Le Monde diplomatique
Accueil du site > Planète Asie > Fukushima et les chiens de garde du nucléaire

Les médias japonais en accusation

Fukushima et les chiens de garde du nucléaire

mercredi 7 mars 2012, par Yûki Takahata

Le 11-mars sera commémoré par une minute de silence. Ce sera peut-être pour nombre de Japonais l’occasion de se rappeler que la catastrophe nucléaire de Fukushima qui débuta un an plus tôt a prospéré sur le silence des autorités, relayé par une presse bien complaisante à l’égard des informations reçues (lire l’écrivain Ikezawa Natsuki, « La catastrophe comme occasion », Le Monde diplomatique de mars, en kiosques).

La grande presse (télévisions et principaux journaux) s’est en effet réveillée tardivement. Ce n’est qu’à partir du mois d’avril que certains médias, notamment les quotidiens Tokyo Shinbun (560 000 exemplaires) et Mainichi Shinbun (3,5 millions d’exemplaires) ont commencé à enquêter sur les mesures prises par Tokyo Electric Power Company (Tepco), l’opérateur de Fukushima Daiichi, et par les autorités japonaises, ou à s’interroger sur la politique nucléaire du pays. Le deuxième grand quotidien japonais, Asahi Shinbun (7,9 millions d’exemplaires), n’a publié qu’à l’automne une série d’enquêtes soulignant les multiples dysfonctionnements et dissimulations qui ont conduit à la prise de mesures inadéquates (dysfonctionnements confirmés par le rapport intermédiaire du comité d’enquête sur l’accident de Fukushima, rendu public le 26 décembre).

On sait désormais que les informations officielles communiquées par Tepco et les autorités japonaises suite au séisme et au tsunami étaient non seulement insuffisantes mais minimisaient systématiquement la gravité de l’accident et de la contamination radioactive : n’a t-il pas fallu plus de deux mois à Tepco pour reconnaître que c’était bien dans les premiers jours que le cœur du combustible des trois réacteurs avait fondu (melt down) ? N’a t-on pas appris que le Système informatisé de prévision des informations d’urgences environnementales (SPEEDI, en anglais) qui prévoit la diffusion des radionucléides dans l’atmosphère, n’a pas servi à la protection des populations ? Les habitants des villes de Futaba et de Namié, par exemple, ont été évacués vers le nord-ouest sans être informés que le vent dispersait les rejets radioactifs dans cette direction, ce que la simulation montrait ? Les résultats de celle-ci, pourtant obtenus dès les premières heures de l’accident, n’ont été publiés qu’à partir du 3 mai [1].

Chantage à la publicité ?

Plus grave encore, les grands médias japonais ont systématiquement relayé, sans analyse critique de la situation, les déclarations des porte-paroles de Tepco et du gouvernement. Cette atonie peut d’abord s’expliquer par le budget publicitaire colossal que Tepco distribue copieusement à chacun d’eux : 25 milliards de yens par an (230 millions d’euros) selon les chiffres officiels. Si l’on prend celui des dix compagnies électriques japonaises, on dépasse le milliard d’euros, plus que le budget publicitaire de Toyota. A cette pression sonnante et trébuchante s’ajoute un système traditionnel spécifiquement japonais appelé kisha club (club des journalistes), où la proximité excessive entre les journalistes et les organismes ou compagnies qu’ils sont chargés de « suivre » engendre de la connivence.

De plus, au Japon, les télévisions, les radios et la presse écrite sont souvent affiliés aux grands groupes de communication et il n’existe pas d’organe de régulation audiovisuelle ni de commission indépendante. Un exemple significatif : celui du PDG du plus grand quotidien japonais, Yomiuri Shinbun (9,9 millions d’exemplaires), M. Matsutarô Shôriki, qui fut l’artisan majeur de l’introduction du nucléaire civil au Japon : la chaîne Nippon Television (NTV), qu’il venait de créer, fut utilisée pour la campagne pro-nucléaire de 1955. Ancien haut fonctionnaire de la police et criminel de guerre de classe A, il fut le premier président de la Commission japonaise de la sûreté nucléaire en 1956. Après l’accident de Fukushima, Yomiuri Shinbun persiste et signe son engagement pro-nucléaire.

