En kiosques : décembre 2016
Abonnement Faire un don

Première visite

Vous êtes abonné(e) mais vous n’avez pas encore de compte en ligne ?

Vous n'êtes pas abonné(e) ?

Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout le site.
Une question, un problème ? Consultez la notice.
Accéder au menu

Henning Mankell persiste et signe

Le dernier roman de l’écrivain suédois de romans policiers Henning Mankell sort ces jours-ci en librairie (L’Homme inquiet, Le Seuil). Il s’est rendu célèbre en racontant depuis vingt ans les aventures du commissaire Kurt Wallander et en dévoilant, à travers lui, la face cachée de la Suède : misère sociale, racisme, inégalités...

par Alain Gresh, 21 octobre 2010

C’est donc un écrivain engagé, comme l’a montré sa participation à la flottille pour Gaza, en mai 2010. Il a raconté son aventure dans plusieurs publications : « L’intervention israélienne racontée par Henning Mankell », dans le quotidien Dagens Nyheter, reproduit par Courrier international, 3 juin 2010 ; et, longuement, dans un texte reproduit par Libération, « Henning Mankell : récit de l’écrivain embarqué » (5 juin 2010).

Libération (21 octobre) revient sur la sortie du livre et lui demande s’il a le moindre doute sur le sens de son action :

« Je pense qu’à notre petite mesure nous avons changé le monde. On ne peut pas dire que c’est un succès, car des personnes sont mortes. Mais Israël a montré une face arrogante en commettant ce qu’on ne peut appeler qu’un acte de piraterie dans les eaux internationales. Et cela a montré au monde une chose qui le rend terrifiant : comment un peuple opprimé peut aisément devenir un peuple oppresseur. »

A l’époque, il déclarait qu’il voulait interdire ses livres en Israël :

« J’ai réagi comme ça pour montrer ma colère, mais c’était symbolique. Jamais je n’aurais fait ça. »

L’écrivain affirme sa certitude :

« Je suis né la même année qu’Israël. J’ai grandi et vécu avec ce conflit. Ce que l’on voit là-bas est bien le fantôme de l’apartheid. Cette histoire est le symbole du fait qu’aussi longtemps qu’un homme n’est pas libre en ce monde, personne ne l’est. »

L’écrivain a raison de rappeler que la flottille a réussi là où les déclarations de l’Union européenne et des Etats-Unis sur la levée du blocus n’ont rien obtenu : Israël a été contraint de reculer, une preuve supplémentaire que les pressions peuvent donner des résultats.

Dans le même temps, ne surestimons pas ce qui a été fait : le blocus se poursuit (même si le terminal de Rafah est désormais ouvert). Avant le blocus, le nombre moyen de camions se rendant chaque mois à Gaza était de 12 350, soit 400 par jour. Au mois de juillet 2008, ce nombre était tombé à un millier, avant de s’effondrer en novembre à… 23 camions ! Au printemps 2010, il en passait 2 500 par mois, soit moins du quart des besoins estimés. En juillet 2010, suite à l’assouplissement, ce chiffre grimpait à 4 000, bien moins qu’avant le blocus. Sur la situation la plus récente, on pourra lire le rapport de l’Office for the Coordination of Humanitarian Affairs (Nations unies) entre le 29 septembre et le 5 octobre (PDF). 

Enfin, signalons l’envoi de l’universitaire Juan Cole du 20 octobre qui montre comment les talibans israéliens brûlent des écoles de filles en Cisjordanie sans soulever la moindre protestation en Occident (« Israeli Taliban Torch Palestinian Girls’ School, Destroy Olive Trees »).

P.S. : C’est évidemment tout à fait par hasard que dans les trois pages qu’il consacre à Mankell dans Le Nouvel Observateur du 21 octobre, Serge Raffy oublie totalement d’évoquer les prises de position de l’écrivain sur Gaza.

Alain Gresh

Partager cet article /

sur Zinc
© Le Monde diplomatique - 2016