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Les paradoxes du 21 avril

mardi 10 janvier 2012, par Alain Garrigou

En se rapprochant, l’élection présidentielle de 2012 suscite des évocations du 21 avril. Ce jour sans année est devenu le symbole de la surprise électorale. En 2002, il s’agissait de la qualification du candidat de l’extrême droite pour le deuxième tour de l’élection présidentielle. Sidération sans lendemain puisque ce deuxième tour ne lui apporta pas beaucoup de ralliements et que Jean Marie Le Pen fut littéralement balayé par son concurrent, avec moins de 20 % des suffrages exprimés. La nature de la surprise biaisa alors quelque peu la compréhension de l’événement, le ramenant à sa singularité au lieu d’en révéler la logique. Il est vrai que la surprise ne guide guère vers les ressources de la rationalité. En évoquant préventivement un 21 avril, à l’envers ou à l’endroit, les commentateurs nous tirent aujourd’hui sur ce terrain des paradoxes du vote.

Le 21 avril a en effet mis en œuvre une situation qui est une des modalités concrètes du paradoxe de Condorcet, selon laquelle aucune fonction de choix ne permet d’agréger des préférences individuelles en choix collectif de manière indiscutable. Dans le mode de scrutin présidentiel où il s’agit d’élire un candidat unique à partir d’un scrutin uninominal majoritaire à deux tours avec deux seuls compétiteurs au deuxième — contrairement au scrutin législatif où un nombre de suffrages suffisant par rapport aux inscrits permet de se maintenir et d’organiser des élections triangulaires voire quadrangulaires — un candidat peut être éliminé alors qu’il serait élu dans toutes les figures de duel et qu’à l’inverse des candidats peuvent être qualifiés pour un deuxième tour qu’ils ne peuvent emporter. Ainsi, Lionel Jospin, souvent donné favori, fut-il éliminé par Jean Marie Le Pen qui n’avait aucune chance de gagner. Jacques Chirac était déjà élu lors du premier tour.

Aucune solution n’est parfaite pour contrecarrer ces incohérences malgré la recherche de moyens techniques plus ou moins sophistiqués. Dans de petits groupes, une méthode est fréquemment appliquée, le vote indicatif, soit un tour de scrutin « pour rien », sinon pour évaluer préalablement la situation, les chances respectives et les risques éventuels d’effets pervers. Cela suppose que les paradoxes du vote soient plus probables en situation d’opacité que de transparence. Si on s’en tient en effet au scrutin secret, un voile d’ignorance recouvre les choix individuels. Cette norme est cependant nominative mais non collective. Il a toujours existé des anticipations justes ou erronées des chances respectives. Or aujourd’hui, une technologie joue ce rôle d’instrument d’anticipation des chances collectives, et à cet égard on peut bien prétendre qu’elle ne respecte pas complètement le secret du vote, il s’agit des sondages sur les intentions de vote. Toutefois, la proximité du scrutin rend ces sondages bien plus fiables que tous ceux qui fleurissent bien longtemps avant.

Le 21 avril est aussi une surprise électorale à cause de l’instrument qui diffusait la lumière. Tous indiquaient sans ambiguïté que Jacques Chirac et Lionel Jospin arriveraient en tête au premier tour. On sait que les sondeurs prétendent ne jamais se tromper, d’une manière générale, en affirmant que leurs sondages ne sont pas des prédictions, en assurant, ici, que les derniers sondages montraient un resserrement des écarts, ou qu’il faut tenir compte des marges d’erreur. Jugeons plutôt sur un échantillon de quelques sondages précédant de peu le premier tour :

Jacques Chirac Lionel Jospin Jean-Marie Le Pen
BVA 10-13 avril 18,5 % 18 % 14 %
Ifop 13 avril 20 % 18 % 13 %
CSA 17-18 avril 19,5 % 18 % 14 %
Ipsos 17-18 avril 20 % 18 % 14 %
Sofres 17-18 avril 19,5 % 17 % 14,5 %
Résultats 21 avril 19,88 % 16,18 % 16,86 %

Si l’on ne retient pas les arguments imposés par la défense des sondeurs, on sait que leur erreur est surtout due à l’insuffisant redressement des intentions de vote en faveur du candidat du Front national. Le jour même de l’élection, l’erreur venait encore de là puisqu’il était crédité de 14,5 % des intentions de vote et qu’il obtint 16,86 % des suffrages. On comprend les réticences des sondeurs à beaucoup redresser alors qu’ils multipliaient déjà par deux les intentions de vote FN et que de telles rectifications ne sont pas de nature à préserver leur confiance dans leur propre instrument. En 2007, ils commirent évidemment l’erreur inverse. Le 21 avril 2002, ce furent donc les simulations de vote qui, en fin de journée, révélèrent la surprise dans les états majors et les salles de rédaction avant que les résultats fussent connus.

