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Cartographie sensible, émotions et imaginaire

lundi 19 septembre 2011, par Elise Olmedo

Elise Olmedo a vécu plusieurs mois avec les femmes d’un quartier défavorisé de Marrakech, en les suivant dans leur vie quotidienne, lors de leurs déplacements dans l’espace domestique et dans la ville. En voulant représenter ces itinéraires sur une carte, elle s’est rendue compte que la cartographie classique ne donnait qu’une image très pâle de la richesse et de la subtilité de leurs pratiques spatiales. La carte conventionnelle ne dit hélas rien des émotions qui sont largement au centre de leur perception urbaine.

Il fallait donc trouver un mode de représentation plus libre, capable de se fondre dans leurs visions, capable d’exprimer leurs affects et leurs perceptions de ces espaces familiers qu’elles sont contraintes de fréquenter. C’est ainsi qu’est née une « carte sensible ». Un mode de représentation peu commun, qui enfin allait permettre de figurer les « fragrances » de ces espaces vécus dans toute leurs dimensions.

Elise Olmedo cerne ici les contours les contours théoriques et méthodologiques de cet outil, en décrit les étapes de création, et s’interroge sur les impacts, l’utilité et ses limites, à partir de l’expérimentation qu’elle en a été faite sur le terrain au Maroc, à Marrakech, au printemps 2010. Ce travail a été guidé par Marianne Blidon, Agnès Lambert et Béatrice Collignon.

Le quartier et les espaces
de l’imaginaire

Comment vivent les femmes issues des classes populaires dans le quartier de Sidi Yusf [1] à Marrakech, et comment utilisent-elles leur espace ? Rendre compte cartographiquement de ce quotidien avec justesse est un double défi : Il faut d’abord, dans la phase d’observation et d’échange, trouver la distance de confiance, ni trop loin pour ne pas risquer de passer à côté de l’essentiel, ni trop près pour ne pas briser l’intimité de la communauté. Puis, imaginer, et éventuellement créer l’outil « géo-cartographique » approprié qui permettra conjointement d’analyser et de dessiner cet espace vécu pour le caractériser.

Sidi Yusf date de la fin de l’époque Almohade, au XIIe et XIIIe siècle, autour du tombeau du Saint Sidi Youssef Ben Ali, d’où le nom du quartier [2]. La densification de la médina a entraîné une crise du logement qui a largement contribué à rejeter les populations pauvres dans les douars à la périphérie de la ville dont la croissance a été très soutenue dans les années 1960.

Les femmes de ce douar spontané [3], qui s’est longtemps nourri de l’exode rural, font parties des couches les plus défavorisées de la population de la ville et subissent de nombreuses discriminations dans la vie publique comme dans la vie domestique, lesquelles ont un impact important sur leurs pratiques de l’espace et la vision qu’elles en ont. Leurs itinéraires dans la ville sont conditionnés par une structure sociale fondée sur la domination masculine [4].

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Densité de population à Marrakech en 2004
Carte : Elise Olmedo, 2011.

« Pour être franche, il n’y a aucun endroit, à part les jardins, où je pourrais aller. Et même dans les jardins, il y les regards curieux des hommes. Du coup, je n’y vais pas seule. » Une réponse ordinaire pour une femme de Sidi Youssef Ben Ali quand on l’interroge sur les lieux qu’elle aime fréquenter. A Sidi Yusf, l’espace public est théoriquement accessible à tous, mais en pratique, l’accès des femmes y est restreint. Elles n’ont pas leur place partout et surtout pas à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. L’espace public de Marrakech, du moins dans ces quartiers, suit une segmentation fondée sur le genre [5].

L’espace public est d’abord ressenti comme un espace à risque pour les femmes, qui mettent en place des stratégies de contournement — par le choix de certains itinéraires et de l’heure à laquelle elles sortiront [6]. Les représentations et les pratiques de l’espace des Marocaines sont sensiblement différentes de celles des Marocains. Cette différenciation est le reflet d’un rapport de domination et d’oppression finalement visible dans l’espace urbain. Définir les rapports sociaux de sexe comme des rapports de domination implique une posture épistémologique qui est loin d’être neutre : les rapports de genre sont ici sous-tendus par des rapports de pouvoir et de domination masculine [7].

