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Ne pas détruire les banques : les saisir !

jeudi 2 décembre 2010, par Frédéric Lordon

Il faut peut-être prendre un ou deux pas de recul pour admirer l’édifice dans toute sa splendeur : non seulement les marchés de capitaux libéralisés, quoique les fabricateurs de la crise dite des dettes souveraines (voir « Crise : la croisée des chemins »), demeurent le principe directeur de toutes les politiques publiques, mais les institutions bancaires qui en sont le plus bel ornement sont devenues l’unique objet des attentions gouvernementales. Les amis du « oui » au Traité constitutionnel de 2005 trouvaient à l’époque trop peu déliées à leur goût les dénonciations de « L’Europe de la finance » mais si le slogan ne sonne en effet pas très raffiné, c’est que la réalité elle-même est grossière à ce point. L’entêtement à soumettre les politiques économiques aux injonctions folles des créanciers internationaux, telles qu’elles s’apprêtent à nous jeter dans la récession, trouve ainsi son parfait écho dans la décision, qui ne prend même plus la peine de se voiler, de mobiliser le surplus d’emprunt européen de l’EFSF [1]… pour le sauvetage des banques irlandaises bien méritantes d’avoir savamment ruiné les finances publiques du pays [2]. Le cas de l’Irlande a ceci d’intéressant que la connexion entre finances bancaires privées et finances publiques y est plus directe et plus visible qu’ailleurs, mais il ne faut pas s’y tromper : pour la Grèce déjà, et pour tous les autres candidats au sauvetage qui suivront, il s’agit toujours in fine moins de sauver des Etats que d’éviter un nouvel effondrement de la finance – et l’on attend plus que le barde européen de service qui viendra célébrer l’Europe en marche d’après ses plus hautes valeurs : solidarité et humanisme, car après tout c’est vrai : nous voilà, contribuables citoyens européens [3], solidaires des banques de tous les pays, et les banquiers sont des hommes comme les autres.

Il y a pourtant quelque part un point de réalité où les fables déraillent et les voiles se déchirent. Manifestement nous nous en approchons. Et, némésis incompréhensible de tous ceux qui, l’ayant voulue ainsi, l’ont défendue envers et contre tout, l’Europe commise à la finance contre ces citoyens mêmes est sur le point de périr par la finance.

La croyance financière à la dérive

En univers financiarisé, il n’y a pas de signe de crise plus caractéristique et plus inquiétant que la perte des ancrages cognitifs collectifs qui, en temps ordinaires, régularisaient les jugements et les comportements des investisseurs. Or tout vole en éclat et la croyance financière n’est plus que dérive erratique. Inutile de le dire, la perte de toute régularité interprétative et comportementale rend impossible la conduite des politiques économiques toujours exposées au risque d’être reçues à l’envers des effets qu’elles pensaient produire, et même d’être systématiquement rejetées puisque, quelle que soit la proposition, les jugements de la finance sont écrasés par un affect directeur de panique et que, littéralement parlant, plus rien ne va – énoncé qu’il faudrait d’ailleurs lire en remettant les mots dans leur ordre adéquat : rien ne va plus.

Ainsi le 30 septembre l’agence Moody’s a-t-elle le front de dégrader la note souveraine espagnole au motif… d’une insuffisante croissance, alors même qu’elle a si bien concouru au printemps à faire adopter les politiques de rigueur… qui tuent la croissance. L’opinion financière, agence et opérateurs ici confondus, réclament donc à cors et à cris la rigueur, et vendront les dettes publiques s’ils ne l’ont pas. Mais ils ne veulent pas des conséquences de la rigueur et vendront la dette publique s’ils les ont. Sans même en venir à des considérations de principe tenant pour une espèce de crime contre la souveraineté démocratique [4] que l’on évince les réquisits des citoyens par ceux des créanciers, sorte d’effet d’éviction [5] qui incidemment n’a jamais empêché les économistes standard de dormir, n’importe quel décideur politique tant soit peu rationnel arrêterait qu’il est simplement inenvisageable de se soumettre à une tutelle aussi désarticulée, qui lui fera faire tout en lui demandant au surplus son contraire. Mais quelqu’un a-t-il entendu le moindre commencement de l’évocation d’un éventuel projet d’émancipation européenne en cette matière ?

L’union monétaire est donc vouée à dévaler, avec les investisseurs auxquels elle a lié son sort, la pente du chaos cognitif collectif, et il n’y aura plus qu’à s’étonner de l’étonnement de ceux qui découvrent affolés que « plus rien ne marche » : car en effet les conditions sont maintenant en place pour que rien ne marche plus. Dans une tentative héroïque de réplication d’une opération-vérité à la suédoise, la banque centrale irlandaise a décidé d’annoncer en mars les besoins « véritables » [6] – colossaux [7] – de recapitalisation d’un système bancaire privé dont la taille relativement au PIB du pays était déjà en soi un signe de déraison manifeste [8] (proposée à la réparation de l’Europe entière…). Las, les autorités irlandaises qui escomptaient les profits d’admiration généralement accordés au stoïcisme et le prix de son « courage » sous forme de détente des taux d’intérêt, n’ont reçu qu’un surplus de panique et la mise en cause de leurs finances publiques devenues solidaires des finances privées pour des montants il est vrai affolants. Ceux qui espéraient le retour au calme du sauvetage de l’Irlande ont vite compris à quoi s’en tenir : dès lundi matin sitôt l’annonce faite, les taux d’intérêt irlandais se détendaient très légèrement sur les échéances inférieures à deux ans… et se tendaient à dix ans, attestation indirecte de ce que l’EFSF n’est vu que comme une parenthèse sans pouvoir de résolution durable ; lundi soir c’était la débâcle obligataire. Et l’on tiendra pour un symptôme très caractéristique de la destruction des repères cognitifs de la finance le fait que quelques jours avant l’annonce du plan de sauvetage irlandais, 35 milliards d’euros étaient jugés par les analystes comme un volume tout à fait à la hauteur des besoins de recapitalisation bancaire alors que dès l’après midi de son annonce il était trouvé notoirement insuffisant…

L’Union dans son ensemble est logée à la même enseigne. Elle croyait le sauvetage de la Grèce et la constitution de l’EFSF propres à impressionner l’opinion financière et à la raisonner pour de bon. Il n’en a rien été comme l’atteste la recherche frénétique par la finance du nouveau maillon faible sitôt le précédent réparé. Formellement semblable en cela à la séquence qui à partir du printemps 2008 avait vu l’inanité des sauvetages ponctuels, Bear Stearns, Fannie, Freddie, jusqu’au point de bascule Lehman, la succession des bail-outs européens n’arrête plus rien mais a l’effet exactement opposé d’allonger sans fin la liste des suspects – la seule chose dont débat maintenant la finance étant l’ordre dans lequel il faut les « prendre ». On pourrait être tenté de filer le parallèle avec l’automne 2008 pour en tirer la conclusion que, la formule des sauvetages ponctuels épuisée, seule une solution globale frappant fort un grand coup a quelque chance de produire l’effet de choc propre à modifier brutalement la configuration des anticipations collectives de la finance. La menue différence, trois fois rien, tient au fait qu’à l’époque les finances publiques étaient fraîches et disponibles pour tirer d’affaire ces messieurs de la banque. Or, le sauvetage de la finance privée et les coûts de récession sur le dos, les budgets sont désormais aux abonnés absents, la situation ayant d’ailleurs si mal tourné que les finances publiques sont passées du côté du problème et ne font décidément plus partie des solutions.

Misère du fonds de secours européen

C’est cet état de fait que l’EFSF s’emploie à masquer autant qu’il le peut. Mais l’illusion qu’il avait congénitalement vocation à produire, et celles qu’il entretient sur son propre compte, finiront bientôt par craquer. Il y a d’abord qu’on n’est pas très au clair sur l’extension véritable des sollicitations dont il peut faire l’objet, et il reste comme une incertitude sur la nature de la « facilité » qu’il est censé apporter. Est-il simple « facilité intermédiaire » destinée à faire d’ici 2013 les soudures de trésorerie des Etats temporairement en délicatesse avec les marchés ? Si tel est le cas, la force de frappe du fonds s’apprécie d’après les besoins de financement des Etats, c’est-à-dire la somme des déficits courants et des échéances de dette arrivant à maturité sur la période. L’Irlande et le Portugal à eux deux devront trouver 60 milliards en 2011 et 40 pour 2012. L’Espagne à elle seule aura besoin de 190 milliards d’euros pour 2011 et 140 autres milliards pour 2012 [9] – 330 milliards et encore : un an en avance de l’échéance de l’EFSF, plus les 100 des deux précédents, 430 milliards à eux trois… pour une enveloppe globale de l’EFSF de 440 milliards [10] – et plaise au ciel que tout aille bien pour l’Italie et la France, les deux têtes de turc d’ores et déjà inscrites dans la file.

Il y a ensuite que l’EFSF n’a pas exactement les moyens qu’il dit avoir. Car pour obtenir la notation triple-A qui lui permet de lever des fonds à coût moindre que les Etats en difficultés, l’EFSF a été contraint de sur-collatéraliser à 120% ses actifs [11]. La chose signifie que tout euro prêté doit être adossé à 1,2 euros de fonds levé par l’EFSF (en fait par les Etats contributeurs) – et sur les 440 milliards nominaux seuls donc 366 sont réellement disponibles. La logique de la sur-collatéralisation n’est pas autre chose que celle de la garantie que l’EFSF prétend apporter et du coût de défaut qu’il prendrait à sa charge puisqu’il en soulage les créanciers internationaux. Mais l’enveloppe est en fait bien plus petite encore. Car d’une part disparaissent (assez logiquement) de la liste des Etats contributeurs au fonds les Etats devenus suppliants du fonds – on peut sans doute tenir le manque pour surmontable quand il s’agit des 12 milliards d’euros d’apport de la Grèce et des 7 de l’Irlande, mais le trou commencera à se voir si jamais il faut se passer d’un coup des 52 de l’Espagne… Et s’y ajoute d’autre part que l’EFSF pour conserver son triple-A devra n’être abondé que par des Etats eux-mêmes triple-A, avec risque de casse majeur si d’aventure l’un des « gros » se trouvait être dégradé – vienne la France, au hasard, à perdre son sésame, l’EFSF trépasserait vraisemblablement dans l’instant.

Il y a enfin que l’EFSF n’a été dimensionné que dans la logique des sauvetages ponctuels (au surplus en petit nombre) et qu’il serait strictement incapable de faire face à un épisode de défauts souverains simultanés par contagion foudroyante – ce ne serait plus les besoins de financement publics à deux ou trois ans qu’il faudrait regarder mais les encours mêmes de dette, et l’ordre de grandeur change d’un coup du tout au tout. Affolés par ces perspectives qu’ils ont eux-mêmes si bien contribué à créer, les investisseurs sont maintenant obsédés par une quête de la sécurité parfaite que, curieusement ils ne leur viendraient pas à l’idée d’exiger d’un débiteur privé, et dans le monde particulier des sovereigns [12], « senior » est implicitement tenu pour synonyme de « garanti » [13] ! (comme l’atteste le plan irlandais qui a pris grand soin d’épargner ces créanciers-là). Or ce n’est pas du côté de l’augmentation des moyens du fonds que viendra la solution parce que régler les problèmes des plus endettés en surendettant ceux qui le sont moins finira par se voir. Il est utile de redire que la solution du bootstrapping par laquelle le baron de Münchausen s’extrait de la boue en se tirant lui-même par les cheveux ne fonctionne que dans les contes. Dans la réalité européenne présente, plus il y a de secourus moins il y a de secouristes, et plus ces derniers se préparent à rejoindre les précédents dans leur catégorie.

Le syllo de Canto

A la question de savoir comment tout ceci peut se finir, la réponse est donc : mal. Et ceci d’autant plus que les corps sociaux commencent à sérieusement renauder. Sans doute l’enchaînement des faits est-il compliqué à suivre dans son détail technique mais le tableau d’ensemble lui est des plus clairs, et tout le monde en voit maintenant parfaitement les couleurs dégueulasses : 1) la finance privée est l’auteur de la plus gigantesque crise de l’histoire du capitalisme ; 2) les banques ne doivent d’avoir forcé les pouvoirs publics à les secourir qu’au fait d’occuper cette place névralgique dans la structure d’ensemble du capitalisme qui leur permet d’enchaîner le corps social tout entier à leurs intérêts particuliers ; 3) cette situation qui a tout de la parfaite prise d’otage aurait dû conduire sitôt le sauvetage de 2008, non seulement à fermer largement le jeu de la finance de marché [14], mais à recommunaliser le système bancaire en tant précisément qu’il est de fait le dépositaire de biens communs vitaux [15], à savoir : la sûreté des encaisses monétaires du public et les conditions générales du crédit à l’économie réelle ; 4) infestés par les représentants des puissances d’argent, les Etats n’en ont rien fait et donné le secours pour rien, ou plutôt pour un double bras d’honneur, qui a d’abord pris la forme du maintien des rémunérations exorbitantes et surtout, plus grave, celle de l’application de la férule des marchés aux finances publiques, saignées soit d’avoir sauvé directement les banques, soit de faire face aux coûts de la récession ; 5) les splendides mécanismes des marchés de capitaux concourent avec une rare élégance à l’organisation du pire en rendant insoluble la crise des dettes qu’ils ont eux-mêmes fait naître ; 6) et ceci jusqu’à ce que cette crise-là devienne irrémédiablement la leur à nouveau, menaçant d’un deuxième effondrement du calibre de 2008 ; 7) pendant quoi l’Europe invente à la hâte de nouvelles institutions supposées venir en aide « aux Etats » là où tous voient bien qu’il s’agit de sauver les banques pour la deuxième fois. Or, pour ainsi dire, c’est la deuxième fois de trop – car on se demande encore comment la première a été avalée si facilement par les corps sociaux décidément d’un calme olympien. Jusqu’ici.

Jusqu’ici, car maintenant ça commence à glouglouter méchamment dans la marmite et les populations hors de leurs gonds cherchent légitimement de quoi se passer les nerfs sur les banques. Le succès de la vidéo Cantona n’a pas d’autre origine, et il faudrait le fin fond de l’ineptie politique pour n’en pas saisir le sens réel qui dit l’arrivée aux limites de ce que les populations sont prêtes à tolérer de scandale. Pour tout le bien-fondé de la colère qu’il exprime, il y a pourtant de quoi s’effrayer de son implacable syllogisme qui dit en gros : « les banques et les banquiers sont la cause de tous nos maux » – schématique mais vrai –, « or les banques ne vivent que de nos dépôts » – partiellement vrai encore –, « par conséquent, pour abattre les banques et se débarrasser du fléau il suffit de leur retirer nos dépôts » – techniquement vrai… mais in fine catastrophiquement faux.

Bank run : il n’y en aura pas pour tout le monde !

Parce que Canto, tu retires tes économies et puis tu en fais quoi ? Matelas ? Lessiveuse ? Tâche aussi de te présenter au guichet parmi les tout premiers car il n’y en aura pas pour tout le monde. À chaque instant, en effet, les banques sont strictement incapables de faire face à l’exercice généralisé de la convertibilité inconditionnelle des dépôts à vue en espèces. Sur leurs larges populations de déposants, la loi des grands nombres leur assure en temps ordinaires une régularité statistique des comportements de retrait dont la moyenne globale ne représente qu’une fraction minime des dépôts réels, et n’appelle donc qu’un taux de couverture équivalent – bas.

Evidemment tout change lorsque des circonstances exceptionnelles modifient brutalement les comportements de retrait, en les corrélant intensément, par exemple sous l’effet d’une panique collective qui conduit à la ruée des déposants. Planifiant sa propre détention d’espèces sur la base des comportements moyens ordinaires, la banque se retrouve incapable de faire face à des demandes de retrait brutalement modifiées. De là le ravissant spectacle des files de déposants, éclusées délibérément au compte-goutte pour donner le temps à la banque de s’alimenter en liquidités – quand elle le peut. Le rationnement, pour dire les choses en termes pudiques, fait donc nécessairement partie d’un bank run, c’est pourquoi il arrive que la queue au guichet soit un peu tassée, parfois même qu’on s’y marche légèrement dessus, car d’emblée on sait que tous ne récupéreront pas leurs billes.