En l’occurrence, les sondages ont joué le rôle de vote indicatif. Il ne semblait pas y avoir d’incertitude sur les qualifiés du deuxième tour. Or se trompant, ils ont trompé les électeurs et les candidats. Bien sûr, c’est le vaincu qui apparaît le plus fautif. Comment Lionel Jospin et son entourage ont-ils pu entretenir une telle crédulité à l’égard des sondages ? Une réponse générale apporte une partie de la solution : comme les autres dirigeants politiques. Simplement, ils en ont été les victimes. Ils avaient cependant une raison supplémentaire d’y croire, la cohabitation de cinq ans pendant lesquels la rivalité des deux têtes de l’exécutif était médiatisée par les sondages. Or, jamais Lionel Jospin n’avait été dépassé dans les mesures de popularité et de satisfaction, malgré son exposition plus grande en tant que Premier ministre. Accessoirement, il avait subi au bout d’un an la menace d’une dissolution même si l’expérience de 1997 avait été un fiasco pour Jacques Chirac. Et puisque les sondages avaient été « bons » pour lui, pourquoi le candidat socialiste n’aurait-il pas cru encore leurs augures ?

La multiplication des candidatures — seize, du jamais vu — l’anticipation certaine de la configuration du second tour qui amena un record d’abstentions au premier, a paradoxalement accru l’importance du vote qui prévaut dans les conditions d’opacité. Le vote n’est en effet pas une conduite si simple. On peut dire qu’il en existe deux modalités principales. Il peut exprimer une préférence, et consiste alors à choisir le candidat dont on se sent le plus proche, qu’on apprécie le plus. Cette modalité domine d’autant plus que prévaut l’opacité : la préférence est alors le seul guide, faute d’autres repères. Elle est en outre la plus conforme au dogme démocratique.
En situation de relative transparence permettant au moins des conjectures sur le résultat final, le vote est tiré vers le calcul qui consiste à déterminer son propre vote en fonction des autres. Vote tactique, vote utile, dit-on selon les cas. Cela peut aller jusqu’à amener à voter contre ses propres préférences, mais l’électeur s’en accommode selon les cas. Probablement la situation la plus courante du choix électoral consiste-t-elle à un arbitrage entre vote-préférence et vote-calcul. Simplement, la croyance dans la valeur des mesures d’intentions de vote a favorisé alors le vote de préférence. En l’occurrence, le 21 avril a présenté le cas le plus banal du théorème de Gibbard-Satterthwaite. Si l’ordre d’arrivée avait été ABC, B l’emportait ; si l’ordre était ACB, en l’absence de toute chance de C, A l’emportait. Sans doute ne peut-on en déduire qui de Jacques Chirac ou de Lionel Jospin l’aurait emporté au deuxième tour, même si, selon la plupart des experts, le candidat socialiste était donné favori de ce duel.

Pour choisir collectivement un élu unique, à partir des préférences individuelles entre plusieurs candidats, il est possible d’émettre un vote tactique et non de préférence. En votant par exemple pour le « meilleur » adversaire de son propre candidat au deuxième tour : celui qui aurait le moins de chances de le battre. Dans un groupe de grande taille cependant, le calcul s’avère difficile tant son efficacité est improbable. Il y faudrait une coordination impossible. Cela n’empêche sans doute pas des électeurs à s’y livrer malgré tout. Par contre, ce genre de calcul peut être pertinent dans des élections locales où des agents électoraux peuvent donner des consignes entraînant un vote différent des consignes officielles. Même dans une élection nationale, ce peut être une hypothèse de travail des spin doctors, selon d’autres modalités.

