Le Monde diplomatique
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Le démographe et le politique

jeudi 23 juin 2011, par Alain Parant

Dans le cadre du dossier « Des chiffres et des hommes » publié dans le numéro de juin du « Monde diplomatique », nous présentons ici une analyse sur l’utilisation politique du résultat des recherches en démographie…

Fraîchement nommé représentant des Etats-Unis à la Commission de la population des Nations unies, le général William H. Draper formula une requête, publiée en janvier 1970, en faveur d’une croissance démographique zéro à partir de l’an 2000. S’il se référait d’abord à son pays, le général Draper avait surtout en vue les pays en voie de développement dont les populations croissaient alors à un rythme record (doublement tous les 25 ans ou moins).

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« Evolution de la population mondiale depuis la naissance du Christ jusqu’en 1960 »
Source : Georg Borgström, Too Many : A Biological Overview of the Earth’s Limitations, 1969.
Cité par Jacques Véron (INED), lors de sa communication « Esquisse d’une histoire naturelle et politique de la population mondiale (1950-2000) » au congrès UIESP de Salvador de Bahia (18-24 août 2001).
Dans cet ouvrage figure une illustration particulièrement révélatrice de la dramatisation de la croissance démographique mondiale.

Dans le cas du Mexique, cette requête fut déclarée irrecevable par les démographes [1] : compte tenu de la pyramide des âges de la population du pays en 1960, de son évolution prévue sur la décennie, ainsi que des tendances anticipées pour la mortalité, la proposition impliquait une transformation irréaliste des taux de fécondité. La stabilisation des effectifs s’accompagnerait de déséquilibres dans la structure par âge, nuisibles au développement économique et social.

Au tournant des années 1990 et 2000, en France (où l’immigration extérieure a contribué à pallier certaines carences par le passé, mais où la dénatalité consécutive au baby-boom ayant suivi la Libération était loin d’être la plus sévère) et en Europe, dans un contexte de basse fécondité et de rétrécissement de la base des pyramides des âges, nombreux furent ceux qui envisagèrent le recours à l’immigration étrangère comme une solution de rechange. La crainte d’une pénurie généralisée de main-d’œuvre ou d’un vieillissement démographique et d’un déséquilibre trop accusé entre le nombre d’actifs et celui des retraités explique que l’on ait repensé à ce type d’approche, sans vraiment en saisir les enjeux et les effets réels à court, moyen et long terme.

Une étude de la division de la population des Nations unies [2] mit en évidence les limites, au strict plan comptable, du recours à l’immigration extérieure pour satisfaire certains objectifs démographiques : le maintien du volume de population européenne (Union européenne à quinze) en âge d’activité impliquait déjà une immigration nette totale de près de 80 millions de personnes de 1995 à 2050. Et si l’on voulait maintenir le rapport des 15-64 ans aux 65 ans ou plus le hisser à son niveau initial (4,4 personnes de 15-65 ans pour 1 de 65 ans ou plus), cela impliquait d’« importer » — sur la même période — quelque 700 millions de personnes !

Ces deux exemples mettent en lumière combien des esprits peu familiarisés avec la démographie et la mécanique des populations dans leur marche à long terme peuvent lourdement se méprendre, et combien donc s’imposent le regard et l’approche du démographe sur les questions relatives à l’évolution des populations. Ce regard et cette approche, indispensables et singuliers, ne vont pas d’eux-mêmes : ils sont fortement contrariés et les connaissances qu’ils produisent malgré tout sont, très souvent, sous-utilisées quand elles ne sont pas simplement ignorées.

La connaissance contrariée

Pour son analyse des populations, qu’il appréhende en premier lieu comme des ensembles renouvelés par le jeu des naissances, des décès et des mouvements migratoires, le démographe a développé un corpus de méthodes qui a trouvé, dès l’origine, à s’investir dans des champs très divers, sous l’impulsion de pères fondateurs convaincus de l’efficacité des outils qu’ils venaient de mettre en place et du bien-fondé de leur application dans d’autres champs. Cette intrusion, mal perçue, explique en partie pourquoi la démographie n’a pu en aucun pays accéder à l’autonomie — pas même en France, qui peut pourtant s’enorgueillir d’une école ayant ouvert maintes voies et œuvré à la large diffusion d’indicateurs pertinents et robustes. La curiosité grandissante pour d’autres domaines eut pour conséquence un délaissement du champ traditionnel de la démographie et un abandon de ses outils d’analyse propres.