Lessiveuses et patates

Mais les vraies joyeusetés commencent après. Car, les banques mises au tapis dans un bel ensemble, il faut tâcher de se figurer de la plus concrète des manières ce à quoi peut bien ressembler la vie matérielle. Manger par exemple. C’est-à-dire aller acheter à manger. Payer par chèque ? plus possible : plus de banques. Tirer de l’argent au distributeur ? plus possible : plus de banques. Obtenir un crédit ? plaisanterie ! plus de banques. Reste l’argent liquide au fond des poches. Canto qui se sera présenté parmi les premiers aura sa lessiveuse pour tenir. Mais pour les 90% rationnés, ça leur fera quatre à cinq jours d’horizon, en forçant plutôt sur les pâtes, et juste le temps de se mettre à l’art du jardin potager, car après… Parce qu’il détruit instantanément le système des paiements et du crédit, l’effondrement bancaire général est l’événement extrême en économie capitaliste, arrêt des productions incapables de financer leurs avances, impossibilité même des échanges puisque la circulation monétaire a perdu ses infrastructures, une sorte de comble du chaos matériel, et le monde social n’a pas belle allure lorsque les individus en sont réduits à lutter pour leur survie matérielle quotidienne.

Le syllo de Canto commet donc ce qu’on pourrait appeler une erreur de métonymie : il prend l’accident pour la substance, ou la réalisation particulière pour la généralité. La vérité, si elle manque sans doute de poésie, est que nous avons besoin de banques, nous en avons même un besoin vital. Mais dire que nous avons besoin de banques est une chose, et la question de savoir de quelles banques nous avons besoin en est une autre. Car des systèmes bancaires il en existe de toutes sortes, des pires et des meilleurs. Et l’on pourrait en dire ce qu’on dit déjà de cet autre générique inconsistant, « L’Europe » : ce ne sont pas les banques, c’est cette forme de banque qu’il faut détruire. On trouvera la nuance bien mince et de peu d’implications concrètes. Elle signifie pourtant que la ruine totale n’est pas une option attrayante, encore moins la ruine organisée de propos délibéré. Dans les banques, il y a les infrastructures des systèmes de paiement et de tenue des comptes, c’est-à-dire les prérequis à tout échange possible dans une économie monétaire à travail divisé. Il y a aussi des gens (plus ou moins) capables de prendre des décisions de crédit, pour les ménages, les entreprises, et puis quelques autres choses encore que nous avons sacrément intérêt à garder.

Faire tomber les banques,
mais par le défaut souverain…

Il faut bien reconnaître cependant qu’il n’est pas facile de décourager les plans naufrageurs du public en colère quand le système bancaire lui-même travaille si bien à son propre effondrement… Car voilà où en est la magnifique Europe des traités, celle-là même qui voulait tant qu’on ne l’appelle pas « L’Europe de la finance », et voilà ce qui lui pend au nez comme un sifflet de deux ronds : le défaut généralisé. Désormais les uns entraînent les autres sans qu’on n’ait plus idée ni de la cause ni de l’effet. Dans l’atmosphère de panique qui emporte les marchés obligataires, le fait marquant est en effet la solidarité (dans la déveine) des financials et des sovereigns, c’est-à-dire des titres bancaires et des titres publics. La corrélation de leurs primes de CDS [16] et de leurs spreads [17] respectifs donne une idée du degré auquel les destins des finances publiques et des finances bancaires privées sont désormais intriqués puisque sauver les banques ruine les Etats et que le possible défaut des Etats ruinera les banques. C’est l’emballement collectif des investisseurs qui se charge de déployer cette dynamique fatale, la croyance financière au défaut souverain faisant advenir le défaut souverain – et puis juste après le défaut bancaire ! Et la synergie des faillites combinées s’annonce d’une telle magnitude que tous les EFSF de la terre peuvent d’ores et déjà aller se rhabiller.

Entre faire tomber les banques par un run de déposants en colère et les voir tomber d’elles-mêmes sous l’effet de leurs propres turpitudes, la différence, à résultat concret équivalent, est celle qui laisse au capitalisme financier et à ses « élites » l’entière responsabilité historique de la ruine finale. Et si vraiment, plutôt que de simplement regarder tomber les banques, on voulait activement les faire tomber, la meilleure option à tout prendre consisterait bien plutôt à ce que, par inversion des rôles dans la comédie du bras d’honneur, ce soit l’Etat qui s’en charge en déclarant souverainement le défaut sur sa dette publique. Car pour produire tous ses effets, le défaut « nu », celui du simple bank run citoyen, ne suffit pas, et la manœuvre ne prend tout son sens politique possible que :

1. de signifier par un geste unilatéral de souveraineté à qui revient le pouvoir en dernière analyse : aux peuples, pas à la finance ;

2. par répudiation de tout ou partie de la dette publique, de soulager aussitôt les populations de la contrainte d’austérité et de récupérer des marges pour des politiques de croissance ;

3. de s’armer d’une politique publique de transformation radicale, prolongement nécessaire du simple défaut, visant, d’une part, l’affranchissement du financement des déficits publics des marchés de capitaux [18]) (seul moyen que le défaut maintenant ne vaille pas sur-pénalisation par les marchés plus tard), et, d’autre part, la refonte complète des structures bancaires (de toute façon mises à bas par le défaut même)

Il y a fort à parier que, parmi les gouvernements commis d’aujourd’hui, il ne s’en trouvera aucun capable de l’insolence affirmative qui est la marque de la souveraineté, et de revendiquer par le défaut l’état de guerre ouverte avec la finance – car après tout le problème est bien plus symétrique qu’on ne croit : la finance peut sans doute nous prendre en otages mais, dès lors qu’il est suffisamment débiteur, l’Etat a aussi les moyens de la ruiner, avec au surplus, derrière, le pouvoir de la ramasser à la petite cuillère et à sa façon. Qu’à cela ne tienne : c’est le développement endogène de la dynamique financière présente qui se chargera de faire le travail, et le défaut que les Etats pourraient endosser dans un geste de rupture délibéré s’imposera à eux comme à des boutiquiers déconfits. Nous n’avons de toute façon plus le choix que de penser sous l’hypothèse de l’effondrement bancaire consécutif à des dénonciations souveraines, revendiquées ou subies, c’est-à-dire sous l’hypothèse resurgie de « l’automne 2008 » – mais avec cette différence par rapport à 2008 que la solution par le sauvetage d’Etat est désormais barrée.

… et les saisir !

A l’honneur (ou au déshonneur) près, toutes les possibilités ouvertes par le défaut combiné des Etats et des banques restent offertes. Car pour tous ses dangers réels, la faillite technique des banques a au moins un effet intéressant : elle permet de leur mettre la main dessus. Et à pas cher en plus. Les arguments de principe pour une recommunalisation du système du crédit abondent ; la situation de faillite leur offre leurs conditions de réalisation – et même de réalisation modique. Car si la nationalisation intégrale est la première étape du processus de recommunalisation du bien commun bancaire, avant la mutation ultérieure en système socialisé du crédit [19]), la situation critique de la faillite générale offre la possibilité d’opérer cette nationalisation par simple saisie.

A l’inverse des pratiques ordinaires du redressement des entreprises en difficulté, il n’y a pas de solution privée à l’effondrement global des institutions bancaires qui condamne dès lors irrémédiablement leurs actionnaires à la vitrification. Le sauvetage public, quelle qu’en soit la modalité, n’a donc aucun compte à tenir de cette population spéciale qu’on peut d’ores et déjà tenir pour annihilée, conformément d’ailleurs à l’esprit même du capitalisme des sociétés par actions : les apports en fonds propres ne sont pas récupérables et les actionnaires n’acquièrent leur part de propriété (et les droits afférents aux dividendes) qu’en contrepartie d’accepter une perte définitive en cas de faillite – nous y sommes. Saisir les banques faillies n’a donc aucun caractère d’attentat à la propriété puisque la propriété a été anéantie par la faillite même, la faillite étant de ce point de vue l’équivalent capitaliste de la bombe à neutrons qui tue les droits de propriété en laissant intacts les bâtiments, les équipements et même, quoique pendant un temps relativement court, les humains salariés capables de les faire marcher. C’est tout cela qu’il faut récupérer.

À l’instant t0 plus epsilon qui suit le passage des neutrons, les pouvoirs publics ne se penchent sur le cas des banques à terre que parce qu’il y va d’un bien commun vital pour la société et pour cette raison seule. Le jeu normal du marché anéantit les actionnaires et cette partie-là du jeu ne sera pas modifiée. Le sauvetage public n’a aucune vocation à les ressusciter, il n’a pas d’autre finalité que de nous éviter le désastre collectif qui suit particulièrement d’une faillite bancaire. L’alternative qui naît de cet événement est alors des plus simples et, selon que l’Etat fait ou ne fait pas, ne laisse le choix qu’entre, d’une part, des banques à terre, des actionnaires morts et nous morts avec très peu de temps après, ou bien d’autre part, des banques redressées, des actionnaires laissés morts mais nous vivants par le fait même de la saisie-redressement. On constatera que dans ces deux états du monde possibles les actionnaires meurent identiquement, et que la différence notable tient au seul fait que dans l’un nous mourrons avec eux, dans l’autre pas, raison pour quoi il ne devrait pas y avoir à réfléchir trop longtemps avant de choisir la bonne solution.

La banque centrale, ultime recours

Mais une faillite ne laisse pas que des actionnaires sur le carreau : des créditeurs aussi. Le droit ordinaire des faillites et ses résolutions concordataires offrent cependant à ces derniers une chance de récupérer une partie de leur mise. Mais ce droit-là est privé et la logique du défaut souverain lui est hétérogène. Mis à part les dettes souveraines, le gros du problème tient dans le réseau des dettes-créances interbancaires. On peut imaginer leur partiel netting [20]) sur le territoire pertinent – dont on réserve de dire quelle doit être la circonscription (voir infra). Ce netting « interne » peut s’accompagner d’un défaut sur les engagements « externes » (i. e. avec les institutions financières situées hors du « territoire pertinent »), à la façon dont les banques islandaises se sont remises bien plus vite que prévu du fait de n’avoir pas hésité à dénoncer les passifs non-résidents [21] – et mieux encore d’avoir fait valider ce geste de dénonciation par un référendum populaire !

Au rang des créditeurs internes, il faut compter également tous les épargnants individuels, détenteurs de titres publics par assurances-vie et Sicav interposées. Disons tout de suite que le défaut souverain a spontanément de bonnes propriétés de justice sociale puisqu’il frappe proportionnellement les plus gros épargnants qui sont aussi les plus riches, même si l’on peut envisager de garantir ces créditeurs-là à hauteur d’un certain plafond qui ne ferait plonger que les plus fortunés. En remontant l’ordre de séniorité, viennent enfin les déposants dont il est assez évident que les dépôts à vue et à terme doivent être garantis – hors de quoi le sauvetage des banques est simplement privé de sens.

Mais dans tous les cas de figure il y aura des pertes colossales à prendre et des recapitalisations tout aussi importantes à opérer du fait de la prévisible destruction des bases de fonds propres. C’est bien pourquoi les plans de 2008 étaient à double détente : concours de la banque centrale pour assurer la liquidité vitale des banques et permettre au moins la continuité d’opération du système des paiements, « plans de redressement » à la façon du TARP des Etats-Unis, de la NAMA irlandaise, de la SFEF française, etc. Ces volets « redressement » étaient indispensables pour, au-delà de la simple survie, remettre le système bancaire en état de reprendre ses activités de crédit. À ceci près qu’ils ont été assurés sur les finances publiques et que maintenant c’est fini. Le redressement peut être amorcé par cessions massives d’actifs (quoique dans la situation envisagée, on se demande bien qui pourrait en être preneur…), ou à tout le moins voir son ampleur diminuée par une réduction brutale des périmètres d’activité : les banques en saisie-redressement abandonneront tout ou partie de leurs activités de marché et seront priées de se reconcentrer sur ce qui est historiquement leur métier, à savoir le crédit à l’économie et l’offre de formules d’épargne simples – l’une des opportunités offertes par la faillite étant donc de permettre de médiocriser la finance [22].

À ce stade critique cependant, c’est-à-dire quand les possibilités financières d’intervention de l’Etat ont été épuisées, il ne reste de toute façon plus qu’un seul instrument significatif mobilisable : la banque centrale. Ça n’est pas la peine de commencer à hurler à l’inflation, car, en cette situation-là, il n’y a plus qu’à choisir entre le risque de l’inflation future et la certitude de la mort matérielle tout de suite – alternative qui normalement ne laisse pas le loisir d’hésiter très longtemps. À court terme au moins les fonds de reconstruction d’un système bancaire ne pourront donc plus venir que de la création monétaire.

Quant à ceux qui pousseront de grands cris à l’idée que la banque centrale pourrait abonder de cette manière le capital des banques à reconstruire, on leur fera observer qu’ils ont gardé un délicat silence lorsque la Réserve Fédérale s’est transformée en gigantesque hedge fund de racheter tous les actifs pourris des banques privées en pleine déconfiture – ceci dit au moment précis où la Fed révèle la liste des récipiendaires des 3 300 milliards de dollars de concours variés qu’elle a mis à leur disposition, comme quoi, dirait l’adage populaire, pas faux en l’occurrence, quand on veut, on peut…

Salut, souveraineté, territoire

Et voilà où se pose pour de bon la question du « territoire pertinent ». Est pertinent le territoire sur lequel existe une banque centrale décidée à accomplir toutes ces actions. Il y a malheureusement toutes les raisons de redouter que ce ne soit pas la zone euro. Jamais ni les représentants allemands à la BCE, ni le gouvernement de Bonn ni la cour constitutionnelle de Karlsruhe ne consentiraient la chose qui leur apparaît comme le comble de l’horreur. Il est vrai que sauf les mythologies du « couple franco-allemand », faire une Europe monétaire avec l’Allemagne était d’emblée une entreprise impossible [23] – et en même temps, dans l’hypothèse retenue, les banques privées allemandes seraient au tapis comme les autres et il faudra bien que l’Allemagne invente quelque chose… L’Allemagne mise à part, on peut craindre également que la BCE elle-même se refuserait à une intervention massive de cette sorte, en effet en violation flagrante de tous les textes qui encadrent son action. On dira qu’on reconnaît précisément ces moment de souveraineté pure à l’envoi au bain des textes, encre sur du papier susceptible d’être rayée par une autre encre derrière laquelle de toute façon il n’y a jamais que de la force, la force politique du corps social souverain, en dernière analyse l’unique force motrice de tout l’univers politique. Les Argentins, au cœur de la crise de 2001-2002, ne se sont-ils pas débarrassés en une nuit du currency board dont ils avaient pourtant gravé les termes dans le marbre de la constitution ?

Mais ces reprises de souveraineté supposent des conditions d’unité politique qui n’existent pas dans le cas européen où les traités demandent deux ans pour être modifiés là où il s’agit d’agir en deux jours, quand ça n’est pas en deux heures – et les pétaudières de l’intergouvernemental à 27 ne sont pas exactement ce qu’on appelle une force de réaction rapide.... On peut être tout à fait sûr que si besoin était vraiment, le gouvernement des Etats-Unis n’hésiterait pas un instant à envoyer valser le Reserve Federal Act pour reprendre en mains les contrôles et les latitudes qu’appelle impérieusement la situation d’exception. Cette possibilité n’existe même pas dans la navrante construction européenne dont on sait bien qu’elle est un barbarisme au regard de la grammaire fondamentale de la souveraineté – et seule la mauvaise foi européiste, cette dégénérescence de l’idée européenne, comprendra ici que souveraineté ne rime qu’avec « nation », au sens des nations présentes, là où il s’agissait d’envisager les conditions de possibilité d’un véritable redéploiement de souveraineté à une nouvelle échelle : pour ainsi dire de refaire nation mais « à l’étage supérieur ».

