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Forces spéciales et assassinats ciblés

lundi 2 mai 2011, par Philippe Leymarie

La mort au Pakistan d’Oussama Ben Laden – baptisé avec à propos « Geronimo » par les commandos chargés de son exécution – met fin à dix ans de traque : la « plus vaste chasse à l’homme jamais lancée à l’échelle internationale » se termine « à la Far West », sans avoir fait de quartier, en ayant fait disparaître le corps, et sur le registre typiquement américain de la vengeance. « Justice a été rendue », a décrété le président Obama qui, dans le sillage de son prédécesseur George W Bush, avait lancé les forces spéciales et les drones Predator de la CIA sur les traces de l’inspirateur d’Al Qaeda et des attentats hyper-meurtriers de septembre 2001…

Ben Laden, qui avait échappé à l’intervention des troupes américaines en Afghanistan consécutive aux attentats, avait été localisé pour la dernière fois par des témoins en novembre 2001 à Kandahar dans le sud afghan. Les services de renseignements régionaux ou occidentaux ont longtemps estimé qu’il se cachait dans la zone « tribale » bordant la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan.

Mais les spécialistes reconnaissaient en privé qu’ils n’avaient aucune piste sérieuse. Jusqu’à ce renseignement, reçu déjà en août dernier selon le président Obama, et patiemment exploité depuis, jusqu’à permettre ces dernières semaines le montage d’une opération commando héliportée, réalisée ce 1er mai à Abbottabad, à environ 50 kilomètres d’Islamabad, après un ultime feu vert de la Maison blanche.

La CIA militarisée

Le président américain avait choisi cette option « commando », plutôt que celle d’une frappe à distance, moins sûre et susceptible de faire de nombreuses victimes innocentes. Une cinquantaine d’hommes des Navy Seals, les forces spéciales de la marine, ont participé à l’assaut, qui a duré trois quarts d’heure. Leurs hélicoptères, emportant notamment le corps d’Oussama Ben Laden, ont rejoint ensuite la base américaine de Bagram, en Afghanistan.

La dépouille du chef terroriste a été transportée à bord du porte-avions Carl Vinson, déployé en mer d’Oman, d’où elle a été jetée à la mer. Il n’avait pas été envisagé, semble-t-il, de ramener Ben Laden vivant. Barack Obama a suivi l’opération en direct, depuis la « situation room » des sous-sols de la Maison blanche, avec les commentaires de Léon Panetta, le directeur de la Central Intelligence Agency (CIA), qui l’avait préparée et la conduisait en temps réel.

Ces dernières années, la centrale de renseignements américaine, lancée sur les traces de Ben Laden depuis plus de dix ans, avait renforcé ses effectifs au Pakistan, et procédé à des centaines « d’assassinats ciblés », grâce aux frappes de drones Predator : en deux ans, analysait la semaine dernière le New York Times [1], Leon Panetta (probable futur ministre de la défense) a « aidé à transformer l’agence d’espionnage en organisation paramilitaire, notamment en augmentant l’utilisation de drones au Pakistan, tandis que le Général Petraeus (actuel chef des opérations en Afghanistan, et promis à la direction de la CIA) a joué aux espions en s’appuyant sur des unités spécialisées et des entreprises privées spécialisées dans la sécurité pour mener à bien des missions secrètes pour l’armée ».

« Le résultat est que les militaires et les espions sont parfois virtuellement impossibles à distinguer quand ils mènent des opérations classifiées au Moyen-Orient et en Asie Centrale. Certains membres du Congrès s’en sont plaint, en disant que cette nouvelle façon de faire la guerre ne permet qu’un maigre débat sur l’échelle et l’envergure des opérations militaires. En fait, les agences militaires et d’espionnage américaines opèrent dans un tel secret qu’il est souvent difficile de trouver des informations spécifiques sur le rôle américain dans des missions majeures en Irak, Afghanistan, Pakistan, et maintenant en Libye et au Yémen. »

En février 2009, grâce à la confrontation de cartes de Google Earth, il avait été possible de prouver que la CIA utilisait, pour la mise en oeuvre de certains de ses drones, la base de l’armée de l’air pakistanaise de Shamsi (ou Bandari), située à 300 km de la ville de Quetta (un des fiefs des talibans pakistanais), et à 150 km des frontières afghane et iranienne. Moshin Hamid racontait récemment, sur le site du Guardian de Londres, avoir aperçu nombre d’agents probables de la CIA dans la région de Lahore [2]. Dans une artère de cette ville, deux Pakistanais avaient été tués en février dernier par Raymond Davis, reconnu plus tard comme agent de la CIA, et faisant partie sans doute de l’équipe chargée de retrouver la trace de Ben Laden.

