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Ex-URSS - Europe - Résistances

En Biélorussie, une révolution muette

mercredi 20 juillet 2011, par Benjamin Vautrin

Nous sommes à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne, à Byelastok, côté polonais. Dans le hall de gare, les « fourmis » [1] s’activent. Deux vieilles femmes enfilent plusieurs couches de pantalons et de tee-shirts et se dirigent vers le quai avec une démarche de bibendum. Un peu plus loin, deux personnes enroulent autour de leur corps, à l’aide d’un film cellophane, plusieurs tee-shirts et robes d’été. Olga, une institutrice de la région, précise : « L’amende peut aller jusqu’à 500 dollars, mais ils font assez de trajets pour que cela reste rentable. Ils fonctionnent en réseau et mutualisent les amendes. »

Le ballet des fourmis n’a rien d’exceptionnel pour quelqu’un habitué à passer la frontière par voie terrestre. Mais ce qui étonne aujourd’hui, c’est la nature des produits transportés. Couches-culottes et serviettes hygiéniques ont remplacé l’habituel café dans les valises. Fin avril, le pays est plongé depuis plusieurs semaines déjà dans une crise des changes, et beaucoup d’entreprises importatrices ne peuvent plus acheter de marchandise en provenance d’Europe ou des Etats-Unis, faute d’euros et de dollars.

Il y a déjà pénurie pour un certain nombre de biens qui ne sont pas produits localement, pénurie amplifiée par les consommateurs eux-mêmes. Habitués aux dévaluations récurrentes et conservant le souvenir des années 1990, ils stockent en effet à la première alerte. Aussi, même le sucre et l’huile, pourtant produits localement, viennent à manquer. On peut se battre pour quelques kilos de sucre dans un supermarché, faisant dire au président Alexandre Loukachenko, quelques jours plus tard : « J’ai honte du peuple biélorusse [2]... »

La crise monétaire qui s’annonce depuis le début de l’année est tout sauf une surprise pour le président Loukachenko, qui avait pris soin d’avancer la date des élections présidentielles au 19 décembre 2010 [3]. Aux causes structurelles liées au système économique biélorusse (balance commerciale déficitaire, appareil productif peu rentable, peu de ressources énergétiques exploitables) s’ajoute une cause conjoncturelle : le 1er juillet 2011 est entrée en vigueur l’harmonisation avec la Russie des taxes d’importation sur les véhicules. Anticipant la hausse des prix, une véritable « course à l’importation » a eu lieu, les Biélorusses prenant d’assaut les marchés de véhicules d’occasion des pays voisins. Même si elle n’avait a priori rien à voir avec la crise en cours, la visite, début avril, du vice-président du Zimbabwe — pays champion de l’inflation — n’était pas faite pour rassurer la population.

La spéculation aidant (certains achetant plusieurs voitures par foyer pour les revendre ensuite en Russie), dès mi-avril 2011, trouver des euros ou des dollars relevait du parcours du combattant. De nombreuses personnes campent littéralement devant les bureaux de change et interpellent les clients : « Vous venez de changer des dollars ? Combien ? » Craignant les dévaluations, les Biélorusses ne gardent jamais de grosses sommes d’argent en monnaie locale. Les salaires sont aussitôt changé en dollars ou en euros.

Mis à part les produits alimentaires ou les biens de première nécessité, beaucoup d’échanges se font en dollars, y compris ceux impliquant des entreprises officielles qui, souvent, refusent d’être payées autrement qu’en dollars, monnaie avec laquelle il est pourtant interdit de conclure un contrat. Cette pratique est tellement courante que nombre de publicités contournent la loi en affichant les prix en « unité conventionnelle » (« y.e » en russe), affichant clairement le prix dans un dollar qui ne dit pas son nom.

A Minsk, dans le bureau de change de la BelarusBank du centre « Stolitsa », les personnes désireuses d’acquérir des dollars se sont organisés en comités locaux. Pour satisfaire le plus grand nombre, les acquéreurs se sont fixés une limite à « 100 dollars maximum par transaction ». Un cahier recense les demandes de chaque personne, avec un ordre chronologique d’arrivée et les coordonnées de chacun. Seuls les trois premiers de la liste sont physiquement présents dans le hall de la banque. Quand le premier a pu changer 100 dollars (grâce à un touriste, par exemple, venu acquérir de la monnaie locale), il appelle le quatrième de la liste, qui vient prendre son tour de garde et veiller à ce que l’ordre soit respecté dans la file d’attente. Les demandeurs doivent venir « pointer » tous les matins et signer la liste d’émargement pour confirmer leur présence et conserver leur rang dans la file. Une rigueur et une organisation que sans doute aucun système bureaucratique n’aurait pu instaurer. Ailleurs, ce sont des retraités, employés par des hommes d’affaires en manque de liquidités étrangères, qui sont payés pour faire la queue dans les bureaux de change.

Début mars, une personne qui se fait appeler « Piotr » a créé le site Prokopovi.ch. Non sans humour, le nom du site reprend celui du directeur de la banque nationale biélorusse, Piotr Petrovitch Prokopovich. Le site se propose d’être une « bourse d’échange » pour ceux qui souhaitent acquérir des devises étrangères. Le principe : une personne cherchant à « vendre » des dollars pose une annonce, un acheteur se manifeste, et ils se donnent rendez-vous dans une banque officielle. Le vendeur vient « déposer ses dollars » à la banque, et l’acheteur suivant dans la file d’attente les rachète aussitôt. Ainsi, l’argent ne reste pas à la banque, qui ne peut ni le bloquer en fin de journée, ni refuser de le vendre. Lancé au moment opportun, le site a vu sa popularité exploser et présentait quelques semaines après son lancement un pic de fréquentation à 100 000 visites par jour et 1 500 nouvelles annonces quotidiennes !

