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Xavier Vallat, « mes raisons d’être sioniste »

par Alain Gresh, 7 novembre 2010

Lundi 8 novembre à 0h30, FR3 présentera un documentaire intitulé Xavier Vallat, « un bon Français », réalisé par Sylvie Cozzolino.

Dans la présentation, on peut lire :

« Mars 1941 : Pétain crée le Commissariat général aux questions juives et nomme à sa tête Xavier Vallat. Ancien député et avocat, antisémite notoire, Xavier Vallat promulgue, au nom du régime de Vichy, une cinquantaine de lois et décrets appliqués en zone libre et occupée qui, discriminent et spolient les juifs de France. Les nazis apprécient son zèle. L’action législative minutieuse de Xavier Vallat s’avèrera fort utile au moment des grandes rafles de l’été 1942 en zone libre. »

Xavier Vallat fut un rouage essentiel de la machine de mort mise en place par Vichy, aux côtés de l’Allemagne hitlérienne. On sait, au moins depuis le livre de l’historien américain Robert Paxton, La France de Vichy, le rôle de Pétain et de Vichy dans la collaboration.

Le jugeant trop modéré et mauvais collaborateur, les Allemands imposent en 1942 à sa place Louis Darquier de Pellepoix. Il continuera toutefois à soutenir Pétain et Vichy et sera condamné en 1947 à dix ans de prison. Il n’en fera que deux et sera amnistié en 1954. Il collaborera à Aspects de la France, un journal d’extrême droite.

Ce que l’on connaît moins, c’est l’évolution de ses positions sur le conflit israélo-arabe, qu’il exprimera clairement durant la guerre de juin 1967 (mais aussi à d’autres occasions). Dans De quoi la Palestine est-elle le nom ?, je reviens à plusieurs reprises sur la manière dont des antisémites notoires (par exemple les dirigeants de l’apartheid en Afrique du Sud) ont salué Israël et ses combats. Dans le chapitre 3, « Où l’on s’étonne de la transformation du “judaïsme des ghettos” en “judaïsme musclé” », je cite le chercheur Yvan Gastaud :

« Pour une partie de l’opinion française, la guerre des Six Jours redonne sens à des engagements diplomatiques ou militaires perdus, comme l’expédition de Suez de 1956, et surtout au combat en faveur de l’Algérie française. Poursuivre la guerre contre les Arabes par Israël interposé : tel est l’enjeu de ceux qui n’ont pas digéré les accords d’Evian et l’indépendance cinq années auparavant. […] Un racisme de type colonial incite les partisans de l’Algérie française à soutenir l’Etat hébreu. [La] sympathie pour Israël est teintée d’hostilité envers les Arabes, forme détournée de vengeance de la décolonisation […]. Anciens combattants, associations de rapatriés, anciens ministres du « dernier quart d’heure », extrême droite proche de son chef de file Jean-Louis Tixier-Vignancour ont choisi leur camp. L’hebdomadaire [d’extrême droite] Minute ne laisse planer aucun doute sur ses sentiments le 22 juin [1967] : « De toutes manières, avec les Arabes, une seule politique est possible, c’est celle de la trique et du coup de pied au cul. Car ils ne comprennent et ne respectent que la force. » […] Au cours des défilés, les voitures activent leurs klaxons sur le même mode que les cinq temps de l’ancien slogan ; « Al–gé–rie fran-çaise », rebaptisé pour la circonstance « Is–ra–ël vain–cra ».La position de Xavier Vallat, ancien commissaire général aux Questions juives sous Vichy, expliquant dans Aspects de la France “Mes raisons d’être sioniste”, en dit long sur les évolutions proches du ridicule d’une partie de l’extrême droite française. »

Pour la plupart de ces commentateurs, les Israéliens n’étaient pas des juifs, mais des « colons », des représentants des Blancs et de l’Occident : une leçon que l’on ne devrait pas oublier. Ce qui n’empêche pas, bien évidemment, d’être aussi attentifs à des mouvements d’extrême droite et négationnistes qui cachent leur véritable idéologie derrière la solidarité avec les Arabes ou avec les Palestiniens.

Alain Gresh

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