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Amazon, de l’autre côté de l’écran

vendredi 2 juillet 2010, par Joël Faucilhon

Joël Faucilhon, animateur depuis 2002 du site lekti-ecriture.com,vient de publier Rêveurs, marchands et pirates. Que reste-t-il du rêve de l’Internet ? (Le Passager clandestin, juin 2010). En des termes très clairs, destinés au profane autant qu’à l’internaute chevroné, ce petit livre décrit une histoire de l’Internet partant des rêves de partage des connaissances et aboutissant à une marchandisation phénoménale, notamment à travers l’« entonnoir » à contenus de Google et les tours de passe-passe du « gratuit » et du Web 2.0. Poètes ou pirates, nous rassure cependant l’auteur, les rêveurs sont toujours là. Il a accepté de nous confier, pour ce blog, le chapitre consacré à l’entreprise Amazon.com.

L’intensification des échanges commerciaux sur l’Internet, la vitesse et l’augmentation du nombre et du montant global des transactions, la chute des prix de vente de la plupart des produits, le sentiment d’immédiateté éprouvé par l’internaute, de plus en plus enclin à faire ses achats depuis son domicile, tout ceci ne pouvait se faire sans la mise en œuvre de nouvelles logiques de distribution. Conçu à l’origine comme une plate-forme d’échange et de diffusion de contenus scientifiques et informatifs, libres et gratuits, l’Internet a ainsi imposé un nouveau modèle économique et social, décuplant les effets de la division traditionnelle du travail dans l’économie capitaliste.

Ce modèle est d’une terrifiante simplicité : d’un côté, des cadres dirigeants et des programmeurs intéressés aux bénéfices par le biais des stock-options ; de l’autre, des manutentionnaires en situation de grande précarité, travaillant dans de vastes entrepôts proches des grands axes routiers, qui traitent les commandes et expédient quotidiennement des millions de colis, et des centres d’appel, localisés dans les pays en voie de développement, en charge de la relation client.

Les cadres des grandes sociétés de l’Internet, qu’ils appartiennent à la sphère du marketing ou à celle de la programmation informatique, sont les enfants chéris de cette nouvelle société. Généralement, leur rémunération est triple, composée d’une part fixe (salaire mensuel), d’une part variable (intéressement aux résultats) et d’une part différée (les fameuses stock-options), quand la société est cotée en Bourse. Ils ont généralement moins de trente ans lorsqu’ils font partie des services de recherche et de développement, un peu plus dans le cas des cadres administratifs et commerciaux. À titre d’exemple, un ingénieur employé par Amazon en charge du développement de la plate-forme perçoit, selon son expérience, entre 80 000 et 120 000 dollars par an ; même chose pour un analyste financier [1].

La masse de travailleurs précaires affectés aux entrepôts du commerce électronique à travers le monde ne bénéficie pas du même traitement : cadences de travail toujours plus élevées, droits sociaux réduits à la portion congrue, généralisation des contrats précaires et obstacles mis au développement des organisations syndicales se combinent avec des salaires souvent inférieurs au salaire horaire minimum garanti.