Le site met toutefois en garde les utilisateurs contre les spéculateurs ou escrocs qui pourraient profiter du système. Avant la dévaluation, le cours du rouble était d’environ 3 100 BYR pour un dollar et 4 569 BYR pour un euro [4], mais les entreprises en manque de liquidités étaient prêtes à acheter respectivement ces monnaies à 8 000 et 10 000 roubles au marché noir. Les entreprises importatrices hésitaient même à vendre, car elles savent qu’elles seraient payées en un rouble « inéchangeable » qui risquait d’être prochainement dévalué.

A vrai dire, le président Loukachenko est dans une situation peu enviable. A cette situation s’ajoutent les pressions internationales, et l’avide voisin russe qui attend les privatisations pour acquérir les fleurons de l’industrie biélorusse [5]. La situation est en grande partie le résultat de son « miracle économique subventionné », qui est à bout de souffle, de son comportement diplomatique cyclique et changeant, et d’un système corrompu qui, s’il n’affecte pas trop le citoyen (le racket des populations sévit moins qu’en Russie ou en Ukraine), touche durement les petits entrepreneurs et plombe toute source de profit dans les entreprise étatiques.

Pour redresser l’économie du pays, Loukachenko compte, « comme au temps d’Andropov, dit-il, remettre les Biélorusses au travail ». On assiste alors à des scènes ubuesques, comme dans ce salon de coiffure de la ville de Mosty, où des miliciens sont venus un jour de semaine prendre l’identité des clientes en menaçant : « Nous allons vérifier, si vous étiez aujourd’hui censées être au travail, vous serez réprimandées. »

Mais qui remettre au travail, quand même les usines d’Etat mettent une grande partie de leurs ouvriers en « congés forcés sans solde » ? Six cent mille travailleurs seraient dans ce cas, selon l’aveu même de l’agence d’Etat (Comité National de Statistiques). Un tournant pourrait avoir lieu si la crise économique mettait plus de gens dans la rue que les appels des partis d’opposition. Mi-avril, par exemple, des automobilistes ont organisé des opérations escargot aux stations-service pour protester contre la hausse des prix de l’essence, bravant l’interdiction qui leur avait été faite de manifester.

Le mouvement de protestation, qui existait pourtant depuis plus de trois ans, a pris plus d’ampleur depuis le printemps 2011, avec l’utilisation des réseaux sociaux, notamment Facebook et Vkontakte, son équivalent russophone. Malgré les pressions subies par les instigateurs du mouvement [6] « la marche des muets », ou la « révolution des réseaux sociaux », comme elle s’autoproclame, a commencé le mercredi 8 juin, et est reconductible de manière illimitée tous les mercredis. Sans être affilié directement à un parti, sans drapeaux ni slogans, avec pour seule arme des applaudissements, le mouvement qui rassemble de plus en plus de participants demande un « changement de gouvernance » et la « fin du régime Loukachenko ».

La façon dont les premières marches pacifistes ont été réprimées montre que, sur la liberté d’expression, la ligne politique du président biélorusse n’a pas changé. Il veut avoir « les mains libres pour travailler de manière efficace », comme il le répète lui-même.

Les « enlèvements » de passants en pleine rue par des miliciens en civil, pour des gardes à vues de deux à trois jours suivies d’une amende, ou d’un emprisonnement pour les plus récalcitrants, se multiplient. C’est paradoxalement cette injustice ressentie qui pourrait rallier de plus en plus de gens à la cause des « muets ». Ces mères de famille en pleurs (« Mon fils n’est pas un criminel, pourquoi l’a-t-on emmené ? ») commencent à comprendre que les autres « emmenés » ne sont pas les ennemis de la nation pour qui on veut bien les faire passer.

Pour les futures manifestations, les organisateurs proposent même d’être solidaires et de se porter volontaires pour être « emmenés », en montant massivement dans les camions de la milice, mettant ainsi les forces gouvernementales dans une situation inédite. Pousser le ridicule jusqu’au bout ne tue pas, mais il pourrait bien marquer durablement les consciences.

« L’ arrestation », une série de photos d’Anton Motolko (Biélorussie)

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Toutes les photos ©Anton Motolko

Une partie de l’œuvre d’Anton Motolko est visible sur Toxaby.livejournal.com.

Consulter aussi le reportage photographique sur le site de Ria Novosti, « Une drôle de manifestation à Minsk ».

Ping-pong médiatique aux olympiades de l’absurde

Pour ne pas risquer de faire quoi que ce soit d’illégal dans un régime où les procès à charge sont alimentés par des faits inventés, les manifestants ont tout simplement décidé de ne rien faire. La seule consigne est de se réunir, d’applaudir, sourire et féliciter quand un milicien s’approche de vous.

En russe, le mot réseau social peut aussi se traduire par « filet social » (comme l’anglais network qui contient le mot « net », filet). Aussi les commentateurs de BTCanal1 ne se gênent pas pour parler de « jeunes écervelés pris dans les filets de l’opposition », manipulés et financés par d’occultes puissances « de l’Ouest ». Le reportage qui a suivi le premier « mercredi » parle, à défaut de pouvoir les montrer, de « quelques jeunes » titubants, de drogués, de marginaux, comme lors des événements du 19 décembre.

