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A La Nouvelle-Orléans, après trois mois de marée noire

vendredi 16 juillet 2010, par Emanuele Bompan

La marée noire a disparu. « Elle va revenir, elle attend là, à l’horizon » nous dit Tom, un fonctionnaire du service de la Louisiane pour la pêche et la nature. La plage de Grande Ile, au sud de l’Etat, a été le premier paradis naturel touché par la marée noire à la suite de l’explosion de la plateforme Deepwater Horizon, le 20 avril 2010, dans le Golfe du Mexique au large de La Nouvelle-Orléans. A la mi-juillet 2010, la plage n’était visiblement pas souillée : mais ce n’est qu’un sursis…

Les nouvelles des opérations de réparation sont pourtant bonnes : le dôme de confinement posé le 15 juillet par 1 500 mètres de fond a permis, selon BP, de colmater la fuite qui, depuis trois mois, a répandu des dizaines de millions de litres de pétrole brut dans le Golfe. « On est dans la bonne direction », avance un technicien de BP, sur l’héliport d’où il doit décoller vers la zone des opérations. Sans pour autant crier victoire, les responsables de la compagnie considèrent que l’opération « Top Hat 10 » a permis de stopper la quasi-totalité du flux de pétrole vers la surface.

Mais, à l’instar d’un cancer qui commence à se développer, les effets de la catastrophe ne se voient pas immédiatement. « La situation économique est potentiellement dévastatrice, explique Chad Lauga, responsable du syndicat Ibew pour la Louisiane. Des milliers d’emplois vont disparaître dans les secteurs de la pêche et du pétrole. A l’heure actuelle, les pêcheurs au chômage sont embauchés par BP comme sous-traitants pour le nettoyage, mais ce travail, en plus d’être dangereux, est temporaire et précaire : car il n’y aura pas toujours du boulot pour nettoyer la côte. » La zone la plus poissonneuse des Etats-Unis, mais aussi les crabes et les huîtres risquent fort de n’être plus qu’un souvenir. Diluées dans la mer par le déversement de millions de litres de dispersants chimiques toxiques, les cellules cancéreuses de pétrole brut s’accumuleront dans une zone déjà affectée depuis longtemps par l’industrie pétrolière et chimique.

La seule marée noire visible aujourd’hui au long des côtes de Louisiane, c’est la foule des résidents assis devant leurs embarcations, faisant la queue devant les bureaux d’information de BP pour déposer une demande de dédommagement, tourmentés par une terrible sensation d’impuissance. « C’est pire que Katrina, commente Whitey, un Indien de la tribu locale Houma. Cette fois, nous n’aurons même pas la possibilité de nous relever. » Le Golfe n’est pas abandonné à lui-même, tant s’en faut, mais les opérations de sauvetage sont loin d’être à la hauteur de l’importance du désastre. Il se pourrait qu’il soit déjà trop tard pour le Golfe du Mexique et les habitants de la côte, qui portent aujourd’hui tous les symptômes d’un malade en phase terminale.

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Trois mois de marée noire dans le Golfe du Mexique
Carte de Nieves Lopez Izquierdo et Marianna Pino
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* Emanuele Bompan est journaliste.

A lire, dans Le Monde diplomatique de juillet 2010, l’enquête de Khadija Sharife : « Comment BP se joue de la loi ».

6 commentaires sur « A La Nouvelle-Orléans, après trois mois de marée noire »

  • permalien Loïc S. :
    16 juillet 2010 @19h38   »

    Comme pour Katrina on observera que le système capitaliste n’est même pas fichu de venir en aide à ses citoyens frappés par une catastrophe...

  • permalien Joe :
    16 juillet 2010 @19h51   « »

    Oncle Sam est capable de dépenser des fortunes pour faire des guerres absurdes et criminelles à l’autre bout de la planète, mais comme pour Katrina il n’est même pas capable de secourir ses propres concitoyens...

  • permalien Murmure :
    17 juillet 2010 @10h12   « »

    C’est pire que Katrina

    C’est mésuser un peu, Katrina était la catastrophe naturelle la plus coûteuse peut être de l’histoire américaine et des milliers de victimes l’on subit de plein fouet alors que « W » admirait le désastre d’en haut. Et Celine Dion s’égosillait : « Take a kayak ».

    La marée noire est une catastrophe politique à tous les carrefours.

    L’inexistence de règlementation des activités offshore depuis que « W » a nommé à la tête de Minerals Management Service (MMS*) un lobbyiste mafieux aujourd’hui en prison pour une autre affaire.

    Dès le début de la décennie le lobby du gaz et du pétrole a arrosé en millions de dollars Washington directement dans les coffres des candidats et des partis, majoritairement républicains. Cela n’absout pas pour autant les démocrates.

    BP use d’un levier en rappelant que le candidat Obama a bénéficié pour sa campagne de 77 051 dollars, Le staff de la Maison Blanche indigné réplique que cette somme est ridiculement inconséquente par rapport à la totalité des dons récoltés : 750 millions de dollars.

    Le 31 mars 2010 Obama autorise la reprise des forages en mer en balayant le risque de marée noire d’un revers.
    L’histoire le rattrape suite à l’explosion de la plateforme, ce qui l’oblige à décréter un moratoire de 6 mois.

