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Organiser le débat : « C dans l’air »

jeudi 1er décembre 2011, par Alain Garrigou

Jeudi 24 novembre : séminaire de « sociologie approfondie de l’espace public ». Un titre ronflant tant il faut bien qu’en master II, les choses soient « approfondies », comme ensuite les recherches doivent être « avancées ». Au menu de la matinée : « Une émission de débat télévisé : l’exemple de “C dans l’air” ». En fait d’exemple, on n’a guère le choix. Deux étudiantes se sont résolument emparées du sujet : histoire de l’émission, société de production, dispositif, audience, etc. Elles ont eu l’excellente idée de mener une petite enquête à partir du site de l’émission. Elles ont exploité les ressources d’objectivation d’un logiciel pour imprimer les représentations graphiques des statistiques de la sélection des invités. Elles ne peuvent cacher un début d’indignation devant la rareté de la présence féminine : seulement 40 femmes pour 499 invités et 123 émissions dans les six derniers mois. Un « camembert » met en scène la part minime des femmes par une portion rose minuscule dans un océan de bleu. Les étudiantes ajoutent que celles-ci n’interviennent guère que sur des « sujets féminins » : les femmes, la santé, les enfants… Il est vrai qu’aucune ne figure dans le décompte des invités les plus fréquents. Un plateau de « mâles blancs », résument-elles.

Christophe BARBIER (L’Express) 19
Dominique REYNIE (Fondapol) 16
Renaud DELY (Le Nouvel Observateur) 12
Jérôme SAINTE MARIE (CSA) 11
Roland CAYROL (Cevipof) 10
Yves THREARD (Le Figaro) 9
Brice TEINTURIER (IPSOS) 8
Pascal BONIFACE (IRIS) 8
Pascal PERRINEAU (Cevipof) 6
Gaël SLIMAN (Opinion BVA) 6
Total105/499
Invités de « C dans l’air », du 31 mai au 18 novembre 2011

Trois catégories d’invités se retrouvent sur le sujet sensible de la politique française : journalistes, avec le plus présent de tous les invités, Christophe Barbier (L’Express), ainsi que Yves Thérard (Le Figaro) et Renaud Dély (Le Nouvel Observateur), sondeurs (CSA, Ipsos, BVA) et universitaires issus de Sciences Po et en même temps sondeurs (Roland Cayrol) ou membres du think tank de l’UMP (Dominique Reynié et Pascal Perrineau). Ce palmarès fait donc apparaître un autre principe de sélection des invités : la politique. Les invités sont surtout des gens de droite. Un principe de sélection moins apparent est la problématique intellectuelle positiviste de spécialistes du comportement politique. Pour expliquer cette sélection, il faut évidemment tenir compte des contraintes matérielles d’une émission quotidienne, où il est difficile de ne pas solliciter les invités les plus fiables, c’est-à-dire disponibles et conformes. La longévité d’une émission née en 2001 ainsi que le direct nourrissent forcément les rigidités de la sélection pour éviter des appels téléphoniques vains et du fait de l’autoexclusion de spécialistes peu soucieux de se retrouver en milieu hostile.

Il n’y aurait peut-être rien d’autre à dire si un étudiant de genre masculin ne s’était risqué à marquer son désaccord sur l’exclusion des femmes : en quoi cela aurait-il changé que plus d’entre elles interviennent sur les sujets concernés ? Protestation des jeunes femmes du séminaire. Il revient en effet à l’observateur scientifique de comparer les principes réels de sélection aux principes officiels du débat politique dont se réclame une émission particulière, comme toute émission de débat en régime démocratique. S’il est probable qu’aucune n’échappe au flagrant délit de non respect de ses propres principes, il faut se demander s’il est possible d’organiser une véritable émission de débat à la télévision. « On est tous d’accord », se réjouit souvent l’animateur. La polémique redouble et apporte une réponse : on peut difficilement imaginer une caméra au milieu de la cacophonie. Un mot de la fin ? On se lève en continuant le débat. Il est midi.

17 commentaires sur « Organiser le débat : “C dans l’air” »

  • permalien Tanguy :
    1er décembre 2011 @17h31   »

    "il faut se demander s’il est possible d’organiser une véritable émission de débat à la télévision."

    Bourdieu s’est posé la même question et a produit une très bonne conférence/émission :

    De la télévision . A (re)voir

  • permalien Yvan :
    1er décembre 2011 @18h08   « »

    Le caractère "subversif" de l’émission éclate quand on se rend contre que dans le top ten des "émargeurs n’apparaissent, ni J. Attali, ni A. Minc, ni B.H. Lévy, ni J. Séguéla... ni L. Leprince-Ringuet...

    Décidément Calvi connait la musique !

  • permalien Yvan :
    1er décembre 2011 @18h11   « »
    Oups !

    on se rend contre compte...

