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Des « indignés » à la chinoise

mardi 29 novembre 2011, par Martine Bulard

« On ne sait pas où on va. » C’est la phrase la plus souvent entendue à Pékin. De la part de jeunes comme de personnes âgées. Des contestataires les plus virulents comme des fonctionnaires les plus convaincus. Le temps des certitudes vers une progression sans fin semble marquer le pas. Le gouvernement a précisé que la croissance se situerait entre 8 et 9 % cette année, loin du résultat à deux chiffres de ces dernières décennies.

La préparation du XVIIIe congrès du Parti communiste chinois (PCC), qui se tiendra en octobre 2012, a plutôt tendance à geler toute initiative et à obscurcir le paysage. « Même moi qui suis membre du Parti, m’expliquait un cadre moyen d’un organisme officiel qui tient à garder l’anonymat, je suis au regret d’avouer que je ne sais pas ce qui se passe. » Notre homme, qui n’a rien d’un dissident, est naturellement navré du constat. Rien ne filtre de la cité rouge.

Les mouvements sociaux sont là – et ceci explique peut-être cela. Les grèves, qui n’ont jamais vraiment cessé depuis le grand mouvement de juillet 2010, ont repris avec vigueur dans la région de Shenzhen et de Canton, traditionnellement exportatrice. La crise occidentale se traduit par une baisse des exportations que les directions d’entreprise répercutent sur les salaires. Ainsi, dans l’usine de chaussures Yucheng, dont le groupe travaille pour des grandes marques comme Nike ou Adidas, le paiement des heures supplémentaires a été supprimé, et les salaires sont passés de 1 800-1 900 yuans à 1 100 yuans [1].

Il faut désormais compter avec le chantage à la… délocalisation dans les pays voisins (comme le Vietnam), mais également en Chine même, vers les régions du centre et de l’ouest où les salaires sont moins élevés et les primes gouvernementales à l’installation fort attrayantes. Les réalités ne peuvent être totalement étouffées. On trouve régulièrement dans les journaux des reportages sur ces luttes, avec une insistance particulière sur celles qui se déroulent sans violence et amorcent un dialogue avec les autorités. Global Times publie ainsi un éditorial – non signé, comme toujours, mais au ton plutôt défensif, ce est qui beaucoup plus rare – sous le titre évocateur : « Les Chinois sont-ils vraiment pauvres ? [2] ».

On ne cesse de répéter partout dans le pays qu’il y a de la misère, explique l’auteur. Les Chinois ont le sentiment qu’ils vivent moins bien, mais il est « inexact de dire que la misère est devenue insupportable ». Toutefois, « il faut noter que réaliser la meilleure articulation entre le rêve national et les rêves individuels est devenu vital, car les idéaux communistes se sont éloignés de notre vie quotidienne. En d’autres termes, le peuple chinois doit être convaincu que le pays va poursuivre son ascension et que cette ascension contribuera au bonheur de chacun. Mais le gouvernement ne peut pas éliminer toute la misère. » Si l’éditorial reconnaît que « l’opinion publique doit s’occuper de la misère », il fustige certains « médias qui, à tort, pensent qu’ils doivent être les porte-parole des pauvres et même qui incitent les personnes à entrer en conflit avec les pouvoirs publics. » Menace voilée contre ces médias, comme le prétendent certains ?

Quoi qu’il en soit, pour l’heure, les journaux, y compris les plus officiels, ne peuvent plus ignorer l’agitation sociale et les inégalités croissantes. Et ce n’est pas un anonyme, mais Li Xiguang, le directeur du centre international de communication de Tsinghua, l’une des plus grandes universités chinoises, qui signe un point de vue remarquable dans le même Global Times. En voici de très larges extraits, reproduits avec son accord. Sous le titre « Les inégalités au programme du XVIIIe congrès », il écrit : « Le week-end dernier, j’étais invité à donner une conférence à l’Université Brown à Rhode Island aux Etats-Unis. Après le petit déjeuner, j’ai fait une promenade dans le parc Burnside dans le centre de Providence [la capitale de cet Etat américain]. “Occupy Providence” est l’un des mille lieux de protestation (“Occupy”) à travers les Etats-Unis et le monde entier – des mouvements qui réclament des changements socio-économiques, tels que la lutte contre le pouvoir des entreprises, la pauvreté et l’exploitation.