Aussi, et comme le salut impose impérieusement ses réquisits, on peut imaginer que la zone euro se fracturerait selon une ligne de découpe séparant ceux qui s’accorderont à l’exercice d’une souveraineté commune dictée par la nécessité du geste monétaire massif et ceux qui ne le voudront pas. Ou bien qu’elle céderait à de très fortes pressions à la « renationalisation » de l’action publique, c’est-à-dire à un retour à l’échelle territoriale où, pour l’heure, en existe en fait les réels moyens de souveraineté. Réapparition de banques centrales nationales ou bien de sous-blocs monétaires, à partir de l’euro et avec les problèmes transitoires de double circulation, inutile de dire qu’on sera là entré dans un monde non-standard…

Notre heure

Mais quels choix reste-t-il vraiment quand les marchés auxquels les Etats se sont livrés gaiement s’apprêtent à faire leur ruine ? Quand la collusion des élites politiques et économiques a atteint le degré que nous lui connaissons, quand le gouvernement est devenu le fourrier du capital à un point de caricature qui ferait rougir Marx (jusqu’à faire nommer sans discontinuer des chefs d’entreprise ministre des finances depuis dix ans…), quand l’asservissement des politiques publiques aux intérêts de la finance est tel que même la plus grande crise à l’échelle d’une génération ne parvient pas à obtenir le moindre commencement de régulation, quand tous les mécanismes institutionnels du présido-parlementarisme organisent la parfaite coupure d’avec le peuple et la capture de fait du pouvoir par une oligarchie séparée qui ne répond plus de rien ni à personne – comme l’attestent à propos des retraites une désapprobation de masse balayée d’un revers de main –, quand n’existe plus nulle part aucun mécanisme institutionnel de réelle représentation, aucune force de rappel politique, alors il est avéré qu’il n’est plus de solution de transformation à froid de l’ordre social – à l’encontre même de la (fausse) promesse « démocratique » [24] d’ingénierie politique ordonnée du changement. Ce sera donc à chaud.

La question est alors celle de savoir en quels lieux précisément faire monter la température – en ne cachant pas que « température augmentée » signifie qu’il y a aura des bris de quelque chose quelque part. Marx en son temps avait parfaitement perçu que la convulsion est la modalité privilégiée par l’histoire de dépassement des contradictions. Le nexus présent des contradictions de ce qu’il faut bien appeler avec Badiou le capitalo-parlementarisme, contradictions mêlées d’un système économique conduit au désastre par la finance libéralisée et d’un système politique institutionnel qui, en tous les sens du terme, ne répond plus, et n’est donc plus l’instance possible de transformation du premier, ce nexus a épuisé le spectre de ses solutions internes. Si vraiment on en arrive en ce point où, les possibilités d’accommodation « régulière » du système évanouies, ne reste plus que le choix de son renversement, alors il y a cependant quelques raisons de préférer le soulèvement politique à l’insurrection bancaire. Car la seconde nous abat nous-mêmes dans le même mouvement où elle abat ses ennemis, alors que le premier conserve la Banque comme principe mais nous rend les moyens de lui donner la forme que nous voulons – et dont nous avons besoin.

Cantona pense faire la révolution sans violence en effondrant les banques. Mais c’est qu’il n’a pas idée des violences du chaos matériel qui suivrait. Si le blocage institutionnel et le verrouillage par le bloc hégémonique rendent chaque jour un peu plus probable l’issue qu’un « bon » système politique a normalement pour vocation de tenir aussi éloignée que possible, à savoir le débordement insurrectionnel, toutes les insurrections ne se valent pas. Et si vraiment violence il devait y avoir, plutôt celle qui permet de reprendre les institutions confisquées (ou d’inventer de nouvelles institutions) que celle qui nous jetterait les uns contre les autres dans des luttes pour la survie matérielle. Qu’elle le dise de travers n’empêche pourtant pas la sortie de Cantona d’avoir son fond de justesse : les tyrannies ont rarement le bon goût de quitter d’elles-mêmes la scène de l’histoire et seuls des rassemblements de force adéquats peuvent les en expulser. La finance a régné 25 ans, c’est plus qu’il n’en faut pour dresser un bilan, et le bilan dit : c’est assez. La particularité de l’époque réside en ceci que la tyrannie impersonnelle de la finance collabore activement à son propre renversement puisque, par une sorte de nécessité interne qui confirme, en la poussant à son comble, sa vocation à la destruction sociale, elle est sur le point de tout engloutir et paradoxalement jusqu’à elle-même. Les Romains disaient que « ceux que Jupiter veut perdre, il commence par les rendre fous » – nous y voilà. La perspective de chocs immenses n’est pas gaie, mais qu’à la face de l’histoire il revienne entièrement aux fous de l’avoir fait advenir. Et que les autres en tirent le meilleur parti, celui du moment décisif où leur joug se lève, éventuellement de s’être autodétruit, et où ils peuvent enfin se dire que « c’est notre heure ».

Notes

[1] European Financial Stability Facility, le fonds de secours établi lors du sommet de Bruxelles du 9 mai 2010 à la suite du plan de sauvetage de la Grèce.

[2] Sur les 85 milliards d’euros du « paquet irlandais », 35 sont explicitement destinés aux banques.

[3] Sur qui reposeront in fine les éventuelles pertes de l’EFSF.

[4] Pour un développement de cet argument, voir « Le point de fusion des retraites », 23 octobre 2010, et « Crise européenne, deuxième service (partie 1) », 8 novembre 2010.

[5] Car les économistes standard sont surtout très préoccupés de cet effet d’éviction par lequel les emprunts d’Etat assèchent les marchés obligataires au détriment des émetteurs privés.

[6] Dont on découvre d’ailleurs aujourd’hui qu’ils sont encore un peu sous-estimés : Sharlene Goff et Patrick Jenkins, « Irish banks remain on a tightrope », Financial Times, 29 novembre 2010 ; mais seul le mensonge grec sur le déficit public est haïssable, le mensonge permanent des banques privées, lui, est véniel.

[7] 28,5 milliards d’euros au moment de l’annonce de mars.

[8] Le total des passifs bancaires irlandais est de 360% du PIB – le modèle-frère anglais faisant d’ailleurs encore mieux : 450%... voir « The real lesson about Ireland’s austerity plan », e21 Economic Policies for the 21st Century.

[9] Données Bloomberg, FMI, The Economist.

[10] Il est vrai compte non tenu des 60 milliards d’euros de l’EFSM (European Financial Stability Mechanism) et des 250 milliards d’euros apportés par le FMI lors du sommet du 9 mai 2010.

[11] Voir sur ce point Wolfgang Münchau, « Could any country risk a eurozone bail-out ? », Financial Times, 26 septembre 2010.

[12] Les titres obligataires souverains.

[13] La séniorité désigne l’ordre de priorité des créanciers à être servis en cas de défaut. Plus un titre est senior plus il vient haut dans cet ordre et plus ses créanciers seront remboursés prioritairement. Mais il se peut très bien que le défaut soit tel que même les créanciers seniors prennent des pertes, comme l’a montré le cas des tranches seniors des CDO et des MBS de subprimes.

[14] Voir « Quatre principes et neuf propositions pour en finir avec les crises financières », 23 avril 2008, et « Si le G20 voulait... », 18 septembre 2009.

[15] Cette recommunalisation prenant la forme d’urgence de la nationalisation puis, à terme, de la mutation en un système socialisé du crédit, voir « Pour un système socialisé du crédit », 5 janvier 2009.

[16] C’est-à-dire ce qu’il en coûte de faire assurer un titre obligataire contre d’éventuelles dévalorisations liées à un « événement de crédit ».

[17] C’est-à-dire l’écart de taux qui les sépare d’une obligation de référence jugée sans risque, en Europe le Bund allemand pour les titres souverains.

[18] Voir « Commencer la démondialisation financière », Le Monde diplomatique, mai 2010 ; « Crise européenne, deuxième service (partie 2) », 15 novembre 2010.

[19] « Pour un système socialisé du crédit », 5 janvier 2009.

[20] C’est-à-dire la compensation mutuelle des dettes croisées à des taux évidemment à définir en fonction de leurs taux d’intérêt facials, de leur maturité, etc.

[21] Et ceci même s’il est exact qu’à moyen terme, les banques islandaises, et l’Etat qui les a couvertes, se retrouveront engagés dans de nombreuses procédures judiciaires aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, aux Pays Bas, etc.

[22] Voir « Si le G20 voulait... », 18 septembre 2009.

[23] Voir « Ce n’est pas la Grèce qu’il faut exclure, c’est l’Allemagne ! », 29 mars 2010.

[24] On veut dire : dans les formes présentes de la « démocratie ».

312 commentaires sur « Ne pas détruire les banques : les saisir ! »

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  • permalien Bdch :
    2 décembre 2010 @14h14   »

    Merci Professeur Lordon !

    Sursum corda !

  • permalien truan-le :
    2 décembre 2010 @14h49   « »

    en 1981 nationalisation des banques ... et les plus réservés à accomplir la mission de dynamisation des initiatives .... furent les employés de banques ... qu’on inquiéta de l’intérieur en évoquant les baisses de "primes" , 13 ème, 14àme mois etc
    saisir les banques sans plus, ne constitue guère qu’une aventure à la "Bouvard et Pécuchet" aussi surréaliste que d’envisager que "quéquette blue’s" succède à "bling bling"

  • permalien Marie-Anne :
    2 décembre 2010 @15h06   « »

    Un grand merci pour cette analyse, qu’on attendait avec impatience !

    Concernant l’appel au "bankrun", il est d’autant plus douteux qu’il est porté par des personnes liées à l’extrême droite, notamment Géraldine Feuillin, scénariste belge admiratrice d’Alain Soral et proche de la secte new age Zeitgeist. En bref : attention aux faux amis.

    Voir les détails sur Indymédia Paris : http://paris.indymedia.org/spip.php?article4446

  • permalien Flo :
    2 décembre 2010 @15h20   « »

    Bonjour,

    J’aimerai avoir votre avis sur une question,

    Quel serait l’impact si au lieu de retirer notre argent des grosses banques telles que la Société Générale, le Crédit Lyonnais et BNP pour le mettre "sous le matelat", nous fermions nos comptes de ces banques pour déplacer notre argent dans des banques ’mutualisées’ telles que le Crédit Coopératif ?

  • permalien farid :
    2 décembre 2010 @15h22   « »

    Sujet et approche forte intéressante, cependant pour être lu, il faut être lisible, ce qui n’est pas le cas de ce papier, non pas que ce qu’il raconte soit inaudible, mais vous avez l’art et la manière de faire du style pour le style, résultat, quand vous voulez dire quelque chose de simple, vous compliquez la vie du lecteur, qui découragé, pourrait bien décider de ne pas aller au bout. Or, le stade premier de tout communication est d’établir un contact, de le garder jusqu’au bout et ainsi de transmettre un contenu. Là, vous vous écoutez parler et ça, ca fait chier. Sauf si votre souci est de faire faussement intello pour ne pas être lu, par d’autres que vos pairs, et donc de rester entre gens du même monde. ah, les bobos.. toujours pareil.

  • permalien Sethi 1er :
    2 décembre 2010 @15h30   « »
    F. Lordon fidèle à lui-même

    N’importe quoi comme d’habitude !

    Le bouc-émissaire européen est bien pratique n’est-ce pas ? Ce genre de texte nous en apprend plus sur vos préjugés que sur la situation actuelle.

    Ce sont quand même les Etats qui ont décidé de sauver leurs banques, si possible contre leurs voisins et si nécessaire contre nous ! L’UE a bon dos mais ce sont nos gouvernements nationaux qui sont responsables !

  • permalien lem :
    2 décembre 2010 @15h34   « »

    une petite précision bien malhonnête : la femme de Cantonna est (ou a été) égérie de L’Oréal
    parfois faut savoir choisir...

  • permalien Stf :
    2 décembre 2010 @15h46   « »

    Les éventuelles nationalisations, interventions de la BCE, défauts souverain, c’est bien gentil, mais M. tout le monde n’a aucun moyen de pression sur ce sujet. Nous sommes démunis en face du monde de la politique et de la finance. Ces deux mondes étant imbriqués l’un dans l’autre, je ne m’attends à aucune décision tranchant dans le vif.

    La proposition de Cantona n’est peut-être pas bonne, mais elle a le mérite de montrer aux citoyens qu’ils ont encore un peu de pouvoir et peuvent taper du poing sur la table.
    C’est uniquement pour cette raison qu’elle a du succès. Entre le rien et le peut-être pire, certains on décidé d’agir.

  • permalien Jashugally :
    2 décembre 2010 @15h56   « »

    Merci pour cette analyse. La saisie des banques est la solution à cette crise qui n’en fini pas !

  • permalien BA :
    2 décembre 2010 @16h05   « »
    Des nouvelles de l’Espagne.

    L’Espagne emprunte des milliards d’euros sur les marchés internationaux.

    Jeudi 7 octobre 2010, l’Espagne avait lancé un emprunt à trois ans. L’Espagne avait dû payer un taux d’intérêt de 2,527 %.

    Deux mois plus tard, jeudi 2 décembre 2010, l’Espagne a dû payer un taux d’intérêt de … 3,717 % !

    (Par comparaison, pour un emprunt à trois ans, la France doit payer un taux d’intérêt d’environ 1,251 %, l’Allemagne doit payer un taux d’intérêt d’environ 1,036 %.)

    Plus les jours passent, plus l’Espagne emprunte à des taux d’intérêt de plus en plus exorbitants.

    Plus les jours passent, plus l’Espagne se surendette.

    Plus les jours passent, plus l’Espagne se rapproche du défaut de paiement.

  • permalien Némésis :
    2 décembre 2010 @16h07   « »

    @lem : pas seulement sa femme !

    http://www.loreal-paris.fr/porte-pa...

  • permalien le journal des tueursnet :
    2 décembre 2010 @16h09   « »

    Vous rendez-vous compte ? Qu’il existe quelque part en Europe, toute une population active qui travaille dans une coopérative agricole : Et où chacun reçoit le même salaire, soit 47 euros par jour. Ce salaire quotidien ferait rêver plus d’un parce qu’il est librement consenti par des gens qui ne demandent pas mieux que de vivre en paix en s’inspirant d’un seul principe, simple comme un bonjour : le libre communisme. Ah ! ah ! ah ! Je vous vois revenir : que ce n’est que l’arbre qui cache la forêt, que l’inégalité des traitements est plus stimulante, la compétitivité plus enrichissante. Pas mieux que le capitalisme n’est-ce pas ? Pour nous garantir la prospérité. Et alors ? Ça ne nous empêche pas de tendre l’oreille à ces Andalous qui viennent de je ne sais où et qui se sont donnés les moyens de partager le pain et le levain comme pour nous indiquer le chemin : qu’il y a une autre politique possible … laquelle ? hi hi hi !!!! Pardi… Celle qui nous laisserait le temps de faire autre chose que de la politique… Quand j’étais petite, je rêvais de révolution… poétique… d’un poème pour résoudre tous les problèmes… je vous demande pardon… d’avoir été si petite.
    http://www.tueursnet.com/index.php?...

  • permalien Le Yéti :
    2 décembre 2010 @16h12   « »

    "Le syllo de Canto... techniquement vrai… mais in fine catastrophiquement faux".

    Évidemment ! Mais je ne suis pas sûr que le syllo de Canto vise vraiment à une réussite technique définitive.