La dernière marche ayant eu lieu le 22 juin, jour anniversaire de l’entrée en guerre de l’Allemagne nazie contre le bloc soviétique, les médias biélorusses n’ont pas hésité à qualifier les manifestants de « néofascistes osant applaudir ce jour terrible pour le peuple soviétique ».

Habitués des manipulations médiatiques (les fameuses « barres de fer et bouteilles de vodka » le soir des élections), les manifestants affinent à chaque nouvelle marche leur stratégie : la consigne a donc été donnée pour la marche suivante de ne même pas fumer de cigarettes, afin qu’aucune photographie ou scène filmée ne puisse laisser supposer l’usage de drogue. Sur les appels au rassemblement, on peut lire :

« Ne leur laissons aucune chance de nous stigmatiser !
Lors des manifestations, interdiction de : boire de l’alcool ou consommer des drogues, de crier des slogans, de jurer, de marcher sur la route (restons sur les trottoirs), interdiction de traverser au feu rouge, d’apporter un symbole politique ou un drapeau, de provoquer la milice, chanter des chansons, et dans la mesure du possible, ne pas fumer (pour ne pas leur donner l’occasion de montrer à quel point nous sommes « pervertis »). Si quelqu’un propose de faire un « sitting », ou commence à crier des slogans, écartez vous de lui à cinq mètres minimum, c’est sûrement un provocateur infiltré qui chercher à provoquer la répression.
La seule consigne : applaudir et sourire. »

Pourtant, pas besoin de casseurs ou de provocateurs pour démarrer la répression. Quelque peu désorientés lors de la première marche, les OMON (forces spéciales biélorusses) ont réagi à l’inattendu par l’imprévisible : arrêter de manière aléatoire toute personne se trouvant à proximité des applaudissements, attendant que quelqu’un résiste pour saisir de « belles images de violence ». Mais de résistance, point ou si peu. Et pas de bavure côté manifestants.

Lors de la dernière marche, près de cinq cents personnes ont ainsi été arrêtées sur l’ensemble du territoire. Chaque mercredi, le mouvement s’amplifie, et surtout, il est suivi dans plus d’une vingtaine de grandes villes biélorusses.

Sur cette vidéo, on peut voir un représentant de l’ordre, en civil, invectiver ses subordonnés : « Ne soyez pas timides, n’hésitez pas, allez ! Qui n’a pas compris la leçon ? On prend le prochain qui passe ! »

Le gouvernement a aussi appelé à la rescousse ses jeunes du BRSM (héritier des jeunesses communistes) pour organiser des « flash mobs » anti-manifestants. Pour contrer la « marche des muets », les jeunes du BRSM passent des chansons de la seconde guerre mondiale et des chants patriotiques sur de grandes enceintes sur le parcours des manifestants. Ces contre-attaques ne fédèrent qu’une dizaine de sympathisants par événement mais ont de quoi perturber les plus stoïques par le bruit qu’elles génèrent.

Benjamin Vautrin est journaliste.

Notes

[1] Nom donné aux populations vivant près de la frontière et qui, plusieurs fois par semaine, font l’aller-retour dans le pays voisin pour profiter des écarts de prix entre deux pays. De la Pologne vers la Biélorussie : textile, café, ustensiles de cuisine ou équipement ménager. De la Biélorussie vers la Pologne : essence, cigarettes, alcool. Cette activité peut générer un salaire à part entière dans le foyer.

[2] Propos rapportés par BelaPAN, le 27 mai 2011, suite à une visite d’Etat du président Loukachenko au Kazakhstan.

[3] Lire « Le rêve brisé de la jeunesse biélorusse », février 2011.

[4] Cours de la BelarusBank du 27 avril 2011, soit un mois avant la dévaluation du rouble biélorusse de 36%, le 24 mai 2011.

[5] La Communauté économique eurasiatique (CEE), qui regroupe le Belarus, le Kazakhstan, le Kirghizstan, la Russie, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan, a approuvé début juin l’octroi d’un crédit de 3 milliards de dollars sur trois ans à Minsk. Mais Moscou a posé comme condition que le pays procède à d’importantes privatisations. Le premier lot concerne BelarusKali, géant de la potasse et de l’engrais en Biélorussie.

[6] Serguei Pavliukevitch, un des instigateurs de la « marche des millions » sur Vkontakte, regroupant 120 000 sympathisants, a reçu le 6 juin la visite du KGB. Scénario similaire pour quatre autres administrateurs de groupes sociaux. Pressions sur la famille, confiscation de l’ordinateur, et obligation de retirer la page d’Internet. Le site Vkontakte est par ailleurs régulièrement bloqué par l’opérateur national BelTelekom.

28 commentaires sur « En Biélorussie, une révolution muette »

  • permalien Kakiharaa :
    20 juillet 2011 @21h39   »

    Merci beaucoup pour cet article sur des évènements dont on entend peu parler ailleurs.

  • permalien yann :
    21 juillet 2011 @11h21   « »

    votre article montre une vision préétablie par les bien pensants d’occident sur la réalité biélorussienne. La crise actuelle provient surtout de la spéculation organisée en janvier 2011 à partir de Moscou contre le rouble biélorussien, en s’appuyant sur les banquesde Minsk privatisées au profit de Moscou, ce que des études ont analysé et qu’il faudrait lire avant de se rendre en Biélorussie. Il est d’ailleurs étonnant que le reportage se soit basé sur ce qu’on observe à la frontière du pays, sans être entré dans le pays alors que la liberté d’entrer et de circuler en Biélorussie est totale, et que des ONG locales ont invité au cours des mois passés les journalistes occidentaux à des séjours où ils pouvaient demander à voir ce qu’ils voulaient, y compris à rencontrer des militants de l’opposition (ce qui n’est pas un gros problème vu que les partis d’opposition ont des bureaux à Minsk tout à fail officiels !). Pour ceux qui veulent en savoir un peu plus, je conseille de lire l’article paru dans la revue des USA Counterpunch : < http://www.counterpunch.org/brand07... > . Malheureusement, en français, il n’y a pas d’articles d’un même niveau sur le sujet pour le moment.