Seuls des journalistes japonais travaillant hors de ces circuits médiatiques (et quelques correspondants étrangers) ont permis de mettre en doute l’information diffusée par les autorités en se rendant immédiatement aux abords de la centrale pour mesurer la radioactivité et en poursuivant les enquêtes alors que les principaux organes d’information avaient rappelé leurs journalistes. De même, lors des conférences de presse de Tepco et des autorités, ils savaient poser des questions dérangeantes retransmises en direct sur Internet par un media indépendant (Web Iwakami)  [2].

Le rôle du Web a donc été capital. Dès le 12 mars, quelques scientifiques et ingénieurs ont alerté la population en présentant leurs propres analyses sur les dangers réels de la situation. Ces initiatives, diffusées sur leurs sites par des associations antinucléaires, ou au travers de blogs et de forums, ont rendu possible l’accès à des informations décrivant la gravité de la catastrophe en cours, pendant que les chaînes de télévision et les grands quotidiens, focalisés sur les seuls effets du tsunami, diffusaient uniquement les propos lénifiants des autorités et de leurs scientifiques « maison »  [3]. On pouvait lire ou entendre que la radioactivité « n’entraînerait pas de conséquences immédiates sur la santé » ou encore que telle « mesure de sécurité [ était prise] par précaution ». Des expressions emblématiques de ce déni.

La plus grande manifestation antinucléaire

La prise de conscience des citoyens s’est faite à travers les échanges sur les réseaux sociaux, à l’image des révoltes du monde arabe. Cependant, l’indignation des Japonais est restée cantonnée à la sphère d’Internet malgré des initiatives exceptionnelles, et notamment la manifestation du 19 septembre 2011 à laquelle participa l’écrivain Ōe Kenzaburō [4], et qui rassembla 60 000 personnes — un fait remarquable pour une population qui n’a pas l’habitude de manifester. Cependant, la majorité des Japonais ignorent l’existence d’un grand nombre d’actions citoyennes à travers lesquelles des militants continuent ici et là à informer par des conférences de spécialistes, à réclamer la sortie du nucléaire et une politique de transition énergétique, ou à appeler à la protection des habitants contraints de rester dans les zones hautement contaminées. C’est le cas, par exemple, du sit-in organisé fin octobre devant le ministère de l’économie et de l’industrie, à l’initiative de femmes résidant dans la Préfecture de Fukushima, et dont seuls les quotidiens Tokyo Shinbun et Mainichi Shinbun se sont faits l’écho ; aucune chaîne de télévision n’en a montré la moindre image. La vigie devant ce ministère emblématique a débuté le 11 septembre 2011 : avec leurs trois tentes plantées au cœur du quartier ministériel, c’est dans l’esprit du mouvement Occupy que des militants et des citoyens japonais essaient de créer un espace de contestation et d’échanges démocratiques.

Peut-on y voir le début d’une fissure dans le consensus prôné pour faire face au plus grand désastre national depuis la défaite de 1945 ? Rien n’est moins sûr tant les vieux réflexes ont la vie dure. Et pour tous les grands médias, malgré quelques dissidences, la règle reste la même : caresser dans le sens du poil, ne pas susciter de polémique ni déplaire aux clients que sont les lecteurs-consommateurs et le monde économique, encore et toujours rassurer et, surtout, ne pas poser les questions qui dérangent. Ainsi, les propos des scientifiques ou des médecins critiquant les mesures gouvernementales sont rarement cités (alors que leurs livres se vendent pourtant comme des petits pains). La télévision montrera des scènes de décontamination, mais jamais celles où des habitants réclament un dédommagement pour pouvoir partir ailleurs.

La catastrophe nucléaire est désormais un sujet parmi d’autres, et pas question de trop en dire sur la responsabilité de Tepco ou les mesures gouvernementales qui ont enfreint la loi sur le seuil d’irradiation non naturelle. La déclaration stupéfiante, le 16 décembre 2011, du gouvernement japonais proclamant « l’arrêt à froid » des réacteurs de Fukushima a certes suscité quelques critiques, mais les grands médias semblent plutôt vouloir privilégier une attitude aseptisée et policée, loin de l’angoisse, de la révolte et du désarroi d’une population plus que jamais préoccupée par la menace d’une contamination radioactive en expansion.

