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Révoltes en Syrie

lundi 28 mars 2011, par Alain Gresh

L’un des derniers pays restés à l’abri des révoltes arabes vient à son tour d’être touché. Alors que la répression se poursuit au Bahreïn, dans l’indifférence des Etats mobilisés contre les crimes du régime libyen (je joins ci-dessous un appel de solidarité avec le peuple du Bahreïn qui, pour l’instant, n’a été repris par aucun média) ; que l’on semble s’engager vers un dénouement au Yémen ; que les manifestations se multiplient et se durcissent en Jordanie, la Syrie a été frappée à son tour : non seulement la ville de Deraa dans le sud du pays connaît de graves troubles, mais ceux-ci se sont étendus dans différentes agglomérations du pays, et ont fait des dizaines de morts.

Tout a commencé à Deraa, avec l’arrestation de quelques enfants d’une dizaine d’années qui avaient inscrit des slogans hostiles au gouvernement sur les murs de la ville. Les mères, venues réclamer leur libération, se sont affrontées avec la police, certaines ont été arrêtées et, selon des témoins, rasées. Cette étincelle a mis le feu aux poudres, car la poudre était bien sèche.

Comme le note Joshua Landis, un des meilleurs points d’observation de la Syrie, sur son blog Syria Comment (« Deraa : The Government Takes off its Gloves : 15 Killed », 23 mars 2011) : « Deraa est très pauvre et musulmane (sunnite). Elle réunit tout ce qui pose problème en Syrie : une économie en faillite, une explosion démographique, un mauvais gouverneur et des forces de sécurité autoritaires. »

Ces problèmes ne sont pas différents de ceux qui ont embrasé le reste du monde arabe, même si le cas de la Syrie est particulier (ce qui est le cas de chaque pays). La dimension la plus inquiétante, bien évidemment, est la question confessionnelle : le pays est dirigé par une minorité, les alaouites, alors que 60% de la population est sunnite - même si le régime a su tisser une alliance étroite avec la bourgeoisie sunnite de Damas - et qu’environ 10% sont des chrétiens. Sans oublier une importante minorité kurde, dont une partie n’a toujours pas la nationalité syrienne.

Comme le souligne Landis à propos des manifestations de Deraa :

« Pour la première fois hier (le 22 mars), nous avons entendu des slogans confessionnels, alors que jusque-là l’opposition s’en était tenue à un message modéré de démantèlement de l’état d’urgence, d’une nouvelle loi sur les partis, et de l’extension de la liberté. Mais jeudi, les manifestants ont abandonné les slogans plus modérés, et scandé : "Non à l’Iran, non au Hezbollah, nous voulons un musulman qui craigne Dieu". » Cela rappelle les slogans des Frères musulmans dans les années 1970 et les années 1980 qui reprochaient au président Assad (alaouite) d’être un incroyant.

Si Deraa est une ville sunnite, Lataquie se situe au coeur du pays alaouite. Et le risque là-bas est un affrontement communautaire direct. De violents heurts ont eu lieu entre manifestants et des milices favorables aux Assad, des rumeurs ont circulé que des groupes d’alaouites armés descendaient des montagnes pour tuer des sunnites. La Garde républicaine et l’armée sont entrées dans la ville pour s’interposer (Joshua Landis, « Syria Dividing : Most Large Cities Calm. The Troubles in Latakia Lead to Army being Deployed », 26 mars). Des nouveaux heurts étaient signalés encore le 27 janvier (« Deaths as Syria protests spread », Al-Jazeera english).

Le régime est-il menacé ?