De la carte classique à la carte sensible

Dans l’espace domestique ou dans la ville, cartographier ces mouvements, ces itinéraires parsemés de rencontres multiples, c’est cartographier de la vie, de l’émotion, de la sensibilité, dans des lieux où les femmes se sentent en confiance ou dans d’autres susceptibles de les inquiéter. Ces informations, en d’autres termes ce « matériau sensible », est essentiellement « qualitatif » (par opposition aux informations et données « quantitatives » a priori plus évidentes à représenter graphiquement). Il fallait donc inventer un mode cartographique qui puisse retranscrire toute l’émotion contenue dans leurs récits, semés d’images mentales profondément vécues, et pour cela, nécessairement sortir des sentiers battus de la cartographie conventionnelle. D’où l’idée d’essayer de créer une « carte sensible ».

La « cartographie sensible » est un outil utilisé entre autres par les paysagistes : elle garde pour fondement certains principes de la cartographie classique, mais s’en émancipe par d’autres aspects. La création d’une telle carte s’est imposée comme la seule possibilité pour représenter un espace traversé d’affects. Les données, le matériau qui servira de base à la création de cette carte, c’est le vécu des femmes, le récit de ce vécu, de leur perception. Enfin, cette carte inédite doit encore être fidèle à la pratique spatiale multiple de ces femmes qui vivent dans deux univers : d’une part leur espace de référence, avant tout domestique (la maison et la cour), puis les autres lieux du quartier et de la ville. Le cartographe doit donc penser la représentation à deux échelles : le micro-espace privé et intime, et l’espace beaucoup plus grand, public et social.

Dessiner est une manière de s’immiscer dans le paysage de manière douce, plus douce que de photographier, une manière aussi de produire les manifestations extérieures d’une raison d’être-là [8]. Le croquis recouvre une autre fonction essentielle dans cette étude : lire le terrain. Faire un croquis est une manière de rendre compte du sensible qui se dégage du paysage urbain de Sidi Yusf. La lecture géographique est une lecture raisonnée de ce premier contact. Le géographe propose une description raisonnée du paysage visible et de son pendant invisible. Dessiner, c’est retenir les caractères du paysage qui ont un sens, et sonder la manière dont ils dialoguent entre eux.

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Vieille femme sur le marché de la Msallah
Esquisse : Elise Olmedo, février 2010.
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Vieille femme devant un étalage de bananes dans le souk Boularbah
Esquisse : EL. Ol. février 2010.
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Vendeurs ambulants devant le Souk Boularbah
Esquisse : El. Ol. février 2010.
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Vendeurs au souk La Msallah
Esquisse : El. Ol. mars 2010.
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Vendeurs ambulants sur le marché de la Msallah
Esquisse : El. Ol. février 2010.

La carte sensible, image de pensée

La « carte sensible » emprunte un peu à la cartographie conventionnelle [9] mais en rejette une de ses dimensions fondamentales : elle désavoue la schématique de la « carte traditionnelle » et affrète l’inventivité comme une de ses perspectives majeures. Le projet de la « carte sensible », c’est « décrire graphiquement l’idée » selon les propres mots de Jean-Marc Besse [10]. Révélant les mensurations d’une cartographie ouvertement constructiviste, elle bouscule l’idée que la science est hermétique à l’art et vice-versa : elle ouvre une brèche pour sonder leurs accointances. La « carte sensible » permet à la cartographie d’avoir un ancrage dans l’espace vécu.

Elle propose des solutions de représentation là où la cartographie classique échoue : traiter les données émotionnelles (par essence qualitatives), et représenter les micro-espaces. La « carte sensible » permet d’apporter une réflexion constructive pour contourner ces deux difficultés, et proposer de nouvelles représentations.

