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Externalisation des politiques migratoires

L’Egypte veille sur les frontières d’Israël

vendredi 4 juin 2010, par Alain Morice

A la suite de la sanglante attaque par la marine israélienne de la flottille humanitaire visant à briser le blocus de la bande de Gaza, l’Egypte a décidé — dans un mouvement de protestation — de rouvrir le point de passage de Rafah. Mais pour combien de temps ?

« Hors de ma vue, les indésirables » : ce slogan, qui résume l’externalisation comme forme de gestion des frontières (voir notre dossier dans Le Monde diplomatique de juin), parfois au plus près, parfois à distance, n’est pas l’apanage de l’Europe.

La situation à la frontière entre l’Egypte et Israël est entachée de l’ambiguïté des relations entre les deux pays. Au nord-ouest, depuis l’évacuation de Gaza par l’armée israélienne en 2005, les 750 garde-frontières égyptiens déployés au sud de ce territoire sont, en vertu d’un accord bilatéral, censés lutter contre le terrorisme et les trafics d’armes. Depuis le blocus décrété par Israël en juin 2007, l’Egypte coopère activement au siège de Gaza, aux conséquences parfois tragiques pour les Gazaouis. Lors des raids israéliens de l’hiver 2008-2009, de nombreux blessés ne purent être ni évacués ni secourus.

Les mouvements de biens entre Gaza et l’Egypte ayant été réduits, de nombreux tunnels — rebaptisés smuggling (« contrebande ») — ont été creusés pour assurer l’approvisionnement de la zone. S’inquiétant de l’incapacité des autorités égyptiennes à juguler ces échanges souterrains, le gouvernement israélien a annoncé en décembre 2009 — une première mondiale — la création d’un mur souterrain le long des onze kilomètres de la frontière sud de Gaza. En arrière-plan, les Etats-Unis s’emploient à rappeler l’Egypte à ses devoirs : répondant en partie aux injonctions d’Israël, une loi de 2008 prévoit une aide de 100 millions de dollars à l’Egypte, conditionnée, entre autres, par ses efforts de détection et de destruction des tunnels de contrebande… Dans ce marchandage sans fin devenu un classique de l’externalisation (lire notre article dans Le Monde diplomatique de juin 2010), on invoque, d’un côté, l’absence de moyens, et, de l’autre, le manque de bonne volonté. Arguments non sans fondement, Israël refusant une présence militaire égyptienne importante trop à proximité.

Mais la frontière égypto-israélienne s’étend aussi sur 260 kilomètres au sud-est de Gaza. Là, la méfiance d’Israël s’applique à une autre « menace » : des centaines de milliers de réfugiés qui stationnent en Egypte et dont les conditions d’existence et la sécurité individuelle sont déplorables. Le 30 décembre 2005, parmi les deux mille réfugiés soudanais manifestant devant le siège de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) au Caire, plusieurs dizaines moururent sous les balles de la police.

L’actuelle xénophobie du voisin libyen ayant rendu périlleuse la route par l’ouest, des milliers d’exilés, venus principalement d’Afrique orientale, tentent depuis 2007 la traversée du Sinaï, dans l’espoir d’atteindre le sol israélien, réputé plus hospitalier. Mais les temps du libéralisme s’éloignent et, en mars 2008, le premier ministre Ehoud Olmert durcissait le ton en parlant d’une « invasion » et d’un « tsunami » de migrants, qualifiés d’« infiltrateurs ». En décembre 2009, son successeur Benyamin Nétanyahu a annoncé la création d’une barrière et l’installation de moyens de surveillance perfectionnés sur une portion de la frontière : « J’ai pris la décision de fermer la frontière sud d’Israël aux éléments infiltrés et aux terroristes. C’est une décision stratégique visant à préserver le caractère juif et démocratique d’Israël », a-t-il déclaré, mêlant ainsi le registre de la défense de l’emploi national, celui de la lutte contre le terrorisme et celui du pur racisme.