  • permalien Pagure :
    21 juillet 2011 @16h37   « »

    Bonjour

    je pense qu’il ne faut pas juger le journaliste trop rapidement :

    "Il est d’ailleurs étonnant que le reportage se soit basé sur ce qu’on observe à la frontière du pays, sans être entré dans le pays alors que la liberté d’entrer et de circuler en Biélorussie est totale"

    Ayant pu croiser le journaliste en question il y a quelques années, je sais qu’il connait bien le pays et pas que de l’extérieur...

    En tout cas bel article qui nous montre bien que la situation ne va pas en s’améliorant là bas, aux portes de l’Europe...

    Pagure

  • permalien Robert :
    21 juillet 2011 @18h01   « »

    C’est étonnant de lire dans le Diplo les mêmes préjugés contre le gouvernement à Minsk qu’on lit dans les autres médias (Figaro, Monde, etc. etc.). Cet article n’est qu’une série d’anecdotes sur les effets négatifs d’une crise économique dans un pays, sans expliquer pourquoi il y a eu cette crise sauf pour répéter les mêmes formules que l’on trouve dans tous les autres médias : “balance commerciale déficitaire, appareil productif peu rentable, peu de ressources énergétiques exploitable...”. Si l’appareil productif n’était pas rentable, comment expliquer la grande croissance économique du pays ? Vous ne mentionnez pas que le Belarus a la meilleure croissance de la CEI. Une balance commerciale déficitaire n’est pas nouvelle, ni le manque de ressources énergétiques, et ne seraient pas la cause d’une crise financière. La crise est due à la hausse drastique de prix de ces ressources par la Russie en janvier et février, et des attaques spéculatives sur le rouble bielorusse. Lisez l’article récent de Michèle Brand dans Counterpunch cité par Yann. Vous mettez la crise entièrement sur les épaules du président, l’assimiliant au président du Zimbabwe, sans justifier ce point de vue. Vous négligez aussi de mentionner que les Etats-Unis et l’Europe dépensent des millions de dollars pour changer le régime en Belarus, que les observateurs indépendants en provenance de la CEI ont déclaré qu’ils n’ont pas vu de la fraude dans les élections présidentielles, (voir entre autres
    http://www.counterpunch.org/shamir1...), que la OSCE appartient aux gouvernements occidentaux et n’est pas fiable (voir http://www.antiwar.com/orig/mcadams...) et surtout vous ne mentionnez pas que les “protestations” après les éléctions de décembre 19 étaient en effet une tentative à prendre le bâtiment du gouvernement par la force et ainsi faire un coup d’état (voir http://www.youtube.com/watch?v=JFKH...). Quand cette ingérance occidentale n’a pas réussi, la stratégie a changé : essayer de détruire l’économie avec des attaques spéculatives contre le rouble bielorusse. Pourquoi est-ce que vous ne mentionnez pas ces faits ?

    Votre article semble relever de la propagande anti-Loukachenko. Il y a énormément de manipulation médiatique sur la situation en Belarus. C’est dommage de voir que le Diplo est tombé dans ce piège.

  • permalien Pablo :
    21 juillet 2011 @21h35   « »

    Après son article « Les rêves brisés de la jeunesse biélorusse » publié dans ce même blog il y peu, Benjamin Vautrin (BV) récidive dans son rôle de pourfendeur du seul pays qui résiste à la mondialisation en Europe. Très détaillé sur les difficultés à vivre dans un pays pauvre en matières premières, sans sortie à la mer et entouré des voisins à vocation prédatrice il attribue toute la faute à Loukachenko, à sa politique économique. A suivre BV, la diversité des mesures d’agression économique ourdies par les USA, l’UE et la Russie ne sont pour rien. Pourtant il les connaît bien ces mesures, BV. Il sait que des avoirs biélorusses sont gelés à l’étranger, que des opérations de commerce ont été bloquées cherchant à faire plier ainsi ce pays insoumis. Que les oligarques russes ont formé une sorte de joint-venture avec le FMI, l’UE et Washington pour obliger à Loukachenko à rendre des bijoux de la technologie industrielle du pays en échange des crédits qui finiront pour, par après, étrangler le pays. Il sait bien que Moscou à relevé abusivement ses prix de pétrole pour exercer plus férocement son chantage. Que les russes sont allés jusqu’à couper la fourniture du courant à ce pays. De tout cela, pas un mot de BV.

    Il se complait par contre à nous montrer des jeunes bien occidentalisés des grandes villes manifestant contre le régime. Des jeunes à la recherche du « rêve brisé » et dont beaucoup, il le sait bien aussi, se réveilleront comme à Kiev, Tbilissi ou Athènes en cauchemar une fois intégrées dans le ‘rêve’ mondialiste. Et bien entendu, BV ne voit pas, absolument pas, l’intervention massive des financements venant de l’Ouest pour, justement, organiser la déstabilisation du régime. Les liens ci-après montrent, une petite partie, de ces financements.

    www.ned.org/where-we-work/eu... (NED : National Endowment for Democracy, institution crée par Reagan pour diffuser la ‘liberté’ dans le monde)

    http://www.easternpartnership.org/c... (collecte de fonds parrainé par les USA et Pologne pour soutenir les opposants)

    Les attaques violentes à coups de hache n’ayant pas fonctionné (cf. au lendemain des élections), c’est à coups de ‘sourires et claquement de mains’ que l’on télécommande une jeunesse dorée ou rêvant de dorures.

