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Un film d’Abdellatif Kechiche

« Vénus noire », variation sur le rapport à l’autre

mercredi 27 octobre 2010, par Carlos Pardo

Vénus noire est le portrait documenté, imaginé, fantasmé de Saartjie Baartman. Avant de devenir le personnage du film d’Abdellatif Kechiche, la Vénus hottentote était une célébrité d’avant le spectacle cinématographique, comme avaient pu l’être la femme à barbe ou Joseph Carey Merrick, l’homme éléphant immortalisé par David Lynch [1]. Dans le Londres de 1810, on pouvait venir voir la Vénus hottentote rugir, danser, obéir, exhiber à moitié nue ses fesses proéminentes [2]. On s’en rinçait l’œil. On s’amusait à en être effrayé, outré, fasciné. On était même invité à lui toucher les fesses. Un vrai spectacle. On donnait au public ce pour quoi il avait payé : de l’exotisme en cage, un animal sur scène, un érotisme exacerbé.

A vrai dire, on sait peu de choses de cette femme qui a pourtant inspiré nombre de représentations dessinées, peintes, chantées, écrites et dont le corps moulé a longtemps été exposé à Paris [3]. Elle serait née entre de 1770 et 1780 au sein de la communauté khoïkhoï, l’un des peuples les plus anciens du sud de l’Afrique. Suite aux premières guerres cafres, les Khoïkhoï, soumis à l’esclavage par les Boers, sont surnommés « Hottentots ». Un terme qui signifie bégaiement, en raison des étranges sonorités de la langue khoïsan – les fameuses consonnes inspirées, assimilées à un défaut d’élocution…

Sentant l’exploitation commerciale qu’il pourrait faire en Occident de cette « Hottentote » aux fesses hypertrophiées et aux organes sexuels protubérants [4], Caezer, un fermier afrikaner, emmène la jeune femme se produire dans un numéro exotique à travers les foires de Grande-Bretagne [5]. Son « maître » aurait-il laissé entrevoir la fortune à Saartjie ? Quels liens existaient entre eux ? Pourquoi Saartjie a-t-elle joué le jeu, accepté d’interpréter ce personnage de sauvage exotique ? Cette existence brève et chaotique est en partie une énigme [6]. Abdellatif Kechiche reconstitue le procès intenté à Caezer par des membres de l’African Society. La principale question soulevée par le juge est de savoir si Saartjie Baartman est une actrice comme une autre ou s’il s’agit d’une forme déguisée d’esclavage – la traite étant alors interdite depuis peu au Royaume-Uni. Kechiche restitue les déclarations officielles [7] de Saartjie Baartman qui affirme être consentante et bien traitée. Le cinéaste se refuse à établir une vérité que l’Histoire ne dévoilera certainement jamais, laissant planer une ombre sur les « motivations » de Saartjie, instaurant chez le spectateur d’aujourd’hui le malaise devant un tel conditionnement, une telle détresse face à la perspective d’être enfin libérée de ce commerce.

C’est peu après ce scandale mort-né que le public britannique commence à se lasser du show et du zoo humain [8]. Caezer décide de céder sa « curiosité » à un compagnon de beuverie, un montreur d’ours français qui fait traverser la Manche à Saartjie pour l’offrir cette fois-ci aux regards libidineux des habitués des salons libertins et aux désirs des clients des bordels parisiens [9]. En guise de fortune, la vie occidentale de Saartjie Baartman sera faite d’humiliation, alcoolisme, solitude, prostitution, maladie et déchéance.

Avant de devenir un personnage de cinéma, la Vénus noire était aussi un objet de curiosité scientifique. La preuve de la supériorité de l’homme blanc sur les indigènes colonisés, importés et exhibés en grand nombre des années durant. Dès l’arrivée à Paris de la Vénus, à la convoitise des libertins vient s’ajouter celle d’autres hommes, dans d’autres lieux. Ils ont pour nom Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, professeur de zoologie et administrateur du Muséum national d’histoire naturelle, ou Georges Cuvier, zoologue et chirurgien. Ces héritiers des Lumières sont persuadés que les caractéristiques physiques de la Vénus rapprochent la « race noire » du singe, justifiant ainsi des thèses qui, comme on le sait, vont contribuer à alimenter la pensée raciste et les courants fascistes jusqu’au XXe siècle. « Les races à crâne déprimé et comprimé sont condamnées à une éternelle infériorité », déclare ainsi Cuvier devant l’Académie de médecine. Ce n’est qu’après la mort de Saartjie Baartman (de la syphilis, dans des conditions sordides) que les scientifiques parviennent à mettre la main sur son corps massif pour en exhiber un moulage et placer dans un bocal de formol les organes génitaux et le cerveau du « monstre » exotique.