On a la confirmation également, depuis la révélation de documents par Wikileaks en novembre dernier, que de petites équipes des forces spéciales US, dont certaines d’origine afghane, sont « embarquées » (embedded) depuis 2009 au sein d’unités pakistanaises déployées au nord et au sud du Waziristan, dans les zones tribales longtemps considérées comme un des principaux sanctuaires de la mouvance Al-Qaida : une mission de « conseil, renseignement et surveillance », dont le but était notamment « d’éclairer » les cibles en vue d’une poursuite par satellites, ou plus directement par des drones armés Predator et Reaper [3].

Assassinats ciblés

Ces frappes auraient fait 400 à 700 morts en 2009, dont une majorité de civils, selon les calculs de la New America Foundation, un think tank de Washington. En dépit de l’hostilité de l’opinion, et de vertueuses proclamations sur la souveraineté du pays, les autorités et l’armée pakistanaises ont apporté leur soutien à ce programme de frappes ciblées autorisé par Barack Obama, souhaitant simplement que les « bavures » soient aussi limitées que possible.

L’efficacité militaire (et donc politique) de ces drones a été mise en doute au Pakistan comme aux Etats-Unis. En 2010 – année record – il y a eu, selon le Washington Post, 118 attaques de Predators. Le Pentagone affirme que douze leaders talibans ou d’Al-Qaida ont été éliminés ; mais, 94 % des victimes seraient des combattants de base, voire des civils – en armes ou non. Et chaque attaque aurait coûté au minimum un million de dollars.

Le 17 mars dernier, une frappe de missiles tirés par un drone Predator, au nord-ouest du pays – la septième en neuf jours – avait fait trente-cinq tués : des insurgés, mais aussi plusieurs chefs tribaux civils et des policiers. Les quatre missiles tirés par le drone américain à New Adda visaient un centre d’entraînement des talibans pakistanais, dans leur bastion du district tribal du Nord-Waziristan. La moitié de l’état-major d’Al-Qaida aurait pu être éliminée par ces frappes, depuis leur mise en oeuvre.

Selon un rapport publié en 2010 par la New America Foundation, ces attaques ont fait entre 1 439 et 2 290 morts depuis 2004, dont un cinquième environ n’auraient pas été des activistes. La plupart de ces appareils sont pilotés depuis la lointaine base aérienne de Creech, au Nevada, près de Las Vegas, à plus de 12 000 kilomètres de leurs objectifs… Ces derniers mois, l’effectif d’agents de la CIA et de soldats des forces spéciales US au Pakistan avait dépassé les 300 personnes : les autorités d’Islamabad avaient demandé à Washington d’en réduire le nombre, devenu trop voyant.

Guerres sales

Une demi-douzaine de pays dans le monde possèdent la panoplie complète des forces spéciales, dans toutes les spécialités techniques (terre, air, mer, transmissions, etc.) et géographiques (commandos en milieu désertique, tropical, maritime, etc.). La capture de chefs de guerre, l’exfiltration d’amis ou d’ennemis, la libération d’otages, la mise en sécurité de ressortissants, etc. font partie des missions classiques de ce type d’unités, de même que :

- la recherche et la transmission de renseignements ;
- la neutralisation d’objectifs vitaux (pour l’adversaire) ;
- l’ouverture de théâtre et la préparation de sites pour l’accueil d’unités conventionnelles ;
- le contrôle avancé et le guidage d’aéronefs pour des opérations aéroportées ou des frappes aériennes ;
- les opérations psychologiques (PSYOPS) ;
- la protection de personnalités (VIP) ou de sites sensibles à l’étranger ;
- la formation, l’assistance et l’encadrement de mouvements ou pays amis pour la conduite d’opérations militaires, d’action de guérilla ou de contre-guérilla.

Ces « forces spéciales » sont nimbées d’une aura de mystère… la culture du « secret défense » et de la clandestinité… des actions commandos, exécutées avec force et rapidité, par de petites équipes autonomes et très mobiles de « surhommes » surentraînés, super-équipés, souvent à l’arrière des lignes ennemies, sous camouflage, sans respect des usages militaires habituels (uniformes, rites, lois de la guerre, etc.), entre Rambo, Mad Max et Mash…

Une réputation sulfureuse qui n’est pas toujours méritée, ces hommes restant des militaires, avec grades, encadrement, règles d’engagement, chaîne de commandement, etc. Même s’ils ont été utilisés par l’exécutif américain - et par d’autres pays ! - pour de « sales coups », des « guerres sales », et autres actions de guérilla ou contre-guérilla pour tenter d’en changer le cours (en Asie, au Proche-Orient, en Amérique latine, en Afrique).

