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Cinéphilie au Cato Institute

« Toy Story 3 », une œuvre de philosophie politique

jeudi 18 novembre 2010, par Renaud Lambert

« Je n’ai jamais vu de film qui explique de façon aussi didactique que la liberté est une valeur en soi, qu’elle ne doit pas être sacrifiée au bénéfice d’autres valeurs, et que seule la propriété privée la garantit [1]. » En sortant du cinéma, fin juillet 2010, Gabriela Calderón de Burgos exulte. La collaboratrice du think tank libertarien le Cato Institute vient d’assister à la projection de Toy Story 3.

A première vue, ce film d’animation raconte simplement les tribulations d’un groupe de jouets qui, délaissés par un enfant devenu grand (Andy), vont découvrir l’environnement hostile d’une crèche. Mais, selon Calderón de Burgos, Toy Story 3 est une fable : les jouets sont des ouvriers ; l’enfant, un patron ; la crèche, une prison communiste.

« Comme des ouvriers qui ont perdu leur travail et cherchent (…) à en trouver un autre », explique-t-elle, les héros se laissent – « malheureusement » – séduire par une « utopie » : la crèche Sunnyside. Le « meneur » des jouets de la crèche, Lotso – un ours – leur promet qu’« ils ne seront plus jamais abandonnés (lire : licenciés), parce que dans ce monde-ci, les jouets n’appartiennent à personne (c’est-à-dire, qu’il n’y a pas de propriété privée) ».

Lotso révèle alors son vrai visage : celui d’un tyran totalitaire. Les jouets « qui obéissent au dictateur » ont accès à la pièce réservée aux enfants les plus grands (lesquels ménagent les objets qui les entourent). Ceux qui refusent sont relégués au « goulag » de l’espace des « petits », qui abîment tout ce qu’ils touchent.

« Le contraste est saisissant : dans le monde de la propriété privée [la maison d’Andy], quelqu’un est là pour prendre soin des jouets » de sorte que « la relation qui les unit à leur propriétaire est mutuellement bénéfique ».En optant pour la crèche, les jouets/ouvriers « se rendent vite compte qu’en prétendant sacrifier la liberté sur l’autel de la sécurité, ils perdent les deux ».

Et Calderón de Burgos de conclure : « Si, à son jeune âge, votre enfant comprend ce message », le futur « s’annonce bien meilleur ».

Toy Story 3, sur les écrans français le 14 juillet 2010, et en DVD ce jour. Recommandé aux enfants de 6 ans et plus.

Notes

[1] « El mensaje de Toy Story 3 », El Universo (Equateur), Quito, 28 juillet 2010.

17 commentaires sur « “Toy Story 3”, une œuvre de philosophie politique »

  • permalien Antoine :
    18 novembre 2010 @11h17   »

    Gabriela Calderón de Burgos n’a pas du voir la totalité du film car si on suit son raisonnement, la dernière scène du film voit, une fois Lotso éliminé, Sunnyside vivre un communisme fonctionnant parfaitement, sans autre "tyrannie" que celle du partage et de la vie dans une société égalitaire.

  • permalien Raskolnikov :
    18 novembre 2010 @11h22   « »

    Je suis bien d’accord, si un enfant regardant Toy Story comprend qu’on essaie de l’endoctriner, l’avenir s’annonce bien meilleur.

     ;)

  • permalien joe :
    18 novembre 2010 @13h00   « »

    D’accord avec vous Antoine, cette idéologue n’a pas vu ce film (que j’aime bien par ailleurs) en entier.

  • permalien Rabah :
    18 novembre 2010 @14h35   « »

    Quelque chose me gêne dans le raisonnement de cette dame : les jouets sont tantôt du capital auquel on applique deux régimes différents de propriété, tantôt ils sont des acteurs dans deux régimes différents de propriété (ouvriers).

  • permalien Bonzo :
    18 novembre 2010 @16h14   « »

    "Je n’ai jamais vu de film qui explique de façon aussi didactique que la liberté est une valeur en soi, qu’elle ne doit pas être sacrifiée au bénéfice d’autres valeurs, et que seule la propriété privée la garantit"

    Seule la propriété privée garantit la liberté ?
    Ce monsieur n’a pas du lire Proudhon ! (au moins !)
    Et, l’aurait-il fait, comment peut on affirmer une telle ânerie ?

  • permalien Bonzo :
    18 novembre 2010 @16h15   « »

    Pardon, cette dame ! (Toutes mes excuses...)

  • permalien Frédéric :
    18 novembre 2010 @16h21   « »
    "Ce monsieur n’a pas du lire Proudhon !"

    @ Bonzo : ce monsieur est une dame ! (Gabriela Calderón de Burgos) ;)

  • permalien johnmellor :
    18 novembre 2010 @16h48   « »

    Cette "prison communiste" est surtout un paradis du spectaculaire à tout prix, vendu comme tel aux nouveaux arrivants. C’est le monde de la télé-réalité, de la surveillance permanente et du voyeurisme, contrôlé par on ne sait quelle main invisible qui dicte à tous les règles du "bigger than life".