Le 21 avril a été l’occasion d’un chef d’œuvre de manipulation politique quelque peu oublié. TF1 fit en effet la une de son journal de vingt heures avec l’affaire de « Papy Voise », un vieillard roué de coups et rançonné par deux jeunes délinquants. Dans une campagne électorale qui avait largement porté sur la sécurité, le choix de ce titre le 18 avril, à trois jours du premier tour de scrutin, ne pouvait être innocent. Sauf à prendre ses auteurs pour des imbéciles qu’ils n’étaient pas. Pourquoi cette mise en avant, alors que de tels faits divers surgissent chaque semaine sans faire les gros titres ? Cela fut oublié par les rédactions d’autres médias, à commencer par les chaînes publiques qui, dans le jeu de la concurrence, s’avisèrent de couvrir l’événement malgré leur retard. Quand il s’avéra que cette affaire était bien moins claire que la fable présentée dans les journaux – l’innocent vieillard agressé fut condamné pour des faits de pédophilie, l’accusé (maghrébin) fut innocenté, autant d’informations qui ne firent pas les unes de la presse –, le tour était joué. Il est impossible de savoir si cette histoire produisit quelques déplacements de vote. Il suffisait qu’ils aident Jean Marie Le Pen. Quant à sacrer déjà Jacques Chirac ? On peut supposer que personne, dans les médias proches du vainqueur où fut menée l’opération, ne crut un instant permettre la surprise du 21 avril, et qu’ils furent aussi perplexes que leur candidat quand il apprit le résultat d’un premier tour qui lui apportait la victoire par anticipation.

Cet épisode donne cependant une idée de la difficile mission d’électeur dans une situation où il faut compter avec les mécanismes logiques des paradoxes du vote et avec les ficelles stratégiques d’un monde politique lui aussi affecté par la rationalisation et donc par le cynisme.

13 commentaires sur « Les paradoxes du 21 avril »

  • permalien Yvan :
    10 janvier 2012 @17h39   »

    « Jacques Chirac était déjà élu lors du premier tour. »

    Tout ça c’est des histoires que se racontent les manipulateurs des foules pour justifier leurs émoluments, mais en réalité Jospin avait perdu toute chance d’être élu depuis bien longtemps.

    Au moins depuis : Les syndicats de Michelin déçus par l’intervention du Premier ministre. « Que Jospin vienne à Clermont ! » - Libération

    Tenir des propos d’impuissance, et croire pouvoir être élu président, c’est n’avoir rien compris à la Ve République et à ses institutions. Et ceux qui ont entretenu cette illusion ne sont que de serviles courtisans.

    Ça non plus, ça ne correspond pas à un président de la Ve République.

    ... et vu le parcours de Hollande et à cause de tous les efforts qu’il déploie pour surtout ne rien exprimer, il ne faut pas être grand clerc pour prévoir un 21 avril à l’endroit.

    ...et tout les "sondages" et autres paradoxes de Condorcet n’y pourront rien, la Constitution porte sa propre logique.

  • permalien fantomas :
    10 janvier 2012 @19h11   « »

    Comme nombre de commentateurs politiques de tous poils, votre analyse révèle un mépris envers celles et ceux qui envisagent de voter pour MLP. Que vous le vouliez ou non, la première des raisons de cette intention, me semble-t-il, et l’histoire nous l’enseigne, c’est l’attitude des partis de gouvernement majoritaires (aujourd’hui l’UMP et le PS) face aux angoisses ( jugées illégitimes, immorales par la plupart des journalistes et des élus de droite et de gauche) d’une grande partie de la population. Et notamment les plus modestes, rejoints désormais par un nombre croissant de gens issus des classes moyennes. Si de véritables réponses étaient apportées à ces inquiétudes, peut-être certains de nos concitoyen(ne)s ne se tourneraient-ils pas vers cette option politique.
    Mais, c’est bien connu bien sûr, les employés, ouvriers et autres ne peuvent penser justement par eux-mêmes Allez, osons le dire, pour nombre d’ "intellectuels", ils sont vraiment trop cons !

  • permalien imprecateur :
    10 janvier 2012 @22h46   « »

    Donc, si je comprends bien, il suffit qu’une chaîne de télé beauf comme TF1(taux de plus grande diffusion, donc vue par le + grand nombre d’électeurs) diffuse des images d’un papy maltraité pour que les électeurs qui sont des veaux (sic) votent en masse pour un parti ou un candidat pourri mais qui reste démocratique a priori ? Comme je suis un peu idiot, j’ai du mal à comprendre comment on peut vilipender ce genre de comportement en défendant le suffrage universel qui, par définition, inclut les beaufs qui regardent TF1............Allez, courage, 10 ans après nous aurons droit en avril prochain pour le 1er tour des présidentielles au choeur des vierges effarouchées face à la menace du fascisme qui nous menace, on parie ?

