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L’Union européenne menace la gestion publique de l’eau au Canada

mardi 21 décembre 2010, par Marc Laimé

Le gouvernement de M. Stephen Harper a engagé avec l’Union européenne (UE) des négociations afin d’adopter un accord bilatéral de libre-échange (AECG). Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) et le Conseil des canadiens s’alarment des risques qu’il va faire peser sur les services publics municipaux de l’eau au Canada, contraints par ce biais à une libéralisation croissante de leurs services, au profit des entreprises transnationales françaises de l’eau, Veolia et Suez. Celles-ci s’activent en coulisses pour obtenir la signature de cet accord.

Dans un communiqué rendu public le 16 décembre 2010, le Syndicat canadien de la fonction publique appelait à la mobilisation, à quelques semaines du prochain round de négociations entre l’UE et le Canada, qui doit se tenir en janvier 2011 :

« Les systèmes publics d’eau du Canada qui font déjà face à d’énormes défis sont menacés par une importante entente de libre-échange qui est actuellement en négociation entre le Canada et l’Union européenne (UE). »

Un nouveau rapport paru aujourd’hui, Eau publique à vendre : comment le Canada va privatiser nos systèmes publics d’eau (PDF), avertit que l’eau publique du pays de l’érable sera perdue si les provinces et territoires ne prennent pas immédiatement les mesures appropriées pour s’assurer que l’eau soit retirée du cadre des discussions sur la proposition d’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne (AECG).

Le rapport du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) et du Conseil des Canadiens décrit comment l’AECG aura pour effet de rendre vulnérables à la privatisation les systèmes municipaux publics d’eau de tout le Canada.

À la demande des grandes entreprises européennes à but lucratif du secteur hydraulique, les gouvernements provinciaux et territoriaux envisagent d’inclure l’eau potable et les services de traitement des eaux usées à l’ensemble des services qui seront couverts par l’AECG.

C’est le gouvernement de M. Harper qui leur a demandé de prendre une décision finale dans ce dossier, avant la prochaine ronde de négociation de l’AECG, la sixième, qui doit débuter en janvier à Bruxelles.

« L’AECG est une entente de privatisation de l’eau, affirme Maude Barlow, présidente nationale du Conseil des Canadiens. Notre eau publique est le sujet de négociations qui se déroulent derrière des portes closes. Nous devons agir dès maintenant, sinon un matin nous nous réveillerons et nos systèmes publics d’eau auront tous disparus. »

Le SCFP et le Conseil des Canadiens font appel aux provinces et aux territoires, afin qu’ils affirment leur juridiction et qu’ils mettent l’eau publique canadienne à l’abri du mépris irresponsable affiché par le gouvernement pour cette ressource.

Le rapport souligne que l’AECG aura pour effet d’aggraver les pressions exercées sur les municipalités et les réserves autochtones canadiennes, par le financement public inadéquat et les programmes d’encouragement à la privatisation du gouvernement fédéral, afin qu’elles livrent au marché leurs systèmes d’eau.

« Les Canadiens vouent une grande confiance aux systèmes d’eau et de traitement de l’eau qui appartiennent et sont exploités par le public, explique Paul Moist, président national du SCFP. L’eau et les autres services essentiels – comme les soins de santé, les transports en commun, les services postaux et l’énergie – sont des éléments vitaux de nos collectivités. Cette entente permettra aux plus importantes multinationales du monde de faire des profits avec l’eau du Canada. »

M. Moist demande aux sections locales du secteur des municipalités du SCFP d’agir pour bloquer cette entente, qui est actuellement négociée sans débat public.

Les négociateurs de l’UE demandent également que les municipalités canadiennes et leurs services d’eau soient inclus dans le chapitre de l’entente sur les achats publics. Si c’est le cas, ce sera la première fois que l’eau potable du Canada sera entièrement rattachée à un traité commercial. L’objectif est donc clairement d’encourager la privatisation des systèmes publics d’eau des municipalités canadiennes.

« Les systèmes de distribution de l’eau potable et de traitement des eaux usées sont des actifs communautaires très importants. Les services d’eau potable et de traitement des eaux sont un droit de la personne et une source de vie de collectivités en santé et performantes »,souligne Mme Barlow.

Lire aussi :

- Appel à l’action du président du SCFP contre l’AECG, 14 décembre 2010.

- « Les Etats-Unis ont soif de l’eau du Canada » (M. L.), Carnets d’eau, 18 avril 2007.

- « Quand les Etats-Unis détourneront les ressources du Canada » (carte), par Philippe Rekacewicz, mars 2005.

Contacts :

- Greg Taylor

Relations avec les médias,
SCFP national
(613) 237-1590, poste 393

- Matthew Ramsden

Agent de communication (campagnes)

(613) 698-5113 (cell)

11 commentaires sur « L’Union européenne menace la gestion publique de l’eau au Canada »

  • permalien Manu :
    21 décembre 2010 @16h26   »

    Stephen Harper, pas David Harper. Il n’y a pas de David Harper au gouvernement canadien.

  • permalien L’équipe du Diplo :
    21 décembre 2010 @16h36   « »

    @Manu :

    C’est rectifié, merci de votre vigilance.

  • permalien Capitaine Compliké :
    22 décembre 2010 @20h43   « »
    Le silence est roi

    Le plus scandaleux je trouve dans tout cela, étant canadien et résidant à Montréal, est que aucun journaux en parle réellement. Le sujet est complètement éclipsé par les médias locaux.