On peut dire que ces grands médias ont participé à l’écriture du scénario inventé par Tepco et les autorités japonaises, qui veulent à tout prix nier la réalité afin de préserver leur pouvoir et leurs intérêts. En persistant à couvrir ce déni, c’est son rôle de contre-pouvoir que la grande presse sacrifie et avec lui les conditions d’existence d’une démocratie saine. A rebours de leur gouvernement qui affirme sa volonté de continuer le nucléaire, 85 % des Japonais désireraient en sortir [5]. Que choisiront de faire ces grands médias au milieu d’un pareil grand écart ? Et les nouveaux médias citoyens réussiront-ils à avoir enfin prise sur la société pour faire bouger les lignes ?

Yûki Takahata est traductrice et auteure de plusieurs ouvrages sur la société française en japonais. Dernier ouvrage traduit en japonais : Yannick Haenel, Jan Karski.

Notes

[1] Sauf le 23 mars 2011, où le pouvoir a mis en ligne le résultat, aussitôt retiré du site. Rien ne sera plus publié jusqu’au 3 mai (cf. l’enquête publiée par le New York Times, « Japan Held Nuclear Data, Leaving Evacuees in Peril », 8 août 2011). L’agence de presse japonaise Kyodo News a révélé le 16 janvier que les résultats de la simulation étaient communiquées dès le 14 mars à l’armée et aux autorités américaines.

[2] Un journaliste indépendant, Kazuo Hizumi (rédacteur en chef du site d’information News for the People in Japan) vient de publier, en collaboration avec un autre journaliste indépendant, Ryuichi Kino, un livre sur la dissimulation et le mensonge de Tepco et des autorités japonaises intitulé Vérification : l’accident nucléaire de Fukushima — La conférence de presse (en japonais) aux éditions Iwanami shoten.

[3] A de rares exceptions près, notamment l’émission de radio locale d’Osaka « Tanemaki Journal », qui questionne tous les jours un physicien nucléaire et un théoricien anti-nucléaire, M. Hiroaki Koidé, dont les propos sont retransmis sur Internet (en japonais).

[4] Le prix Nobel de littérature, Kenzaburo Oé sera présent au salon du livre de Paris, du 16 au 19 mars, qui rend hommage à la littérature japonaise.

[5] Sondage effectué les 20-21 août par le quotidien Mainichi Shinbun : « sortie immédiate » à 11 %, « sortie progressive » à 74 %, « pas besoin de diminuer la part d’énergie nucléaire » à 13 %.

25 commentaires sur « Fukushima et les chiens de garde du nucléaire »

  • permalien wildleech :
    7 mars 2012 @22h37   »

    Nos grands médias ne sont-ils pas strictement identiques ?

  • permalien patrice :
    8 mars 2012 @02h33   « »

    Quand Areva (!), marchand d’uranium, passe une pub dans un journal grand public, c’est pour vendre quoi ? Et EDF ? Ils ont peur qu’on aille acheter notre électricité chez Leclerc ?
    En attendant, la plupart de nos centrales sont moins solides que celle de Fukushima, et sans doute encore plus mal entretenues. Elles sont presque toutes en zone inondable, pour des raisons d’économie (limiter les frais de pompage). 6 centrales, soit une vingtaine de réacteurs sont en zone sismique. Aucune centrale française, à l’exception du futur EPR, n’est capable de résister à une fusion du combustible. Les générateurs électriques de secours sont inondables, non fiables, et dotés d’une autonomie ridicule. Ajoutons à ce tableau le fait que 50% de nos centrales sont en bout de course, et l’on comprend que, même si on accepte de continuer le nucléaire, il est inenvisageable de le continuer de cette manière.
    Et que dire à propos des 60 tonnes de plutonium stockés à La Hague sans la moindre protection ?
    Peut on vraiment faire confiance à l’ancien patron de la Générale des Eaux (Véolia) pour préférer la sécurité à ses actionnaires ?
    En attendant, la sortie n’est pas pour demain. Les plus extrémistes envisagent 2030 ou au delà. Et les innombrables problèmes à solutionner doivent l’être dès aujourd’hui, sauf à accepter de rayer de la carte un ou deux départements à la première grosse inondation. Ça a déja failli arriver. Quant aux conséquences d’un tremblement de terre à Fessenheim, on les connait déja : Séisme + inondation monstrueuse, touchant une structure qui ne résistera ni à l’un, ni à l’autre. La dalle de 1 mètre d’épaisseur sera traversée par la lave radio active en deux jours maxi (le scénario que l’on redoutait à Tchernobyl).
    Mieux vaut donc débattre de l’abattage du bétail.