En optant pour le film historique, on pouvait craindre qu’Abdellatif Kechiche abandonnât ses thèmes habituels [10] et sa conception de la mise en scène [11] pour entrer dans une autre catégorie de cinéma, impérativement plus commercial. A y regarder de près, il n’en est rien. Kechiche n’hésite pas à prendre des risques sur un terrain inattendu tout en restant fidèle à ses convictions et au radicalisme de son cinéma.

Vénus noire est un film éprouvant. Comme pouvaient l’être certaines séquences de La Graine et le mulet. Le cinéma de Kechiche, sa mise en scène, crée cette sensation, dérangeant le confort habituel du spectateur. Kechiche aime travailler la durée d’un plan, l’architecture d’une scène, poussant à bout ses comédiens, exploitant les enjeux soulevés jusqu’à leur épuisement. La violence infligée à Saartjie Baartman, l’humiliation qu’elle subit, sa solitude et sa détresse, sont, par la force de la réalisation et du montage, ressenties sinon vécues par le spectateur. Le naturalisme troublant de ce cinéma, que l’on a rapproché de celui d’un Pialat, l’apparente à une sorte de transe mystique passionnante. C’est par cette signature que le film échappe à la simple illustration luxueuse de cette histoire édifiante, qu’il porte un regard sur notre civilisation, qu’il nous interroge sans concession sur notre rapport à l’autre, ici, hier et maintenant.

Vénus noire, un film d’Abdellatif Kechiche, sorti le 27 octobre 2010.

Notes

[1] Elephant man, film de David Lynch, 1980.

[2] Elle est en fait vêtue d’une combinaison couleur chair et moulante, afin de mettre ses formes extraordinaires en valeur.

[3] Exposés de 1817 à 1976 au Musée de l’Homme de Paris, le squelette, le moulage du corps, les organes génitaux et le cerveau de Saartjie Baartman furent restitués à l’Afrique du Sud après la fin de l’apartheid.

[4] Saartjie Baartman souffrait de stéatopygie et de macronymphie.

[5] Londres tout d’abord, puis très certainement le nord de l’Angleterre et l’Irlande.

[6] Gérard Badou, L’Enigme de la Vénus hottentote, Payot, Paris, 2002. Voir aussi « The Hottentot Venus. The life and death of Saartjie Baartman, born 1789, buried 2002 », note de lecture de Philippe Rivière, Le Monde diplomatique, mars 2008.

[7] Dans quelle langue ont-elles été faites ? Qui les a traduites ou « interprétées » ? Sous quelle pression s’est déroulé ce témoignage ?... Ces déclarations sont peu fiables mais Kechiche a l’honnêteté de ne pas en inventer d’autres ou de montrer une autre réalité.

[8] Lire l’ouvrage collectif Zoos humains. Au temps des exhibitions humaines, La Découverte, Paris, 2002, rééd. en collection de poche chez le même éditeur, 2004.

[9] Si la prostitution a été une étape dans le vie de Saartjie, il n’est pas certain qu’elle ait été à proprement parler pensionnaire d’une maison close.

[10] Ceux développés dans ses films précédents : La Faute à Voltaire, L’Esquive, La Graine et le mulet.

[11] Les films cités ont été tournés en équipe réduite, la caméra à l’épaule, avec des comédiens généralement débutants ou non professionnels ; les coûts de fabrication étant totalement dérisoires jusqu’au succès inattendu de L’Esquive dont le scénario avait été rejeté par toutes les commissions de financement du cinéma...

27 commentaires sur « “Vénus noire”, variation sur le rapport à l’autre »

  • permalien Selim :
    27 octobre 2010 @18h56   »

    Le realisateur reussit certes son pari, celui de choquer le bourgeois. Celui d’hier pouvait etre - mais ne l’etait pas forcement - raciste. En tout cas si certains l’etaient indeniablement, c’etait avant tout par ignorance crasse, sottise... et simplement pour "faire comme tout le monde". Le bourgeois d’aujourd’hui, lui, est plus boheme comme chacun saint, il se complait desormais a se faire raconter des tranches du passe, un passe le plus souvent sordide et sorti de son contexte. Le bourgeois de notre temps aime a battre sa coulpe sur l’air de "je suis un anti-racisme jusqu’au fond de mon ADN". Simplement pour faire comme tout le monde. Les epoques changent, mais le bourgeois aime suivre la masse, ou qu’elle le mene. Aujourd’hui, il fustige ce qu’il aurait applaudi hier. Et toujours la conscience tranquille.