Grand consommateur de données, le démographe est, en la matière, étroitement soumis à l’offre. Si la qualité d’une statistique publique en phase avec les besoins de connaissance est directement fonction du degré d’exigence de ses utilisateurs, l’histoire de l’élaboration des statistiques démographiques n’en montre pas moins que la profondeur de la collecte a anticipé les exigences, et non l’inverse. En France, où les bases de l’état civil moderne ont été jetées dès la fin du XVIe siècle et où le principe de l’organisation obligatoire des recensements est posé depuis 1822, la collecte des données a précédé de très loin le calcul de la plupart des indices démographiques les plus usités. L’analyste a suivi le comptable et il est exceptionnel aujourd’hui qu’il ne marche pas dans ses pas, un état de fait qui peut s’avérer préjudiciable à la connaissance.

Par exemple, l’analyse de l’efficacité et de l’équité de la politique familiale française peut se limiter à celle des informations recueillies relativement aux différentes formes d’aides publiques et à certains grands agrégats [3]. Fruit d’une collecte comportant déjà bien des difficultés et relativement incertaine, le résultat sera certes instructif, mais limité. Aller plus loin et chercher à vérifier quelles familles sont véritablement aidées par la collectivité nationale posera au démographe d’incommensurables problèmes de collecte d’informations sur les transferts monétaires et avantages (tarifs réduits, attribution de droits à pension) bénéficiant aux familles et sur les prélèvements obligatoires (impôts directs et indirects, taxes locales, cotisations) pesant sur elles. Au moment où des voix s’élèvent pour généraliser le versement d’allocations au premier enfant et/ou réclamer une égalité du montant versé indépendamment du rang de naissance et/ou conditionner les prestations familiales aux revenus des ménages (Décision 268 de la Commission pour la libération de la croissance française), une telle vérification serait pourtant précieuse.

Autre exemple : le dispositif d’observation statistique du droit à l’avortement entériné par la loi française du 17 janvier 1975. Fondé sur un bulletin permettant d’analyser les avortements comme des non-naissances, suivant les mêmes nomenclatures (âge, département ou pays de naissance, état matrimonial, nationalité, lieu de résidence, catégorie socio-professionnelle…) et à l’aide des mêmes indices (taux par catégorie de femmes, taux par durée écoulée depuis un événement donné), le dispositif de collecte mis en place permettait, malgré certaines insuffisances, une réflexion fine sur la réalité des interruptions volontaires de grossesse. Les analyses ainsi conduites ont largement apporté la preuve de son utilité ; elles ont, notamment, mis en lumière que, dans une France ouverte à la contraception moderne depuis déjà un tiers de siècle, l’avortement pouvait néanmoins tenir encore lieu de procédé contraceptif premier pour nombre de jeunes femmes issues de milieux défavorisés.

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Probabilité d’un avortement supplémentaire dans les cohortes d’avortement de 1979 selon l’âge du premier avortement (dans les douze années suivantes)
Sur 100 jeunes femmes âgées de 21 à 23 ans qui avaient déjà avorté trois fois (la dernière fois en 1979), 50 avaient avorté une quatrième fois dans les 12 années qui ont suivi.
Source : Chantal Blayo, « L’évolution du recours à l’avortement en France depuis 1976 », Population, n°3, 1995, pp.779-810, INED.