    Cela dit, il serait de l’aveuglement ou de la malhonnêteté que de réduire aux interventions de la CIA ou autres l’insatisfaction de secteurs relativement importants de la société biélorusse ; ce sujet mérite sérieux analyse. Mon propos ici se résume à souligner la douteuse bonne foi d’un texte qui se présentant comme informatif nous fait plutôt état du « rêve (encore) brisé » de son auteur.

  • permalien marc :
    22 juillet 2011 @17h13   « »
    En France, une apathie causante

    L’idée de télécommander une jeunesse dorée prête à sourire quand elle émane d’un pays ou c’est 95% de la population qui est pilotée par la propagande de marchands d’armes ou de béton. Merci néanmoins pour les liens, Il est toujours utile d’avoir plusieurs éclairages.

    Que penser du rêve brisé local, celui des valeurs de la République ?
    (Question réservée à ceux qui croient encore vivre dans une démocratie)

    Balayer devant sa porte consisterait à constater qu’ici, le pilotage se résume au roulage au sol entre de belle banderoles.

  • permalien Alex :
    23 juillet 2011 @02h14   « »

    Un bel article. Extrêmement tendancieux. Pour ne citer qu’un petit exemple : l’auteur préfère les termes « la milice », « les miliciens », evidemment pour tâcher d’assimiler le régime Loukachenko au régime de Vichy. Bien fait, M. Vautrin !
    Du reste, très bien écrit. Pauvres Biélorusses applaudissent. Dans dix ou vingt ans, ils penseront avec nostalgie à au régime Loukachenko – et avec la haine aux gens qui ont contribué à le détruire.

  • permalien JL :
    24 juillet 2011 @11h18   « »

    Au-delà de toutes les considérations idéologiques pseudo-intellectuelles que je lis dans certains commentaires, la contestation en Biélorussie s’inscrit tout naturellement dans le "ras-le-bol" actuel des peuples a être dirigés par des prédateurs soi-disant éclairés ! La jeunesse biélorusse qui a le courage d’affronter les sbires de ce régime pourri, mérite toute notre admiration et particulièremment d’être citée pour l’originalité et l’intelligence des méthodes mises en oeuvre. Deux qualités qui font dramatiquement défaut au pitoyable dictateur en place et à son entourage !
    On aimerait que la presse internationale relaye plus souvent cette ...révolution muette.

  • permalien Obserwator :
    24 juillet 2011 @16h51   « »

    D’accord avec JL : en Biélorussie comme ailleurs il y a des raisons de contester et manifester ! Mais pas pour les staliniens néandertaliens qui n’imaginent pas que tout régime politique a des travers . Reste à savoir sur quoi débouche la contestation !

  • permalien Benjamin Vautrin :
    25 juillet 2011 @08h52   « »
    La fin ne justifie PAS les moyens

    La position qui consiste à sanctifier Lukashenko du simple fait de son non alignement me semble dangereuse. Lukashenko semble ainsi à vos yeux"lavé de tout" uniquement parce qu’il est dans le collimateur des Etats Unis. On pourrait espérer une position plus nuancée.

    Critiquer Lukashenko reviendrait donc pour vous, à être du côté d’un atlantiste pro américain ou un impérialiste russe ? Peut être vais-je me répéter, mais le réaffirme, les ennemis de mes ennemis ne sont pas forcément mes amis !

    Si l’analyse de Danièle Brand que vous citez reste intéressante, d’autres positions sur counterpunch sont en revanche bien ancrées dans l’ultra cliché du touriste ravi traversant le Belarus, comme celle d’Israel Shamir : rues propres, pas de chômage, des gens calmes et souriants, et (les Minskois se tordront de rire à cette lecture), un « président qui se promène librement dans la foule » ! Un visiteur découvrant Disneyland pour la première fois ferait les mêmes observations.. Vouloir se donner une posture de blog à "contre courant des pensées" ne doit pas être un prétexte pour embrasser n’importe quelle cause sans en vérifier les fondements.

    L’idée d’un revival socialiste peut être séduisante pour beaucoup d’entre nous(comme pour beaucoup de russes amers et marqués par le capitalisme sauvage sévissant là bas), mais croire que cet idéal politique soit réalisable au sein d’un pays dont le gouvernement ne respecte pas son peuple est à mon avis un leurre. On peut voir ici une similitude avec la position de certains écologistes estimant que seule une « dictature verte » aux mains libres permettrait de réaliser et appliquer un programme écologiste digne de ce nom.

    En dehors du clivage « qui de Moscou ou de Washington tire les ficelles de l’opposition » qui me semble évident (l’appetit de Moscou et l’ingérence de Washington étant bien connus), j’essaye juste de poser la question « regardons ce que ce gouvernement fait à son peuple ».
    Il est évident que Niklaev est le candidat du Kremlin et Sannikov celui de l’Europe. A titre personnel, je n’aurai pas non plus souhaité voir gagner un Romantchuk qui se présente comme un économiste hériter de Reagan et Tatcher (sic) ! J’admets que ces éléments, qui sont évidents pour quiconque vit là bas, auraient mérité d’être expliqués..

