compréhension est l’étape nécessaire, mais pas suffisante certes, à un changement de fond (en espérant que celui ci se fera avec le moins de heurts possibles, mais là je ne serai pas aussi optimiste vu la tournure que prennent les choses et l’incapacité des plus aisés à se dire qu’ils ont dépassé les limites de l’acceptable).

    J’en profite d’ailleurs pour relayer, à mon échelle, les propos de M Lordon et de bien d’autres, et je crois que les gens autour de moi apprécient le choix des articles que je leur fait passer (par mailing list notamment), car ils comprennent bien mieux qu’avec les 365 JT par an qui ne font que répéter sans expliquer les mêmes lieux communs.

    Je remercie d’ailleurs sincèrement M Lordon pour le temps qu’il passe sur ce blog à partir duquel ces analyses, si peu visibles par ailleurs, peuvent circuler aisément et faire réfléchir le pus grand nombre.

  • permalien Louis :
    28 mai 2010 @08h16   « »

    Merci pour votre analyse qui rejoigne celle de Vincent Drezet, secrétaire du syndicat national des impôts unifié (SNIU) sur Marianne :

    http://www.marianne2.fr/Dette-l-ecr...

    Mais le problème aujourd’hui, avant toute chose, c’est l’information qui est verrouillée par les possédants. Noam CHOMSKY avait évoqué dans un article paru dans le Monde Diplomatique, la dictature molle dans laquelle nous vivons et qui fait que les vérités, telles que celles que vous énoncez avec clarté dans vos articles, ne parviennent pas au peuple qui lit 20 Minutes dans le métro et regarde les infos de Pujadas le soir...

    Oui, nous sommes tous "libres" en théorie pour aller chercher sur l’internet les articles lumineux de Monsieur LORDON mais dans les faits, c’est si facile de s’asseoir devant son poste de TV et d’avaler la bouillie qu’on nous a préparée.

    Mis à part ce petit hors sujet, je vous verrais bien ministre des finances. Pourquoi ne pas constituer avec d’autres de la même veine que vous, un gouvernement "fantôme" ? Avec à la clef, une médiatisation saine pour contrer le mur de l’Argent !

    Ce qui est désespérant, c’est de voir la Vérité ensevelie par la propagande des possédants.

    Merci encore !

  • permalien groutier :
    28 mai 2010 @10h21   « »

    Est-ce qu’on pourrait avoir une idée plus précise de ce qu’on entend pas "possédants" ? La moitié des gens se croient de droite parce qu’ils ont deux ou trois actions Air Liquide, c’est comme dans les régimes de terreur où les tyrans rendent tout le monde complices de leurs crimes.
    Je sais que ça a un côté injuste et manichéen, mais si on pouvait identifier qui sont ces possédants (cent familles mythiques, grosses entreprises du CAC 40) et sortir justement de le légende, ça aiderait à savoir à qui demander des comptes.

  • permalien th Mercier :
    28 mai 2010 @11h28   « »
    qui sont les possédants ?

    On a toujours tendance à s’exclure des possédants.... qui sont censés être plus haut dans l’échelle des salaires !
    Or, il existe un fossé énorme en celui qui touche le salaire médian et ... moi-même par exemple, qui a l’équivalent du salaire d’un agrégé, vivant avec une agrégée. Pas de problème, surtout si l’on a eu une famille de la classe moyenne "cultivée" au départ, et pouvant aider pendant de longues études !
    Il suffit de comparer le salaire d’un titulaire du Capes (20h par semaine) avec celui de l’agrégé (15h) pour y lire toute l’organisation de la société, tant l’écart de salaire et la trajectoire en sont notablement distants, pour le même travail...

    Donc réduire l’éventail des salaires de la classe moyenne (5 fois le smic au minimum par ex. pour un étudiant qui sort d’HEC, c’est confortable ! ) serait une mesure parfaitement nécessaire, mais impopulaire...

    Et on risquerait de voir la classe moyenne s’allier avec la "populace"....

    Est-il utile d’ajouter que ce propos ne justifie en rien les salaires faramineux des patrons et autres qu’il faudrait sévèrement encadrer... et sans les divines niches fiscales présentées par F Lordon

  • permalien Alex6 :
    28 mai 2010 @12h14   « »
    Re : qui sont les possédants ?

    Pour répondre à cette question, je vous renvoie à un article de Frédéric Lordon paru dans le Monde Diplomatique en début d’année : "Et si on fermait la Bourse..."

    La Bourse est clairement aujourd’hui un moyen pour s’enrichir, et les PDG des entreprises, s’il veulent se maintenir (et conserver leur gros salaire), se plient aux exigences des actionnaires qui veulent un rendement maximal et immédiat pour leur "investissement". La conséquence : pression sur les salariés, minimisation des coûts salariaux...