    A cote de ca, quid du traitement attroce que reservaient certaines peuplades d’Afrique aux membres de tribus adverses et vaincues ? Quid des "foyer de production" des masses esclaves ? Quid des marches aux esclaves qui se tenaient en Tunisie par exemple, pays d’origine du realisateur ? Tout cela n’interesse pas le benet qui s’insurge aujourd’hui contre les crimes d’hier. C’est tellement plus confortable et sans risque, tellement plus consensuel aussi que de denoncer l’esclavage qui perdure encore de nos jours dans certains pays "arabes". C’est tellement plus facile que d’ignorer les inhumaines tortures a mort perpetrees par les Indonesiens sur des centaines de milliers de leurs "indigenes" mais aussi, les grenades que certains d’entre ces Indonesiens lancent par la porte des eglises a l’issu des messes... Motus !

    Ce n’est pas l’affaire de ces Zorros aux petits pieds. Aujourd’hui, c’est la "Venus Noire" comme hier ils versaient une larme sur "Les Choristes"... Et bientot ce sera Noel, l’heure de s’acheter quelques futilites electroniques confectionnees par des petites mains d’enfants exploites a l’autre bout du monde. Les esclaves d’aujourd’hui les servent comme ceux d’hier servaient leurs semblables de jadis. Que voulez-vous, le bourgeois aime bien se donner mauvaise conscience pour s’ouvrir l’appetit, puis se saisit de sa petite cloche en argent pour sonner l’esclave du moment, qu’on lui apporte de quoi se satisfaire.

    Ce n’est pas plus complique que cela.

  • permalien Deïr Yassin :
    27 octobre 2010 @21h03   « »
    Retour au pays natal

    Super sujet de film que j’ai hâte d’aller voir.

    La restitution de la dépouille de Saartjie Baartman fut demandée par Mandela dès son entrée en fonction comme président de la nouvelle république sud-africaine. Il a fallu voter une loi au sénat pour permettre de la rapatrier en Afrique du Sud où elle repose maintenant.

    - www.nekongo.org/observateur/...

    ’Selim’ n’a de toute évidence rien compris à l’universalité et l’intemporalité d’une telle histoire.

  • permalien
    27 octobre 2010 @21h33   « »

    ’Selim’ n’a de toute évidence rien compris à l’universalité et l’intemporalité d’une telle histoire.

    Pour tout dire, moi non plus. Peut-on vous demander quelles conclusions intemporelles vous en tirez ?

  • permalien Spectacle :
    27 octobre 2010 @22h02   « »

    Des zoos humains ? Mais, c’est révoltant !

    Mais, quand on y réfléchit, c’est un peu l’ancêtre de la télévision. Et, l’exotisme qui y est exhibé aujourd’hui, c’est la « banlieue »...

  • permalien rician :
    28 octobre 2010 @08h08   « »

    N’y a t-il pas un contresens à parler de "guerres cafres" , dans ce contexte... ?

  • permalien meriyem :
    28 octobre 2010 @08h28   « »

    Il est tout de même très étonnant que Monsieur Kéchiche ne se penche jamais sur sa culture d’origine, il y pourtant bien des choses à dire : le traitement de le femme, le retour en force de la religion et la répression quasi inquisitoriale qui la caractérise, et encore je ne parle pas des ravages des régimes totalitaires des pays du Maghreb.
    Kéchiche veut sans doute nous jouer le nouveau Brecht ? Mais c’est qu’il faut lui rappeler que les auteurs européens examinaient à la loupe leur société d’origine, en soulignaient ses dysfonctionnements pour la faire évoluer.
    Seulement voilà, comme il n’est pas bête, il a compris qu’il est plus juteux et SURTOUT sans risque aucun de traiter du racisme français (dans la graine et le mulet), de l’esclavage( même sous forme déguisée). Il faut être dans le sens du vent, on acquiert de la sorte gloire et richesse !

  • permalien Murmure :
    28 octobre 2010 @09h44   « »

    meriyem :
    28 octobre @08h28 « 

    Il est tout de même très étonnant que Monsieur Kéchiche ne se penche jamais sur sa culture d’origine, il y pourtant bien des choses à dire : le traitement de le femme, le retour en force de la religion et la répression quasi inquisitoriale qui la caractérise, et encore je ne parle pas des ravages des régimes totalitaires des pays du Maghreb.
    Kéchiche veut sans doute nous jouer le nouveau Brecht ? Mais c’est qu’il faut lui rappeler que les auteurs européens examinaient à la loupe leur société d’origine, en soulignaient ses dysfonctionnements pour la faire évoluer.
    Seulement voilà, comme il n’est pas bête, il a compris qu’il est plus juteux et SURTOUT sans risque aucun de traiter du racisme français (dans la graine et le mulet), de l’esclavage( même sous forme déguisée). Il faut être dans le sens du vent, on acquiert de la sorte gloire et richesse !