    Je ne pense pas avoir à me justifier sur mon parcours mais il est assez amusant de voir que la première critique que l’on m’adresse est « vous n’avez sûrement jamais mis les pieds au Belarus ». C’est faire bien peu de cas du Monde Diplomatique que d’imaginer qu’ils laisseraient publier un papier sans vérifier les origines de l’auteur.

  • permalien Pablo :
    25 juillet 2011 @20h46   « »

    Les moyens de Benjamin et de ses amis..

    Je dois reconnaître en Benjamin V. un sens de l’humour indépassable.. ; qu’il puisse, lui, réclamer des « positions plus nuancées » par rapport à la Biélorussie et à Loukachenko ne peut que prêter à sourire..

    Et puisqu’il parle de la « fin » et des « moyens », ce serait intéressant qu’il nous dise c’est qu’il pense de ces million$ de « "moyen$ » (cliquer les liens de mon message précédente..) que ses amis déversent pour arriver à leurs « fins ».. ; ce serait en effet (très) intéressant de l’entendre (même avec des nuances…)

  • permalien Jadran :
    25 juillet 2011 @21h38   « »

    Quel dommage de voir encore et encore des Occidentaux chanter des louanges au pauvre Loukachenka, victime de tous les complots capitalisto-russo-américano-européens.

    Pour avoir vécu dans le pays plusieurs années et parlant les langues nationales, je peux vous dire que la vie en Biélorussie n’est pas du tout enviable. Au-delà de l’arbitraire politique et de la corruption, il y a la faible qualité de vie qui touche tous les citoyens, même ceux qui restent éloignés de la politique.

    Pourquoi est-ce que la plupart d’entre eux ne bronchent pas ? Disons que 70 ans de dictature soviétique et 17 ans de Loukachenkisme ont laissé leur marque. Beaucoup ne savent pas comment vivent les gens en Pologne ou en Tchéquie et sont constamment apeurés par les médias gouvernementaux montrant la situation catastrophique dans les ’démocraties’ voisines, en Russie et en Ukraine.

    Mais bon, je sais bien que tout régime ennemi des É-U gardera une bonne base d’admirateurs à travers le monde, et que ces personnes ne se soucieront pas d’aller sur place et de parler avec les gens afin de voir au-delà de la carte postale. Ces gens n’ont sans doute jamais été arrêtés au beau milieu de la rue par des miliciens (on appelle ça des miliciens, en Biélorussie, c’est la traduction exacte de Militsianiér, point) en civil et jetés dans un autobus banalisé sans plaque d’immatriculation.

  • permalien nico le biélo :
    25 juillet 2011 @23h21   « »
    meilleure croissance

    Je cite Robert : "Vous ne mentionnez pas que le Belarus a la meilleure croissance de la CEI"

    Qu’on se demande un peu d’où vient la belle croissance des dernières années. Et elle vient en grande partie de la vente des produits de pétrole russe acheté à des prix d’ami (cette période semble finie), de la construction (bulle immobilière) et du boom du crédit à la consommation (souvent en devises étrangères). La dette extérieure a septuplé en quelques années. Autre détail intéressant : les profits des banques (où la présence étrangère est importante) ont cru de 58,2 % en 2010, juste avant la récente crise... Bref, le Bélarus a tout pour être un modèle de "résistance".

    Et si les USA et l’EU ont effectivement dépensé plusieurs millions de y.e. pour faire pression (sans vouloir le "renverser", rassurez-vous) sur le régime biélorusse et entretenir l’opposition libérale (au cas où), force est de rappeler le Kremlin en a investi des milliards pour le garder au pouvoir...

  • permalien ШОС :
    25 juillet 2011 @23h38   « »
    ?!!

    C’est bizarre de voir les commentaire commes ceux de Pablo et ces camarades sur le site de revue francais.
    Les meme phrases et les meme arguments dis la propagande d’Etat en Belarus. Et le lien sur le film fait par la television de gouvernement (d’ailleurs il n’existe que television comme ca) - je trouve ca un peu drole meme.
    Je m’en fous de geostrategie, mais si je n’ai pas le drois au protestation justifiee et constructive - c’est pas normale.

    Exusez-moi pour mes fautes de grammaire et merci beaucoup puor attention que vous accorder a mon pays.

  • permalien fer :
    26 juillet 2011 @22h44   « »
    Gonflé !

    Oui, c’est vrai ça.

    Il faut être sacrément gonflé pour venir ici nous faire l’éloge de ce régime, sous prétexte de "socialisme" et d’anti-mondialisation.

    Pourquoi pas un poème à la gloire de la Corée du Nord tant que vous y êtes ?!

  • permalien Pablo :
    27 juillet 2011 @10h32   « »

    Dégonflez-vous !

    Parce que, justement, la Biélorusse n’a rien à voir, mais strictement rien à voir, avec la Corée du Nord ! Il suffit d’y être 2 minutes sur place pour le vérifier.

    C’est pourquoi je n’arrête pas de dire à mes copains : « ne me croyez-pas ; allez-vous même au pays et comparez ce qui disent les médias et ce que vous voyez ». Conseil que je fais tout particulièrement à ‘fer’.. ; s’il est de bonne foi, je suis convaincu que pas mal de ses préjuges ‘dégonfleront’ justement..

  • permalien Alex :
    1er août 2011 @22h41   « »

    Je viens de passer un mois a Minsk et je n’ai rencontré absolument personne pour soutenir le président. J’ai été témoins de tout ce que décrit B. Vautrin. Et je le remercie de renseigner le lectorat francophone sur la situation en Biélorussie.

    J’ai l’étrange impression que des agents du gouvernement biélorusse viennent poster (dans un francais étonnamment correct) des commentaires ici. C’est moche et osé, vraiment...