Des « associés » moins égaux que d’autres

Le cas d’Amazon est à ce titre emblématique. La firme, fondée par Jeff Bezos en 1995, avait été érigée en modèle de la nouvelle économie, peu avant l’explosion de la bulle spéculative sur les entreprises de l’Internet, en 2000. En 1999, Jeffrey Preston Bezos était même sacré « personnalité de l’année » par le très sérieux magazine Time. Bezos a la prétention de révolutionner les relations sociales au sein de l’entreprise, en même temps que le mode de fonctionnement économique de celle-ci. Le discours officiel est qu’Amazon n’a pas de salariés, seulement des « associés », puisqu’en principe tout employé recruté par la firme en CDI se voit aussi attribuer un certain nombre de stock-options. Cet intéressement aux résultats de l’entreprise suffirait à faire naître chez tous, du directeur commercial de la maison mère au chef de rayon de l’entrepôt du Bedfordshire, le sentiment de participer à un projet commun. Cette posture a d’ailleurs valu à Jeff Bezos une image médiatique de patron humain et compréhensif, de « Mr Nice Guy » [2], que la réalité des conditions de travail dans le secteur de la distribution de l’entreprise vient pourtant sérieusement écorner. Les internautes adeptes de l’e-shopping sont familiers de l’enseigne d’Amazon, vaste librairie en ligne à laquelle ils sont systématiquement renvoyés (les fameux « liens entrants » opèrent ici à plein régime) lorsqu’ils effectuent une recherche portant sur à peu près n’importe quel ouvrage. On connaît beaucoup moins en revanche la partie immergée de ce gigantesque iceberg, celle de la distribution. De fait, ce n’est qu’assez récemment que le grand public a pu avoir connaissance des conditions de travail dans les entrepôts de la firme. En décembre 2008, la journaliste Claire Newell, parvenue à se faire recruter comme intérimaire dans l’une de ces immenses plaques tournantes située à Bedfordshire, en Angleterre, livre une enquête qui fait grand bruit. Publié par le Sunday Times [3], le constat est édifiant, et l’article sera repris un peu partout dans le monde [4]. La journaliste infiltrée y décrit les cadences infernales, les objectifs quasi impossibles à atteindre, le contrôle exercé par des managers sourcilleux, mais aussi par un système de vidéosurveillance extrêmement sophistiqué. Dans cet entrepôt, les manutentionnaires parcourent chaque jour jusqu’à 22 kilomètres pour un salaire de 7,50 euros de l’heure, une partie de cette somme servant d’ailleurs à payer le transport pour atteindre un lieu de travail situé loin de toute agglomération. La journée de travail n’est interrompue que par deux pauses de 15 et 20 minutes ; aux cinq journées de travail hebdomadaire s’ajoute une « nuitée » obligatoire de 10 h 30, du samedi soir au dimanche matin. En outre, la direction alloue à chaque employé un quota fixe de six points ; chaque absence, même justifiée par un certificat médical, entraîne le retrait d’un point. Au bout de six points, c’est la porte. Sans surprise, peu de citoyens anglais acceptent de telles conditions de travail. La plupart des manutentionnaires sont donc des ressortissants de pays d’Europe de l’Est, qui espèrent ainsi obtenir une prolongation de leur permis de séjour. Un intérimaire britannique confie d’ailleurs à Claire Newell : « “Ces pauvres diables”, qu’est-ce qu’ils endurent ! » Il ajoute : « Jamais plus je ne regarderai Amazon de la même manière ».

Inutile de préciser que, face à ces conditions de travail, les employés extrêmement précarisés d’Amazon sont à peu près dépourvus de tout moyen de faire entendre leurs revendications. C’est aussi le cas des salariés peut-être un peu mieux lotis des services clients du groupe, qui, en tant que titulaires de CDI, possèdent des actions dans l’entreprise. Dès lors, puisqu’ils en sont « propriétaires », comme aime à le dire son fondateur Jeff Bezos, nul besoin pour eux d’en passer par une quelconque action collective pour faire entendre leur voix. C’est en se fondant sur ce principe qu’en 2000, le groupe de Jeff Bezos s’efforça d’empêcher la création du tout premier syndicat de l’économie numérique américaine, au sein du service clients de sa maison mère, à Seattle.

Au premier trimestre 2000, le chiffre d’affaires d’Amazon était en recul de 17 % (soit 99 millions de dollars de perte). Pour faire face à cette situation, le siège avait imposé un plan de rigueur au sein de l’entreprise, tout en demandant des augmentations très importantes de productivité dans ses entrepôts. Parallèlement, des services entiers, basés à Seattle, étaient délocalisés en Inde (plateaux d’appels) et au Dakota du Nord. Dans ce contexte, les employés de Seattle, et en particulier ceux du service clients, soutenus par deux syndicats américains, WashTech (Washington Alliance of Technological Workers [5]) et le POF (Prewitt Organizing Fund), initièrent un mouvement de recrutement et d’organisation collective, dans la perspective de négociations avec la direction du groupe. Or, pour Jeff Bezos, on l’a vu, la pratique syndicale est tout à fait inutile au sein d’Amazon, puisque, par le biais de l’intéressement (les stock-options), « chacun (...) peut [y] exercer à tout moment son droit à soulever des questions et des préoccupations liées au lieu de travail ».

Très vite, un certain nombre de décisions furent prises qui ne laissèrent guère planer de doute sur les intentions de la direction. Les cadres de Seattle reçurent tout d’abord par e-mail l’instruction de prévenir les activistes des risques liés au développement de toute activité syndicale : « Informez les représentants du personnel des inconvénients inhérents à la syndicalisation, notamment les grèves et la gestion des piquets de grèves, les amendes, les cotisations. ». Des réunions se tinrent, où chacun était fermement convié – quitte à prendre sur ses jours de congé – pour s’entendre exposer, sans possibilité de discussion, tous les maux du syndicalisme. Bientôt, les stands installés par les représentants du personnel dans la cafétéria furent interdits au motif qu’ils violaient le règlement sur le prosélytisme – tandis que d’autres stands faisant la publicité d’actions culturelles étaient, quant à eux, parfaitement tolérés. Puis les premières rumeurs de licenciements commencèrent à circuler, jusqu’au début de l’année 2001 où, sur les 1 300 suppressions d’emplois décidées par la firme, 850 affectèrent le centre de Seattle, sans aucun critère objectif pour l’expliquer [6]. Le but était clairement d’étouffer dans l’œuf toute velléité d’organisation sociale du travail. Velléités vraisemblablement couronnées de succès, puisque, dix ans plus tard, aucune activité syndicale n’est attestée chez Amazon États-Unis.