Après la refonte du bulletin en 2006, nombre de données ne sont plus recueillies, telles que la nationalité des femmes qui recourent à une IVG, leur situation familiale, leur situation professionnelle ou celle de leur conjoint ou compagnon. L’historique des grossesses antérieures (avortement provoqué, avortement spontané, naissance d’un enfant mort-né, naissance vivante) est réduit à sa plus simple expression (nombre de naissances et d’IVG antérieures). Cette dégradation des données a considérablement limité les possibilités d’analyse, quand elle ne les a pas rendues impossibles. Elles n’auraient pourtant rien perdu de leur utilité, la question de l’avortement continuant à faire régulièrement débat.

La connaissance inutile

Le démographe peut souvent apparaître comme un trublion, car il a besoin d’informations d’une grande précision, d’apparence superflue pour d’autres disciplines, afin de mettre en œuvre ses méthodes et ses exigences statistiques. Son souci d’interpréter les conclusions de ses analyses, de les confronter aux acquis des autres sciences sociales et humaines, d’initier des recherches de causalité peut conduire à des résultats qui perturbent les schémas dominants et contrarient certains présupposés. Ses essais d’anticipation des évolutions des populations risquent de « révéler » des futurs très divergents de ceux que ses contemporains espèrent et attendent. Ses lectures de l’avenir ont donc de grandes chances d’être durablement ignorées.

Le démographe est un grand producteur de connaissance inutile, au sens où l’entendait Jean-François Revel [4], de connaissance qui ne conduit pas à prendre de meilleures décisions, qui ne s’insère pas dans l’action, ou alors avec tant de retard que cela reste sans effet.

Dans la France de l’entre-deux-guerres, qui interprétait la crise économique et la montée du chômage comme des preuves irréfutables de surpopulation, Alfred Sauvy tentait au contraire d’expliquer que le pays avait besoin d’un « sursaut démographique ». Grâce à son obstination et à un double concours de circonstance — l’arrivée (qu’il avait anticipée) d’une balance déficitaire des naissances et des décès, et une semaine de plein pouvoir accordé à Paul Raynaud au début de 1938 — il pût faire passer un décret instaurant une cotisation patronale de 5 % sur les salaires, destinée à améliorer le niveau des prestations versées depuis 1932 aux familles.

Le 22 février 1939 fut créé un haut comité de la population et le 29 juillet de la même année le Code de la famille voyait le jour. Ce code généralisait le système des allocations familiales et le rendait progressif en fonction du rang de naissance. Qualifié de nataliste primaire par certains contempteurs, ce système fonde encore — même partiellement — la politique familiale française.

En 1980, réfléchissant aux effets à long terme du vieillissement de la France, les membres du groupe « Prospective personnes âgées du VIIIe Plan », dans leur rapport Vieillir demain (encore appelé Rapport Lion), avaient, entre autres, recommandé :

  1. de ne pas généraliser la retraite à 60 ans (« Une telle mesure sacralisant un seuil d’âge serait “l’image de l’irréversible”. Au nom de l’avenir, il faut l’écarter ») ;
  2. de substituer à l’âge de la retraite la durée d’activité (susceptible de varier dans le temps et d’être portée à « 40 ans peut-être, ou 42, voire 45 en première étape si on craint on afflux trop grand », cette substitution permettrait de limiter les effets de l’inégalité sociale devant la mort) ;
  3. d’instaurer un glissement progressif de l’activité à la retraite ;
  4. d’assurer le droit au travail pour les travailleurs âgés.

En 1981, Robert Lion devint directeur de cabinet de Pierre Mauroy. Cette nomination ne modifia en rien ses convictions, qu’il tenta au contraire de faire partager à son Premier ministre. En vain. Le 1er avril 1983, l’âge légal de la cessation d’activité professionnelle était ramené à 60 ans pour tous ; l’heure était au respect des promesses. On a pu mesurer depuis l’ampleur des difficultés rencontrées pour inverser la donne.