  • permalien a. :
    8 mars 2012 @03h42   « »

    @Patrice. Pourriez vous indiquer vos sources ? j’aimerai faire un copier coller de votre poste pour faire tourner.

  • permalien Gduprat :
    8 mars 2012 @09h30   « »

    Bonjour ! Vous pouvez également jeter un coup d’oeil sur un article revenant sur la prévention et le contrôle des risques nucléaires à l’adresse :
    http://www.idee-envoyee.com/article...

  • permalien philippulus :
    8 mars 2012 @12h15   « »
    Sortir du nucléaire...

    C’est visiblement possible, tout au moins pour les japonais. En effet la quasi-totalité des réacteurs nucléaires nippons sont aujourd’hui à l’arrêt. La consommation d’électricité a chuté en quelques mois de 25% (la part du nucléaire dans la production d’électricité au Japon) et il semble bien que les japonais ne sont pas revenus à la bougie, ou pire à l’age de pierre.
    Faudra-t-il en passer par un Fukushima hexagonal, pour qu’enfin une politique de sobriété et d’efficacité énergétique soit mise en oeuvre en France, permettant de dégager des marges de manoeuvre et d’envisager sereinement de se passer à terme de cette industrie absurde et mortifère ?

  • permalien patrice :
    8 mars 2012 @14h45   « »

    @a
    Souces : Le numéro de Sciences et Vie consacré aux risques nucléaires en France, en 2011. Je vais essayer de le retrouver. La carte qu’ils publient est accablante : Quand on enlève les centrales inondables, les centrales en zone sismique, les centrales où se sont produits de nombreux incidents,et les centrales obsolètes, il ne reste plus grand chose...Mais, une fois n’est pas coutûme, j’ai cité ces chiffres de mémoire. Ils sont donc approximatifs. Dans certains cas, on a "la totale". C’est le cas de Fessenheim, la centrale la plus ancienne, zone sismique rouge (risque maximal), construite au bord de l’eau en aval d’un barrage qui céderait en cas de séisme. Les normes sismiques appliquées à cette centrale lors de sa construction sont désormais obsolètes. La force d’un éventuel séisme n’a été qu’estimée à la louche, sans éléments tangibles. Et les risques de fusion étaient ignorés à l’époque de la construction, d’où l’absence de protection sous la cuve du réacteur. Pour fiabiliser cette centrale, il faudrait la protéger par des digues, renforcer sa structure, "glisser" une chape de 20 mètres d’épaisseur sous le réacteur, installer un générateur de secours à l’abri des inondations, et fiable, installer un système de refroidissement fiable et redondant, créer une double enceinte au niveau des piscines de stockage, remettre en état le système de pilotage de l’ensemble, changer toutes les pièces usagées, si on trouve encore ces pièces. Mais, assez bizarrement, cette remise en état coûterait moins cher qu’une démolition, du moins, selon les procédés employés actuellement. En vérité, on ne sait pas faire.

  • permalien patrice :
    8 mars 2012 @16h03   « »

    suite
    "Selon EDF, 34 réacteurs nucléaires, implantés dans neuf centrales, présentent une anomalie qui pourrait "avoir des conséquences potentielles sur la sûreté des installations".

    Centrales en zone sismique (2 à 4 réacteurs par centrale) : Fessenheim, Bugey, Saint Alban, Cruas, Tricastin...et Cadarache(!)
    Centrales en zone inondable : Presque toutes, avec un risque faible, mais surtout : Blayais (4 réacteurs).

    Le nucléaire presque sûr est envisageable : Des EPR construits par un bétonneur sérieux en zone non sismique, non inondable, (et bien entretenus)....Le tout est de savoir combien ça coûterait, si on rajoute des frais de démantèlement évalués au juste prix.

    A noter : A creuser : La filière thorium, inexplorée à ce jour. C’est toujours du nucléaire, mais la fusion est impossible. Mais on est sûrs que ça peut marcher, contrairement à Iter, qui pétera au premier essai.