Avec une hypocrisie caractéristique de la novlangue capitaliste, la direction d’Amazon se refuse à désigner ces travailleurs comme des « employés », préférant, dès lors que l’ensemble du personnel de la société est censé posséder des stock-options, le terme d’« associés ». Non seulement les cadres dirigeants un peu partout dans le monde, mais aussi les manutentionnaires des entrepôts du Bedfordshire, les employés du service clients de Seattle et tous les salariés de la firme sont donc les associés du fondateur Jeff Bezos ; ils travaillent, comme lui, au succès d’Amazon, et doivent tirer fierté de participer au rayonnement de l’entreprise [7]. Pourtant, tous les « associés » d’Amazon ne sont pas égaux, même en matière d’intéressement : en 2004, lorsque sa filiale française met en œuvre un plan social de grande ampleur, la plupart des employés remerciés constatent que, grâce à un savant montage, ils sont dans l’impossibilité de liquider leurs stock-options pour en récupérer la contrepartie financière [8]. Le vernis du discours fondateur d’Amazon (une entreprise caractérisée par la participation de tous à l’activité et aux bénéfices, des conditions de travail décontractées, amicales et stimulantes, etc.) n’aura donc pas mis très longtemps à craquer, comme le constate d’ailleurs dès 2001 Marcus Courtney, l’un des fondateurs de WashTech : « C’était l’exemple-à-suivre.com, le lieu où il fallait travailler, où il fallait être. Aujourd’hui, c’est la compétition avec les travailleurs indiens pour les postes. C’est la “Silicon jungle” ».

Logistique et distribution : le silence des entrepôts

L’exemple d’Amazon n’est pas isolé. La firme de Jeff Bezos n’est que l’archétype des nouvelles formes d’exploitation que recouvre l’Internet. Les usagers de l’Internet ont d’ailleurs du mal à se figurer qu’au-delà de l’écran, des hommes et des femmes bien réels enregistrent et assurent la préparation et la livraison de leurs commandes, répondent à leurs demandes d’assistance en ligne, etc. De façon générale, les « travailleurs de l’Internet » forment une masse invisible, paupérisée, retranchée dans des entrepôts placés sous vidéosurveillance, mais à l’abri des regards extérieurs. Mener l’enquête dans de tels endroits est une tâche difficile et l’information sur les conditions de travail de ces lieux est rare, mais chaque fois qu’à la faveur de mouvements sociaux encore embryonnaires, elle parvient à filtrer, elle donne à voir une réalité peu amène. Et la France n’y fait pas exception.

Le 13 mai 2008, une centaine d’employés de CDiscount, sur les 800 que compte le groupe, se mettent en grève, en Gironde. La plupart sont caristes et préparateurs de commandes. Ils souhaitent notamment bénéficier de temps de pause plus longs alors qu’il leur arrive, « l’hiver, de travailler dans les entrepôts par des températures négatives, sans pouvoir prendre de boissons chaudes » [9]. L’immense majorité d’entre eux ne gagnent pas plus que le Smic, même après plusieurs années d’ancienneté. Au bout de dix jours à peine, les salariés doivent interrompre le mouvement sans avoir obtenu la moindre avancée, parce qu’ils ne peuvent plus tenir financièrement1 [10].

En décembre 2009, une grève touche l’entrepôt principal d’Amazon France, près d’Orléans. Les syndicats s’insurgent contre le fait que plusieurs salariés ont été licenciés pour « insuffisance professionnelle » depuis le début de l’année ; l’approche des fêtes de fin d’année a entraîné le doublement des effectifs grâce au recrutement d’intérimaires. « L’ambiance est actuellement très tendue, commente un responsable de Force ouvrière. Pour faire face à l’afflux des commandes, on nous demande des objectifs que l’on ne peut pas atteindre » [11]. Les revendications des grévistes – ceux des salariés qui bénéficient de contrats à durée déterminée – sont simples : hausse des salaires, possibilité d’un treizième mois, tickets restaurants et primes d’équipe, et augmentation de 10 minutes du temps de pause quotidien. Devant la difficulté de mobiliser les intérimaires [12], la grève prendra rapidement fin sans que la direction n’ait eu à faire la moindre concession.