Avant que ne soit instaurée le 1er janvier 2002 l’allocation personnalisée d’autonomie (en remplacement de la peu généreuse et contestée prestation spécifique de dépendance), les démographes remplirent leur fonction d’alerte en attirant l’attention sur le fait que les personnes qui allaient, à très court terme, demander à en bénéficier seraient les survivants très peu nombreux des générations clairsemées nées pendant la première guerre mondiale. Mais ils ajoutaient qu’à l’horizon de quelques années, le nombre de bénéficiaires allait très fortement s’accroître du fait de l’arrivée des survivants des générations deux fois plus nombreuses à la naissance, nées de 1919 jusqu’au milieu des années 1920. S’il ne fut pas entendu à l’époque, l’avertissement est aujourd’hui apprécié à sa pleine valeur par plus d’un Conseil général, qui assume désormais ces dépenses.

De la connaissance « inutile », le démographe en produira encore. Les dirigeants politiques affirment avoir besoin de la connaissance démographique pour ne pas rester en marge des questions de population, mais ils appliquent rarement de façon concrète les recommandations qui leur sont fournies. Il faut qu’un sujet devienne brûlant pour l’inscrire à son programme — le « coup forcé » décrié par Bertrand de Jouvenel [5]. Le temps, ce facteur que Jean-François Revel tenait pour décisif dans l’influence que la connaissance peut exercer sur la vie. « Comprendre trop tard, écrivait Jean-François Revel, c’est comme ne pas comprendre, ou, en tout cas, pas à temps pour agir utilement. Le poncif d’après lequel l’art de gouverner consisterait à savoir attendre n’est que le maquillage de l’irrésolution. Si c’est pour laisser les situations évoluer toutes seules, à quoi sert-il d’avoir des dirigeants ? Trop tardive, la décision n’en est plus une : elle enregistre le fait accompli. La vie est un cimetière de lucidités rétrospectives [6]. »

Alain Parant est démographe à l’Institut national d’études démographiques (Ined), président de la Conférence universitaire de démographie et d’étude des populations (Cudep).

DOSSIER DÉMOGRAPHIE

Une planète trop peuplée ?
par Georges Minois

Longtemps, les dirigeants politiques ont scruté l’évolution de leur population, confondant nombre et puissance. Le XXIe siècle sera marqué par la question du vieillissement, tandis que resurgit le mythe millénaire de la surpopulation.

Fausses évidences sur la population mondiale
par Gérard-François Dumont

Démographie, que de poncifs on répand en ton nom... Ainsi, la « population mondiale » n’existe pas : elle est un agrégat sans signification, addition de réalités si différentes que l’évoquer revient à mélanger pommes et cerises.

Quand la Chine grisonnera
par Isabelle Attané

Si le poids de sa population — et notamment celui des Chinois en âge de travailler — a constitué un atout pour le dynamisme économique du pays, son déclin relatif et la montée du nombre de personnes âgées inquiètent les dirigeants.

Le temps de la jeunesse arabe
par Youssef Courbage

A l’encontre de certaines thèses, le poids des jeunes ne s’est pas traduit par une flambée de l’islamisme.

La Russie en voie de dépeuplement
par Philippe Descamps

Natalité en berne, forte mortalité, peur des immigrants... La Russie fait face à une récession démographique confirmée par le recensement de 2010. Ce phénomène donne la mesure du traumatisme lié à l’effondrement de l’Union soviétique.

Un « capital maternel » à partir du deuxième enfant (Ph. D.)

Cartographie de Philippe Rekacewicz.

Notes

[1] Bourgeois-Pichat Jean, Taleb Si-Ahmed : « Un taux d’accroissement nul pour les pays en développement en l’an 2000. Rêve ou réalité ? », Population, 1970, n° 5, pp. 957-974.

[2] Division de la population, département des affaires économiques et sociales, secrétariat des Nations unies, Les migrations de remplacement : une solution pour les populations déclinantes et vieillissantes ?, mars 2000.

[3] Cf. OCDE, Assurer le bien-être des familles, avril 2011.

[4] Jean-François Revel, La connaissance inutile, Collection pluriel, éd. Grasset & Fasquelles, 1988.

[5] Lire L’art de la conjecture, Editions du Rocher, Monaco, 1964.

[6] Jean-François Revel, op.cit., p 552.