Il cherche à utiliser sa posture résistante dans le conflit israélo-arabe. Mais, comme le souligne Abdebari Atwan, rédacteur en chef du quotidien arabe Al-Quds (Londres) – un des quotidiens connus pour son franc parler, son soutien aux Palestiniens et son opposition aux ingérences des Etats-Unis –, dans son éditorial du 27 mars (PDF) : « La solidarité avec la résistance libanaise (le Hezbollah), l’accueil des secrétaires généraux des organisations palestiniennes (notamment le Hamas) alors que toutes les capitales arabes leur avaient fermé la porte au nez, sont des positions respectables pour lesquelles nous sommes gré au régime syrien et pour lequel il a payé un prix élevé. Mais nous ne voyons aucune contradiction entre ces positions et la satisfaction des demandes du peuple syrien et, s’il existe une contradiction, nous préférons que le régime suspende son soutien au peuple palestinien et à sa cause et qu’il réponde aux demandes de son peuple d’étendre les libertés et de combattre la corruption (...) Car les peuples opprimés ne sont pas capables de libérer les territoires occupés et les armées des dictatures ne sont pas capables de mener une guerre victorieuse. »

Le site de la télévision du Hezbollah reflète l’embarras de nombreuses forces face aux événements de Syrie, forces qui n’y voient que la main de l’impérialisme. Al-Manar reprend les déclarations du président Hugo Chavez affirmant que la Syrie est victime d’un complot américain qui vise à recréer un scénario libyen (« Chavez : US Plots to Topple Syria’s Assad, Seeks Libya Scenario there », 27 mars) (Dans un article du Monde diplomatique d’avril, en vente le 30 mars, Serge Halimi reviendra sur le soutien de certaines forces progressistes au colonel Moammar Kadhafi).

Le régime cherche aussi à se présenter comme garant de l’unité du pays, de sa diversité confessionnelle. Mais la peur d’un scénario irakien suffira-t-elle à arrêter les manifestants ? Rien n’est moins sûr. Le pouvoir a organisé des manifestations de soutien dans plusieurs grandes villes, la chaîne Al-Jazira y a été conspuée comme la couverture des troubles par les médias internationaux. D’autre part, il a annoncé quelques réformes : sur le plan social, l’augmentation de 30% des salaires des fonctionnaires ; sur le plan politique, la fin de l’état d’urgence (dont les modalités restent à définir), une nouvelle loi sur les partis, sur la presse. Le président Assad devrait s’adresser très bientôt au pays pour expliciter les contours de la réforme, conscient que les présidents Ben Ali et Moubarak avaient, avant lui, fait des concessions qui n’avaient fait que renforcer la contestation.

Dans une déclaration à CBS, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a non seulement exclu tout type d’intervention militaire en Syrie mais affirmé que pour les deux partis américains, le président Bachar Al-Assad était « un réformateur » (cité par Joshua Landis, « Clinton Calls Bashar al-Assad a “Reformer” - Syria Lifts Emergency Law », 27 mars).

Peter Harling, directeur de projet à l’International Crisis Group et qui suit l’actualité syrienne depuis plusieurs années à partir de Damas, écrit dans une tribune du quotidien Le Monde (« La Syrie doit rechercher une troisième voie », 22 mars) :

« Le président syrien, qui a su cultiver une certaine popularité à titre individuel, notamment grâce à ses succès en politique étrangère, dispose en théorie d’un capital politique qu’il serait grand temps d’investir, au service d’une vision pouvant servir de troisième voie entre la perception du statu quo et les incertitudes d’un bouleversement. Mais ce capital peut se dévaluer rapidement. »

« La résurgence d’un culte de la personnalité régressif, les apparitions présidentielles paternalistes (sans gardes du corps ou pour l’inauguration de tel ou tel projet), et les rencontres avec les délégations de passage ne constituent pas une forme de leadership adaptée aux circonstances : confiance en soi et reconnaissance internationale sont au mieux des composantes d’un projet collectif à mettre en oeuvre, mais reste à savoir lequel. »

« La résistance, très bien, mais quid de la Syrie ? Pendant ce temps, on voit mal comment une répression grandissante, qui se fait nécessairement sous la responsabilité du président et en son nom, pourrait servir de base à un tel projet. » (...)