Le site a été transformé en “Parc du peuple”. En le parcourant, j’ai vu, sous des tentes, une bibliothèque, un centre multimédia, une cuisine et une clinique dirigés par des bénévoles enthousiastes. Certains manifestants étaient des étudiants ; d’autres des chômeurs ; d’autres des vétérans des guerres d’Irak et d’Afghanistan. Des personnes âgées lisaient tranquillement. Et tous m’ont souri quand je suis entré. Des panneaux colorés étaient accrochés aux grilles qui entourent le parc sur lesquelles on pouvait lire : “Ne touchez pas aux pensions publiques”, “Travaillons pour la justice”(…), “Nous sommes les 99%”... Ce dernier mot d’ordre fait référence à l’énorme différence de richesse entre les 1 % les plus riches et le reste des citoyens américains. Cependant, l’inégalité des revenus chez nous n’est pas moindre qu’aux Etats-Unis. La Chine est désormais la deuxième économie au monde. Mais le coefficient de Gini  [3] se rapproche de 0,50 en Chine actuellement contre environ 0,28 en 1978 ; il figure parmi les plus élevés du monde. D’après le rapport 2009 du programme des Nations unies pour le développement (PNUD), l’écart entre les 10 % les plus riches de la population et les 10 % les plus pauvres est de 6,9 en Allemagne et de 15,9 aux Etats Unis. Selon le professeur Li Shi, de l’université de Pékin, en 2008, le revenu des 10 % des Chinois les plus riches était 23 fois plus élevé que le revenu des 10 % les plus pauvres contre 7,3 fois en 1998. Aujourd’hui encore les personnes vivant à la campagne ont, en moyenne, un revenu trois fois moins élevé que celles qui habitent les villes.

Les fruits de la croissance se concentrent toujours plus entre les mains d’une petite minorité – ce sont les élites qui dirigent les banques, les affaires, l’industrie des médias, les universités et qui se trouvent dans les hautes sphères du pouvoir.

Si l’on en croit ce que publie le microblog Weibo, ces inégalités provoquent un fort mécontentement. La concentration de richesses semble hors contrôle. Des groupes extrémistes de gauche comme de droite, des groupes qui ont la haine, discutent aujourd’hui de la possibilité de créer un mouvement “Occupy” en Chine. (…)

Le Parti qui prépare son congrès pour l’an prochain est de plus en plus bousculé par cet écart entre les riches et les pauvres ; cela menace sa légitimité.

En 1949, le Parti l’avait acquise, en se fixant comme objectifs de sortir la population de la misère et de rendre la nation forte. Mao Zedong a fait le choix d’une accumulation élevée et d’une faible consommation, en donnant la priorité à l’industrie lourde ; cela a entraîné des disparités croissantes entre les zones urbaines et rurales. Deng Xiaoping [qui a lancé les réformes en 1976] a introduit des mécanismes de marché en cassant le monopole d’Etat et en promouvant le secteur privé dans l’économie. Depuis 1978, le peuple chinois a connu des changements, l’ascenseur social a fonctionné et presque tout le monde vit plus confortablement. Mais Deng a choisi d’aller vite, en privilégiant les régions côtières et une certaine couche de la population, ce qui a conduit à une polarisation de la richesse et à une accentuation des disparités régionales.

Tout le monde sait que la Chine est passée d’une économie planifiée à une économie de marché, d’une société rurale à une société urbanisée, d’un bas niveau de revenu à un niveau moyen. Mais le tournant à accomplir pour passer à un pays prospère est l’un des grands défis auxquels nous sommes confrontés.

Des intellectuels chinois et des think tanks prédisent qu’une nouvelle stratégie de développement va émerger au XVIIIe Congrès du Parti. Ce dernier devrait annoncer un plan d’action pour les cinq prochaines années. J’espère que le pays aura une stratégie que l’on résumer ainsi : “Le peuple avant tout” (“People First”). Autrement dit, qu’on investira plus d’argent dans le développement humain : la lutte pour la santé publique, l’éducation en milieu rural, la protection de l’environnement, le logement pour les personnes à faible revenu, et contre les problèmes liés au vieillissement de la population.