    Pour moi, les possédants peuvent donc être n’importe qui, qui cherche à se faire de l’argent en plaçant plutôt qu’en consommant. Ce sont eux qui ont le plus grand intérêt à la déréglementation et défiscalisation pour faire de plus grands bénéfices. Les marchés financiers étant totalement déconnectés de la réalité de la production, une grève de la consommation n’est donc pas forcément la meilleure solution et se répercutera plus sur les travailleurs que sur les possédants.

  • permalien
    28 mai 2010 @12h51   « »

    Article d’utilité publique

  • permalien groutier :
    28 mai 2010 @13h23   « »

    @ Thierry Mercier
    Il me semble que dans la République de Platon l’écart idéal de revenu est de l’ordre de 1 à 8 ; je suis d’accord pour dire que les étudiants sortant d’HEC qui négocient leur salaire à plus de 37000€ par an ne sont pas à plaindre, mais je me demande si ce n’est pas le genre de discours qui va faire fuir une grande partie des gens, de la classe moyenne notamment, qui est pourtant le socle de nos démocratie.
    J’ai l’impression qu’un ingénieur ou un agrégé peuvent être associés à un projet de gauche sans devoir s’y intégrer sur le mode de la culpabilisation.
    Il me semble que ce n’est qu’au prix d’une mobilisation de la classe moyenne dans son ensemble, qui passe aussi par un effort d’identification, qu’un mouvement politique pourra être investi du soutien populaire nécessaire à des changements sociaux de grande ampleur.
    Parce qu’en fin de compte, la classe moyenne (d’accord ça ne veut pas dire grand chose) se tient tranquille en croyant qu’elle va finir par passer chez les riches, et se paupérise petit à petit.

  • permalien Julien Tournier :
    28 mai 2010 @13h32   « »

    @ th Mercier :

    L’emploi (à dessein) du terme "éculé" dans mon précédent post ne visait qu’à alerter sur le risque de lassitude quant aux tentatives répétées de mise au grand jour de cette lutte des classe - que je ne nie pas, bien au contraire, mais peut-être ne m’avez-vous pas bien lu - laquelle est pour moi d’une évidence telle que lesdites tentatives ne sont à mes yeux que les prolégomènes d’une palingénésie qui reste à inventer.
    Et c’est là que j’ai connu un Lordon plus créatif dans la proposition, lorsqu’il nous parle d’économie solidaire, de circuits courts, de protectionnisme, de récommune... Il est entendu que nous vivons dans un monde profondément clivé, maintenant nous attendons les solutions !
    Mais peut-être qu’à force de suivre l’adage "Bis repetita placent" ce qui à mes yeux apparaît comme une évidence finira t-il par parvenir à des oreilles jusque là récalcitrantes ? Je l’appelle de mes vœux !
    Ceci étant, je me délecte de chacune des interventions de Frédéric Lordon et y trouve également bon nombre d’informations objectives articulées entre elles... tout comme vous !

    Merci pour le conseil de lecture, il est évident que bien d’autres nations ont eu à subir non la "compensation" ou les "dommages collatéraux" de la lutte dominants/dominés, mais bien une agression directe et un pillage/exploitation sans vergogne, ni rapport aucun avec les idéaux inscrits dans nos belles constitutions occidentales ( à ce sujet, voir cet excellent documentaire de Phillipe Diaz : http://www.lafindelapauvrete.com/ ).

    Par "dommages collatéraux" j’entends montée des nationalismes, téléguidage des politiques nationales européennes, calquées sur le modèle néo-libéral, influence grandissante de la sphère financière, cycles délocalisations/chômage/récessions, plans d’austérité... bref tous les apports merveilleux de la mondialisation à notre beau continent ! Pourquoi les plans de rigueur actuels ne concernent-ils que l’U.E. et pas le Japon ou les U.S.A. ? Le PIB de l’Union Européene en fait de très loin la première puissance économique mondiale et sa dette publique cumulée n’est pas si effrayante... pourtant, à nous la casse sociale ! C’est pour cela que je dis que nous sommes "une chambre de compensation", ou "un terrain de d’expérimentation" si vous préférez de cette lutte des classes.

  • permalien Julien Tournier :
    28 mai 2010 @13h35   « »

    @ Th. Mercier (suite)

    Au sujet de vos attentes, permettez-moi de prendre le parti de défendre les internautes que vous apostrophez (je vous fais une liste pour satisfaire votre désir de concision).

    1) Le fond vaut mieux que la forme
    2) Toutes les idées sont bonnes à prendre
    3) Tout le monde n’est pas agrégé
    4) Tout le monde ne bosse pas 15h par semaine (et oui, relire ses posts ça prend du temps)
    3) Si des jeunes s’intéressent à ce forum et ont envie d’y participer, tant mieux... ne les faites pas fuir avec des règles trop strictes !