    Mais le juge Feldman saisi par 32 compagnie pétrolières annule le moratoire de l’administration Obama et réplique sans rire :

    Le tribunal a conclu que les plaignants réussiraient sans doute à démontrer que la décision [gouvernementale] était arbitraire et sans fondement", a affirmé le juge.

    Le président fait appel et le bras de fer continue. Elle n’est pas belle la démocratie ?

    L’administration actuelle n’est pas innocente de cette catastrophe loin s’en faut, mais qu’en est-il de l’avenir avec un aussi puissant lobby ?

    Les hydrocarbures fossiles et les États-Unis, une longue histoire de suprématie, d’assujettissement, de conquête sanglante et d’abdication face aux sacro-saint intérêt national consigné par Roosevelt. Suite à l’attaque de Pearl Harbor l’obligeant d’entrer dans la deuxième guerre mondiale pour finalement considérer qu’en définitif les intérêts américains sont fixés, désormais au-delà de ses frontières. Abandonnant leur neutralité (relative au demeurant) au bénéfice du capitalisme tentaculaire.

    En lisant « l’Audace d’Espérer » de B.O., j’étais intriguée et désarçonnée dans mes prétendus convictions, en lisant sous sa plume que l’Amérique se faisait exploser par ses propres dollars. Un clin d’œil à Ben Laden et le 9/11. Serait-il l’otage de L’Arabie saoudite entre autres, et non l’inverse ?

    Un leitmotiv revenait souvent dans ce livre, les énergies propres une nécessité, un besoin vital pour un Amérique indépendante des pays de l’OPEP mais essentiellement des lobbys.

    * (Agence qui doit superviser et réglementer le secteur)

  • permalien th Mercier :
    19 juillet 2010 @19h08   « »
    pour l’auteur, Emanuele Bompan

    Grand merci pour ces cartes et votre article. Curieusement, on ne dispose pas de beaucoup de reportages et informations sur cette marée noire, comme si les médias s’en étaient détournés.
    En outre, s’il vous plait : confirmez-vous le fait que BP cherche à empêcher le travail des journalistes sur place ?

  • permalien Emanuele Bompan :
    22 juillet 2010 @13h31   « »

    BP n’a pas seulement nié l’accès aux informations à la presse, elle l’a nié au gouvernement aussi.
    Lisa Jackson, l’équivalent de notre Ministre de l’Environnement, n’a pas apprécié le flux d’informations reçues. Plusieurs Sénateurs ont ouvert des interrogatoires au congrès afin de savoir pourquoi certaines informations n’ont pas été délivrées rapidement, surtout celles concernant la quantité de pétrole échappé. Le commandant des opérations Tahd Allen a envoyé une lettre irrité à BP, en prétendant des informations détaillés et fréquentes, avec des mises à jour chaque 4 heures, sur la situation du TOP HAT 10, le bouchon posé sur le BLWOUT preventer.

    De plus, BP a délégué la responsabilité légale à ses contractors pour les opérations de nettoyage du programme Vessel of Opportunity. Pendant que ma photographe G.Connestari et moi même étions en train de photographier un dépôt de barrières flottants, nous avons été entouré par des agents de la sureté, très cordiaux néanmoins la dureté du premier contact. Le shérif est resté plus loin. Ces personnes nous ont expliqué être légalement responsables des éventuels problèmes ou fuites d’information. Des personnes communes, effrayés et donc endurcies comme s’ils étaient des agents de police. Un d’entre eux à dit avoir été la cible des attaques de la part de certains bloggeurs que voulaient accéder au dépôt. Nous n’avons pas pu confirmer cette information, mais il est clair que BP a habilement incité les personnes locales, déjà frappés par la catastrophe, contre les journalistes.

    Enfin BP a fait tout le nécessaire pour guider les journalistes là où elle préférait les amener. Nous avons même utilisé un hélicoptère entièrement payé par BP, afin de voler sur la zone des opérations. Ils nous ont payé un bateau pour visiter certains sanctuaires d’oiseaux où il n’y a plus de pétrole. Mais personne nous a montré où se trouve le pétrole, en dessous de la surface marine. Personne a évoqué l’impact à long thermes sur la flore et la faune du Golfe, ni sur l’économie, déjà déprimé, de cette région.

    Grâce aussi aux Corexit, BP a été capable de faire disparaitre la marée noire.

  • permalien freeman :
    23 juillet 2010 @00h40   «

    J’ai eu l’occasion de visionner une présentation ppt- qui a apparamment circulé sur le net- sur cette affaire...c’est vraiment effarant : un vrai désastre tenu sous "silence" depuis Avril 2010 ...quand à l’attitude envers les journalistes, c’est bien normal : l’économie ( en l’occurrence ce damné petrole), comme la guerre, c’est le meme registre, rappelez -vous la tempete du désert de Bush...
    c’est le meme systeme , il genere les memes postures...les visages et les noms changent certes mais pas les pratiques...elles sont les memes depuis les premiers pas dans le Nouveau-Monde...on dirait qu’ils se passent le mot à tout changement d’équipe...et dire encore qu’ils ont toujours le culot de "donner des leçons " aux autres : démocratie, droits de l’homme,liberté de la presse, environnement et tout le blabla qui fait rire le petit peuple du monde entier.

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