  • permalien HN :
    11 janvier 2012 @10h20   « »

    Mais, c’est bien connu bien sûr, les employés, ouvriers et autres ne peuvent penser justement par eux-mêmes

    Le truc c’est que le FN n’est pas le seul parti "alternatif". Si les plus pauvres veulent un élu qui les prenne en compte, qu’ils arrêtent de voter pour les amis du CAC40 et qu’ils votent pour les partis de gauche (dits extrêmes eux aussi par ailleurs).

    Ça fait des décennies que les français votent pour des gros requins sortis de l’ENA (pratique évidemment conseillée et relayée depuis des lustres par les médias et autres séides du pouvoir).
    Qu’ils arrêtent de croire qu’un avocat d’affaire va prendre des mesures pour les foyers les plus modestes, ils seront pris un peu plus au sérieux.

    Cdlmt

  • permalien
    11 janvier 2012 @16h47   « »

    Depuis ce fameux 21 avril (et même avant), il me parait évident que le mode de scrutin utilisé pour les présidentielles est absurde (JMLP au 2ieme tour alors qu’il est rejeté par 80% des votants, devrait suffire à le démontrer).

    Si j’avais le courage, je militerais pour changer les règles en faveur d’un scrutin préférentiel optionnel à un tour[1] pour ce type d’élections.

    Cela permettrait aux gens de voter plus souvent pour les idées qu’ils souhaitent défendre que par stratégie "utile".

    Yannick

    [1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Vote_a...
    Un compromis raisonnable entre le vote Condorcet (impraticable à cette échelle) et système représentatif.

  • permalien Jordi GRAU :
    12 janvier 2012 @08h22   « »
    {{Et si on arrêtait de voter pour des personnes ?}}

    Et si on arrêtait de voter pour des personnes ?

    Quel mode de scrutin est le plus approprié aux élections présidentielles ? Comme le dit justement Alain Garrigou, il n’y a sans doute pas de solution idéale à ce problème... A vrai dire, il y en aurait bien une, mais elle est tellement radicale que presque personne ne l’évoque : supprimer les élections présidentielles !

    La personnalisation du pouvoir est tellement ancrée dans nos moeurs politiques que nous avons tendance à juger "antidémocratique" un système où les gouvernants ne sont pas élus. Pourtant, cette personnalisation a des effets désastreux bien connus : démagogie, poids excessifs des partis, autoritarisme, carriérisme (avec ce que cela implique de compromissions avec les lobbies), etc. Pourquoi ne pas s’inspirer des anciens Athéniens et remettre à l’honneur le tirage au sort pour les fonctions proprement politiques, c’est-à-dire celles qui concernent les affaires publiques et ne nécessitent pas de compétences techniques spécialisées ?

    Si nous répugnons à cette idée, c’est en partie parce que nous avons l’impression que nos dirigeants doivent avoir des compétences particulières en économie, en droit, en histoire, en géographie, etc. Nous avons également l’impression que les électeurs peuvent juger de ces compétences à travers les discours des candidats et les débats qui les opposent.

    Mais ces deux impressions sont en grande partie illusoires. On sait bien que les politiciens professionnels ont souvent des compétences techniques très superficielles, et qu’ils s’en remettent à des experts pour prendre leurs décisions. Pis : ils s’en remettent toujours aux mêmes experts, ceux dont l’idéologie favorise les intérêts de la classe dominante.

    Quant à l’idée que les discours politiques et les débats médiatiques permettraient de juger de la compétence des candidats, elle n’est que très partiellement exacte. Les discours sont souvent écrits par des "nègres", et les débats font plus apparaître le talent rhétorique que la compétence technique.

    Pour terminer, je ne saurais trop recommander la lecture de penseurs hétérodoxes comme Jacques Rancière (La haine de la démocratie) ou Cornélius Castoriadis (L’institution imaginaire de la société, Les carrefours du labyrinthe). C’est de ce ce genre d’auteurs dont nous avons besoin pour renouveler en profondeur le débat sur la démocratie.

  • permalien BM :
    13 janvier 2012 @14h36   « »

    @ M. Jordi Grau

    Votre proposition de revenir au tirage au sort sur le modèle de la "démocratie athénienne" est tellement burlesque et surréaliste qu’on ne sait pas s’il faut en rire ou en pleurer. Elle est fondée sur une ignorance de l’histoire antique qui vous conduit à idéaliser un système politique qui n’était (dans la réalité) que très modérément moins oppressif que les autres sociétés antiques.