L’essentiel des « forces spéciales » américaines est déployé à l’est et au sud de l’Afghanistan, depuis l’offensive déclenchée en octobre 2001. La Delta force, souvent en coopération avec la CIA, a été largement impliquée dans la traque de Ben Laden. C’est elle qui avait repéré et guidé les raids aériens pour l’élimination de Moussab Al-Zarkaoui, le chef d’Al-Qaida en Irak. Mais elle aussi qui avait rencontré des échecs retentissants lors du raid pour la libération d’otages en Iran (1980) et la guerre civile à Mogadiscio (1993).

Les hommes du 5ème groupement des Bérets verts, qui appartiennent à l’armée de terre, sont spécialisés dans les infiltrations selon des techniques de pointe, et les interventions au proche Orient, dans l’océan Indien et en Afrique du Nord (il doit y en avoir actuellement en Libye …). Autres « forces spéciales » : les Navy-SEALS, héritiers des nageurs de combat, mais aptes au combat « Sea, Air, Land », qui a donné leur nom, et héros de la « liquidation » de Ben Laden ; ou encore les SAS (Special air services), qui doivent beaucoup à leur modèle britannique.

Ouvertures de théâtre

En France, à la suite des insuffisances constatées durant la guerre du Golfe, il a été décidé de regrouper un ensemble disparate d’unités d’élite au sein d’un Commandement des opérations spéciales (COS), créé par décret en juin 1992.

Avec autorité sur 3 000 hommes [4], il a pour objectif de fédérer les unités spéciales des trois armées du « premier cercle », et de planifier et conduire leurs missions : le 1er RPIMa (Régiment parachutiste d’infanterie de marine) de Bayonne, spécialiste de l’action directe ; les Commandos-marine Jaubert, Trepel, De Penfentenyo, De Montfort, Hubert et Kieffer ; les Commandos parachutistes de l’air (CPA 10) ; le 13ème RDP (Régiment des Dragons parachutistes) de Dieuze, spécialisé dans le renseignement ; le 4ème RHFS ; l’antenne CIET ; l’EHS - Escadrille des hélicoptères spéciaux, et l’Escadron 3/61 Poitou (transport tactique).

Mais d’autres unités [5], appartenant à un « deuxième cercle », peuvent être requises pour l’exécution d’opérations du COS (à l’exclusion du service action de la DGSE) :
- le Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) ;
- les unités de la Brigade de renseignement (BR) de l’Armée de terre ;
- les unités de la 11e Brigade parachutiste, notamment le Groupement des commandos parachutistes (GCP) et le 17e Régiment de génie parachutiste (17e RGP) ;
- le Groupement de Commandos de montagne (GCM) de la 27e Brigade d’infanterie de montagne ;
- le Groupe commando amphibie (GCA) du 21e Régiment d’infanterie de marine (21e RIMa) ;
- les Équipes d’observation dans la profondeur (EOP) des régiments d’artillerie ;
- les Détachements d’intervention nautique (DIN) des unités du génie.

Les troupes du COS ont été engagées dans une série d’opérations, dont certaines ont été controversées. Le plus souvent, des « ouvertures de théâtre », où il s’agit en priorité de faire du renseignement, ou de montrer ses muscles : Oryx (décembre 1992 - janvier 1993), en Somalie ; Amaryllis (avril 1994), puis Turquoise (juin-juillet 1995), au Rwanda ; Azalée (septembre-octobre 1995), aux Comores ; Almandin (1996), en République Centrafricaine ; Alba (mars-juillet 1997), en Albanie ; Kahia (décembre 1999), en Côte d’Ivoire ; Vulcain (14 août 2000), au Kosovo ; Artémis (juillet-septembre 2003), en République Démocratique du Congo ; Arès (août 2003-janvier 2007), en Afghanistan ; Licorne (en cours), en Côte d’Ivoire ; Benga (juillet-décembre 2006), en République Démocratique du Congo ; Boali (mars 2007), en République Centrafricaine ; Thalathine (sauvetage des marins du Ponant, au large de la Somalie) en avril 2008 ; Mali et Burkina (en cours), suite à l’enlèvement des salariés d’Areva et de Vinci au Niger, en septembre 2010.

Notes

[1] Le Monde du 28 avril 2011.

[2] Moshin Hamid, « American predators in Pakistan », The Guardian, 22 février 2011.

[3] Cf Geoff Simons, « La diplomatie du drone », sur le site Mille Babords.

[4] Tous les personnels des unités des forces spéciales (et surtout leurs familles) sont protégés par le respect de l’anonymat (arrêté du 15 septembre 2006).