  • permalien Pablo :
    3 août 2011 @10h38   « »

    REGARDEZ BIEN VOTRE PASSEPORT !

    En tant « qu’agent du gouvernement biélorusse » je remercie Alex de son compliment pour mon « français étonnement correct » et je lui conseille de bien vérifier le visa de son passeport puisque je me demande si un de mes collègues (un autre « agent », donc), n’a pas détourné son vol et l’a fait atterrir au siège de l’UE ou du quartier business de Moscou ou de Wall Street.. ; parce ne pas avoir rencontré « absolument personne » pour soutenir le président Loukachenko en Biélo, c’est vraiment un exploit..

  • permalien dario :
    3 août 2011 @10h46   « »

    série photographique impressionante.

  • permalien Alex :
    4 août 2011 @04h14   « »

    Je ne prends pas d’avions. Et j’étais bien a Minsk : c’est le seul endroit en Europe où les gens se font frapper par des agents en civil et mettre dans des minibus sans plaque d’immatriculation par centaine, pour finir au tribunal, non ? T’as déjà vu ça à Moscou ou à Bruxelles toi ?
    Et je réitère, je n’ai rencontré personne pour soutenir le président. Sauf la police...

  • permalien Pablo :
    5 août 2011 @16h25   « »

    Cette fois je donne raison à Alex : il est impossible de voir à Bruxelles ou à Moscou des agents en civil mettre les gens dans des minibus pour finir au Tribunal. On voit des choses distinctes à Bruxelles (UE) : des ‘agents en civil’, avec des manières très élégantes d’ailleurs, qui démantèlent toutes les conquêtes sociales des gens dans le but de bien servir à la finance international qui elle, ne s’en prive pas de tirer bénéfice. A Moscou, aujourd’hui, on voit un scénario contrasté entre une majorité de la population vivant dans des conditions de grande précarité pendant qu’une oligarchie des milliardaires rêve de continuer dans sa vocation de prédateurs (et qui cible la Biélorussie dernièrement)

    Les agissements des fonctionnaires de Bruxelles et des oligarques russes, sont aussi une forme de violence, Alex. Différente, certes, de celle de Loukachenko, mais violente aussi.

    Il faut se demander justement si celle du biélorusse n’est pas une destinée à se défendre et prévenir l’arrivée de l’autre.

  • permalien triangle rouge :
    5 août 2011 @17h29   « »

    la biélorussie va s unir a la russie-le kremlin parle depuis des années de "l union slave",et ce pays est soutenu par un étrange Parti Communautaire National Européen www.pcn-ncp.com/sindex.htm

  • permalien triangle rouge :
    5 août 2011 @17h31   « »

    ce genre de groupuscule(s) permet d entetenir l amalgame entre communisme et son opposé-le fascisme-,qui est ainsi réhabilité.

  • permalien Alex :
    5 août 2011 @22h13   « »

    Je suis loin de soutenir les régimes Belge ou Russe (ou l’UE ou quoi que se soit ayant du pouvoir sur la vie des gens). Très loin.

    Je veux juste souligner qu’ en Biélorussie aujourd’hui, on a de fait, pas le droit de s’opposer au régime, même pacifiquement et c’est choquant ! La liberté d’opinion en Biélorussie n’existe pas. La liberté d’expression est une blague. Ma culture de "citoyen" ne peut accepter une telle situation.

    A ce propos, en Europe de l’ouest à l’heure actuelle la situation se dégrade (voir par exemple https://juralib.noblogs.org/2011/08... )

    Je ne connais pas un régime politique au pouvoir dans le monde que je trouve bon et que je soutiens idéologiquement. Ce qui est certain, et c’est ici le sujet, c’est que Loukasheko se permet des fantaisies autoritaires inadmissibles (on est d’accord ça arrive aussi en France et ailleurs, c’est aussi dénoncé et combattu).

    Au sujet des agents de l’État qui viennent poster des commentaires sur les blogs, je viens de découvrir l’existence des Honkers ( https://secure.wikimedia.org/wikipe... ). Quand on voit comment agit le gouvernement biélorusse sur internet en Biélorussie, ca ne m’etonnerait pas du tout. (voir http://www.rferl.org/content/attack...
    http://charter97.org/en/news/2011/6... )

    Quant au Parti Communautaire National Européen, j’espère bien que ça va rester une mauvaise blague.

  • permalien yann :
    7 août 2011 @12h48   « »

    Tout ce qui est dit ici est à la fois intéressant et révélateur, même si parfois je me demande d’où vient ce besoin répété de gargarisme occidentalo-occidental, comme pour se rassurer sur des valeurs qui ont coulé depuis longtemps sous nos cieux. Pour avoir été en Biélorussie, entretenir des contacts réguliers avec ce pays et m’occuper dans mon travail de suivre son évolution, je peux dire qu’il y a là-bas, comme partout d’ailleurs, une opinion publique diversifiée. Grosso modo, le peuple des campagnes, des régions centrales et orientales, des faubourgs de Minsk et des villes de province et les cadres ingénieurs des grandes entreprises ont compris que la "démocratie réelle" (comme il y eu un "socialisme réel" par rapport au socialisme rêvé) proposée n’est qu’un prétexte pour opérer une privatisation tout azimut d’une entité économique qui tient la route. C’est d’ailleurs parce qu’elle tient la route que les oligarques extérieurs veulent s’emparer de ses fleurons bien réels et procèdent à la spéculation artificielle pour faire couler l’économie de ce pays. Dans ce contexte, un régime ferme permet cahin caha aux yeux de cette frange toujours majoritaire de maintenir une unité et une fermeté face à ces menaces extérieures qui ne leur apparaissent pas futiles. Loukachenko n’a jamais cependant osé prétendre avoir créé un "modèle"... ce qui est peut-être sa faiblesse d’ailleurs. il navigue à vue, sans parti, sans projet idéologique, sans vision sociale préétablie. D’un autre côté, on a les intellectuels des humanités, la jeunesse de bonne famille et les régions occidentales du pays qui sont plus tentées de penser qu’ils arriveront individuellement à passer entre les gouttes si le mirage occidental fond sur leur pays (en croyant qu’une pluie de capitaux tomberont en revanche sur eux).