    L’origine de Kechiche, oui c’est cela, vous avez tout à fait raison ! c’est l’origine de Kechiche qui est le nœud du problème ! Parce que voyez vous, Messieurs Dames si c’était par exemple un Pierre Beuchot, par magie votre commentaire disparaitrait et votre factum, eh bien ! Resterait coincé en travers de votre vision des choses réduite par un intellect balbutiant.

    Un commentaire valable aussi bien pour la sus-nommée que ceux qui ramènent l’histoire du voile, la femme musulmane etc. sur les tapis d’orient. Hors sujet... Hors sujet... Encore et toujours ! Marre de lire ces inepties !

  • permalien Frédéric :
    28 octobre 2010 @10h09   « »

    Oh les jolis petits commentaires des trolls Meryem et Selim (dix contre un que leur vrai nom ressemble plus à Martin et Elizabeth) .
    Ces imbéciles, renvoient, à la façon des cancres prétentieux qui se roulent dans la fange sur Causeur, le réalisateur à sa prétendue origine. N’allez pas leur dire que ce type est arrivé en France à 6 ans et a donc vécu 88% de son temps en France, ils ne comprendraient pas, ces lumières. N’allez pas leur dire qu’ils sont par là raciste, on ne l’est plus en proférant de telles niaiseries de nos jours. N’allez pas leur expliquer qu’un ""foyer de production" des masses esclaves" n’excuse en rien le racisme et l’esclavage des pays colonisateurs (a-t-on déjà entendu dire qu’on ne disait jamais rien les pogroms en Pologne avant 1940 alors qu’on passerait trop de temps à râler contre les chambres à gaz ???), cela dépasse leurs compétences. N’allez pas leur dire que faire un film en France sur les tortures d’Indonésie (à quelques centaines de milliers de kilomètres !!!!) ne serait en rien plus courageux ; un arabe, pour ces géants de la pensée, doit fermer sa gueule sur le passé français et ne se préoccuper que des musulmans.
    Et, surtout, n’allez pas chercher dans leur crottin intellectuel la moindre critique du film : vous ne la trouverez pas. L’ont-ils seulement vu ????

  • permalien Chris :
    28 octobre 2010 @11h23   « »

    Non elle ne "souffrait" pas de stéatopygie. Ce n’est pas une maladie ! Juste une caractéristique physique.

    Voir l’essai de Stephen Jay Gould consacré à "La Vénus hottentote", dans "Le sourire du flamand rose" (Points Seuil).

  • permalien Benoît Préchart :
    28 octobre 2010 @11h28   « »
    bourgeois

    Certes d’un certain côté le commentaire du pseudo selim est agaçant par le ton qu’il emploie et par cette référence répétitive et inopportune aux « bourgeois ». C’est une référence involontairement moyen-âgeuse aux gens qui, habitant à l’intérieur du bourg (ville fortifiée : ce nom vient du Burg allemand), se différenciaient de ceux qui n’avaient pas trouvé de place à l’intérieur et vivaient autour, au ban (la banlieue).

    Le raisonnement de selim, à l’exception de cette référence décalée qui résulte probablement comme souvent d’une confortable culture paléomarxiste ingurgitée sans réfléchir, s’appuie sur un élément valable mais dont il ne parle pas. Il n’en parle pas parce qu’il n’y a probablement pensé. Ce raisonnement s’applique à tout film, toute pièce de théâtre, toute œuvre littéraire : ces oeuvres sont avant tout des entreprises commerciales qui sont tenues d’équilibrer leurs comptes et, si possible, de faire du bénéfice. Or un film coûte cher à fabriquer. Tout film, tout spectacle, toute œuvre littéraire, est soumis à la logique ordinaire de la comptabilité et doit donc trouver sa clientèle.

    Pour ça on doit plaire à des gens solvables qu’on ne choquera que dans la mesure où ils acceptent d’être choqués. « Venus Noire », comme tous les films dont on parle périodiquement sur ce blog bien-pensant, est soumis à cette logique comptable incontournable mais « que l’on ne saurait voir ».

  • permalien Murmure :
    28 octobre 2010 @14h59   « »

    Merci M. Carlos Pardo pour cet article. J’attendrai avec impatience de voir ce film, et certainement que mes larmes brouilleront le générique, comme ce fut le cas pour Elephant Man, je ne sais si Kechiche peut tenir la distance avec Lynch, mais le peu que j’ai vu de la bande annonce n’est pas pour me déplaire.

    Et je me souviendrai encore une fois, au cas ou j’aurais pu l’oublier que les monstres sont souvent les humains dits normaux qui devraient être scrutés, analysés autopsiés, afin de corriger définitivement les erreurs de la la génétique mendélienne.

