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Bilan de l’élection présidentielle française

Grand ou petit écart

mercredi 9 mai 2012, par Alain Garrigou

En gagnant l’élection présidentielle par 51,62 % des suffrages exprimés contre 48,38 % au président sortant, François Hollande a réalisé le pronostic à peu près invariable des sondages depuis plusieurs mois. A une différence près : les écarts des intentions de vote étaient bien plus importants que l’écart réel. N’annonçaient-ils pas des rapports de 58/42, 56/44 et, après le premier tour, 54/46 ? Sans doute, aucun spécialiste n’avait cru que l’écart serait si important. Il a été plus réduit encore. Il faut accorder aux derniers sondages effectués d’avoir repéré un resserrement sans qu’on sache bien si celui-ci était réel ou s’il s’agissait de prendre ses désirs pour la réalité. Cette fois, c’était vrai. Faut-il s’en tenir là et invoquer avec les sondeurs l’indécision tardive d’une partie des électeurs ou le rapport droite-gauche favorable à la première ?

Si l’on examine la distribution des votes, il faut bien constater que le clivage droite-gauche est bien respecté sinon accentué, avec des régions de droite entièrement bleues sur les cartes électorales et des régions de gauche complètement rouges, des zones rurales contre des zones urbaines, les quartiers bourgeois contre les quartiers populaires et des classes moyennes (à Paris, la distribution des votes selon les arrondissements est particulièrement éloquente), des catégories sociales de professions indépendantes (agriculteurs, commerçants, artisans, entrepreneurs) votant très largement à droite, et surtout les personnes âgées. Peut-être le principal handicap de la droite sarkozienne : comment peut-on prétendre réformer une société en s’appuyant d’abord sur l’électorat âgé ? Enfin, un phénomène nouveau, la progression du vote de droite dans la classe d’âge la plus jeune — en tout cas pour les jeunes de 18-24 ans qui votent, car c’est aussi la classe d’âge où existe le plus fort taux d’abstention et de non inscription.

Le fait est que le score du président sortant lui a évité l’humiliation que beaucoup de gens de son camp craignaient. Il a en somme limité les dégâts (chiffrés). Les élections législatives sont moins mal engagées mais n’en tourneront peut-être pas forcément bien (ou pas trop mal), tant les choses sont compliquées dans des confrontations à trois candidats (voire plus) au second tour. Le fait est aussi que l’échec du président sortant paraît modéré au regard de son bilan, particulièrement catastrophique. Une autocratie narcissique, une politique brouillonne, une crise non anticipée, et mal gérée, un délitement progressif des équipes perceptible longtemps avant l’échéance, un manque pathétique d’idées, l’énumération est accablante [1]. Et malgré cela, un échec électoral limité. Le champion de son camp réputé pour son énergie a même paru en panne, surclassé dans un débat télévisé par son challenger, même si cette infériorité ne saurait apparaître à des partisans, convaincus par avance que leur champion a gagné.

En somme, l’écart moins ample qu’annoncé aurait remis les choses à leur place. La victoire modérée d’un candidat de gauche dans un pays plutôt à droite, que pouvait espérer de mieux François Hollande ? On a vu toute l’ambivalence d’une situation où le prétendant était à la fois aidé par le fiasco du président sortant mais défavorisé par la crainte du pire : bilan contre peur. Les commentateurs ne manqueront pas d’attribuer le résultat aux hommes : en caricaturant à peine, la bonne campagne du vainqueur et la mauvaise campagne du vaincu. Pourtant, s’il faut évidemment gratifier le vainqueur de sa victoire, il n’est pas parvenu, par un effet de « bandwagon », à obtenir un score fleuve ; s’il faut constater l’impuissance du sortant à gagner, il faut aussi constater qu’il a limité les dégâts. Les stratégies des candidats n’y sont-elles pour rien ? Autant que l’on puisse en juger en se fondant sur les reports des voix mesurés par des sondages en ligne de jour du vote, le resserrement de l’écart est dû à l’inégalité des reports de votes. D’un côté, les électeurs ayant choisi Marine Le Pen au premier tour ont plus massivement voté qu’annoncé en faveur de Nicolas Sarkozy (51 %, contre 44 % annoncés), alors que, à l’inverse, les électeurs de Jean-Luc Mélenchon ne se sont pas autant portés que les sondages l’avaient annoncé en faveur de François Hollande (81 %). Quant aux électeurs de François Bayrou, ils se sont surtout portés vers le candidat de droite (41 %), malgré le vote personnel de leur candidat. En somme, les reports de voix ont favorisé Nicolas Sarkozy plus que François Hollande. Sanctionnant ainsi les stratégies commandées par les positions respectives à l’issue du premier tour. Une radicalisation à droite de Nicolas Sarkozy lui a amené le ralliement de plus d’électeurs du FN que prévu, sans apeurer les électeurs du centre, décidément plutôt à droite. En revanche, le favori, tout à une stratégie rassembleuse de second tour, a un peu perdu sur sa gauche. Tel est le rapport des stratégies aux clivages politiques établis, et en même temps évolutifs puisqu’on peut lire ici les effets de la radicalisation de la politique française avec un clivage droite-gauche plus profond, une radicalisation dans les deux camps mais dominante à droite qui porte des inquiétudes graves. En termes techniques, il est probable — prudence nécessaire quand l’histoire interdit la méthode expérimentale — que la stratégie droitière de Patrick Buisson a permis à Nicolas Sarkozy de limiter la défaite — et pas de l’emporter — mais inquiétant quand cette stratégie n’est finalement qu’un ralliement à une extrême droite raciste et autoritaire, aujourd’hui plus ancrée idéologiquement que simplement protestataire. La référence à Vichy n’était pas arbitraire. Cinq ans pour infléchir le mouvement, cela serait déjà un beau résultat. Une affaire d’économie d’abord, pour faire reculer le chômage, notamment des jeunes ; une affaire d’idées aussi, pour sortir de la pensée dominante.

