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Photographie

Oumar Ly, maître de la banalité

mercredi 2 juin 2010, par Jean-Christophe Servant

Le Sénégalais Oumar Ly n’a plus de pellicule. Tant pis pour la photo. Les toilettes du restaurant lyonnais, de la taille d’une cour de concession, avec leur eau de Cologne et leur pile de serviettes, l’ont pourtant particulièrement impressionné : « du grand luxe ». Une table derrière lui, le Malien Malick Sidibé converse avec l’une des responsables de la Galerie Georges Verney-Carron, où ses grands formats de dos féminins maliens ont été accrochés aux murs en béton. Une autre table plus loin, on trouve le bonnet rasta de la jeune sud-africaine Zanele Muholi, les dreadlocks touffues de son compatriote – le vidéaste Yoko Breeze – ainsi que les têtes et nuques du Nigérian Uche Okpa Iroha, du Congolais Sammy Baloji, de son voisin d’outre-fleuve Baudouin Mouanda et du Burkinabe Nestor Ba, qui bougent au rythme des conversations et des plats. Cette jeune génération de la photographie panafricaine, primée par la fondation Blachere lors des dernières rencontres 2009 de la photo de Bamako, est réunie sur les bords de la Saône à l’occasion du premier festival « Passages » initié par le Musée des Confluences. Leurs productions, nourries pour les plus jeunes de prises de vue réalisées durant leur résidence lyonnaise, seront exposées dans la capitale des Gaules jusqu’au 24 juillet. C’est l’un des évènements de l’année.

Au Musée des Confluences

Avec « Passages », il s’agit pour l’équipe du Musée des Confluences de privilégier « ces regards partiels et partiaux de créateurs qui nous parlent de singularité et d’universalisme et relient des histoires personnelles au devenir de l’humanité ». En cette année de commémorations pour seize pays du continent noir qui célèbrent leur cinquante ans d’indépendance, le tout sur fond de première coupe du monde de football organisée sur le continent, la création africaine et sa photographie se sont naturellement imposées pour l’équipe muséale. Etonnamment, c’est le seul grand rendez-vous photographique français dédié à l’Afrique initié en cette année de jubilés. Le Musée des Confluences, qui attend toujours de sortir de terre, n’a cessé, depuis son lancement sur les fonds baptismaux, d’affirmer sa vocation transculturelle. Cet évènement est une nouvelle fois l’occasion pour lui d’affirmer sa différence et sa générosité. Bouturé d’interventions européennes (dont le travail tout en sensibilité du belge, Thomas Chable), le champ lyonnais de la photographie africaine est cultivé dans divers endroits de la métropole, de la terrasse du Centre Hospitalier Saint Joseph-Saint Luc à la galerie Bleu du Ciel, en passant par la fondation Bullukian. Un horizon, entre reflets/réflexions sur l’identité sexuelle sud-africaine et travaux sur l’héritage colonial belge à Lumumbashi, qu’ombragent les deux baobabs de l’image que sont Malick Sidibe et Oumar Ly.

Deux approches, deux portraits

Le premier est internationalement connu, mais c’est pourtant la première fois qu’il se rend à Lyon. Le second, découvert par la journaliste et commissaire d’exposition Fréderique Chapuis, quitte pour la première fois le continent. Sept ans d’âge le séparent de son aîné, maître de la photo malienne. Malick Sidibe vit sur les rives du Niger, Oumar Ly sur celles du fleuve Sénegal, à Podor face à la Mauritanie, 200 km en amont de Saint Louis. Malick Sidibe a ouvert son mythique studio Malick dans le quartier populaire de Bagadadji en 1958. Cinq ans plus tard, Oumar Ly étrennait son studio Thioffy, dans le quartier du marché de Podor. Leur approche du portrait atteste de quotidiens bien différents. Formé à l’école des artisans soudanais, grand dessinateur avant de devenir grand photographe, Malik Sidibé n’a cessé de saisir le Bamako de l’après indépendance, dans des ambiances euphoriques résumées par cette confidence : « Pour moi, la photo, c’est la gaité. J’étais donc gai avec mes clients afin qu’ils le soient. »