    Nous sommes ici pour apprendre et pour échanger sur les articles de notre économiste préféré... alors restons ouverts d’esprit. Bravo pour votre niveau d’exigence, mais vous ne pouvez pas l’appliquer à tout le monde.

    Enfin, au sujet de votre dernière intervention, le salaire médiant est de 1600 € nets ce qui signifie que 50% des français gagnent moins... le salaire moyen quand à lui est de 2 200 € nets (par personne et non par foyer) montant atteint par un agrégé au bout de 10 ans de carrière... ce qui vous classe "de facto" dans la classe moyenne... non dans celle des "possédants" qui selon moi représentent les 1% les plus riches et les plus influents.

    Ceci dit, je ne crois pas que le salaire soit un indicateur pertinent quand à la propension à voter pour tel ou tel parti... mais ça ferait un débat intéressant : Y-a-il des indicateurs sociologiques qui déterminent l’engagement politique ?

    A mon sens, il s’agit plus de questions de sensibilité (acquise ou innée) et de capacités d’appréhension du monde (de ses tenants et de ses aboutissants) couplées avec le besoin de préserver ses intérêts propres.

    Prenons (au hasard) l’exemple d’un économiste engagé et pertinent. Il pourrait gagner beaucoup (en d’argent et en notoriété) en acceptant d’être régulièrement présent dans les grands médias en tant que "monsieur économie de service"... mais d’un autre côté, il y perdrait en impact, en crédibilité... et surtout en indépendance ! Ce n’est donc pas son revenu qui influe sur son engagement, mais plutôt l’inverse !

    Paradoxalement, sans effort de simplification et de propagande (dans le sens de propagation de ses idées) ces dernières risquent de rester limitées à une part restreinte de la population... ce qui les rend d’autant plus lassantes (j’ai dit lassantes et non pas érronées) qu’elle n’ont que peu d’écho dans le monde réel... encore moins dans le landernau politique.

  • permalien mwinminmsa :
    28 mai 2010 @14h32   « »

    Les articles de M. LORDON sont toujours très éclairant, je l’en remercie sincèrement.

    Pour ce qui ne l’ont pas lu, je vous propose le texte d’Alain Bihr

    Que cache la croissance des dettes publiques

    http://www.cadtm.org/Que-cache-la-c...

  • permalien Liger :
    28 mai 2010 @14h49   « »
    C’est plus grave encore...

    Si je partage votre vision du comportement de nos décideurs, élus ou pas, et si cet article m’a bien plu, je ne partage pas totalement votre analyse.
    Vous partez du principe que tout ne serait qu’un problème de redistribution.
    C’est est un, mais les choses sont bien plus graves. C’est l’économie qui est globalement déficitaire, et ce depuis 1970.
    La conjonction de trois facteurs :
    - le libéralisme roi, depuis 70 (et la fin du CNR en France),
    - une planète désormais fermée, finie, sans eldorado à piller,
    - la démocratie qui pousse les gouvernants à faire payer par l’État les pots cassés.
    Parce qu’en "mode libéral", on gâche terriblement. La plupart des transactions élémentaires ont un bilan négatif. Et plus moyen de se servir dans les colonies, les ressources naturelles (limitées), ni en spoliant le peuple (qui vote), pour faire croire que ça marche.
    Et il faut réfléchir à ce niveau là.
    http://liger.amsud.net/2010/05/23/l...

  • permalien BILBIL :
    28 mai 2010 @16h05   « »

    REMARQUABLE ARTICLE, COMME TANT D’AUTRES DU MÊME AUTEUR !

  • permalien betov :
    28 mai 2010 @17h02   « »

    Ligier, non seulement l’essentiel des problèmes découle des problèmes de redistributions, mais la criminalisation de l’excès de richesse serait la solution simple, facile, applicable immédiatement, par un seul pays. Il suffit d’une loi (que nous ne verrons évidemment jamais, ne serait-ce qu’évoquée) pour changer la face du monde.

    - Si le libéralisme est roi, c’est bien parce que nul, jamais n’a songé à criminaliser la richesse.

    - Si on découvre seulement aujourd’hui que la planète a des limites, c’est bien parce que la rapacité n’en a pas.

    - Quant à la démocratie, je ne sais pas de quoi tu parles. La "démocratie représentative" ? Ce machin par nature subordonné ? Elle "pousse les gouvernants" ?... Première nouvelle. Je pensais naïvement que c’était les mêmes "barjots complets" (pour reprendre une expression de Todd), qui agitent la bêtise jusqu’à ce que l’on s’en serve.

    Pour l’heure, plus que l’idéologie libérale, dont tout montre que l’heure a sonné, c’est l’idéologie du mérite qui, comme le montrent certains messages précédents, tient plutôt bien la route.

  • permalien Via :
    28 mai 2010 @17h57   « »

    "entrée en crise objective du régime d’accumulation keynésien-fordien"

    M Lordon, sans vous demandez d’écrire un article complet sur le sujet, pourriez-vous me conseiller un bon livre qui analyse les raisons de cette crise ? Au delà de la crise pétrolière... POURQUOI le keynésianisme à connu un échec relatif dans les 70’s (avec l’apparition de la stagflation) ?