    Par contre, il réussit parfaitement dans ses objectifs inavoués :

    - désacraliser la pseudo puissance des banques privées ;

    - les affaiblir en les contraignant à la défensive ;

    - et faciliter in fine l’opération de saisie (cqfd).

    Voilà pourquoi :

    - j’ai adhéré à l’appel de Cantona : Cantona inquiète les banques... (sur Rue89)...

    - tout en prévoyant auparavant une (des) porte(s) de sortie possible(s) : Au programme du Yéti, la moralisation du système financier (toujours sur Rue89).

  • permalien enartloc :
    2 décembre 2010 @16h13   « »

    une fois de plus MERCI !!

  • permalien Jacques :
    2 décembre 2010 @16h59   « »

    @ farid
    Je profite de l’occasion pour demander : qu’entendez-vous par "bobo" ? Je n’arrive pas à cerner le profil de cette population. J’ai l’impression de l’être mais finalement non... puis oui et enfin non. Des fois, j’ai même du mal à dormir tellement l’idée de rester dans la marge me terrorise.
    Merci d’avance pour votre aide Farid et félicitations pour votre analyse enrichissante. Peu instruit, je me sens grâce à vous plus lucide et plus fort pour affronter l’avenir !!! Merci !

  • permalien Pipas :
    2 décembre 2010 @17h22   « »
    Détruire les banques, ou être détruits.

    Cher professeur Lordon,

    Ne confondez-vous pas mort matérielle et chantage au confort matériel comme conséquence possible à un effondrement bancaire ? N’est-ce pas le meilleur moyen de rendre invulnérables nos ennemis ?

    S’agissant des nécessités quotidiennes post Bank Run :Manger par exemple , vous auriez tout aussi bien pu écrire se loger, par exemple. Car nous ne produisons plus de nourriture pour que les gens se nourrissent, mais pour gagner de l’argent : en 2009, 1/4 de la bouffe produite est partie à la poubelle. Nous ne construisons plus de logements pour que les gens les habitent, mais pour gagner de l’argent : en 2009, nous avions 2,5 millions de logements vides, et 350 SDF congelés.

    L’illusion des prix existe si et seulement si une séparation coercitive entre usage et possession est possible !
    Un Bank Run hâtant l’effondrement en cours nous réconcilierait avec les pratiques anti-mercantiles : partage, don, vol, tabous capitalistes par excellence faisant des inadaptés des loosers... en attendant une monnaie digne de ce nom ! Du type bancor gésellien, avec un revenu universel inconditionnel, le tout fonctionnant dans les ruines bancaires réaménagées pour l’occasion !

    Un Bank Run n’est qu’un outil parmi d’autres au service de l’insurrection !
    Un commentaire précédent le qualifie de douteux en raison de l’adhésion de l’extrême droite au mouvement. Et alors ? D’abord, on s’allie tous face à la Phynance, et ensuite, on s’occupe des FAFS !
    Les solutions diplomatiques sont épuisées ! Hélas ! N’attendons pas d’aller voter, ou de nous abstenir ! Bank Run !!!

    Pourquoi s’acharner encore à distinguer l’Etat du secteur bancaire, en cette période de 4ème Reich monétaro-financier ? Nous nous apprêtons à élire, en 2012, Le social-sauveur, D$K, qui grâce au FMI et aux restructurations va protéger l’Europe !

    « Keynes a plus fait pour la classe ouvrière que Rosa Luxembourg ».
    D$K.

    « Si je dois revendiquer des avantages pour une fraction de la société, ce sera pour celle à laquelle j’appartiens… Je peux être sensible à ce que je crois être la justice et le bon sens ; mais la guerre de classes me trouvera du côté de la bourgeoisie cultivée ».
    Keynes.

    F. Lordon, je ne vous remercierai jamais assez d’exister ! Merci !

  • permalien Pierre L. :
    2 décembre 2010 @17h47   « »

    Je trouve cette partie d’échec avec l’impensable (la destruction du système bancaire) assez jouissive ! Finalement, le big crash pourrait avoir un ’après’ vivable par la nationalisation des banques, à condition d’une révolution venant juste ’au bon moment’ (ais-je bien compris ?).
    Reste que les conditions sociales de cette reprise de l’état en faillite par des forces populaires (et progressistes...) ne sont pas prêtes d’être réunies, et que les révolutions ne se font pas en deux heures, ni en deux jours, ni même en deux mois, quand bien même les circonstances l’exigeraient.
    Et après le 7ème coup, l’analyse fait l’impasse sur au moins deux points : la capacité des puissants à transformer la nature du système de domination tout en se maintenant à sa tête (avec une nouvelle priorité : leur survie au détriment de la notre, simplement par le contrôle des ressources et leur distribution clientéliste à des armées de soldats et d’ouvriers ’personnels’) d’une part, et d’autre part, la capacité d’une partie du reste du monde à résister au naufrage, à commencer par la Chine qui pourrait bien avoir les moyens de se tenir à l’écart de cette faillite généralisée... et palier gentiment à notre défaut de capacité révolutionnaire interne. Une belle époque s’ouvre à nous.

  • permalien Tom Pesci :
    2 décembre 2010 @18h02   « »

    Déjà Merci Mr. Lordon....ce qui me semble être un bon début.

    Si je résume bien, il ne nous reste plus qu’à réclamer la nationalisation des banques et l’arrêt de leurs activités spéculatives (redevenir des banques de dépôts et de crédit à l’économie réelle).

    Toutefois, étant donné le paysage politique français et même européen, il ne me semble pas que cela soit prêt d’arriver. Il faut donc préparer l’avenir (et encore une fois merci Lordon pour vos pistes), au cas ou le système bancaire et financier s’effronderaient.

    A cela, nous devons être prêt et ainsi commencer à diffuser ces idées et pleines d’autres...
    Se faire entendre est notre seul espoir.

    Alors, il faut nous réunir, que chacun qui y croie et qui a de l’espoir essaie de se faire entendre avec les moyens dont il dispose !!!!

  • permalien Nicks :
    2 décembre 2010 @18h20   « »

    Contrairement à Farid, je trouve ce texte parfaitement clair et comme toujours assez drôle. Il faudrait peut-être arrêter parmi les faux populo à gémir quand on leur propose autre chose que le facile à lire où à écouter que la communication politico-médiatique leur administre habituellement en les enfermant dans la désinformation. Il faut tout de même un minimum d’effort pour analyser et comprendre certains contextes, de même que pour exercer pleinement son rôle de citoyen.

    Quant à Sethi, il est l’exemple caricatural de l’européiste qui réagit de façon pavlovienne à la critique de l’Union, en en restant au contenant plutôt qu’au contenu. Comme si remettre en cause l’essence toxique d’une construction en interdisait à jamais la refonte sur d’autres plans, pourtant empreints du même objectif de départ, à savoir réunir des populations variées dans un ensemble cohérent et pacifié.

  • permalien incandécent :
    2 décembre 2010 @18h24   « »

    si c’est une excellente chose à faire que de retirer l’argent que les menteurs de nos dirigeants nous prètent pour vivre je suis entièrement d’accord avec éric cantona il a raison sans violence sans aucune bagarre et avec de la finesse poussont les tous à la faillite ces voleurs de banquiers qui vivent grâce à notre argent qu’ils detiennent à leurs seules et uniques conditions contractuelles soi disant, et l’autre boufon de la bnp il est beau le richard qui lui cire les pompes chaque matin mettons les tous dehors nous sommes bien plus nombreux qu’eux

  • permalien 4 Août :
    2 décembre 2010 @18h29   « »

    Il serait peut-être intéressant de faire ce bankrun de façon progressive : quitter petit à petit les banques commerciales, à l’occasion d’une demande de crédit, d’un déménagement ou d’une ouverture de compte, au profit d’une banque solidaire type NEF. C’est une implication citoyenne de tous les jours. Si on peut convaincre tous les antilibéraux de faire cette action commune, les banksters vont enfin crever lentement, jusqu’à la saisie !

    Arrêtons de banquer !

  • permalien Pipas :
    2 décembre 2010 @19h08   « »
    Détruire les créanciers : faire défaut !

    @u Yeti

    Je viens de lire l’article de rue 89 que vous citez.
    Le défaut de paiement, ou la grève des loyers, les possibilités de prorogations de droit de gage ; c’est aussi violent qu’un cocktail molotov dans la vitrine d’une banque, mais plus efficace, et oui, ça se combinerait parfaitement avec un Bank Run, ou une insurrection...

  • permalien Caleb Irri :
    2 décembre 2010 @19h16   « »
    Ne pas détruire les banques : leur faire peur !

    votre analyse du "bankrun" est tout à fait juste dans ses conséquences. c’est pour cela qu’il ne faut pas se laisser griser par l’idée d’un chaos qui "les" emmerderait, mais plutôt se servir de ce tremplin pour aller plus loin dans la réflexion : pour moi le but n’est pas de faire s’effondrer les banques, mais plutôt de dire "regardez, on a compris par où vous faire mal", et donc susciter l’attention que les manifs ne suffisent pas à obtenir. ensuite, exiger des changements pour la suite, comme je le décris dans ces deux papiers :

    http://calebirri.unblog.fr/2010/11/...

    http://calebirri.unblog.fr/2010/12/...

  • permalien Dissonnance :
    2 décembre 2010 @19h17   « »

    M’sieur Lordon, vous n’imaginez pas comme je suis content de vous voir publier cette tribune, dans ces termes là.

    Pour avoir défendu ces mêmes positions depuis deux mois, je me suis fait traiter de tous les noms. Apparemment certains dont je reconnais les pseudos dans votre fil de commentaires ont rapidement mis beaucoup d’eau dans leur vin après vous avoir lu. Tant mieux.

    Toujours un plaisir de vous lire.

  • permalien BANANJACK :
    2 décembre 2010 @19h44   « »

    M. LORDON merci !

    Votre analyse était attendue avec impatience, c’est une lumière qui éclaire ce monde qui sombre deans les ténèbres acides de la financiarisation....

  • permalien Diogène :
    2 décembre 2010 @20h38   « »
    Tous ensemble, Bank Run !!

    Merci Mr Lordon,
    Hélas, nous ne sommes pas dans les conditions favorables pour votre solution. Je ne vois ni la droite Sarko, ni la gauche D$K nationaliser le secteur bancaire... Pour moi ça suffit, c’est Bank Run ! Et comme il n’y en aura surement pas pour tout le monde, Eh bien j’irai dès lundi ;-)
    Bon weekend...

  • permalien Albert.Marque@wanadoo.fr :
    2 décembre 2010 @20h54   « »

    Bravo Mr Lordon ,vous savez nous suggérer ce que la crise pourrait avoir de cocasse(responsables politiques corrompus et prétentieux jouant les Napoléon ,sondages suggérant qui pourrait être crédible... en voix ,.....partisans du "oui à l’Europe,alors qu’ils votaient pour une constitution qui n’instaurait qu’un marché,et détruisait l’Europe en cédant tous les pouvoirs au profit de la finance),.Vous savez également nous montrer que cette crise est une tragédie obérant définitivement tout avenir à notre continent sacrifié au bénéfice des banques..Bravo

  • permalien red2 :
    2 décembre 2010 @21h08   « »

    Vraiment, merci pour ce texte fondamental. Mais ça m’amène une question : comment dans la situation actuelle éviter la violence ?

    Je comprend vos arguments, mais nos systèmes démocratiques sont en état de destruction avancé et ne peuvent permettre la mise au pas de la finance, du coup comment faire ? Ne doit on pas accélérer le mouvement pas un bon coup de pied dans la fourmilière pour reprendre le pouvoir nous le peuple ? Comme le dit Cantona par les armes comme en 1789 ça semble dingues alors, comment ? surtout que une fois le problème de ces financiers cupides réglés on a après une crise écologiques majeures qui va nous tomber dessus avec des conséquences beaucoup plus graves et complexes pour l’humanité ...

  • permalien Julien Tournier :
    2 décembre 2010 @21h23   « »

    Cher M. Lordon,

    Vous dites qu’ "il n’y a pas de solution privée à l’effondrement global des institutions bancaires"... Et dépeignez une issue progressiste (que j’appelle bien évidemment de mes vœux) a cette crise que l’on pourrait résumer a l’extreme par un mot : "nationalisation(s)".

    Or, comme Pierre L., je crains que vous ne mésestimiez l’intelligence tactique de la partie adverse, qui a n’en pas douter, saura jouer quelque bon coup au bon moment, et qui sait, peut-être même en sortir plus forte.

    Comment ? Je l’ignore, mais la démocratie est également une construction fragile ! Qui nous dit que le mot qui résumera la crise in fine ne sera pas "privatisation(s)" ? En pratique, état privé, police privée, justice privée, santé privée, Ecole privée, etc.

    Le tout, non plus sous l’egide souveraine d’un etat, mais bien de qulques trusts mondiaux omnipotents. On ne payera plus d’impôts, mais un forfait en fonction de ses moyens... Ceux qui ne pourront être clients, seront en dehors du système. Cette configuration me semble hélas plus réaliste qu’un retour de la chose commune.

    Qui seront ceux, parmi l’élite qui soutiendront vos thèses une fois "notre heure" venue ?

  • permalien ardibae :
    2 décembre 2010 @21h51   « »

    Bonjour, je suis assez d’accord avec Canto mais comme il est dit par ci par la ça a ses limites, la plupart des citoyens de nos jours vont aux restaus du coeur alors je ne pense pas qu’ils aient tant que ça d’argent en banque et les autres qui en ont pensent qu’ils sont des nantis parce qu’il ont 3 000 euros sur un livret a ils ne vont donc pas aller le retirer.Par ailleurs les banques n’auront pas de liquidité pour satisfaire tous les demandeurs d’une part et après on fait quoi des biftons !!!
    Ce que je ne comprends toujours pas c’est comment il ne serait pas possible de reinventer le mutualisme car les banques dites mutualistes ne le sont que par le nom qu’elles y gardent accolé, ne serait-il pas possible qu’un organisme qui taxerait de 1% par exemple les sommes (empruntées et prêtées) mettrait en relation des gens qui en ont marre de payer des taux de pres de 20% pour des credits revolving et les autres qui en ont marre de ne toucher que du 1,75 % pour un placement en négociant sur des taux de 5 à 7 % par exemple.
    C’est si compliqué que cela a mettre en place ?
    Merci de donner vos avis.
    Cordialement.

  • permalien tolstoi :
    2 décembre 2010 @21h58   « »

    Franchement, si bankrun il y a, il est peu probable qu’il conduise a une faillite bancaire. Il suffit de fermer les guichets et d’aligner les CRSs.

    En revanche, une action collective a une valeur symbolique forte. Vous decidez ? Attention, nous vous regardons.

    Tous pretendent "avoir de lourdes responsabilites". Il s’agit simplement pour le peuple de demander des comptes. Nous ne vous laisserons pas faire n’importe quoi.

    C’est bien beau de tomber a a bras raccourcis sur Cantona et ce bankrun. Mais que proposez vous ? Quelles actions collectives pour que les citoyens retrouvent leur souverainete ? Quelles piqures de rappels a nos gouvernants pour qu’ils se souviennent du "gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple !"

  • permalien Pipas :
    2 décembre 2010 @22h19   « »
    Détruire l’économie nécrogène !

    @red2

    Nous aurons, peut-être bientôt, l’occasion de faire d’une pierre deux coups :
    - abréger les souffrances du capitalisme moribond
    - bâtir une matrice économique moins entropique

    @Lordon

    Existe-t-il sous votre plume une critique des thèses de Georgescu-Roagen ?

  • permalien Sethi 1er :
    2 décembre 2010 @23h17   « »

    Nicks écrit : Quant à Sethi, il est l’exemple caricatural de l’européiste qui réagit de façon pavlovienne à la critique de l’Union, en en restant au contenant plutôt qu’au contenu. Comme si remettre en cause l’essence toxique d’une construction en interdisait à jamais la refonte sur d’autres plans, pourtant empreints du même objectif de départ, à savoir réunir des populations variées dans un ensemble cohérent et pacifié.

