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Lassitude des Européens en Afghanistan

« Je suis conscient du fait que les gens en Europe sont fatigués de la guerre en Afghanistan », admettait le vice-président américain Joe Biden, à la mi-mars, lors d’une rencontre avec les membres du Conseil de l’Atlantique Nord à Bruxelles. Ils ne le sont pas moins aujourd’hui…

par Philippe Leymarie, 28 mai 2010

Les militaires français viennent de perdre un capitaine, membre d’une Equipe de liaison et de mentorat opérationnel (OMLT, en anglais) : en clair, des « conseillers » en doublure des soldats afghans. Au cours de la même attaque, dans la province de l’Oruzgan, un soldat néerlandais et un interprète afghan ont également été tués. D’autres militaires néerlandais ont été blessés.

C’est le quarante-deuxième soldat français tombé en Afghanistan depuis 2001, le troisième officier, et le huitième mort sur un « engin explosif improvisé ». 3 500 militaires français sont déployés sur le « théâtre », dont 500 se consacrent à la formation, au sens large : c’est le quatrième contingent en effectifs.

Sur les quarante-quatre nations parties prenantes dans le conflit, la France est pratiquement la dernière à avoir répondu, en février dernier, à la demande US-OTAN de renforts formulée le 30 novembre 2008. Au lieu des 1 500 hommes demandés par Washington, Paris n’avait promis que 80 instructeurs supplémentaires.

Injonctions d’Obama

Le ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner, s’était même vanté, le 23 mars dernier au Sénat, d’avoir ainsi « résisté aux injonctions d’Obama », contrairement à l’talie, l’Espagne, l’Allemagne ou la Grande-Bretagne. Il en avait tiré argument pour justifier le rapprochement avec l’OTAN : « Ce n’est pas parce que nous avons repris notre place dans l’OTAN (saut dans le comité des plans nucléaires) que nous avons perdu toute autonomie et capacité d’initiative sur la sécurité européenne, bien au contraire. »

La mollesse de l’engagement français – vue côté américain – avait incité la « Red Cell » de la CIA à produire le 11 mars dernier un mémorandum où il est suggéré « d’instiller un sentiment de culpabilité chez les Français, pour avoir abandonné » les Afghans à leur sort : il faudrait notamment susciter des messages de femmes afghanes insistant sur les progrès réalisés dans l’éducation, et favorables à l’intervention de l’OTAN, pour impressionner l’opinion féminine dans l’Hexagone, plus opposée à la guerre que les hommes.

Policier mondial

« Ce qui importe, c’est la sécurité dans les rues britanniques. Pas que les jeunes femmes afghanes aillent à l’école », déclarait le 22 mai dernier au Time le nouveau ministre de la défense de Londres, Liam Fox, le jour même où il effectuait son premier « raid » en Afghanistan. Le contingent britannique est le second en nombre, derrière les Américains, avec 10 000 hommes et femmes. « Nous sommes à la limite maintenant, et je souhaite que nos forces rentrent à la maison le plus tôt possible », a ajouté le ministre du nouveau gouvernement libéral-conservateur : « Nous ne sommes pas un policier mondial… Nous sommes là pour que la population britannique et nos intérêts mondiaux ne soient pas menacés. »

Au début de cette semaine, comme le signale le site Bruxelles-2, observateur vigilant de la politique européenne de défense, le retrait d’Afghanistan est devenu un enjeu de la campagne électorale en Belgique, le parti des socialistes flamands demandant un retrait des troupes belges. Dans un entretien au quotidien Le Soir, le 25 mai, il préconise un début de retrait « dès 2011, en phase et de manière coordonnée avec les partenaires ».

Agressivité redoublée

Déjà, aux Pays-Bas, l’engagement militaire en Afghanistan avait provoqué à la mi-février l’implosion du gouvernement de coalition socio-démocrate/démocrate-chrétien. Dans ce pays, comme dans plusieurs pays européens, les socialistes ou socio-démocrates se disent de plus en plus souvent favorables à un rapatriement de leurs contingents déployés en Afghanistan.

C’est également le cas en Allemagne, où la chancelière Angela Merkel a de plus en plus de mal à défendre - devant un Bundestag pour le moins dubitatif, et une opinion largement pacifiste - l’engagement de son pays aux côtés des Américains. La « bavure » du 4 septembre 2008, à Kunduz, l’avait déjà contrainte à remanier son gouvernement. Aujourd’hui, elle en est réduite à traiter d’« irresponsables » les leaders du parti de gauche radicale, Die Linke, seul à réclamer un retrait unilatéral des troupes de la Bundeswehr.

Le contingent allemand - le 3e de l’ISAF – a perdu 43 de ses hommes depuis 2002. Il n’était pas supposé pratiquer un engagement offensif dans la région de Mazar-El-Charif, dont il a la charge, et fait difficilement face à l’agressivité redoublée des nationalistes talibans, dans cette province du Nord longtemps préservée.

Philippe Leymarie

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