    Merci, et bravo pour votre blog, que je suis assidûment, anonyme étudiant en économie que je suis.

  • permalien DulConte :
    28 mai 2010 @18h08   « »

    Je me demande toujours pourquoi il n’y a pas plus yeux rivés sur ce qui a été un terrible laboratoire de cette politique : l’Argentine.

    En dehors du fait qu’en Argentine la dette a été crée de toute pièce par des régimes dictatoriaux, La méthodologie est la même. Elle était de quelques centaine de millions à la chute de Peron en 1955.

    Mais de la même manière cette rhétorique de la dette en héritage pour nos enfants a été et est encore un des leitmotiv de ses fossoyeurs de l’état et de la justice sociale. La seconde étape a été la privatisation et/ou l’internationalisation de l’industrie argentine jusqu’en 83, puis le démantèlement de l’état argentin (privatisation du train et du métro, privatisation de la santé et des retraites, privatisation de l’eau, du gaz, du pétrole, de l’électricité, du téléphone , de la poste, transfert de fond de l’école public vers le privé, réformes drastiques du droit du travail (avec l’approbation des syndicats)).

    On sait comment ça s’est terminé en décembre 2001. pourtant ...

    La dette argentine est encore aujourd’hui une arme de guerre entre les mains de la classe dirigeante et de certains pays ou groupes étrangers ...

    Est-on arriver au point ou les intérêts privés sont plus puissant que les états ?

  • permalien
    28 mai 2010 @18h12   « »

    C’est seulement maintenant que vous vous en rendez compte ?

  • permalien Liger :
    28 mai 2010 @18h33   « »

    @betov
    Le problème est que les appétits sont tellement excités par la pub et autres conditionnements mercantiles que même si l’on redistribuait, ça ne changerait pas grand-chose vis à vis de la planète.
    On ne veut pas acheter les choses au prix réel, et c’est bien notre mode de consommation, et surtout d’établissement des prix, qu’il faut changer. Pour ça il faut sortir de la loi du marché.

    Or j’ai l’impression qu’on s’embarque vers une grande illusion, en croyant qu’il suffit de prendre à celui qui est au dessus. L’illusion est maintenue par la surévaluation de certaines richesses par le marché, ce qui donne l’illusion que la planète s’enrichit plus vite que la démographie ne galope. C’est faux.

    L’économie doit permettre des transactions qui ne fichent pas en l’air les ressources naturelles, ni la vie de quelqu’un. Pour ça il faut changer les règles.

  • permalien miclav :
    28 mai 2010 @19h24   « »

    Rectification :
    Je disais plus haut (28 mai @00h22) que Lordon ne prenait pas le temps de lire les réactions sur ce blog. C’est complètement faux ! J’avais mal entendu...

  • permalien betov :
    28 mai 2010 @21h17   « »

    Bizarre, Ligier, j’ai toujours l’impression que tu te situe dans l’idéologie du mérite. J’ai l’impression de lire un créateur d’entreprise... De ce point de vue là, "changer les règles" coince évidemment un peu sur la "... grande illusion, en croyant qu’il suffit de prendre à celui qui est au dessus...".

    Cela a la couleur du petit possédant qui se sent en danger de dépossession. Pourtant, il n’existe aucune possibilité logique pour qu’un homme possédant une fortune personnelle qui dépasserait celle qu’on pourrait raisonnablement supposer qu’un autre homme doué, travailleur et économe, pourrait économiser en toute une vie... ne soit pas un usurpateur du travail d’autrui.

    Il ne s’agit pas de prendre aux pauvres pour donner aux riches. Il s’agit d’interdire aux hyper-riches d’exister, par soucis de salubrité publique.

    Autoriser les grandes fortunes et s’étonner des dérives capitalistes, c’est comme légaliser les ventes d’armes et s’étonner que des meurtres soient commis.

    @miclav :

    Si, si. Il lit. Je le plains, le pauvre !!! :))

  • permalien
    28 mai 2010 @21h42   « »

    @ Julien Tournier, en même temps niveau bouclier social aux USA y a plus grand chose à rapiécer ...

  • permalien Julien Tournier :
    28 mai 2010 @21h59   « »
    Non, mais...

    ...il semblerait néanmoins que l’actuel président ait quelque arrière pensée "socialiste" !

    http://2.bp.blogspot.com/_hyECORLe2...

    http://mikeely.files.wordpress.com/...

    http://attias.net/blog/wp-content/u...

    http://leguepard.files.wordpress.co...

    http://shotsonthehouse.com/wp-conte...

    ...et j’en passe et des meilleures !