« Personne dans la région ne peut croire qu’il n’y a pas un prix élevé à payer pour des décennies de retard. Ce prix n’est autre qu’une transformation en profondeur des structures et des pratiques du pouvoir, vers une participation politique véritable, une redistribution économique équitable, et une normalisation des relations avec des pans entiers de la société, le tout sur la base d’un dialogue à engager immédiatement plutôt que des actions discrétionnaires. »

A l’initiative du Comité pour la défense des droits de l’Homme et la démocratie dans la péninsule Arabique (cddhdpa@wanadoo.fr), un certain nombre de personnalités ont signé le suivant

Appel pour le peuple de Bahreïn

Tandis que, avec l’aval des Nations unies, des opérations militaires se mettent en place pour arrêter les massacres contre le peuple libyen, la situation à Bahreïn se détériore dans une indifférence inquiétante. Des pays comme l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis qui se sont engagés à fournir des avions contre le colonel Kadhafi participent à l’écrasement du soulèvement pacifique que connaît Bahreïn depuis plus d’un mois. L’état d’urgence a été proclamé, plusieurs dirigeants de l’opposition ont été arrêtés pour crimes de « sédition », alors qu’armée, police largement mercenaires et « citoyens loyaux » se déploient et ouvrent le feu à balles réelles sur des manifestants désarmés. La presse et les organisations de droits de l’Homme témoignent d’entraves répétées apportées par les services de sécurité à l’accès des blessés aux hôpitaux et de tirs et agressions contre médecins et ambulances. De nombreux journalistes étrangers ont été expulsés et d’autres se sont vu refuser un visa, comme si le pouvoir craignait leur témoignage. Le gouvernement français, mobilisé contre Kadhafi, reste particulièrement silencieux face à l’action d’un appareil répressif auquel il vend, par accord, « notre savoir-faire » depuis 2008.
Malgré sa taille, Bahreïn constitue une clé du processus démocratique au sein des monarchies absolues de la région et de l’ensemble du monde arabe. Il faut donc agir pour dissuader la répression et l’intervention de troupes étrangères, et soutenir fermement le mouvement pacifique de démocratisation bahreïnien.

Signataires au 26 mars 2011
Pouria Amirshahi, secrétaire national du PS aux droits de l’homme, à la coopération et au développement.
René Backmann, journaliste
Tarek Ben Hiba, président de la Fédération des Tunisiens citoyens des deux rives
Annette Benmussa, paysanne
Christian Bertola, militant écologiste
Martine Billard, députée de Paris
Laurent Bonnefoy, chercheur
Hafez Bouhlel, enseignant
Monique Cerisier-Ben Guiga, sénatrice socialiste
Jean-Paul Chagnollaud, professeur des universités
Mouhieddine Cherbib, militant des droits de l’homme
Monique Crinon, sociologue et philosophe, co-présidente du CEDETIM-IPAM
Olivier Da Lage, journaliste
Hosham Dawod, directeur du programme Proche et Moyen-Orient à la FMSH
Harlem Désir, député européen, secrétaire national à la coordination du Parti socialiste
Bernard Dreano, coprésident du réseau Helsinki Citizens’ Assembly
Françoise Duthu, ancienne députée au Parlement européen
Mireille Fanon-Mendes-France, Fondation Frantz Fanon
Jacques Fath, responsable des relations internationales du PCF
Françoise Germain-Robin, journaliste
François Gèze, éditeur
Jérôme Gleizes, commission transnationale Europe écologie-Les Verts
Catherine Grèze, députée européenne, Europe écologie-Les Verts
Maurice Godelier, directeur d’études à l’EHESS
Nathalie Goulet, sénatrice centriste, vice-présidente du Groupe d’amitié des pays du Golfe
Rémy Gruenenberger, paysan
Roger Heacock, professeur d’histoire, Université de Birzeit
Bernard Hourcade, directeur de recherche au CNRS
Kamel Jendoubi, président du Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’ Homme en Tunisie
Farhad Khosrokavar, directeur d’études à l’EHESS
Jean-Paul Lecoq, député communiste
Laurence Louër, chercheuse au CERI-Sciences-Pô
Christian Mahieux, porte-parole de l’union syndicale Solidaires
Gustavo Massiah, animateur du mouvement des Forums sociaux mondiaux
Pascal Menoret, chercheur, Université Harvard
José Luis Moraguès, CCIPPP
Karim Pakzad, chercheur à l ’IRIS
Marc Pellas, économiste, CDDHDPA
Gilles Perrault, écrivain
André Rosevègue, Union juive française pour la paix
Daoud Senni, militant Forum social des quartiers populaires
Michèle Sibony, enseignante
Denis Sieffert, journaliste
Michel Tubiana, président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme
Marc Valeri, chercheur

117 commentaires sur « Révoltes en Syrie »

0 | 100

  • permalien Nathan :
    29 avril 2011 @22h41   « »

    La liste des principaux assassins de la dictature Assad.

    http://www.bbc.co.uk/news/world-mid...