    @ meriyem, allez once more, relisez l’article, il ne s’agit pas du Maghreb mais d’un film et une femme qui s’appelait Saartjie Baartman, quand au débat trouvez-vous un troll à votre hauteur.

    @ Frédéric, je partage votre mutisme

  • permalien Deborah :
    28 octobre 2010 @20h08   « »

    On peut aussi lire "Vénus & Hottentote" de Carole SANDREL Ed. Perrin. Ou comment le destin de Sarah Bartman s’est mis en marche, à partir de l’Angleterre et un procès truqué, pour aboutir sur la table de dissection de Cuvier.

  • permalien Selim :
    28 octobre 2010 @20h48   « »

    A Frederic : je ne m’abaisserai nullement ni ne perdrai de temps a repondre a votre haineuse peroraison. Mais sachez que je vous badigeonne de bon coeur avec ce qui sort de votre bouche.

    Quant a vous Benoît Préchart, je vous remercie de m’avoir a moitie compris, c’est deja ca de pris. Dans ma bouche, le terme de "bourgeois" n’etait pas a prendre comme venant de moi, mais justement de la part de ceux qui, au travers de ce genre de film, tendant a "tancer le bourgeois", vieille technique des communistes d’ailleurs comme le revele leur vieil adage : "il faut donner mauvaise conscience au bourgeois, puisqu’il en a une". Ceux qui sont mal dans leur peau ont toujours un peu de Thanatos en eux a chatouiller, et ceux qui savent cela peuvent les mener jusqu’a leur precipice s’ils savent y faire.

    Quant a l’affaire de la "Venus Noire", j’aimerais que ceux qui s’insurgent ne serait-ce qu’a la lecture du resume du film, me disent ce que l’on peut faire a un affaire de cet ordre ? Ah oui, je sais : se lever de son moelleux siege de cinema, le poing serre, les machoires crispees et la haine au coeur d’on ne sait qui - mais de mort et enterre depuis plus de 150 ans, c’est plus sur comme ca - avant de se tourner vers sa petite amie du moment et de lui chuchoter dans le creux de l’oreille : tiens, si on allait se prendre un vin chaud a la cannelle a la Rhumerie, dans le quartier latin ? Histoire de prolonger l’exotisme de la soiree...

  • permalien penelope :
    29 octobre 2010 @00h36   « »

    Je voudrais dire que la question n’est pas vraiment d’être choqué, ou de découvrir d’un coup le racisme du 19 ème siècle !

    J’ai vu le film, il ne m’a pas révélé d’un coup la manière dont on traitait les africains en occident !

    J’ai vu dans le film une métaphore sur le rapport à l’autre, l’autre comme objet, le corps séparé de la personne à qui il appartient, l’exhibition de ce corps mercantilisé à l’extrême et jusqu’à l’humiliation, la dissection ... Comment l’autre ne peut devenir qu’un simple objet à nos yeux, dépourvu d’âme.
    J’ai rarement vu un film qui le montre aussi bien, aussi fort, sans tergiverser, sans chercher à arrondir les angles.
    Si cette histoire, trop ancienne ou non, a inspiré le cinéaste pour parler aussi bien de tout ça, quel est le problème ?

    Le film parle entre autre d’aujourd’hui, de la société spectacle, de la terrifiante distance que l’on peut mettre aujourd’hui entre soi et l’autre, du fait que l’on oublie vite qu’il y a derrière nos écrans de véritables êtres humains.

    Un tunisien n’a pas le droit de parler de la France ? ! Pas mal, ça, pour quelqu’un qui dénonce le racisme !!!

  • permalien Murmure :
    29 octobre 2010 @09h46   « »

    Selim :
    28 octobre @20h48 «  »

     ?

    Ah oui, je sais : se lever de son moelleux siege de cinema, le poing serre, les machoires crispees et la haine au coeur d’on ne sait qui - mais de mort et enterre depuis plus de 150 ans, c’est plus sur comme ca - avant de se tourner vers sa petite amie du moment et de lui chuchoter dans le creux de l’oreille : tiens, si on allait se prendre un vin chaud a la cannelle a la Rhumerie, dans le quartier latin ? Histoire de prolonger l’exotisme de la soiree...

    C’est inquiétant ? Non évident que 150 ans plus tard, qu’un selim, x ou y, soit dans le même état d’esprit, que ceux là même qui assistaient au show de Saartjie Baartman.

    Et là on constate avec horreur qu’au fil des années, que le rapport à l’autre n’a subit aucune variation, linéaire, constant, et odieusement inaltérable, malgré les couches épaisses du vernis de l’être dit civilisé.

    Se remet-il en question pour voir l’autre différemment ? Non ! Il va s’abreuver de vin de chaud pour prolonger le sophisme.