Récusant le principe de véracité absolue et exclusive qu’on attribue volontiers aux « cartes scientifiques » des géographes, Gilles Tiberghien affirme : « Nos représentations ne sont jamais si neuves, si informées scientifiquement, qu’elles se donnent vierges de tout archaïsme et dépourvues de tout préjugé. Le caractère scientifique des cartes, les méthodes hautement éprouvées utilisées par les cartographes pourraient nous laisser penser qu’il s’agit d’un “savoir-vrai” nous permettant une représentation toujours plus précise de la réalité, où l’imaginaire tient un minimum de place. Néanmoins, d’une part, des formes de valorisation, ethniques, politiques ou religieuses travaillent souterrainement la fabrication des cartes, et, d’autre part, l’origine sociale et culturelle du cartographe, nombre de ses convictions personnelles, de ses goûts, infléchissent plus ou moins inconsciemment son activité [11]. »

L’art contre la science ?

Cette philosophie invite les scientifiques à se pencher sur la production des images du monde. Les artistes qui s’intéressent aux cartes se posent les mêmes questions. Ils cherchent à produire une image en suivant le processus de production cartographique, réinventant chaque fois un ensemble de conventions qui seraient propres à chaque carte. C’est ainsi que des artistes du Land Art donnent une dimension géographique à leurs œuvres. Les œuvres étant « à ciel ouvert » [12], présentes dans un endroit précis, elle peuvent ainsi en signifier quelque chose, et en faire un lieu-dit ; car l’œuvre n’est pas seulement dressée sur un lieu, elle l’habite ; elle n’est pas là par hasard. Le lieu dit quelque chose de l’œuvre, et se mesurant à lui, l’œuvre dit quelque chose du lieu.

Cela montre qu’on peut produire de la connaissance dans la création artistique. Mais l’association de l’objectivité et de l’imagination ne va pas de soi. Dans l’histoire des sciences, l’imagination, rejetée depuis les Lumières, qualifiée de « folle du logis » depuis Pascal, est encore perçue comme de l’« énergie négative », comme un courant contre lequel il faut s’acharner puisqu’elle entraîne le chercheur à projeter quelque chose sur son terrain. Alors pourquoi ne pas réhabiliter l’imagination… L’imagination au pouvoir, contre le pouvoir de la technique ! Elle pourrait permettre l’ajustement de la cartographie à un terrain particulier tout en s’inscrivant dans une démarche analytique.

Après tout, Saint John Perse voyait le scientifique et l’artiste comme deux types de créateurs : « Au vrai, toute création de l’esprit est d’abord “poétique” au sens propre du mot ; et dans l’équivalence des formes sensibles et spirituelles, une même fonction s’exerce, initialement, pour l’entreprise du savant et pour celle du poète. De la pensée discursive ou de l’ellipse poétique, qui va plus loin et de plus loin ? Et de cette nuit originelle où tâtonnent deux aveugles-nés, l’un équipé de l’outillage scientifique, l’autre assisté des seules fulgurations de l’intuition, qui donc plus tôt remonte, et plus chargé de brève phosphorescence. La réponse n’importe. Le mystère est commun [13]. »

La carte et le réel

Un tel outil s’appuie sur plusieurs intuitions. Il y a en premier lieu le hiatus entre la carte et le réel. Gilles Tiberghien dit bien que la cartographie est en « inadéquation » avec la réalité. Une carte est un outil de représentation de la réalité, seulement elle ne la représente — aujourd’hui comme hier — que de façon partielle et partiale puisqu’elle n’autorise que l’utilisation de données quantitatives. Les données émotionnelles, de fait qualitatives, non quantifiables, comme sentiments et états d’âmes, disent quelque chose d’une société, de ses tabous, de ses coutumes et de son rapport à l’expression des affects. Dès le moment où les données sont autre chose que des statistiques ou des quantités, la cartographie contemporaine s’essouffle. Si la cartographie s’ouvre à d’autres procédés de représentation (éventail élargi de supports possibles, de matériaux), aura-t-on davantage de chances d’obtenir une représentation convaincante de ces données, de ces émotions ?