    Premièrement, Athènes dans l’antiquité n’était pas une démocratie . Les femmes, les esclaves (qui ont toujours représenté la majorité de la population dans les sociétés gréco-romaines antiques dont l’économie était fondée sur l’esclavagisme), les étrangers (y compris les Grecs originaires d’autres villes comme Sparte, par exemple) étaient exclus du système politique. Tout cela à un tel point qu’on peut parler d’oligarchie à propos de la "démocratie athénienne" classique ; une oligarchie moins stricte que celle fondée uniquement sur l’aristocratie qui prévalait dans d’autres cités grecques (par exemple Sparte, là encore), mais une oligarchie quand même. Dans les faits, c’était une petite minorité qui gouvernait ; une minorité plus élargie et plus nombreuse qu’ailleurs, mais une minorité quand même. Dans les faits, le tirage au sort au sein de cette élite restreinte faisait que c’était toujours les mêmes personnes qui exercaient le pouvoir par rotation. Peut-on trouver dans ce système un exemple à suivre pour nos sociétés du XXIè siècle ?

    Plus que les élections et le tirage au sort, on pourrait peut-être parler de l’Economie Participaliste (encore appelée "Parecon" ou "Ecopar"), de Michael Albert, dont l’oeuvre et la pensée sont assez scandaleusement ignorées en France, y compris au sein des mouvances qui devraient normalement y être favorables. Ce modèle a peut-être ses imperfections, mais il n’est même pas pris en compte dans la discussion, pas même évoqué, et passé systématiquement sous silence. En tout cas, ce modèle vaut mieux, je pense, que les oeuvres de Rancière et de Castoriadis, personnages sûrement pleins de bonne volonté mais dont les écrits me semblent hermétiques et, pour parler franchement, inutilement incompréhensibles la plupart du temps ("Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement", c’est une proposition bien plus révolutionnaire que la plus grande partie de l’oeuvre de nos post-modernes...)

    (Voir les liens suivants :
    http://atheles.org/agone/contrefeux...
    http://www.zcommunications.org/topi...
    http://www.ababord.org/spip.php?art...)

  • permalien Jordi GRAU :
    13 janvier 2012 @17h40   « »

    A BM

    Merci pour votre référence à l’économie participaliste, théorie ou système que je ne connais pas encore mais que je vais découvrir grâce à vous.

    Sinon, je trouve que c’est une mauvaise entrée en matière, quand on veut discuter avec quelqu’un, que d’adopter un ton condescendant. Si mes idées vous paraissent "burlesques", "surréalistes", risibles ou pitoyables, c’est peut-être parce qu’elles vont trop à contre-courant de la pensée dominante. En 1789, l’idée qu’on puisse donner le droit de vote aux femmes et aux pauvres paraissait saugrenue non seulement aux contre-révolutionnaires, mais à la plupart des révolutionnaires. Même l’affranchissement des esclaves n’était pas encore jugé souhaitable ou réaliste. Peut-être en va-t-il de même pour l’idée du tirage au sort aujourd’hui...

    Quant à la démocratie athénienne, je suis au courant de ses principales caractéristiques. Merci tout de même de vouloir m’instruire. En fait, je n’idéalise absolument pas ce régime, qui était en effet oligarchique à bien des égards. Je dis simplement qu’il ne serait pas totalement absurde de s’inspirer de certaines de ses pratiques. Le tirage au sort fait partie de ces dernières.

    Je n’en fais d’ailleurs pas la panacée ! Simplement, à tout prendre, j’ai l’impression que cette pratique serait moins antidémocratique que l’élection présidentielle.

    Bien entendu, le mode de désignation des gouvernants n’est qu’un aspect du problème. La fonction même du président de la république, telle qu’elle est définie par la Vème république, est antidémocratique, et ce problème n’a fait que s’aggraver depuis le début du mandat de Sarkozy.

    Enfin, je ne trouve pas Castoriadis et Rancière si abscons que cela. Certains passages sont un peu confus, je vous l’accorde, mais un lecteur du Monde diplomatique peut tout de même en dégager les grandes lignes, à mon humble avis.