Ces divers mouvements de grève ne doivent pas être traités comme des cas isolés. Cadences infernales, salaires minima, contrats précaires, fragilisation des droits sociaux et syndicaux : le commerce sur l’Internet est un secteur économique fortement concentré, animé pour l’essentiel par quelques groupes d’envergure nationale ou internationale, placés dans une situation de concurrence accrue ; ces firmes tentent donc, par tous les moyens, de réduire le coût d’une main-d’œuvre encore indispensable tout en augmentant son volume d’activité. Tâche en partie facilitée par l’isolement des travailleurs au sein de grands entrepôts, eux- mêmes situés à l’écart des grands centres urbains et par l’ignorance publique et l’indifférence médiatique à l’égard de leur situation. Ignorance et indifférence encore plus grande lorsqu’il s’agit de services sous-traités et délocalisés à l’étranger comme les plates-formes téléphoniques dédiées à la « relation clients ».

Notes

[1] http://www.glassdoor.com/

[2] Cf. Andrew Gumbel, « Short shrift for unions in Amazon’s silicon jungle », The Independent, 3 février 2001 (http://www.independent.co.uk/news/b...)

[3] http://business.timesonline.co.uk/t....

[4] En France, on en rend compte sous le titre : « Chez Amazon, des conditions de travail dignes de Zola » (voir France-Info, 17 décembre 2008, http://www.france-info.com/economie...)

[5] WashTech est un syndicat américain né au sein de Microsoft, en 1998. Il regroupe donc surtout des ingénieurs et techniciens de l’industrie électronique et logicielle, et combat désormais surtout les tentatives de délocalisation (outsourcing) des grandes compagnies technologiques américaines (voir leur site Internet : http://www.washtech.org).

[6] « Short shrift... », art. cit. 2. Ibid. Les 450 autres emplois supprimés s’expliquent par la fermeture, au même moment, d’un centre de distribution situé en Géorgie.

[7] En réaction à l’enquête du Sunday Times, Allan Lyal, vice-président pour l’Europe d’Ama- zon, indiquait au journal : « Nous voulons que nos associés soient heureux de travailler chez Amazon et les intérêts des travailleurs sont défendus par un forum démocratiquement élu des employés, qui rencontrent régulièrement l’encadrement. » http://business.timesonline.co.uk/t...

[8] Voir 01net, 10 août 2004 (http://www.01net.com/editorial/2493...).

[9] Voir 01net, 23 mai 2008 (http://www.01net.com/editorial/3812...)

[10] 11. Comme l’explique à 20 minutes Claudine Beyssière, responsable syndicale FO, le 23 mai 2008 (http://www.20minutes.fr/article/232...)

[11] L’Expansion, 9 décembre 2009 : http://www.lexpansion.com/economie/...

[12] Leur « moyenne d’âge ne dépasse pas la trentaine. Ils ne sont pas syndiqués ». Voir l’article d’Alain Beuve-Mery, « En remontant le cours d’Amazon jusqu’aux sources du e-com-merce », Le Monde des Livres, 18 janvier 2007

19 commentaires sur « Amazon, de l’autre côté de l’écran  »

  • permalien Sophie :
    2 juillet 2010 @16h34   »

    Pour avoir lu le petit dernier du Passager Clandestin (très bonne maison d’édition qui gagne à être connue, soit dit en passant), j’abonde complètement dans le sens de ce qui est dit en intro de ce post : ce bouquin est d’une clareté limpide, sans tomber dans le désir de vulgarisation à tout prix. L’auteur sait rester technique quand il le faut. Mais il sait aussi parler à l’internaute non technicien. Il replace l’épopée de l’Internet dans un contexte historique souvent méconnu de l’internaute tout-le-monde (dont je fais bien évidemment partie !), ce qui est fondamental à la compréhension des dérives d’aujourd’hui. Et le chapitre "google" fait froid dans le dos... même si on ne sait malheureusement que trop que Big brother is watching us. Je remercie Joël Faucilhon d’avoir éclairé ma lanterne !

  • permalien Shiv7 :
    2 juillet 2010 @19h26   « »

    Cet article démontre bien le "dérapage" que permet la fiction virtuelle de l’écran.
    Ce mot, écran, est du reste un peu trompeur, car il suggère que de l’autre côté c’est comme de ce côté, comme si ce que l’on voit à travers nos écrans serait la réalité.
    Par contre il devient tout à fait vrai, si on prend le mot dans son sens ; écran total , car il s’agit belle et bien d’une fermeture complète au réel, autant l’image potentielle que le libraire effectuant notre commande(tout comme l’Afghan mourant sous les drones), bien qu’étant réels deviennent virtuels dans nos écrans et sous le clic de nos souris.
    C’est le syndrome du boucher, la plupart des personnes qui mangent de la viande seraient incapable de tuer un poulet, à la place du boucher nous avons nos ordis..

    Un autre danger que souligne bien l’article, est le court circuit entre le manoeuvre(si possible remplacé par une machine), la direction, et le client.
    Le rapport deviens purement marchand, impersonnel et à la fois très direct pour toutes les parties..
    Ce qui se solde en gros revenu pour les sphère dirigeantes et en conditions de travail invraisemblables, où ne subsiste plus que le manoeuvre exploité, le savoir du libraire ayant été remplacé par le net.

