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Un film de Phyllida Lloyd avec Meryl Streep

« La Dame de fer », ou la petite histoire pour réécrire la grande

mercredi 29 février 2012, par Mona Chollet

« De nos jours, les gens ne pensent plus : ils ressentent ! “Comment vous sentez-vous ?”, “Je ne me sens pas à l’aise”... Vous savez quel est l’un des grands problèmes de notre époque ? C’est que nous sommes gouvernés par des gens qui se soucient plus de sentiments que de pensées ou d’idées. Moi, c’est cela qui m’intéresse. Demandez-moi ce que je pense, pas comment je me sens ! » Ainsi parle Meryl Streep/Margaret Thatcher à son médecin dans La Dame de fer de Phyllida Lloyd. La tirade ne manque pas d’ironie, survenant dans un film qui manie la sentimentalité la plus bêtasse et les ficelles émotionnelles les plus convenues pour réussir ce tour de force : un film apolitique, excluant toute pensée et toute idée, sur la vie de Margaret Thatcher, première ministre du Royaume-Uni de 1979 à 1990 et maîtresse d’œuvre, en même temps que le président Ronald Reagan aux Etats-Unis, d’une révolution conservatrice qui changea la face du monde. Les images fugitives qui montrent notre héroïne et le président-acteur valsant ensemble, tel un couple énamouré, résument d’ailleurs à elles seules la profondeur et la lucidité critique de l’œuvre.

Que Meryl Streep, l’une des plus grandes stars de Hollywood, interprète la première femme occidentale à avoir assumé les fonctions de chef de gouvernement relevait d’une sorte de fatalité artistico-idéologico-commerciale, un peu comme il était inéluctable que Morgan Freeman incarne Nelson Mandela. Toujours à l’affût de telles combinaisons de notoriété gagnantes, l’industrie cinématographique ne pouvait manquer d’orchestrer cette rencontre au sommet. L’Oscar qui lui a été attribué ce 26 février à Los Angeles avait bien peu de chances d’échapper à l’actrice — « jouer une personne connue » étant l’un des bons points pour obtenir un Oscar listés sur le site The Daily Beast par le chroniqueur Jacob Bernstein. Certes, de la diction au port de sac à main en passant par les dodelinements de poule courroucée, la performance mimétique est remarquable ; mais, si un numéro d’imitatrice suffisait à faire un film, cela se saurait.

Mettant en scène une dirigeante qui se proclame elle-même « au service de l’intérêt général » (« committed to public service »), et que l’on est censé juger en fonction des effets de son action sur la vie de ses concitoyens, La Dame de fer choisit pourtant de reléguer l’impact des politiques thatchériennes dans un flou lointain. Resserrant le champ à l’extrême, privilégiant délibérément la petite histoire sur la grande, il se concentre sur des détails biographiques obéissant à un storytelling rebattu. Il ne cesse, pour mieux désarmer les éventuelles préventions à l’égard de son héroïne, de miser sur l’identification du spectateur, usant de ce procédé comme d’une glu étalée de la première à la dernière image du film.

On y suit le quotidien routinier d’une femme âgée, fragile, attendrissante, gentiment frappée (allusion délicate à la maladie d’Alzheimer dont serait atteinte l’ancienne première ministre), mais encore pleine de vigueur et de résolution. Ayant depuis longtemps quitté le pouvoir, Thatcher vibre en écoutant de l’opéra et déplore que son fils ne lui rende pas visite plus souvent, tout en discutant avec le fantôme de son mari défunt, fidèle complice et soutien de toute une vie dont elle ne peut admettre la disparition. De quoi s’attirer la sympathie, d’emblée, des mélomanes, de tous les enfants qui ont la charge d’un parent vieillissant, de tous les parents qui ont un enfant ingrat et de tous ceux qui ont dû affronter un deuil — ce qui fait du monde.