    Démocratiquement vôtre,

    Jordi Grau

  • permalien marc :
    15 janvier 2012 @01h20   « »

    Merci Jordi GRAU d’avoir ouvert une fenêtre d’avenir hors de la pensée des dominants, qui, eux aussi, ne veulent rien lâcher, même s’ils ont en main plus que leur part de pouvoir.

    Même si les Lumières qui ont éclairé la Révolution française n’avaient pas connaissance de la Constitution d’Athènes on constate que le tirage au sort subsiste dans nos usages.

    Que l’Athènes antique fut ou non une démocratie, les avis sont partagés entre BM et les contributeurs du Centre national de documentation pédagogique.

    On conviendra que l’étiquette démocratique n’entraîne pas unanimement sa réalité, par exemple dans RDA.

    Pour renaître au débat de façon crédible, le hasard comme façon de mandater, a besoin d’une docimasie, appellée filtrage dans le cas des Jurés. Le scrutin direct (1) a sa place pour mandater et filtrer quand il n’y a pas de distorsion médiatique, c-à-d dans le mandatement à courte portée.

    Les partisans du suffrage autant que ceux du tirage au sort omettent souvent de préciser la portée, le périmètre . Ceux qui font confiance aux médias de masse et à leur légendaire impartialité dans notre pays, ne mettent pas de limite au scrutin. Ils ont 5 ans pour méditer. Faut-il changer la règle ou l’utiliser telle que ?

    La question centrale demeure : Le peuple est-il capable de gouverner ?
    Entre ceux qui ont le pouvoir ou l’espoir de ses retombées, fusse sous forme de clientélisme et les autres, qui ne souhaitent pas le pouvoir ou n’en ont pas leur part, la frontière est nette : Jordi guarde ses chances, BM les a perdues. Ses chances ? que je le mandate comme pré-Constituant.

    (1) qu’on rencontre encore sous la forme du couple "démocratie directe"

  • permalien David :
    16 janvier 2012 @23h14   « »

    On interdit le droit de vote à des étrangers qui travaillent et paient leurs impôts en France et qui sont en pleine possession des connaissances suffisantes pour choisir entre différents candidats...
    Par contre, on laisse voter des vieillards de plus de 80 ans, impotents, intellectuellement déficients, qui passent leur temps devant TF1, c’est-à-dire des images de violence...
    Quand on sait que les trois quarts des plus de 70 ans votent à droite, c’est-à-dire (entre autres injustices)contre le droit de vote des étrangers, il y a de quoi se poser des questions, non ?

  • permalien ztem :
    19 janvier 2012 @17h48   « »

    Le 21 avril ne doit pas nous interdire de ne plus être aveuglé : immigration de peuplement (400000/an), idéologie libérale-libertaire appliquée à l’institution scolaire impliquant sa destruction de cette dernière et la fabrication de "jeunes" incapables d’exprimer une subtilité face à une jeune fille, loi de 1973 pas remise en cause ni par la gauche ni par la droite, risque de guerre civile inhérente à la prolifération des mosquée (la solution équilibrée serait d’en arrêter la construction, y autant d’églises en Algérie ?), etc... Vous semblez ne pas vouloir admettre que l’anti-souverainisme est responsable de tout ça. Les souverainistes n’ont pas besoin de démondialisation car ils ne voulaient pas de mondialisation.

  • permalien ztem :
    23 janvier 2012 @15h13   « »