    Cela me fait penser à une phrase de Henry Michaud dans une poésie qui s’appelle Avenir, où il dit ; siècle des désirs à bon marché, c’est assez prémonitoire..

  • permalien Joël Faucilhon :
    2 juillet 2010 @20h10   « »

    Et encore, tout ceci, notamment les entrepôts et les coûts fixes qu’ils font peser, appartiennent pourrait-on dire au passé.

    L’avenir d’Amazon ou de grands marchands tels que PriceMinister, ce sont les " places de marché ", modèle dans lequel ce sont des individus pauvres ou des petites entreprises (sauf cas exceptionnel) qui assurent la commercialisation des objets vendus. L’idéal, pour atteindre les taux de rentabilité rêvés, est de se passer des deux postes majeurs qui coûtent le plus : la logistique (et donc les êtres humains qui " font partie " de la logistique) et le stock.

    Il y a deux semaines, il était annoncé que PriceMinister venait d’être vendu à un groupe japonais pour 200 millions d’euros. Pierre KOSCIUSKO-MORIZET, PDG de PriceMinister et frère de l’autre, avait tout compris pour obenir des sommets de rentabilité jamais atteints dans l’économie économique : mettre tout le monde en concurrence avec tout le monde au sein d’un lieu virtuel unifié. De la même manière que Levis et toutes les marques de prêt à porter n’ont plus d’usine (ce sont les sous-traitants des sous-traitants qui les fabriquent les pièces, en Chine mais aussi en Turquie, ne pas l’oublier), PriceMinister et les autres places de marché (dont évidemment celle d’Amazon) permet de faire assurer aux particuliers et PME transformées en sous-traitants les tâches qui ont un coût réel. Dans ce contexte, l’idée même qu’il existe une " économie numérique " est un leurre, puisque la richesse est confisquée par un tout petit nombre d’acteurs qui paient très peu d’impôts, dont les bénéfices conséquents se retrouvent dans les paradis fiscaux. La boucle est bouclée...

    Avec les places de marché, c’est un " nouvel état du capitalisme " qui voit le jour, et personne ne semble s’en inquiéter.
    Et au passage, même si des sources internes me permettent d’affirmer que PriceMinister est excessivement rentable (d’où le coût de la vente au groupe japonais), aucun bilan n’a été déposé par PriceMinister au Greffe du Tribunal de Commerce de Paris, comme la loi l’y oblige. Espérons au moins qu’ils aient été obligés de payer l’amende, comme la loi le demande.

    Tout ceci est en lecture intégrale sur le site Internet du livre ici : http://www.lekti-ecriture.com/blogs/internet. Et les passages qui ne sont pas encore disponibles à la lecture le seront dans le courant de la semaine prochaine.

    Et merci au Diplo...

  • permalien Terminus :
    2 juillet 2010 @21h59   « »

    Bien entendu, le livre est en vente sur Amazon :)

    Le capitalisme réussirait à nous vendre la corde pour le pendre.

  • permalien
    3 juillet 2010 @04h46   « »
    Amazon, de l’autre côté de l’écran

    Article intéressant, le web étant un outil, on peut en faire le meilleur comme le pire, humain trop humain, on en a fait un peu de meilleur et beaucoup de pire à l’évidence...

  • permalien Murmure :
    3 juillet 2010 @08h52   « »

    @ M. Joël Faucilhon

    Or, pour Jeff Bezos, on l’a vu, la pratique syndicale est tout à fait inutile au sein d’Amazon, puisque, par le biais de l’intéressement (les stock-options), « chacun (...) peut [y] exercer à tout moment son droit à soulever des questions et des préoccupations liées au lieu de travail ».

    Pourquoi s’étonner ? au pays de Hoffa, le syndicalisme est synonyme de socialisme et que seul le Dieu capitalisme règne ?

    D’autant plus que pour une majorité d’américain 51%, je crois, les syndicats sont nuisibles à l’économie.

    L’un des plus puissant* syndicat AFL-CIO a entamé son déclin depuis longtemps déjà, malgré son soutien aux démocrates en injectant sans cesse des millions de dollars dans les campagnes électorales.

    Croire que l’ère numérique changerait les conditions des ouvriers est tout simplement antinomique.

    Les stock-options devraient résoudre l’éternelle « guéguerre » entre col-blanc/col-bleu.

    Cet article me rappelle qu’en 2010 encore, et que ce soit au Sud comme au Nord. Cet anonyme américain qui a dit : “Le réveil sonne : première humiliation de la journée.”

    *Tout est relatif, Teamsters de Hoffa fils, l’est aussi d’une certaine manière.