Deux conditions préalables pour se lancer dans l’invention de la « carte sensible » :
— considérer la créativité du cartographe comme une énergie positive et non comme une condition d’impuissance (c’est-à-dire, l’autoriser à s’éloigner des règles, des présupposés et des conventions dites obligatoires) ;
— admettre que la carte est une représentation partielle de la réalité, et donc admettre que le cartographe s’émancipe du réel pour aller vers sa propre vision du monde en recréant éventuellement la forme et le fond de sa carte.

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Inventer et fabriquer une carte sensible
Esquisse : El. Ol. 2011.
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Un extrait de la carte sensible
Photo : El. Ol. 2011
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Un extrait de la carte sensible
Photo : El. Ol. 2011
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Un extrait de la carte sensible
Photo : El. Ol. 2011
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Légende de la carte sensible
Esquisse El. Ol. 2011.

Femmes à l’intérieur, femmes à l’extérieur

Suivons par exemple Naima, dans ses faits et gestes, dans son espace de vie ; entrons dans l’intimité de son univers. D’origine rurale, mère de de quatre enfants, elle ne sait ni lire ni écrire et habite la partie la plus pauvre du quartier.

Comme les autres femmes, Naima parle de la ville et de sa vie à travers des images — innocentes ou inconscientes — qui tournent autour de deux espaces, le quartier (espace public) et les lieux domestiques (espace privé), entre lesquels son va-et-vient est incessant. C’est son « territoire imaginaire », sa vision du monde [14], ou plus exactement de son monde, vision bâtie autant sur les perceptions individuelles que collectives.

Pour comprendre comment s’organise la vie sociale de Naima, comment elle utilise et perçoit son espace, et pour en donner une représentation, il aura fallu beaucoup parler, discuter, dessiner… savoir se taire aussi, pour participer à la vie commune et observer.

La création de cette carte aura nécessité beaucoup d’énergie pour s’extirper du langage cartographique conventionnel acquis depuis les études secondaires… pour laisser son esprit libre d’inventer une toute nouvelle grammaire graphique.

La carte montre l’imaginaire spatial de Naima, passé par le filtre d’une géographe française. La vision du cartographe est présente uniquement parce qu’il s’agit d’une lecture ; elle est présente « par défaut ». En fait les deux visions cohabitent mais sont loin d’avoir le même statut : l’imaginaire de Naima est l’objet de la carte, l’imaginaire larvé du cartographe se niche dans la carte malgré lui.

Peut-être cette symbiose se serait-elle faite plus facilement dans le cadre d’un atelier de cartographie [sensible] collectif, où chaque participant « fabrique » sa vision du monde, en choisissant librement la manière de le faire (dessin, matériaux, modes d’expression…).

Une manière de montrer la vie

Ce film de dix minutes montre comment la « carte sensible » de l’espace vécu de Naima a été imaginée, conçue et produite.

Représenter l’univers d’une femme marocaine à travers une carte sensible, sur Vimeo.

Parce que c’est un objet encore peu connu, la « carte sensible » doit être accompagnée d’un discours : expliquer le fonctionnement de l’outil, décoder le résultat.

La « carte sensible » est une synthèse complexe, multidimensionnelle : Elle évoque l’habitat, le quartier, le paysage urbain, les perceptions. Elle emprunte à la géographie du genre ou à la géographie sociale. Elle utilise en symbiose les méthodes de la géographie, de l’anthropologie, de la sociologie et de l’art.

La carte classique, qui reste un des outils les plus importants du géographe, s’adapte mal à une démarche qui donne autant de place à l’émotionnel. La « carte sensible » est donc une des possibilités nouvelles, une des pistes de recherche pour « faire du nouveau en géographie et en cartographie », tout comme l’artiste Ben se plaisait à dire et à écrire qu’« il faut du nouveau en art »...

Bibliographie

— Marie-Haude Caraës et Nicole Marchand-Zanartu, Images de pensée, Éditions de la Réunion des musées nationaux, 2011.