La fille de l’épicier

Sa jeunesse, son ascension et ses années de pouvoir sont racontées à coups de flashbacks successifs, ce qui accentue encore le simplisme expéditif du propos. Le parcours de Margaret Thatcher, fille d’un petit épicier de Grantham, mais aussi seule femme dans un monde politique uniformément masculin — ah ! la cinégénie de ce tailleur pervenche au milieu d’une nuée de costumes sombres... —, correspond à merveille au schéma de ces success stories dont le cinéma raffole, et qu’il produit à jet continu dans une sorte de réflexe narratif machinal. Les personnages bienveillants qui entourent l’héroïne (son père, son mari, ses mentors du Parti conservateur) et qui croient en elle l’adjurent, comme il se doit, de « rester toujours fidèle à elle-même », et autres maximes creuses tout droit sorties d’un manuel de développement personnel. Dans la séquence où la députée fraîchement élue se met en route pour le Parlement, l’ombre du prestigieux bâtiment semble écraser sa petite voiture où traînent, pêle-mêle, un tube de rouge à lèvres et les jouets de ses enfants — manière de tabler encore sur la complicité avec le public féminin : elle aussi, elle est une mère qui travaille. Comment ne pas souhaiter la victoire de cette obscure et méritante jeune femme que tout le monde traite de haut en raison de son sexe et de sa basse extraction sociale ? Comment ne pas frissonner avec elle lorsque, après sa victoire aux élections, la fille d’épicier pousse pour la première fois la porte du 10 Downing Street ?

Faisant ses premiers pas lors d’une réunion locale du Parti conservateur, celle qui s’appelle encore Margaret Roberts vante l’excellente préparation aux responsabilités politiques que lui aurait donnée son enfance modeste : « Comme l’homme ou la femme de la rue, je sais que, lorsque j’ai trop dépensé une semaine, je dois faire des économies la semaine suivante. » On retrouve ici la sempiternelle et fallacieuse comparaison entre les finances d’un Etat et celles d’un foyer (lire à ce sujet, dans Le Monde diplomatique de mars, « Aux sources morales de l’austérité »).

L’éloge de ce supposé « bon sens » confine au grotesque dans une scène ultérieure où Thatcher, alors au pouvoir, remet à leur place ses collègues du gouvernement, que l’affolement gagne. Le pays est en ébullition, les manifestations se multiplient ; le chômage explose, l’industrie est laminée, « d’honnêtes travailleurs perdent leur maison », et les coupes budgétaires risquent bien de ne faire qu’aggraver la récession (voilà qui nous rappelle quelque chose, mais quoi ?). Accusée d’avoir « perdu le contact avec le pays » par ces couards qui, bien sûr, tremblent pour leur réélection, leur chef leur cloue le bec en donnant le prix exact de la livre de beurre ou de margarine — une preuve de proximité avec le peuple qui, sans aucun doute, aurait grandement rassuré les mineurs licenciés ou les dockers en grève s’ils en avaient été témoins. Avant d’asséner : « Oui, la potion est amère, mais c’est ce dont le patient a besoin pour survivre ! »

Les dévastations causées par ses décisions politiques sont systématiquement escamotées pour la présenter, elle, comme la victime, la femme isolée et courageuse en butte à l’incompréhension ou à une haine injuste. Les scènes de manifestation montrent une foule vulgaire, menaçante — et uniquement masculine, comme à la Chambre des communes —, venant cogner aux vitres de la voiture officielle où elle se tient, impassible et digne. Dans un cortège, la caméra insiste sur la cruauté d’une marionnette la représentant avec un œil à moitié arraché. Les plans sur le visage mélancolique de la vieille femme lorsque, allongée sur son lit, elle se remémore à quel point tout le monde a été méchant avec elle contribuent encore à interdire toute critique sérieuse de son action.

Au-delà du volet économique et social, le conflit en Irlande du Nord n’apparaît qu’à travers les attentats de l’Irish Republican Army (IRA) : on assiste avec Thatcher à l’explosion de la voiture de son ami le député Airy Neave, en 1979, et plus tard, en 1984, à l’attentat de Brighton, qui la visait et où cinq personnes furent tuées. Rien, en revanche, sur la mort en prison, en 1981, de Bobby Sands et de neuf autres militants en grève de la faim : l’épisode aurait pu faire apparaître l’aspect glaçant de la détermination de la « Dame de fer », vantée tout au long du film comme une marque de supériorité morale. Rien non plus, curieusement, sur son amitié avec le général Pinochet et sur la fameuse tasse de thé qu’ils partagèrent en 1999, quand l’ancien dictateur chilien fut placé en résidence surveillée au Royaume-Uni en vertu du mandat d’arrêt international lancé contre lui par le juge espagnol Baltasar Garzón. Le personnage étant ce qu’il est, cependant, il était inévitable qu’il reste, même dans ce navet pasteurisé, quelques déclarations susceptibles de faire sursauter le spectateur le plus somnolent, du genre : « L’Occident doit déraciner le Mal ! »