[5] Unités que recense le site Les forces spéciales en action

21 commentaires sur « Forces spéciales et assassinats ciblés »

  • permalien Oualahila Ar Tesninam :
    2 mai 2011 @20h40   »

    Vous faites bien à mon sens de noter que ce type de pratiques, ainsi que les dispositifs ad hoc eux-mêmes d’ailleurs, n’ont strictement rien à voir avec « la justice rendue » telle que l’on serait en droit de la concevoir dans une civilisation digne de ce nom, ce n’est rien d’autre qu’une loi du talion barbare et rien d’autre. De plus comme vous le remarquez, cela échappe à tout contrôle démocratique, y compris au niveau national du pays qui s’arroge le droit de les mettre en œuvre en vertu d’on ne sait quoi et en toute opacité. On peut en outre s’interroger sur l’utilité réelle, autre qu’en matière de communication ou de propagande, de faire assassiner sans jugement le soi-disant N°1 d’une organisation criminelle, en sachant pertinemment que le soi-disant N°2, en l’occurrence Ayman al-Zawahiri, le remplacera à l’identique voire en pire si ce n’était déjà fait… On peut s’étonner que ce type de pratiques orwelliennes se banalise, que pratiquement personne n’y trouve rien à redire, à ce petit jeu là, il ne faudra peut-être pas s’étonner que l’on se retrouve un de ces jours à nouveau dans un monde proche de celui qui existait du temps de Gengis Khan, on l’aura bien cherché.

  • permalien le journal de personne :
    2 mai 2011 @22h09   « »

    Kill Bin Laden

    Oussama Ben Laden n’est plus…
    Je voudrais envoyer aux plus proches du défunt un petit billet pour leur exprimer mes doléances plutôt que mes condoléances…
    Mais je ne sais pas à qui les adresser.
    A l’Amérique qui en a fait un guerrier puis un meurtrier et enfin un fou à lier qui croyait détenir le verbe sacré.
    A Israël, qui n’a jamais feint de le craindre, mais qui a néanmoins subtilisé son anathème pour transformer ses élus en électeurs et ses ennemis en états unis.
    Ou bien aux services secrets du monde entier qui ont fait semblant de le pourchasser ou fait exprès de l’épargner.
    Mais tout compte fait, on ne dira jamais à qui ses crimes ont profité sous peine de se mettre à dos
    tous les réseaux de la désinformation.
    Quant à l’Arabie, elle n’a désormais plus rien à se reprocher, elle peut se rapprocher de Dieu et cesser de lui cacher son jeu : en lui avouant enfin qu’à part l’or noir, tout le reste est blanc…
    Ben Laden est mort… mais ses ombres navrantes sont toujours flottantes dans la mémoire de chaque homme, qui sait que la vérité n’est qu’un tissu de contre-vérités.

    http://www.lejournaldepersonne.com/2011/05/kill-bin/

  • permalien Florent :
    2 mai 2011 @23h30   « »

    Cher Philippe,
    selon les sources que vous citez, les assassinats US ont fait "400 à 700 morts en 2009 dont une majorité de civils" et ensuite "1439 à 2240 morts depuis 2004 dont un cinquième de civils".

    Cela ne fonctionne pas, soit 2009 était une très très mauvaise année et le reste du temps c’était quasi-parfait, soit votre deuxième source sous-estime fortement le nombre de morts civils.

    De toute façon toutes ces sources donnent des fourchettes du simple au double, ce n’est plus de l’estimation mais de la divination !

    Enfin vous n’abordez pas le cadre légal (ou absence de) dans lequel se commettent ces meurtres. D’ailleurs y a-t-il une différence opérationnelle avec les forces spéciales françaises ? (qui agissent elles sur ordre du gouvernement d’un pays signataire de la CPI).

    Cordialement
    Florent

  • permalien Yvan :
    3 mai 2011 @08h35   « »

    Autant par la méthode employée que par les retombées électorales de l’opération, le minimum est de constater que la grande victime de ce meurtre c’est une certaine vision de la démocratie.

    Il n’est pas impossible que nous soyons dans un processus de "banalisation du mal".

  • permalien Oualahila Ar Tesninam :
    3 mai 2011 @09h02   « »

    Sur le plan de l’efficacité et du rapport coût / bénéfice on peut en outre s’étonner voire sourire de voir des étasuniens se féliciter de la réussite du raid dirigé contre Oussama Ben Laden.
    Il a tout de même pu échapper pendant une décennie m’a-t-il semblé et ce apparemment sans grandes difficultés à une chasse à l’homme sans précédent. Rien ne semble l’avoir gêné par exemple sur le plan financier, alors que les USA nous avaient pourtant juré leurs grands dieux avoir éradiqué les structures financières d’Al-Qaïda.
    Les USA se sont engagés dans deux guerres, l’Afghanistan puis l’Irak, alors que le premier avait bien peu de rapport avec l’attaque du 11 septembre 2001 et le second strictement aucuns. Dix ans après il est évident que les USA ne sont pas parvenus à gagner ces guerres qui leur ont coûté des milliers de soldats et ont tué des centaines de milliers de civils innocents.
    Les seuls pays qui semblent avoir joué un rôle réel dans cet attentat et les suivants, à savoir l’Arabie saoudite et le Pakistan, n’ont jamais subi aucune réelle pression et constituent toujours à ce jour une menace en matière de sponsoring d’organisations criminelles ou « terroristes » si l’on préfère.
    Le raid en lui-même ne semble pas avoir été une promenade de santé, un hélicoptère ayant été abattu et autre ayant dû être sabordé, il est encore heureux que le raid n’est pas capoté, ce qui semble avoir été évité de peu.
    Enfin dans tout ça je ne vois vraiment pas de raisons objectives de fanfaronner.