    Ce qui est surtout caricatural c’est de mettre sur le dos de l’Europe ce qui est de la responsabilité des Etats. Et ce qui marche le mieux actuellement c’est ce qui a été fédéralisé, c’est à dire la BCE et ce qui marche le moins bien c’est ce qui est resté en mode inter-gouvernemental.
    Ce qui rend toxique la construction européenne c’est uniquement le comportement des Etats, et sûrement pas des traités qui restreignent justement le l’influence nocive des Etats sur l’intérêt général européen.
    Bref dans cette histoire le "pavlovien" n’est sûrement pas celui que l’on croit...

  • permalien Plouf :
    3 décembre 2010 @00h36   « »

    Puisque c’est _le_ sujet important :

    @ farid : Je souscrirais volontiers à votre commentaire sans les deux-trois dernières phrases, avec procès d’intention et terme fourre-tout à la con (en mettant une mesure de bobo, vous vous exposez à un coup de bien-pensance ou je ne sais quelle tarte à la crème mal cernée).

    Contrairement à vous, et plutôt comme @Nicks, je goûte le style de Frédéric Lordon, c’est comme ça, mais je reconnais volontiers que ça implique des tours de phrases qui floutent un peu le propos sans autre but que faire de la tournure. Le fait de souhaiter de la clarté et une chouille plus de concision ne veut pas dire "faire peuple", autre procès d’intention, et quoi que cette locution veuille au final signifier.

    Avouez tout de même, cher @farid, que le style de Frédéric Lordon est probablement plus quelque chose à accepter qu’à changer sur le blog de Frédéric Lordon, et qu’en regard du traitement et de quelques formules (et titres, bordel, et titres), on ne saurait bouder son plaisir. "Y a trop, je laisse ?" Bah oui monsieur Lordon, c’est bon, c’est bon, on va tout prendre.

    (Et puis, pour un traitement stylistique différent, attendons par exemple la réappropriation de ces thèmes par Attali, une fois le fait accompli, dans son futur ouvrage "La folie financière - Comment j’avais tout prévu")

  • permalien Kulu :
    3 décembre 2010 @01h09   « »

    Ignorer, comme certains, le triste et scandaleux spectacle que nous livre chaque jour ce système épouvantable, corrompu jusqu’à la moelle, qui n’hésite plus à s’attaquer ouvertement aux libertés les plus fondamentales de nos société c’est être aveugle, stupide ou complice ou les trois. Quant aux conséquences économiques, elles sont mécaniquement prévisibles sauf intervention humaine musclée dans les affaires de Monsieur Marché-qui-s’auto-régule. Je pense, de toute façon, qu’il est bien tard pour décider quoi que ce soit "démocratiquement", on l’a bien vu avec les retraites et avant cela avec le Traité Constitutionnel ; on a trop longtemps observé, discuté, analysé ; on a trop tardé à réagir. Et comment faire bouger une société qui ne veut pas vraiment bouger ou peut être qui a peur de bouger ? La majorité des gens joue la montre. On espère que ...
    Tout cela rappelle un peu Münich en 1938 : on a cédé au chantage de ces Messieurs les Marchés en 2008 et au bout du chemin de croix de nos nains politiques il n’y aura que le déshonneur et pour nous le super-bordel ! Maintenant j’ai le sentiment qu’on est en roue libre et que les événements vont décider pour nous. Ce système idiot va s’effondrer sur lui même, c’est probable. Finalement le seul adversaire du capitalisme libéral capable de le stopper dans ses délires et ses extravagances aura été lui-même. Comme quoi, au final, les marchés tendent à se réguler en effet et radicalement. Dans de tels moments, cher Jacques, les révolutions se font en quelques heures. Personne ne les prévoit, ça arrive comme une envie de vomir qu’on ne peut pas réprimer et hop, on change de monde un peu brusquement. Ce qui est sûr c’est qu’après tout se complique. A lire dans les livre d’histoire, c’est toujours passionnant ces moments-là, en quelques pages on file d’événements glorieux en hécatombes, bien calé dans son fauteuil. On pèse les arguments des uns et des autres, on réfléchit ... Mais vivre un tel chaos au quotidien c’est une autre paire de manches.
    Je crois qu’on va vivre quelque chose de terrible.

  • permalien Le Yéti :
    3 décembre 2010 @01h14   « »

    l’Etat qui s’en charge en déclarant souverainement le défaut sur sa dette publique

    Votre proposition, Frédéric Lordon, est effectivement meilleure que la solution Cantona. Et Paul Jorion disait aussi ce soir chez Taddéi que la proposition Cantona n’était probablement pas la plus appropriée. Il proposait, lui, l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix.

    Mais Paul Jorion, comme moi-même, reconnaissait que la solution Cantona était la seule dont disposait le peuple souverain pour "punir les banques" responsables de la crise.

    Parce que votre solution à vous (cf. citation ci-dessus) et celle de Paul Jorion, ont l’immense inconvénient de dépendre d’une décision d’État.

    Et que depuis trois ans qu’a éclaté cette Grande Crise, AUCUN ÉTAT n’a pris la moindre décision concernant la fameuse régulation du système bancaire.

    AUCUN ÉTAT n’a entrepris de nettoyer les écuries d’Augias de la finance internationale.

    Quand l’État est non seulement défaillant, mais souvent complice des escrocs des places financières, ne reste plus au peuple qu’à prendre ses affaires en main.

    Dites-moi donc, professeur, de quelle arme dispose le peuple contre le système bancaire qui le dépouille, sinon celle indiquée par notre footballeur ?

  • permalien
    3 décembre 2010 @02h11   « »

    Les banquiers ont, de tout temps, toujours entretenu les "gouvernements", et aujourd’hui ce sont les gouvernements qui renflouent les banques ?
    Quel enfumage ! ! !

  • permalien A-J Holbecq :
    3 décembre 2010 @08h11   « »

    Merci Frédéric pour cette nouvelle livraison.

    Je ne pense pas que le mot d’ordre de Cantona va aboutir à un bankrun guère souhaitable d’ailleurs, mais il va aider chacun à prendre conscience du système.

    Pour ma part je souhaite un système 100% monnaie "à la Allais", mais remis au goût du jour par Christian Gomez ou http://osonsallais.wordpress.com/20... pour une version résumée, qui aurait l’avantage immédiat de supprimer instantanément 2/3 de la dette publique et de permettre des ressources budgétaires supplémentaires de l’ordre de € 400 mds soit environ 4.5 % du PIB de la zone euro.

    La proposition de Robertson n’est pas non plus à dédaigner.

    Désolé de ne pas être sur Paris à votre Soirée Lordon-Chouard ce soir jeudi 2 [à 20 h, au Moulin à café - 9, place de la Garenne 75014, pour les parisiens veinards] ... ce sera certainement passionnant. Amusez-vous bien

  • permalien herve :
    3 décembre 2010 @09h35   « »

    Retirer son argent des MAUVAISES banques et le mettre sur des banques plus éthiques. Crédit coopératif, NEF ....
    C’est un bon début pour commencer à construire une nouvelle société qui devra forcément surgir après l’effondrement de ce système intenable.

  • permalien damien :
    3 décembre 2010 @10h13   « »

    + 1 avec farid :

    Comment faire compliqué quand c’est super simple... C’est un peu le péché mignon de l’intello, il aime les mots et s’en gave (et nous gave, lol), pour des choses simples.

    Sur le fond, bof, FMI, FESF... http://www.20minutes.fr/ledirect/63...

    Rien ne va plus, faites vos jeux :-)

  • permalien K. :
    3 décembre 2010 @11h12   « »
    Coup d’état "démocratique" : peut on attendre les élections de 2012 ?

    Soit, tout le monde se rend compte que la catastrophe est inévitable et qu’elle approche, vous le décrivez très bien. Mais quel calendrier ? Le défaut, les dominos, quand ? Autour, avant ou après l’élection de 2012 ? Ou alors dans deux mois ?
    Si c’est autour de 2012, peut on se permettre d’attendre un "coup d’état" "démocratique", à savoir la victoire "surprise" des écolos à la présidentielle, ou du PG si le crash a eu lieu avant l’élection ? Un gouvernement Vert-Rouge serait certainement à même d’appliquer cette politique de bon sens (défaut+saisie). Peut-on se permettre d’attendre ou la finance va-t-elle s’écrouler avant ?

  • permalien Laurence :
    3 décembre 2010 @11h27   « »

    M. Lordon,

    Ce tout petit commentaire pour vous dire qu’au-delà de vos analyses économiques, fort claires et convaincantes, je me délecte de votre style littéraire : un pur régal, qui met en évidence la vieille idée que la compétence scientifique associée à la culture littéraire produit le meilleur.
    Mais la proposition inverse est toujours aussi vraie : "Science sans conscience n’est que ruine de l’âme" disait Rabelais. Même Adam Smith ne concevait pas le libéralisme hors d’un cadre moral. L’analyse de la crise actuelle ne peut pas se passer de cette composante morale.

    La faillite politique et économique que vous nommez "nemesis" est la conséquence d’une hubris généralisée. Les Grecs anciens le savaient , mais notre époque arrogante et inculte l’a oublié.
    Quand tout sera à reconstruire, n’oublions pas de réintroduire les Humanités à l’Ecole plutôt que l’enseignement des techniques d’ingénierie financière.

    Bien cordialement.

  • permalien Paul Laurendeau :
    3 décembre 2010 @11h46   « »

    Je seconde l’idee de saisir les banques. Car, bon. Le RENFLOUAGE DE L’ÉCONOMIE, on a compris allez...

    http://ysengrimus.wordpress.com/200...

    2009, miroir aux alouettes keynésiennes pour les parasites bancaires... 2010, retour à la vieille doctrine des coupures sociales, de la remontée des taux et du "gonflement" de la dette "publique"...

  • permalien salah :
    3 décembre 2010 @11h46   « »

    Je n’arrive pas à trouver où Cantona affirme : « Les banques et les banquiers sont la cause de tous nos maux » ou «  Les banques ne vivent que de nos dépôts » .

    Par ailleurs ,il dit clairement : «  Le système est bâti sur le pouvoir bancaire

     ». Il est difficile de le contredire sur ce point et qui s’entend différemment de l’expression : « Les banques ne vivent que de nos dépôts ».
    L’idée de Cantona peut paraître simple mais elle n’est pas si simpliste que l’article tend à l’en affubler .

  • permalien Nivoix Hélène Besançon :
    3 décembre 2010 @11h56   « »

    Bonjour,

    Je suis d’accord avec Farid et pas avec Laurence à propos de votre style. Ne serait-il pas possible de faire relire vos posts à quelqu’un qui les rendrait plus clairs ? Mais bref, ce n’est pas extrêmement important comparé au fond du problème et à la qualité de votre article.

    Pourriez-vous SVP nous dire ce que vous répondez à la question de Flo ? Car j’envisage également sérieusement de déplacer mon argent (actuellement au Crédit mutuel) dans une banque réellement mutualisées telle que le Crédit Coopératif.

  • permalien Pierre L :
    3 décembre 2010 @12h30   « »

    M. Lordon, je réfléchis et je me dis qu’il y a un truc qui me gène dans le raisonnement. Quand bien même 20 millions de Français retireraient leurs dépôts, le bankrun ne nous menacerait pas pour autant, il y aura juste un peu de queue au guichet, le temps que la banque centrale imprime les billets nécessaires aux remboursements (c’est la monnaie scripturale qui manque)... et dans le même mouvement, de reprêter à pas cher l’argent retirée par les déposants aux banques pour éviter les faillites. Mettons que ça passe par un peu de création monétaire de la BCE. C’est aujourd’hui interdit par les traités européens, mais en cas de gros risque, et comme vous le faite bien remarquer, l’interdit ne tiendra pas longtemps. C’est ce que fait massivement la FED, et ce que commence déjà à faire la BCE lorsqu’elle rachète massivement de la dette grecque et irlandaise ou offre des liquidités de CT aux banques privées (cf. http://www.nytimes.com/2010/12/03/b...).
    Tant que les dettes sont réglées en euros (donc la dette de la Grèce vis-à-vis de la France, de la France vis-à-vis de l’Allemagne...), le problème est gérable par de la création monétaire (augmentation du compte des banques privées à la banque centrale ; dans le bilan de la banque centrale ça se traduit par une augmentation de son passif (compte des banques privées) et par la même augmentation de son actif (dettes de ces mêmes banques).
    C’est pour les dettes publiques détenues par des extra-européens et réglées en dollars que le problème se pose vraiment. Mais elles ne représentent que moins de 30% des encours, je crois. C’est finançable par un peu plus d’austérité et quelques nouvelles augmentations d’impôts.

    Non, le vrai problème, qui pointe à l’horizon, c’est la crise de confiance dans le dollar, monnaie dans laquelle se font tous les échanges du commerce mondial, car aucune monnaie n’a actuellement la capacité de le remplacer. D’où une jolie crise économique à l’horizon, l’éclatement vraisemblable de la zone euro, et une nouvelle zone monétaire sous-régionale en Asie comme pôle de redécollage de l’économie mondiale.
    En attendant, un peu de fascisme chez nous pour protéger les riches contre la foule de nouveaux pauvres en colère...

    Allez, seule demi-mesure en attendant : mettre tous ses sous à la NEF ; c’est effectivement ce qui me semble le plus à la portée des citoyens en attendant le grand soir.

  • permalien K. (du blog AG) :
    3 décembre 2010 @12h41   « »

    Le K. d’en haut n’est pas le K. qui fréquente le blog d’Alain Gresh.

  • permalien sdz :
    3 décembre 2010 @12h52   « »

    On peut prendre le contrôle des banques sans envisager de faire défaut sur la dette publique, c’est à dire à provoquer une crise de confiance qui laisserait des traces bien au-delà de nos frontières ! Il s’agit de faire en sorte que la puissance publique s’exprime, pas qu’elle fasse peur !

    Dans le programme de l’IRC on rajoute une dimension géostratégique qui manque à cette analyse.

    - Franc-Or et Franc courant
    - prise de contrôle des banques
    - monétisation partielle sur projet dans le cadre d’une politique de coopération francophone

    - sortie de l’économie pétrolière, pour mettre en avant la nécessité d’un développement beaucoup plus auto-centré !

    http://www.la-france-contre-la-cris...

  • permalien feox :
    3 décembre 2010 @13h20   « »
    Des vautours autour d’une vieille carcasse...

    Crises financières et économiques, crises des dettes souveraines, crises de systèmes sociaux... Crise d’une certaine conception de la société.

    Mais certains s’en réjouissent !

    http://www.xforex.com/cms/IrelandCr...

    Allez donc admirer à quel point peuvent se conjuguer enrichissement privé et intérêt général !

  • permalien Virgil Brill :
    3 décembre 2010 @13h26   « »

    Une fois de plus Frédéric Lordon trouve le moyen, en un même mouvement, d’être beaucoup plus drôle que Stéphane Guillon tout en cognant très fort et de démonter le mécano infernal en montrant à quel point les fondements en sont simples.
    J’avoue mal comprendre les pleurnicheries à propos du style et les étiquettes assez niaises telles que "bobo" "intello" et autres clichés qui croient tout dire et sont en fait à peu près vides de sens... Pour ma part, s’il n’y avait plus ce jeu du langage, inséparable de l’intelligence cinglante de Monsieur Frédo et de son allégresse vengeresse et communicative quand il montre si clairement à quel point le roi est nu, ça me manquerait beaucoup et je comprendrais moins vite et moins bien. Vive le Gai Savoir !

  • permalien Jean-François :
    3 décembre 2010 @13h31   « »

    Merci Frédéric Lordon pour ce nouvel article encore si riche ET si éclairant (le plaisir stylistique s’y ajoute).