    La lecture de cette libertarienne est complètement erronée, et faite à partir d’une grille de lecture idéologique. Au contraire, le film semble prévenir (sur un ton très prudent et adouci) des dangers de l’illusion spectaculaire dont nous abreuve la télévision.

  • permalien Martin F :
    18 novembre 2010 @18h28   « »

    "Les croyances créent des illusions : envies, émotions, et tout ce qui fait notre subjectivité influent sur notre perception des évènements. On se souvient -dans ces cas- de ce qu’on voulait voir et pas de ce qu’il y avait à voir" - Henri Broch, professeur à l’Université de Nice

    Tant que "cato institute" se persuadera d’avoir raison sur tout et se persuadera d’autant plus que les autres ont toujours tort, les débats idéologiques ne dépasseront pas le niveau d’un dessin animé

  • permalien misterno :
    18 novembre 2010 @19h19   « »

    Devrions nous être les "jouets" d’une élite patronale ? On a parfois l’impression que c’est le rôle qu’on désire nous faire jouer.
    Désolé les gars, y a longtemps que je ne joue plus aux petits soldats !

  • permalien Trilby :
    18 novembre 2010 @20h05   « »
    toy story 3

    Je vous rassure, les enfants sont bien moins adeptes de la généralisation idéologique que les adultes et n’y verront que des gentils jouets et un méchant ours en peluche. La preuve : aucun dentre eux ne croirait sérieusement que ses jouets sont vivants.

  • permalien Bonzo :
    18 novembre 2010 @20h16   « »

    @ Frédéric

    Ce que vous êtes rapide !

  • permalien Nathan :
    19 novembre 2010 @13h14   « »

    Je n’ai pas vu Toy Story 3 mais j’imagine que la même grille de lecture critiquant l’esprit d’entreprise pourrait être appliquée à Ratatouille lequel parvient à imposer ses talents culinaires malgré la mauvaise réputation liée à son espèce.

  • permalien david :
    20 novembre 2010 @08h35   « »

    Au fur et à mesure que les studios Pixar créé de nouveaux film (mille et une pattes, toy story 1,2,3, Nemo, Wall-e, La haut, Monstre et compagnie, ...) on ne peut qu’être admiratif de la qualité du travail et de la capacité à captiver le spectateur en créant une intrigue, un suspens et un véritable attachement aux personnages, loin des farces très second degrés de dreamworks (shrek, madagascar, kung fu panda, ...).

    Si l’on doit faire une lecture politique de l’oeuvre des studio Pixar, la vision de Bug’s Life (mille et une patte) devrait détromper Gabriela Calderón de Burgos, qui semble avoir un cerveau trop sélectif pour apprécier un film dans toute sa complexité.
    Par exemple, la scène ou le chef des criquets (exploiteurs tyranniques des fourmis) explique qu’il est fondamentale que les fourmis ne prennent pas conscience de la force que représente leur nombre face à l’oppression de leur tyran, est très pédagogique !

    Le reste des films Pixar suit globalement cette voie, du magnifique Wall-e sur les dégâts écologique de la société de consommation à ratatouille, en passant par Monstre et Cie, les productions Pixar sont au contraire autant de message d’espoir à apprécier avec vos enfants.

    PS : non, je ne travaille pas pour Pixar, je suis juste Fan !

  • permalien Bonzo :
    20 novembre 2010 @12h26   « »

    @ Asile

    "Bonzo pense d’emblée à un homme"

    En fait, Bonzo, qui n’y voit que d’un œil (comme Le Pen, hein, raccourci facile, hi hi) a lu "Gabriel" et non Gabriela...

    Mais Bonzo (cet indélicat misogyne, mais qui s’ignore) se relit systématiquement, et corrige son erreur dans les minutes qui suivent...

    Las ! Frédéric fut encore plus rapide (décidément, ce Bonzo, il ne dirait surement pas qu’une femme est "rapide", trop adepte qu’il est des mauvais jeux de mots à caractère sexuel), et Asile s’arroge le droit (pardon, hein) de découvrir en Bonzo un indélicat.

    Mince, Proudhon aussi, était misogyne.

    OK, je sors... :)

  • permalien marcel :
    29 novembre 2010 @20h11   « »

    Je souhaite ajouter un bémol concernant Ratatouille, il n’y question à aucun moment de produits bio, d’alimentation végétarienne ou autre. Le discours sur ces sujets reste très (trop) tristement traditionnel, j’aurais apprécié un "engagement" sur ces questions d’alimentation, une réflexion au moins. Oui, même dans un dessin animé !

  • permalien damien :
    3 décembre 2010 @10h39   «

    Pixar, c’est Disney.
    Et Disney, ce sont les méchants qui perdent à la fin et les gentils qui gagnent, après une aventure où ils devront se battre. Même des fois, le gentil "moralise" le méchant qui devient gentil contre d’autres méchants encore plus méchants :-)
    ça fonctionne comme une pub, où la vie est idéalisée, une bonne morale en plus.

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