Rien à sauver dans cette production qui, non contente d’utiliser la petite histoire pour réécrire la grande, le fait sans la moindre originalité ni le moindre talent. On renverra plutôt aux formidables productions britanniques qui ont déjà fait le bilan des années Thatcher : la comédie sociale et romantique Les Virtuoses (Brassed Off), de Mark Herman, par exemple, qui racontait en 1996 la fermeture d’une mine dans le Yorkshire ; ou le documentaire de Ken Loach Les Dockers de Liverpool (The Flickering Flame), en 1997 ; ou encore The Navigators, fiction du même réalisateur sur la privatisation des chemins de fer britanniques. Et, sur le conflit en Irlande du Nord, à l’impressionnant Au nom du père de Jim Sheridan (1993) — même si le procès des « Quatre de Guildford » eut lieu avant l’accession au pouvoir de la Dame de fer. Histoire de donner chair et vie à tous ceux que ce film indigent réduit à une masse indistincte de silhouettes vociférantes, ou à un ennemi invisible animé par une cruauté gratuite.

La Dame de fer, film franco-britannique de Phyllida Lloyd, avec Meryl Streep, Jim Broadbent, Susan Brown... En salles depuis le 15 février 2012.

28 commentaires sur « “La Dame de fer”, ou la petite histoire pour réécrire la grande »

  • permalien Ian :
    29 février 2012 @14h11   »

    En fait, ce que vous reprochez au film, ce n’est pas de réécrire l’Histoire. Le côté froid et manichéen du personnage, y compris dans ses décisions politiques, est parfaitement retranscrit. La violence que ces décisions génère est également retranscrite.

    On conviendra que cet aspect est bien évidemment compensé par la sympathie de l’héroïne, dont l’humanité est également fortement mise en avant dans le film. Ce qui, dans une biographie (ou "bio-pic"), relève de l’évidence.

    Ce que vous reprochez finalement, c’est que le film n’ait pas émis de commentaire sur cette action politique (sachant pourtant la notoriété de l’action de Thatcher auprès du grand public) et qu’il laisse le spectateur juger. Et ça, ça ne vous plait pas. Mince alors !

  • permalien Bert :
    29 février 2012 @16h01   « »

    Pour que le spectateur puisse juger de son action politique, encore eut il fallu qu’il la vit ! Or, l’article explique que les conséquences politiques des décisions de Thatcher ne sont jamais montrées, non plus que la teneur exacte des décisions elle-mêmes. Pour que le spectateur puisse juger, il serait intéressant de replacer Thatcher dans le contexte politique de l’époque, et ce n’est pas fait.
    Si vous montrez le mécontentement populaire au travers d’une foule vociférante semblant agresser Thatcher sans raison, vous ne permettez pas au spectateur de juger. Il faudrait peut être d’abord consacrer quelques minutes à la description des queues devant les job centers à Birmingham ou Sheffield, les gamins laissés à eux -mêmes dans les banlieues prolos, le retour aux décors de Dickens ou la folie agressive et raciste durant la guerre des Falklands.

    Non, le spectateur ne pourra pas "juger".

  • permalien offtheroadagain :
    29 février 2012 @16h36   « »

    N’ayant pas vu ce film, il m’est difficile de le commenter, mais dans ce long papier le concernant, il m’apparait étrangement comme je l’imaginait. Dépourvu de cette humanité concernant les sujets voués aux dictats financiers, qui de manière prémonitoire pour l’époque, nous accablent aujourd’hui. Le talent de Meryl Streep est sûrement à la hauteur de l’indigence de l’histoire romancée.

  • permalien Pierre :
    29 février 2012 @18h41   « »

    Merci Mona Chollet d’avoir rappelé que la "Dame de fer" ne porte pas ce surnom par hasard (voir notamment les témoignages des victimes AUJOURD’HUI, paru dans Télérama http://goo.gl/lCzDi)

  • permalien Modi :
    29 février 2012 @20h00   « »

    Mince alors ! Avons nous vu le même film ?