    Une nouvelle intéressante : l’Islande, qui, après avoir dit "Nei" au sauvetage des banques, est en train, dans le silence total de nos médias, d’élire une assemblée constituante, l’Islande se relèverait plutôt mieux que l’Irlande, selon Kati Pohjanpalo and Omar R. Valdimarsson

    Cela peut donner à réfléchir sur la lâcheté et/ou la complicité des "élites" de l’Union européenne

  • permalien Pipas :
    3 décembre 2010 @13h38   « »
    Tous dans la gueule du loup coopératif ! On lui a un peu limé les dents...

    François Dorémus est directeur général du Crédit Coopératif depuis ce 15 novembre. Il arrive tout juste de la Caisse d’Epargne. Il vous attend. Nombreux. La NEf, filiale du groupe, fera tout aussi bien l’affaire. Surtout n’hésitez plus. On a même du Natixis.

    En attendant le début 2011 et le déballage financier Wikileaks, n’hésitez plus !

    Combien gagne François Dorémus, et ses potes du CA ?
    Ça dépendra de vous ! Alors venez nombreux ! Tout de suite !

    Vive le $ocial-washing* !

    *Modèle analogue au green-washing, qui permet à une entreprise polluante de préserver l’environnement d’un simple coup de peinture verte sur son enseigne.

  • permalien Julien Tournier :
    3 décembre 2010 @13h41   « »
    à propos des banques coopératives

    Pour ceux qui souhaitent déposer leurs bas de laine au crédit coopératif, il semblerait que cette banque solidaire appartienne au groupe BPCE (Banque populaire et Caisse d’épargne)... quand à la Nef, elle ne dispose pas des autorisations nécessaires pour ouvrir des comptes en son nom propre, elle sert donc d’intermédiaire et vous ouvrira un compte au crédit coopératif. Seule la banque Triodos (domiciliée en Belgique) dont le CEO vient d’entrer au Club de Romesemble n’être rattachée à aucune des grandes banques commerciales... mais ce n’est pas une coopérative. Vivement le service public bancaire !

  • permalien damien :
    3 décembre 2010 @13h59   « »

    @ Virgil Brill :

    Ne confondez pas ce qui est dit et votre interprétation :-).
    Ne mettez pas de sous entendu où je n’en n’ai pas mis.
    Intello = cérébral, qui concerne l’intellect, même l’intelligence.

    A vous lire, vous mélangez "savoir" et "intelligence", bien qu’ils puissent être intimement liés parfois, je vois une différence.

    J’ai dit que c’était un pêché mignon, une petite coquetterie, comme je le fais en ce moment, qui plait ou non, question d’appréhension (ds son sens 1er) du monde.

    Bien que la forme soit importante, dans certain contexte, elle peut gâcher la lecture et rendre la compréhension plus difficile, voire nulle.

    ... +1 avec Pipas : changeons juste la couleur des banques ^^

  • permalien 4 Août :
    3 décembre 2010 @14h20   « »

    @ Pipas

    En fait c’est plus simple que ça : la Nef n’est pas assez grosse pour être indépendante. Elle a besoin d’une vitrine et de la logistique des banques traditionnelles... pour l’instant...

  • permalien lem :
    3 décembre 2010 @14h48   « »

    Désolée, je relaie (depuis Rue89), c’est trop bon.

    De obus2012
    chouchou | 13H36 | 03/12/2010 |

    Cantona du fric ca va .....

    C’est Cantona pas, que ca fait chier .

  • permalien gibus :
    3 décembre 2010 @14h58   « »
    Jubilatoire....

    ...et tranchant comme un scalpel, comme d’habitude. MERCI cher Frédéric Lordon.

  • permalien Nivoix Hélène Besançon :
    3 décembre 2010 @15h11   « »

    Est-ce que M. Lordon ou quelqu’un parmi ses lecteurs a des nouvelles de la banque coopérative (italienne je crois) qui est en train de se constituer, en liens avec la NEF ?

    D’avance, merci pour vos réponses !

  • permalien HN :
    3 décembre 2010 @15h13   « »

    vous compliquez la vie du lecteur, qui découragé, pourrait bien décider de ne pas aller au bout

    Alors grand bien lui fasse.

    Farid, merci pour le cours de communication, mais le principe de lire un article, aussi compliqué soit-il, c’est quand même de donner un coup à l’étrier afin d’acquérir des connaissances.

    Il faut essayer de voir au delà des principes de la communication, dont les arguments n’ont rien à voir avec le fond d’un article et ne le remettent pas en cause, et essayer de ne pas considérer le lecteur comme un décérébré habitué de "Secret Story".

    Le fait est que si on veut lire un article de fond sur la finance, on se sort le doigt du cul et on évite la clique habituelle qui nous surine la nécessité de "rassurer les marchés", de rester "au chevet de l’économie", qui sont des images simples et compréhensibles même par les mollusques accrocs de TF1/M6/W9 certes, mais qui n’apportent absolument rien au moulin.

    Ce qui, j’en conviens, rétrécie drastiquement la liste de personnes compétentes (et/ou honnêtes) pour traiter du sujet et demande également une volonté plus tenace.

    Mais le cerveau est comme un muscle et nécessite de l’entraînement.

    Cdlmt

  • permalien Julien Tournier :
    3 décembre 2010 @16h12   « »
    A propos du débat "communicationnel" sous-jacent

    Certes la plume de M. Lordon est aussi jouissive que sa science est limpide, ce qui constitue pour une bonne part le "sel" de son argumentation... néanmoins, je ne suis pas insensible aux propos de ceux qui aimeraient avoir une vision plus synthétique et intelligible (au plus grand nombre s’entend... et pas forcément aux décérébrés accrocs à Secret Story qui sont de toutes façons irrécupérables)... mais ce n’est peut-être pas le travail de M. Lordon que d’être son propre vulgarisateur. Avis aux amateurs donc. Lorsqu’un politique se fait élire, il est capable de résumer ses idées, son programme et ses valeurs en une phrase. Sans en arriver à cette extrémité (le titre de l’article est pas mal dans son genre, non ?), un travail de simplification à la manière de la vidéo de Paul Grignon serait - je pense - un bon moyen de sensibiliser l’opinion au coup d’état financier qui se prépare et/ou à l’insurrection qui vient.

  • permalien Olivier M. :
    3 décembre 2010 @17h15   « »

    Voilà ce que pense l’IEDM, l’institut économique de Montréal au Québec à propos de la crise en Irlande :
    http://www.iedm.org/node/33824

    Le libre-marché, le capitalisme ne seraient pas en cause.

    L’IEDM est un think tank de droite comme vous aurez pu le remarquer.

  • permalien Zolko :
    3 décembre 2010 @18h29   « »
    Canto veut saisir les banques, pas les détruire

    Bon, j’ai pas pu lire tous les commentaires, alors j’apporte ma réponse à ce Monsieur si désespéré :

    Parce que Canto, tu retires tes économies et puis tu en fais quoi ?

    Rien de particulier : on achète du pain, des pulls... ceux qui sont arrivés en retard pour retirer les sous, n’auront que peu de liquide ... ce qui est une des forces du bank-run prévu pour le 7 décembre, car les petits-bourgeois-qui-ont-peur vont, de ce fait, participer à ce bank-run alors qu’ils n’en veulent pas !!!

    Trop for, Cantona.

    Mais ceux qui n’auront pas de liquide payeront en chèques, puisque ce sont les commerçants qui acceptent les chèques, pas les banques. Une fois la tempête passée (voir plus bas) les commerçants déposent les chèques comme avant

    Car, les banques mises au tapis dans un bel ensemble

    "mises au tapis" .... savez-vous ce qui arrive à une entreprise en défaut de payement ? Elle est mise sous tutelle juridique. Elle ne disparaît pas dans un grand nuage de fumée, mais des comptables inspectent les bilans, et si l’entreprise peut être sauvée, elle est restructurée. Si elle ne peut ps l’être, elle est vendue en petites pièces.

    Or, vu que les banques, toutes les banques, sont insolvables, mais qu’aucun audit n’en est fait, ce qu’on trouvera c’est qu’elles sont insolvables, et donc elles seront vendues en pièces. Mais, comme les Etats garantissent les comptes à hauteur de 50k€ (70k€ en France) l’Etat sera le premier à récupérer les bons actifs, qu’il mettra en face des comptes garantis, et vendra ce qui reste, c.à.d. les actifs toxiques.

    Les petits porteurs (50k€ quand-même !) ne seront pas affectés, les gros spéculateurs y laisseront leur chemise.

    In fine, ce que cela impliquera sera une séparation en "good bank" et "bad bank" par l’Etat ..... exactement ce qu’il faut faire.

    CQFD : Ce qui vous emmerde là dedans, c’est qu’un footeux ait trouvé la solution là où vous nous pondez des abracadabra foireux depuis 2 ans.

    Oui, les Etats pourraient faire défaut sur leur dette, mais pour cela il faudrait du courage politique, et si les politiciens actuels en avaient, on le saurait. Vous croyez encore au Père-Noël ? Ou en DSK ? Ou en Berlusconi ?

  • permalien ArnoldB :
    3 décembre 2010 @19h07   « »

    J’ai envie de vomir.

    Simple péon, proche du fan de TF1/M6/W9 que vous décrivez, je tombe par hasard sur votre article. J’en étais presque arriver à me condamner de populisme d’oser ressentir ce que vous décrivez. Cela ne peut pas être si simple me disais-je. Cela implique qu’il y ait une volonté partagée de nuire aux peuples entre collusionnaires politiques et financiers rêvais-je parfois.

    Mais non, c’est vrai, l’hydre à deux têtes va bel et bien finir par se dévorer elle-même et peut-être plus vite que prévu. Finalement c’est une assez bonne nouvelle et je me consolerais aisément de savoir qu’il en va de même de nos tortionnaires (oui en tant que smicard c’est comme cela queje les appelle).

    Je me fais quand même une réflexion à la lecture de votre papier. Je vois une alternative au "choix" que vous proposez : communaliser le système ou mourrir avec lui. Cela suppose quand même que les coupables s’en tirent. Ruiné mais vivant contrairement à l’image que vous employez. Je serais quand même assez tenté d’intercaler un grand tribunal populaire à l’instant t0 plus epsilon.

    Ca ferait plaisir à Canto ;-)

  • permalien alainbibou :
    3 décembre 2010 @19h17   « »

    @HN :
    bien dit. Farid devrait s’installer confortablement, sans agitation autour, un verre de vin à la main pour déguster cet article : il constaterait ainsi qu’un type comme moi, sans diplôme, est à même de comprendre les grandes lignes d’un texte portant sur la finance. Voire même d’en apprendre bien plus qu’en écoutant Apathie ou n’importe quel hystérique à la télé, rien de plus irritant que ces pseudos économistes à la solde du capital. De plus, j’en ai ras la casquette d’entendre ce terme de "bobo" dés qu’une opinion de gauche s’exprime sur les forums. Farid mon frère tu es carbo ici, n’insiste pas.

  • permalien damien :
    3 décembre 2010 @19h50   « »

    Un verre ? oui mais un seul alors, parce que je ne sais pas pour vous mais j’ai des questions naïves qui prennent toute la place après 2 ou 3 verres :

    pourquoi devrais laisser mon argent chez quelqu’un ?

    pourquoi l’argent est-il l’outil d’échange par excellence, alors qu’il porte en lui aussi la corruption humaine ?

    Pourquoi donc suis-je ici ? ^^

    Pourquoi dieu se branleur ne fait-il rien ? (non là je déconne vraiment :-))

    Santé. et aimez-vous bordel

  • permalien gibello :
    3 décembre 2010 @22h36   « »
    L’idée de Canto est juste mal fagotée...

    Début 2009, j’avais suggéré une démarche comparable, mais dans une version plus économiquement fondée (ce post avait d’ailleurs été relayé par un certain nombre de blogs de gauche, et même par un journal papier) :

    La logique n’était pas de retirer aveuglément ses économies pour écrouler les banques, mais de retirer une quantité de monnaie suffisante pour freiner ou bloquer momentanément la création monétaire.

    Le tout sous la houlette d’une organisation socialement légitime (par exemple, un syndicat), et dans le but de faire entendre une revendication claire :

    la mise sous contrôle démocratique de la création monétaire.

    Pour les détails, voir
    http://www.gibello.com/blog/index.p...

  • permalien Dr tutut :
    3 décembre 2010 @22h58   « »

    Merci, merci, merci !

    Toutefois, je me pose toujours, dès lors qu’on commence à parler de déstabilisation du système actuel, une question d’ordre sociologique :

    Comment va-t-on guérir les cocus du crédit en veux-tu en voilà, tous ces pauvres gens qui achètent des télés des 4x4 des iphones des ordinateurs des abonnements à je ne sais quel satellite et j’en passe et des meilleures ? Et il y en a pléthore, je les croise tous les matins quand j’emmène mon fils à l’école. Ils mettent des pneus rechapés sur leur berline allemande, ils bouffent sûrement des patates à tous les repas, quoi que même pas grâce au crédit magique. Tous ces gens là pourraient parfaitement se transformer en fous furieux dès lors que la sucette disparaitrait.

    J’ai très moyennement envie de les affronter à vrai dire...
    Et pourtant que de choses enrichissantes à faire, dans une vraie vie.

  • permalien yveshel :
    3 décembre 2010 @23h17   « »
    Ne pas sous-estimer l’esprit du peuple...

    Cantonna ne dit pas qu’il faille ruiner les banques ...

    Il dit simplement, comme de nombreux anarchistes avant lui, et des poètes... gens comme chacun sait dotés de piètres dispositions pour le pragmatisme, que l’action concertée d’un grand nombre d’individus à un moment précis peut faire pression TRES efficacement sur un système d’oppression. En l’occurrence le système bancaire, et donc, le menacer. Le but étant d’obtenir de ce système et de ses prédateurs opportunistes : des concessions.
    Son analyse rejoint en cela celle... de Gandhi ! Utiliser sa violence de façon pragmatique (l’ ’ahimsa’) et utile en ’asséchant’ l’ennemi, par des séries de boycotts répétés... Méthode qui a fait largement ses preuves.
    Le but donc n’est pas de ruiner les banques, mais de leur faire peur (chose qu’elles détestent... le dieu Marché hait la Peur...), de les menacer, de les fragiliser : phase n°1. Ensuite de négocier d’importantes concessions : phase n° 2. La phase n°3 est forcément politique.
    Puisque l’appel au boycott est interdit, comme en France, il suffit de retourner l’arme sémantique de son usage... grâce à des séries de périphrases comme, ’non boycott’, ’mise à disposition’, ’audit populaire’...etc...
    Pour ma part, le 7 je retire mes sous... quitte à les reverser quelques jours plus tard (après en avoir reversé une partie vers une banque - la seule en France - qui ne pratique pas la spéculation, mais qui ne propose pas encore de compte courant).
    Ce jour là, nous aurons le début du commencement du pouvoir...

    (p.s. Il est sidérant de lire les réactions à son appel. En particuliers celles émanant d’économistes hautains ou celles des syndicats ou partis dits ’révolutionnaires’ ; eux qui sont très forts en slogans mystagogiques se révèlent ici ou là les meilleurs alliés finalement du système qu’ils prétendent combattre : surtout ne vous mêlez pas de la réalité concrète de l’argent et du crédit... rêvez et théorisez en paix...)

  • permalien castorlapon :
    4 décembre 2010 @00h35   « »
    Bankrun : pourquoi pas ?