18 commentaires sur « Le démographe et le politique »

  • permalien alahnaf :
    24 juin 2011 @15h43   »

    L’Auteur semble se lamenter de la non-prise en considération de l’offre scientifique (c’est de la démographie dont il s’agit ici) par les politiques. Ils réactualisent ainsi une vieille question entre savoir et pouvoir. Il n’ignore pas qu’aucun prince n’a suivi les recommandations de ses sages ; c’est souvent le contraire qui se passe. En d’autres termes c’est le savoir ou le magistère veillant à sa validité "scientifique" qui doit s’accommoder de l’offre politique.
    Voilà pourquoi il serait naïf de croire que le pouvoir politique a vraiment besoin de données scientifiques pour avoir une vision. Actuellement le mensonge pure et simple suffit largement pour mener une politique et d’ailleurs Sarko laisse au CNRS le droit à l’euthanasie !

  • permalien Merl moqueur :
    25 juin 2011 @17h05   « »

    Le débat politique interfère avec le débat scientifique en Sciences sociales, donc aussi en démographie.

    Ainsi un fait majeur, la croissance démographique rapide de 1960 à 2000 (doublement de la population mondiale de 3 à 6 milliards), peut engendrer des conclusions très différentes :

    optimistes : la production alimentaire a augmenté plus vite que la population du fait de la révolution verte, donc Malthus a tort ; le progrès technique résoudra les problèmes de l’humanité ;

    pessimistes : le prolétariat mondial (étymologiquement ceux qui prolifèrent) a augmenté très rapidement ; dans le même temps la révolution technique fait augmenter plus lentement la demande de travail non qualifié, dégageant une immense armée de réserve industrielle. Celle-ci, compte tenu de la transnationalisation des grandes firmes et de la domination financière pèse à la baisse sur l’ensemble des salaires, ce qui engendre une inégalité toujours plus grande et des crises financières et socio-économiques de plus en plus étendues et violentes.

    La partie de la démographie la plus intéressante pour les décideurs , la démographie socio-économique a été relativement délaissée en France après la mort d’A. Sauvy. La coupure des sciences sociales, science politique, sociologie, démographie, économie politique...limite la valeur scientifique de résultats trop partiels et donc l’aide à la décision politique.

  • permalien Merl moqueur :
    25 juin 2011 @18h27   « »

    Quel est le rôle des chocs politico-socio-économiques dans la baisse de la fécondité ?

    La baisse de fécondité est un autre fait majeur. En 1960 75% de la population mondiale a un nombre d’enfants par femme supérieur à 5,5. En 2010, plus de 80% de la population mondiale vit dans des pays où la fécondité est inférieure à 2,7.

    Les facteurs principaux de la baisse de la fécondité sont sociaux : baisse de mortalité, hausse de l’éducation particulièrement des filles.

    Pourquoi la baisse de fécondité se déclenche t’elle ou s’accélère t’elle brutalement pendant certaines périodes ? Le choc ou crise politico-socio-économique est une explication souvent sous-estimée.

    Si l’on suit l’ordre chronologique de la baisse de fécondité dans les grands pays le choc de la Révolution puis de l’Empire pour la France est suivi beaucoup plus tard d’un choc socio-économique dans la phase B récessive du cycle Kondratiev (1873-96) en Angleterre, Allemagne et dans une moindre mesure Etats Unis. En URSS c’est le choc de la collectivisation terroriste des terres et de la disette famine en 1930 qui joue. Au Japon il y a un triple choc de la défaite, du rapatriement massif de population et d’une très forte densité utile par km carré cultivable qui aboutit à une baisse de fécondité de 50% de 1947 à 1957.

    Les grands pays de l’ex Tiers monde vont suivre. L’Asie du Nord Est veut briser la spirale de la croissance démographique rapide, compte tenu d’une densité utile là aussi très élevée : la Corée suit le modèle japonais dès 1960 ; la Chine après les errements du grand bond en avant et d’un début de famine suit aussi ce modèle à la mort de Mao.

    En Asie du Sud et du Sud Est les crises alimentaires de 1965-70 vont engendrer une baisse de fécondité dès 1970 en Inde et Indonésie.