    Bien sûr je reconnais toutes les scènes décrites dans cet article mais quid de leur interprétation simpliste ?
    Cette journaliste serait-elle assez naïve pour croire que l’on puisse s’apitoyer sur Thatcher ? N’a t elle pas justement été parfaitement recadrée au cinéma par une pléthore de films engagés ?
    Qui pourrait bien vouloir dresser un portrait flatteur de cette femme ?

    Je n’y ai vu qu’une originale manière de montrer la même personne a différents stades de sa vie (sur fond d’évènements violents, certes peu développés mais suffisamment percutants pour être explicites). Et finalement, tout m’a paru très "vrai", très crédible. La jeune fille ambitieuse, la vieille femme diminuée, le monstre politique (au sens littéral du terme), et l’insupportable chef de gouvernement...
    Je trouve ce film utile et pas simplement orienté. J’ai même cru voir à certains moments la vieille femme pleurer sur le résultat de sa politique impitoyable, sans pour autant penser qu’elle pu être pardonnable.

    Quand à la réduction du travail d’actrice au simple exercice de l’imitation, je n’ai qu’une explication : mauvaise foi...
    Mais il est vrai que l’exercice de démonter ce film avec méthode (on se croirait à l’école) a du être, pour le moins... "valorisant".

  • permalien Chris Tof :
    29 février 2012 @20h28   « »

    à côté de son sujet trop souvent...axé sur les tourments d’une dame qui est l’ombre de ce qu’elle fut..ce film est une longue traversée du désert parsemée d’oasis qui montrent quelques unes de ses principales batailles/victoires...
    Merryl Streep a beau tirer méritoirement son épingle du jeu, j’étais proche de l’exaspération devant l’afflux de redondance sur ses errements de fin de vie..sans intérêt par rapport à son parcours...
    La Dame Rouillée eut mieux décrit ce film-documentaire à projeter dans le cadre du film médicale..!!!

  • permalien Gracchus :
    1er mars 2012 @00h34   « »
    Une critique trop idéologique

    Je crois, Mona Chollet, que comme la majorité de la presse de gauche en France vous vous êtes complétement gourée sur le but et le sens de ce film. Principalement du fait que vous en attendiez juste un pamphlet anti-thatcher ou du moins anti-thatchérisme. Chose que beaucoup de réalisateurs anglais avait déjà fait, Thatcher est l’une des personnalités politiques les plus caricaturées et critiquées par les artistes britanniques... Il n’y avait donc pas d’intérêt cinématographique/artistique à refaire ce qui avait déjà été fait de nombreuses fois.

    Ceci étant dit, j’en viens au but du film : il est impératif de comprendre que toute l’histoire se déroule uniquement du point de vue de Thatcher, enfermée dans sa démence sénile. Les flashbacks sont les siens : ils ne sont pas censés nous raconter comment s’est déroulée sa vie politique, mais comment aujourd’hui Thatcher la perçoit. Et là est la force du film : nous montrer une vieille dame solitaire qui ne vit plus que par les souvenirs, glorieux pour elle, de sa transformation en une "dame de fer", un personnage en réalité froid et antipathique, malgré sa force de caractère, façonné par son désir de revanche sociale et ses combats politiques, au point que tout pour elle se résume au final à une forme de conflit, ou de lutte. Même si le film vise en effet à nous faire ressentir de la pitié pour Thatcher (j’en ai ressenti, à mon grand étonnement), pour autant il n’en fait pas un portrait positif. La scène où elle fait la leçon à un général sur le thème "je me suis battue toute ma vie, je sais ce que c’est la guerre", pour ensuite jouer les commander in chief, alors que les enjeux politiques de la guerre de Malouines sont très faibles, la rend par exemple assez ridicule, en montrant comment elle s’est elle-même enfermée dans cette caricature de battante et de self-made-woman.
    La réalisatrice et la scénariste (qui toutes deux ont rappelé d’ailleurs qu’elles sont politiquement opposées aux Tories, et donc à Thatcher) expliquent ainsi dans des interviews que le film est avant tout une histoire sur le coût personnel de la conquête et de l’exercice du pouvoir. Et Thatcher l’a payé très chèrement (en tout cas dans le film, ça reste une fiction tout de même). Je rappelle aussi que Abi Morgan, la scénariste, a co-scénarisé Shame de Steve McQueen, réalisateur de Hunger : encore un élément qui ne va pas dans le sens d’un film pro-thatcher...