  • permalien
    29 octobre 2010 @19h23   « »

    Ces héritiers des Lumières sont persuadés que les caractéristiques physiques de la Vénus rapprochent la « race noire » du singe, justifiant ainsi des thèses qui, comme on le sait, vont contribuer à alimenter la pensée raciste et les courants fascistes jusqu’au XXe siècle.

    Vous en dites trop ou trop peu. Vos insinuations ne peuvent que renforcer l’obscurantisme. Lumières et racisme ne sont pas liés. L’idée de "supériorité" raciale n’a pas de fondement scientifique. Si un savant est raciste, ce n’est pas parce qu’il est savant, c’est parce qu’il a des préjugés, chose au monde ô combien partagée !

  • permalien
    29 octobre 2010 @19h35   « »
    « Vénus noire », voyeurisme du voyeurisme ?

    C’est inquiétant ? Non évident que 150 ans plus tard, qu’un selim, x ou y, soit dans le même état d’esprit, que ceux là même qui assistaient au show de Saartjie Baartman.

    Mais si je comprends bien, les spectateurs du film vont se trouver eux-mêmes en position de spectateur, et même de spectateur privilégié, à qui aucun détail du sexe de la malheureuse n’échappera ! Doit-on aller voir les voyeurs et du coup l’objet du voyeurisme ?

    Ce dont parle le film doit être connu et condamné, mais doit-il être vu ?

    Quand la télé jadis a diffusé un reportage sur l’excision, j’ai fermé le poste au moment où on a commencé à montrer une petite fille en train de crier. Je n’avais pas besoin de voir ça pour penser qu’il faut abandonner cette pratique.

  • permalien
    29 octobre 2010 @19h54   « »

    Super sujet de film que j’ai hâte d’aller voir.

    J’attendrai avec impatience de voir ce film, et certainement que mes larmes brouilleront le générique, comme ce fut le cas pour Elephant Man.

    On peut se demander si ces personnes n’auraient pas été les premières à aller voir la Vénus noire en chair et en os à une autre époque..

    Le film parle entre autre d’aujourd’hui, de la société spectacle, de la terrifiante distance que l’on peut mettre aujourd’hui entre soi et l’autre, du fait que l’on oublie vite qu’il y a derrière nos écrans de véritables êtres humains.

    Un écran pour dire que derrière les écrans il y a des êtres humains..?

  • permalien Deïr Yassin :
    29 octobre 2010 @20h45   « »

    @ anonyme de 19h54

    "Super sujet de film que j’ai hâte d’aller voir"

    [mon extrait] auquel vous répondez :

    "On peut se demander si ces personnes n’auraient pas été les premières à aller voir la Vénus noire en chaire et en os à une autre époque"

    Cynisme, quand tu nous tiens !
    Etant issue d’un peuple colonisé et dont les conditions de vie ressemblent beaucoup à ceux qu’ont connu les Noirs en RSA avant la fin de l’Apartheid - c-à-d des citoyens de la seconde, voire la troisième classe - je sens de l’empathie pour cette femme dont je n’ai pas attendu ce film pour connaitre l’histoire.

    Si vous êtes un vieux macho eurocentrique, réactionnaire et nostalgique de l’époque coloniale avec en plus une faiblesse pour les jeune femmes du cru, oui, effectivement, cela serait du voyeurisme d’aller voir ce film.

    Je suppose que par les mêmes raisons, vous ne regardez pas ni ne lisez les infos du moment. Ma foi, la misère du monde, de la regarder en face, cela est indécent !

  • permalien Takebashi@laposte.net :
    29 octobre 2010 @20h56   « »

    Cher Murmure,
    Vous vous gargarisez de votre bien-pensance et me decrivez bien lestement, car ce que je decris, c’est que qui se passera a coup sur, pas ce que je ferai. Je vous avoue d’ailleurs n’avoir pas beaucoup d’estime pour ces coeurs d’artichaud qui ont besoin qu’on les emeuve pour les aider a prendre conscience - oh, pendant 1h30, pas plus - du malheur des autres.
    Cela me rappelle aussi un film qui avait fait parler de lui en son temps : Le cauchemar de Darwin. Un film qui avait leve les meme sentiments de haine pour n’aboutir a RIEN, sinon a se donner bonne conscience. Bonne conscience sur un faux documentaire, d’ailleurs, demonte par le menu par l’equipe d’Arret sur Images avec l’aide d’un tres honnete Africain qui, par sa franchise, a permis au spectateur de comprendre les ficelles de la supercherie et de la manipulation. Il y avait bien un drame, mais pas celui que l’on faisait mine de denoncer.