  • permalien Jeudi :
    9 mars 2012 @10h31   « »

    Bravo Patrice
    Juste deux ajouts :
    1 La Hague contient la plus grande concentration de combustibles nucléaires "usés" mais très actifs soit 108 coeurs de réacteurs à retraiter ; certains sont au MOX dont plus dangereux que les autres ; sans compter le plutonium extrait...
    2 l’EPR est le plus dangereux du monde par sa conception et sa construction en zone sismique potentielle de 6 à 6.5.
    Voir :
    http://leblogdejeudi.wordpress.com/...
    http://leblogdejeudi.wordpress.com/...

  • permalien philippulus :
    9 mars 2012 @11h22   « »
    Ne plus gaspiller...

    @Patrice
    L’EPR nucléaire "presque sûr" ? Tout est dans le "presque"...
    ITER est une très coûteuse ânerie qui n’aboutira à rien de concret, mais ne présente aucun risque de péter, comme vous dites...

    La question n’est pas de partir à la recherche d’une filière nucléaire "presque sûre", mais de se demander sérieusement si on peut s’en passer et comment faire. Et à ce sujet, l’information la plus intéressante et de loin, est que le Japon a réduit sa consommation électrique de 25%. Contraint et forcé. Et personne n’est mort de cette diète salutaire, alors que les conséquences sanitaires à moyen et long terme de la pollution radioactive consécutive à la catastrophe de Fukushima seront redoutables.
    Je ne suis pas très étonné du quasi silence médiatique à propos de cet évènement inédit qui montre que l’on peut réduire très significativement la consommation d’énergie électrique (et autres) en gardant un niveau de confort très correct. En effet toute publicité à ce sujet est rigoureusement interdite : cela risquerait de fâcher les actionnaires (et sans doute même les salariés) de Bouygues, EDF, GDF-Suez, Total, etc.. qui n’ont qu’un seul mot d’ordre. L’énergie est notre business, gaspiller la.

  • permalien patrice :
    9 mars 2012 @14h01   « »

    @Phillipulus
    Encore une fois, la sortie du nucléaire ne se fera pas en cinq minutes. En France, 80% de l’électricité est d’origine nucléaire. Réduire la consommation, construire des centrales à gaz ou à charbon, augmenter le parc d’éoliennes, cela prend du temps.
    Au japon, le nucléaire représentait 28% de l’électricité produite en 1993. L’arrêt presque total des centrales est moins pénalisant.

    Il nous faudra donc envisager des solutions d’attente : Fiabiliser les centrales sauvables. Remplacer les plus anciennes par des EPR ou des centrales à charbon (le gaz, on oublie, vu le coût). Deux mauvaises solutions en attendant mieux.
    Côté économie, on peut prendre quelques mesures dès aujourd’hui (éteindre les enseignes lumineuses la nuit), mais les travaux d’isolation, ou le remplacement des convecteurs par des chaudières prend du temps, et coûte des sous)
    Dans tous les cas, éolien, géothermique (dangereux !), et solaire ne dépasseront pas 25% de la conso actuelle dans 20 ans.
    Mieux vaut donc admettre le fait que la France représente un cas particulier, avec ses 80% de nucléaire, sauf à réclamer l’irréalisable.

  • permalien patrice :
    9 mars 2012 @14h19   « »

    @Jeudi
    Le problème de l’EPR est surtout celui de la dangerosité du Mox. Le Mox a failli être interdit, mais on a renoncé, car cela signifierait la fermeture de La Hague, qui le produit. C’est également pour consommer le plutonium récupéré qu’on envisage les fameux "réacteurs de 4ème génération", qui ne sont que des surrégénérateurs (amorcés au plutonium, et nourris à l’U 238 dont La Hague ne sait que faire). A noter au passage qu’on projette de refaire Superphénix....
    Mais, pour en revenir à l’EPR, sa conception est correcte : Triple redondance, triple enceinte de confinement, protection inférieure sérieuse. Nourri à l’uranium, ce réacteur serait 1000 fois plus sûr que celui de Fessenheim. Par contre, il faut arrêter La Hague, et arrêter le Mox graduellement. (60 tonnes de plutonium à écouler, dont on ne saurait que faire, et qui doivent être conservés dans des piscines réfrigérées en permanence...Sinon, boum !)