  • permalien Gracchus :
    1er mars 2012 @00h35   « »
    Une critique trop idéologique (II)

    Enfin, sur les idées politiques, vous vous contredisez en disant qu’elles sont absentes du film alors que plus loin vous dénoncez le fait que les idées de Thatcher sont présentées sans aucun recul critique... D’ailleurs ce dernier point se discute, un autre aspect du film étant justement, selon moi, de montrer comment Thatcher incarne parfaitement son idéologie néolibérale de responsabilité et de compétition individuelles. Mais c’est vrai que cette interprétation se base surtout sur mes propres connaissances, et c’est probablement un des points faibles du film (avec la réalisation, trop fade et classique pour un tel scénario) d’en effet pas assez contextualiser (mais ça aurait été difficile, vu son parti pris scénaristique).

    Bref, The Iron Lady n’est peut être pas un grand film (la faute à la réalisation, encore une fois), peut-être n’est il pas assez "pédagogique", mais ce n’est certainement pas de la propagande thatchériste. Personnellement, il m’a justement aidé à comprendre de l’intérieur la "révolution conservatrice" des années 1980, et à aller au-delà de la démonologie caricaturale de la gauche qui réduit trop ce "tournant" politique à l’arrivée au pouvoir des méchants et diaboliques Thatcher et Reagan, pseudo-explication facile et reposante qui permet au moins d’éviter de se poser trop de questions. Ces deux là n’étaient que des pantins bouffis de prétention et d’ambition, les jouets (très consentants) de forces politiques et sociales qui les dépassaient.

    PS : David Cameron a jugé le film trop négatif envers son idole, et les enfants Thatcher disent que c’est une "left-wing fantasy". Vous l’expliquez comment ?

  • permalien gosselent :
    1er mars 2012 @01h44   « »

    "The Iron Lady" en attendant "The Lady"...

    Hollywood - l’Amérique en général - a l’obsession de vouloir "faire l’Histoire", après avoir décrété "La Fin de l’Histoire" avec Fukuyama.

    Seule la petite histoire aurait aujourd’hui un sens...

    C’est un mode de pensée de Conquistadors, arrivés "historiquement" dans un continent supposé "an-historique".

  • permalien hd2 :
    1er mars 2012 @02h49   « »

    Hunger aurait mérité de figurer dans la filmographie de fin d’article...

  • permalien Mona Chollet :
    1er mars 2012 @11h31   « »

    @Gracchus : Je crois que le dispositif narratif est plus décisif que les opinions politiques de la réalisatrice... Quant aux idées de Thatcher, elles sont présentées comme une sorte de "bon sens" apolitique, et c’est ce qui me paraît problématique. D’ailleurs il me paraît très significatif que ce soit ma critique qui vous paraisse "idéologique", et pas le film !

    Que le portrait ne soit pas jugé assez positif par ses partisans, par ailleurs, ça ne me surprend pas vraiment...

    Je ne crois pas non plus que les séquences sur la guerre des Malouines aient pour but de la montrer dans une posture ridicule, bien au contraire : on voit sa fermeté, son courage (seule contre tous, une fois de plus), la liesse populaire après la victoire, etc.

    Et si ce film qui personnalise les choses à l’extrême vous a permis de comprendre les rouages profonds de la révolutions conservatrice, je vous tire mon chapeau, c’est de la voyance plus que de la cinéphilie !

    @hd2 : oui, bien sûr, pour "Hunger" (que je n’ai pas vu)

  • permalien arolf :
    1er mars 2012 @13h09   « »

    Film intéressant sur une politicienne vraiment folle qui a marqué le Royaume-Uni avec la plus cynique trace conservatrice de tous les temps ; Margaret Roberts, marié Thatcher, la boutiquière, la fille de l’épicier, la déesse de l’arrivisme, devenue la cheffe des tories ! Oh, Dieux ; on peut s’imaginer cette farce sociale et le ridicule de la situation, surtout en Angleterre, mais en politique tout est possible. Son règne de 11 ans est parsemé des graves conflits sociaux et des absurdités politiques incroyables, comme la guerre aux Malouines, l’annulation de l’impôt progressif, la paranoïa anticommuniste, l’admiration pour Pinochet, et de suite… Margaret Thatcher, une sorte de Bush oxfordisé…une anomalie de l’Histoire politique. Par contre, le film réussit très bien de proposer la parallèle nuancée entre la vrais Margaret d’aujourd’hui, en déclin physique et délustrée de sa fonction, hanté par le fantôme de son ex-mari, et Margaret l’ imaginaire, de ce quelle pense/pensait d’elle même, la politicienne hantée par sa pensée politique démentielle (par exemple : les ouvriers grévistes sont fainéants, il faut toujours travailler fort et économiser pour devenir riche, hélas !, comme toute la fainéantise tories avait travaillé tellement fort !) Meryl Streep, très bonne !.