    C’est aussi que quand on prend connaissance d’un document quel qu’il soit, il convient toujours de se demander ou on veut nous mener. Et en l’occurence, on mene toujours les suivistes et les gogos la ou l’on veut... avec une grande facilite.

  • permalien Selim :
    29 octobre 2010 @20h59   « »

    Petit probleme technique (le message ci-dessus est bien de moi).

    En outre je voudrais rappeler a ceux qui s’offusquent que la pauvre Venus Noire ait ete dissequee apres sa mort, qu’il en allait souvent ainsi egalement d’un nombre autrement plus consequent de desherites bien blancs (rien que sous l’ancienne maison de Benjamin Franklin, on a trouve nombre de cadavres anglais, pour memoire). Combien de "leucodermes" auront ainsi ete disseques bon gre mal gre apres leur mort pour faire avancer la medecine en general, et permettre que quelques decennies plus tard les nobles medecins de la Croix Rouge ou de Medecins du Monde viennent soigner gratuitement des peuples qui n’ont pourtant quasiment rien decouvert eux-meme en matiere medicale ? On pourrait donc considerer le destin post-mortem de la Venus Noire comme une contribution - il est vrai arrachee - de la gente Noire au bien de l’Humanite, dont ses compatriotes devraient lui savoir gre, et pour eux, et pour le bien de tous les etres humains.

    Je crois qu’il faut aussi savoir voir le bien la ou il est, et parfois le debusquer dans le mal, au lieu de toujours voir le mal partout en excluant toute autre facette de la realite.

  • permalien Deïr Yassin :
    29 octobre 2010 @22h39   « »

    @ Selim
    Je vous conseille de changer de pseudo. Votre supercherie est trop flagrante, d’autant plus que ’salim’ signifie ’sain/saine’ en arabe, ce que de toute évidence vous va très mal comme qualificatif.

  • permalien Murmure :
    29 octobre 2010 @23h05   « »

    29 octobre @19h54 «  »

    On peut se demander si ces personnes n’auraient pas été les premières à aller voir la Vénus noire en chair et en os à une autre époque..

    Et pour le 29 octobre @19h35, aussi.

    Le jour ou vous comprendriez, que voir un film c’est avant tout, voir une œuvre cinématographique et non un spectacle de foire et si avant le générique, un électrochoc vous réveille de votre léthargie bienséante pour que vous changiez votre façon de voir l’autre, cet humain souvent, si imbu et tellement vide, vous arrêteriez de formuler des suggestions aussi ubuesques.

    @ Selim

    Vous vous gargarisez de votre bien-pensance et me decrivez bien lestement, car ce que je decris, c’est que qui se passera a coup sur, pas ce que je ferai. Je vous avoue d’ailleurs n’avoir pas beaucoup d’estime pour ces coeurs d’artichaud qui ont besoin qu’on les emeuve pour les aider a prendre conscience - oh, pendant 1h30, pas plus - du malheur des autres.

    Déjà à mon petit niveau, j’essaye de changer les choses pour pouvoir vivre et respirer. Et puis si l’histoire a été écrite par des tordus et que ces même tordus continuent à sévir via les politiques de droite, gauche toutes confondues, ce n’est certainement pas ma minuscule personne et à travers la fumée opaque d’un pseudo « militantisme citoyen » que le monde se remettra en question. Ce dont je suis sûre est que l’être humain (et malheureusement j’en fais partie, mais je serais la brebis larmoyante et galeuse du troupeau) est la pire espèce que la terre a engendré ! Et contre ça on n’y peut rien.

    Ou plutôt si, boycotter ce film et éteindre la télé quand on y parle d’excision, une idée comme une autre, ça permet de mieux dormir et de filer un coup de pied à l’occasion a ce sans-abris qui gémit.

  • permalien Shiv7 :
    30 octobre 2010 @11h38   « »

    A voir les commentaires ci-dessus, il apparait évident qu’il n’y a que la notion de supériorité qui c’est déplacée, anciennement on considérait le noir comme un sous homme, aujourd’hui on considère le raciste, le chasseur, le rétrograde, etc.*pour être immédiatement comme des individus à supprimer ou nettoyer, comme l’Histoire elle-même que le film nettoie à la lessive de notre moralité contemporaine.
    Si on veut avoir un ADN exempt de tout gène raciste, il y a deux solutions ; le nettoyage de notre filiation (donc de l’histoire) ou l’OGM. (je n’émet pas de jugement de valeur, seulement une démonstration,)
    Rien n’est mal quand il s’agit d’établir l’Empire du Bien, il n’y a que voir le peu de contestations concernant l’exécution électro-mécanique de la résistance Afghane, (dont contrairement aux Papous et bien d’autres tout le monde est informé).