Notes

[1] Lire notre article, « Sarkozysme, le pari d’un clan », Le Monde diplomatique, mai 2012.

10 commentaires sur « Grand ou petit écart »

  • permalien Ph. Arnaud :
    9 mai 2012 @17h17   »

    - L’ampleur d’une victoire n’est pas gage de solidité. En mai 1870, Napoléon III fut plébiscité par près de 83 % des Français. Mais, quatre mois plus tard, après une capitulation en rase campagne, le Second Empire fut renversé sans qu’un seul coup de feu ait été tiré.

    - A l’inverse, cinq ans plus tard, l’amendement Wallon, qui instaura la République, et enterra à tout jamais les espoirs d’une restauration monarchique, ne fut voté qu’à une voix de majorité.

  • permalien Iyhel :
    10 mai 2012 @21h58   « »

    Une question qui restera, faute d’expérimentation possible, sans réponse : si M. Sarkozy s’était contenté d’organiser un rassemblement le 1er mai sans parler de "fête du vrai travail", une partie de l’électorat de gauche ne se serait-elle pas démobilisée ?
    J’ai vraiment le sentiment qu’il ne doit sa défaite qu’à ces quelques centaines de milliers à qui il a infligé cette ultime vexation, l’affront de trop...

  • permalien Venturii :
    11 mai 2012 @04h58   « »
    Grand ou petit détail

    L’anniversaire de Julien Dray, combien de centièmes de pourcent ?

    Les sondages ont tendance à lisser les courbes parce qu’ils ne se font pas - précisément - au moment crucial.
    La marge d’erreur, chez les indécis, ce n’est pas de l’indécision pure, c’est aussi de la volatilité par rapport aux événements du moment (soit d’une certaine façon un abus de décision).

    Ce en quoi l’équipe de Hollande (et pas "d’Hollande" pendant qu’on y est) a été particulièrement bien avisée d’aller chercher encore et toujours des points au porte à porte, pour avoir une réserve "en cas d’imprévu".

    La grande force de Hollande, c’est sa capacité de collaboration : sa campagne a été bien orchestrée, très bien conseillée (on parle beaucoup des mauvais conseils de Buisson à Sarkozy, mais Hollande a reçu des conseils excellents), et du coup, a aussi rassemblé énormément de soutiens individuels sur le terrain.

    Alors que la campagne de Mitterrand avait mis en avant Séguéla et la publicité politique, celle de Hollande a été orchestrée beaucoup plus finement, dans des détails beaucoup plus concrets et relationnels.

  • permalien Choquée :
    11 mai 2012 @10h49   « »

    comment peut-on écrire un article aussi partisan ? Le devoir des journalistes n’est-il donc pas d’analyser sans parti pris les faits ?

  • permalien François :
    11 mai 2012 @13h48   « »

    > Choquée : Ce que vous dites est idiot. Quand on a l’impression que les "faits" sont "analysés" "sans parti pris" c’est simplement qu’ils le sont selon l’idéologie dominante. Ce qui n’est en effet pas le "parti pris" du Diplo.

  • permalien Judex :
    11 mai 2012 @14h18   « »

    A noter qu’à une décimale près, Hollande a obtenu le même pourcentage de suffrages exprimés que Mitterrand en 1981. Étrangement, on parle d’une faible victoire pour Hollande alors que celle de Mitterrand avait été à l’époque considérée comme plutôt large... Mais il est vrai qu’en 1981, les sondages n’étaient pas aussi envahissants et qu’ils ne constituaient pas la manne principale de nos commentateurs politiques. Ces derniers semblent, comme l’a indiqué Patrick Lehingue, les plus sensibles à l’influence de ces enquêtes dites d’opinion.

    Autre remarque : si le score de Hollande n’a pas été le plébiscite attendu par nos sondeurs et commentateurs, c’est aussi sans doute parce que la France de droite reste bien à droite, et qu’elle préférera toujours un petit roquet en voie de pétainisation avancée à un "Flamby" rose très pâle. "Plutôt Hitler que Blum" comme on disait à une certaine époque...