  • permalien davyka :
    1er mars 2012 @14h39   « »

    critique "trop idéologique", disent certains... Comment expliquer alors l’Oscar décerné à ce verre d’eau tiède qui ne sera même pas une virgule dans l’histoire du cinéma. Mais qui reverra ce film dans 3 ans ? PERSONNE ! Franchement, j’ai beau être de gauche, mais j’adresserai exactement la même critique à Hoffa, le film oublié sur ce célèbre syndicaliste, interprété par le nom moins reconnu J.Nicholson.

  • permalien marc andre :
    1er mars 2012 @15h09   « »

    Parfois, je demande si le cinéma qui propose une biographie en mettant en valeur le courage, la détermination, la résilience, bref tout ce qui permet un processus d’identification et d’édification n’est pas aussi de faire souvenir d’écran sur les actes politiques ? Peut-être que ce type de cinéma biographique ne peut pas rendre justice à l’action politique avec sa complexité historique et la biographie d’une personne ?

  • permalien Gracchus :
    1er mars 2012 @16h36   « »
    Réponse à Mona Chollet

    Une fois encore, le dispositif narratif, pour reprendre votre expression, est à la base de revoir la vie de Thatcher par Thatcher elle-même. Si ses idées néolibérales semblent être de bon sens, c’est parce qu’elles l’étaient pour elle ! Et le film semble indiquer que la "philosophie" politique de Thatcher se réduisait juste à quelques idées simples, voire simplistes, qui formaient cependant pour elle la colonne vertébrale de son combat politique.
    Un autre point à propos d’Abi Morgan : dans une interview, elle tique fortement quand le journaliste lui demande si Thatcher est du coup pour elle une "héroïne féministe", et conteste cette idée... Et pour les Malouines, je crois me rappeler qu’elle prend justement cet exemple précis dans l’interview pour mettre en avant la grandiloquence de Thatcher (à vérifier). Pour moi, il est donc clair que le scénario de base est tout sauf thatchériste...
    Quant à la question de la "voyance", j’ai bien dit que c’était ici plus du ressenti personnel, et ce que je voulais dire c’était surtout que j’avais pu grâce au film être pendant 1h40 dans la tête d’une néolibérale (une expérience assez traumatisante, d’ailleurs !). C’est plus une compréhension psychosociologique que politique en fait (pour l’histoire politique même, mieux vaut lire un bouquin je pense).

    Néanmoins, je vous concéderai quand même qu’il est en effet possible que le grand public y voit une hagiographie, non pas parce qu’il est con ou un truc comme ça, mais parce qu’il est moins "politisé" d’une part (et donc n’a pas les ressources pour décoder ce qu’il y a à l’écran), et surtout, d’autre part, parce que la forme du film pose énormément problème. Vouloir faire un biopic consensuel et divertissant à partir d’une telle histoire, c’est idiot. Donc même si je maintiens que le film n’est pas, dans son intention première, pro-thatcher (au contraire même), il est en effet possible que par un retournement il puisse l’être insidieusement, comme vous le dénoncez, mais à son corps défendant. Ce ne serait pas la première fois que cela arriverait à une oeuvre, l’émetteur ne fait pas le message, le medium et le récepteur sont beaucoup plus déterminants. Et donc si je trouve votre critique trop "idéologique", c’est parce qu’elle part du principe que le film aurait une visée idéologique intentionnelle.

  • permalien Toto :
    2 mars 2012 @15h37   « »

    Ce film est juste nul. Je ne pense pas que les spectateurs sont tombés dans le panneau de cette succession de mièvreries qui tout au long du film ne font qu’infirmer son titre. Il n’est point besoin d’être lecteur du Diplo pour s’en rendre compte...On espère juste qu’un quelconque Ken Loach puisse avoir droit de réponse à ce tissu d’âneries...Mais encore une fois, pas nécessaire de mettre le spectateur en garde : Il est assez malin pour en convenir lui-même ! La dame de Fer est juste un Tapie qui a réussi. Un grain de jugeote en plus mais la même mégalomanie également répartie entre tous ceux et toutes celles qui croient qu’il n’y a au monde de raison que la leur !