  • permalien patrice :
    9 mars 2012 @14h26   « »

    suite
    Précision concernant les centrales à Thorium. Il s’agirait également de surrégénérateurs. Donc, grand point d’interrogation concernant la faisabilité et la fiabilité (surrégénérateur : permet la transformation d’un isotope stable en isotope radioactif par bombardement neutronique. Thorium>Uranium 233 ou +, U238>U239 ou+)

  • permalien patrice :
    9 mars 2012 @16h33   « »

    Suite
    Précisions concernant Iter.
    Ce réacteur expérimental ne produira jamais d’électricité. Le but est juste de vérifier la faisabilité de la fusion par confinement magnétique. Malheureusement, nombre de problèmes ne sont pas résolus, comme celui de la saturation en hélium, celui des disruptions ("éclairs" capables de détruire le confinement), celui de la résistance du réacteur aux neutrons à 14 Mev. Peu avant son décès, Charpak proposait de stopper le projet en attendant d’en savoir plus.
    En cas de problème, ce réacteur construit en zone sismique et de conception contestable, enverra dans l’atmosphère de grandes quantités de tritium (radioactif), et des polluants chimiques majeurs. L’explosion de cette installation n’est pas "possible". Elle est probable. Pour mémoire, le coût de Iter avoisine les 15 à 20 milliards d’Euros. En cas de pépin, il est possible que l’installation ne soit pas réparable. L’explosion pourrait se produire au terme de quelques heures de fonctionnement.
    Mieux vaudrait donc explorer avec la plus grande prudence la solution Thorium (3 siècles d’électricité au rythme de 2012).
    Ceci dit, la fusion pourrait être obtenue par d’autres procédés que le confinement magnétique : Laser mégajoule (en cours d’expérimentation en France), et Z machine (expérimentée aux USA.). Cette dernière piste est sans doute la plus prometteuse, car la moins chère. Elle permettrait en outre d’envisager à très long terme une fusion propre sans production de neutrons haute énergie.

  • permalien dexter :
    9 mars 2012 @16h41   « »

    @patrice
    Un surgénérateur de type superphoenix produit plus de combustible qu’il n’en détruit. Ce qui fait passer les réserve de combustible de 50-60 ans à plus d’un millier d’années.
    Avec ce type de central, il n’y a aucun risque nucléaire, la réaction ne pouvant s’emballer. Il y a néanmoins un risque chimique. néamoins, il existe un projet Belge, le projet Myrha qui ne présente pas ce risque chimique.
    Mais bon, grâce aux écolos de la gauche pluriel, on a fait fermer Superphoenix alors même qu’elle commençait à bien fonctionner. Vous vous rendez compte, avec du nucléaire sans risque, les verts auraient été complètement décrédibilisé.

  • permalien patrice :
    9 mars 2012 @17h28   « »

    Toujours à propos d’Iter et des centrales à thorium, l’opinion de Georges Charpak...
    ↑ [4] [archive], Tribune dans le journal Libération de Georges Charpak, Jacques Treiner et Sébastien Balibar ; Nucléaire : arrêtons Iter, ce réacteur hors de prix et inutilisable _ :www.liberation.fr/societe/01...

    En résumé :
    - Iter ne marchera pas
    - Les centrales à sels fondus et thorium pourraient produire sans grand danger, sans risques de prolifération, et sans pollution radioactive ni déchets importants, de l’électricité à bas prix durant, tenez vous bien, plusieurs milliers d’années ! De quoi se réconcilier avec la nucléaire.

  • permalien patrice :
    9 mars 2012 @17h38   « »

    @Dexter
    Nos posts se sont croisés. En effet, Dominique Voynet a fait une énorme connerie en arrêtant Superphénix, selon Charpak, qui est infiniment plus crédible que cette politicienne glauque qui d’ailleurs, méprise son électorat en privé. Accessoirement, ce type de centrale solutionnerait bien des problèmes, si l’on considère la pénurie à venir d’uranium, et les risques quasi inéluctables d’accident nucléaire liés à la filière actuelle. De plus, le manque de crédits accordés à la formule thorium fera sans doute l’affaire des chinois, qui ne vont pas tarder à nous piquer le marché, l’un des seuls qui créneaux où on exporte encore...

  • permalien Shanaa :
    9 mars 2012 @19h26   « »

    On a pas beaucoup entendu Greenpeace !!!

