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Du Liban à l’Irak, juger les criminels ?

par Alain Gresh, 16 novembre 2010

Des rumeurs persistantes annoncent l’inculpation de plusieurs membres du Hezbollah par le Tribunal spécial pour le Liban, instance mise en place après l’assassinat, le 14 février 2005, de l’ancien premier ministre Rafik Hariri. Je reviendrai sur cette affaire dans les prochains jours, mais je rappelle que ce tribunal a été, dès sa création, orienté par la volonté politique de l’administration américaine – une administration qui, paradoxe, refuse toute compétence à la Cour pénale internationale (lire « Offensive concertée contre le régime syrien », Le Monde diplomatique, décembre 2005). La question posée est de savoir qui décide d’inculper les criminels ? Qui décide que tel crime mérite d’être poursuivi ou non ?

Peu de médias ont repris l’appel d’Amnesty International du 10 novembre : « Après les aveux de George W. Bush, il faut que les Etats-Unis ouvrent une information judiciaire concernant des actes de torture ». L’ancien président vient de publier ses Mémoires, Decision Points, où il reconnaît avoir autorisé l’usage de méthodes d’interrogatoire qui relèvent de la torture.

« Aux termes du droit international, le fait que l’ancien président admette avoir autorisé des actes s’apparentant à la torture suffisent pour que les Etats-Unis soient dans l’obligation d’enquêter sur ses propos et, s’ils sont corroborés, de le poursuivre », a déclaré Claudio Cordone, directeur général d’Amnesty International.

Au-delà de cette accusation, il reste d’autres motifs d’inculper l’ancien président américain, que je rappelais dans « Guerre d’Irak, le crime » (31 août 2010).

« Cette guerre d’agression (de 2003), non provoquée, déclenchée sous le faux prétexte de chercher des armes de destruction massive, est d’abord une violation des principes des Nations unies qui, le 14 décembre 1974, à travers leur assemblée générale, adoptaient un texte définissant l’agression. »

Cette guerre a eu des conséquences terribles pour le peuple irakien (plus de 100 000 morts), la destruction de l’Etat et de ses infrastructures, la déstabilisation de la région.

Une des conséquences à terme les plus préoccupantes est l’instauration d’un système confessionnel sur le modèle libanais. L’accord pour la formation d’un nouveau gouvernement à Bagdad, intervenu la semaine dernière à l’issue de huit mois de négociations, s’appuie sur ce qui est désormais une règle non écrite : la présidence à un Kurde, le poste de premier ministre à un chiite et le poste de président du parlement à un sunnite.

Dans ce système, les minorités sont devenues des cibles d’autant plus faciles qu’elles ne bénéficient pas de la protection d’un Etat inexistant. Les agressions contre les chrétiens sont le reflet de cette situation et nous rappellent que, sous le régime baasiste, ils bénéficiaient au moins d’une certaine sécurité. Peut-on s’étonner que certains regrettent le temps de la dictature de Saddam Hussein ?

Ce système confessionnel a été inauguré dès 2003 par le général David Petraeus, à l’époque commandant la 10e division aéroportée américaine, qui prit le contrôle de Mossoul et instaura un système électoral tribal, avec des urnes différentes pour chaque confession...

Que changera la constitution d’un nouveau gouvernement ? Pas grand-chose, sans doute. Les sunnites risquent de se sentir un peu plus marginalisés et certains des miliciens ralliés en 2007-2008 pourraient passer à l’opposition armée, voire à l’alliance avec Al-Qaida.

Et le principal vainqueur serait... le président Ahmadinejad – selon Juan Cole, un excellent observateur de l’Irak, sur son site Informed Comments, « Sunni Arabs Return to Parliament but Shiite-Kurdish Ascendancy Holds : Ahmadinejad Congratulates his Candidate, al-Maliki » (14 novembre). Cole rapporte ce commentaire de Iranian News Report :

« Au cours d’une conversation téléphonique, Ahmadinejad a félicité le premier ministre Nouri Al-Maliki pour la formation du nouveau gouvernement. “La formation de ce gouvernement est une grande victoire pour le gouvernement irakien, pour le parlement, pour la nation, pour les différents groupes politiques”, a-t-il déclaré samedi soir (13 novembre). “La République islamique est prête à approfondir ses relations avec l’Irak, notre voisin et notre ami”, a-t-il poursuivi. Al-Maliki pour sa part a dit sa satisfaction de l’aide apportée par la République islamique d’Iran et affirmé que “l’expansion des relations avec l’Iran est également une demande irakienne”. »

Qui jugera les responsables américains pour les crimes commis au nom de la démocratie et des droits humains ? La bêtise politique n’étant pas, elle, passible des tribunaux...

Alain Gresh

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