  • permalien jcpress :
    3 juillet 2010 @10h01   « »

    En cautionnant ce principe comme nous le faisons, ne serait qu’en étant simplement abonnés à un serveur dont le marché concurrentiel est sans pitié en nous obligeant à une durée d’adhésion forcée (la liberté individuelle étant de plus en plus en danger, nous lui assenons les derniers coups de grâce), nous entretenons un système que nous ne pouvons même pas condamner, puisque nous le générons à chaque clic ! Cette nouvelle forme d’exploitation de l’homme par l’homme ne fait que créditer une virtualisation des sociétés qui ne peuvent plus inter réagir sans l’internet ! C’est le même qui exploite son semblable, à la différence qu’il se situe dans une position de force à un moment donné de l’histoire socioéconomique de ce système. La société actuelle n’a pas d’innocent ; il n’y a que des personnes responsables et quelques unes, certes nombreuses, plus coupables que d’autres... Jean Canal de http://www.presselibre.fr

  • permalien
    3 juillet 2010 @10h27   « »

    "en étant simplement abonnés à un serveur dont le marché concurrentiel est sans pitié en nous obligeant à une durée d’adhésion forcée"

    Gné ?
    Que voulez-vous dire en langage clair jcpress SVP ?

  • permalien Pep :
    3 juillet 2010 @10h38   « »

    Sans rien contester à la qualité de l’analyse, il me semble important de souligner qu’on retrouve des condiotions identiques de travaildansles métiers de la logistiquedansd’autres univers que l’économie numérique. La distribution des biens culturels en librairie par exemple connait une concentration similaire (Hachette distribution et Interforum pour editis concentrent à elles deux plus de 50 pour cent de ventes délivres et les conditions de travail n’y sontag guere plus emviables et sont un état de fait bien depuis plus longtemps que l’emmergence du web. Cette économie partage avec le numérique qu’il s’agit de la partie cachée invisible aux consommateurs de l’édifice.

  • permalien ysengrimus :
    3 juillet 2010 @14h07   « »

    Méfions-nous du fatalisme indécrottable et de l’illusion totalitaire... Tout n’est pas sous flicage "éconimique" sur Internet. On sait bien que les petits esprits bien en place voient bien l’ombre que le penseur ordinaire d’internet leur fait…

    http://ysengrimus.wordpress.com/200...

    L’ombre glaciale de la perte du contrôle intellectuel et artistique des masses continue de planer. On n’en est pas encore a internet blanc, peiple muet, loin s’en faut...
    Paul Laurendeau

  • permalien Végétalien :
    7 juillet 2010 @22h52   « »

    Depuis qu’une librairie s’est installée dans mon village d’adoption de la région Rennaise, je ne commande plus sur Amazon ni sur la Fnac d’ailleurs.
    Je préfère contribuer aux commerce de proximité que de nourrir des salauds de capitalistes.

  • permalien Thibaut :
    5 août 2010 @09h24   « »

    Cet article donne en effet une raison de plus de défendre les libraires de quartiers.
    Je porte à votre connaissance d’autres modalités d’Amazon : les boutiques personnalisées, que les gens peuvent créer eux même en assurant la publicité.
    ex : zlio :
    http://le-capes-de-documentation.zl...

  • permalien spiritoo :
    24 septembre 2010 @14h05   « »
    Précision sur les programmeurs

    Je souhaite juste apporter une précision, opposer les programmeurs aux manutentionnaires est une erreur. Les programmeurs dans le domaine de l’internet reçoivent très rarement des primes et bonus ou stock options, environ 10% selon les études fiables de magazines, du CNISF et idem.
    Les programmeurs sont aussi victimes de la mondialisation, il y a des délocalisations en Inde, au Maroc, etc...
    Certes, il y a bien des privilégiés qui touchent 100 000 par an. En France, même avec 10 ans d’expérience, de l’encadrement d’équipe, des astreintes de nuits et une pression de fou, un programmeur en touche à peine la moitié, ce qui est largement justifié vu les années d’études, la communication en anglais, les déplacements, réunions de crise, etc....
    Opposer ouvriers et intellos n’est pas la solution, il faut tous nous unir contre les multinationales.

  • permalien Joël Faucilhon :
    24 septembre 2010 @19h14   « »
    @Spiritou

    Effectivement, beaucoup de programmeurs sont en train de subir de plein fouet les délocalisations, avec la concurrence accrue de l’Inde, du Maroc, etc.
    Je n’ai pas voulu " stigmatiser " les développeurs, encore moins les opposer aux manutentionnaires, et si cet extrait du livre en donne l’impression, j’en suis navré. Il faudrait peut-être voir cet extrait dans le contexte du livre, où il ne donne pas tout à fait cette impression, je pense, étant donné qu’il est juste avant un passage sur les conditions de travail chez Google.
    J’ai énormément de respect pour les développeurs, et je sais ce que c’est que d’être d’astreinte, et d’intervenir à 3h dans la nuit d’un samedi au dimanche, pour un problème de serveur.
    Quant à l’union des manutentionnaires et des programmeurs, je l’appelle de mes vœux, puisque

  • permalien unaxe.wordpress.com :
    5 novembre 2011 @23h56   « »
    Amazon, encore une multinationale faite pour detruire la societe.