A la manière du slogan “Nous sommes les 99 %” – mot d’ordre unificateur des mouvements de protestation à Wall Street –, “Le peuple avant tout” peut devenir le mot d’ordre unificateur du XVIIIe congrès du PCC. »

Li Xiguang sera-t-il entendu ? Nul, ici, n’oserait un tel pronostic.

Notes

[1] Ma Latang, « Over 10,000 workers besiege shoe factory in massive strike in Dongguan », Shanghaiist.com, 18 novembre.

[2] « Are Chinese people truly miserable ? » Global Times, Pékin, 23 novembre 2011.

[3] Le coefficient de Gini mesure les inégalités. Plus il est proche de 1, plus la société est inégalitaire, plus il est près de 0, plus on se rapproche de l’égalité.

17 commentaires sur « Des “indignés” à la chinoise »

  • permalien Shanaa :
    30 novembre 2011 @21h10   »

    Amis chinois, il fallait y penser avant ! Vouloir imiter le modéle du libéralisme ne peut mener qu’à l’impasse ! C’est ce qui s’est passé en Russie, aprés son électro-choc du libéralisme ! La prochaine fois, réfléchissez avant de copier ! Si ça peut consoler:Tout le monde est dans la même galére... sauf les trés riches !
    Pour ce qui est du peuple, c’est une force qui rééquilibre le vide d’une puissance face aux USA.

  • permalien Benjieming :
    1er décembre 2011 @09h14   « »

    Bonjour, est-il possible d’avoir un lien vers l’article du professeur Li Xiguang, en chinois si possible ? C’est pour le faire lire à une amie...

    A part ça, Shaana, votre "il fallait y penser avant" s’adresse-t-il aux dirigeants chinois où à la population ? Car il est évidemment faux de dire que les Chinois en général on eu leur mot à dire sur le tournant "libéral" qu’a pris la Chine dans les années 80. Quand aux dirigeants, tant que la cocotte n’explose pas ils se satisfont très bien de la situation, car les 1%, c’est eux.

    Plus globalement, concernant les "indignés" à la chinoise, personnellement j’y crois moyennement, même si j’aimerais y accorder plus de crédit. D’abord parce qu’il n’y a aucune structure sociale qui permet aux gens d’être ensemble (à l’exception notable d’internet bien sur, mais il semble impossible de passer du virtuel au réel), et aussi pour une autre raison, que me rappelait l’autre jour une amie chinoise (celle à qui je veux faire lire l’article), qui pour sa part est pour le moins indignée de la situation : tout simplement le fait que la situation dans laquelle sont les Chinois actuellement n’est que le résultat... d’une révolution !

    Selon elle beaucoup de chinois sont conscients que mettre le parti ne suffirait pas à garantir un avenir meilleur. Surtout en tenant compte du fait que la société chinoise actuelle ne comporte, je le répète, aucune structure indépendante du PCC susceptible de structurer une reprise en main du pays, ou même une lutte contre le PCC. Et toujours selon cette amie, effarée par la situation actuelle et plutôt pessimiste sur l’avenir, un éventuel renversement du PCC ne ferais que répéter ce qui se fait en Chine depuis des milliers d’années : le renversement d’une dynastie par une autre, avec au final toujours un petit groupe qui domine le reste du corps social.

    Et malheureusement, quand je voit le peu d’esprit citoyen qu’a la majorité des chinois (cf l’affaire Yue Yue par exemple), j’ai tendance à être pessimiste moi aussi.

  • permalien Shanaa :
    1er décembre 2011 @19h27   « »

    Benjieming : Les responsables sont les décideurs de tout poil, bien sûr ! Mais la classe aisée profite aussi de la situation, tout en sachant qu’elle est sans issue à long terme ! La classe laborieuse se soumet, bien contente d’avoir du travail et quelques miettes !
    Les chinois auraient dû observer les pays capitalistes avant de mimer leur systéme !
    Vous savez, si tout le monde se mettait au modéle occidental, il nous faudrait une centaine de planétes à piller ! Les chinois ont donc intérêt à cogiter une autre alternative ! Ils ne s’en sortiront pas en rafistolant indéfiniment l’économie de marché ! Il suffit de voir ce qui se passe en occident ! A force de rafistoler c’est bientôt l’implosion !