    En Amérique Latine et Afrique du Nord Moyen Orient le boom des matières premières jusqu’en 1980, des taux d’intérêt réels bas, une faible densité utile engendrent de l’optimisme. Le contre choc des matières premières, le passage à des taux d’intérêt réels élevés sur la dette après 1980 changent les anticipations et déclenchent ou accélèrent la baisse de la fécondité.

    L’Afrique subsaharienne avait le plus de retard pour la baisse de mortalité et l’éducation de base dans les langues vernaculaires et était considérée comme largement sous-peuplée en 1950. Mais là aussi la crise est durable : la croissance démographique rapide d’environ 3% par an aboutit à un doublement potentiel tous les 23 ans. La baisse du PNB par habitant après 1980, la raréfaction des terres, le sous-emploi massif aboutissent à une baisse de fécondité à partir des années 90.

  • permalien j’veux pas travailler :
    25 juin 2011 @23h35   « »

    C’est embêtant de lire sur le site du Diplo qu’il faut travailler plus longtemps. Et l’augmentation de la productivité ! L’intensification du rythme de travaille ! C’est de la propagande syndicale ? Ou c’est trop compliqué pour moi, et je ferai mieux de m’abstenir de réagir ?

  • permalien P :
    26 juin 2011 @10h54   « »

    @ j’veux pas travailler

    Les policiers de la Police de l’air et des frontières travaillent !
    Les ouvriers qui construisent les CRA travaillent !
    Les dealers travaillent et les policiers et gardiens de prisons travaillent !
    Les putes et les mères maquerelles travaillent aussi !
    Les lobbyistes et les traders travaillent beaucoup !
    Les avocats fiscalistes travaillent !
    Mettre au point des pesticides et dépolluer l’eau c’est aussi du travail !
    La sécurité nucléaire c’est du travail !
    Et faire des portes de voitures qui font un "clac" rassurant quand elles se ferment c’est du travail !
    Si les chats et les chiens préfèrent telle paté à telle autre c’est que des gens y ont travaillé !
    Et les ingénieurs et ouvriers de Dassault et cie, les mercenaires de Blackwater travaillent !
    Les chirurgiens esthétiques travaillent ainsi que les fabricants d’alarme, de porte blindées et tous les ouvriers qui font des itruc !
    Il y a beaucoup d’emploi dans la sécurité informatique !
    Je suis sur que BHL doit beaucoup travailler !
    Sans compter toutes ces chaînes de télévision et serveurs informatiques pour lequel il faut bien trouver un "contenu" !

    Pour reprendre un mot trouvé sur un blog :
    "Les cafards foutrent et jouissent aussi !"

  • permalien philippulus :
    26 juin 2011 @11h38   « »

    Surtout ne pas s’abstenir de réagir.
    Ainsi donc, du haut de son magistère, le démographe se plaint amèrement que sa connaissance est inutile et dédaignée par le pouvoir politique. Pour étayer son propos, il déplore que le pouvoir en place en 1981 ait préféré tenir une promesse électorale concernant l’age de départ à la retraite, plutôt que suivre les recommandations éclairées des experts.
    Mais les temps ont changé et le démographe devrait à présent être satisfait. En effet, l’année dernière, l’argumentation démographique a incontestablement été en première ligne de l’arsenal idéologique déployé par le gouvernement actuel pour en finir avec l’erreur de 1981 : puisque nous vivons plus vieux, il faut travailler plus longtemps. Point final.
    Je ne vais pas ici redévelopper le contre-argumentaire convenu des opposants hélas irrésolus à la réforme gouvernementalo-médefienne de 2010. Un élément d’analyse majeur faisait défaut : la quantité globale de travail des "actifs" suffit-elle à couvrir les besoins de la population totale ?
    Cette question essentielle en appelle immédiatement et logiquement d’autres : que produit-on, pourquoi, comment et qui décide ? Le volume de travail nécessaire dépend des réponses à ces questions qu’un démographe peut, comme n’importe quel autre citoyen, se poser mais sa connaissance spécifique n’apporte rien à la pertinence des réponses.
    Commençons donc par y réfléchir en intégrant une contrainte qui va devenir de plus en plus lourde : la contrainte écologique. Combien de productions inutiles et/ou redondantes et/ou nocives ?
    Dans les pays dits développés la production globale des actifs couvre largement les besoins des populations et si nous répondons "beaucoup" à la question précédente, il y a sûrement de la marge pour faire face sereinement au "problème" démographique.