  • permalien Liger :
    29 mai 2010 @03h09   « »

    @betov
    Les fonds de pension de retraite ne sont pas l’expression d’hyper-riches, et pourtant sont le levier d’un mal considérable.

    J’essaie justement d’échapper à toute idéologie, et je signale simplement que le fait de n’interpréter la crise que comme un problème de répartition est démagogique, et surtout nous interdit de réfléchir réellement au problème.
    D’abord parce que le problème est global, et le "grand soir" planétaire n’arrivera pas.
    En attendant cet évènement dont la foi en l’occurrence frôle le mystique, les grandes richesses se carapatent là où elles sont protégées.

  • permalien Passe-Rond :
    29 mai 2010 @05h12   « »
    Re : qui sont les possédants ?

    Pour être un possédant au sens de l’article, d’après moi, il faut considérer son salaire comme de l’argent de poche.

    Pas grand’monde a priori ?
    Eh bien non, figurez-vous que j’en ai connu plusieurs dans mon entourage professionel.

    Des gens qui étaient des ingénieurs, ou des comptables, dans une grande entreprise. Mais au détour d’une discussion à la caféteria, je comprenais - au choix - que :
    - ils ne payait pas de loyer car ils habitaient dans un appartement appartenant à leur famille
    - ils vivaient en grande partie de revenu de rentes - ils avaient de l’argent placé par un de leurs parents, des intérêts duquel ils bénéficiaient.
    Étonné j’étais, de voir que je pouvait rencontrer ces gens-là à la cafétéria d’une grande entreprise industrielle, et qu’ils ne faisaient pas - en tout cas pas à l’époque - partie de "La Direction".
    Comme quoi, la mixité sociale ça existe, d’une certaine façon ;-)

    En ce moment j’ai un collègue - électronicien - qui est rentier. Il voyage énormément professionnellement, et gagne de nombreux Miles gratuits. Il s’accorde donc régulièrement une réduction de salaire pour prendre des congés sans soldes, et voyager avec son sac-à-dos et ses Miles gratuits. Ça ne lui coûte "que" sa baisse de salaire.

    Un ami de ma famille s’est domicilié en Belgique pour échapper à l’ISF. Ses revenus ne sont pas salariaux. Il visite le monde à vélo.

    J’arrive assez bien à imaginer que quand on a une part importante de ses revenus qui proviennent des intérêts d’un capital, ou bien de loyers imobiliers, on doit avoir une attitude différente concernant le monde de la finance, que si on fait partie des gens qui ont de bons revenus salariés, même avec deux salaires d’agrégés.

    PS : Pour ma part, même si je cotoie parfois ces personnes, je suis indéfectiblement salarié, et je ne possède que mon salaire. Donc pas de bien immobilier, ni d’automobile. Pas mal de livres. Un chat.
    Ah si, un reliquat de fragments d’actions suite à un reverse-split et une chute libre de ces actions, achetées à mon entreprise pour voir ce que valait l’actionnariat salarié.
    Comme disait je ne sais plus qui :
    "Tout ce qui est positif peut perdre 100% de sa valeur"
    Ce qui fut fait : je pense que j’ai dû perdre 90% de mon achat (non, ce n’est pas EuroTunnel).

    Ce qui reste est invendable, car fragmentaire. Valeur : environ douze euros trente-sept, au cours actuel.

  • permalien betov :
    29 mai 2010 @06h23   « »

    Ligier, Il serait hautement souhaitable que "les grandes richesses se carapatent là où elles sont protégées", comme dirait Généreux. Personne n’a besoin de prédateur. Personne n’a jamais vu un grand patron construire une usine.

    "Les fonds de pension de retraite ne sont pas l’expression d’hyper-riches, et pourtant sont le levier d’un mal considérable."

    Là, c’est à un spécialiste des détails économiques de répondre. Moi, ouvrier maçon, je ne fais pas dans le détail. ;) Pourtant, il me semble bien que, là où les fonds de pensions existent, c’est bien là ou la protection sociale fait défaut, et que, quand la protection sociale fait défaut, c’est bien par dérive de la dominance sociale. Et il me semble bien que la toute première manifestation de la dominance sociale, c’est cette exponentielle qui caractérise, par exemple, les 500 premières fortunes de France...

  • permalien Pipas :
    29 mai 2010 @11h16   « »
    La classe moyenne, son salaire médiocre, son respect funeste de la loi du marché

    La loi du marché est un jeu débile fondé sur la recherche du profit. Rien d’étonnant à ce que certains joueurs, plus habiles que d’autres, se retrouvent à comparer leur yacht écologique sur une plage de Monaco. L’idéologie du mérite domine, les possédants aussi. Évidemment, il y a des jaloux, mais pas de panique : le grand soir reste le jugement dernier du précariat. En attendant, tout le monde respecte la loi du marché, larbins et usuriers.