— Augustin Berque, Ecoumène, introduction à l’étude des milieux humains, Belin, 1987.

— Pierre Bourdieu, La Reproduction, Minuit, Paris, 1970.

— Bernard Debarbieux, « Le paysage selon Frederic E. Church et la réception de Humboldt parmi les peintres américains », Les carnets du paysage n° 16.

— Patrick Gautier-Dalche, La Géographie de Ptolémée en Occident (IVe-XVIe siècle), coll. Terrarum Orbis, Turnhout, Brepolds, 2009.

— Brian Harley, 1995, Le pouvoir des cartes, Anthropos, Paris, 1995.

— Alexandre de Humboldt, Cosmos. Essai d’une description physique du monde, Utz, Paris, 1845, rééd. 2000.

— André-Frédéric Hoyaux, « Pragmatique phénoménologique des constructions territoriales et idéologiques dans les discours d’habitants », L’Espace géographique, n° 3, 2006.

— Christian Jacob, L’Empire des cartes, Albin Michel, Paris, 1992.

— Jean–Pierre Lévy, Michel Lussault (dir.), Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés, Belin, Paris, 2003.

— Maurice Merleau-Ponty, L’Œil et l’Esprit, Gallimard, Paris, 1964.

— Jean-Pierre Olivier de Sardan, La rigueur du qualitatif. Les contraintes empiriques de l’interprétation anthropologique, Louvain-la-Neuve, Bruylant, 2008.

— Jean-Pierre Olivier de Sardan, « L’enquête de terrrain socio-anthropologique », Enquête n° 8, EHESS, Paris, 2001.

— Saint-John Perse, Les Prix Nobel en 1960, Stockholm, Göran Liljestrand, [Nobel Foundation], 1961.

— Mohamed Sebti, Les Douars de Marrakech. Etude de quartiers péri-urbains, Thèse, (dir. Jean-François Troin), Tours, 1984.

— Mohamed Sebti, « L’habitat des douars de Marrakech : un héritage compromis. » in Annales de Géographie, t. 94, n° 521.

— Mohamed Sebti, Youssef Courbage, Patrick Festy, Anne-Claire Kurzac-Souali, Gens de Marrakech. Géo-démographie de la ville Rouge, Paris, Les Editions de l’INED, 2009.

Elise Olmedo est doctorante à l’université de Paris I.

Notes

[1] SYBA est l’acronyme utilisé par les administrations pour désigner le quartier de Sidi Youssef Ben Ali. Mais les habitants utilisent toujours le terme vernaculaire Sidi Yusf.

[2] Meriem Rodary, De l’exclusion à la résistance : Femmes, Travail et Classe à partir de Neggafat et de Neqqashat de Sidi Youssef Ben Ali, Marrakech, Thèse (dir. Yassine Tassadit), Paris, 2010.

[3] Quartier d’habitat spontané et non-réglementé. Il a la forme d’un habitat rural annexé à la ville de Marrakech. En 1958, Sidi Yusf fut annexé à la ville de Marrakech. Sa densité atteint aujourd’hui des densités équivalentes à celles de la médina (125 000 hab/km2 en 2004).

[4] La Domination masculine de Pierre Bourdieu, publié au éditions du Seuil en 1998, est un ouvrage qui expose l’inconscient « androcentrique » de la société kabyle. L’apport du terme freudien nous permet de retenir que « l’incorporation » qui désigne la manière dont la société inculque dans les esprits et les corps des modes de conduite, des comportements, des modes de penser qui sont intériorisés durablement par les individus, imprime la mise en place de normes sociales dans le mode de pensée de l’individu, pour former un cadre de pensée homogène et admis par tous. Le statut d’évidence des normes inscrites dans ce cadre justifie leur existence. Il s’agit « de commencer par dégager tout ce que la connaissance du modèle accompli de « l’inconscient androcentrique » qui est le nôtre et qui se livre ou se trahit, par éclairs, dans les métaphores du poète, ou dans les comparaisons familières, dans leur évidence, à passer inaperçues ».