    L’espace au débat public au canada et même sur des questions essentiels est souvent bafoué.

    Et l’effet en chaine commence : 1. le gouvernement fait se qu’il veut ; 2. le monde chiale ; 3. suite à aucun changement, le monde se décourage ; 4. perte de confiance en le politique ; 5. le monde vont donc de moins en moins voter et s’intéresse de moins en moins au politique ; 6. Les médias en parle donc moins ; 7. le gouvernement est donc plus libre de faire ce qu’il veut ... etc, etc,...

  • permalien Chris :
    25 décembre 2010 @21h29   « »

    effectivement les médias ont été très discrets sur le sujet - rien entendu encore sur ce sujet très sérieux - j’ai pour ma part agi à mon niveau : fait suivre l’article à mon réseau ; contacté radio-Canada pour poser la question ; envoyé un courriel à mon député fédéral et à mon député provincial ; et envoyé le lien avec l’article à l’organisation militante avaaz.org
    il faut faire passer la nouvelle au plus de gens possible pour que cela ne reste pas seulement au niveau des regroupements syndicaux et autres organismes -

  • permalien Jean-Claude Capt :
    26 décembre 2010 @23h19   « »

    Un bien public est aussi par définition une propriété, dans ce cas ci, non pas privée mais celle d’un peuple entier, par conséquent comment peut-ont légalement vendre le bien d’autrui ? Donc pour contrer les manoeuvres des multinationales qui veulent s’emparer des biens publics et détruire les structures de protections sociales qui sont aussi un bien public, les peuples devraient demander à leurs gouvernements un droit d’interrogation qui s’opérerait par le biais d’un vote. Je vous dis cela, mais moi-même je n’y crois que très peu quand je vois mes concitoyens détruire leur lois sociales par le biais des urnes.

  • permalien moryvo02@hotmail.com :
    29 décembre 2010 @12h47   « »

    En tant que Québécoise vivant actuellement en Europe, je reste fermement opposée à ce que des multinationales comme Veolia et Suez viennent administrer comme bon leur semble les eaux du Québec et du Canada. Ces sociétés privées de France ne nourrissent qu’un seul but:faire de l’argent. Comme ils sont peu respectueux des autres et des biens naturels, ils massacreront et gaspilleront les eaux du Québec et des autres provinces canadiennes. Les Impérialites français ne sont pas mieux que les Impérialistes américains. Ils ont tous le même visage détestable du dollar et de l’euro. Les Eaux du Québec et des autres provinces canadiennes sont un Bien Public qui appartiennent d’office au peuple canadien.Cet accord Union européenne/Canada se trame dans le dos des populations locales. Cela est tout simplement scandaleux.

  • permalien Komprenonlanarchi :
    29 décembre 2010 @20h58   « »

    Je suis francais et je suis scandaliser par la lecture de cette article aprés la privatisation de services du gaz creer par la fusion gdf suez que notre (chére) président avait juré qu’elle ne se produirait pas pendant son mandat la criminilisation de cette entreprise continue en s’etentdant au beau pays du canada qui jusque ici avait réeussi a preserver ses ressources en eau . cette article me fait penser malheuresement a la chanson "plus rien du trés bon groupe quebecois "les cowboy fringuant" on voit dans ce projet toute la veracité de ce texte !

  • permalien andrei Chamadou :
    20 janvier 2011 @03h48   « »

    Le silence à ce sujet est tellement de mise au Canada que j’en viens à douter de la véracité de l’article. Les sources de l’auteur était-elle crédible ?Où en sommes nous dans ce dossier ?

  • permalien Clement Schmitt :
    24 janvier 2011 @02h32   « »

    Pour suivre le dossier, consultez :
    http://www.canadians.org/francais/i...

    http://www.international.gc.ca/trad...

    Il est possible de donner un avis consultatif (bien qu’il est souvent difficile d’en évaluer l’impact) en écrivant à :

    Direction des négociations commerciales II (TPW)
    Ministère des Affaires étrangères et du Commerce international
    Édifice Lester B. Pearson
    125, promenade Sussex
    Ottawa (Ontario) K1A 0G2
    Télécopieur : 613-944-3489
    Courriel : CETAconsultationsAECG@international.gc.ca

  • permalien Samuel :
    5 février 2011 @22h40   « »

    Sana blague, l’eau c’est vraiment rien.

    Au conseil des radio-télécommunications du Canada (CRTC), M. harper viens de nommer un leader de la droite sans expérience en la matière ; une grande première, eux qui sont habitué à recruter leurs dirigeants à même leur main d’oeuvre.Il va sans dire que cet organisme possède un pouvoir énorme concernant le contenu radiophonique et télévisue. L’AECG devrait effectivement comporter de nombreuses clauses également sur la libéralisation des télécommunications. Bref, L’union Européenne menace la gestion publique au Canada, EN GÉNÉRAL.
    Aussi, j’essai de comprendre la logique de cette entente et surtout en quoi celà serait bénéfique pour l’économie canadienne, de même que pour les citoyens de l’Union Européen. Pure bêtise. Peut-être l’équivalent de la 2e guerre mondiale, économiquement parlant.

  • permalien matheos :
    18 avril @05h09   «

    Union Européenne menace t’il la gestion de l’eau du Canada je ne panse pas en plus un accord avec Stephan Harper pronerais le plus grand aventage pour le Canada. Vous voiller notre jumeaux Bush va tout faire pour le plus grand progrès et le développement de la suprematie du Canada.

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