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Routes des migrations par l’Egypte
Carte de Philippe Rekacewicz,
Atlas 2009 du « Monde diplomatique »

Sans la moindre considération pour la Convention de Genève sur les réfugiés, Israël entend en même temps convaincre l’Egypte de tarir le flot à la source. L’habituelle rhétorique sur les trafics d’êtres humains (voire d’armes) et sur le terrorisme est mobilisée. Hormis un accord datant de 2005, dans lequel l’Egypte s’engageait à accepter le retour sur son sol des personnes refoulées par Israël (la « réadmission », dans le jargon approprié), le détail des tractations entre les deux pays n’a pas été rendu public. Toujours est-il que, de source officielle, ce sont 28 Africains en 2008, et 17 en 2009, qui ont été tués par les forces égyptiennes pour avoir tenté de fouler le sol israélien.

En Australie aussi...

En 2001, l’Australie lança le plan Pacific solution à la suite de l’arrivée près de ses côtes du Tampa, un cargo norvégien qui avait recueilli 430 migrants en détresse, pour la plupart demandeurs d’asile afghans (lire Migrations, sauvetage en mer et droits humains). Au mépris des textes internationaux et moyennant une « aide financière », Canberra les fit diriger vers les lointaines îles de Nauru et Manus (Papouasie-Nouvelle-Guinée), où des camps furent aménagés. Par la suite, la majorité du total des 1 550 exilés qui y furent détenus obtinrent le statut de réfugiés, et ces camps très coûteux furent fermés en 2008. Selon Amnesty International, l’initiative australienne inspira la déclaration britannique de 2003, proposant d’acheminer les demandeurs d’asile arrivant en Europe vers des centres de transit situés dans des pays tiers – et ainsi, indirectement, l’initiative italienne de participer à la création de camps d’internement (d’abord baptisés « centres d’accueil » en 2004) sur le sol libyen, cette fois sans examen des demandes individuelles : en clair, des camps de concentration à distance.

Les Etats-Unis, avec des objectifs analogues, délèguent au Mexique le soin d’empêcher les candidats à l’exil issus d’Amérique centrale d’atteindre leur frontière. Pour compléter l’impressionnante muraille mise en place du Rio Grande à la Californie et les patrouilles de minutemen qui pourchassent les intrus pour préserver la pureté de la race américaine, les migrants sont désormais persécutés à toutes les étapes de leur voyage. En août 2007, on apprenait que plusieurs milliers de personnes en provenance du Guatemala restaient bloquées dans les Etats de Tabasco et du Chiapas, la compagnie ferroviaire ayant eu pour consigne de les débarquer des convois. Le Mexique, sur fond de crise du système de la maquila (usines de montage travaillant en sous-traitance à bas prix pour les Etats-Unis), témoigne ainsi de sa bonne volonté à jouer le rôle de gendarme migratoire pour le compte de son voisin.

12 commentaires sur « L’Egypte veille sur les frontières d’Israël »

  • permalien Elie :
    4 juin 2010 @23h32   »

    Un très bon rappel sur la répression des migrants pauvres de régions pillées et surexploitées par l’imperialisme. En effet, L’Egypte coopère activement et au blocus de Gaza et à l’internement des Africains se dirigeant vers ISRAEL tout comme KHADAFI enferme dans des conditions atroces en plein désert les Noirs Africains refoulés par BERLUSCONI. Comme le Mafieux Berlusconi est riche à milliards, il achète sans difficulté avec son argent le colonel psychopathe et esclavagiste, qui par ailleurs voudrait se faire passer pour un Heros génial de l’Afrique... De même, il est juste et indispensable de rappeler le très long mur que les USA ont construit contre l’immigration des pauvres hispaniques à la frontière du Brésil.