    Il est vrai que la discrimination de nos moralistes contemporain se targue d’une supériorité humaniste**, mais n’étais-ce pas déjà le cas à l’époque ?
    En effet rien ne change..(si ce n’est qu’aujourd’hui le racisme c’est dédoublé, d’une part le style déclaré, bestial et rétrograde subsiste et réapparaît, doublé de sa version inverse, sournoise,déconnectée et sur connectée par(l’)ailleurs, auto asservie à tout les codes binaire des multiples signes..)

    ’Selim’ n’a de toute évidence rien compris à l’universalité et l’intemporalité d’une telle histoire.

    Je crois qu’au contraire, il l’a parfaitement compris, seulement il ne s’arrête pas à l’interprétation de l’histoire du film, puisqu’en fait sa démonstration fait l’inverse, il situe le(ce genre de) film dans l’Histoire(s)ancienne et présente.
    Combattre le racisme, ça commence par soi, c’est connu depuis la nuit des temps, "connaît toi, toi même" (ainsi tu connaîtra les autres), chacun est libre de pratiquer mais il faut admettre que notre type de société ne porte pas vraiment à ça..

    *(il n’y a du reste pas besoin de faire soi même partie de l’une de ces catégories, il suffit d’émettre quelques réserves pour être soi même catalogué, comme le prouve les réponses à Selim ou à moi même dans des circonstences similaires)

    **que cela soit vrai ou non n’est pas le fond du problème, le fond étant la discrimination qui ne souffre aucune contradiction, sure de sa supériorité.

  • permalien Gédénon :
    1er novembre 2010 @02h35   « »
    « Vénus noire » ou l’Éthnologie Cynégétique

    Dans les années soixante, j’ai vécu successivement près du Musée de l’Homme, et près du Musée des Arts Africains et Océaniens.
    Je préférait le second car il y avait des crocodiles à la cave.
    Le Musée de l’Homme était plus vaste, plus "global", et il y avait un juke-box qui récitait Le Corbeau et le Renard dans au moins une centaine de langues.
    De toutes façons on allait au Musée quand il pleuvait, sinon on allait au parc - Vincennes ou Champ de Mars. Donc je ne me souviens que d’arrivées dégoulinantes aux musées, avec des bottes et des parapluies.
    Et je me souviens très bien aussi du moulage de la Vénus Hottentot, que je trouvais hideux et dont je ne comprennais pas la présence. Et ce qui m’horripilait encore plus c’était les commentaires graveleux de mes oncles sur ce moulage quand ils parlaient de ce musée - comme si ce moulage résumait le Musée pour eux.
    Pour moi il y avait une incongruité à exposer ce moulage "per se" au lieu de le mettre dans une reconstitution de scène agricole ou autres telles qu’il y en avait par exemple au Musée de la Porte Dorée.
    Et comme j’avais aussi remarqué que d’autres dépouilles étaitent exposées au titre d’exemple de rites funéraires - des momies - je ne comprenais pas pourquoi cette femme était exposée sans contexte et sans rite funéraire.
    Je trouvais ça désobligeant ; on aurait dit que le Musée n’avait pas terminé son travail, ou ne savait pas quoi en faire.
    Puis, en grandissant, j’ai perçu l’aspect Cynégétique de la chose. La Vénus Hottentot était exposée dans une série de pièces où se trouvaient des sagaies, des arcs, des armures de pailles des boshimans, voire des peaux de lion et autres trophée de chasses africaines, et tout d’un coup, cette "prise" ethnologique, la Venus Hottentot. Et j’ai cessé d’aller dans ce Musée.
    Autant je regrette le Musée de la Porte Dorée, autant je ne regrette pas le Musée de l’Homme.

  • permalien Edith :
    8 novembre 2010 @16h09   « »

    Et si l’on parlait "esthétique" ?
    Bien sûr que le sujet touche tout un chacun de diverses façons mais, le film en tant qu’objet, le jeu des acteurs, la qualité des scènes ?
    Occulté tout cela parce qu’il s’agit surtout de se prononcer sur le fond ?
    Et bien je pense que le fond a été desservi par la forme.
    Il n’y a rien, rien d’autre que des scènes dont on pense ce que l’on veut.
    Le cinéma se meurt : il semble avoir comme roue de secours les faits historiques, les faits de société, une sorte d’appel à la réalité parce qu’elle lui sert de fiction. Il n’y a plus de création, du même coup. Tiens, c’est aussi ce qui fait une partie du succès du film, des Hommes et des Dieux, non ?
    Allez bonne fin de journée.
    Cessez donc de vous étriper.

  • permalien Georges B. :
    10 novembre 2010 @11h24   «

    100% d’accord avec Edith. Merci, Edith.

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