Sur les portraits d’Oumar Ly, fils de Marabout, vivant du maraîchage avant qu’il ne soit « charmé » par l’appareil photo d’expatriés à qui il apportait un jour des légumes, les pauses sont plus arides et austères, le quotidien plus précaire. Mais là aussi, « le client devait être content ». C’est une Afrique à l’écart de l’explosion urbaine qu’il saisit. La première activité d’Oumar Ly fût en effet de voyager en brousse, le long du fleuve, accompagné du juge de paix et du greffier, afin de faire des photos qui servaient aux formalités d’état civil d’un Sénégal affranchi du colonialisme français. Un premier contact avec la « boîte à images » pour de nombreux compatriotes. Les modèles regardent tout autant l’appareil photo que celui-ci ne les contemple. Passé du sténopé Joni-Joni (« prends moi vite ») au Kodak Brownie Flash puis au Rolleiflex, Oumar Ly n’a depuis jamais cessé de travailler à l’économie, faisant jaillir l’art de la banalité « Plan général, pas d’effet » note l’écrivain Marie Hélene Clement dans un tiré à part intitulé la Chambre de l’Afrique. « Oumar Ly n’a pas d’influence, pas de maître. Il cherche tout seul les solutions à ses questions d’exposition ou d’optique ou de mise en scène. » « "Il ne faut pas poser de questions au dessus de ma taille." dit-il. Il demande aux voisins, aux frères, aux maris, aux enfants, de tenir un pagne derrière celui qui pose, on voit leurs mains parfois dans les bords de l’image, accessoires incongrus à nos yeux habitués à la perfection technique. »

Pour dater ses images en studio, accumulées par milliers dans une antre devenue aujourd’hui étape obligée lors de tout séjour à Bamako, Malick Sidibé se repère au linos à damiers où posent ses modèles. Oumar Ly n’a pas cette prétention, comme si le quotidien des compatriotes pulaars qu’il avait immortalisé, il y a de cela prés d’un demi siècle, n’avait pas fondamentalement changé. Oumar Ly est « un photographe qui commence ». A 66 ans... Accrochées dans un musée qui reste ignoré par de nombreux lyonnais – celui, particulièrement chargé, de la société des missions africaines – ses photos viennent de faire l’objet d’un superbe livre aux éditions Filigranes. Il consacre un grand photographe ignoré.

Rétention d’artistes en Afrique du Sud

L’historienne d’art et politologue, Dominique Malaquais nous signale que l’Afrique du Sud refuse actuellement des visas à de nombreux artistes Africains. Entre autres le Camerounais Hervé Youmbi, dont le passeport est retenu depuis plus de trois semaines, malgré trois bourses (dont une de Culturesfrance) et un one-man-show à Joburg – à l’invitation d’une ONG fort connue en Afrique du Sud – et le soutien de nombreuses personnes dans le monde des arts. Le Haut Commissariat à Yaoundé fait de la rétention de passeports en masse depuis un mois, à tel point qu’un sit-in a été organisé la semaine dernière afin de récupérer les passeports. Dominique Malaquais initie à cet effet une campagne parmi ses camarades journalistes en les invitant à appeler le consulat pour souligner la xénophobie de la chose. Cela commence à faire un peu d’effet. La marche à suivre serait d’appeler aujourd’hui, demain et après-demain le consulat au (00237)22-20-04-38 entre 16 heures et 18 heures, heure de Paris, pour montrer que la communauté internationale n’accepte pas l’hypocrisie du message véhiculé par le gouvernement de M. Jacob Zuma.

4 commentaires sur « Oumar Ly, maître de la banalité »

  • permalien Christine Apprato :
    6 juin 2010 @10h39   »

    Responsable du musée africain depuis janvier 2010, lectrice de longue date du monde diplomatique, je ne puis qu’apprécier la forme de votre article : vous avez su équilibrer "oumar ly maître de la banalité" par "un musée très chargé"bravo....mais n’est ce point réducteur ? Peut on qualifier de banal la vie quotidienne de la brousse sans être péjoratif ? Accrocher dans sa case une photo de famille peut sembler désuet, c’est une façon d’être fier de soi même. Quant au musée, sa muséographie datant des années 70 pour les deux premiers étages, j’en conviens il est chargé. Sa création a elle aussi le mérite d’avoir voulu rendre leur dignité aux peuples africains en présentant les objets de leurs cultures, à une époque où on les qualifiait de primitifs et de barbares, pour justifier l’expansion coloniale. Entre le fond et la forme que choisir ?

  • permalien Malick Dieng - Paris/Podor :
    17 janvier 2011 @16h31   « »

    Comme d’habitude les "découvreurs" européens - comme les journalistes d’ailleurs - ne montrent qu’un seul visage de l’Afrique : le plus pauvre et le plus éloigné de toute forme de développement industriel.

    Pourquoi ne pas avoir sélectionné - pour le premier livre consacré aux photos d’Oumar Ly et signé par la même Fréderique Chapuis - des photos de la classe moyenne émergente, emportée par l’élan intellectuel des Senghor, des Cheikh Anta Diop et autres David Diop ?