  • permalien Shiv7 :
    2 décembre 2011 @22h23   « »

    Shanaa

    Le libéralisme (issu des Lumières)à induit le matérialisme, le positivisme, le scientisme, le productivisme, la technologie. (il aurait peut être pu en être autrement mais c’est néanmoins ce qui est arrivé)

    La technologie avancée des armes des colons occidentaux aux IXX et au XX ème siècle à plus ou moins obligé les peuples d’Asie (notamment le Japon, la Chine, le Siam) pour se défendre d’adopter ce modèle, à différent niveaux, étalé sur le temps. Un peu comme aujourd’hui si à titre individuel nous n’avons pas un portable et une voiture, nous sommes hors course. (ce qui en dis long sur la soi disant liberté de rester hors du système)

    Aussi bien le communisme(le même idéal version communautaire) que l’impérialisme ont suivis ces paradigmes.

    Le libéralisme à littéralement obligé l’humain à devenir un loup pour l’humain, même au sein de la même société ou nation, Dieu ou le Roi n’étant plus là pour dominer l’ensemble, la règle est devenue la compétitivité à tout les niveaux, le super riche n’étant qu’un loup plus fort que les autres., et qui accessoirement à laissé tout sens de la noblesse, de l’honneur et du courage au vestiaire..

    L’ultra libéralisme aussi bien politique qu’économique est la version purifiée et intégriste de cette vision libérale qui avait cru à l’égalitarisme (tout comme le communisme) sans tenir compte que l’homme libre, laissé à lui-même, n’a pas envie d’égalité mais de domination.

    C’est cette naïveté que nous les peuples du monde payons au prix fort actuellement.

  • permalien Shanaa :
    3 décembre 2011 @16h52   « »

    @Shiv7, Ce que vous dites est juste. Cependant, on ne peut pas toujours accuser le passé colonial d’être responsable de tous les malheurs des colonisés. Ces derniers ont une part active dans leur servitude volontaire. Tout le monde mime le modéle occidental sans se poser la question des conséquences ! Il est plus facile d’utiliser un chemin déjà tracé que d’en tracer un autre.
    La servitude volontaire, se voit aussi dans des aspects comportementaux , comme celui de vouloir à tout prix se blanchir la peau, se débrider les yeux, utiliser le type occidental dans les pub, la mode, etc...
    Si la supprémacie d’un modéle s’impose ainsi c’est qu’il y a des complexés, des gens qui n’affirment pas leur créativité propre ! préférant mimer celui qui les domine !
    Celui qui a pris conscience de cela, peut refuser cette auto-servitude , et donc bannir ce qu’il peut en changeant au niveau personnel, pour commencer ! Qui oblige les gens à se défriser, à se blanchir, à avoir la télé, le portable, et que sais-je encore ?

  • permalien Shiv7 :
    4 décembre 2011 @11h43   « »

    Shanaa :

    Ce que vous dites est juste. Cependant, on ne peut pas toujours accuser le passé colonial d’être responsable de tous les malheurs des colonisés. Ces derniers ont une part active dans leur servitude volontaire. Tout le monde mime le modéle occidental sans se poser la question des conséquences ! Il est plus facile d’utiliser un chemin déjà tracé que d’en tracer un autre.

    Vous avez parfaitement raison.
    Mon post précédent voulait juste mettre le point sur le fait que certaine sociétés ont été pratiquement obligée d’adopter certaine visions occidentales, sous peine de purement et simplement disparaître. (sous la puissance technologique)

    Au point de vue individuel il est clair qu’on a le choix de préférer mourir que de se prostituer à une idéologie qu’on réprouve.
    Par contre quand on est Roi ou gouverneur d’un pays ce choix devient plus ardu, le peuple n’étant pas forcément aussi éclairé et radical que ses dirigeants. (ce n’est bien sur pas le cas de tout les dirigeants, tant s’en faut..)

    Suite

  • permalien Shiv7 :
    4 décembre 2011 @11h45   « »

    La servitude volontaire, se voit aussi dans des aspects comportementaux , comme celui de vouloir à tout prix se blanchir la peau, se débrider les yeux, utiliser le type occidental dans les pub, la mode, etc...