  • permalien Erwan :
    1er décembre 2011 @20h10   « »

    Une étude pour défendre notre ami, M. Lordon…

    http://vimeo.com/30130402

  • permalien Anne-Catherine :
    1er décembre 2011 @20h12   « »

    Yves Calvi est au traitement de la politique ce que Brigitte Jeanperrin est au traitement de l’économie : http://vanessa-schlouma.blogspot.co...

  • permalien Nathan :
    1er décembre 2011 @23h09   « »

    L’autre soir, chez Taddeï, j’écoutais Emmanuel Todd déclarer sans sourciller qu’il fallait annuler purement et simplement la dette des pays européens et je me suis demandé en quelle qualité il se permettait de faire cette proposition. Todd est démographe, pas économiste. Il n’est probablement pas capable de mesurer et d’évaluer les conséquences d’une telle mesure. Et donc, je me suis demandé pourquoi face aux caméras, ce monsieur sortait de son domaine d’expertise pour parler de ce qu’il ne connaissait pas, si ce n’était, bien sûr, le plaisir de parader. On sentait bien qu’il proposait ce moratoire parce qu’un schéma mental le conduisait à penser que les créanciers étaient les riches. Mais est-ce si sûr ? Qui détient exactement cette dette, voilà la question préalable qu’il eut fallu poser. Et pourquoi n’y avait-il personne sur ce plateau pour nous expliquer quelles seraient les conséquences d’une telle mesure si celle-ci était appliquée ? Indigence du débat intellectuel en France...

  • permalien gloc :
    2 décembre 2011 @06h54   « »

    Le dénommé Nathan : « Todd est démographe, pas économiste. Il n’est probablement pas capable de mesurer et d’évaluer les conséquences d’une telle mesure. »

    Par contre le dénommé Nathan ne sort jamais de son domaine de compétence, ce qui est souvent fort réjouissant...

    surtout quand il poursuit :

    « Et donc, je me suis demandé pourquoi face aux caméras, ce monsieur sortait de son domaine d’expertise pour parler de ce qu’il ne connaissait pas, si ce n’était, bien sûr, le plaisir de parader. »

    ... et le dénommé Nathan s’est répondu... et l’expertise est implacable :

    « Indigence du débat intellectuel en France... »

    ... un vrai bonheur !

  • permalien Nathan :
    2 décembre 2011 @09h28   « »

    Il va de soi qu’il y a une différence entre un forum en ligne où des anonymes sont conviés à réagir un peu comme au café du commerce et un débat télévisé où des intervenants es qualités et précédés d’une certaine autorité intellectuelle viennent confronter leurs idées. Ayant rarement l’occasion d’entendre un vrai débat à la télévision, je me contente en général d’apprécier le caractère surréaliste des confrontations, un peu comme si on assistait à une pièce de Jarry ou d’Ionesco, des références littéraires précieuses mais hélas oubliées.

    Par exemple, l’autre soir chez Taddeî, après que Todd eut proposé d’annuler purement et simplement la dette tout en se plaignant amèrement que l’Allemagne fut un obstacle à ses désirs, je me suis dit que peut-être les deux économistes qui lui étaient opposés sur le plateau allaient lui répondre en faisant un brin de pédagogie. Cela eut été l’occasion d’apprendre quelque chose. Rien du tout. Un économiste du nom de Pierre-Noël Giraud a aussitôt démarré au quart de tour pour nous confier sa vision d’une Allemagne ayant d’ores et déjà décidé de construire une autre Europe avec les pays de l’Est. Le temps de subir le développement de sa vaste fresque géopolitique, on avait déjà oublié l’histoire du moratoire sur la dette. Et c’est ainsi que les débats passent et trépassent.

  • permalien Marcel :
    2 décembre 2011 @12h30   « »

    C’est vrai ça, en quoi être une femme (ou un homme) peut bien changer l’intelligence qu’on a d’un problème touchant une société toute entière ? Sur le sujet de l’économie par exemple, mes penseurs à moi sont Frédéric Lordon (un homme, et c’est pas de sa faute), Jacques Généreux (un autre homme et ce n’est pas non plus de sa faute), Paul Jorion (décidément...), et Martine Orange (tiens, en voilà une !).

    La compétence transcende le sexe. Il n’y a pas que la compétence d’ailleurs ; le pouvoir le transcende aussi. Et m’éclairera-t-on sur ce que la féminité a bien pu apporter à Golda Meir, Margaret Thatcher, Tançu Ciller, Madeleine Allbright et ses "collateral damages", Hillary Clinton, etc etc ??

    Femme, homme, même combat. La compétence, d’accord ; le sexe, rien à f... sinon dans l’intime bien sur.

  • permalien Him :
    3 décembre 2011 @00h42   « »

    Nathan n’a pas trop à se plaindre des débats organisés par Yves Calvi quant à la situation au Moyen-Orient vu qu’ils sont largement pro-sionistes dans le choix des intervenants.