  • permalien Oualahila Ar Tesninam :
    29 avril 2011 @23h53   « »

    Quand on connait les mentors du petit hasbariste et leur palmarès, on ne peut que sourire à le lire insulter des hommes politiques syriens, très courageusement, dans l’anonymat, sur son petit clavier, pitoyable !

  • permalien Lou :
    3 mai 2011 @16h27   « »

    L’échiquier syrien
    Par Pepe Escobar
    Asia Time Online, le 29 avril 2011
    traduction [JFG-QuestionsCritiques]

    (...) L’agenda de la Maison des Saoud consiste essentiellement à diviser l’alliance entre Téhéran, Damas et le Hezbollah – et ainsi, progressivement démoraliser la résistance du Hezbollah contre les Etats-Unis et Israël. En Syrie, nous retrouvons donc à nouveau les Etats-Unis, Israël, la Jordanie et l’Arabie Saoudite qui partagent le même agenda. Les enjeux sont extrêmement élevés. Ce que vous voyez n’est pas nécessairement ce que vous croyez.

    A part tous ces intérêts étrangers, il y a un mouvement populaire légitime en Syrie. Le Parti d’Action Communiste, par exemple – qui s’est opposé au régime depuis des décennies – a été très vigoureux parmi l’opposition. En fait, la composante de gauche de l’opposition se demande si les Salafistes sont une minorité ou une majorité. L’agenda ultra sectaire de beaucoup de manifestants n’est pas un signe encourageant.

    Et la route qui se profile pourrait être très chaotique : le courant progressiste et laïque au sein de l’opposition – disons, pour le moment, une minorité – pourrait même se retrouver piégé dans un scénario à l’iranienne des années 1979-1981, tout comme ils pourraient finir écrasés par les fondamentalistes si le régime est renversé.

    Il est aisé de comprendre pourquoi les progressistes ont la nausée lorsqu’ils se voient alignés avec la maison médiévale des Saoud – qui a lancé la contre-révolution contre la grande révolte arabe de 2011 – dans une offensive pour faire tomber le régime d’Assad. Les progressistes ont aussi des raisons d’avoir la nausée lorsqu’ils se voient alignés avec Israël – qui donne l’impression de vouloir qu’Assad reste au pouvoir parce que l’alternative serait les Frères Musulmans. (...)

  • permalien Ouаlahila Ar Tesninam :
    9 mai 2011 @22h09   « »
    Révoltes en Syrie - Les événements pour ce qu’ils sont ?

    Un petit événement médiatique récent est passé très largement inaperçu dans les médias globaux, Monsieur Ghassan Ben Jeddo, Directeur de l’information de la chaîne satellitaire Al-Jazeera a présenté sa démission compte tenu de la ligne éditoriale que les propriétaires de ce média qatari tentaient de lui imposer concernant en particulier les événements à Bahreïn et en Syrie. On aurait pu croire que cela aurait pu faire un peu de bruit dans le Landerneau médiatique global, mais il semble bien que ceux qui souhaitaient que cette péripétie reste confidentielle soient parvenus sans grandes difficultés à leurs fins.

    Mentir, mentir et même y croire…

    Toutefois, quelques activistes et chercheurs se sont malgré tout penchés sur la question afin de tenter de déterminer ce qui avait bien pu déterminer cette décision somme toute assez inhabituelle et si elle était fondée ou non, leurs conclusions sont saisissantes...

    N’ayant pas la chance de pratiquer suffisamment bien la langue arabe, j’invite ceux qui sont plus à l’aise en la matière et seraient intéressés par le sujet à se documenter à ce propos, il est clair qu’ils ne seront pas déçus...