    Interrogeons la classe moyenne : le fameux rapport platonicien de 1 à 8 en terme d’écart de richesse y est largement dépassé. Au sein de cette pseudo-catégorie d’utilité politique notoire, c’est vrai, cela fait très classe d’être dans la moyenne, que l’on gagne 800 ou 8000€ par mois. Larbins et petits usuriers se rejoignent dans l’importance accordée à leur rang et à leur pouvoir d’achat, au détriment de leur liberté et de leur érudition.

    Une des forces fondamentales de la loi du marché réside dans son chantage continu au confort matériel. Je propose de baptiser Damoclès le premier SDF qui mourra de froid (mon cul !) l’hiver prochain. En réalité, il n’est qu’un mauvais perdant de plus au jeu de la cupidité hystérique-débilos en étendard. Les canaux de diffusion idéologique martèleront le dernier apitoyé TNT ou TPS de ce message jusqu’à sa reconversion.

    La classe moyenne tremble dans son fauteuil, dans l’ignorance de ses possibilités de prorogation de droits de gage -mobilier 5 ans ; immobilier 2 ans-. Muées en action collective de défaut de paiement (pas plus compliquée à organiser qu’un apéro géant ! Pourquoi pas les deux !), ces prorogations licites feraient s’étrangler dans leur caviar la crème méritoire des maîtres chanteurs errant en yacht, et rappellerait au bon souvenir de ces banksters à qui appartient la souveraineté et le reste. En attendant...

    Dans la loi du marché, la recherche du profit a un caractère sacré.
    Le vol, comme le don, sont tabous. Une prime psychologique a été offerte à des salariés chargés de détruire des véhicules quasi-intacts pour parfaire la prime à la casse. Pauvres sbire de Schumpeter !
    Je me rappelle de mon job d’étudiant à la fac de droit. Je vendais des sandwichs que ma responsable m’obligeait à arroser de Javel en fin de service pour éviter que les nécessiteux ne s’en repaissent gratuitement. J’arrivais tout de même à en cacher quelques-uns dans des poubelles, où pouvaient ensuite aller se servir les gueux...
    Quel gâchis !

  • permalien Liger :
    29 mai 2010 @12h03   « »

    @betov
    Ce que je veux dire par là, c’est que le danger tiens plus du déséquilibre dans les transactions que de la présence de tel ou tel "riche".
    Ainsi, les fonds de pension, ou une multinationale dont les actionnaires sont multiples et pas forcément très riches, peuvent faire un mal considérable. Par exemple, la FNAC, même à son époque coopérative, a fait fermer plein de disquaires.
    Inversement, certaines grosses fortunes peuvent ventiler leurs investissements dans diverses start-up (par incitation fiscale il faut bien le dire), et limiter ainsi leur pouvoir de nuisance.
    Ça n’empêche pas que je milite pour la redistribution, à travers les successions notamment (10% des plus riches possèdent 43% du patrimoine, en France).

    Mais c’est :
    - en limitant les parts de marché d’une entreprise,
    - en durcissant de manière drastique les lois anti-trust et de sauvegarde de la concurrence,
    - voire en incitant fortement par la fiscalité à limiter la taille des entreprises (type bonus-malus par rapport à une taille critique, 2000 personnes par exemple)
    que l’on s’attaquera vraiment au problème.
    Aujourd’hui, les entreprises du CAC40 paye beaucoup moins d’impôt qu’une boulangère, en proportion, ce qui montre qu’on fait exactement le contraire de ce qu’il faudrait faire.

  • permalien Swapdeto :
    29 mai 2010 @12h44   « »

    Décidément tout est bon dans l’Lordon.
    Je lui conserve sa note triple A
    et merci à mwinminmsa pour son lien vers le texte très instructif d’Alain Bihr

  • permalien Yves :
    29 mai 2010 @16h22   « »

    @mwinminmsa
    @ swapdeto
    @ tous
    oui je voulais le dire justement, très bonne synthèse, démonstration implacable par les chiffres de ce que F. Lordon explique par ailleurs.
    On peut discuter longtemps sur les manières du capitalisme "libéral" mais personnellement quand je finis un tel texte la colère qui m’envahit est très violente et difficile à réprimer. Je pète les plombs ! Je ne vois pas comment on pourra s’en tirer si on n’inverse pas les choses radicalement. Le fric pour éponger ces foutues dettes est bien là, même plus qu’il n’en faut si on considère les chiffres. Logiquement il faudrait le prendre là où il est mais... là où il est, "on" ne se laissera pas faire. Qui a dit que payer ses dettes enrichit ? Avons nous, nous qui partageons les analyses de Lordon et d’autres, les moyens de peser actuellement sur le débat ? Heuh... Organisons-nous, informons, informons, informons encore pour convaincre, pas tant de la gravité de la situation (tout le monde l’a compris) que des méthodes révoltantes employées pour y mettre un terme après que les même méthodes révoltantes ont crée la situation. On en sort pas : tout est révoltant là dedans. C’est là qu’on passe de l’économie à la politique.
    On ne part pas à la bataille quand on est pas sûr de la gagner. Il faut grossir, prendre du poids, vite. Cette fois-ci l’enjeu est de taille et il ne faut pas louper le coche, après il n’y aura plus d’arrêt.