[5] Soit la dimension sociale des rapports hommes-femme, distinguée de la dimension biologique qui est désignée par le mot sexe.

[6] Marylène Lieber, Genre, violences et espace public, Les Presses de Sciences Po., Paris, coll. Fait, 2008.

[7] Colette Guillaumin, Sexe, race et pratique du pouvoir. L’idée de nature, Côté Femmes, Paris, 1992 et Pierre Bourdieu, La Domination masculine, Le Seuil, Paris, 1998.

[8] Lire l’article « Le croquis comme outil d’enquête : les femmes de Marrakech », Café-géo.net, novembre 2010.

[9] C’est-à-dire la cartographie dans son état actuel, qui aujourd’hui intègre les systèmes de modélisation et gestion de données alphanumériques produites par les Systèmes d’information géographique (SIG). On peut aussi la qualifier de « positiviste » ou encore « d’orthodoxe ». Il s’agit de la cartographie qui « a construit son analyse du point de vue de la précision et de la perfection de la représentation. Celle-ci était jaugée à l’aune de la propension des cartes à exprimer l’exacte localisation des lieux, l’exacte surface des étendues et, quoique dans une moindre mesure, l’exacte représentation des altitudes. (...) Elle considérait le projet cartographique du point de vue de son ambition supposée à parvenir à une correspondance parfaite entre la représentation et son référent au point d’être tenté de les confondre ». (citation extraite de l’article de Bernard Debarbieux « Carte d’identités, cartes d’altérité : Référence, Rhétorique et Relativité dans la cartographie contemporaine », lui même extrait du livre Les cartes de la connaissance codirigé par Pierre-Robert Baduel et Jean-Paul Bord et publié aux éditions Karthala, Paris, en 2004.

[10] Agrégé de philosophie et docteur en histoire (université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), directeur de recherche au CNRS, où il dirige l’équipe EHGO/UMR Géographie-cités (CNRS/Paris 1/Paris 7). Il enseigne l’histoire de la géographie à l’université Paris 1 (Institut de géographie), et l’histoire et la culture du paysage à l’École nationale supérieure du paysage de Versailles.

[11] Gilles Tiberghien, Finis Terrae, imaginaires et imaginations cartographiques, Coll. Le rayon des curiosités, Bayard, Paris, 2007.

[12] Christophe Domino, A ciel ouvert, l’art contemporain à l’échelle du paysage, Scala, Paris, 2005.

[13] Saint-John Perse, Les Prix Nobel en 1960, Göran Liljestrand [Nobel Foundation], Stockholm, 1961.

[14] Nous nous appuyons ici sur l’analyse de André-Frédéric Hoyaux, « Pragmatique phénoménologique des constructions territoriales et idéologiques dans les discours d’habitants », L’Espace géographique, n° 3, 2006, pp. 271-285.

13 commentaires sur « Cartographie sensible, émotions et imaginaire  »

  • permalien lilas :
    19 septembre 2011 @18h21   »

    j ai beaucoup appris en lisant cet article, merci

  • permalien ben ramden :
    20 septembre 2011 @00h38   « »

    penser l’espace,son propre terrain de pensée et d’emotions,mesurer les espaces les distances,pouvoir se mesurer aux contradictions pour mieux gérer sa situation,sa vraie place dans un urbanisme chaotique,bicéphal plein de segregation.il ya là,l’identité,la memoire,l’histoire,l’eschatologie et les reflexes d’aujourd’hui.la géographie si elle sert selon certains à faire la guerre,elle peut etre un excellent outil pour faire la paix sociale entre autres.