    Ce qui se passe avec Gaza ne doit pas être déraciné, décontextualisé de la politique générale des imperialistes. Israel est d’abord le bras armé de Washington au PO et n’existerait pas sans l’argent versé à grands flots pour soutenir une économie et un budget hors d’état d’avoir une autonomie de gestion. Bibi a la double nationalité US et Israelienne comme beaucoup d’immigrants américains qui confondent Gaza et la Palestine avec le Far West.

  • permalien Laurent Szyster :
    6 juin 2010 @00h49   « »

    Remarquable.

    Pour évoquer en passant le sort "déplorable" des réfugiés africains dans le Monde Arabe, il faut qu’Israel y soit mêlé.

    Mais attention, seulement quand on peut juger "raciste" la politique du gouvernement "sioniste" !

    Aussi, on s’abstiendra d’expliquer que ces réfugiés sont majoritairement des Soudanais fuyant les vagues successives d’épuration ethniques menée l’élite esclavagiste de Karthoum, les rations quotidiennes de 1017 calories fournies dans les camps du HCR et le futur abject des prolétaires dans une société raciste et sectaire.

    http://www.iabolish.org/slavery_tod...

    Enfin, puisqu’il s’agit ici de participer au sacrifie d’Israel qui résoudra magiquement les contradictions post-coloniales, il n’est pas nécessaire de rappeler que l’Egypte, la Jordanie, le Qatar ou l’Arabie Saoudite négocient la concession des millions d’hectares maintenant vides de paysans au Soudan.

    http://www.courrierinternational.co...

    On finirait par penser que les affreux colons génocideurs au Proche-Orient ne sont pas ceux qu’on désignent à l’ONU.

  • permalien sane :
    7 juin 2010 @19h42   « »

    Laurent Szyster

    "Pour évoquer en passant le sort "déplorable" des réfugiés africains dans le Monde Arabe, il faut qu’Israël y soit mêlé"

    Détendez-vous ! Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, en Israël !

    Israël y est mêlé car les sionistes n’arrêtent pas de se vanter sur internet, que ce pays est la terre promise pour tous les musulmans maltraités dans leur pays.

    "Aussi, on s’abstiendra d’expliquer que ces réfugiés sont majoritairement des Soudanais fuyant les vagues successives d’épuration ethniques menée l’élite esclavagiste de Khartoum, les rations quotidiennes de 1017 calories fournies dans les camps du HCR et le futur abject des prolétaires dans une société raciste et sectaire."

    Ces réfugiés, Israël n’en veut pas, surtout s’ils sont musulmans, c’est la réalité.

    "Il n’y a pas qu’en Europe que les étrangers cherchent refuge. En Israël aussi, le nombre de clandestins va en s’accroissant. Aujourd’hui, la polémique enfle autour de la présence indésirable de travailleurs immigrés dans l’Etat juif. "

  • permalien sane :
    7 juin 2010 @19h48   « »

    Des enfants de travailleurs immigrés qui “menacent l’identité juive de l’État”
    expulsés

    Plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés mardi soir à Tel Aviv pour protester contre le projet du gouvernement israélien d’expulser 1 200 enfants de travailleurs migrants illégaux.

  • permalien K. :
    7 juin 2010 @20h29   « »

    @ orangerouge,

    Le bon lien :

    http://original.antiwar.com/peter-c...

  • permalien K. :
    7 juin 2010 @20h30   « »

    Mille pardons, erreur d’aiguillage encore..