  • permalien patrice :
    9 mars 2012 @19h32   « »

    @Shanaa
    La contestation est la bienvenue. On est là pour ça.

  • permalien philippulus :
    9 mars 2012 @19h33   « »
    Un peu de sérieux...

    @Patrice

    Vous serait-il possible d’abandonner ce ton professoral méprisant qui est le propre des nucléocrates (tendance Charpak) et de leurs fidèles serviteurs ?

    Je maintiens évidemment mes propos et j’arrête là ce pseudo débat. Je n’ai même pas envie faire la liste de vos erreurs scientifiques, à quoi bon...

    Pour finir, relisez le titre du billet, vous êtes bien dans le rôle.

  • permalien Shanaa :
    9 mars 2012 @21h25   « »

    Le lobbying et le fric sont les deux mamelles du nucléaire. La sécurité et le lieu de construction de la centrale, sans être mauvaise langue, sont des considérations mineures !

  • permalien patrice :
    10 mars 2012 @01h03   « »

    @Shanaa
    L’absence d’investissement dans la filière thorium est précisément liée à la politique de rentabilité immédiate d’EDF, société qui refuse de financer la recherche. Dans le passé, cette option a été repoussée par les militaires, lesquels préféraient produire du plutonium (l’U 233 produit par un réacteur à thorium n’est pas assez stable pour être utilisé dans une bombe).
    Aujourd’hui, EDF veut amortir ses études sur l’EPR, et refuse de se lancer dans une nouvelle technologie. Dommage, car des accidents type Tchernobyl ou Fukushima seraient impossibles avec un réacteur à thorium (sans pastilles ni barres de contrôle. Le combustible est mélangé aux sels fondus). Bien entendu, cela ne signifie pas que ces réacteurs sont sans danger. Ils sont juste beaucoup moins dangereux que les réacteurs actuels. Problème. Il faudrait presque repartir de zéro, même si un réacteur expérimental a déja fonctionné plusieurs années sans incident.
    Mais, si lobbying il y a, c’est plutôt contre cette formule que pour. Accessoirement, reprendre les expérimentations sur les surrégénérateurs serait admettre que l’EPR est imparfait, dépassé, et que mieux vaut attendre la mise au point des "génération IV" par les chinois ou les américains. Dans le même temps, les perspectives de cette filière dé-crédibilisent le projet Iter. Il y a aussi le blocage des écologistes concernant les surrégénérateurs, plus viscéral que raisonné, quand on creuse un peu le problème. Je vous convie tous à vous renseigner sur ce sujet. En ce qui me concerne, j’étais il y a peu favorable à un arrêt du nucléaire au plus vite, et je suis toujours très sceptique concernant la fiabilité de nos vieilles centrales. Ceci dit, où est le problème si le risque de fusion disparaît ? Les seuls obstacles encore à franchir concernant le thorium sont ceux liés à la résistance dans le temps de la cuve, soumise à de très hautes températures. D’où la nécessité d’expérimenter. Cela est d’autant plus souhaitable que les dégâts seraient minimes en cas de fissuration. Vous savez quoi ? L’écologie est devenue une religion, comme en atteste le post haineux de Phillipulus, lequel n’apporte d’ailleurs aucun argument au débat.

  • permalien patrice :
    10 mars 2012 @01h18   « »

    @Phillipulus
    "Je maintiens évidemment mes propos et j’arrête là ce pseudo débat. Je n’ai même pas envie faire la liste de vos erreurs scientifiques, à quoi bon..."

    Etant tout sauf borné, je serai le premier à corriger les erreurs scientifiques que j’ai relayées si vous me les signalez. Je ne suis pas là pour faire des adeptes mais pour discuter d’un sujet passionnant avec des gens qui ne sont pas forcément d’accord avec moi.
    A noter le fait que, jusqu’ici, vous avez défendu le fait que l’on pouvait se passer du nucléaire avec l’argument suivant : Les japonais y sont parvenus en réduisant leur consommation de 25%.
    Je vous ai répondu que la production nucléaire japonaise ne représentait que 28% de leur consommation. En France, si nous réduisions notre consommation de 25%, ce qui est possible, il manquerait encore 55% de nos besoins. C’est simple et facile à comprendre. Je pense d’ailleurs que vous l’avez parfaitement compris, d’où votre recours à des sophismes type "vous êtes incompétent" "vous êtes prétentieux" "je n’ai pas de temps à perdre" "soyons sérieux". Je ne nie pas être à la fois incompétent et prétentieux, mais j’aimerais me voir opposer des arguments plus instructifs.