  • permalien Anastasia :
    26 juin 2011 @11h52   « »
    Le démographe, le politique et la politique de l’autruche !

    La croissance démographique mondiale devrait être étudiée par des démographes extraterrestres pour que les conclusions soient crédibles, leurs homologues Homo dit sapiens se contenteront toujours de tenter de nous expliquer qu’il n’y a absolument rien d’anormal ni d’inquiétant, qu’une population qui a mis environ 200 000 ans a atteindre un milliard d’individus vers 1 800, se soit mis brusquement à progresser de manière quasi exponentielle pour être multipliée par plus de 7 en 2 siècles seulement, sur une planète à l’espace fini et aux ressources limitées ne nous en déplaise...

  • permalien j’veux pas travailler :
    26 juin 2011 @12h24   « »

    Mais je travaille quand même.

  • permalien Philippulus :
    26 juin 2011 @15h34   « »

    @anastasia : MERCI et BRAVO.

    Autant on arrive en cherchant bien à trouver un tout petit nombre d’économistes capables d’affirmer que la "croissance économique" n’est pas la solution mais bien une grosse partie des problèmes de l’humanité, autant il semble qu’aucun démographe pseudo sapiens ne soit en mesure d’affirmer que la croissance démographique humaine est en elle-même un problème sérieux.
    Certainement le syndrome de Malthus. Depuis les écrits de ce sinistre individu, il est devenu impossible d’avoir une réflexion un peu sensée (et donc critique) sur le sujet sous peine de se faire immédiatement qualifier (insulter ?) de malthusien. Donc de pourri prônant ouvertement l’extermination des pauvres.
    Ce sont pourtant bien les démographes orthodoxes (les seuls ?)qui sont, indirectement, les véritables malthusiens. Leurs discours lénifiants et incompétents (ex : la planète peut sans problème nourrir 10 milliards de bipèdes) contribuent à nous mener à l’inéluctable effondrement écologique, puis démographique.
    Malthus préconisait de limiter autoritairement la prolifération des pauvres. Les puissants d’aujourd’hui sont plus malins : laissons faire la nature et le paradigme de la croissance tout en accumulant la richesse et le pouvoir qui nous permettront (peut-être) d’échapper au naufrage.

  • permalien Anastasia :
    26 juin 2011 @16h27   « »

    Notez que commencer par "s’occuper" des riches plutôt que des pauvres serait nettement plus rationnel, ils sont en effet de facto très peu nombreux, et cela libérerait très rapidement des ressources considérables...

  • permalien Philippulus :
    26 juin 2011 @23h16   « »

    10 commentaires en 2 jours, une misère...
    Lorsque F. LORDON met en ligne un billet sur son blog (pas loin d’ici), les commentaires sont légion. Il est vrai que la forme et le fond de la prose du professeur Lordon valent le détour. Et puis il parle d’économie, pas de démographie. Il y a pourtant un lien.

    La problématique de la croissance démographique nous tétaniserait-elle ? Visiblement oui.

    @Anastasia : je suis totalement d’accord pour m’"occuper" des riches et les mettre hors d’état de nuire. C’est une condition nécessaire pour espérer résoudre les menus problèmes écologiques qui s’entassent. Mais ce n’est pas une condition suffisante.

  • permalien Anastasia :
    26 juin 2011 @23h58   « »

    En effet ! C’est pour cela que je parlais de commencer par "s’occuper"... De toute façon au point où l’on en est, et s’il n’est pas déjà trop tard, les solutions ne pourront de toutes façons qu’être pour le moins très "désagréables" et fort peu "orthodoxes"...