    Oui tout comme vous la servitude volontaire est quelque chose que je n’apprécie pas trop, vous vous en douter.

    Je vous reposte un texte de J.Baudrillard que j’avais posté il y a quelques mois, sur la question.

    De toute façon, pour être libéré, il faut avoir été
    esclave. Et pour avoir été esclave, il faut n’avoir pas été
    sacrifié (seuls devenaient esclaves les prisonniers non
    sacrifiés).
    Quelque chose de cette exemption sacrificielle,
    et quelque chose de la servilité consécutive, persiste
    dans l’homme « libéré », et tout particulièrement
    dans la servilité actuelle - non pas celle qui précède la
    libération, mais celle qui lui succède. La servilité de
    deuxième type : la servilité sans maître.
    Dans la société antique, il y a le maître et l’esclave.
    Plus tard, le seigneur et le serf. Plus tard, le capitaliste
    et le salarié. À chacun de ces stades correspond une
    servitude déterminée : on sait qui est le maître, on sait
    qui est l’esclave. Désormais tout est différent : le maître
    a disparu, il ne reste que les serfs et la servilité. Or
    qu’est-ce qu’un esclave sans maître ? C’est celui qui a
    dévoré son maître et l’a intériorisé, au point de devenir
    son propre maître. Il ne l’a pas tué pour devenir le
    maître (çà, c’est la Révolution), il l’a absorbé tout en
    restant esclave, et même plus esclave qu’esclave, plus
    serf que serf : serf de lui-même. Stade ultime de sa
    servilité qui, de régression en régression, remonte jusqu’au
    sacrifice. Sinon que personne ne lui fait plus
    l’honneur de le sacrifier et qu’en désespoir de cause,
    c’est lui qui est forcé de se sacrifier à lui-même et à sa
    volonté propre. Notre société de services est une société
    de serfs, d’hommes servilisés à leur propre usage, asservis
    à leurs fonctions et à leurs performances - parfaitement
    émancipés, parfaitement serfs.

    Amicalement et bonne journée.

  • permalien Shanaa :
    4 décembre 2011 @17h48   « »

    Shiv7, on ne peut parler de domination occidentale sans la situer dans son cadre idéologique : Le capitalisme, anglo-saxon, précisément. Pour cela, il faut voir ou revoir l’ouvrage de Max Weber : "L’ethique protestante et l’esprit du capitalisme". Je rappelle que tout l’occident n’est point protestant, pour comprendre la spécificité mentale du capitalisme actuel, globalisé.
    Weber, entre autres, parle de désenchantement du monde, de bureaucratie organisée, de bureaucrates spécialisés pour encadrer la vie sociale, de profit, de rentabilité à tout prix, obligatoire, de rationalisation. Ceci caractérise davantage le capitalisme que l’avidité d’un gain ou le désir de possession qui animent le commun des mortels ! Le capitalisme s’identifierait plutôt avec la domination !
    Donc, la question est : Si l’essence du capitalisme est l’éthique protestante, comment vont s’en sortir les peuples qui ont un schéma mental différent (je me mets volontiers dans la peau de Vendredi face à Robinson Crusoé) !
    Je rappelle aussi qu’un marchand musulman se targuera d’être prospére, non capitaliste (incompatibilité).
    N’oublions pas que toute domination a un début et une fin !

  • permalien Shanaa :
    4 décembre 2011 @18h17   « »

    Shiv7, pour en revenir à la Chine. Son économie est un commerce d’assemblages avec des capitaux étrangers, en gros ! On peut donc parler de dépendance. Cependant, les chinois ont les capacités de passer à autre chose au lieu de mimer un modéle qui conduit à l’impasse !
    Pour le processus d’acculturation, corollaire de la domination, il faut lire le livre de :Toshiaki Kozakai ; "Les japonais sont-ils des occidentaux" ou sociologie d’une acculturation volontaire.
    Ce phénoméne d’acculturation volontaire est mondial !

    "Au point de vue individuel il est clair qu’on a le choix de préférer mourir que de se prostituer à une idéologie qu’on réprouve."