  • permalien betov :
    29 mai 2010 @16h25   « »

    @Ligier :

    Franchement, les disquaires n’ont pas eu besoin de la FNAC pour fermer boutiques. L’exemple est mal choisi.

    - "limiter les parts de marché d’une entreprise". Quel inconvénient a-ton vu à avoir des monopoles d’état ?

    - "durcir de manière drastique les lois anti-trust". Je suppose que tout le monde en est d’accord...

    - "et de sauvegarde de la concurrence". A quoi sert la concurrence dans un monde en surproduction ?

    - "inciter fortement par la fiscalité à limiter la taille des entreprises". Pour quoi faire ? Selon le type de production, chaque entreprise a une taille idéale, naturellement déterminée, qui couvre ce que j’appelle l’aire d’application (je suppose qu’il y a un terme référencé dans le discours économique pour ça...). Exemple de ce que je veux dire : Il est raisonnable que mes carottes poussent à 10 Km de chez moi, mais il est également raisonnable qu’un produit technologique vienne de 1000 Km. Les tailles de ces deux entreprises n’ont donc pas d’unité de mesure commune.

    Pour ma part, je ne milite pas vraiment pour la redistribution. Si "10% des plus riches possèdent 43% du patrimoine", il faut et il suffit d’interdire aux plus riches d’exister. Le reste (limiter ceci ou cela... c’est trop compliqué. Même les économiste hétérodoxes ne seraient pas d’accord entre eux). Je milite (sans aucune illusion) pour une criminalisation de la richesse. L’existence des pauvres n’est pas un problème. Sans riches, il ne peut pas y avoir de pauvres. La cause est donc la richesse en excès et il suffit de plafonner celle-ci, pour que le plancher de celle là se voit rehaussée automatiquement. Le trop plein d’argent des uns vient bien de quelque part, non ? Cet argent qui manque aux autres, c’est de l’argent qui est là où il ne doit pas être. Et la démonstration du fait que cet argent là ne doive pas être dans ces poches là, nous l’avons sous les yeux.

  • permalien
    29 mai 2010 @17h55   « »

    On en arrive à un stade ou il faut reconsidérer la valeur des choses, l’argent numéraire ne pourra bientôt plus être le "média" d’échange, il est devenu trop abstrait pour représenter quoi que se soit, on risque de revenir à des valeurs ou seul les choses (concrètes) et le travail effectif soient reconnu..

  • permalien tm :
    29 mai 2010 @18h22   « »
    @pipas

    "possibilités de prorogation de droits de gage -mobilier 5 ans ; immobilier 2 ans-." ??? Pourriez-vous détailler ?... Merci

  • permalien Pipas :
    29 mai 2010 @19h55   « »
    Prorogation du droit de gage, fléau des usuriers

    Lorsque vous achetez une voiture à crédit, votre créancier possède un droit de gage sur "votre" véhicule. En fait, tant que vous ne l’avez pas remboursé, vous avez acheté un crédit, et non une voiture. Mais l’important est que vous en ayez l’usage.
    Commencez par rembourser votre prêt. Puis arrêtez. Le banquier se fâche, mais pas de panique, il s’en remettra. Le véhicule vous appartient "en partie". Généralement, le remboursement de ce type de prêt est échelonné sur 5 ans. Après quoi le banquier exerce son droit de gage, et envoie des larbins récupérer "votre" véhicule.
    La prorogation du droit de gage peut être utilisée une fois par crédit, et proroge, prolonge comme son nom l’indique la durée du remboursement. C’est 5 ans pour le mobilier, 2 ans pour l’immobilier.
    C’est plus de temps qu’il n’en faut pour forcer nos chers banksters à songer à leur reconversion.
    Mais il y a mieux encore, et je vous invite à écouter cet autre économiste hétérodoxe qui passe chez Mermet, le bien nommé Duran. http://www.la-bas.org/article.php3?...
    En attendant l’insurrection pâtissière à grands coups de tartes dans la face des puissants, j’espère avoir répondu à votre question.

  • permalien Aurèle :
    29 mai 2010 @20h46   « »

    Merci pour toutes ces analyses excellentes dont nous avons grand besoin pour démonter tous les discours dominants et culpabilisants sur ces sujets dont il serait absurde de nier l’intérêt et la gravité.

    Oui, parlons des dépenses mais on ne peut pas indéfiniment les contracter sauf à faire disparaître le système plutôt solidaire mis en place depuis la seconde guerre mondiale pour humaniser la société française. Parlons maintenant et effectivemment des ressources (les contributions de chacun aux biens collectifs, à la cohésion sociale, à la justice sociale...)