    L’argumentaire contre le bankrun me semble relever du sophisme, cher Frédéric Lordon, non pas la pente fatale mais plutôt l’inverse, la "pente merveilleuse" aurait-on envie de dire (ou "le monde des bisounours").
    Vous présupposez qu’il vaut mieux laisser les actionnaires assumer leurs pertes dues aux faillites, et les banques s’effondrer d’elles-mêmes, pour mieux les récupérer et les transformer ensuite. Perdre ses fonds propres est en effet le risque que prend en principe un actionnaire. Mais qui est dupe ? Les actionnaires ne prennent en fait jamais aucun risque, puisqu’ils ont des "commis", vous le dites vous-mêmes, c’est-à-dire des gouvernements, qui les protègent et leur bricolent toujours avec le zèle qu’on leur sait des solutions de dernière minute où il s’agit en dernier ressort de faire casquer les peuples.
    En cas de faillite bancaire, pourquoi en serait-il autrement ? N’y a-t-il pas encore mille possibilités de faire payer aux corps sociaux pour les intérêts privés de la finance ? Ne peut-on pas encore rogner sur les salaires des fonctionnaires (dont le "gel" nominal c-a-d la baisse réelle est déjà annoncée) ? Sur les salaires tout court ? Sur les dépenses d’éducation ? De santé ? Mieux : de transformer ces secteurs en de juteux marchés, comme pour les pensions de retraites ? Ne peut-on pas trouver là de quoi alimenter la finance pendant encore longtemps...?
    Je peux comprendre qu’avec les solutions brillantes que vous imaginez pour le système bancaire, un tel effondrement endogène et une telle reprise ou saisie vers de plus saines perspectives suscitent beaucoup d’espoir, et vous savez comme moi qu’on pense toujours plus aisément que ce qu’on espère arrive, plutôt que le contraire. Mais là, à part dans un gouvernement totalement inédit, dont vous seriez ministre de l’économie (et Friot du travail, Rancière de la culture, etc.), aucun gouvernement actuel ne fera un pas dans cette direction - puisque les actuels ne font (et ne feront) que servir la finance.
    Le bankrun a cet avantage qu’il remet le pouvoir immédiatement là où il est, ou devrait être : entre les mains du corps social, qui peut quand il le veut 1) se faire entendre pour de bon, et 2) aller déposer à nouveau ses billets dans des banques, quand il obtient satisfaction.
    On apprécierait en effet que la finance s’écroule d’elle-même, mais ce qui nous attend me semble malheureusement plus proche à moyen terme d’une subordination toujours plus grande des politiques publiques à ses intérêts... A côté, le bankrun me semble un risque à prendre...

  • permalien Nicks :
    4 décembre 2010 @00h58   « »

    @Sethi

    Votre réponse illustre pourtant à merveille ce que je disais. Ni Frédéric Lordon, je pense, ni moi-même ne sommes anti européens dans le sens où la construction européenne, c’est à dire comme je le disais la réunion de diversités dans un ensemble cohérent et pacifié, nous apparaît souhaitable. Pour autant, la lucidité n’est pas mise au placard et il n’est pas difficile de constater le mal qu’a pu faire l’idéologie qui, qu’on le veuille ou non, est l’essence de l’Union actuelle. Alors fédérale ou nationale, cette idéologie est toxique et il se trouve que portée par des institutions mouvantes et lointaines, elle s’est mise à l’abri de toute alternative.

    En appeler à la BCE pour témoigner du bon fonctionnement des organes fédéralisés, ce pourrait être pris comme au choix de l’humour involontaire ou du cynisme exacerbé. Certes la BCE prend des décisions (souvent contrainte et forcée ces derniers temps), toute seule, en toute indépendance des états (mais pas des banques), mais elle est surtout l’exemple éclatant de l’ultra-orthodoxie monétariste qui a présidé à son édification et qui a été facteur aggravant de la crise. Si il y a bien une chose à changer dans l’Union, c’est bien sa banque centrale afin qu’elle rende possible le financement direct des Etats plutôt que d’assurer la rente des financiers.

    Manifestement, vous n’avez pas compris grand chose à ce que j’ai essayé de vous dire. Le contenant, le contenu...

  • permalien miclav :
    4 décembre 2010 @01h01   « »

    M. Lordon,
    Si j’ai bien suivi votre "plan" :
    Défaut, faillite, nationalisation, puis création d’un système mutualisé du crédit et de la gestion des dépôts (genre "banque du peuple" à la Proudhon, si je puis me permettre d’insister sur cet référence).

    Mais qu’est-ce qui nous empêche de passer directement au dernier chapitre ? Ou plutôt, en quoi l’éventualité d’occurrence directe de ce dernier chapitre est-elle moins envisageable que celle du déroulement logique -bien qu’hypothétique- de ce "plan" que vous décrivez ?

    Ça ferait une belle synthèse entre le bank-run et la "banque recommunale" (ou "-iste-, je ne sais pas), non ?

    Comme le préconisent certains posteurs : ouvrir des comptes ailleurs et y faire des virements (sans fermer les comptes pour s’économiser les frais)...

    Donc ce qui manque, c’est cette fameuse "banque du peuple" ou équivalent.

    J’avoue mon ignorance en ce domaine, et j’insiste (cf post sur "La dette publique, ou la reconquista des possédants") :
    C’est compliqué de créer une banque du peuple ?
    On a besoin d’autorisations ?
    Ça ne serait pas attrayant par les temps qui courent ?

    Merci en tous cas pour vos contributions agréables et enrichissantes (il faut un style dans ce genre pour nous faire aborder des sujets pareils, chiants et révoltants à la fois...)
    Et pour vos livres (mais là, j’ai payé, donc moins merci)

  • permalien MaxMal :
    4 décembre 2010 @01h18   « »

    Je commence juste à lire.
    Bonjour M. Lordon.
    Intervenez dans les médias plus "institutionnels".
    Je n’aurai de cesse de vous le demander sinon à attendre seulement la révolution. Vos idées, somme toute vraiment évidentes, et votre lyrisme, sont révolutionnaire, malheureusement.
    Je continue ...

  • permalien Sethi 1er :
    4 décembre 2010 @02h23   « »

    @Nicks 4 décembre @00h58 :
    (la BCE)elle est surtout l’exemple éclatant de l’ultra-orthodoxie monétariste qui a présidé à son édification et qui a été facteur aggravant de la crise.

    Heu comment dire ? Inonder les marchés de liquidités par des aides financières et des rachats de titres publics comme le fait la BCE depuis 2 ans c’est surtout le contre-exemple éclatant de l’ultra-orthodoxie monétariste. Il n’y a pas que le contenant, il faut aussi revoir le contenu !

    Tant que la zone euro sera une zone où les Etats se livrent une guerre économique sans merci et ce malgré les traités l’Europe ne sortira pas de la tempête. D’ici à dire que c’est la faute spécifiquement de la nullité de ses organisations, de ses dirigeants, de sa monnaie, de sa banque centrale, que ça ne serait pas arrivé si elle gérait mieux cela, c’est faire peu de cas que la même tempête a déjà ravagé l’Islande ou d’autres zones, et qu’on peut prédire qu’elle se rendra ailleurs à la suite.

  • permalien Bob :
    4 décembre 2010 @03h20   « »

    L’idée de Cantona ne fonctionne pas, c’est clair, mais le seul fait que des gens envisagent des contre-attaque citoyennes anti-banques est une excellente nouvelle.

    Sortir ses fonds de sa banque et les placer dans une autre banque, et le refaire plusieurs fois de suite serait un moyen de créer une certaine pagaille. Qui ferait - peut-être - comprendre aux politiques et aux bavards professionnels la colère intense ressentie par la population contre ces prédateurs.

  • permalien matthieu :
    4 décembre 2010 @04h53   « »
    Quelques précisions à propos de La NEF

    @ Pipas

    Il ne faut pas confondre la NEF qui est une coopérative de finances solidaires détenue par 26 000 sociétaires au Crédit Coopératif qui est une banque coopérative, société anonyme coopérative de Banque Populaire à capital variable. Ce n’est pas exactement la même chose car il est possible d’être client au Crédit Coopératif sans être sociétaire alors que c’est impossible à La NEF.

    Par ailleurs, La NEF est totalement indépendante du Crédit Coopératif du point de vue économique. En effet, le Crédit Coopérative n’a qu’un rôle d’hébergement (ouverture de compte, prise en charge des opérations) et n’a aucun droit d’utilisation concernant les dépôts effectués sur les comptes NEF.

    Bref, lorsque vous dîtes que c’est une filiale du Crédit Coopératif, c’est faux. la NEF n’appartient qu’à ses sociétaires jusqu’à preuve du contraire.

    @ Julien Tournier

    Lorsque vous dites que la NEF ne peut pas ouvrir de compte en son nom propre, c’est inexact. L’ouverture d’un compte NEF se fait à un guichet Crédit Coopératif mais le compte est bien domicilié à la NEF et non au Crédit Coopératif. C’est d’ailleurs clairement expliqué dans les contrats ou sur le site Internet : Depuis sa création en 1988, elle exerce une double activité de collecte d’épargne et d’octroi de crédit dans le cadre d’un agrément de la Banque de France.

    L’épargne collectée sur des comptes de dépôts à terme ou sur des comptes courants est déposée par des particuliers, des associations et des entreprises.

    @ Nivoix Hélène Besançon :

    Le projet de Banca Ethica est pour l’instant en stand by (problème européen) et ce n’est pas plus mal. Entre autre car le ticket d’entrée pour être sociétaire ne serait plus de 3 parts à 30 euros mais d’une part à 500 euros.

    Personnellement, j’ai déjà fait mon BankRun en 2008 lorsque j’ai quitté BNP Paribas pour La NEF.

  • permalien Pipas :
    4 décembre 2010 @09h19   « »
    Global Bank Run J-3

    La gloire de notre Spartacus marseillais dépasse largement nos frontières. Gageons que nos frères européens ou autres précipitent l’agonie des banksters.

    Avec Cantona comme champion, la révolution met le turbo !

  • permalien BA :
    4 décembre 2010 @10h10   « »
    Espagne : ça dégénère.

    En Espagne, les banques sont en faillite.

    En Espagne, la situation dégénère.

    Lisez cet article :

    Grève des contrôleurs aériens : l’Espagne envisage l’état d’urgence.

    Les autorités espagnoles ont menacé samedi de décréter l’état d’urgence si les contrôleurs aériens en grève ne reprennent pas le travail.

    « Si la situation ne se normalise pas, le gouvernement déclarera l’état d’urgence », a averti Alfredo Rubalcaba, ministre de l’Intérieur et vice-président du gouvernement, lors d’un conseil des ministres extraordinaire.

    « Les contrôleurs seront réquisitionnés et, s’ils ne reprennent pas le travail, l’affaire sera transmise immédiatement à la justice et ils seront poursuivis pour un crime passible de la prison », a-t-il ajouté.

    Le contrôle de l’espace aérien espagnol est actuellement assuré par l’armée.

    Les aiguilleurs du ciel, dont la grève surprise a affecté 250 000 voyageurs, sont en conflit avec la direction des aéroports AENA pour des questions salariales et de conditions de travail.

    http://www.ouest-france.fr/ofdernmi...

  • permalien
    4 décembre 2010 @11h41   « »

    Ras-le-bol des miettes, on veut toute la baguette !!

  • permalien jeff :
    4 décembre 2010 @12h05   « »

    Plus qu’une idée à "la Cato", cette idée a fait avancer .........! n’en déplaise aux analystes.

  • permalien Zolko :
    4 décembre 2010 @12h58   « »

    @ Bob :

    "L’idée de Cantona ne fonctionne pas, c’est clair"

    On lit ça souvent, mais sans preuves. Alors que les preuves que l’idée de Cantona fonctionne sont nombreuses :

    - la panique des banquiers, des économistes, du gouvernement
    - le principe même du système banquier à réserve fractionnaire
    - tous les commentaires disant que c’est dangereux

    Alors quelqu’un donnerait le preuve que ça ne fonctionnera pas ?

  • permalien Nicks :
    4 décembre 2010 @13h48   « »

    @Sethi

    la BCE n’a lancé son programme d’achat d’obligations que contrainte par le contexte. C’était ça où le défaut de paiement...Mais sa rigidité a permis à la situation d’en arriver à un point qu’elle n’aurait jamais atteinte si le dogme n’était pas aussi bien gardé. En outre, la solution c’est, sous conditions, le financement direct des Etats, c’est à dire de squizzer les marchés, alors que la BCE achète de la dette sur le marché secondaire donc en graissant la patte aux financiers. Je passe également sur les liquidités quasi gratuites attribuées aux banques, quand les états eux, sont sommés d’appliquer la sainte austérité purificatrice.

    L’Union actuelle s’appuie sur des institutions dont l’essence idéologique est désormais invalidée par les faits : la concurrence comme principe de direction pousse les populations les unes contre les autres et fait disparaître la notion de service public, le monétarisme enterre l’action politique, la liberté de circulation des capitaux prive les citoyens de souveraineté. Ca ne marche pas Sethi et ce n’est pas une question d’Etats contre l’Union, c’est une question d’idéologie. Une BCE dont on change les missions et le mode de contrôle cesse d’être fédérale ?

  • permalien
    4 décembre 2010 @16h24   « »

    L’idée de "Canto" est mal acceptée par les "spécialistes" du type Jorion, Lordon et d’autres parce qu’ils n’ont pas eu le courage de porter des actions concrètes...ils écrivent des livres, ils vendent des livres, vont à la télé, font des conférences, interessantes d’ailleurs d’un point de vue théorique mais en fait ils sont dans le commerce du papier, de la pensée et de la peur...
    Nous devons agir et il est évident que d’une façon ou d’une autre on va payer la note...Si à ce prix nous pouvons démystifier l’image du banquier qui est un voleur et de l’économiste-sociologue-anthropologue-ornithologue avec spécialisation dermatologue qui est un menteur et bien ce sera un moindre mal !

  • permalien Amaru :
    4 décembre 2010 @16h26   « »

    Evidemment, le texte est long, il y a beaucoup de mots, et de mots très techniques propres à la finance, mais il a le mérite du détail, de l’extrême précision et de nous mener à une vraie solution possible. En effet, dire : "nationalisons", c’est simple et vite dit... Mais qui va nationaliser ? Sarkozy ? Ce sera un NON catégorique ! Et il a tous les robocoops avec lui !

    Donc, il faut renverser ce gouvernement et ne pas placer le parti qui fait son pare-feu et qui est le PS.

    De plus, il faut être rapide... Ne pas attendre 2012 ! Nous risquons d’être tous morts !

    Il fallait donc bien tout ce texte passablement indigeste pour nous amener à la seule issue possible : une insurrection hors syndicats et hors appareils politiques. Il va y avoir des morts, mais il vaut mieux un petit pourcentage que la totalité !

  • permalien Vince :
    4 décembre 2010 @16h28   « »

    En lisant le blog et les commentaires, deux chiffres m’ont frappé : la BCE prête aux banques à 1%, sans limites. Les banques prêtent aux pays endettés à des taux plus élevés, sauf à l’allemagne qui emprunte au même taux... Etrange coîncidence, vous ne trouvez pas ?

    L’Allemagne est tout simplement en train de prendre le contrôle de la zone euro. Un par un, les pays les plus endettés, qui demandent l’aide de l’europe et du FMI se retrouvent pieds et poings liés, obligés de mettre en place des politiques d’austérité. L’Allemagne a une peur inconsciente et quasi psycho-pathologique de l’inflation qui l’a ruinée. Elle fait tout pour qu’elle n’arrive pas. Le pacte de stabilité n’a pas marché ? qu’à cela ne tienne, la mise sous tutelle des pays déviants est l’étape suivante. Ne parle-t-on pas d’approbation préalable des budgets nationaux ? C’est pour cela qu’elle a admis l’EFSF, car il fait entrer en jeu le FMI (tient, DSK n’est pas loin...) et ses contraintes. L’Allemagne est l’acteur européen le plus fort ; il tiendra les plus faibles par les c......., via le FMI si c’est plus discret.

    Je ne crois pas à la solution que propose ce blog (nationalisation généralisée des banques). Pas que je ne la souhaite pas, au contraire ! Mais elle n’adviendra pas car les puissants ont des moyens que nous n’imaginons pas. Les banques ne feront pas faillite, ont leur prêtera ce qu’il faut et puis c’est tout. Les plus faibles, où plutôt celles des pays les plus faibles, se feront racheter par les plus costaudes (celles soutenues par les pays les plus costauds, s’entend). Souvenez-vous, BNP a racheté pour une bouchée de pain la plus grosse banque belge (FORTIS) affaiblie par un gouvernement préoccupé par ses disputes linguistiques.