  • permalien Ouаlahila Ar Tesninam :
    3 mai 2011 @16h11   « »

    Une traduction (Sans prétentions...) d’un bon papier de Robert Fisk sur le sujet :

    Robert Fisk : A-t-il été trahi ? Bien sûr. Le Pakistan connaissait la cachette de Ben Laden pendant tout ce temps
    Mardi 3 mai 2011

    Une personne insignifiante d’âge moyen, un échec politique dépassé par l’histoire - par les millions d’Arabes demandant la liberté et la démocratie au Moyen-Orient - est mort hier au Pakistan. Et alors le monde est devenu fou.
    Venant fraichement de nous fournir une copie de son certificat de naissance, le président américain s’est présenté au milieu de la nuit pour nous fournir un certificat de décès en temps réel d’Oussama Ben Laden, tué dans une ville du nom d’un major de l’armée de l’ancien Empire britannique. Une seule balle dans la tête, nous a-t-on dit. Mais qu’en est-il du vol secret du corps vers l’Afghanistan, et une inhumation aussi secrète en mer ? L’élimination étrange et effrayante du corps - pas de sanctuaire, s’il vous plaît - a été presque aussi effrayante que l’homme et son organisation vicieuse.
    Les Américains étaient ivres de joie. David Cameron pensait qu’il s’agissait « d’un énorme pas en avant ». L’Inde l’a décrit comme un « jalon victorieux ». Le Premier ministre israélien Netanyahu se vanta « d’un triomphe retentissant ». Mais après 3000 morts américains le 11 / 09, d’innombrables autres au Moyen-Orient, jusqu’à un demi-million de musulmans morts en Irak et en Afghanistan et 10 ans à essayer de trouver Ben Laden, je vous prie de nous épargner d’autres « triomphes retentissants ». Des attaques de vengeance ? Peut-être viendront-elles, de petits groupuscules en Occident, qui n’ont pas de contact direct avec Al-Qaïda. Soyez certain, que quelqu’un est déjà en train de rêver d’une « Brigade du martyr d’Oussama ben Laden ». Peut-être en Afghanistan, parmi les Taliban.
    Mais les révolutions populaires dans le monde arabe au cours des quatre derniers mois signifient qu’Al-Qaïda était déjà politiquement mort. Ben Laden a dit au monde - en fait, il me l’a dit personnellement - qu’il voulait détruire les régimes pro-occidentaux dans le monde arabe, les dictatures de Moubarak et de Ben Ali. Il voulait créer un nouveau califat islamique. Mais ces derniers mois, des millions d’Arabes musulmans se sont soulevés, et ils étaient préparés pour leur propre martyre - pas pour l’Islam mais pour la liberté et la démocratie. Ben Laden ne s’est pas débarrassé des tyrans. Les peuples l’ont fait. Et ils ne veulent pas d’un calife.
    J’ai rencontré l’homme trois fois et une seule question reste sans réponse : qu’est-ce qu’il pensait en voyant ces révolutions se dérouler cette année - sous les drapeaux des nations plutôt que de l’Islam, les chrétiens et les musulmans réunis, le genre de personnes que ses propres hommes d’Al-Qaïda étaient heureux de massacrer ? (...)

  • permalien Ouаlahila Ar Tesninam :
    3 mai 2011 @16h34   « »