  • permalien patrice :
    10 mars 2012 @02h47   « »

    Toujours à propos des réacteurs à thorium...Apparemment, il se confirme que les chinois sont moins stupides que nous

    rhubarbe.net/blog/2011/03/29/energie-nucleaire-a-base-de-thorium-la-chine-se-lance/

  • permalien Decrauze :
    11 mars 2012 @15h50   « »
    Fukushima, mon âme ou rien

    Je tremble, pas que de peur, je tremble de tout mon être, de tout ce qui m’entoure, de tout mon univers. Pas d’échappatoire, pas de respiration profonde à tenter, le monde m’échappe, bascule et se fracasse. Les bases s’écartèlent, deviennent failles mortelles. Je ne peux m’accrocher à rien de solide : la mobilité contre-nature menace. L’épilepsie terrestre gronde, gigantesque tonnerre des entrailles. Aucune résistance, pas une prière possible : le hasard et la nécessité tectoniques modèlent l’instant et dessinent la fin. Comme un crépuscule des vies à portée du regard. (La suite sur http://pamphletaire.blogspot.com/20...)

  • permalien basstemperature :
    12 mars 2012 @09h10   «

    @Jeudi

    Etrange cette propension a vouloir montrer du doigt des coeur de réacteur monté au Mox parce qu’ils auraient du plutonium dedans ...

    Parce que vous croyez quoi ? Un jeu de barres de combustible non Mox a l’U235 3-5% "usé" n’a pas de plutonium ?

    Vous êtes un drole d’enfant vous ...

    Mox ou pas, les combustibles usées ont TOUJOURS du plutonium en eux ! A partir du moment qu’un combustible nucléaire a sa masse de base réalisée en U238 (uranium appauvri) le fonctionnement du réacteur produit systématiquement du plutonium par capture de neutron de l’U238

    Vous me faites marrer a réagir comme des enfants, mais bien piétrement informés ...

    Le fait est que Mox ou pas, n’a en rien aggravé la catastrophe de fukushima ...

    Avec un coeur de réacteur classique non Mox : on aurait retrouvé des traces de Pu238 dans la région prouvant une émission de plutonium sous forme de très fines particules dans les sols locaux quoi qu’il arrive ! Mox ou pas Mox un combustible usé a TOUJOURS DU PLUTONIUM en lui ! (et avec la plupart de ses isotopes, 239 toujours majoritaire, ce qui explique aussi pourquoi les agences spatiales galèrent aujourd’hui a rassembler assez de Pu238 pour réaliser des générateurs GTR pour les sondes : il y a assez peu de Pu238 produit en proportion hélas et les réacteurs spécialisés dans ce genre de production sont a l’arret depuis des lustres)

    Le plutonium est un sous produit systémique de l’énergie nucléaire de l’uranium !

    Et dans un jeu de combustible usé Mox ; le taux de plutonium final dedans est sensiblement le même que dans un jeu de combustible usé U235 de départ a 3 ou 5% ...

    A partir du moment que la matière de base "support" du combustible est de l’U238 est qu’il y a des neutrons lents ou rapides : paf vous avez du plutonium qui se forme progressivement et qui s’accumule malgré qu’une partie formé dans le processus de fonctionnement du réacteur fissionne lui aussi (le plutonium est partiellement consommé, mais s’accumule légèrement + vite par capture qu’il se fissionne lors de la marche du réacteur c’est comme ça)

    Et c’est pour cette raison la qu’au final un jeu de barres usée Mox ou pas, a a peu près le meme taux de plutonium que des jeux de barres usées classique a l’origine a l’U235 !

    Du coup Mox ou pas, on aurait retrouvé du Pu238 dans la région de fukushima en surface des sols et dans des filtres a air d’auto quoiqu’il arrive :

    C’est notamment lié a l’incendie explosion (explosion admise par la tepco qu’en novemvre 2011 qu’elle a bien eu lieu) de la piscine du réacteur 4 qui contenait un réacteur a nue usé en refroidissement et cuve a vie : le réacteur était en arret de tranche ...

    Le mox ne change rien la dedans !

Ajouter un commentaire