  • permalien yann :
    7 août 2011 @12h49   « »

    Quoiqu’il en soit, les Biélorussiens ont massivement voyagé (et travaillé ..au noir) au moins en Pologne, en Lituanie, en Ukraine et en Russie, et ils savent au moins un peu ce qu’ils pourraient perdre en échange de libertés illusoires. Il suffit d’aller à Minsk pour écouter les discussions sur ces thèmes, dans les cuisines comme dans les cafés. L’atmosphère quotidienne dans ce pays est très libre et les gens n’hésitent pas à dire ce qu’ils pensent publiquement. Les médias locaux, à quelques exceptions, sont certes au main du pouvoir politique, mais les gens lisent la presse russe ou polonaise, qu’on peut acheter, ou regardent la TV russe qu’ils comprennent, et que tout le monde regarde. Russes ou occidentaux, ces médias sont certes plus "libres" dans leur "look" ...mais tout aussi monolithiques dans leurs analyses que le contrepoids officiel loukachiste. Les Biélorussiens se font donc une opinion "entre les deux" le plus souvent. Le régime ne soulève pas l’enthousiasme, et d’ailleurs, il ne cherche pas à le faire, contrairement à la caricature "néosoviétique" (voire "nord-coréenne" !) qu’on nous présente ici. Mais ce régime apparait à beaucoup comme un contrepoids face à une évolution du monde qui, vue de Minsk, ne plait en général pas. La vulgarité et le monolithisme avec pseudo débats des médias occidentaux n’attirent pas. C’est pour cela que la répression du régime est somme toute "artisanale", dure un jour, bon enfant le lendemain, rien à voir avec une "vraie dictature asiatique", mais rien à voir non plus avec les manipulations et pressions camouflées qui font que dans nos pays (encore que ...les vols secrets de la CIA, le patriot act, Guantanamo,... c’est sous "nos" cieux ! même si cela vise surtout des "bronzés") , nous ne pouvons plus avoir de poste "responsable" dans l’économie ou l’enseignement si nous manifestons un doute public envers la doxa officielle (marché + démocratie occidentale (démocrature comme on l’appelle à l’Est) + otanisme + "antiterrorisme" + antitiersmondisme + islamophobie + anticommunisme, etc...). Le pluralisme à l’ouest c’était à l’époque de la guerre froide ! Plus maintenant. Il y a quelques failles certes, mais grosso modo le système fonctionne ainsi ici, industriellement tout est verrouillé. Donc pas de leçons de libertés à donner à la Biélorussie, encore "artisanale" dans sa répression. Le diplo s’aligne lui aussi peu à peu sur cette ligne de soumission à "l’évidence" officielle. Le glissement est observable d’année en année. Heureusement qu’il y a encore ce blog qui permet de le dire.

  • permalien jadranqc :
    27 août 2011 @20h18   « »

    @yann : Je ne peux vous croire quand vous dites que vous allez souvent au Bélarus et que vous connaissez quelque chose à ce pays. J’y ai vécu un an l’année dernière et je parle les deux langues nationales couramment. La réalité est bien différente de ce que vous racontez !
    Quand vous dites que les Bélarussiens ont assez voyagé pour connaître l’Europe (du moins la Pologne et la Lituanie), sur quelles sources vous basez-vous ? Selon l’institut d’études sociologiques Socium, plus de 75% des habitants n’ont pas mis les pieds en Europe lors des trois dernières années (http://www.belinstitute.eu/images/d...). Et selon mon expérience, plus de 60% n’a jamais mis les pieds en Europe.
    Aussi, je suis choqué de lire que les médias européens et russes sont disponibles au Bélarus. Je vous rappelle qu’au Bélarus, la presse écrite ne peut qu’être diffusée par les kiosques de l’État, et dans ces kiosques, pas un seul journal d’information russe ou polonais. Essayez donc de trouver Novaïa Gazeta (russe) ou bien la Gazeta Wyborcza (polonais) ! De plus, si vous vous êtes un peu intéressé par le Bélarus, vous devriez savoir que les reportages de la télévision russe (effectivement largement disponible) sur le Bélarus sont TOUJOURS censurés. C’est-à-dire qu’un autre programme était montré pendant que sur NTV, il y avait les films-documentaires ’Le Parrain’ sur Loukachenka et que sur la première chaîne russe, les reportages sur les manifestations silencieuses étaient remplacés par des émissions de divertissement.
    C’est pourquoi les sites indépendants mettent sur internet les images des télévisions russes concernant le Bélarus : car elles ne sont pas montrées aux téléspectateurs bélarussiens. (ex : http://nn.by/?c=ar&i=56021)
    Dites-moi donc comment les gens se font une "opinion ’entre les deux’" ???

  • permalien mikael :
    15 novembre 2011 @17h59   «

    j’essaie également de faire connaître ce pays via son actu sur mon blog http://bielorussie.over-blog.com/
    cordialement.
    Michael

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