  • permalien Tibo :
    20 septembre 2011 @04h52   « »
    psychogéographie

    Article très intéressant, me rappelant les expérimentations de psychogéographie du mouvement lettriste, même si je n’ai rien vu se rapprochant de Guy Debord, Potlatch ou Internationale Lettriste dans la bibliographie. Influence réelle, cheminements parallèles ou simple association d’idées de ma part ?
    "La psychogéographie se proposerait l’étude des lois exactes, et des effets précis du milieu géographique, consciemment aménagé ou non, agissant directement sur le comportement affectif des individus" Guy Debord, 1955

  • permalien Niafron :
    20 septembre 2011 @18h34   « »

    Un blog, "Strange map", publie régulièrement des cartes inhabituelles et étranges, historiques ou contemporaines :

    http://bigthink.com/blogs/strange-maps

  • permalien Une cartographe :
    20 septembre 2011 @21h04   « »

    Bonsoir,

    Votre travail m’a fait -immédiatement- penser aux travaux de Thierry Ramadier (CNRS LIVE) a Strasbourg. Le procédé n’est pas le même. Il propose notamment des cartes mentales d’individus particuliers, élaborées sous la forme de jeux de construction, donc avec des objets/éléments solides par opposition a la fluidité des tissus. Elles retracent également des espaces de vie et soulignent l’importance de certains éléments physiques...
    Bon courage !
    Enfin, un vrai renouveau dans l’art de faire les cartes qui n’est pas liée au tout outil numérique, multimédia et consorts.

  • permalien Une cartographe :
    20 septembre 2011 @21h13   « »

    Le travail d’Ariane Littman, artiste-plasticienne Suisse installée a Jérusalem, qui porte sur des "cartes alternatives" (avec pour materiau principal le papier) devrait également vous intéresser ...

  • permalien Leïla :
    21 septembre 2011 @19h42   « »

    J’ai abordé cet article avec beaucoup d’intérêt mais je trouve le résultat très décevant.

  • permalien ben ramden :
    21 septembre 2011 @21h49   « »

    peut etre que je suis influencé par YVES LACOSTE ET SON FAMEUX OUVRAGE"la géographie,ça sert d’abord,à faire la guerre" quand il affirme :"notre projet:mettre à profit nos outils,nos cartes,un certain savoir- faire,nous réapproprier la géographie pour l’utiliserà d’autres fins,à d’autres stratégies,pour l’enseigner autrement.diffuser nos travaux en groupes exposés à l’enquete.
    cartographier l’implantation des firmes pour déjouer leur mobilité,demasquer l’amenagement du territoire,débusquer les fabrications à fin repressives d’espaces réels ou immaginaires,localiser les tensions à venir,dresser une typologie de la domination."
    il parle aussi d’une guerrilla épistémologique.
    d’un autre coté,je touve cette étude moi qui est citoyen marocain,connaissant plus ou moins bien marrakech comme éspace mondialisé,comme un essai trés positif et meme concluant.

  • permalien Morin-Barde :
    22 septembre 2011 @16h43   « »

    une telle étude n’aurait elle ’pas été plus pertinente sur les femmes de l ’Atlas qui parcourent des dizaines de km pour travailler, chercher à manger et à boire etc. En règle générale les citadins sont infiniment privilégiés face aux ruraux.

  • permalien Francesco Sinibaldi :
    22 septembre 2011 @18h10   « »
    After the peal.

    When a
    settled memory
    returns near
    a sensible
    meaning I call,
    in the sky,
    the light of
    a fine bird.

    Francesco Sinibaldi

  • permalien BEN :
    8 octobre 2011 @23h33   « »

    Je pense que les disparités entre le Marrakech moderne et ses périphéries sont plus frappantes que la discrimination homme/femme, puisque la femme a le droit de sortir, travailler...

  • permalien lolo :
    4 décembre @22h54   « »

    c’est bien a demain ! pour le cours

  • permalien sociologie :
    13 décembre @21h50   «

    un peu de sociologie de l’imaginaire et ça repart ! Sauf que "l’art en science" cela fait longtemps - avant Gilbert Duran, Bergson, avant Freud ou Jung même - qu’on l’utilise en science. Toute une épistémologie existe sur le sujet : imaginaire radical, sociologie de l’imaginaire, anthropologie visuelle etc.
    sociologie

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