  • permalien jabrane :
    28 juillet 2011 @00h52   « »

    Voilà les promesses de changements de démocratisation d’un régime fashiste:tuer des civiles, martyriser des enfants, étouffer les voix de la liberté. Tout cela traduit l’embarras du dictateur qui a beau boucher ses oreilles mais l’air de la liberté et de la Karama ésonne fort, et despote fou furieux voit partout les martys "Chohadae" le suivre et transformer sa vie en mauvais rêves en cauchemars continus

  • permalien Lou :
    7 août 2011 @10h55   « »
  • permalien Lou :
    7 août 2011 @11h45   « »

    Un article de Joshua Landis traduit en français sur Infosyrie.fr :

    La controverse autour des groupes armés

    par Joshua Landis

    Il parle de nouveau du mouvement des officiers libres :

    Le Mouvement des Officiers libres prend de l’importance. La plus récente vidéo éditée par le M.O.L. montre que le nombre de ses membres progresse, bien que l’organisation n’en soit encore qu’à ses balbutiements. Son leader déclare qu’ils défendront les civils contre les « actions barbares du régime et de ses Shabbiha (jeunes délinquants issus de la communauté alaouite de la région côtière du nord du pays, censés avoir joué un rôle dans la répression de certaines manifestations de l’opposition, Ndlr) »

  • permalien Nathan :
    7 août 2011 @11h49   « »

    Le boucher de Damas s’attaque à une autre ville.

    http://www.bbc.co.uk/news/world-mid...

  • permalien K. :
    8 août 2011 @22h04   « »

    Drole d’histoire que celle de MK Bhadrakumar.

  • permalien Nathan :
    10 août 2011 @14h18   « »

    Coincidence ? Après avoir pris le thé et les petits fours avec le ministre turc des affaires étrangères, le boucher de Damas s’est attaqué ce matin à trois localités à proximité de la frontière turque. Encore des morts à la pelle...

    Refermons cette page intempestive et parlons vite d’Israël...

  • permalien Lou :
    16 août 2011 @15h41   « »

    La Syrie est-elle en train de basculer dans la guerre civile ?
    (article du 8 Août 2011)

    (...) Ce que l’on peut conclure de l’évolution de la situation en Syrie et dans la région, c’est que nous sommes confrontés au risque d’une polarisation sectaire dans la mobilisation. Cela peut se développer en une guerre régionale majeure impliquant des intervenants arabes et musulmans poussés par l’intervention étrangère, à moins que le régime syrien se rende compte du cours périlleux qu’il poursuit, et aborde la situation avec sagesse, sans obstination ni arrogance.

    Interviewé dans le cadre de l’émission « Panorama » sur la chaîne satellitaire Al-Arabiyah, l’un des porte-parole du régime syrien, nous a surpris hier en reconnaissant crûment la possibilité du son pays de sombrer dans des abîmes sectaires. Il a déclaré que les États du CCG accueillaient des conférences de l’opposition syrienne sur leur territoire, et qu’ils déclenchaient à travers leurs chaînes par satellite une campagne d’incitation sectaire contre la Syrie. Il a averti, ou plutôt, a menacé que son pays pourrait faire la même chose avec les minorités ou les groupes chiites militant dans les Etats du CCG contre leurs régimes. Mais il a dit que la Syrie s’était jusqu’ici abstenue de le faire à cause de l’engagement de ses dirigeants en faveur des principes pan-arabes et nationalistes, et de l’idéologie laïque qui est opposée à toute forme de sectarisme.

    L’avertissement du porte-parole syrien est sérieux et il envoie un message délibéré, car généralement sinon tous les cas, aucun porte-parole du régime syrien ne peut s’exprimer devant une chaîne satellite sans coordination préalable avec ses supérieurs. Le régime syrien est toujours homogène bien qu’il est affaibli par les manifestations. Nous n’avons pas encore entendu parler de divisions importantes au sein du corps diplomatique ou politique syrien, comme cela s’est produit au Yémen et en Libye.(...)