    A ses propres yeux, sa réalisation était la création d’Al-Qaïda, l’institution qui n’avait pas de carte de membre. Vous vous réveillez juste le matin, vous voulez appartenir à Al-Qaïda - et vous en êtes. Il était le fondateur. Mais il n’a jamais été lui-même un guerrier. Il n’y avait pas d’ordinateur dans sa caverne, aucun appel téléphonique pour faire exploser des bombes. Pendant que les dictateurs arabes régnaient incontestés avec notre soutien, ils évitaient généralement de condamner la politique américaine ; seul Ben Laden disait de telles choses. Les Arabes n’ont jamais voulu crasher des avions dans de grands buildings, mais ils admiraient un homme qui disait ce qu’ils voulaient dire. Mais maintenant, de plus en plus, ils peuvent dire ces choses. Ils n’ont pas besoin de Ben Laden. Il était devenu un personnage insignifiant.
    Mais en parlant de grottes, la disparition de Ben Laden met en lumière le Pakistan d’une lueur lugubre. Depuis des mois, le président Ali Zardari nous disait que Ben Laden vivait dans une grotte en Afghanistan. Or, il s’avère qu’il vivait dans un manoir au Pakistan. Trahi ? Bien sûr, il l’a été. Par l’armée pakistanaise ou l’Inter-Services Intelligence pakistanais ? Très probablement les deux. Le Pakistan savait où il était.
    Non seulement Abbottabad est le siège du collège militaire du pays - la ville a été fondée par le Major James Abbott de l’armée britannique en 1853 - mais il est aussi celui de la 2e division du corps d’armée Nord du Pakistan. Il y a à peine un an de cela, j’ai demandé une entrevue avec un « autre homme les plus recherchés » - le chef du groupe considéré comme responsable des massacres de Mumbai. Je l’ai trouvé dans la ville pakistanaise de Lahore - gardé par des policiers en uniforme pakistanais armés de mitraillettes. (...)

  • permalien Ouаlahila Ar Tesninam :
    3 mai 2011 @16h36   « »

    Bien sûr, il y a encore une question évidente sans réponse : auraient-ils pu capturer Ben Laden ? La CIA ou les Commandos de Marine ou les Forces spéciales américaines ou quelque autre dispositif américain qui l’ont tué n’avaient-ils pas les moyens de jeter un filet sur le tigre ? Barack Obama a appelé sa mort la « justice ». Dans d’anciens temps, bien sûr, la « justice » signifiait une procédure en règle, un tribunal, une audience, une défense, un procès. Comme les fils de Saddam Hussein, Ben Laden a été abattu. Bien sûr, il n’aurait jamais voulu être pris vivant - et il y avait des seaux de sang dans la chambre où il est mort.
    Mais un tribunal aurait ennuyé davantage de personnes que Ben Laden. Après tout, il aurait pu parler de ses contacts avec la CIA pendant l’occupation soviétique de l’Afghanistan, ou de ses rencontres chaleureuses à Islamabad avec le prince Turki, le chef des services de renseignements d’Arabie saoudite. Tout comme Saddam Hussein - qui a été jugé pour l’assassinat de simplement 153 personnes plutôt que des milliers de Kurdes gazés - a été pendu avant d’avoir eu la chance de nous parler des composants de gaz qui venaient d’Amérique, son amitié avec Donald Rumsfeld, de l’aide qu’il a reçu de l’armée américaine quand il a envahi l’Iran en 1980.
    Curieusement, il n’était pas « l’homme le plus recherché » pour les crimes internationaux contre l’humanité du 11 Septembre 2001. Il a acquis son statut d’ennemi public N°1 de l’Occident pour des attaques antérieures d’Al-Qaïda contre des ambassades américaines en Afrique et l’attaque d’une caserne des États-Unis à Dhahran. Il était toujours dans l’attente des missiles de croisière – tout comme moi-même - quand je l’ai rencontré. Il avait attendu la mort précédemment, dans les grottes de Tora Bora en 2001, lorsque ses gardes du corps ont refusé de le laisser se battre et l’ont forcé à marcher dans les montagnes du Pakistan. Pendant un certain temps qu’il a passé à Karachi - il était obsédé par Karachi - il m’a même, bizarrement, donné des photos de graffitis pro Ben Laden sur des murs de l’ancienne capitale du Pakistan et a salué les imams de la ville. (...)

  • permalien Ouаlahila Ar Tesninam :
    3 mai 2011 @16h37   « »