    Ni se prostituer ni mourir ! Mais vivre autrement, refuser ce que l’on peut, consommer sélectif, discuter autour de soi, etc...

    Cordialement.

  • permalien Shiv7 :
    4 décembre 2011 @19h27   « »

    Shanaa

    on ne peut parler de domination occidentale sans la situer dans son cadre idéologique : Le capitalisme, anglo-saxon, précisément.

    Oui vous avez raison de préciser que là se trouve le principal problème actuel.

    Ceci caractérise davantage le capitalisme que l’avidité d’un gain ou le désir de possession qui animent le commun des mortels !Le capitalisme s’identifierait plutôt avec la domination !

    Néanmoins il faut admettre que le capitalisme anglo-saxon pour dominer doit s’appuyer sur ce désir humain de possession qui anime le commun des mortels, et que dans le fond la racine du problème se trouve là, car finalement tout désir de possession suppose une domination sur l’objet (ou la personne, le peuple. etc.).

    Il est bien sur plus utopique et difficile de vaincre notre désir de possession (du moins dans une certaine mesure) que de faire tomber le capitalisme anglo-saxon, mais par contre cette victoire là (sur la possession) est la seule qui traite le mal à sa racine, c’est du reste par ce moyen que Gandhi est arrivé à vaincre les Anglais. (il y a bien sur aussi d’autres facteurs qui ont fait que l’Inde aille pu se libérer)

    Cependant, les chinois ont les capacités de passer à autre chose au lieu de mimer un modéle qui conduit à l’impasse !

    Je crois que nous devons pas nous faire trop de soucis pour les Chinois, n’oublions pas que ces dernier ont une culture qui ne remonte pas à hier (y compris marchande) et que de plus ils ont la loi du nombre pour eux.
    Il est possible que l’acculturation mondiale ne soit plus faite sur le modèle occidental mais plutôt Chinois dans un avenir plus ou moins proche..

    Ce phénoméne d’acculturation volontaire est mondial !

    C’est peu de le dire.., (je le constate de visu, vivant en grande partie en Asie) et c’est aussi tout le problème que la mondialisation des échanges instantanés de tous les réseaux (monétaire, social, etc.) procure.
    Peut-on réellement rester culturellement vierge dans de telle condition, j’en doute un peu.
    Le problème n’est pas seulement politique, il est tout autant lié au développement technologique.

    Ni se prostituer ni mourir ! Mais vivre autrement, refuser ce que l’on peut, consommer sélectif, discuter autour de soi, etc...

    Tout à fait, l’exemple que je donnais (se prostituer ou mourir) concernait un exemple factuel (risque d’annexion militaire définitive) auquel certains peuples Asiatique on dû faire face à une certaine époque. Il est clair aussi que cette annexion c’est finalement faite par d’autre moyens.

    PS. Je n’ais jamais lu directement Max Weber, je le vois souvent cité dans les ouvrages que je lis. Auriez vous un ouvrage à me conseiller, soit de lui, soit une interprétation, qui parle plus particulièrement des points que vous citer ci-dessus ?

  • permalien Shanaa :
    5 décembre 2011 @15h42   « »

    Shiv7, l’ouvrage "culte" de Max Weber sur le capitalisme est : "L’ethique protestante et l’esprit du capitalisme". Ce livre est excellent, bien qu’il date un peu. On continue de l’étudier au bahut !
    Aujourd’hui comme critique de l’hyper capitalisme, de la mondialisation, il y a, entre autres, Antonio Negri.

    Cordialement.

  • permalien Shiv7 :
    5 décembre 2011 @17h07   « »

    Merci Shanaa, je ne suis malheureusement (ou heureusement..) pas passer par le bahut (c’est bien les écoles supérieures françaises ?), mes recherches sont purement autodictatique, ce qui explique que parfois il me manque des pièces du puzzle..