  • permalien Lou :
    16 août 2011 @15h48   « »

    la Turquie persiste et signe

    l’article du 9 août de M K Bhadrakumar cité par K.

    Erdogan a déclaré de façon surprenante que ce qui se passe en Syrie est une « affaire interne » pour la Turquie et pas une question de politique étrangère, étant donné les 850 kilomètres de frontière entre les deux pays et de leurs liens culturels et historiques profonds. C’est la première fois Erdogan a laissé entendre que la Turquie pourrait intervenir en Syrie.

    La Turquie ne tolèrera pas l’évolution de la situation en Syrie : ministre des AE

    ANKARA, 15 août (Xinhua) — Le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu a déclaré lundi que les événements récents dans les villes syriennes de Deir ez-Zor et de Lattaquié ne pouvaient être tolérés.
    (...)
    « La Syrie a pris certaines mesures dans les deux jours suivant ma visite à Damas, y compris le retrait des chars de Hama et l’ouverture de la ville à l’ambassadeur turc à Damas ainsi qu’ aux médias nationaux et internationaux. Cependant la Syrie a intensifié ses opérations depuis jeudi soir », a déclaré M. Davutoglu.

    Il est impossible de considérer ces événements comme des affaires intérieures de la Syrie, en raison de leurs incidences en termes de droits de l’Homme, a déclaré M. Davutoglu, exprimant également le soutien de la Turquie aux légitimes demandes démocratiques du peuple syrien.

    « À plusieurs reprises, nous avons appelé les autorités syriennes à mettre un terme immédiatement aux opérations qui causent des pertes civiles. Si ces opérations ne prennent pas fin, nous n’aurons plus rien à leur dire. Ce qui s’est passé à Deir ez- Zor et à Lattaquié ne peut être toléré », a-t-il dit.

  • permalien Nathan :
    16 août 2011 @16h48   « »

    Guerre civile, tu parles... D’un côté, des snipers, des tanks et maintenant des frégates et de l’autre, une population désarmée qui manifeste. Le rapport de forces est encore plus défavorable qu’à Gaza car rappelons-le à Gaza, il y avait le Hamas en face.

  • permalien Lou :
    16 août 2011 @17h18   « »

    Sang sur la ligne irako-syrienne
    Par Pepe Escobar

    (...) Quelle est la prochaine étape ? La Turquie envahit la Syrie avec l’aide de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord ?

    La possibilité que le régime d’Assad en entier peut être dans une frénésie suicidaire est assez hallucinante. Mais le régime lutte pour sa survie ; de véritables réformes démocratiques signeraient sa fin. Comme les manifestations se poursuivent et sont peut être sur le point de rejoindre la deuxième plus grande ville, Alep, la ligne officielle persiste à affirmer qu’il s’agit d’une rébellion armée par les islamistes sunnites financées par l’étranger (c’est à dire l’Arabie saoudite et des particuliers fortunés du golfe Persique) .

    Ceci est partiellement vrai - concernant les groupes les plus radicalisés de la nébuleuse Frères musulmans/salafistes.. Mais cela n’explique pas ce que le romancier syrien Samar Yazbek définit comme une « révolution Spartacus des esclaves contre leurs maîtres", qui a débuté dans les campagnes, parmi les déshérités et s’est ensuite propagée à la jeunesse connectée et aux intellectuels citadins.

    Quand maintenant une « stable » Bagdad regarde une « instable » Syrie ,elle tente d’évaluer le niveau du soulèvement populaire - et dans quelle mesure la répression impitoyable peut provoquer, par exemple, une crise des réfugiés en sens inverse, en miroir de la guerre sectaire d’Irak qui a créé une vague de réfugiés Irakiens traversant la frontière en Syrie en 2006/2007.

  • permalien Lou :
    16 août 2011 @18h00   « »

    Pourquoi le régime syrien ne tombera pas (Asia Times)

    Aug 13, 2011

    (...) Le régime d’Assad est issue de la branche Alaouite du Chiisme. Pour la Maison des Saouds, cela signifie forcément que des Sunnites se font tuer. Et pour ne rien gâcher, par un régime allié à l’Iran chiite.