  • permalien Shanaa :
    4 décembre 2011 @18h56   « »

    "C dans l’air" est une émission trés orientée. La contradiction est rare, le consensus domine entre gens du sérail !
    Taddei est, de loin, celui qui permet aux voix dissidentes de s’exprimer ! Dissidentes contre la pensée unique qui caractérise les médias français !

  • permalien Tanguy :
    5 décembre 2011 @01h53   « »

    @Nathan

    Le CADTM explique fort bien comment, en conformité avec le droit international, des pays sont parvenus à obtenir une très large remise de leur dette. Le cas des dettes illégitimes est à connaître : http://www.cadtm.org/Et-si-on-refusait-de-payer.
    Ce n’est peut être pas la solution miracle, mais cela n’a rien d’insensé !!! L’expliquer à la télévision ne serait peut être pas du meilleur effet, le poisson devait vite être noyé !!!

    Sinon, pour ce qui est de l’argent des "pauvres", leur seul investissement dans le système financier est placé dans ce qu’il est convenu d’appeler les "fonds de pension", qui sont plutôt une matérialisation de l’épargne forcée.

    Renseignez vous sur la situation aux US et vous verrez que nombre de personnes (même des fonctionnaires locaux) ne touchent plus de pension car ils avaient cru en ce mirage de la "retraite par capitalisation". Si l’on veut protéger les plus faible, il faut valoriser les solidarités (ce que beaucoup appellent des "charges" afin de tenter de les supprimer) et non pas préserver le système financier international en l’état au prix des sacrifices sociaux les plus sauvages (voir la misère aux US, en Grèce, son augmentation chez nous,...).

    Voilà ma contribution à ce que j’appelle un "forum" ou un "lieu de débat" et non un "café du commerce".

  • permalien Jacky :
    5 décembre 2011 @17h49   « »
    Organiser le débat dans « C dans l’air » ?

    Non, ce n’est pas dans l’air , mais ça le devient grâce à Yves Calvi. Yves Calvi est en effet un ’’faiseur d’opinion’’. Un exemple : il développe cette idée que le PS, c’est la gauche. On ne compte plus le nombre d’émissions qu’il a consacrées à ce parti politique, à ses dirigeants et toujours avec cette idée que la gauche se résume au PS. Il aura beaucoup contribué à la bipolarisation de la vie française tant souhaitée par la droite et le PS.

  • permalien juan23 :
    5 décembre 2011 @19h52   « »

    J’ai tenu un compte des invités de C dans l’air depuis plus de deux mois : le resultat est presque "deterministe" :
    En comptant le representant du "Nouvel Observateur" parmi les invités de gauche (c’est dire si je suis d’esprit ouvert !), il y a toujours :
    - Trois invités de droite,
    - Et un de gauche
    Sans, bien entendu, jamais indiquer que des invités comme Reynié ou Perrineau sont dans des think-tank UMP.
    Quant à inviter des personnes qui pourraient contredire le "plateau "ronronnant de droite, ah ! ça !jamais.

  • permalien dujoncquoy.jacquesaliceadsl.fr :
    20 décembre 2011 @11h54   « »

    S’il y a corruption, il doit y avoir des corrupteurs ? de
    ceux là, on en parle jamais ! pourtant, on devine qui ils sont !
    Ce sont ceux qui ont le pouvoir de l’argent ! Etes-vous aussi inféodé a ce pouvoir, vous aussi ? on baigne bien dans un système capitaliste, non ? Pourquoi ces silences ? Une bonne émission sur les mécanismes de la corruption, vous ne pouvez
    pas la faire. Si oui, à quand ?

  • permalien L’espoir :
    29 décembre 2011 @11h29   « »

    Il existe une imposture fondamentale inhérente au système médiatique à laquelle il faut tordre le coup et que je nommerai « l’idéologie de la neutralité ». Quatre acteurs sont en présence.

    -le journaliste : neutre et au fait des grands débats qui animent la société ; il est à même de poser les bonnes questions à ses interlocuteurs.

    -le politique : engagé et partial ; la défense de son idéologie l’entraîne à user de la rhétorique, du mensonge ou de la mauvaise foi à des fins électoralistes.

    -l’expert : impartial et compétent ; il fonde sa légitimité sur le travail scientifique. Il ne prend pas parti.

    -l’électeur : ignorant des grands enjeux du monde, il faut tout lui vulgariser.

    Voici le lien où l’on revient plus en détails sur ce phénomène : http://lespoir.jimdo.com/2011/10/31...

  • permalien Artours :
    24 avril 2012 @15h08   «

    Un sourire stupide, prétexte pour montrer une fausse générosité, un regard qui en dit long sur l’hypocrisie, pour une face qui reste fidèle à notre FLAMBY- Tartuffe Hollande. Pour ne pas faire de la France un pays d’assistés et de gauches qui aiment le caviar et le champagne rosé, rejoignez le mouvement : Anti Flamby

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