    Ce n’est que le système capitaliste qui continue, c’est tout. Et la crise est une aubaine pour les puissants (et pas une menace comme le suggère le blog). En effet, c’est dans les tempêtes que les bateaux les plus faibles sont les plus vulnérables.

    Réalisons plutôt, que nous sommes dépendants du système, et que c’est ce qui fait sa force. Les puissants ne font qu’utiliser nos dépendances. Qui ne dépend pas de grands groupes multi-nationaux pour son alimentation ? Qui construit sa maison lui-même et par l’entre-aide ? Combien ne se soucient pas du prix des soins sous prétexte que c’est la sécu qui paie ? Je vous invite à lire le dernier livre de Pierre Rabhi "la sobriété heureuse". Là se trouve une vraie voie de sortie : la sobriété, l’inter-dépendance respectueuse à l’échelle humaine.

    L’inter-dépendance est merveilleuse lorsqu’elle est respectueuse. Ne restons pas dépendants de ceux qui ne respectent pas ce précepte. Là est notre pouvoir.

    Quittons les banques irrespectueuses !

  • permalien Kulu :
    4 décembre 2010 @16h38   « »

    Pardon de vous déranger.
    La discussion est passionnante, vraiment, mais pendant qu’on discute, voilà ce que réalise Marine Le Pen. Que ce soit bien clair : je ne fais pas de prosélytisme pour le FN mais je vous invite à visiter ce blog qui n’est pas le miens rien que pour la video. Regardez-la.
    L’essentiel y est mais mis en musique par l’extrême droite. Si cela laisse indifférent pas ce n’est pas mon cas. Quand les faschos trouvent les mots justes ça finit toujours par faire mal.

    http://lesouffledivin.wordpress.com...

  • permalien Pipas :
    4 décembre 2010 @16h55   « »
    Tous à la NEF ? Ou à la BP ? Ou pas ! L’important c’est de sortir, pas d’entrer !

    @ matthieu

    La NEF ne possède pas l’agrément en tant qu’établissement bancaire, c’est pourquoi elle pâtit d’un partenariat avec le crédit coopératif (BP), qui lui me pose problème.
    J’extrapole en parlant de filiale, certes, mais admettez qu’en attendant une réelle indépendance de la NEF, elle aide la Banque Populaire à faire reluire ses casseroles à grands litrons de vernis social. D’autre part, elle se félicite d’un projet de développement de micro-usure en Afrique avec l’UMECAS moribonde.
    Je ne pense pas que soumettre les miséreux, même africains, au supplice de l’usure soit une forme de solidarité ; mais je sors ici du cadre de ma réponse.

    Pénalement, nous sommes responsables de la destination de notre argent. Le sommes nous du point de vue de l’éthique ? Jusqu’où ? Comment ôter aux banksters (les écolo-fraternels étant les plus vicieux) leurs moyens de domination ?

    La solution de transition que j’adopte (en attendant une solution pérenne ou meilleure) consiste à laisser le minimum d’argent sur mon compte, et à changer d’établissement fréquemment. C’est sûrement un coup dans l’eau, mais c’est mieux que gémir et ne rien faire... ou mal faire et se mentir pour se convaincre du contraire. Il y a 5 ans, j’étais au Crédit Coopératif.

    Ceci étant dit, je conçois que la NEF soit moins pire. Dans le même genre, la Banque Postale est une société anonyme à capitaux publics...

  • permalien poissonfrais :
    4 décembre 2010 @17h25   « »

    L’idée de Cantona est séduisante, mais n’est pas la bonne. Par contre, elle peut faire peur aux banquiers, pour un temps, c’est tout. Ceux-ci auront vite fait de se rendre compte que beaucoup de leurs clients sont pieds et poings liés à leurs comptes courants car déjà à la limite de l’interdiction bancaire sans faire autre chose que toucher salaire et payer factures sur factures à la petite semaine. Leurs autres clients sont insolvables ou soumis au joug impitoyable de crédits à long terme ou crédits revolving à la limite du surendettement. Donc ces clients-là ne sont pas une menace.
    Seuls les clients d’appât supérieur peuvent devenir une menace pour les banquiers, c’est à dire les gros rentiers, les demandeurs de gros crédits d’affaire, les spéculateurs qui rapatrient leurs bénéfices sur leurs compte, les gros salaires et d’autres catégories sociales plus ou moins recommandables. Quelles raisons ont-ils de jouer contre leur banque ? Aucune, puiqu’ils sont du même sérail que les banquiers.
    A cela s’ajoute le peu de choix offert pour un transfert de compte vers une banque solidaire et les pénalités y- attachées pour la grande majorité des clients ruraux ou péri-urbains. Tout est fait pour empêcher la mobilité bancaire et une vraie concurrence au bénéfice des clients.
    Ceci dit, merci à Frédéric Lordon pour cet article que j’ai lu avec beaucoup d’intérêt. Le langage ainsi que la syntaxe ne me déplaisent pas du tout, la construction, certes un peu ampoulée à priori ne nuit pas à l’idée centrale qui chemine et l’ironie vient tempérer l’aridité de l’analyse économique. Parfois j’y trouve une parenté avec le situationnisme des beaux jours, donc il y a grain à moudre. Si le discours parait émaner du boboïsme à certains, je leur conseille de lire plutôt le Figaro, le Progrès ou Paris Match, sinon Valeurs Actuelles, ils trouveront là de quoi se nourrir.
    Pour résumer, je suis pour la nationalisation des banques, qu’elle soit rampante ou radicale. Elle ne peut qu’être couplée à un changement copernicien politique, écologique, un changement de projet social et de projet éducatif, de quoi faire peur à beaucoup de gens. Toutes les bases institutionnelles qui ont permis le chaos actuel doivent être aussi révisées, dont en premier la Constitution.

  • permalien Zolko :
    4 décembre 2010 @20h52   « »
    comme le débat autour du TCE

    Dites, vous ne trouvez pas que ça commence à ressembler au débat sur le TCE ? Toujours les mêmes à la télé, toujours ceux qui sont d’accord entre-eux, et ceux qui sont pour le bank-run sont absents.

    Curieux, non ?

    Et Cantona, on explique qu’il ne sait pas ce qui arrivera après le bank-run, mais jamais on ne le lui demande. Et les Lordon et Jorion et Leclerc et AJH qui se disent contre ce système mais ne veulent surtout rien entreprendre de concret, même approximatif....

    Curieux, non ?

    On nous promettait la fin du monde si les français disaient "NON" au TCE, et qu’est-il arrivé ? Les Hollandais ont dit "NON" aussi, et le monde ne s’est pas arrêté. Ils nous ont pondu le Plan-B, imposé la traité de Lisbonne contre les Irlandais (tiens-tiens, les Irlandais) et maintenant ils disent que le traité de Lisbonne n’est pas bon et qu’il faut le modifier ... tout en forçant les Irlandais à accepter l’inacceptable.

    Ca commence à bien-faire, non ?

  • permalien Dougal :
    4 décembre 2010 @20h55   « »
    Comment changer de banque immédiatement
  • permalien Marsault :
    4 décembre 2010 @21h32   « »

    La prise en otage de nos sociétés par les banques est une des causes majeures de la crise, mais pas la seule. D’autres composantes de la mondialisation, gravées dans les traités européens, comptent sans doute autant, nous le savons tous (libre-échange systématique, liberté de mouvement des capitaux, etc.). Saisir les banques, du moins les pernicieuses, ne suffit donc pas. Frédéric Lordon, nous sommes impatients de connaître le reste de votre programme.

  • permalien Pipas :
    4 décembre 2010 @21h58   « »

    @ Kulu

    Elle a raison sur toute la ligne, il n’y a rien à jeter dans son exposé. On reconnaît la trempe du pater dans l’élocution : la petite a bien progressé.

    À contre-coeur, je serai donc l’allié de Marine Le Pen s’il le faut. Notre ennemi commun est bien trop puissant pour que l’on puisse se permettre d’être encore divisés afin qu’il règne. Une fois ce vieux système hors d’état de nuire, on aura tout le temps de s’occuper des fafs et de leur cerveau moisi. Je ne voterai pas pour elle car de toute façon je ne vote plus, pour gérer +.

    Que ceux qui hurlent à chaque fois que le camp traditionnellement opposé rencontre de l’adhésion suivant des propos de bon sens se préparent à des temps où des alliances hier impensables devront être nouées, puis heureusement trahies.

  • permalien Bob l’éponge :
    4 décembre 2010 @22h19   « »

    >>Que ceux qui hurlent à chaque fois que le camp traditionnellement opposé rencontre de l’adhésion suivant des propos de bon sens se préparent à des temps où des alliances hier impensables devront être nouées, puis heureusement trahies.

    Les alliances impensables d’hier ?
    Aïe, aïe, aïe
    Si l’être humain avait une meilleur connaissance de sa propre histoire, on n’en serait pas là (et on ne chercherait pas à sauver le capitalisme comme tente péniblement de le faire Lordon)
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Nuit_d...
    "Cette purge permit au chancelier Adolf Hitler de briser définitivement toute velléité d’indépendance de la SA, débarrassant ainsi le mouvement nazi de son « aile gauche » qui souhaitait que la révolution politique soit suivie par une révolution sociale."

    Mais comme disait Marx, l’histoire se répète toujours deux fois : la première fois comme une tragédie, la seconde fois comme une comédie

  • permalien varda :
    4 décembre 2010 @23h52   « »
    Faillites de banques aux USA

    Faillites de banques aux USA

    Pour information et d’apres la FDIC :

    2007 : 3 faillites banquaires
    2008 : 25 faillites banquaires
    2009 : 140 faillites banquaires
    2010 : 146 faillites banquaires , reste encore 1 mois

    .
    .

  • permalien Pagenti :
    5 décembre 2010 @00h46   « »

    MORT AU BOUC

    C’est amusant cet article de “philosophie” économique, ou plutôt de “poésie” capitaliste faussement révolutionnaire. Les commentaires ressemblent à une messe Girardienne où tous ceux qui n’ont rien compris sont convaincus de la nécessité du meurtre de la bête finance qui sent si mauvais ; à ce propos j’ai l’impression que le nouveau prêtre barbu à un fort succès, forcément en bouc il doit s’y connaitre.
    Je pense néanmoins que la véritable responsable n’est pas la finance, ni le néo capitalisme, ni les banques, ni l’argent mais simplement les « mathématiques ». Car quand personne ne sait compter, tout le monde se trouve devant « l’égalité ».

  • permalien Pagenti :
    5 décembre 2010 @00h48   « »

    superbe demonstration !

  • permalien Média libre Passerellesud :
    5 décembre 2010 @00h52   « »
    Conférence en ligne : Capitalisme, désir et servitude

    « Les totalitarismes joyeux sont de loin les pires »

    A écouter sans modération une conférence de Frédéric Lordon tenue à Lille le 13 Novembre 2010 au sujet de son dernier ouvrage Capitalisme, désir et servitude en écoute sur le média libre Passerellesud.org « Amap » informationnelle (Association pour le Maintien d’une Information Indépendante : AMII )

    Frédéric Lordon : Capitalisme, désir et servitudeConférence en ligne mp3 Passerellesud

  • permalien chanut :
    5 décembre 2010 @01h47   « »

    Je n’ai même pas la prétention d’avoir su, vous lire, non faute de temps, si un peu tout de même, j’attends depuis un mois de me plonger dans vos archives et en tant que sociologue de formation de voir P. Bourdieu In " La sociologie est un combat de rue" ...
    ... Merci, pour mon Noël ! ...

  • permalien Kulu :
    5 décembre 2010 @02h43   « »

    @Pipas
    "on aura tout le temps de s’occuper des fafs et de leur cerveau moisi"
    ... à moins que ce soit l’inverse ! Avec l’extrême droite faut pas rigoler. Ce que je voulais dire c’est qu’ils ont développé un langage qui porte apparemment. Je pense qu’il serait souhaitable d’en faire autant si ce n’est mieux. On a le droit de ne pas avoir envie de lire des articles d’économie longs, compliqués et techniques quand on en a pas le goût ou simplement pas le temps. Pour autant, on peut avoir envie de s’informer à une bonne source. Si le message est inaudible à quoi sert que certains réfléchissent si finement ? Il faudrait, d’ailleurs c’est un sujet qui est évoqué plus haut, trouver un langage qui accroche et qui porte au delà du cercle des convaincus rompus à la lecture de ces articles. Ce serait bête de laisser un boulevard au FN pour des raisons sémantiques. Simple constat. Le moyen ?
    Il devrait y avoir un parti ou une structure politique crédible pour cela. Mais actuellement je n’en voit pas. Je n’observe qu’une gauche atomisée et des électrons libres qui vont dans tous les sens. A lire depuis bien longtemps ce blog et d’autres encore, je ne suis apparemment pas le seul à penser ainsi.
    Je n’entends, nous n’entendons, hélas, aucun discours à gauche comparable en impact à celui de Marine Le Pen (car je suis convaincu qu’elle porte) et ça m’inquiète beaucoup parce que faute d’idéologie, je risque le mot, on obtient des alliances contre nature comme ce que tu proposes Pipa, un bout de chemin avec l’extrême droite...
    L’idéologie pour moi, ce n’est pas un mot sale : c’est le squelette d’une pensée politique, sa boîte à outils et je fais encore la différence entre ma gauche et ma droite.
    Comme disait l’autre : que faire ?
    Que faire à T0+epsilon ?

  • permalien Kulu :
    5 décembre 2010 @02h52   « »

    @Pagenti
    heu... c’est quoi M’sieur une messe girardienne ? J’ai tant de choses à apprendre encore !

  • permalien Pipas :
    5 décembre 2010 @08h37   « »

    @ Bob l’éponge
    @ Kulu

    Le rapport de force (à établir après une éventuelle alliance avec les fafs en vue d’ achever la charogne capitaliste) est déjà en notre faveur, même si la "gauche" paraît actuellement atomisée. Un changement d’état brusque et rapide est possible, comme nous le confirme les mouvements des mois passés.

    D’autre part, vous conviendrez que Marine Le Pen et le FN portent une dimension sociale difficilement comparable à celle d’Hitler en son temps (mais je vous accorde Gollnisch, aïe aïe aïe...).
    Ce serait bête de laisser un boulevard au FN pour des raisons sémantiques.
    Attention ! Ne pas confondre !
    Il faudra bien, un jour, dépasser les idéologies et dépasser certains clivages pour laisser les bonnes idées progresser partout ! Tout ce qu’exprime cette vidéo de Marine n’est-il pas pertinent ? On peut regretter la récupération politique de ces bonnes idées, mais réjouissons nous de leur progrès ! Le monde de demain sera en effet à bâtir avec les fafs d’aujourd’hui, ou contre eux, ou même, plus probablement comme je tente de le décrire depuis quelques posts, à la fois avec et contre eux.

    Enfin, que ceux qui hurlent à la menace fasciste (ou totalitariste, etc...) dès qu’il s’agit de vouloir bousculer un peu le cours des événements se réveillent : le fascisme, c’est maintenant.

    ex : Ministre condamné pour injures raciales, envoi du RAID contre des manifestants, assassinat de banlieusards, GIGN contre des épiciers de province, loi loppsi II sur l’éradication des logements alternatifs, quotas d’expulsion atteints, criminalisation du boycott, licenciement via Face Book, installation de caméras, rapine journalistique, continuez vous même j’en ai marre...

    Si vous redoutez une défaite contre Marine ou Bruno une fois Nainpoléon ou D$Kan vaincu, j’accepte humblement tous vos conseils stratégiques. Le véritable ennemi est encore en place.

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