    Ses relations avec les autres musulmans étaient mystérieuses ; quand je l’ai rencontré en Afghanistan, il craignait d’abord les Taliban, refusant de me laisser voyager à Jalalabad dans la nuit à partir de son camp d’entraînement - il m’a mis entre les mains de ses lieutenants d’Al-Qaïda pour me protéger en cours de route le lendemain. Ses disciples détestaient tous les musulmans chiites comme étant des hérétiques et tous les dictateurs comme étant des infidèles - mais il était prêt à coopérer avec les ex-baasistes irakiens contre les occupants américains du pays, et il me le dit dans un enregistrement audio que la CIA a typiquement ignoré. Il n’a jamais fait l’éloge du Hamas et n’était guère digne de leur définition d’hier de « Moudjahid » qui a joué - comme d’habitude - directement le jeu d’Israël.
    Dans les années postérieures à 2001, j’ai maintenu une mince communication indirecte avec Ben Laden, rencontrant une fois l’un de ses associés d’Al-Qaïda de confiance dans un endroit secret au Pakistan. Je lui ai écrit une liste de 12 questions, dont la première était évidente : à quel genre de victoire pouvait-il prétendre lorsque son action avait entraîné l’occupation américaine de deux pays musulmans ? Il n’y eut pas de réponse pendant des semaines. Puis, un week-end, en attendant de donner une conférence à Saint Louis aux Etats-Unis, on m’a dit qu’Al Jazeera avait diffusé une nouvelle cassette audio de Ben Laden. Et une par une - sans me mentionner - il a répondu à mes 12 questions. Et oui, il voulait que les Américains viennent dans le monde musulman - afin qu’il puisse les détruire.
    Quand le journaliste du Wall Street Journal Daniel Pearl a été enlevé, j’ai écrit un long article dans The Independent, plaidant pour que Ben Laden tente de sauver sa vie. Pearl et sa femme avaient pris soin de moi quand j’avais été battu à la frontière afghane en 2001, il m’a même donné le contenu de son livre de contacts. Beaucoup plus tard, on m’a dit que Ben Laden avait lu mon article avec une profonde tristesse. Mais que Pearl avait déjà été assassiné. Ou alors qu’il l’a dit.
    Pourtant les propres obsessions de Ben Laden devinrent un fardeau même pour sa famille. Une de ses femmes le quitta, deux autres semblent avoir été tuées dans l’attaque américaine dite « du dimanche ». J’ai rencontré un de ses fils, Omar, en Afghanistan avec son père en 1994. C’était un beau petit garçon et je lui ai demandé s’il était heureux. Il me dit « yes » en anglais. Mais l’année dernière, il a publié un livre intitulé « Living Ben Laden » et - rappelant comment son père avait tué ses chiens bien-aimés dans une expérience de guerre chimique - le décrivant comme un « homme méchant ». Dans son livre, lui aussi, se souvenait de notre réunion, et a conclu qu’il aurait dû me dire que non, il n’était pas un enfant heureux. (…)

  • permalien Ouаlahila Ar Tesninam :
    3 mai 2011 @16h38   « »

    Vers midi, hier, j’ai reçu trois appels téléphoniques d’Arabes, tout certains que c’était un double de Ben Laden qui a été tué par les Américains - comme je connais de nombreux Irakiens qui croient encore que les fils de Saddam Hussein n’ont pas été tués en 2003, ni Saddam Hussein vraiment pendu. En temps voulu, Al-Qaïda nous le dira. Bien sûr, si nous nous sommes tous trompés et qu’il s’agissait d’un double, nous allons encore être gratifiés d’une autre vidéo du vrai Ben Laden - et le président Barack Obama va perdre les prochaines élections.

  • permalien le journal de personne :
    3 mai 2011 @19h17   « »

    kill Bin 2

    Le scénario qui sort de l’eau :
    Quelques minutes avant l’irruption des américains dans l’intimité de l’ennemi public numéro 1…
    Oussama écoutait pour la dernière fois sa profession de Foi… à la gloire d’Allah._ http://www.lejournaldepersonne.com/2011/05/kill-bin-2/

  • permalien gosselent :
    4 mai 2011 @03h48   « »
    Le Silence des Agneaux

    Le décès - assourdissant, pourtant - de Ben Laden me rappelle cette scène de Minority Report, quand Lamar Burgess / Max Van Sydow demande à Ed Witwer / Colin Farrell : "vous n’entendez rien ?", avant de lui expliquer que non, il n’entend rien, car personne ne sait qu’il va mourir. Et il le tue.
    Depuis 10 ans on entend ce bruit de fond continu de cris de vengeances (des parents des victimes) et de diatribes de vantardise (des "auteurs"), et maintenant, plus rien, si ce n’est l’écho de tout ce bruit passé.
    Shhhh.... le silence.
    Malgré toutes ces tentatives de bruit depuis deux jours, le silence...

  • permalien Ouаlahila Ar Tesninam :
    5 mai 2011 @23h27   « »

    Avant le 11 septembre 2001 personne n’entendait rien non plus... Nourrir un cycle de vengeance et de haine n’apporte jamais rien de bon, l’attentat du 11/09 était déjà un acte de rétorsion, les cibles n’étaient pas anodines ni choisies au hasard, le World Trade Center, symbole de l’impérialisme économique capitaliste US, le Pentagone, symbole de l’hégémonie impérialiste US, ce n’est pas le Vatican ou Las Vegas qui ont été frappés... A ce petit jeux là ça risque fort de ne jamais finir, ce n’est pas par de la barbarie ni de l’arrogance que l’on peut lutter contre des désespérés ivres d’injustice qui se livrent au terrorisme parce qu’ils n’ont plus rien à perdre, on ne fait que nourrir leur haine et ils ont tout le temps de se venger à leur tour... A mon sens c’est un très mauvais calcul.

