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Ramallah, 11 avril

par Alain Gresh, 12 avril 2011

Sur la place centrale Manara, au cœur de Ramallah, sous l’œil vigilant des lions de pierre qui ornent le monument central et de quelques policiers, s’élève une tente dépenaillée, surmontée d’affiches et de slogans : « Le peuple veut la fin de la division » ; « Nous voulons une nouvelle représentation nationale élue par les Palestiniens à travers le monde ». Des photos montrant des soldats israéliens en pleine action contre de simples citoyens palestiniens : « Armée de défense ? » s’interroge le texte. Quelques dizaines de jeunes sont rassemblés pour soutenir les grévistes de la faim : ils ne sont que deux, deux autres ont été arrêtés depuis quinze jours par l’Autorité palestinienne. Des tentes du même type ont été plantées dans les grandes villes palestiniennes et certaines s’installent dans les villages. Qui est à l’origine de ces activités ? Quelques mouvements de jeunes récemment créés qui refusent toute récupération par les partis politiques, notamment par le Fatah ou le Hamas. Ils sont soumis, ici et là-bas, à nombre de pressions. A Gaza, ils ne peuvent tout simplement pas manifester ; ici, après quelques attaques physiques, la destruction de la tente à trois reprises, les autorités laissent les choses aller, mais font pression sur les manifestants d’une autre manière : en Cisjordanie, la plupart des emplois dépendent du pouvoir.

Un rassemblement se forme autour d’un homme que certains saluent, d’autres interpellent. Abdelaziz Douweik est l’ancien président du Parlement palestinien, un membre influent du Hamas. Il doit faire face à un jeune d’une vingtaine d’années qui lui demande : « Nous avons donné à l’Autorité une liste de 27 prisonniers du Hamas pour qu’elle les libère ; et vous, êtes-vous prêts à libérer les prisonniers du Fatah que vous détenez à Gaza ? » Douweik répond qu’il faut que les libérations soient simultanées. Il convainc d’autant moins que son mouvement interdit aux jeunes de manifester à Gaza. « De toute façon, souligne l’un des manifestants, les responsables politiques viennent tous ici pour la photo et puis s’en vont. »

Un groupe de cinq-six personnes rejoint le rassemblement en chantant, portant sur leurs épaules un jeune homme : Omar vient d’être libéré par les autorités israéliennes, après trois jours. Il avait participé à une manifestation, dans un village, contre l’occupation.

Les jeunes se plaignent que les médias ne rendent pas compte de leur mouvement. Il est vrai que la plupart sont contrôlés par l’Autorité. Même la télévision Al-Jazira semble plus que prudente. La publication par la chaîne, fin janvier, des Palestinian Papers, des documents censés démontrer la trahison de l’Autorité, avaient suscité des manifestations et même une attaque contre les locaux de la chaîne qatarie. Depuis, elle fait profil bas.

Il est bien difficile de tirer une leçon de ces quelques scènes. Comme ailleurs dans le monde arabe, les jeunes veulent le changement et nombre de traits des régimes arabes se retrouvent aussi bien à Ramallah qu’à Gaza. Mais l’occupation complique la tâche de ceux qui veulent changer.

Interrogé sur les perspectives, un des jeunes demande du temps : « Les responsables de toutes les factions palestiniennes sont au pouvoir depuis plus de quarante ans. Ils ont échoué, l’occupation perdure. Nous avons besoin d’un peu de temps pour mettre en place une nouvelle stratégie et une nouvelle direction. »


Une stimulante réflexion à lire de Jean-François Legrain, sur LeMonde.fr (11 avril), « Facebook et la fin de la division palestinienne ». Il est convaincu que nous assisterons bientôt à la troisième intifada. Voici sa conclusion :

« La reconstruction du politique palestinien ne pourra dès lors se faire qu’au prix d’une mise à l’écart de l’ensemble du personnel actuellement aux affaires dans une rupture avec la “dépalestinisation” de ces dernières années liée à la réintroduction des tuteurs arabes ou autres dont la “médiation” s’était imposée devant les risques de guerre civile. Cependant, après avoir fait de l’OLP le pilote de la mise en place de l’ordre israélo-américain en Palestine, la communauté internationale conduit Hamas sur un chemin proche et ses ennemis salafistes, pour ne citer qu’eux, ne s’y trompent pas. Préserver le lien social grâce à l’islam face aux ingérences de l’occupation constitue certes une solution d’attente mais au prix pour l’organisation porteuse d’une normalisation avec l’occupant. En gérant le pouvoir à Gaza dans le cadre d’une trêve prolongée mais en l’absence de souveraineté, Hamas est devenu un élément du système en place qui, in fine, ne profite qu’à la partie israélienne. »

« Un troisième soulèvement risque donc bien de concerner tant l’occupation israélienne que la représentation politique palestinienne, de façon beaucoup plus radicale que dans le cadre des deux intifada précédentes, représentation tant nationaliste du Fatah qu’islamiste du Hamas. Outre l’étincelle, l’inconnue reste ce que sera le degré d’implication des Palestiniens d’Israël et de la diaspora. »

Alain Gresh

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