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Jabal Abou Ghneim, Har Homa et Jérusalem-Est

par Alain Gresh, 14 novembre 2010

L’annonce lundi 8 novembre par le gouvernement israélien de la construction de 1300 logements à « Jérusalem-Est » (à Jabal Abou-Ghneim) a suscité une condamnation unanime des Etats-Unis (« profondément déçus ») et de l’Union européenne. Devant ces soi-disant réactions d’indignation, on est frappé par l’amnésie qui concerne cette extension de la colonisation, amnésie qui concerne à la fois la définition de Jérusalem et l’histoire des constructions dans cette localité.

D’abord, parce que, bien que toutes les agences de presse et les médias parlent de constructions à Jérusalem-Est, il s’agit en fait d’une définition israélienne de Jérusalem : en juin 1967, après la conquête militaire de la ville, Israël a étendu les limites municipales de Jérusalem, annexant des territoires bien éloignés de la Vieille ville, dont Jabal Abou-Ghneim. On lira sur ce thème « Don’t call it East Jersusalem » et « Don’t call it Jérusalem II » (sur le blog Permission to narrate). Et aussi Philippe Rekacewicz et Dominique Vidal, « Comment Israël confisque Jérusalem-Est », Le Monde diplomatique, février 2007.

Ensuite parce que l’histoire de Jabal Abou-Ghneim résume la complicité ou la passivité des Etats-Unis et de l’Union européenne face à la violation permanente de la légalité internationale.

Les plans de construction à Jabal Abou-Ghneim datent de 1994, au moment même où les accords d’Oslo entraient en vigueur ! Mais c’est le gouvernement de droite de Nétanyahou, arrivé au pouvoir après les élections de 1996, qui lança les travaux. Ces mesures furent condamnées par presque toute la communauté internationale, Europe comprise.

« Déclaration de la Présidence au nom de l’Union européenne sur la décision du gouvernement israélien d’approuver des plans de construction pour Har Homa/Djebel Abou Ghneim » (27 février 1997) :

« L’UE déplore profondément la décision du gouvernement israélien d’approuver des plans de construction pour Har Homa/Djebel Abou Ghneim, situés en Cisjordanie, dans la zone de Jérusalem. L’UE a déclaré à plusieurs reprises que les implantations dans les territoires occupés sont contraires au droit international et constituent un obstacle majeur à la paix. »

« L’UE réaffirme une nouvelle fois sa position concernant le statut de Jérusalem. Jérusalem-Est est soumise aux principes énoncés dans la résolution 242 du Conseil de sécurité de l’ONU, notamment l’inadmissibilité de l’acquisition de territoires par la force, et elle n’est donc pas sous souveraineté israélienne. L’Union considère que la Quatrième Convention de Genève est pleinement applicable à Jérusalem-Est, comme elle l’est à d’autres territoires occupés. »

« L’UE demande à Israël de respecter les obligations qui lui incombent en vertu du droit international et de s’abstenir de mesures de nature à entamer la confiance nécessaire à la poursuite de la mise en œuvre des accords et à préjuger des résultats des négociations sur le statut permanent. Cette décision est d’autant plus regrettable que la signature du Protocole d’accord sur Hébron a été un événement positif, qui a imprimé une nouvelle dynamique au processus de paix et fait naître l’espoir que de nouvelles mesures constructives seraient prises dans le cadre de ce processus. »

Mais les Etats-Unis mirent leur veto à une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, tandis que l’assemblée générale votait un texte par... 185 voix contre 3 (Etats-Unis, Israël et Micronésie).

En 2010, malgré cette belle unanimité, on comptait 20 000 habitants dans cette colonie illégale. Et Israël a décidé que cela n’était pas suffisant.

Cette fois-ci, les Etats-Unis ont aussi condamné les décisions israéliennes (Condoleezza Rice l’avait déjà fait en 2008 après l’annonce de nouvelles constructions). L’Union européenne a réitéré ses positions. Elle s’est même déclaré « consternée »... Ce qui ne l’empêchera pas de continuer à soutenir le gouvernement israélien et à s’indigner, avec toute une série de responsables politiques, de toutes les propositions de sanctionner cet Etat.

Alain Gresh

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