  • permalien jcpres :
    7 mai 2011 @00h24   « »

    La mort de Ben Laden. Une pensée pour le commandant Massoud, dit l’Afghan, qui trouva la mort par la lâcheté identique à celle qui fit exécuter Oussama Ben Laden. Doit-on s’indigner de cette intervention militaire qui s’inscrit dans les lois du terrorisme ; à savoir tuer avant d’être tué ! On aurait tendance à oublier que la lutte terroriste n’admet point de sentiment ; elle fait guère de place aux états d’âme ! Quant aux principes relatifs à l’éthique, ils ne rentrent pas en ligne de compte, lorsqu’on s’engage dans un combat voué à perdre la vie. Oussama Ben Laden espérait-il réchapper à sa destinée ? Une lutte armée est un engagement qui aboutit à la confrontation de belligérants. Les questions d’ordre moral ne se posent pas en de telles circonstances où les victimes incarnent le combat utopique d’idéalistes déchus de leur identité ! La RAF, Action Directe, les Brigades Rouges, l’IRA et l’ETA ne se posèrent pas la question de savoir s’ils devaient mourir honorablement ! Ils connaissaient les risques encourus et les ont assumés, avec courage... Alors un procès de Ben Laden pour le bon plaisir de quelques intellectuels en mal de justice, cela revient à banaliser le terrorisme et l’inscrire dans une action civique légale !
    Jean Canal de presselibre.fr

  • permalien Ouаlahila Ar Tesninam :
    7 mai 2011 @00h37   « »

    On notera au passage que Oussama Ben Laden et Massoud avaient un point commun, il s’agissait de deux suppôts du grand Satan...

  • permalien marc :
    7 mai 2011 @01h30   « »

    @ Ouаlahila Ar Tesninam
    Merci pour la traduction et pour votre toute première conclusion,, malheureusement, dans la seconde, il manque vraiment beaucoup trop de noms ...

  • permalien Ouаlahila Ar Tesninam :
    7 mai 2011 @01h44   « »

    marc :
    7 mai @01h30

    @ Ouаlahila Ar Tesninam
    Merci (...) pour votre toute première conclusion,, malheureusement, dans la seconde, il manque vraiment beaucoup trop de noms ...

    Vous n’avez pas à me remercier ! Vous m’excuserez mais je n’ai pas compris votre commentaire à propos des miens, desquels de mes posts parlez-vous exactement SVP ?

  • permalien
    8 mai 2011 @09h49   « »
    Quelques précisions

    Les DIN n’existent plus. Le deuxième cercle non plus d’ailleurs. C’est une notion qui a fait son temps, et elle n’a plus cours depuis au moins 4 ans.

    Par ailleurs, les missions de libération d’otages sur le Ponant et la Tanit étaient des missions Marine, et non COS. Les commandos marine y sont intervenus sous commandement de la marine nationale, non du COS.

  • permalien K. :
    17 juin 2011 @00h17   « »

    Cet article ne cite pas les constatations du CIVIC
    http://blog.mondediplo.net/2010-10-...

    Il ne cite pas non plus les précisions apportées par un article de Gareth Porter
    http://blog.mondediplo.net/2010-10-...

    Quant à la "New America Foundation", comme beaucoup de "think tank de Washington", sa crédibilité est très douteuse, et pas seulement parce qu’elle ne se base que sur les données de sources officielles.
    http://english.aljazeera.net/indept...

  • permalien K. :
    17 juin 2011 @00h36   « »

    Le dernier lien donné dans mon dernier post aborde aussi la question de la légalité, dont l’article de M. Leymarie ne parle pas, très différente selon que ce soit l’armée (soumise à des règles) qui utilise les drones, ou la CIA, ou pire encore les mercenaires employés par la CIA, n’ayant pratiquement pas de comptes à rendre.

    Un article de Daniel Luban,
    http://www.lobelog.com/drone-war-an...

    La guerre des drones et la guerre sur les drones.

    Les récentes nouvelles [juin 2011] sur l’intention de l’administration Obama de renforcer la guerre des drones au Yémen sous les auspices de la CIA - l’armée conduit déjà une guerre de drones à plus petite échelle au Yémen depuis quelque temps déjà - souligne la nécessité de faire des drones un sujet de conversation plus central dans les discussions sur les différentes guerres et quasi-guerres US. (..)

    C’est une honte, parce que le renforcement de la guerre des drones est extrêmement problématique à la fois moralement et stratégiquement et mérite d’être plus débattu publiquement....

  • permalien K. :
    18 juillet 2011 @11h11   «

    US drone strikes in Pakistan claiming many civilian victims, says campaigner.

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