    Amicalement

  • permalien Shanaa :
    5 décembre 2011 @22h19   « »

    Shiv7, pour rester sur le sujet de la Chine, outre les ouvrages D’Anne Cheng, voici ce lien avec traduction intégrale de Max Weber :

    "La meilleure manière peut-être de situer ce qui vient d’être dit dans
    notre perspective d’ensemble serait d’élucider le rapport entre le
    rationalisme confucianiste – cette appellation en effet convient bien au
    confucianisme – et le rationalisme qui nous est géographiquement et
    historiquement le plus proche : le rationalisme protestant. Le niveau
    de rationalisation qu’exprime une religion peut être évalué, avant tout,
    selon deux critères, qui du reste sont liés entre eux à plus d’un titre.
    D’abord le degré auquel cette religion a évacué la ma g ie. Ensuite le
    degré d’unité systématique auquel le rapport entre Dieu et le monde,
    et donc la relation éthique au monde propre à cette religion, ont été
    portés."
    http://www.scribd.com/doc/8568004/M...

    Si vous êtes à l’étranger, il y a souvent des centres culturels allemands ou français, avec une petite bibliothéque ou l’on trouve les journaux français, des livres que l’on peut aussi commander.

    Cordialement.

    Remarque : Bahut signifie lycée en français argot, populaire.
    Cordialement.

  • permalien Shiv7 :
    7 décembre 2011 @22h44   « »

    Shanaa :

    Je n’avais pas vu que vous aviez reposté..

    On a du avoir une transmission de pensée car lors de l’envoi de mon post précédent, je pensais précisément au rationalisme confucianiste, qui du moins hors de Chine, comme pour les Chinois du Siam et d‘autres pays d‘Asies du Sud Est, est encore passablement influencé par de Taoïsme et le sens du sacré.

    Le livre que vous m’avez mis en lien à l’air très intéressant (le peu que j‘aille pu en lire), mais malheureusement mon ordi ne charge pas assez vite pour faire défiler les pages. Savez-vous si il s’agit d’un livre indépendant ou plutôt d’un chapitre du livre qu’il a écrit sur le Confucianisme et le Taoïsme ? (car je ne l’ai pas trouvé dans la liste de son œuvre traduite sous le titre Confucianisme et puritanisme )

    Je ne suis présentement pas à l’étranger, je prend mes livres à la biblio locale assez fournie.
    Je suis au courant pour les alliances françaises (je ne parle pas Allemand), mais comme quand je suis à l’étranger je vis dans une jungle assez reculée(exempte de Tv, ordi. et journaux..), je préfère prendre avec moi quelques volumes choisis, (si possible assez ardu et condensé afin de pouvoir les lires plusieurs fois..) que j’achète avant de repartir en Asie.

    Salutation

  • permalien Shanaa :
    9 décembre 2011 @16h58   « »

    Shiv7, avec un peu de retard ! Je dois dire que je connais peu la culture chinoise ! J’ai des tas de gadgets "made in China", mais la culture chinoise circule moins que la marchandise, contrairement à la sous-culture USA qui nous inonde via les séries, les fast food, le ciné, les jeux, etc...

    Ceci dit, le livre de Max Weber, "Confucianisme et taoisme", n’est pas mal du tout !
    Pour coincider avec l’auteur de cet article, j’ai déniché un livre pas trop mal :"Chine, Inde : La course du dragon et de l’éléphant."

    Cordialement.

  • permalien Shiv7 :
    9 décembre 2011 @19h10   « »

    Shanaa :

    Je voudrais juste ajouter , concernant le sens du sacré, que ce dernier à tout autant été résorbé par le rationalisme impérialiste protestant que par le communisme.(Qui finalement vient des mêmes sources)

    Ainsi selon mes constatations, la Chine que j’ai visitée il y a à peu près 25 ans était déjà passablement désenchantée, la majorité des temples étant reconverti en dépôt de marchandise…(ce qui ne veut pas dire que le peuple chinois intérieurement n’aille pas gardé des notions), j’ai constaté la même tristesse au Vietnam et au Cambodge, seul le Laos, la Birmanie, le Siam, la Japon ont relativement conservé (malgré leurs concessions à la modernité soit impérialiste, soit communiste) leur traditions respective du sacré.

  • permalien Shanaa :
    12 décembre 2011 @17h48   «

    Shiv7, le sens du sacré n’est pas "absorbé" par le communisme, mais mis en "veille" ! Notons, par exemple, que dés qu’ils ont pû, les russes ont trés vité renoué avec la religion, ouvert les églises !
    Je crois que ce sera pareil pour la Chine dés que l’environnement le permettra !

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