  • permalien Lanteri :
    2 mars 2012 @22h26   « »

    j’ai trouver intéressant de découvrir que les démocraties fascinent pour des individus détraqués.
    Il faut qu’un jour n en finisse avec la un leader qui arrivé au pouvoir exerce son déséquilibre mental sur un pays.cette femme était particulièrement simpliste et dérangée ?.Alors que le monde est complexe et demande sérénité et contre pouvoir .La démocratie c’est la mort du pouvoir d’un seul homme.Les femmes au pouvoir en occident c’est un expérience catastrophique .merkel tacher ont expérimenté le sacrifice de leur peuple d’une manière éhonté.

  • permalien contradicteur :
    3 mars 2012 @11h53   « »

    En fait, chère Mona Chollet, si je résume bien votre critique du film, vous reprochez à "La Dame de fer" de trop s’intéresser à la vie personnelle de Margaret Thatcher, ce qui est un peu embêtant pour un film réalisé sur ce personnage, non ?
    Je comprends et adhère à votre souci (bienvenu et nécessaire) de replacer l’action politique de Margaret Thatcher dans le contexte économique et social de l’époque. Mais si les auteurs l’avait fait, le film ne serait-il pas devenu pour le coup vraiment idéologique ? Et on aurait alors vraiment pu penser qu’il s’agissait de propagande néolibérale anglo-saxonne. Ce qui n’est pas le cas puisque ce film est "apolitique" (et seulement émotionnel) comme vous le dites vous-même. Alors comment un film peut-il réécrire la grande histoire s’il ne parle que de la petite (pour reprendre votre titre) ? Je ne sais pas si vous saisissez votre propre contradiction.

    Après, effectivement, si vous n’aimez pas le personnage historique et donc toute biographie artistique s’en inspirant (lui préférant des œuvres artistiques traitant de cette période) c’est bien sûr votre droit le plus absolu. Mais alors la prochaine fois, dites-le d’entrer de jeu, en commençant par une phrase du genre "Faire un film sur Margaret Thatcher relevait de la gageure parce que sa politique fut profondément impopulaire et s’est finalement avéré être un désastre, comme l’on montré telle et telle œuvre. Etc.". En n’exprimant pas d’entrée de jeu votre avis sur le personnage réel, vous semblez biaiser complètement votre avis sur le personnage de fiction (scènes humaines attendrissantes que vous analysez comme étant forcément de la propagande cachée). Votre critique pourrait donc apparaître comme étant basée sur de la mauvaise foi, et qu’on soit (ou pas !) un électeur de droite et/ou un admirateur de Margaret Thatcher, on peut attendre d’une critique de film digne de ce nom qu’elle en soit exempte.

    Petite précision : mon avis me semble, (mais ce n’est que mon avis) d’autant plus objectif que j’ai lu votre critique pour savoir si je devais ou non aller voir le film. Je ne cherchais donc ici, ni à l’enfoncer ni à le défendre, mais bien à critiquer de façon constructive votre critique ;)

  • permalien jgn :
    4 mars 2012 @12h11   « »

    Absolument d’accord avec le commentaire de gosselent : 1er mars @01h44

    "Seule la petite histoire aurait aujourd’hui un sens...
    C’est un mode de pensée de Conquistadors, arrivés "historiquement" dans un continent supposé "an-historique".
    "

    Le rapprochement est intéressant qui est ici fait entre la conquête coloniale, le mode de pensée qu’il a induit et sur lequel il s’est fondé, identiquement, et cette obsession de recouvrir littéralement l’Histoire par le familier, l’histoire individuelle, comme s’il n’y avait que cela qui, au final, importait, et qui a pour résultat de faire de l’Histoire humaine la seule conséquence de l’histoire de ses figures. Un procédé narratif qui, en soi, est en effet idéologique puisque nécessairement réducteur.

    Merci à l’auteur pour cet article.

  • permalien Judex :
    4 mars 2012 @15h05   « »
    Question de forme

    Le problème de ce film ne réside-t-il pas justement dans son genre lui-même : celui du biopic ?