    "" nouvel état du capitalisme ""
    "Le capitalisme réussirait à nous vendre la corde pour le pendre."
    Vous ne parlez pas ici du capitalisme mais plutot de cartellisme et de corporatisme, qui entrainent le fascisme, societe dans laquelle nous (pays dits "libres" et democratiques UE, EU, RU et son Commonwealth) vivons dans un monde fasciste.
    Si vous avez des proches qui possedent une petite entreprise vous savez certainment comme il est souvent difficile de s’en sortir car vous travaillez pour vous et l’Etat (collecteur du Tresor Public 33% sur les benefices, la TVA, les enormes charges sur les salaires) et rembourser la dette creee suite a la "Loi Rothschild".
    Les multinationales, possedez par de riches familles, des banques et des fonds d’investissement divers, elles ont leurs entrees a l’Assemble Nationale, Elysee, Matignon, etc, et ne payent quasiment pas d’impots.

    "le syndicalisme est synonyme de socialisme et que seul le Dieu capitalisme règne"
    "les syndicats sont nuisibles à l’économie"
    Le probleme des syndicats c’est qu’ils sont a la botte du pouvoir.
    Par exemple qui croit que Bernard Thibault est pour le droit des travailleurs ? Ce gars est un agents qui travaille dans la meme direction que les Coppe, Hollande ou Sarkozy. Ils nous amenes vers le gouvernement mondial, la dictature ultime. Reflechissez-y, documentez vous (evitezBHL quand meme !) et vous comprendrez vite vers quoi nous allons si nous ne reagissons pas TRES FERMEMENT.

    "La distribution des biens culturels en librairie par exemple connait une concentration similaire"
    "Je préfère contribuer aux commerce de proximité que de nourrir des salauds de capitalistes."
    Dans tous les cas preferez les petits commercants aux grandes surfaces. Les patrons de grande surface ne sont pas capitalistes, ils veulent EXTERMINER la concurrence des commerces independants. Ca N’est PAS du capitalisme, du marche libre.
    Combien d’emplois aurions nous si les gens avez boycotte les supermarches ?
    Qui a besoin de boire des colas tous les jours et changer de telephone mobile deux fois par an par exemple ?
    La quantite a la place de la qualite (ca n’existe plus beaucoup). Les employes payes au SMIC... euh, mais les employes c’est nous !!!

    "Opposer ouvriers et intellos n’est pas la solution, il faut tous nous unir contre les multinationales."
    Oui.

    Les origines des problemes sont entres autres :
    - le pret d’argent avec interet
    - la monnaie n’est plus rattachee a de vraies valeurs (or et argent durant des millenaires)
    - la "Loi Rothschild" (merci aux agents Rothschild-Illuminati Pompidou et Giscard d’Estaing) qui oblige l’Etat Francais a emprunter a des banques privees
    - la dette, entrainee par les mauvaises politiques sciemment mise en place
    - l’abrutissement des masses (Education Nationale, nourriture manufacturee, eau dite "potable" fluoree, television hypnotisante, medias a la botte des multinationales-banques-Illuminati...)

    unaxe.wordpress.com

  • permalien Xavier Radio Campus :
    24 février 2012 @14h01   « »

    A l’occasion de la venue du ministre du travail Xavier BERTRAND, il y a 15 jours, Radio Campus Orléans est aussi entrée chez AMAZON, sur la plateforme de traitement des commandes d’Orléans/SARAN. Et voici leur travail : 4 reportages sur les conditions de travail des salariés, UN VERITABLE VOYAGE EN AMAZONie :
    http://soundcloud.com/rco-amazonie/

    I /// Les salariés d’AMAZON Orléans parlent de leurs conditions de travail sans tabou (surveillance, management, pression...) mais dans l’anonymat
    II /// Le staff de la com’ vous offre la visite du plus grand supermarché de France, avec les 4 micros embarqués de Campus, 1 ministre, 1 député... Normalement, c’est drôle !
    III/// Amazon a beau incarner le XXIe siècle, la vielle CGT était encore là le jour de la visite du ministre pour soutenir 2 salariés syndicalistes menacés de sanctions disciplinaires.
    IV /// Début février, l’état, le Pôle Emploi et l’entreprise signaient ainsi un accord relatif au recrutement de plusieurs centaines de salariés : nouveaux besoins, nouvelles procédures, nouvelles embauches, nouvelle philosophie du service public ?