  • permalien KarimW :
    27 juin 2011 @19h40   « »

    Est-ce que le problème actuel est le nombre d’humains sur terre ?
    La production de pollution n’est elle pas concentrée dans certaines régions, peuplée par une minorité d’humains.

  • permalien Jordi GRAU :
    28 juin 2011 @06h59   « »

    Presque tout ce que je voulais dire a déjà été exprimé précédemment, notamment par Philipulus. J’ajouterai tout de même qu’il est étonnant qu’un démographe, apparemment soucieux d’une approche fine et qualitative des phénomènes (sur l’avortement, par exemple), puisse reprendre sans aucun esprit critique les conclusions du rapport Lion. En gros, si j’ai bien compris, le nombre d’actifs diminue proportionnellement au nombre d’inactifs, donc il faudrait diminuer le nombre d’inactifs en faisant travailler les vieux. Mais ce raisonnement, comme cela a déjà été dit sous une autre forme, ne tient pas compte de trois faits :

    - l’augmentation de la productivité
    - le fait que de nombreuses heures de travail sont consacrées à des produits inutiles ou nuisibles
    - le fait qu’il y a une différence entre personnes actives et personnes ayant un emploi. Avant de prolonger le temps de travail des actifs ayant un emploi, il faudrait songer à donner du travail aux jeunes, aux quinquagénaires mis sur la touche, aux personnes contraintes à travailler à temps partiel, etc.

  • permalien Philippulus :
    28 juin 2011 @12h17   « »

    Puisqu’il n’y aura pas ici d’échanges de fond sur la question démographique, revenons au sujet premier : le démographe et le politique.
    Le grand nom de la "science" démographique française est bien sûr Alfred SAUVY.
    Conseiller gouvernemental en 1938, il oeuvrera activement au démantèlement des "40 heures" instituées en 1936 en les qualifiant "d’acte le plus dommageable depuis la révocation de l’édit de Nantes". Plus tard, pour alimenter sa théorie du déversement, il militera pour la flexibilisation du "marché du travail".
    Aujourd’hui, (et dans un blog du diplo !) un héritier du grand Alfred, défend en substance le caractère inéluctable des iniques réformes des retraites qui se succèdent depuis près de 20 ans.

    Tout ça, bien sûr, parce que la "science" démographique l’exige ?
    Evidemment non, pure idéologie, point final.

  • permalien Jordi GRAU :
    28 juin 2011 @21h43   « »

    Oui, c’est étonnant, cet article sur le site du Monde diplomatique. En même temps, pas tant que ça, quand on songe que le mensuel vient d’être racheté par Goldman Sachs.

  • permalien Jordi GRAU :
    28 juin 2011 @21h45   « »

    C’était une plaisanterie... Pas drôle ? Oui, je sais. Je voulais juste détendre l’atmosphère.

  • permalien jcpres :
    29 juin 2011 @08h55   «

    voilà un article qui fournit une légitime occasion pour en parler. La démographie sonne de manière péjorative dans le vocabulaire politique, selon son utilisation historique, elle est alléguée afin de finaliser son idéologie : celle par laquelle elle justifiera son action, mauvaise en soi ! Des fins hégémoniques aux reconnaissances identitaires nationalistes, la démographie peut devenir un argument de xénophobie (la Chine la pratique sur elle-même). Elle a tendance à ramener l’état nation à ses valeurs fondamentales fondées sur cette intrinsèque identité qui n’a pas manqué, au cours de l’histoire, de provoquer les conflits meurtriers au nom de l’individualisme, à travers cette reconnaissance territoriale ! A l’heure où l’on cultive le pluralisme sous des aspects de constitution européenne, en l’occurrence, les pays surpeuplés agitent des épouvantails pour effrayer les immigrants en exil, chassés par ces mêmes conflits générés sans doute par ceux qui, craignant voir s’abattre ce phénomène chez eux, se prévalent d’en être mis hors de cause... La démographie n’est pas un fléau, c’est un phénomène de causalité qui s’inscrit dans l’évolution de cette vieille humanité très malmenée par des êtres humains avides de concupiscence économique !

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