  • permalien jcpress :
    8 juin 2010 @17h08   « »
    Visions cartographiques

    Puis vint le régime de Mongistu, en Ethiopie, vers 1974, si mes souvenirs sont bons ; l’exil des falashas commença avec le déplacement des populations autochtones subissant les vertus du marxisme ; l’intégration de ses « Betas » d’Israël ne fut pas facile, en terre promise, avec 11 000 immigrants. L’Erythrée voisine restait hostile à ce régime qui avait destitué le roi des rois hailé Selassié. Le Soudan accepta quelques migrants affamés et pourchassés par les révolutionnaires (Glusman écrivit un pamphlet "Silence on tue" qui n’eut point d’écho chez les intellectuels) ; les territoires français des Afars et des Issas surveillaient ses frontières et la Somalie craignait pour sa politique ; d’où le nom sulfureux de cet endroit "la Corne de l’Afrique". Autrefois, au temps des Perses et des conquêtes de Cambyse, l’Ethiopie était considérée comme le pays de la longévité parce qu’une source de jouvence y sourdait constamment. L’Egypte conquise, les Perses rentrèrent chez eux et les frontières retrouvaient leurs limites parfois mal définies. Les frontières parcourues, souvent déplacées puis restituées sont l’évidence même de l’attachement de l’homme à une culture et une histoire qu’il daigne partager sous certaines conditions : la reconnaissance de celles-ci. Ni le Magrheb, ni les états africains ne sont prêts pour repousser les limites qui les séparent et les maintiennent distants les uns des autres. L’Europe à peine vieille de deux mille ans mit tout ce temps pour les abolir... et encore elles existent toujours dans les esprits de certains nationalismes. Israël ne pourra pas se défaire des préjugés palestiniens tant que les deux religions qui dominent politiquement ne divorceront pas avec la culture et l’histoire ; la laïcité en est son salut : une bonne séparation de couple permet de sauver et les enfants et le couple... Jean Canal de http://presselibre.fr

  • permalien deMontigny :
    9 juin 2010 @15h50   « »

    @ Elie

    Israël est bel-et-bien l’avant-pont de l’impérialisme anglo-américain au po. Il me semble que vous êtes la première personne à en faire mention.

    Une observation bienvenue, que la pluspart des gens contournent soit aveuglément ou en pleine connaissance de cause pour je ne sais quelle raison.

  • permalien K. :
    11 juin 2010 @16h05   « »

    Kouchner le 09/010/2010, selon l’AFP, citée par Le Monde :

    [Concernant] la reprise par l’Union européenne du contrôle du passage frontière de Rafah, [il] n’est pas sûr que cela marche, car nos amis égyptiens ne veulent pas qu’on parle directement avec le Hamas", a-t-il expliqué.

  • permalien lallam :
    11 juin 2010 @21h07   « »

    L’Egypte est connue pour sa soumission à Israel et c’est vraiment regrettable. Ce qui blesse aussi c’est que l’Egype veut le beurre et l’argent du beurre. d’une part, elle veut rester le leader (grand frère arabe) et d’autre part, ne veut rien concéder à ses frères arabes pour mériter son statut. la concession concerne évidemment le soulagement d’un peuple frère maintenu en prison à ciel ouvert et affamé. merci à l’Egypte pour son choix.

  • permalien kamilias :
    14 juin 2010 @01h15   « »

    L’Égypte se soumet totalement à la soumission d’Israël, ennemi des pays arabes comme si elle est impuissante.Elle ne se décide
    pas de son plein gré de manière logique et raisonnable la décision à prendre face à une telle situation déplorable des palestiniens isolés du reste du monde sous la menace incessante des juifs qui se prennent les élus de Dieu.
    En effet, on a jamais vu un peuple chrétien souffrir par les persécutions répétées d’un autre État sous les regards observateurs des dirigeants.
    De ce fait, l’Égypte se contente des aides pécuniaires des Américains qui défendent les intérêts d’Israël et ne tend pas un regard sensible à ses frères arabes.Quelle méchanceté !!!

  • permalien jdremeau@club-internet.fr :
    15 juin 2010 @13h01   «

    MURMURES SUR LES MURS,

    construits par des pourris trop murs,

    qui empierrent les pauvres dans des prisons trop dures,

    il sont le reflet de l’engeance gouvernante

    qui de manière navrante,

    de leur coeur,les murs,implantent.

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