    TOUTES VOS REACTIONS SONT LES BIENVENUES !
    Bien cordialement,

    Xavier GIRARD
    Radio Campus Orléans
    antenne at orleans.radiocampus.org

  • permalien C. MENDOZA :
    1er novembre 2012 @08h17   « »
    Amazon, la poste GB, même combat !

    M. Faucilhon, vous dites "L’idéal, pour atteindre les taux de rentabilité rêvés, est de se passer des deux postes majeurs qui coûtent le plus : la logistique (et donc les êtres humains qui " font partie " de la logistique) et le stock."
    Cela me fait penser à la recherche menée par le britannique James Meek sur les conditions désastreuses de travail des employés de la Poste aux Pays-Bas, http://www.lrb.co.uk/v33/n09/james-...
    Cet article a été publié dans Le Courrier International sous le titre "Comment ils ont tué La Poste".
    C’est l’exemple flagrant de ce que vous dénoncez... même si internet n’y est pas pour grand chose.

  • permalien edmond :
    7 mars @17h35   « »

    La grande embrouille Amazon.fr, ou comment les clients aussi sont prient pour des "gogo" !!!

    Pour exemple, ce matin 7/03/2013, après avoir navigué sur plusieurs sites de ventes je fais le choix de commander sur le site Amazon.fr (le plus attractif et le moins cher par rapport à la concurrence), un fauteuil de bureau avec l’assise en cuir véritable et un design plus que moderne et confortable au prix imbattable de 72,90 euros et une cartouche d’encre noir Canon d’origine pour imprimante du même nom, au prix toujours imbattable de 14 euros...

    Seulement voilà, après m’être arrêté, sur ce fauteuil noyé dans une pléthore (une bonne dizaine) de choix similaire (produits tous identiques à quelques détails près) à des prix plus ou moins fantaisistes avec la livraison gratuite ou payante c’est selon (ce qui influe le prix de 12,90 euros en + ou en — ) mon choix se porte sur un modèle à 72,90 euros livraison offerte.

    Je passe donc commande de ces deux produits, pensant obtenir la livraison gratuite en "points relais colis" près de chez moi pour des commodités personnelles, il m’arrive ce qui suit ...
    Refus de livraison aux 10 "points relais colis" près de chez moi pour des raisons qui ne sont pas indiquées clairement ?

    Je me rabats donc sur une livraison classique à domicile que je crois toujours gratuite !
    bien mal m’en prends, on m’applique un supplément de 2,79 euros pour la livraison de la cartouche d’imprimante seule, alors que le montant total de ma commande est de 86,90 euros ?

    Je fais marche arrière et prends l’option "Amazon Premium", l’offre me garantissant la livraison gratuite et rapide (offerte une fois pour les nouveaux clients) dès le lendemain de ma commande (seulement la cartouche d’encre) !

    Je valide ma commande qui dans un premier temps est acceptée...

    Refus, 1 heure et 20 minutes plus tard, un nouvel e.mail arrive dans ma messagerie m’indiquant que ma commande ne peut être traitée pour diverses raisons liées à mon mode de paiement, le service client d’Amazon, me conseille alors d’appeler ma banque pour régler ce problème de transaction ?

    A suivre...

  • permalien edmond :
    7 mars @17h37   «

    Après un interminable échange de mail, étalé sur plus de trois heures (le service client m’a conseillé de l’appeler par téléphone, je ne l’ai pas fait !) j’en ai compté sept en tout, fatigué et énervé d’avoir perdu mon temps, je décide d’annuler purement et simplement ma commande...

    Le seule et unique motif de refus d’accepter ma commande est selon moi, le suivant : j’ai payé la transaction avec une carte bancaire virtuelle à débit unique (service imposé par ma banque afin de sécuriser les paiements par l’internet), le service facturation d’Amazon ne pouvant plus prélever (abusivement) par la suite les échéances "Amazon Premium" sur mon compte bancaire, en effet cette offre nécessite un abonnement annuel de 49 euros avec la première livraison gratuite (attrape gogo), comme, j’ai refusé et décliné le renouvellement à terme, ma commande n’a pas été traité !

    Je résume donc les faits :

    1) Choix de produits multiples similaires et équivalant à des prix différents et fantaisistes (pour induire le client en erreur)...

    2) Livraison gratuite aux "points relais colis" de ma ville impossible...

    3) Bénéficier de l’offre "Amazon Premium" soi-disant gratuite sans verser 49 euros, impossible ...

    4) Paiement avec une carte bancaire virtuelle sécurisé internet (carte à usage unique, imposé par ma banque) refusé, donc impossible...

    Voilà les méthodes employées pour sélectionner la clientèle chez Amazon.fr, belle éthique commerciale n’est ce pas ?

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