    Ce qui explique la condamnation par l’Arabie Saoudite, suivie par les royautés du Conseil de Coopération du Golfe (CCG), connu aussi sous le nom de Conseil de la Contre-révolution du Golfe, ainsi que la Ligue Arabe – une coquille vide manipulée par les Saoudiens. Pour couronner le tout, les richesses de la Maison des Saouds et du Golfe sont activement employées au financement d’un aspect moins présentable des protestations, à savoir la nébuleuse radicalisée de Frères Musulmans/Salafistes/Intégristes.

    Par contraste, la seule chose que les manifestants pro-démocratie à Bahreïn ont reçu de la part des Saoudiens et des pays du Golfe a été une invasion suivie d’une répression en bonne et due forme.
    (...)
    Le régime d’Assad a fait ses comptes et a réalisé qu’il ne tombera pas tant que les protestations ne touchent pas la capitale Damas ou la grande ville d’Aleppo – c’est-à-dire tant qu’elles ne touchent pas les classes moyennes urbaines. L’appareil de sécurité et militaire soutient totalement Assad. Les minorités religieuses en Syrie constituent au moins 25% de la population ; elles ont très peur de l’intégrisme sunnite. Les sunnites laïques quant à eux craignent un changement de régime qui verrait l’arrivée au pouvoir des intégristes ou un chaos. Il paraît donc raisonnable d’affirmer que la majorité des syriens soutient effectivement le gouvernement – aussi médiocre et brutal soit-il.

    De plus, le régime d’Assad sait que les conditions ne sont pas réunies pour une intervention de l’OTAN et une campagne de bombardement « à la libyenne » en Syrie. Il n’y aura même pas le vote d’une résolution de l’ONU – la Russie et la Chine l’ont déjà clairement fait savoir.

    L’Europe se décompose et aura du mal à participer à une nouvelle aventure mal ficelée. Surtout après l’épouvantable spectacle donné par les types du Conseil de Transition qui ont tué leur chef et qui se livrent des guerres tribales au vu et au su de tous – et cette ridicule touche finale de la Grande-Bretagne qui a reconnu les « rebelles » le jour même où ils ont tué et brûlé le cadavre de leur « commandant ».

  • permalien spybuzz :
    6 décembre 2011 @12h53   « »

    Spybuzz soutient la démocratie et vous invite au Sit in virtuel sur You Tube :

    Le principe : Une caméra ou un téléphone et vous vous filmez en lisant le texte suivant :
    (I am in solidarity with the Syrian people. I reject the brutality and killing that the Syrian authorities are committing against he
    unarmed Syrian people. And because silence is participation in this crime, I declare my participation in the Syrian Sit-in on youtube)

    Puis envoyez votre vidéo à : SyrianHub@gmail.com

    http://spybuzz.fr/le-buzz-politique...

  • permalien spybuzz :
    6 décembre 2011 @12h55   «
    Syrie : Razan Ghazzawi arrêtée par la police

    La blogueuse syrienne, Razan Ghazzawia été arrétée par la police à la frontière syrano-jordanienne, ce dimanche 4 décembre, alors que celle ci se rendait à Amman, pour assister à un forum sur la liberté de l’information dans le monde arabe. Cette information provient de l’organisation GlobalVoices et du Centre syrien d’information et du droit d’expression.

    L’arrestation de Razan Ghazzawi est un nouveau tournant dans la répression faite aux activistes syriens.Il n’y a pour l’heure aucune information qui a filtrée concernant ses conditions de détention, car la torture est très largement répandue et utilisée en Syrie, notamment contre les détenus d’opinion politiques.

    Depuis 2009, cette jeune diplômée d’anglais de la faculté de Lettres de Damas anime son propre blog « Razaniayat » et participe à de multiples activités littéraires et d’information, a également expliqué le centre syrien où elle occupait des fonctions d’encadrement, pressant par la même occasions les autorités de la libérer et de cesser « la répression des blogueurs et les journalistes ».

    http://spybuzz.fr/syrie-razan-ghazz...

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