    Pourquoi s’être focalisé sur les populations les plus démunies et les moins instruites comme aimaient à le faire les défenseurs du colonialisme pour justifier leur présence en ces terres lointaines ?

    Il est fort à croire que ce type de point de vue - tout comme le livre "portraits de brousse" qualifié ici de superbe, rien que ça - plaira beaucoup à Marine Le Pen car abondant tout à fait dans son sens.

    Alors pour tout ça je vous dit bravo :

    Bravo car je ne savais pas qu’il était encore possible, de nos jours, de présenter les africains comme de simples indigènes éloignés de toute civilisation.

    Bravo car vous nourrissez le discours de l’extrême droite en faisant croire que tous les africains vivaient encore dans des cases en torchis et dormaient à même le sol jusqu’aux années 60/70. Je suis sûr que vous ferez très plaisir à tous ceux qui soutiennent que l’ethno-différentialisme est un fait, et que les blancs valent mieux que les autres.

    Bravo enfin d’avoir utilisé, pour transmettre ce message, un artiste vieillissant qui ne sait ni lire ni écrire, trop content de voir son travail reconnu à plus de 60 ans.

    Au moins lui ne pourra pas vous dire vos quatre vérités comme l’auraient fait des artistes plus jeunes et plus au fait de ce type de manipulation médiatique.

  • permalien Ibrahima Fall :
    17 janvier 2011 @16h35   « »

    Je suis parfaitement d’accord avec le commentaire de Christine Apprato selon lequel cet article, bien que se voulant valorisant sur le fond, présente beaucoup trop d’éléments péjoratifs - voire rétrogrades - pour être acceptable.

    Ainsi, on peut lire à propos d’Oumar Ly dans le chapitre Deux approches, deux portraits : "Le second, découvert par la journaliste et commissaire d’exposition Fréderique Chapuis, quitte pour la première fois le continent."

    Comment quelqu’un peut-il prétendre avoir "découvert" Oumar Ly ?

    S’agit-il d’un sarcophage antique ou d’une momie que Fréderique Chapuis aurait mis au grand jour ?

    Non, décidément cette utilisation du verbe découvrir est plus qu’exaspérante... surtout de par sa connotation quasi coloniale : on se croirait presque dans Tintin au Congo avec le bon blanc qui découvre le petit noir un peu plus futé ou talentueux que ses congénères et le prend sous son aile bienfaitrice.

    Que Christophe Colomb ait cru avoir découvert l’Amérique à une époque où beaucoup pensaient encore que la terre était plate, passe encore... mais cette Fréderique Chapuis, comment peut-elle penser avoir découvert Oumar Ly alors que nous sommes au début du XXIèm siècle ?

    Cela fait des années qu’Oumar Ly apparait comme l’une des principales figures artistiques et touristiques de Podor, preuve en est la section qui lui est consacrée - là encore depuis plusieurs années - sur le site www.au-senegal.com ; sans parler du guide du routard, du petit futé et bien d’autres.

    Que faites-vous aussi de la magnifique exposition de ses oeuvres qui s’est tenue en mai 2009 à Dakar, et dont vous ne parlez pas ; tout simplement parce qu’il est probable qu’elle se soit faite sans vous (voir le reportage de la TV sénégalaise sur http://www.dailymotion.com/video/x9...).

    Autre information absolument fausse : "C’est une Afrique à l’écart de l’explosion urbaine qu’il saisit".

    Quelle aberration ! Quel manque de documentation !
    Et quel mépris pour les nombreux habitants de la ville de Podor qu’Oumar Ly a pris en photos au lendemain de l’indépendance. Voulez-vous dire que Podor n’est qu’une petite bourgade sous développée ? Que l’urbanisation n’est pas arrivée jusqu’à nous ?

    Non, je préfère penser que vous ne connaissez d’Oumar Ly que ses photos de brousse, certainement plus authentiques pour des bobos "toubabs" que ses photos de la jeunesse podoroise des années 60 et 70 ; avec leurs disques vinyles sous le bras, leurs pantalons patte d’éléphant... sans parler des premières filles en mini jupe, etc.

  • permalien Memo :
    1er septembre 2011 @11h32   «

    Le bon journaliste nous diffuse son savoir à coup d’article "critique" prétentieux... La description du passé d’Omar Ly est digne d’une revue coloniale datant du siècle dernier...

    Le tableau que vous dressez d’omar ly témoigne d’un certain point de vue ou d’un inconscient qui persiste toujours dans les médias occidentaux.

    c’est affligeant de lire un article pareil.

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