    Ce genre obéit, comme tous ses homologues, à des codes narratifs bien précis qui, s’ils permettent d’appréhender un parcours personnel de manière différente (dramatique, tragique, ironique, pathétique, etc.), renvoient toujours à un destin plus ou moins symbolique.

    De plus, on pourrait dire que ce type de film a pour principal objectif de fixer la mémoire collective et que le biopic est, à sa manière, une forme de consécration : votre vie est importante puisqu’on en a fait un film.

    Aussi, consacrer un biopic à Thatcher - comme à toute autre personnalité politique au bilan aussi désastreux que le sien - serait par nature problématique, car il ne pourrait éviter l’écueil de la complaisance par le prisme de la personnalisation.

    Autre remarque, faite par certains commentateurs : dire qu’il faut laisser au spectateur le soin de se faire sa propre opinion est, me semble-t-il, un argument malhonnête. D’une part, parce qu’il revient à dire que la réalisatrice n’a pas à donner de point de vue (comme si cela pouvait être le cas), et dans ce cas, pourquoi faire un film ? D’autre part, parce qu’étrangement, cela va toujours dans le même sens : gommer les aspérités condamnables d’un personnage sous prétexte de rester sur l’humain.

  • permalien Una :
    4 mars 2012 @22h17   « »

    "... en passant par les dodelinements de poule courroucée"
    ahahah, c’est tout à fait ça !

    Pour la mort de Bobby Sands, à l’epoque, ma grand-mère qui n’a jamais voté Le Pen que parce qu’il lui semblait trop vulgaire, m’a dit : "Pauvre Mme Thatcher"... J’avais 15 ans et je croyais qu’elle était la seule à penser ça.

  • permalien Can :
    12 mars 2012 @01h58   « »

    En fait, ce que l’on peut voir, c’est tout simplement que chez les gens de gauche, voir un chef d’État leur résister et réussir leur est insupportable et il faut à tout prix mentir et calomnier pour empêcher les gens de se détourner d’eux. Je suis certain que si cette journaliste avait vus Staline avec Robert Duvall, elle aurait protesté contre les scènes montrant les déportés au Goulag ou l’exécution de Kirov.

  • permalien Bert :
    12 mars 2012 @15h18   « »

    Et sinon, "can", vous avez un argument quelconque à avancer ou c’était juste pour pourrir le lieu ?

  • permalien USA85 :
    15 mars 2012 @10h16   « »

    Vous n’avez soit rien compris au film, soit aucune connaissance historique de cette epoque. Peut-être étiez-vous encore en train de jouer aux billes, ou tout simplement en train d’apprendre à jouer aux billes quand La Dame de Fer était en fonction. Quand j’ai vu le film, je me disais au beau milieu du film que c’était une dame de fer dont la France aurait bien besoin, tant les grands points de sa vie étaient biens décrit.

  • permalien Bert :
    15 mars 2012 @14h12   « »

    Et sinon, "USA85", vous avez un argument, rien qu’un début d’argument, ou c’est juste que vous aviez envie de vous soulager quelque part ?

  • permalien Sylvain Jutteau :
    8 avril @23h12   « »

    Vos propos peu amènes contre celle qui divisa le chômage par deux tout en réhabilitant le travail, illustrent votre position de rentier.

    En effet, la presse en France reçoit un milliard d’€ par an d’argent issu des impôts.

    Rendez-nous l’argent, mettez-vous au travail pour mériter votre salaire par la valeur que vous produisez, et vous pourrez regagner la crédibilité perdue.

    Merci.

  • permalien Johann :
    10 avril @00h01   « »

    Finalement l’histoire, la vraie, donne aujourd’hui raison au Diplo. L’épouvantable Mme Thatcher disparaît dans le soulagement de ses innombrables victimes. On se souviendra de sa violence et de son acharnement pathétique à demeurer dans l’erreur idéologique meurtrière (Pinochet, Mandela, l’industrie, etc...)

  • permalien lase :
    29 avril @03h23   «

    C’est la simple histoire d’une vieille garce criminelle, socialement, les syndicats, politiquement, les Irlandais qu’elle a laissé mourir de faim, et son amitié obscène avec le boucher Pinochet, économiquement, avec cette déréglementation qui nous empoisonne toujours la vie. Bon vent !

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