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D’excellents Français...

par Alain Gresh, 24 février 2012

On le sait, de nombreuses personnes installées sur le territoire de la douce France, et dont certaines ont même acquis la nationalité française, n’aiment pas notre pays. Ce sont, pour reprendre une formule des fonctionnaires chargés des naturalisations, des « Français de papier » (dans les années 1930, on disait qu’ils avaient « un faux nez de Français »). L’excellent livre d’Abdellali Hajjat, Les Frontières de l’« identité nationale » (La Découverte), raconte comment l’administration jauge les demandeurs de nationalité. Dans une critique parue dans Libération le 23 février, Geoffroy de Lagasnerie écrit : « Les fonctionnaires vivent dans la hantise des “Français de papier”, qui souhaiteraient devenir citoyens pour des motifs “instrumentaux” (les aides sociales, faciliter les voyages, etc.), sans manifester un attachement “sincère” à leur pays d’accueil, sans se sentir honorés à l’idée d’intégrer la communauté nationale. »

Le lendemain, notre excellent confrère Le Figaro titre à la « une » : « Fiscalité : ces Français qui choisissent l’exil ». Un éditorial « Fiscalité : le déni de réalité » (transformé sur le site en « Impôts : le déni de réalité », mais dont le texte n’est pas accessible en ligne) et une pleine page sont consacrés à ce sujet, ces 1 200 contribuables qui quittent le pays chaque année. Et, évidemment, ce mouvement s’accélère à la veille de la présidentielle, avec les mesures « punitives » que veut prendre François Hollande contre les riches. Ils sont, si on en croit le quotidien, 200 000 en Belgique, 160 000 en Suisse et, comme l’affirme un banquier privé basé à Genève : « Depuis quelques mois, on reçoit trois fois plus d’appels. »

On pourrait penser que Le Figaro, qui dénonce sans cesse ces immigrés de deuxième ou troisième génération qui n’aiment pas la France, aurait quelque chose à redire à ces pratiques de Français qui, en se réfugiant à l’étranger, refusent de participer à l’effort national. Il n’en est évidemment rien, ceux-ci sont d’excellents citoyens, attachés à leur pays...

Le quotidien étant devenu, comme le dénoncent certains de ses propres journalistes, un organe de propagande au service de Nicolas Sarkozy, je ne résiste pas à la tentation de signaler l’article sur une page entière titré « Ces 313 bandes qui écument la France », et qui rappelle les campagnes de peur lors de la présidentielle de 2002, avec les résultats que l’on sait — la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour.

Les membres de ces bandes sont, bien évidemment, « plus jeunes et plus violents ».

Déjà, L’Express avait publié un reportage sur le même sujet : « Quelque
chose éclate dans leur voix : une espèce de haine de classe, une haine contre les tricheurs, contre les flics. Haine souterraine, grondante… »
Et l’un des jeunes lance : « Vous verrez dans cinq ans. Ceux qui ont 13 ou
14 ans, ils sont encore plus pires
[sic] que nous. On est des enfants de chœur à côté. » Ils s’appellent Le Blond, Jojo, Charlie, Pépère et Nanard, ils sont plombier, typo, photograveur, tourneur, déménageur, etc.

C’était un reportage de Jean Cau, du 30 juillet 1959 (1).

Alain Gresh

(1) J’ai cité cet article dans mon livre L’islam, la République et le monde, Fayard, 2004.

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