    On aimerait entendre, lire, oui, lire, plus souvent les journalistes, les" intellectuels" apporter une contradiction courageuse et étayée aux fabricants de pensée "qui va toujours dans le même sens" : mener la vie dure à ceux qui ont le plus de mal à se défendre car ils n’ont jamais voix au chapitre.

    Eclairer les gens pour qu’il agisse en connaissance de cause, ne pas les culpabiliser par les refrains bien connus. Vaste chantier. Ils sont capables de prendre leurs responsabilités ! Il suffit de regarder quelques luttes sociales récentes.

  • permalien BA :
    29 mai 2010 @22h09   « »
    Les taux d’intérêt des obligations d’Etat.

    Lundi 10 mai 2010, les Etats européens et le FMI ont réussi un gigantesque coup de bluff : ils ont dit qu’ils mettraient sur la table 750 milliards d’euros pour aider les Etats d’Europe du sud et l’Irlande.

    Ce coup de bluff a rassuré les marchés internationaux : les taux d’intérêt des obligations d’Etat d’Europe du sud se sont effondrés.

    Mais ce coup de bluff n’a duré que deux jours.

    Depuis le 12 mai 2010, pour emprunter sur les marchés internationaux, les Etats d’Europe du sud et l’Irlande doivent verser des taux d’intérêt de plus en plus élevés.

    - Si l’Espagne devait lancer un emprunt à 10 ans, elle devrait verser un taux d’intérêt de 4,21 %. Par comparaison, le 1er décembre 2009, ce taux n’était que de 3,733 %. Le graphique est ici :

    http://www.bloomberg.com/apps/quote...

    - Si le Portugal devait lancer un emprunt à 10 ans, il devrait verser un taux d’intérêt de 4,70 %. Par comparaison, le 1er décembre 2009, ce taux n’était que de 3,727 %. Le graphique est ici :

    http://www.bloomberg.com/apps/quote...

    - Si l’Irlande devait lancer un emprunt à 10 ans, elle devrait verser un taux d’intérêt de 4,83 %. Le graphique est ici :

    http://www.bloomberg.com/apps/quote...

    - Si la Grèce devait lancer un emprunt à 10 ans, elle devrait verser un taux d’intérêt de 7,67 %. Le graphique est ici :

    http://www.bloomberg.com/apps/quote...

    Cette évolution montre que, depuis le 12 mai, les marchés internationaux ne font plus confiance aux pays d’Europe du sud et à l’Irlande : leurs taux d’intérêts sont repartis à la hausse.

    En revanche, les investisseurs internationaux se ruent vers les emprunts de l’Etat allemand. Conséquence : les taux d’intérêt des obligations de l’Etat allemand s’effondrent depuis le 10 mai 2010.

    - Si l’Allemagne devait lancer un emprunt à 10 ans, elle devrait verser un taux d’intérêt très bas : seulement 2,68 %. Le graphique est ici :

    http://www.bloomberg.com/apps/quote...

    Conclusion : cette situation est intenable.

    La zone euro va exploser.

  • permalien appezam :
    29 mai 2010 @22h40   « »

    ... pour Krugman , j’avais retenu "la grande compression " ... je préfère ... quelle période étonnante !! Auguste Frédéric , la partie de votre article : " ... il reste que si , globalement , le taux des prélèvements obligatoires n’a pas baissé , leur structure , elle , s’est profondément modifiée , et surtout la répartition de l’effort fiscal entre les groupes sociaux ... " m’intéresse beaucoup ... Où se trouvent les paramètres autorisant une telle assertion ?...

  • permalien Araquirit :
    30 mai 2010 @00h28   « »
    Question de compétitivité ?

    Lorsque je discute de ça avec des gens, on me rétorque quasi systématiquement que si l’état français n’avait pas défiscalisé massivement, nous serions moins compétitifs par rapport aux pays à bas coûts sociaux et environnementaux (Chine, Inde, ...).
    Ce à quoi je rétorque que cela n’a pas empêché des délocalisations en masse.
    Ce à quoi on me rétorque que cela aurait été pire sinon.
    Là, il ne me reste plus qu’à parler de protectionnisme économique.
    Quelle est la part de vérité de cette assertion ? Existe-t’il un éventail de solutions ?

  • permalien
    30 mai 2010 @00h29   « »

    Génialissime Lordon, une finesse d’analyse conjuguée à un style achevé dans une volonté toujours affirmé de reveiller les consciences conditionnées par la pensée dominante.

    Un admirateur

  • permalien Liger :
    30 mai 2010 @01h02   « »
    ---

    @Araquirit
    Une proposition qui passe par la modification de la TVA pour la rendre socialement juste, et pouvoir l’augmenter. L’avantage est que la TVA échappe au dumping fiscal.
    http://liger.amsud.net/2009/09/18/t...

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