  • permalien Dechiffrages :
    11 mai 2012 @17h45   « »
    Attention aux pourcentages trompeurs

    Les analyses électorales fondées sur les seuls pourcentages et sur les sondages sortie des urnes, oublient que dans ce pourcentage, le "100" n’est jamais le même, ni entre deux sondages, ni entre les deux tours.
    Le corps électoral est évolutif, le virtuel comme le réel.
    Raisonnons en nombre de voix.
    Du 1er au 2nd tour, on a enregistré 431.910 votants supplémentaires, mais 1.001.856 bulletins exprimés de moins.
    Or François Hollande a gagné 7.727.963 voix, et Nicolas Sarkozy 7.107.056 seulement.
    Il semble donc bien plutôt que les reports de voix ont favorisé François Hollande. Le différentiel, positif pour lui, est même mesurable : 620.907 voix.

  • permalien JEG :
    15 mai 2012 @14h39   « »

    70% de sarkosistes chez les plus de 65 ans ?!?

    Mais ils en veulent pas de leur retraite ou quoi ???
    Et en plus faut que "JE" cotise pour payer l’hopital de papi-mami !!
    Moi, le fils d’immigré qui trime toute l’année en Ile de France ......

    JE dois être solidaire avec ces gounafiés d’extrême droite, qui pleurnichent pour avoir leur hopitaux de proximité en rase campagne.

    Franchement je suis peut-être un peu cynique, mais vivement que la droite "populaire" passe à la trape au fur et à mesure des départs au caveau de ses braves électeurs de l’UMP.

    La peur de l’Arabe avant tout......
    Bah c’est beau la France de l’an 2000.....

  • permalien Dalva :
    19 mai 2012 @03h47   « »

    Hélas le départ au caveau n’y changera rien ! Les vieux ont toujours été réputés voter à droite.
    J’ai 60 ans, je surveille les symptômes. Je me demande comment ça survient.
    Mais toujours rien, je vote même de plus en plus à gauche : ça arrive peut-être entre 60 et 65, alors ?

  • permalien jcpres :
    28 mai 2012 @05h38   «

    Vae Victis  ! Durant les présidentielles, en effet. Tant pis pour ceux qui ont tort et cru avoir raison durant cinq ans. La droite s’est dernièrement illustrée par des attaques dignes d’un parti politique distingué de façon peu honorable par des interventions médiatiques virulentes à l’encontre d’un Homme politique de gauche éligible, incarné par François Hollande ! Depuis 1789, la France n’a jamais été que de Droite ; les quelques tentatives d’instauration d’une politique sociale (1848) se sont soldées par des prises de pouvoir (1870) ponctué par des Républiques conservatrices des valeurs institutionnelles (le Front populaire a été étouffé dans l’oeuf, 1936). 1981 connut sa Gauche caviar... C’est l’esprit d’une nation qui insuffle aux politiques les idées du social que chacun, rencogné dans son parti, applique à sa manière en faveur du peuple ! Sarkozy restera ce seul Président a avoir ouvertement annoncé sa politique protectionniste pour les classes privilégiées ; si les français concernés ont pensé fortement à lui au cours des dernières élections, sans l’élire, c’est parce qu’ils ont compris (mais un peu tard) qu’ils ne feront jamais parti de sa famille... L’essentiel était de leur faire croire. Le bilan du dernier quinquennat le démontre ! Les commentaires inconvenants sur le comportement de François Hollande sont effectivement lamentables, offensants, au demeurant complètement déplacés. Et les directeurs de rédaction de certains journaux d’en rajouter, lors d’interventions télévisées puériles orchestrées par des présentateurs à la solde des adversaires agonisants. Voilà à quoi est réduite la politique française des adversaires déchus d’un pouvoir briguant, en lice, les premières places aux législatives ; car c’est cette option qui attise encore les convoitises de récupérer un pouvoir gouvernemental ! Pouvait-on de la part de la Droite s’attendre à une attitude loyale face à la défaite ? Mépris, vindicte et moqueries sont l’apanage d’un parti honni par le peuple. L’actualité atteste de leur échec et les journalistes complaisants, de débattre de ce sujet, inscrivent la profession dans les bas fonds de l’éditorial ! On sent la haine d’une droite empreinte de petitesse... Néanmoins, la Gauche est passée. La démocratie a exprimé sa volonté de changement ; à ce titre et au non de la souveraineté. Ne perdons pas de vue, donc, les pourcentages effectivement ancrés à Droite, comme ceux de Marine Le Pen et de François Bayrou qui pour ce dernier son majoritairement versés dans une culture issue de Droite. Cette notification nous donnera matière à réflexion pour des législatives dont le résultat crucial, en ce présent contexte, aura tout son intérêt pour l’évolution économique du pays ; quand bien même les difficultés majeures dépendent de l’Europe communautaire.
    jean Canal de presselibre.frhttp://www.presselibre.info/

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