    Salut David. Toute nation a une capacité d’accueil déterminée. C’est, en théorie, en fonction de cette dernière qu’est délivrée la nationalité française. Le pouvoir avec la démocratie appartient au peuple, et non à des sans-papiers ou des personnes avec des papiers temporaires (récépissé de 3 mois, carte de 1 an ou de 10 ans). Vous voulez tuer la nation en donnant le pouvoir aux communautés, la communauté juive, tellement intouchable, tellement puissante dans notre pays, lui ayant fait déjà tant de mal ? Ils voteront en fonction de leurs intérêts, c’est-à-dire un vote libertaire (UMPS / Europe-écologie) - ouvertement fasciste envers l’État-nation - qui fomente sa destruction mais avant cela il y aura une guerre civile. Je lisais un article "l’islam, police du socialisme", en substance. "Il se sont battus pour leur souveraineté les algériens". Mais ça vous dérange pas que la Commission européenne nous ait volé la notre, ça vous le dites pas. "Le droit des peuples à disposer d’eux-même". On dispose de nous-même quand Bruxelles décident pour nous ? Comme la France a un passif colonial, nous sommes voués à nous haïr, et à ne rien faire en fonction de l’intérêt national. Si vous êtes contre un politique d’immigration zéro, vous collaborez à une destruction d’un État-nation et fabriquez un terreau favorable à l’émergence d’une guerre civile. Osez, osez bien vous regardez dans une glace lorsque vous faites cela. Êtes-vous sans savoir que cette immigration est faite pour répondre aux besoins économiques, à la demande du patronat, pour faire baisser les salaires, et faire faire à ces étrangers la plonge, du bâtiment, du ménage, infirmier, dans le restauration... Il y a visiblement dans ce pays des gens qui savent qu’ils peuvent refuser ces travaux car ils sont protégés par le PS et Europe-écologie. L’horreur libertaire a horreur de la civilisation, donc du travail. Je cite Mr Moscovici : "il y a des besoins économiques, nous devons accueillir des étrangers". "Oui mais on est exploité dans le bâtiment". J’en ai fait c’est faux. Dans les grandes entreprises le patron n’est pas derrière, étant sous la responsabilité d’un chef de chantier, les sacs de ciment tu les portes à deux. Mais bon, "ce sont des boulots de merde". Alors pourquoi il faut laisser rentrer des immigrés pour les faire, comme le disent l’UMPS/Europe-écologie, puisque ce sont des boulots de merde. Quel paternalisme ! C’est une valeur sociale de PS de faire faire des boulots de merde à des sans-papiers ou des sans-papiers qu’on vient de réguler ? Tu le voies pas qu’il y a 40% de chômage dans les quartiers populaires ? Seigneur, ouvre mes yeux. Les discriminations raciales ? Y en a pas dans plain de secteurs puisque des patrons voyou embauchent des sans-papiers sans le moindre scrupule.

  • permalien ztem :
    23 janvier 2012 @15h18   «

    Des vieux de 80 ans qui votent à droite et déficient intellectuellement. Premièrement, tu serais prêt à leur mettre un couteau sous la gorge pour qu’il vote comme toi, t’es un dictateur ou un démocrate ? Deuxièmement, ton verbe "déficient intellectuellement" n’est que le reflet du racisme anti-personne âgée que tu portes en toi, et du reniement des valeurs qu’avait nos aïeuls, y compris ceux qui se reconnaissaient dans la gauche historique, avant d’être gangrénée par l’horreur libertaire (les pédagogies modernes c’est merveilleux, il en ressort des morveux décérébrés, une gifle c’est de la maltraitance, des lois anti-gifles anti-fessées promulguées dans les années 90 sont responsables des émeutes de novembre 2005 et de l’explosion de la délinquance pendant cette même période, les parents ne pouvant recourir à la répression éducative n’ont, en pratique, pas d’autorité sur leurs enfants ; mais non, novembre 2005, c’est une révolte sociale, bel et magnifique exercice de vomissements de politiquement correct dans un salon mondain, la mamie qui se fait traiter de "sale pute de Française" par un jeune arabe, tu n’en parle pas de ça, ça vous dérange, il porte des chaussures à 80 euros, non pitié, ne dit pas qu’il est victime de la misère sociale, d’autant que le trafic de stupéfiant ça rapporte. Quand vous excusez et qu’il n’y a plus lieu d’excuser, vous protégez les délinquants, les trafiquants, les violeurs, soyez fiers de vous et osez, osez vous regarder dans une glace. Vous croyez que je suis pas au courant que certains éducateurs sont des trotskystes libertaires anti-effort anti-travail, que la jeunesse des quartiers populaires est en parti pris en charge par ces types-là ? Eux aussi ont préparé novembre 2005. Maintenant il va falloir rendre compte du crime qui a été commis. Les gens tendance gauche sont majoritaires au syndicat de la magistrature, je crains qu’ils n’aient favoriser le vote de ces lois anti-autorité parentale dans les années 90, et nos banlieues qui s’embrasent en novembre 2005. Comme un casseur est toujours une victime, il pourra casser autant qu’il voudra, le PS/Europe-écologie les protègera, et il continueront à casser etc... Vous crachez à la figure de tous les habitants qui habitent dans ces quartiers-là, qui sont travailleurs et disciplinés, à l’image de ce black qui se retrouve avec sa bagnole calcinée. Comment pouvez-vous afficher un tel mépris pour les masses populaires ; ça t’étonne si cette maman arabe vote pour Le Pen ?)

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